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Alcoolisme féminin : discret, répandu, et problématique

 

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Alcoolisme féminin : discret, répandu, et problématique


Selon l'organisation mondiale de la santé, la consommation nocive d'alcool a causé plus de 3,3 millions de décès en 2012, soit 6 % de tous les décès cette année-là. Cette consommation est fortement associée à l'hypertension artérielle, cirrhose hépatique et pancréatite chronique, et représente un énorme fardeau social et économique.
Depuis de nombreuses années, on voit dans les médias, films et séries télé des femmes en train de boire. La femme a le droit de se souler, de prendre une cuite festive ou consolatrice, comme les hommes.
Dans un article publié le 8 mai dans le journal libération publie sur l'alcoolisme au féminin : " Les femmes boivent trop et de plus en plus, mais les pouvoirs publics ne semblent pas s'en alarmer. Les conséquences sont pourtant encore plus graves pour elles que pour les hommes. "
Les médecins soulignent la progression de l'alcoolisme féminin. 25 à 30 % des personnes qui consultent pour alcoolisme sont des femmes. Ce fléau semble suivre le même schéma que le tabagisme féminin des années 80. Il n'existe aucune donnée fiable sur le nombre des femmes alcooliques en France. Certains avancent le chiffre de 500 000 à 1,5 million.

 

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L'alcoolisme et les femmes

Les médecins parlent d'alcoolisme en cas 14 unités de consommation par semaine, ou de 4 par jour chez les hommes âgés de moins de 65 ans, ou de 7 par semaine, et de 3 par jour chez les femmes.
L'alcoolisme féminin touche plus les femmes aisées, à l'inverse de l'alcoolisme au masculin. La consommation d'alcool est plus élevée autour de l'âge de 27 ans chez les femmes, et autour de 18 ans chez les hommes. L'alcoolisme au féminin est plus discret. Les femmes associent l'alcool à d'autres médicaments comme des psychotropes.
Dans tous les pays développés, l'alcoolisme chez les femmes est en nette augmentation. Les études publiées montrent que la parité de consommation alcoolique a été atteinte dans les années 90.
Le binge drinking est une forme de consommation alcoolique en vogue. C'est une consommation massive durant une soirée. Cette consommation n'est plus le monopole des garçons, les jeunes femmes sont de plus en plus impliquées dans cette alcoolisation massive et ponctuelle. Les adeptes de cette forme de consommation avancent quelques arguments sur les motivations : stress, tension générée par le travail, ou par la famille.
Dans une étude néo-zélandaise de 2017, portant sur 1.496 buveurs (902 femmes, 594 hommes), âgés de 16 à 68 ans, la consommation alcoolique chez les femmes était plus diversifiée. Les hommes consomment plutôt de la bière, et du vin léger, les femmes consomment plus d'alcools forts et des spiritueux. Les femmes boivent chez elles plus que les hommes.


Dans une étude américaine publiée en 2017, les auteurs considèrent que le nombre des patients affectés par l'alcoolisme risque de doubler d'ici 2050 pour atteindre 112 millions aux États-Unis. Les adultes consomment actuellement plus d'alcool que les jeunes, sans hésiter à mélanger alcool et médicaments. Ceci augmente le risque de chute, et des blessures.


Chez les personnes âgées de plus de 60 ans, une enquête sur 65,303 consommateurs alcooliques, le taux de femmes alcooliques augmente de 0,7 % par an, alors que le taux d'alcoolisme chez les hommes demeure stable. Chez les femmes âgées de 60 ans et plus, le taux d'alcoolisme augmente de 1,6 % par an.
Cette augmentation est plus notable chez les femmes blanches ou hispaniques nées aux États-Unis. Les études démontrent également que les programmes de prévention n'incluent pas pour le moment les femmes, considérant que l'alcoolisme est un fléau masculin. Cependant, les problèmes sanitaires liés à l'alcoolisme commencent à apparaître chez les femmes.


Les statistiques de santé publique montrent qu'il ya eu une augmentation de 65 % du nombre de femmes anglaises âgées de plus de 60 traitées pour alcoolisme au cours de cinq dernières années. Les femmes anglaises boivent à la maison, parfois en solo.
Face à l'alcoolisme, les femmes encourent des risques spécifiques. La consommation alcoolique peut favoriser des maladies hépatiques, maladies digestives ou neurologiques, et augmente le taux de traumatisme, chute, blessures, et accidents de la route. Le retentissant social de l'alcoolisme peut être important : perte d'emploi, stigmatisation, déclassement social etc.

 

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En plus, chez les femmes, l'alcoolisme pendant la grossesse peut avoir des conséquences dévastatrices sur le fœtus et sur la grossesse. Concernant le cancer, selon l'Institut national du cancer en France (Inca) : "Le risque de mortalité due à l'alcool augmente plus rapidement chez les femmes que chez les hommes".  Le cancer du sein, du pancréas, du foie, et de l'estomac augmentent en cas de consommation alcoolique excessive. L'alcool altère également la fertilité féminine.
D'autre part, cette consommation alcoolique excessive chez la femme peut s'accompagner de problèmes de comportement sexuel en augmentant le risque d' infections sexuellement transmissibles, d'agression, et de comportements à risque.
Dans une étude publiée en 2015, interrogeant 228 femmes âgées de 18 à 20 ans, l'âge moyen de début de consommation alcoolique était de 14 ans aux États-Unis. L'âge du premier rapport sexuel était de 16 ans.
Cette étude a constaté que les premières expériences sexuelles impliquant l'alcool étaient plus susceptibles de se produire en dehors d'un contexte relationnel. Il s'agit généralement de sexe occasionnel, avec un partenaire impliqué dans une consommation alcoolique également. En cas de consommation alcoolique, les premières expériences sexuelles étaient non programmées, imprévisibles, et parfois non protégés négligeant la contraception, et le risque sanitaire. Dans 20 % des cas, ces relations sexuelles sous l'emprise de l'alcool manquaient d'un consentement éclairé.


Que faire

L'abus alcoolique chez les femmes demeura discret pendant de nombreuses années dans les sociétés occidentales. Ce débat est actuellement véhément dans des pays comme l'Angleterre, où certains critiquent la tendance culturelle à protéger la morale féminine et l'image de la femme en sacrifiant la santé des jeunes femmes et la prévention.
La France est à la fois un pays producteur et consommateur de vin, ce qui rend la prévention contre l'alcoolisme plus délicat et plus nécessaire que dans d'autres pays. Cette prévention mérite d'avoir une composante culturelle, sanitaire et sociétale.
La France possède un arsenal préventif contre l'abus alcoolique considéré parfois comme sévère en ce qui ce qui concerne la publicité et l'achat de l'alcool ainsi la protection des mineurs. L'abus alcoolique pendant la grossesse est pris en compte sur le plan sanitaire et préventif.     
L'alcoolisme féminin au quotidien échappe souvent à ces politiques de prévention, en raison de son caractère discret.
Il est utile de s'interroger sur les faits et leurs contextes, de chercher comment réduire cet abus à travers l'information, l'éducation, et la lutte contre l'anxiété et le stress.


Références
Alcoolisme féminin : un fléau sans modération. Libération, Eric Favereau, 8 mai 2018 à 20:06
Martin Wall and Sally Casswell. Drinker Types, Harm, and Policy-Related Variables: Results from the 2011 International Alcohol Control Study in New Zealand. Alcoholism: Clinical and Experimental Research, April 2017
Leila Glass, Eileen M. Moore, Natacha Akshoomoff, Kenneth Lyons Jones, Edward P. Riley and Sarah N. Mattson. Academic Difficulties in Children with Prenatal Alcohol Exposure: Presence, Profile, and Neural Correlates. Alcoholism: Clinical and Experimental Research, March 2017
Jennifer A. Livingston, Maria Testa, Michael Windle, Laina Y. Bay-Cheng. Sexual risk at first coitus: Does alcohol make a difference? Journal of Adolescence, 2015; 43: 148
Richard A. Inman, Sara M. Da Silva, Rasha Bayoumi and Paul H. Hanel. Cultural value orientations and alcohol consumption in 74 countries: A societal-level analysis. Frontiers in Psychology, 2017
Marc A. Schuckit. Remarkable Increases in Alcohol Use Disorders. JAMA Psychiatry, 2017
Natacha M. De Genna, Lidush Goldschmidt, Michael Marshal, Nancy L. Day, Marie D. Cornelius. Maternal Age and Trajectories of Risky Alcohol Use: A Prospective Study. Alcoholism: Clinical and Experimental Research, 2017

 

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vendredi 17 août 2018
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