Downton Abbey ; une douleur nommée progrès

Downton Abbey serie

 

Cette délicieuse série met en scène la vie de la famille Crawley et de leurs domestiques entre le 15 avril 1912 (date du naufrage du Titanic) et le 31 décembre 1925 à Downton Abbey, une vaste demeure de l'aristocratie anglaise située dans le Yorkshire.
En France, cette série a été diffusée en partie sur TMC, partie sur TV Breizh ,  HD1 puis la dernière saison sur Arte. Depuis 2017, elle est diffusée sur Netflix.
La première saison commence alors que les héritiers de Downton Abbey ont péri lors du naufrage du Titanic. La famille Crawley se retrouve dans une situation délicate : le domaine doit intégralement passer à un héritier mâle, le titre de Comte de Grantham, le domaine et la fortune de la famille étant indissociables. Les trois jeunes filles de la famille ne peuvent prétendre ni au titre ni à l'héritage. Matthew Crawley, un cousin éloigné, devient le nouvel héritier. Il arrive à Downton Abbey où il découvre un style de vie nouveau pour lui, avec des règles très strictes qui régissent la vie entre aristocrates et serviteurs.
L'abbaye de Downton joue le divertissement, et non pas le documentaire. Julian Fellowes, le créateur du scénario a réussi la conception d'une série qui raconte le quotidien d'un pays - maison début du 20e siècle, où aristocratie et domestiques vivaient sur deux orbites séparées, mais  interconnectées. Il a réussi à créer une série prestigieuse et attachante.  

 

Downton Abbey mariage

 

Les changements au 20e siècle

La France parle discrètement de l'aristocratie. La Révolution française, puis les républiques ont fini par rendre l'aristocratie un sujet préférentiellement historique plutôt que social.
Dans son roman, le chef d'œuvre, la recherche du temps perdu, Proust décrit au début du 20e siècle la fragilisation progressive de l'aristocratie et l'installation au pouvoir économique et social de la classe moyenne, de la bourgeoisie.    
La situation semble différente dans un pays monarchique comme l'Angleterre.   
La demeure Downton est divisée entre maîtres et domestiques. Chacun son rôle, les relations entre major d'homme, valets, cuisinières, chauffeurs et les ladys, le duc et la duchesse sont courtoises et professionnelles. La demeure imposante vacille devant les changements du monde. La série adhère au calendrier avec intelligence. Les événements extérieurs vont façonner le quotidien de la maison. Après le Titanic, qui va mettre en doute l'idée de progrès infaillible, l'électricité arrive au château avec son éclairage éblouissant, Comment toucher l'interrupteur en évitant un choc électrique ? Faut-il parler des bougies avec nostalgie ? Il est facile de trouver la même idée dans des romans japonais où l'on critiquait le progrès qui a supprimé les ombres.
La critique du progrès dans Downton est moins violente que dans les romans japonais. Pourtant, lutter contre ce progrès permanent devient en soi une lutte pour transmettre, pour sauver sa qualité de vie.
Adapter le progrès à nos vies, à nos héritages, adapter nos vies au progrès, voilà l'enjeu de chaque jour.

La Première Guerre mondiale représente l'axe principal de toute la deuxième saison, avec son cortège de victimes et de souffrance. Le sacrifice des Anglais dans la Somme est célébré ; le progrès devient problématique dans cette première guerre d'acier, d'avions, et de Gaz toxique. Les hommes au front, les femmes agissent pour combler le vide et assurer le quotidien. Voilà le début d'une spectaculaire mutation de la condition féminine.  
La guerre allait tout changer en Europe, en Angleterre et à Downton.  La classe ouvrière réclame des changements de société. Les requêtes féminines revendiquent le droit de vote. L'apparition du socialisme en tant qu'idée nouvelle combattue comme idéologie violente et meurtrière après la révolution russe et l'assassinat du tsar et de sa famille.

 

Downton Abbey recital

 


La situation économique après la première guerre va bouleversée ces grands domaines obligés pour survivre de passer d'une économie de rente à une économie de production.  
Violette Crawley, la duchesse douairière répète : " Mais bon, nous n'avons pas toujours le sort que nous méritons ". Comment survivre dans ce monde si changeant ? Que faut-il accepter ? Que convient-il de refuser ? La cuisine s'enrichit d'un réfrigérateur, d'un batteur électrique, le téléphone est installé, le fer à friser modifie la coiffure des femmes, les voitures remplacent les calèches.
La série relate également la naissance de la république irlandaise, les classes sociales qui se heurtent quand lady Sybil se marie avec son chauffeur irlandais bravant ainsi les limites de sa classe sociale.   
Un réel romancé

Dans  Downton, le nombre de domestiques a été délibérément réduit pour simplifier le récit. Les domestiques sont des travailleurs, amis fidèles de la famille mais vivant en huit clos avec intrigues et complots. La dévotion paternelle du maître d'hôtel célibataire montre comment les enfants de son maître sont devenus aussi ses enfants. La dévotion va dans les deux sens  : le duc Grantham soutient son valet, un soldat blessé, contre vent et marée.

 

Downton Abbey duchesse

 

Fellowes capte brillamment la dépendance du duc Grantham à son valet et celle de Madame Grantham à l'égard de sa femme de chambre. Ces travailleurs, historiquement désignés sous le nom de " domestiques " ont aidé leurs employeurs à se baigner, à s'habiller, à se préparer au monde extérieur.
Le duc résume son rôle. " Nous sommes des passeurs, nous sommes là pour préserver le domaine et le transmettre. Sur le plan économique, nous devons être utiles et justes, créer des emplois et faire vivre le village. Sur le plan politique, soutenir la monarchie et défendre son pays. "   
Cette aristocratie se retrouve, comme les domestiques et les autres habitants face à cette douleur nommée progrès. Les radios arrivent, les médias se multiplient, la classe ouvrière réclame des droits, la condition féminine change, l'école modifie le destin de la jeune génération, les domestiques quittent le château pour devenir ouvriers, employés ou fonctionnaires. Les mariages au sein de cette famille sont le témoignage de l'affaiblissement de la classe aristocratique, et l'accès de la classe moyenne au pouvoir économique puis politique.  


Épisode après épisode, la série devient romanesque, prestigieuse, attachante, sans violence verbale ni physique, sans nudité ni action, une série à part, où de veilles femmes discutent comme dans les romans d'Agata Christie, où les amoureux badinent comme dans les romans d'Austen, où le temps passe et modifie les choses comme dans les grandes sagas.  

Downton Abbey noel

      

Le progrès : une difficulté indispensable

Dans une autre série, de bonne qualité, the Crown, les spectateurs assistent aux changements de la monarchie britannique imposés par le progrès dès la Première Guerre mondiale. En France, le progrès et les changements étaient identiques sur le plan social, économique et politique.
Le duc de Downton dit : j'ai l'impression d'être un animal dont son environnement naturel a disparu, situation à laquelle il devrait s'adapter.
Nous aussi, nous voyons les écrans envahir nos vies, la numérisation modifier nos milieux de travail, et bientôt l'intelligence artificielle ajoutera à ces changements une nouvelle vague de nouveauté, avec son cortège d'avantages et d'inconvénients.

On continuera à parler du progrès, à le subir, et  s'adapter.
Peut-on faire autrement ?       

 

 

 

 

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L'humilité peut sauver ce monde, l'idiot de Dostoïevski

Dostoevski idiot citation

 

L'humilité peut sauver ce monde, l'idiot de Dostoïevski

Ce roman édité en 1869 est parmi les grands textes de Fedor Dostoïevski, le livre qu'il a eu le plus de mal à finir, et qui reflète la plupart des idées qui ont animé son œuvre.
Dans les années 1867 à 1871, Dostoïevski réside à Dresde pour échapper à ses créanciers russes. Cette fiction a été écrite pendant ce séjour en Allemagne.

L'Idiot est un long récit sur la Russie du XIXe, avec un nombre important de personnages, à partir de familles de la classe moyenne, en dehors de l'aristocratie, comme chez Tolstoï. Les identités sont complexes, les rôles changent selon les motivations : argent, mariage, élévation sociale.

Le prince Mushkin, idiot de naissance parce qu'incapable d'agir, est infiniment bon.
Le roman s'ouvre avec l'enfant idiot, le prince de retour à St Pétersbourg par le train après un séjour dans un sanatorium suisse.

Le corps du roman prend racine à St Pétersbourg et sans proche banlieue. L'homme bon promène son regard illuminé de générosité, sur le monde cupide, arriviste et passionnel, qui l'entoure. L'apparition dans cette société d'un homme radicalement différent, mû par son seul désir d'être agréable aux autres, conciliant et bienveillant, sera perçue, au mieux comme de la naïveté, le plus souvent comme de la bêtise et même de la maladie. Le bon devient un idiot.

Dostoevski idiot citation beaute

 


Le prince est atteint d'épilepsie qui a nécessité plusieurs années de traitement dans un établissement spécialisé. Il est malade et impuissant sexuellement.

L'idiot navigue entre réalisme et allégorie, raison et irrationnel, vertu et vice, comédie et tragédie.

L'idiot, est un chef d'œuvre riche en psychologie, en discussions sur la morale et sur les vraies valeurs.

Le prince dit ce qu'il pense, sans enrober ses phrases derrière le langage civilisé. C'est un être d'une grande sensibilité. Tel un enfant, il parle sans les filtres qu'imposent l'éducation, la bienséance, et la vie en société.

Les autres personnages du roman changent à son contact ; une femme, belle Anastasia accède au bonheur, Gania Yvolguine retrouve le sens de l'honneur, et le sanglant Rogojine goûte, un instant, la fraternité.

Cette œuvre a été et restera un livre phare, car son héros est un homme tendu vers le bien, mais harcelé par le mal.


Deux aphorismes

Après la lecture du livre, il reste en mémoire deux aphorismes présents et répétés dans le roman : " L'humilité est une terrible force ", et : " la beauté sauvera le monde ".

Au début, l'idiot est bien accueilli partout, son comportement est jugé comique et innocent. Il ne peut pas comprendre les motivations et les pensées de ses interlocuteurs, il affiche sa bonté et son humilité héritée de son éducation chrétienne. " L'humilité est une force terrible ", dit l'un des personnages du roman.
    
Dostoïevski voulait représenter l'homme comme positivement bon face à une société égoïste, matérialiste et hypocrite.
En étudiant les cahiers de travail de Dostoïevski, on remarque que l'écrivain cherchait à créer un personnage convaincant, ignorant de ses propres valeurs, détaché comme Don Quichotte ou comme M. Pickwick.

Les positions de l'idiot, sa bonté sans limites, sa bonhomie sont mises sur le compte d'un déficit intellectuel. Son humilité naturelle le place systématiquement en position d'infériorité vis-à-vis de ses interlocuteurs.
Page après page, Dostoïevski démontre comment ses interlocuteurs se retrouvent surpris par le caractère sincère, et par la subtilité du prince. Son comportement piège les autres, en éclairant leur cupidité et leur bassesse.

Dostoïevski réussit la création d'un personnage étonnant, presque unique dans la littérature. Mushkin, pensif et passif, humble et profond, affiche les propres idées de Dostoïevski et ses croyances.

Concernant la beauté, selon Dostoïevski, elle est avant tout morale. La beauté du prince se fonde sur son humilité.

Le prince va semer le trouble dans le cœur des dames et des hommes qui vont changer à son contact.
Dostoïevski présume que l'humilité et la bonté sont contagieuses, peuvent nous sauver de la laideur de notre monde.  

 

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Conclusion :


Dostoïevski était passionné par les journaux, comme nous sommes passionnés par les réseaux sociaux, il les lisait attentivement et citait dans ses romans, les crises et les faits divers.  Dostoïevski introduisait dans ses romans des personnages démagogues et nihilistes qui encourageaient le pessimisme et les pulsions de vengeance et de destruction.
Dostoïevski parle des problèmes de l'homme moderne. Dans son roman, " le joueur " Dostoïevski explore l'intrusion problématique des sciences économiques et de la psychologie dans nos vies. Dans " les frères Karamazov, " il décrit l'homme contemporain " esclave des nécessités qu'il a produites lui-même ". Dans son roman, notes de souterrain il insiste sur un fait étrange de la condition humaine : nous voulons le bonheur, mais nous avons un talent spécial pour nous rendre malheureux " l'homme est extraordinairement, amoureux de sa souffrance : c'est un fait. "

Dans son roman, l'idiot, il explique que nous devons apprendre à être heureux, en cultivant les bonheurs simples. Nous sommes entourés par de choses qui pourraient nous enchanter, à condition de les voir et de savoir les apprécier.


Nietzsche ne disait-il pas que Dostoïevski était le seul auteur qui lui ait appris quelque chose sur la psychologie des humains ?

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Kawaii, beau, et mignon, made in japon

kawaii poupee

Kawaii, beau, et mignon, made in japon


L'esthétisme japonais classique demeure un art raffiné développé à travers des siècles de réflexion et de sophistication. Dès l'arrivée au Japon, un Occidental risque de poser la question sur ces adolescentes vêtues comme des poupées, ces créatures adorables de la publicité, ces robots colorés qui animent les vitrines des grands magasins ou les bars des grands hôtels.    
Bienvenu dans la culture populaire japonaise : divertissement, communication, habillement, jouets.


Kawaii


Kawaii, ce mot si répandu désigne " mignon " ou " adorable ". Cet adjectif est prononcé de la manière : Ka-wa-iiiiiiiii (accentuation traînante et extatique sur le i).
 À l'origine, " kawaii " un synonyme de " visage radieux ", ou " rougeur d'une personne embarrassée. " Kawaii se mue en " mignon",  la façon dont il est écrit dans l'alphabet japonais signifie littéralement " aimable ", ou " capable d'être aimé ".
Dans les années 1970, une nouvelle calligraphie " mignonne " pratiquée par les adolescentes devient populaire. Ces jeunes filles utilisaient des crayons mécaniques pour produire des lignes plus fines que l'écriture traditionnelle japonaise. Un nouveau style émerge, où les filles traçent de grands caractères ronds accompagnés de petites images. Il s'agit bien sur d'une écriture inutile, illisible, découpée de dessin, interdite dans les écoles. Le public apprécie, les médias aussi.

 

kawaii robot

 

Le " mignon " va gagner car il faut être aimable pour être aimé. Les poupées mignonnes séduisent les adolescentes japonaises, se propagent dans les entreprises, et dans les familles. Des variétés de personnages, toujours plus mignons, souriants, agréables, colorés et gentils font leur apparition.
Dans la culture japonaise actuelle, le Kawaii s'exprime partout. Les chanteurs et les acteurs ont des cheveux longs. Les femmes japonaises se disent séduites par le " look mignon " d'un " visage rond enfantin " avec de grands yeux qui signifient l'innocence. Des femmes tentent de changer la taille de leurs yeux en portant de grandes lentilles de contact, de grands cils, un maquillage poussé des yeux ou en modifiant chirurgicalement leurs paupières.
La culture populaire comporte de nombreuses idoles kawaii, tandis que la " mode Lolita " devient une tendance populaire. C'est un mélange étonnant des modes du 19e siècle, du rococo, d'éléments gothiques, de mangas pour produire une poupée ou un robot qui exprime la gentillesse, et l'innocence.

Le kawaii se répand partout au Japon, du petit commerce de rue aux grandes compagnies, des taxies et aux avions, les mascottes kawaii sont partout.  Pikachu, un personnage des Pokémon orne les flancs des avions de All Nippon Airways ;
Kawaii  est aussi dans la mode, s'habiller avec des vêtements trop courts pour accentuer le côté enfantin, de couleur pastel, accompagnés de sacs ou de petits accessoires avec des personnages de dessins animés.
La cuisine kawaii est caractérisée par la présentation de plats de façon " mignonne ", et très colorée.
L'esprit kawaii a envahi les panneaux publicitaires nippons, des enseignes de grands magasins aux restaurants, des journaux aux emballages, jusqu'aux institutions, les affiches promotionnelles de l'armée japonaise sont illustrées de personnages mignons.
On prétend que cette beauté innocente et non agressive allège la tension, favorise la relaxation et rehausse la productivité des entreprises.
Kawaii a été accepté aussi en dehors du Japon à partir de 2006, la culture japonaise populaire contemporaine commence à influencer le monde entier.

 

kawaii hello kitty


Hello Kitty


Comment oublier le personnage de Hello Kitty, à l'origine du concept du kawaii.
Kawaii implique une relation sociale entre une personne et un objet. Cette relation apparaît bénéfique. Cet objet évoque un sentiment agréable, une satisfaction et une détente. Si la culture Kawaii était à l'origine une culture pour les enfants, elle devient la culture de toute personne qui cherche les sensations agréables de l'enfance. Au Japon, l'enfance rappelle le temps de la liberté et de l'innocence. Les expressions de la nostalgie de l'enfance sont fréquentes dans le cinéma japonais, la télévision, la musique.

 

Une rapide analyse  

Les Japonais décrivent leur culture comme émotionnelle et orientée vers le groupe, contrairement à la culture occidentale décrite comme froide et individualiste.
 En réaction au stress de la vie contemporaine, ces produits ont connu un essor considérable.
Le syndrome de Kawaii révèle une caractéristique culturelle japonaise qui met l'accent sur le fait d'appartenir au groupe, à l'opposé de notre société occidentale fondée sur l'individu.

 

kawaii girl

 

Les chercheurs japonais analysent le kawaii comme une esthétique, comme le beau, l'innocent, l'enfantin, ou le pur, mais aussi quelqu'un qui a besoin de la protection d'un adulte.
Selon Yomota, " Celui qui personnifie Kawaii n'est pas une personne mature, c'est une belle personne, féminine, puérile, soumise et pure ".   

En 2012, lors de son exposition, le musée Yayoi a publié un livre de Keiko Nakamura. L'auteur a montré que " Hello Kitty", personnage culturel kawaii contemporain, est devenu largement diffusé à travers le monde, à travers les biens de consommation et à travers les magazines féminins.

Selon kamurato, kawaii est un produit influencé par le goût occidental. Nakamura partage l'avis de Koga sur le fait que la culture kawaii est une culture populaire japonaise qui mélange une esthétique japonaise, à la culture occidentale, ou une comme culture japonaise occidentalisée.

 

kawaii girls

 

Sharon Kinsella a identifié dans son article " Cuties in Japan "1 plusieurs aspects de la culture kawaii. Elle déclare que " le style kawaii a dominé la culture populaire japonaise dans les années 1980. Kawaii ou "Mignon" signifie essentiellement enfantin et célèbre un comportement social doux, vulnérable, et innocent. Elle explique :
"Le désir irrésistible des jeunes japonais, enveloppé dans la culture Kawaii était d'échapper aux restrictions régissant leurs vies telles que l'autodiscipline, la responsabilité, le devoir, le travail, et les obligations."

Kinsella a noté que la culture kawaii suggérait l'immaturité pour échapper aux restrictions qui régissent la vie sociale.


L'immaturité de Kawaii fonctionne comme un cocon, un refuge de la maturité provoquée par occidentalisation rapide et modernisation " selon Miyadai qui résume le rôle de cette culture dans le monde entier : échapper et rêver.

Le Kawaii devient élément important de soft power, de l'image d'un Japon moderne, coloré et " cool ". kawaii est le mot japonais le plus répandu dans le monde au 21e siècle, le mot synonyme joie de vivre et de l'anti-déprime .


Références
Kyoko Koma: Kawaii as Represented in Scientific Research:
The Possibilities of Kawaii Cultural Studies, HEMISPHERES
No. 28°, 2013

Sharon Kinsella, "Cuties in Japan", in Women Media and Consumption in Japa nBrian Moeran (eds.), Honolulu: University of Hawaii Press, 1996,

Charlène Veillon, L'art contemporain japonais: une quête d'identité. De 1990 à nos jours,
Paris

Bruno Olivier, "Les identites collectives: comment comprendre une question politique brulante?", Les Identites collectives, Paris: CNRS Editions, 2009

 

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Kazuo Ishiguro : prix Nobel de littérature et de nombreux films

kazuo Ishiguro

Kazuo Ishiguro : prix Nobel de littérature et de nombreux films

Le prix Nobel de littérature 2017 honore un écrivain européen, connu à travers des dizaines de romans, et quatre films, et des scénarios pour la télé britannique. Les deux films qui ont rencontré un succès populaire étaient : " les vestiges du jour " film de James Ivory 1993, et " après moi " à partir de son roman Never Let Me Go 2010.

Ce romancier britannique et japonais est connu pour ses histoires lyriques nuancées de nostalgie et accompagnées d'un optimisme subtil. Kazuo Ishiguro est né au Japon. Il suit son père en Angleterre et y réside à partir de 1960. Ses parents, pensant y rester temporairement, préparent l'enfant à poursuivre sa vie au Japon.
Il a fréquenté les universités de Kent en 1978 puis East Anglia en 1980. Après l'obtention de son diplôme, il a travaillé dans un organisme à but non lucratif et a commencé à écrire. Il a eu de bonnes critiques dès la publication de son anthologie : Histoires des nouveaux écrivains en 1981.
Le premier roman d'Ishiguro, A Pale View of Hills (1982) (Lumière pâle sur les collines, 1984) détaille les souvenirs de l'après-guerre d'une femme japonaise essayant de faire face au suicide de sa fille Keiko.
Un artiste du monde flottant (1986) est situé dans un Japon de plus en plus occidentalisé après la Seconde Guerre mondiale, un artiste relate sa vie et passe en revue sa carrière passée en tant qu'artiste politique au service de la propagande impérialiste.


En 1989, il publie son roman le plus connu, les vestiges du jour (The Remains of the Day) devenu film en 1993 sous la direction de James Ivory. C'est un récit à la première personne, les réminiscences de Stevens, majordome anglais dont le formalisme et le sérieux l'ont empêché de toute compréhension de l'intimité avec les autres.
 Avec la publication de The Remains of the Day, Ishiguro est devenu l'un des romanciers européens les plus connus, il a 35 ans.
Dans son roman suivant, The Unconsoled (1995) (L'Inconsolé ) on observe  un changement stylistique radical ;  il se concentre sur  le manque de communication et l'absence d'émotion chez un artiste pianiste arrivant dans une ville européenne.

Quand nous étions des orphelins (2000), un roman du genre polar ou fiction criminelle dans le contexte de la guerre sino-japonaise des années 30, détaille la recherche par un britannique, de ses parents disparus pendant son jeune âge.
En 2005, Ishiguro publie Never Let Me Go  - traduit sous le titre : Auprès de moi toujours  devenu film en 2010 sous la direction de Mark Romanek. C'est un roman d'anticipation sur le destin de trois clones humains, et alerte sur les problèmes éthiques soulevés par le génie génétique.
 Ishiguro a écrit des scénarios pour la télévision britannique ainsi que pour les longs métrages The Saddest Music in the World (2003) et The White Countess (2005).


Il est nommé officier de l'Ordre de l'Empire britannique en 1995, pour services rendus à la littérature.
En 1998, la France le fait chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres.

Il vit à Londres avec son épouse et leur fille.

Il reçoit en 1989 pour Les Vestiges du jour le Booker Prize, une récompense britannique prestigieuse.
En 2017, il obtient le prix Nobel de littérature.

 

Analyse rapide de l'écriture d'Ishiguro

Les romans d'Ishiguro sont centrés sur le traitement des souvenirs, digression et déformation, oubli et  omission, et comment les souvenirs peuvent hanter l'existence.
Les protagonistes de sa fiction cherchent à surmonter une perte : personnelle, un membre de la famille, un amant, ou perte résultant de la guerre, et ceci en analysant le passé par des actes de mémoire.
Ses deux premiers romans, A Pale View of Hills (Lumière pâle sur les collines) (1982) et Un artiste du monde flottant (1986) sont fidèles à cette approche. Chaque roman emmène le lecteur dans un voyage à travers l'esprit et la mémoire des personnages japonais, Etsuko et Ono. Les souvenirs privés de personnages qui partagent des relations complexes avec des événements historiques plus larges qui secouent le monde. Une lumière pâle sur les collines et un artiste du monde flottant sont établis à la suite des bombardements de Nagasaki et d'Hiroshima respectivement. Ces événements structurent et cicatrisent les deux récits, habilement composés autour des silences et des suppressions stratégiques.
Ce qui est intriguant, c'est la manière de raconter. Les récits ne sont pas des enquêtes sur les conditions historiques de Nagasaki et Hiroshima, ils sont des portraits psychologiques de la façon dont les personnages font face à ces événements traumatisants. Nous allons retrouver la même technique dans ses livres plus récents comme Les vestiges du jour (1989) et Quand nous étions orphelins (2000).

 

vestige du jour
Les vestiges de jour (The Remains of the Day) : roman, et chef d'oeuvre


Un livre très anglais dans le style et les personnages, avec un peu de culture japonaise quand il s 'agit d'esthétisme et de descriptions ; mots subtils, style raffiné, sentiments nobles, retenue, dignité, et absence totale de vulgarité.
Le plus grand succès des romans d'Ishiguro à ce jour nous offre le récit de Stevens, un majordome. Le monde privilégié et isolé de Darlington Hall révèle une société apparemment détachée des affaires nationales et internationales. Pourtant, il devient progressivement clair que Lord Darlington est lui-même un sympathisant nazi pendant la guerre, fait contre lequel que Stevens lutte pendant tout le récit pour se concilier avec le point de vue que son employeur est malgré tout un grand homme. En 1956, Darlington Hall a un nouveau maître, un homme d'affaires américain, qui encourage Stevens à prendre un peu de temps libre. Comme il voyage pour rendre visite à l'ancienne gouvernante du domaine, Mlle Kenton, les souvenirs de Stevens reviennent et se déroulent sous la forme d'un journal de voyage. Les flashbacks de Stevens nous aident à donner un sens à son passé et à exposer simultanément ce passé comme provisoire, partiel et peu fiable. Stevens est un personnage illusoire, et en tant que tel les lecteurs sympathisent, mais ne peuvent pas tout à fait placer leur foi en lui.

 


Majordome méticuleux, Mr Stevens parcourt la campagne anglaise en nous livrant ses souvenirs et ses réflexions sur la dignité de sa fonction, sur sa façon d'être digne, distant, et formel. Pour Mr Stevens, être majordome est plus qu'une simple profession. C'est une vocation, c'est le sens de sa vie, c'est ce qui gouverne ses actes, ses pensées.
Son père étant mourant, il continue à servir, à faire son métier :
" Miss Kenton, je vous en prie, ne me croyez pas grossier de ne pas monter voir mon père dans son "état de décès" à ce moment précis. Vous comprenez, je sais que mon père aurait souhaité que je continue mon travail maintenant. "


Il a servi un Lord anglais pendant plus de 35 ans et aujourd'hui, la propriété a été rachetée par un américain.
Dans une écriture subtile, Ishiguro dresse le portait d'une classe sociale en déclin, le bilan d'une vie ratée par manque de communication et par peur de l'intimité. Voilà un homme qui refuse de reconnaître et d'accepter l'amour de Miss Kenton, la gouvernante à qui il va rendre visite dans un ultime espoir inavoué. Malgré sa résistance aux changements, les choses changent. Darlington Hall, le château où il a servi, appartient maintenant à un millionnaire américain. Les positions de Lord Darlington durant l'entre-deux-guerres sont critiquées et critiquables.


Les vestiges du jour est une histoire d'amour entre deux êtres faits l'un pour l'autre, proches et complices qui n'arrivent pas à communiquer et qui perdent des occasions de trouver le bonheur.
Ishiguro ne tire pas de conclusion catégorique et laisse, un espoir de bonheur à son personnage, enfin capable de pleurer et d'apprécier la lumière d'une journée déclinante.
" - Je ne veux pas me montrer grossier, Miss Kenton, mais vraiment, je dois remonter sans attendre. C'est que les événements d'une importance mondiale ont lieu dans cette maison en ce moment même.
- Comme d'habitude, n'est-ce pas, Mr. Stevens ? Très bien ; si vous devez partir en courant, je vous dirai simplement que j'ai accepté l'offre de ma connaissance.
- Je vous demande pardon, Miss Kenton ?
- Sa demande en mariage.
- Ah oui, Miss Kenton ? Dans ce cas, permettez-moi de vous présenter mes félicitations.
...
- Mr. Stevens.
Je me retournais à nouveau. Elle n'avait pas bougé...
... Ce fut donc quelques minutes à peine après ma brève rencontre avec Miss Kenton que je me retrouvai de nouveau dans le couloir... En arrivant près de la porte de Miss Kenton, je vis à la lumière qui filtrait tout autour qu'elle était toujours là. Et c'est ce moment-là, j'en suis maintenant sûr, qui est resté gravé de façon si durable dans ma mémoire, ce moment où je me suis arrêté dans la pénombre du couloir, le plateau dans les mains, une conviction de plus en plus forte se faisant jour en moi : à quelques mètres de là, de l'autre côté de la porte, Miss Kenton pleurait."

 

never let me go

Never Let Me Go (Auprès de moi toujours)

Never Let Me Go (2005) tire son nom d'une chanson pop qui faisait danser le personnage Kathy H. pendant des jours dans le mystérieux pensionnat de Hailsham. La jeune et innocente Kathy imagine les paroles comme une mère qui appelle à son enfant, et elle se trouve souvent se balançant vers les mots tout en embrassant un oreiller. Ce qui détache les mots et les actions du cliché, c'est la femme qui regarde Kathy, la mystérieuse figure de Madame. Beaucoup plus tard dans le roman, nous découvrons qu'il s'agit d'une école expérimentale pour les clones élevés pour fournir des organes pour la transplantation humaine.


Kath, Ruth, Tommy et d'autres ont grandi à Hailsham, une école dans la campagne anglaise et isolée du monde extérieur.
Ils ont été élevés avec la certitude d'être des gens à part, de servir la société dans laquelle ils entreraient un jour prochain, certaines choses n'étaient que partiellement divulguées ou demeuraient mystérieuses.
Des années plus tard, Kath cède à l'appel du souvenir, réassemblant les pièces manquantes du puzzle de leur vie...

 


Il ne se passe pas grand-chose. C'est un roman sans action, Ishiguro crée à travers ses dialogues et sa narration un suspense qui captive le le lecteur avec force incroyable.
On pénètre dans une histoire grave et mélancolique, peu d'espoir serait accordé à ces "clônes" créés pour être sacrifié, ils doivent mourir en donnant leurs organes. Le roman est grave, captivant et chargé de tristesse.   

Dans la lignée du Meilleur des mondes d'Huxley, ce récit s'interroge sur le conditionnement humain dans les sociétés modernes. La narratrice Kathy H, fait partie de ces enfants élevés presque normalement, qui ignoraient leur destin. Depuis onze ans, c'est une accompagnante. Kathy poursuit sa tâche et accepte son sort. Cette douce résignation diffuse dans le roman une ambiance angoissante

"Je m'appelle Kathy H. J'ai trente et un ans, et je suis accompagnante depuis maintenant plus de onze ans. Je sais que cela paraît assez long, pourtant ils me demandent de continuer huit mois encore, jusqu'à la fin de l'année. Cela fera. Cela fera alors presque douze ans.  Je sais de source sûre qu'ils ont été satisfaits de mon travail, et dans l'ensemble, je le suis aussi."


" Je pense toujours à cette rivière quelque part, avec cette eau qui coule vraiment vite. Et tous ces gens dans l'eau, qui essaient de se raccrocher les uns aux autres, qui s'accrochent aussi fort qu'ils peuvent, mais à la fin c'est trop difficile. Le courant est trop puissant. Ils doivent lâcher prise, se laisser emporter chacun de son côté. Je pense que c'est ce qui nous arrive à nous. C'est dommage, parce que nous nous sommes aimés toute notre vie. Mais, à la fin, nous ne pouvons pas rester ensemble pour toujours. "


Ce roman a été traduit dans plus d'une douzaine de langues et a été adapté en un film primé mettant en vedette Keira Knightley en 2010.

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Poète syrien entre Sartre et voltaire raconte la Guerre

mustapha khedr poesie

 

Poète syrien entre Sartre et voltaire raconte la Guerre

En lisant des pages sur Facebook, un lien en français attire mon attention vers la page d'un poète syrien, qui commente à sa façon, la guerre qui secoue son pays depuis 2011. Il s'appelle Mustapha Khedr, un poète libre, peu connu en occident, philosophe, porteur d'un discours moderne et démocratique qui offre sur Facebook, certains de ses textes.


Nous avons en Europe une idée figée de cette révolution transformée en guerre civile, entre un régime entêté et aidé par l'extérieur, et une opposition pacifique au début, phagocytée par la radicalité religieuse, puis par les extrémistes aidés à leurs tours par l'extérieur.   

 
Si nos médias n'arrivent pas à résumer cette guerre dans sa complexité, nous pouvons lire à travers cette poésie la souffrance et les questions des personnes pris dans le piège de la guerre, perdues entre un régime imparfait et une opposition imparfaite. Peut-on parler d'une voix de la majorité silencieuse ?   

Un jour, Sartre a dit : Ne pas choisir, c'est encore choisir.
Chez Khder, le choix est fait, c'est un choix sartrien de ne pas choisir. Par contre, il s'éloigne de Sartre quand il s'agit de l'autre.  L'autre dans sa poésie est une obsession, une nécessité. Vivre avec l'autre est la vraie vie. A l'opposé de Sartre, l'autre est indispensable.  
Selon lui la vie est noble, devrait être protégée, rien ne justifie la folie meurtrière des guerres. Dans ce texte, ce poète syrien de l'intérieur résume sa position et la position d'une majorité des syriens : le silence, le non choix. Ne pas s'ingérer dans la folie.    


" Le poète s'est assis dans le silence depuis longtemps
 contemplant la sagesse des textes anciens et modernes.
Est-ce que la langue s'est brisée pour produire un message aussi faux !
La guerre est déclarée entre soi et l'autre, Le mort devient le vivant.
Dans chaque discours, désordre et désordre.
Des chaines par satellite projettent des images mortes.
On nait et on est enterré dans un monde virtuel, Réseaux et identités ...
les enfants sont le nerf de la guerre
les ouvriers sont creux comme leurs cages
Agriculteurs sont de paille.
La terre verte, une fosse commune
Des fortunes s'accumulent entre les ruines et les décorations
Combien le silence devient précieux !  
Les gens le voient comme une alternative "
25 septembre 2017

 

mustapha khedr citation

 

Dans cette position, il n'exalte pas la guerre, il recule, il ne choisit pas. Avec cette lucidité qui rappelle celle de nombreux écrivains japonais pendant la guerre, il sait pertinemment que personne ne peut gagner une guerre civile.  Il condamne tout le monde, il voit les protagonistes comme forces de passé, lui qui a toujours discuté dans ses textes la modernité, il écrit :    

 

"Tout est condamné
Horizon de sang et de fumée
Horizon où l'endroit est déplacé
Les paries des gens sectaires
La rotation des forces usées
Tout est condamné
L'Autorité et son représentant ...
La Révolution et ses financiers ...
Comment choisir entre la liberté et la sécurité..."
20 septembre 2017

 

A la façon d'un observateur attentif, presque désabusé, il sait identifier les perdants, et sait tracer la fin de l'histoire, mais il se pose encore la question : modernité ou saut en arrière ?   

 

"Les rêveurs peuvent savoir
qu'ils sont des perdants !
Les dirigeants doivent être conscients
qu'ils sont des partants
un Horizon après cette défaite ou un monde en train de s'écrouler ?
La modernité a-t-elle formé cet horizon ?
Est-ce un monde où l'authentique est renouvelé ?"

 

En 2011, les gens criaient dans les rues pour changer le régime politique, rêvant d'un printemps qui les enverrait dans une ère de modernité mais Khedr corrige le tir, car la révolution est un jeu exigeant et plus sophistiqué qu'une simple manifestation. 

 

"Héritiers du bien et du mal
voyageurs de la zone de confusion
le régime ne peut tomber
Parce qu'il n'avait jamais existé

La révolution ne se termine pas
Parce qu'elle n'est pas encore née

Tout ce que nous faisons, c'est de la parole"

 

mustapha khedr nostalgie de soi

 

Les textes de Khedr sont un voyage philosophique dans la même lignée que la poésie moderne en occident, poésie sans trop lyrisme, avec peu d'images, et beaucoup d'idée. On est étonné par l'apparition de l'autre dans ces textes. L'autre devient indispensable, l'identité ne peut être contre l'autre. Il utilise un terme plus vaste que l'identité : la nostalgie de soi pour y inclure l'identité, l'héritage, la culture, et le destin commun. Cette nostalgie de soi devient un ensemble d'identités.      


"C'est le rêve du sang
Quel passé a fondé ce présent ?
Comment la nostalgie de soi peut devenir un acte contre l'autre ?"


Selon sa biographie, il est né en 1944, diplômé en philosophie, il a été professeur de philo et de pédagogie dans l'école normale supérieure.
Selon ces textes, on découvre un immense poète, libre penseur, démocrate, amoureux de la liberté et de l'autre qui mérité d'être lu.


Dans ce texte, il se qualifie de vieil homme qui médite :  


"Le vieil homme marginalisé n'est pas nostalgique
Il marche lentement vers la mort, agréé et satisfait
Comme tous les habitants de cette Syrie ...
Dieu était content, tout allait bien, il avait tout vu
Il le pensait
il devient fou en voyant les méfaits de ses fidèles
La guerre n'est pas sa guerre
Le peuple n'est pas son peuple
Le parti n'est pas son parti ...
Le vieil homme marginalisé gémit
de ce qu'ils ont fait et de ce qu'il a fait. "


En lisant ce poète, ses textes et son positionnement nous rappellent une belle citation de Voltaire, dans ses pensées philosophiques, il dit avec lucidité :


La guerre, au bout de quelques années, rend le vainqueur presque aussi malheureux que le vaincu.

Lien vers sa page facebook (pourquoi ne pas tester les traducteurs automatique de Facebook?)

 

 

 

 

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Le Postféminisme dans la culture populaire

Post feministe

 

Le Postféminisme dans la culture populaire


Dans les années 90, on pouvait lire dans les médias des critiques souvent véhémentes des livres, des films et des séries télévisées jugées antiféministes ou peu féministes. Certaines de ces productions étaient écrites ou réalisées par des femmes.   


Les féministes radicales s'insurgeaient contre cette " nouvelle image " de la femme qui ne milite pas, qui cherche à s'auto-réaliser dans une société individualiste, en cherchant l'amour et la réussite personnelle.  Ces productions culturelles ne décrivaient plus des femmes victimes de l'injustice et de discriminations, mais des femmes accomplies et heureuses dans cette société, qui passaient leur temps à aimer, à consommer et désirer. Progressivement le nom de post féminisme fait son apparition dans la culture populaire.

Depuis les années 2000, le postféminisme est devenu un sujet important pour le grand public et pour les chercheurs. Les romans, les films et les séries télévisées glissent progressivement vers le post-féminisme.

Le post féminisme n'est pas contre le féminisme. " Il s'agit du féminisme aujourd'hui" selon le terme de Brooks en 1997. On peut définir le postféminisme selon The Wiley Blackwell Encyclopedia of Gender and Sexuality Studies d'avril 2016 comme l'étape après le féminisme, considérant le féminisme come un héritage compliqué, encombrant et utile à la fois. Le post féminisme désavoue le féminisme en ce qui concerne la sexualité, l'individualisme et l'identité. Le post féminisme pense que les femmes ont eu leurs droits dans les années 80 et qu'il est temps de penser à leur qualité de vie personnelle.  

Les discours des médias jouent un rôle crucial dans la représentation, l'évolution et le développement de ce nouveau féminisme, de Sex and the City à Bridget Jones, Outlander, ou à Grils. Le postféminisme est encouragé par la tendance individualiste de la société occidentale qui refuse les contraintes de la collectivité, préférant le libre choix et l'autodiscipline à l'idéologie et aux pressions.

 

Post féminisme : critique et dégagisme du féminisme " à l'ancienne "

Le postféminisme critique les féministes anciennes, radicales, ou " le féminisme à guillotine". Les post féministes se posaient la question : après l'égalité et la parité avec les hommes, que reste t il à gagner encore ?

Quand les féministes radicales parlaient de la nécessité de lutter pour les autres femmes. Le post féminisme s'interroge sur l'action universelle. Faut-il manifester en France et attaquer les hommes pour les femmes africaines ? Faut-il continuer à militer contre les hommes pour la cause des femmes dans les pays musulmans ?

Est-ce que ces femmes veulent vraiment adopter le style de vie occidental ?
La réponse est non. Le postféminisme admet que chaque femme doit reconnaître son propre mélange d'identités, et refuse l'hypothèse d'une identité universelle. Les femmes ne sont pas une catégorie homogène, et n'ont pas les mêmes cultures ni les mêmes identités.

Le féminisme radical avait formulé une vision pessimiste et triste de la sexualité en mettant l'accent sur la domination masculine dans le domaine de la sexualité et et sur les inconvénients des relations. Dans les années 80, de nombreux livres célébraient le vibromasseur pour remplacer les hommes er louaient l'orgasme solitaire. Ces féministes pensaient que la pornographie augmente le nombre des viols, et altère l'image de la femme.

La société individualiste en mettant l'accent sur le choix personnel encourage le post féminisme à rejeter la culture de la solitude, et du vibromasseur, à célébrer la sexualité et à consommer la pornographie si on veut. Le post féminisme accepte le modèle de cette société où le sexe et la sexualité dans toutes ses formes sont largement présents dans les médias, où l'érotisation touche à la fois l'image masculine et l'image féminine.

La pensée centrale du féminisme radical est que la féminité et le féminisme sont opposés : refus de se raser les jambes, et les aisselles, rejetant les cosmétiques, considérant les vêtements aguichants comme une création du patriarcat. Le post-féminisme conseille les femmes d'êtres féminines, séduisantes et belles. Le rouge à lèvres n'est plus en conflit avec le pouvoir féminin. La possession d'un "corps sexy" devient un atout supplémentaire.

Le discours post-féministe peut être considéré comme une forme de résistance ou d'adaptation à la société actuelle. La consommation devient un choix, un outil du plaisir, ou une voie pour encourager l'estime de soi.

Pour certains, le post féminisme est une trahison du féminisme du passé, pour d'autres c'est le seul féminisme acceptable dans une société libérale et individualiste où les hommes commencent à s'organiser pour lutter contre le féminisme radical en caricaturant ses excès.  A la différence du féminisme radical ou des autres vagues de féminisme, le post féminisme n'a pas ses philosophes, ni ses références, c'est un mouvement de la culture populaire, une critique du féminisme ancien avec ses excès sur l'universalisme, sur la sexualité, pour un modèle possible plaidant pour la responsabilité et le libre choix.

 

Post féminisme, un courant culturel

Cette féminité nouvellement définie est reprise dans la culture populaire et peut (à nouveau) être illustrée par les séries télévisées "Sex and the City", "Ally McBeal" et "Desperate Housewives", Bridget Jones, Outlander et d'autres.
Dans son livre " Single Women in Popular Culture " publié en 2012, Anthea Taylor souligne que la figure de la femme seule a profondément marqué la culture occidentale ; cette femme cherchait sa liberté dans le siècle dernier, elle cherche l'amour et de la qualité de vie à notre époque.    

 

Sex and the city post feminisme

 

Après le succès du livre, sex and the city apparait à l'écran en 1998 pour un succès durant 6 saisons. Les critiques contre ce féminisme de consommation et de sexe furent nombreuses, sans diminuer la réussite populaire de cette série. Ces quatres femmes présentaient un modèle différent de la femme occidentale, cette femme post féministe  

 

bridget jons post feminisme

 

 En 2001 le livre Le Journal de Bridget Jones devient un film après un succès littéraire indéniable. C'est une femme qui se dit féministe, qui passe la moitié de son temps à critiquer les hommes, et l'autre moitié à faire l'amour avec eux, et à chercher le partenaire idéal.    

Bridget Jones est une femme célibataire, attachée à sa liberté et à son indépendance. Elle n'est pas une femme de consommation, elle n'est pas riche, elle n'est pas une reine de beauté. C'est la femme des années 2000, une post féministe, qui tente de survivre dans une société individualiste.

 

Outlander Post feminisme


En 2014, le roman Outlander de Gabaldon devient série télévisée. Le succès est au rendez vous, la troisième saison est diffusée actuellement. A travers une comparaison entre le 18ème siècle, et notre époque, cette romance enseigne à la femme, le rôle et les valeurs traditionnelles de la masculinité, et explique à l'homme les capacités et les besoins des femmes. Elle dirige, elle décide, elle aime son mari, elle défend son pays, mais elle veut bien être désirée et aimée comme une femme. Ni consommation, ni égalité revendiquée, mais deux rôles différents, et indispensables pour la survie. L'égalité va de soi.   

 

Girls post feminism


La série Girls a commencé le 15 avril 2012. Après 6 saisons, la série termine son succès en 2017.
Nous sommes après la crise économique de 2008.  La série montre un tableau cru et sans retouche des filles de 20 ans à New york.  Ni consommation, ni féminité triomphante, ni domination, mais précarité économique, médiocrité des relations, sexualité sans projet et rupture, solitude.

 


Dans un article de 1982, Susan Bolotin,  utilise le terme "post-féminisme" dans le NY times  pour  expliquer comment la plupart des jeunes femmes  se déclaraient  non féministes,  en jugeant le féminisme comme un mouvement "trop radical" qui les laisserait "solitaires et amères".  

 


Dans la série Girls, les femmes post-féministes veulent pouvoir choisir entre une vie professionnelle ou rester à la maison pour soigner les enfants, fuient la solitude, insistent sur la liberté de choix ; aucune option ne devrait être stigmatisée ou dévalorisée. Le corps féminin est libre, les femmes sont représentées comme des individus sexuels.


Certains critiques classent la série Grey's Anatomy comme une série post féministe aussi.
Post féminisme en littérature et dans le cinéma


Après le succès planétaire de 50 nuances de grès ou Fifty Shades of Grey (E.L. James, publié en France par Lattès),  Beau salaud  (Christina Lauren, publié par Hugo Roman) vendus à  plus de deux millions d'exemplaires aux USA, racontant une relation patron-assistante, à deux voix à la façon des Liaisons Dangereuses,   suivie d' un autre best seller 80 notes de bleu (vina Jakson) dans l'univers de BDSM  et Calander girl dans l'univers des escortes.  


Dans ces romans, écrits par des femmes, la femme est montrée forte, libre, libérée de toute domination, post féministe, attachée au plaisir sexuel et à sa qualité de vie.


Etant post féministes, ces femmes refusent le choix proposé par certains courants du féminisme radical entre liberté et solitude. Elles veulent partager cette liberté à égalité avec des hommes virils, séduisants et aimants. Ces femmes post féministes revendiquent leur droit à avoir une sexualité épanouie, y compris les jeux érotiques de soumissions.


Il est difficile de compter les livres de nouvelle romance vendus dans le monde. Les féministes radicales stigmatisent ce genre en répétant qu'il s'agit d'une pornographie écrite par des femmes, d'une littérature de boudoir. Cela ne change rien au succès de ce genre littéraire ni aux films réalisés à partir de cette nouvelle romance comme Twilight (2008).

Réf
Michele Schreiber American Postfeminist Cinema: Women, Romance and Contemporary Culture (Traditions in American Cinema EUP) Reprint Edition , 2015

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Atwood, la servante écarlate affronte Trump

servante ecarlate robe rouge

 

Atwood, la servante écarlate affronte Trump


Les servantes apparaissent partout, dans les manifestations féministes, sur les réseaux sociaux, et sur les sites internet comme symbole de résistance et de révolte à l'oppression. Le roman d'Atwood (la servante écarlate) est à nouveau dans les listes des best-sellers, depuis l'élection du président Trump . En mars, des femmes ont enfilé les robes rouges pour protester contre les projets de loi proposés aux États - Unis qui porteraient atteinte aux droits des femmes selon ses manifestantes.

The Handmaids tale serie film


Au fil des années, "The Handmaid's Tale" a pris plusieurs formes. Ce livre a été traduit en 40 langues. Il a été adapté en film en 1990. Il a été joué sous forme d'opéra, et également de ballet. Il est transformé en un roman graphique. Et en avril 2017, cela devient une série de télévision MGM / Hulu.

 

La servante écarlate :  un roman féministe anti-dictature  

Margaret Atwood, née au Canada à Ottawa en 1939, auteur d'une quarantaine de livres. Traduite dans cinquante langues, on trouve ses livres en français surtout chez Robert Laffont : C'est le cœur qui lâche en dernier (2017), MaddAddam (2014), Le Temps du déluge (2012), La Servante écarlate (2005), Le Dernier Homme (2005), Le Tueur aveugle (2002, Booker Prize) ou Captive (1998).

Dans le journal New York Times du 10 mars 2017, Atwood raconte : " Au printemps de 1984, j'ai commencé à écrire un roman qui n'était pas initialement appelé "The Handmaid's Tale". J'écrivais à la main, principalement sur des blocs-notes puis sur une machine à écrire manuelle à clavier allemand. A l'époque je vivais à Berlin, l'empire soviétique était encore en place. Chaque dimanche, l'armée de l'air de l'Allemagne de l'Est faisait des booms sonores pour nous rappeler à quel point ils étaient proches. Au cours de mes visites dans plusieurs pays derrière le rideau de fer - la Tchécoslovaquie, l'Allemagne de l'Est - j'ai connu la méfiance, le sentiment d'être espionnée, le silence.

 

Atwood

 

Dans son roman, Margaret Atwood  revient sur la fonction naturelle de la femme et pose la question du risque de réduire la femme à ce rôle. Atwood imagine une société américaine en crise économique, écologique, et démographique, gouvernée par un régime autoritaire. Le rôle de la femme dans cette société devient la procréation.


The Handmaid's Tale (la servante écarlate) décrit un avenir où la pollution atmosphérique et terrestre entraine une augmentation spectaculaire de la stérilité. Un mouvement radical et conservateur chrétien organise un coup d'état accusant les fanatiques islamiques. Cela justifie de déclarer l'état d'urgence, de suspendre la constitution et de censurer les journaux.


Dans ce régime totalitaire, les femmes n'ont plus droit de travailler, d'avoir un compte en banque ou même de lire. Dans un monde où la stérilité s'est abattue, celles qui sont encore fertiles deviennent des servantes pour l'élite, avec pour seule tâche la reproduction.

Une caste de femmes fertiles, les Servantes habillées en rouge écarlate, devraient se consacrer à cette tâche. Ces mère porteuses sont attribuées à des couples, et sont à la merci des épouses habillées toujours en bleu et les commandants. Ambiance des romans d'Huxley et d'Orwell : hiérarchie, surveillance constante (l'Oeil), société sous contrainte, tortures, exécution.

Atwood dénonce les régimes totalitaires, déportation, rationnement, propagande, arrestations, exécutions publiques, dans une idéologie totalitaire et puritaine.

Defred fait partie de ces servantes. C'est à travers elle que nous découvrirons ce monde froid, hostile, la peur comme communication, l'absence de sentiments et la négation de l'intimité de l'individu.

" Nous vivions, comme d'habitude, en ignorant. Ignorer n'est pas la même chose que l'ignorance, il faut se donner de la peine pour y arriver. "
Defred décrit sa vie présente et ses souvenirs passés : sa vie de couple avec Luke, leur petite fille, ses études avec sa copine Moira.

"Il nous est interdit de nous trouver en tête à tête avec les Commandants. Notre fonction est la reproduction. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n'est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets."


Elles avancent à pas contrôlés, deux par deux, visage dissimulé par un chapeau (cornette). Elles sont destinées à porter la descendance des élites infertiles. Elles vident dans un monde sans mots, un monde de délation, de menace et des cérémonies expiatoires, avertissement pour que personne ne peut prétendre résister à la torture.

 

La vie devient une attente perpétuelle, celle de la fécondation par le Commandant, celle des informations volées au risque de se perdre, celle du temps qui passe sans repères.

" Notre fonction est la reproduction : nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n'est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d'autre ; l'amour ne doit trouver aucune prise. Nous sommes des utérus sur pattes, un point c'est tout : vases sacrés, calices ambulants. " (p. 152)

" Mais tout autour des murs il y a des rayonnages. Ils sont bourrés de livres. Des livres et des livres et encore des livres, bien en vue, pas de serrures, pas de caisses. Rien d'étonnant que nous n'ayons pas le droit de venir ici. C'est une oasis de l'interdit. J'essaie de ne pas regarder avec trop d'insistance. "

 

Dans ce régime, la sexualité féminine est surveillée, contrôlée.  Chaque rapport sexuel a lieu en la présence de l'épouse du commandant, sans nudité, ni intimité. Une mise en scène des viols autorisés. La servante allongée le lit, son jupon rouge relevé, le visage entre les cuisses de la femme du Commander assise, le dos droit dans sa robe vert sapin, la tête Defred bouge doucement sous les va et vient. Elle attend que l'homme jouisse, tandis que sa femme lui tient fermement ses poignets.

 

servante ecarlate atwood citation

 

Echec du féminisme ?  Héritage abandonné ?

Il est impossible de dire que le féminisme a échoué, l'amélioration de la condition féminine est spectaculaire et sans précédent dans le monde et surtout dans les pays occidentaux.

La diffusion de la série " la servante écarlate " donna à la romancière une occasion de rencontrer un nouveau public. Beaucoup de femmes y compris en occident on trouvé une nouvelle pertinence à son roman en face des gouvernements peu féministes, contre l'IVG ou contre la contraception aux Usa et dans certains pays européens.


Yvonne Strahovski, l'une des actrices de la série, a confié au Huffpost : "Je commence à voir ces parallèles entre les actions et ce que Trump fait. C'est d'une manière étrange une inspiration mais aussi un parallèle horrible."

Aux Etats-Unis, "la Servante écarlate" est devenu un symbole de résistance. Lors de la Marche des femmes qui s'est déroulée en janvier dernier, on remarquait par exemple le panneau exigeant de "Laissons Margaret Atwood dans le monde de la  fiction".


Dans ce roman, Defred est indifférente au combat féministe de sa     mère : "Elle s'attendait à ce que je fasse l'apologie de sa vie et des choix qu'elle avait faits. Je ne voulais pas vivre ma vie selon ses exigences. " En face de la tyrannie, elle se voit dans l'obligation de résister comme sa mère.  Trop tard. "J'étais endormie [...] Maintenant, je suis éveillée", affirme Defred.

 

Trump hommes blancs colere


En 2013, Michael Kimmel publie un livre de sociologie, Angry White Men  " des hommes blancs en colère " pour analyser la colère qui animent un certain nombre d'hommes blancs de la classe moyenne, principalement de la classe moyenne inférieure.  
Hommes blancs de la classe moyenne sont en colère contre la société, le féminisme, le modèle économique, et la culture ambiante?


Michael Kimmel, par l'intermédiaire d'entrevues, et de rencontres étudie la colère de ses hommes, les motivations, les revendications et leurs points communs. Il formule une première conclusion : ces hommes sont en colère contre un modèle qui les marginalise dans le travail, dans le couple, dans la parentalité. Il dit dans son livre la masculinité américaine (et probablement occidentale) est en train de se transformer, de changer d'époque.

Ces hommes ne trouvent plus leur place dans la société actuelle, par manque de travail, par manque de perspectives, par les crises économiques successives, par délocalisation, et par déclassement social. Sur le plan sociétal, ces hommes ne trouvent plus leur place dans le couple, dans le rôle de parents. Ils ne sont plus chefs de famille, ils n'ont presque aucun droit dans le couple, et doivent s'adapter continuellement avec un mouvement féministe sans limite.


Quelques années plus tard, Trump est à la maison blanche et le livre de Kimmel est devenu best- seller.   
Ces hommes ne crient plus leur colère en critiquant le féminisme et le modèle social, ils sont dans l'étape de révolte. Ils s'expriment dans les urnes. Le cauchemar décrit par Atwood passera-il par la voie démocratique ?  
La servante écarlate est un roman qui date de plus 30 ans, un livre remarquable sur le plan littéraire par son style de narration et par la finesse de ses personnages.     


Si une jeune femme abandonne l'héritage féministe, elle dit que le combat est déjà gagné, et qu'il est temps de passer à autre chose ; Elle trouve aussi en face d'elle certains hommes de plus en plus hostiles au féminisme.  
Le féminisme n'est pas responsable des crises économiques, ni du chômage, ni de déclassement social. Par contre, Michael Kimmel souligne la colère profonde et déterminée d'hommes américains qui ont subi des réformes de la société favorables aux femmes sans se soucier des problèmes masculins dans le couple. Ces hommes déclassés perdent leur travail, leur rôle dans la famille, et même dans leurs couples. Ils ont du mal à voir leurs enfants une fois par semaine, gardés sous l'ordre des juges chez leurs ex-femmes, et sont toujours traités de dominateurs.


Dans son entrevue avec le journal anglais The Indépendant, le 18 juillet 2017, la romancière Margaret Atwood donne le début d'une réponse :  


"Quand on parle féminisme, on ne dit pas que les femmes sont meilleures que les hommes, ou qu'il faut pousser les hommes du haut d'une falaise... " .


La renaissance de ce grand roman pose une question :


Est-ce que la servante écarlate est la réponse efficace à la crise, aux hommes en colère et à leurs bulletins de vote à notre époque ?  


A chacun de formuler son propre avis ... 

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Edward Hopper : le monde à travers les émotions

Hopper ete

Hopper, été , 1943

 

Edward Hopper :  le monde à travers les émotions


Se promener dans une exposition de Hopper est à la fois excitant et énigmatique en observant des personnages solitaires, insatisfaits, pathétiques ou marginaux.
Ses tableaux peuvent déclencher chez les spectateurs une interrogation, un sentiment d'inconfort face à des individus isolés dans des espaces impersonnels, ou qui regardent par des fenêtres le monde extérieur. Quel que soit le nombre de personnages représentés sur la toile, chacun d'entre eux est un être seul, comme s'il vivait prisonnier dans un grand aquarium ne laissant pénétrer ni amour, ni contact charnel. À l'intérieur de ces personnages, on déchiffre parfois des êtres paralysés, égarés ou figés, indifférents au monde qui les entoure.
Hopper a peint des sentiments communs aux humains, la solitude parmi les autres, parmi la foule, la solitude de soi. En dépit de la présence de Jung, Freud et de la psychanalyse au 20ème siècle, Hopper n'analyse pas, ne corrige rien, il montre sa propre vision du monde.
Aujourd'hui, il est un peintre important, un génie singulier. Son travail fut ignoré pendant de nombreuses années.


Malgré tout, Hopper (1882-1967) est un peintre américain bien apprécié en Europe. Ses tableaux nous sont familiers.
Pour de nombreux européens, la peinture d'Edward Hopper confirme les images et les préjugés de la culture Européenne sur l'Amérique et le style de vie aux USA.  Depuis 1970, les expositions des tableaux de ce peintre rencontrent un réel succès. Les visiteurs apprécient dans ces tableaux la façon dont Hopper voyait son Amérique et non pas seulement le style ou la technique.

La sophistication intellectuelle de Hopper a éloigné le public américain de ses œuvres dans un premier temps. Jeune, Hopper lisait la bibliothèque de son père : "les classiques anglais et beaucoup de français et russe en traduction ". Plus tard, il a continué de s'immerger dans la poésie, la fiction, la philosophie ; La littérature anglaise, ainsi que les écrivains français et allemands. Au cours de sa vie, il a indiqué son goût pour certains écrivains comme Molière, Hugo, Verlaine, Rimbaud, Proust, Goethe, Emerson, Thomas Mann, Renan, Hemingway,  Dos Passos, et Henrik Ibsen. Il avait également étudié l'art des anciens maîtres de la peinture européenne pendant ses années d'études et ses voyages à l'étranger.
Tout au long de son sa vie Hopper a maintenu un intérêt à la fois pour la culture européenne et pour la culture américaine. Il pensait qu'un artiste répondait naturellement à son propre héritage.

 

Hopper bureau a New York

Hopper à travers un tableau  

Hopper aime New york. " Ce que je tire de New York a-t-il dit, c'est new york. " Il regardait, se promenait laissant son talent de se nourrir des sens et des formes, et des couleurs, à la façon d'un peintre et d'un photographe. Nourri de Vermeer et Degas, il cherche un angle, un point de vue, un coin.
Le thème du coin de rue apparaît trop tôt dans son oeuvre, dès 1913 dans son tableau impressionniste la Parisienne. Il tente de représenter un morceau de la ville, ce qui va devenir un thème important dans sa peinture. Chez lui, on retrouve comme chez Vermeer dans de nombreux tableaux, la diagonale qui donne aux figures une composition, une mise en scène. Le public se pose à l'angle de la toile.
À cela s'ajoute l'art et le thème de transparence, en insistant sur les fenêtres, sur les vitres et sur les baies. Dans un angle, à travers les fenêtres, ne voyant pas seulement une rue, mais des parties de l'immeuble en face, ou des boutiques, où les fenêtres et les ouvertures, il  associe le privé au public, à l'intime à l'impersonnel. Parfois, nous avons l'impression d'être dans un aquarium, montrant dedans et dehors, publiques et privées, liberté et rêve, réelle et irréelle.


Les personnes travaillent à l'intérieur de leur boutique ou dans leurs bureaux, observent, et sont observées, comme si les vitres séparaient avec une certaine étanchéité le monde intérieur du monde extérieur.

Dans son tableau bureau à New York par 1962, derrière un comptoir une banque ou d'une boutique, un téléphone noir est posé sur un tapis rouge, une femme blonde épaule et bras nus tient un papier rectangulaire, une enveloppe fermée, une lettre. Elle regarde comme si elle vérifiait l'adresse dans une attente avant de décacheter et de lire ou avant de la classer ou de l'envoyer au destinataire. On se demande si la lettre est personnelle, s'il s'agit de bonnes ou de mauvaises nouvelles. Au plafond, trois globes éclairent la pièce. Le mur du fond est sombre, obscure. La lumière qui éclaire la jeune blonde vient d'une grande baie bleue donnant sur la rue.
À gauche, la rue est déserte, il y a les autres façades d'immeubles, sombres avec de nombreuses fenêtres à moitié ouvertes. Tout semble orienter le regard du spectateur vers la lettre située au centre du tableau. Cette histoire de lettres nous rappelle Vermeer.
Cette femme est exposée dans une vitrine comme une marchandise, comme un mannequin de boutiques, offerte au regard des passants comme un objet publicitaire. Cette femme exhibe derrière cette vitrine une lettre qui porte le signe de l'intimité, du secret. On dirait que pendant son travail, elle a un autre rôle, animer la vitrine et séduire les clients.


Les critiques ont discuté le voyeurisme chez Hopper. Ce voyeurisme n'avait rien de sexuel, il démontre l'effacement des limites entre le privé et le public, la confusion imposée par notre style de vie entre l'intime et l'impersonnel. Dans ce voyeurisme, Hopper et dessine des êtres humains aliénés dans une société industrielle, dans une société de marchandise, dans une société de consommation, dans une société du spectacle.
On est parfois étonné par la présence des fenêtres et des vitres dans les tableaux de Hopper. Le verre devient silence, distance, obstacle, et en même temps, transparent, froid, indiscret et non intime.

 

Hopper influence les autres


Au cœur de la vision urbaine de Hopper figurent les paradoxes du mythe démocratique. Nous sommes égaux, et pourtant ce qui nous rend égal est notre unicité et notre inviolable individualisme. Toute atteinte à notre intimité et notre individualisme est une atteinte à la démocratie. Malgré la mélancolie qui hante les peintures de Hopper, sa popularité et son influence persistent. On trouve dans le polar américain puis dans le cinéma ces réflexions sur les effets négatifs de l'urbanisation, sur les disparités économiques et la solitude.
Dans la culture populaire, il a influencé une variété d'artistes, dont Alfred Hitchcock, qui s'est inspiré du tableau maison au bord de la voie ferrée (peint en 1925) dans son film Psychose réalisé en 1960 ou la vue sur les fenêtres des appartements en vis-à-vis (chambre sur cour).
Le pouvoir de l'art de Hopper réside dans un réalisme particulier, clairsemé, qui omet plutôt que ce qu'il représente. Il a transformé des espaces américains emblématiques (comptoirs, pharmacies, bars, chambres d'hôtel, stations-service) en espaces reflétant la vie intérieure, en espace intimes.
Derrière la simplicité apparente des peintures se trouve une grande complexité. Le manque de détails invite le spectateur à compléter l'image en spéculant sur les événements passés et imminents, sur les relations entre les personnages et sur les désirs et les angoisses provoqués par notre propre besoin d'examiner la vie de ces personnages.


Hopper : une vie entre plusieurs cultures

En 1906, à l'âge de 24 ans, Hopper arrive à Paris pour résider dans la rue de Lille un logement loué par ses parents. Gertrude Stein, Picasso, Renoir, Cézanne étaient à cette époque à Paris, le jeune homme ne rencontra aucun d'entre eux. Il est fasciné par les impressionnistes et leurs couleurs aux tons pastels.
Il a séjourné à Paris deux fois, en 1909 et en 1910. Dans sa biographie de Hopper, Gail Levin note : "la solitude des intérieurs récurrents, le sous-entendu sexuel et la perspective du voyeur, son intérêt pour la complexité de la lumière ".
De retour aux États-Unis, il doit gagner sa vie et se tourne vers la publicité (dessinateur d'affiches). En 1912, il a présenté des tableaux pour une exposition au MacDowell Club. Et à 30 ans, il n'a encore vendu encore aucun tableau.
Il commence à faire des illustrations pour des magazines.
Dans les expositions, ses tableaux d'influence française ne plaisent pas. Le public et le monde de l'art étaient dans une ambiance nationaliste vis à vis de l'art américain.
Cette idée de ce qui était "américain" allait accompagner son art. La Nouvelle-Angleterre a toujours eu une grande importance dans la conscience nationale américaine avec ses valeurs puritaines, et où les écrits d'Emerson étaient revendiqués comme l'essence même du caractère américain.

 

Hopper hotel lobby hotel room


Fin 1924, Hopper change essayant de placer ses aquarelles avec les Galeries d'art Kraushaar et est refusé. Plus loin dans la rue, la nouvelle Galerie Rehn ouvre. Avant que Frank Rehn n'ait eu l'occasion de regarder le travail de Hopper, un client saisit un tableau et l'acheta. Pour la première fois. Rehn commença à vendre ses tableaux. Les critiques le louèrent, il fut invité alors de grandes expositions et dans les musées.
En 1924, Hopper épouse Jo Nivison. Ils se connaissaient depuis l'école primaire. Quand ils se sont mariés, les deux avaient 41 ans.
Le couple resta marié 43 ans, traversant des moments de tendresse et de rivalité, mais aussi les passions mutuelles pour l'art et le théâtre. Jo posa dans presque tous ses tableaux.
Pendant la majeure partie du 20ème siècle, Hopper est considéré comme un peintre " réaliste " à un moment où le réalisme était dénigré par les critiques.
Dans les années 1930, pendant une période de conscience sociale et de nationalisme, le travail de Hopper commence à susciter une attention particulière.  Puis dans les années 1940, il est reconnu comme un grand artiste américain. Dans les années 1950, lorsque l'expressionnisme abstrait est en vogue et le réalisme à la défensive, la réputation professionnelle de Hopper a continué de croître et de se renforcer. Le magazine Time l'a mis à la une en couverture en 1956.
Hopper meurt dans son atelier en mai 1967.


Hopper, des thèmes colorés en tableaux   

La secrétaire qui travaille tard le soir au bureau avec son patron dans l'immeuble d'en face, ou la femme qui lit dans le train. La jeune fille en robe légère sous le soleil d'été qui attend sur le perron, la femme seule assise au café
Hopper observe les changements de la  société, les débuts de l'individualisme, l'avènement de la société de consommation, l'individualisme qui apparait aux USA et comme en Europe et qui transforme la société.
Hopper nous montre l'individu, seul maitre de son destin, l'individu face à la nature, face aux changements du  monde moderne.
Chaque tableau est un décor à la fois familier et énigmatique qui inquiète ou interroge le spectateur.  Sommes-nous ces personnages ?   Est-ce nous ?
Ses débuts sont marqués par la tradition européenne, par l'impressionnisme, il fait plusieurs voyages  à Paris. En 1910, il s'inspire de Manet, il est le peintre des paysages et des villes.

Ses  toiles montrent un dynamisme et une expressivité qui marquent l'affrontement entre la nature et la civilisation.

Hopper la ville


La ville 1927

Le monde moderne se caractérise dans ses toiles par le mouvement (voiture, chemin de fer, route, poteau téléphonique), il peint le nouveau monde avec exactitude, les symboles de l'Amérique, enseignes lumineuses aux couleurs criardes, panneaux publicitaires, immeubles aux  façades  barrant l'horizon.
Hopper dépeint l'homme, son aliénation dans la ville et dans le monde moderne.  

Hopper automate

L'automate 1927


Tranquillité du personnage dans un lieu géométrique et vide (reflets des miroirs, des vitres, monde extérieur sombre) nature représentée par la coupe de fruits,
 Femme dans une cage vide fixité du personnage repliée sur elle-même, le vide l'entourant

Hopper s'attache par la suite à montrer les symboles de la civilisation que sont les maisons, l'architecture et leur insertion dans la nature environnante.
Ainsi les peintures de Hopper apparemment réalistes et riches détails exacts ne sont pas de simples représentations du réel mais des constructions complexes dépassant le réel, et sont à décrypter par le spectateur.

 Hopper Chambre au bord de la mer
Chambre au bord de la mer 1951


Dans ces dernières œuvres, il se rapproche du travail de Magritte en dépassant le réel.
C'est le jeu du tableau dans le tableau (Ses toiles sont comparables à un miroir dans lequel des choses dispersées se répondent les unes aux autres).

Hopper explique sa démarche en citant Edgar Degas " Mettre sur la toile ce que l'on voit, c'est bien, peindre ce que l'on a gardé en mémoire c'est mieux ".  Cette métamorphose a la puissance de l'imagination. Ces peintures en rendent compte, elles racontent les ruptures de la société.
Il se réclame aussi d'Emerson : 

 

" Le début et la fin de toute activité artistique est la reproduction du monde autour de moi au moyen du monde en moi... "

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Erika Lust, le film porno féministe trouve son public

 

Erika lust pornopgraphie

Erika Lust, le film porno féministe trouve son public  

 

Erika Lust (née Erika Hallqvist en 1977 à Stockholm) est réalisatrice, scénariste, productrice pornographique et écrivaine suédoise. Elle vit et travaille à Barcelone.
Elle est sans doute parmi les plus importantes réalisatrices de films pour adulte en Europe.  
Une Suédoise diplômée de sciences politiques, que rien ne destinait au porno. Sur son site internet, elle explique : " la première fois que j'ai vu un film porno, j'ai eu la même réaction que beaucoup de femmes, interpellée par quelques images, que je trouvais inadéquates. Je ne m'identifiais pas du tout à ce que je voyais. Les femmes n'avaient pas l'air de s'amuser et les situations sexuelles étaient totalement ridicules ". À la fin des années 1990, elle étudie à l'université de Lund, elle tombe sur un livre qui la bouleverse, Hard Core : Power, Pleasure and the Frenzy of the Visible de Linda Williams. Ce livre qui analyse l'image de la femme dans la pornographie fut le déclic.


En 2000, elle s'installe à Barcelone. Elle commence à travailler avec de petites maisons de production jusqu'en 2004, quand on lui propose de tourner et réaliser son premier court-métrage érotique, The Good Girl. En quelques mois, le film est téléchargé plus de 2 millions de fois sur Internet. Récompensée lors du Festival international du film érotique de Barcelone en 2005, Erika Lust en profite pour se lancer en solo en créant sa propre société de production, Erika Lust Films.

 

Erika lust pornopgraphie feministe

 

Ce film possède de nombreuses particularités qui vont marquer plus ou moins le travail de Lust. L'actrice principale a 35 ou 40 ans, elle est peu maquillée, sans prothèses ni artifices, elle ressemble aux femmes qu'on voit dans la vie réelle. Elle joue le rôle d'une femme seule, qui commande une pizza dans l'espoir d'avoir en face d'elle un beau livreur.
A la différence des films porno féministes, les pratiques sexuelles sont celles présentes dans les autres productions sans restriction. La femme à égalité avec l'homme, elle valide son désir, et accepte le désir de son partenaire.  Le film est bien réalisé, largement plus sophistiqué que la majorité des productions pornographiques.  Son actrice est une femme active, le film transmet le point de vue d'une femme sur une rencontre sexuelle.   
Son secret ? "Un point de vue féminin", écrit-elle sur son site, "et les détails, les détails et encore les détails comme les yeux dans les yeux, la chair qu'on agrippe, les petits bruits".

 

Erika lust Five Hot Stories For Her

Five Hot Stories For Her


Ce court-métrage fera plus tard partie du film Five Hot Stories For Her, composé de cinq courts-métrages pornographiques, et récompensé  pour " meilleur scénario " au Festival international du film érotique en 2007 à Barcelone (FICEB Award), " meilleur film de l'année " par le Feminist Porn Awards de Toronto en 2008 et aux Venus-Eroticline-Award en 2007 à Berlin. Five Hot Stories For Her reçoit les honneurs au CineKink Festival de New York (2008).  Dans ce film à court métrages, on voit un couple dans un jeu de rôle sadomasochiste, une femme qui couche avec deux hommes pour venger la relation adultère de son mari, une femme séduite par une femme, etc.
Ce film montre en détail la sexualité des femmes libres qui aiment le sexe et qui cherchent le plaisir et le plaisir de leurs partenaires.
Erika décide de s'embarquer dans son plus gros projet : XConfessions. Un site internet. Renouant avec la tradition des confessions érotiques avec interactivité, Lust propose de petites histoires vécues que lui envoient les internautes et tournent de petits films à partir de ces confessions dans un mélange sexy, léger et sophistiqué.
Elle a déjà tourné plusieurs films confessions qui semblent rencontrer un certain succès même si aucun de ces films n'est pas à la hauteur de son premier film.  


Pornopgraphie feministe

 

Le porno féministe existe

La pornographie était l'une des questions les plus débattues en particulier dans les pays anglophones. Cette division profonde a été illustrée dans les guerres sexuelles féministes des années 1980,  opposant les adversaires féministes de la pornographie - comme Andrea Dworkin , Catharine MacKinnon, à des féministes plus libérales ou pro-sexe.
On peut diviser les positions féministes actuelles sur la pornographie en trois catégories : la catégorie la plus répandue dans les médias et les milieux universitaires prétend que la pornographie est une expression violente de la culture masculine, dans laquelle les femmes sont exploitées. La deuxième catégorie associe le respect de la liberté d'expression avec le droit de la femme à disposer de son corps. Dans cette catégorie, les féministes n'approuvent pas la pornographie, mais respectent la liberté d'expression, le droit de la femme actrice et ou consommatrice de la pornographie. Une troisième catégorie, minoritaire, défend la pornographie comme une expression libre de la sexualité, féminine et masculine.


On peut imaginer combien le dialogue entre ces trois courants féministes est difficile. Les féministes radicales anti-pornographie réclament des lois pour interdire la diffusion des images pornographiques dans la société, et traitent les femmes qui ne sont pas d'accord avec ce point de vue de traîtresses, de dupes du patriarcat.
De l'autre côté, on prétend que les femmes font leur propre choix à propos de la pornographie. Les féministes " pro sexe " pensent que la pornographie est un outil pour éroder progressivement la domination masculine, et favoriser l'épanouissement sexuel des femmes.   


Selon les Feminist Porn Awards, il n'existerait pas de modèle prédéfini de la pornographie féministe.
On peut citer de nombreuses réalisatrices de pornographie féministe, dont la majorité travaille comme actrice dans le porno, comme Maria Beatty, Nina Hartley, ou Ovidie en France.
Les films étiquetés féministes, avant Lust, reflétait un point de vue féminin, privilégiant le désir féminin. Certains de ces films ont souffert de cette autocensure mettant en scène les femmes, et les pratiques sexuelles supposées respecter la femme. Certains de ces films ont insisté sur le désir féminin s'éloignant ainsi du public masculin. D'autres films ont traité le désir des minorités sexuelles comme les lesbiennes ou les bisexuels.
Le travail de Lust est différent. Dans ces films, le plaisir sexuel est partagé, hommes et femmes valident la sexualité sans privilégier le partenaire féminin ou le partenaire masculin.
Dans " Marie Claire ", Lust définit le porno pour femmes comme un cinéma érotique qui prend en compte les désirs et les goûts féminins, la sexualité féminine, et dépeint la diversité dans la beauté, les valeurs et les opinions. Quand les gens pensent aux films érotiques que les femmes aiment, ils les associent au porno lesbien, ou à des ambiances romantiques du type draps blancs en soie et pétales de roses... mais ces stéréotypes sont trop éloignés de la réalité.


Le nouveau porno pour les femmes présente le sexe et les femmes tels qu'ils sont aujourd'hui. Les femmes ont désormais la liberté de demander ce qu'elles veulent et comment elles le veulent, le sexe est devenu agréable pour les deux sexes. Les femmes aiment le sexe d'autant de manières différentes que les hommes.
Le travail d'Erika Lust s'inscrit dans un courant du féminisme égalitaire qui semble gagner le monde de la télévision à travers les séries télévisées et le monde de l'édition à travers la " nouvelle romance " où les femmes sont libres de leur choix, de leur sexualité, et de leurs décisions.

 

 

 

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Série Girls : 4 filles désenchantées à New York

girls Dunham Williams Kirke Mamet

De gauche à droite : Zosia Mamet, Allison Williams, Lena Dunham et Jemima Kirke, les quatre interprètes principales de la série.  Girls, une série-ovni, personnelle et attachante

 

Série Girls : 4 filles désenchantées à New York  

"Je ne veux pas vous faire peur, mais je pense que je peux être la voix de ma génération, ou du moins, une voix dans cette génération. " déclare Hannah dans le premier épisode de Girls en 2012.


La série commence avec Hannah Dunham une fille de 24 ans qui aspire à devenir journaliste, elle vit à New York. Ses parents lui annoncent qu'il est temps de devenir adulte et autonome, et qu'ils vont arrêter de l'aider financièrement, qu'elle devrait trouver un emploi rémunéré plutôt des stages de l'année écoulée. Ses amies une bande de filles (Allison Williams, Jemima Kirke et Zosia Mamet ) ont toutes leurs propres problèmes,  des citadines post-universitaires, à la recherche d'un emploi, d'une carrière et d'une relation amoureuse.


Six ans plus tard, dans la rue de banlieue, une jeune adolescente parle avec Hannah en lui disant madame, pendant qu'Hannah cherche un moyen pour convaincre son nouveau-né d'accepter de téter son sein. Elle est devenue adulte, maman et responsable d'un enfant.   

 

girls serie tele tv show

 

Dès que la chaine HBO a diffusé le premier épisode de la série en 2012, Girls s'est démarquée des autres séries par ses personnages féminins, par son réalisme, du scénario et de la réalisation. Un parti pris et revendiqué par Lena Dunham (Hannah), réalisatrice, auteur et actrice principale, passée en quelques épisodes d'une inconnue à la porte-parole d'une génération de jeunes femmes urbaines, ironiques et désabusées.  
En 2017, Clap de fin. Six années de louanges, de critiques, de polémiques, et d'audiences fluctuantes, la fin de la sixième saison de la série américaine a eu lieu en février 2017. Les quatre copines perdues dans la Grosse Pomme tirent leurs révérences.

Amours compliquées, impasses financières, corps imparfaits, sexualités et genre, angoisses existentielles. Dunham parvient à nous dessiner les amitiés féminines actuelles, l'angoisse de l'âge adulte, les relations,  la sexualité, l'estime de soi,  l'image corporelle, et  l'intimité dans un monde de médias sociaux qui favorise la distance, la perte de sens et le narcissisme, où il faut survivre avec la précarité et le doute.
Lena Dunham s'est imposée comme un visage de l'intelligentsia culturel new-yorkais, récompensée par deux Golden Globes , comparée à Woody Allen dans sa façon de traiter les sujets graves avec ironie, dérision et recul.


Des jeunes femmes 15 ans après " sex and the city "

Pendant dix ans, la série sex and the city racontait le parcours de 4 femmes dans le monde de la consommation, des couples précaires, et la sexualité, Girls parle de la précarité des jeunes femmes, sur plan personnel et professionnel.  Girls s'est concentré sur des héroïnes jeunes dans une époque particulière, dans les années post-crise économique (subprimes). Sex and The City  présentait des femmes trentenaires bien intégrées, aisées et sophistiquées.


Quand Sex and The City était à son apogée au début des années 2000, on voyait des modèles féminins comme la sauvage Samantha, Charlotte la distinguée romantique aux yeux écarquillés, la cynique Miranda ou Carrie et ses chaussures. Dans Girls, il y a la sauvage Jessa,  Sosh la romantique, la belle angoissée Marnie et Hannah la sans-pudeur et sans limite.


Cette génération de femme post crise doits'adapter à un contexte économique compliqué. Cette génération vivra moins bien que ses parents.  La précarité économique s'accompagne d'une précarité émotionnelle et relationnelle. Leurs vies sexuelles sont insatisfaisantes, parfois même dégradantes. Cela n'existait pas dans Sex And The City.
Sur le plan relationnel, la fameuse entraide féminine si présente dans sex and the city disparait. Les personnages sont angoissés, terrorisées par l'avenir, et nombrilistes.  
Sur le plan physique, Girls montre des corps en insistant sur le gras, dans des positions peu flatteuses, on montre les fesses rebondies, les bourrelets, les seins de Hannah entre autres. Cette nouveauté fut bien reçue par les téléspectateurs. La créatrice de la série se met en scène dans une volonté claire de casser les codes de représentations.

 

girls amour sexe relations


Le sexe

Parmi les mythes du cinéma Hollywoodien, les femmes peuvent avoir des expériences sexuelles satisfaisantes sans jamais enlever leurs soutiens-gorges, et peuvent atteindre des orgasmes mémorables en quelques minutes. Les "Girls" cassent ces codes irréalistes usés et surannés. Dans cette série, le sexe est nu, cru, en sueur, étrange, surprenant par son réalisme et peu flatteur.
Ces jeunes femmes ont une sexualité récréative, désordonné, parfois utilisée pour apaiser une angoisse ou partager une émotion, dans des rencontres éphémères.


Girls  montre des scènes gênantes pour le spectateur, où les filles sont nues, vulnérables, déliassées.  Les filles ne refusent pas la sodomie mais négocient cette pratique avec ou sans préservatif, elles sont désabusées, n'osent pas dévoiler leur insatisfaction et n'ont pas beaucoup de choix.  


Girls peut être une série troublante en raison de son réalisme cru.  La sexualité de ces filles n'est pas plus satisfaisante que celle de leurs grands-mères.  Cette sexualité est montrée comme aléatoire et partagée avec des partenaires masculins parfois indifférents ou perdus dans leur propre précarité. Les hommes dans cette série sont troublés par leur orientation sexuelle, par leur égoïsme, et par leur situation économique. Le copain d'Hannah peut se masturber devant elle, peut la tromper. Son père devient homo après 25 ans de mariage, son colocataire est homo.      

 

Pas de romance, restons réels 

Alors que les livres de néo romance et les films sont à la mode, la série Girls échappe à cette tendance. En dépit de nombreuses rencontres et relations, les héroïnes terminent la série, seules, sans couples romantiques et sans fin " heureuse ".
Au fur et à mesure que le spectacle se déroule, Hannah, Marnie, Jessa et Shoshanna ne parviennent pas à sortir de leur stagnation. Les quatre femmes finiront par grandir et adopter une vie adulte responsable avec résignation, sans les feux d'artifices d'une romance à l'américaine.
Hannah a quitté la ville de NY et ses cycles d'appartenance et d'aliénation pour quelque chose de nouveau.
Le réalisme invite les scénaristes à refuser la romance, à exhiber une réalité que le cinéma n'aime pas montrer.   Elles cherchent un travail, un foyer, elles ne seront pas invitées dans des resto chics, ni dans des avions privés. Elles sont dans la vraie vie.    

 

girls Dunham


Reconstruire le corps d'une femme

Il est difficile de compter combien de fois Lena Dunham a enlevé son soutien-gorge ou à baissé sa culotte dans "Girls ". Dès le début, elle fait du corps un usage différent, le corps est réaliste, montré dans ses imperfections et ses détails.  Girls discutent les détails du corps, de ses réactions, de ses problèmes comme si la série cherchait à redéfinir la beauté féminine et le corps féminin.
Hannah est une femme, pas toutes les femmes. C'est son corps et et non le corps féminin.
En montrant une figure réaliste et imparfaite, Hannah oblige les femmes à se réconcilier avec leurs propres corps. Elle montre à plusieurs reprises qu'Hannah n'est pas maternelle, n'est pas douce, n'est pas émotive ou empathique vis-à-vis d'autres femmes. Lena Dunham veut être réaliste au risque d'être détestée.  Dans l'autre sens, le personnage de Marnie est provocateur, corps mince et léger, jolie visage de princesse de Disney. Elle adore planifier, organiser mais est en échec après un mariage désastreux et une carrière ratée de chanteuse de folk, Marnie trop désireuse d'être admirée, objet du regard masculin. Sa beauté ne changera rien à son parcours de vie.


Une conclusion : l'amour désenchanté ??


En terminant cette série, j'ai pensé à certains de nos sociologues et nos philosophes   français qui ont traité le sujet de l'amour désenchanté.     
Au début du XXe siècle, le sociologue Max Weber a décrit le désenchantement, par une modernité où le savoir et la science mettent fin à l'irrationnel. Un siècle plus tard, la psychologie, la psychanalyse, les neurosciences ont réduit l'amour à l'inconscient, à la pulsion sexuelle, ou à une chimie cérébrale.
E. Illouz écrit que " la conjonction du consumérisme, de la légitimation croissante de la sexualité par la psychologie et par le féminisme" a fini par désenchanter l'amour. Dans son ouvrage Les Sentiments du capitalisme, elle décrit comment la consommation, la marchandisation du sexe ont déréglé le marché de l'amour.
Elle souligne combien un certain féminisme a participé au désenchantement des relations amoureuses. La séduction devient politiquement incorrecte, le couple n'est plus amour mais liberté et égalité.
Et la solution ?  
Faudrait-il jeter aux orties la liberté de choix, l'individualisme et l'émancipation des femmes pour sauver l'amour ?  Non.
E. Iglou invite à trouver des alternatives pour ré-enchanter la modernité amoureuse. A chacun de trouver sa solution, car nous sommes dans une société individualiste.   Pour trouver la solution, chacun devrait être conscient de l'enjeu.
Les filles (de la série) à la recherche d'un nouveau modèle de relation ont échoué, et se retrouvent seules enfin de compte, mais elles recommencent à chercher.      
Encore essayer, Encore chercher, et inventer son modèle amoureux.
On peut se poser la question : comment éviter de précariser la jeune génération et hypothéquer ainsi l'avenir ?  


C'est une série qui mérite le détour, on rit, on sourit, on est troublé, parfois on s'ennuie mais on retrouve vite l'intérêt.

 

 

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La femme des sables, patrimoine littéraire universel

kobo femme des sables

 

La femme des sables, patrimoine littéraire universel

Il est possible d'assister à paris à une présentation théâtrale de ce roman, ou à un spectacle de danse à Berlin, interprétant ce livre ou à des productions artistiques traitant ce roman. C'est le cas depuis la publication de ce roman.
Certains romans ont un destin exceptionnel, ne meurent jamais et ne sombrent jamais dans l'oubli.
Si vous aimez les clubs de lectures, vous trouvez sur le net des nombreux commentaires passionnés de ce roman, comme d'autres rares romans qui traversent le temps et les frontières et qui sont dans le panthéon des œuvres hors normes.   Ce roman a été classé par l'UNESCO parmi les œuvres représentatives du patrimoine littéraire universel
Ce roman de Kob Abe, La Femme des sables a été traduit en 20 langues et adapté pour un film primé de Cannes en 1964 dirigé par Hiroshi Teshigahara.
Ce roman a été couronné au Japon par le Prix Akutagawa en 1962 et le Prix du Meilleur Livre Etranger en France en 1967.
Roman insolite d'une extraordinaire richesse, dur et angoissant qui, sous l'exactitude et la précision des détails d'une fiction réaliste, retrouve la dimension des mythes éternels. Il ne s'agit de rien d'autre que de la condition humaine avec ses limites désespérantes, ses illusions et ses espoirs.

 

abe kobo femme de sable citation1


ABE Kobo


Pseudonyme d'Abe Kimifusa, romancier japonais et dramaturge reconnu par son utilisation de situations bizarres et allégoriques pour souligner l'isolement de l'individu.
Kôbô Abé est né en 1924. Après des études de médecine, il se tourne vers la littérature. Auteur de poèmes, de plusieurs pièces de théâtre et d'ouvrages de science-fiction, il est surtout connu pour ses romans.

La femme des sables marque un point de départ dans la carrière d'Abe malgré un langage analytique riche en vocabulaire technique.
On trouve chez lui les influences de Franz Kafka et d'Edgar Allan Poe, dans un style imprégné de surréalisme.

Il meurt en 1993, à l'âge de 68 ans. C'est alors un écrivain mondialement reconnu, traduit dans une vingtaine de langues, dont les thèmes fétiches sont l'aliénation et la perte d'identité.
" Dans ces nombreuses œuvres se retrouve un même parcours : à la suite d'un événement imprévu, un homme d'âge et de statut social moyen est brutalement arraché à la routine, part et ne revient plus. Une fois déclenché le processus de rupture, le héros, selon une logique burlesque et déroutante, développe les conséquences du postulat initial. L'espace dans lequel il erre est le plus souvent clos et/ou souterrain : trou dans la dune, souterrains labyrinthiques, grotte... Le parcours est susceptible de lectures plurielles car Abe joue simultanément avec des genres différents : roman policier, conte fantastique, conte philosophique, quête initiatique, auto-analyse, science-fiction..." (A. Cecchi, dans le Dictionnaire de littérature japonaise, sous la direction de jean-Jacques Origas, PUF-Quadrige, page2 .

 

abe kobo woman in the dunes

La femme des sables


Le roman commence avec un homme, un entomologiste qui collectionne des scarabées sur les dunes,
La nuit tombe, les villageois lui proposent de s'abriter dans une maison délabrée au fond d'une fosse en forme d'entonnoir de sable. La descente n'est possible qu'au moyen d'une échelle de corde. L'occupant de la maison, une jeune femme, passe la majeure partie de la nuit à pelleter du sable dans des seaux, qui sont ensuite élevés par les villageois : sa maison est un rempart qui empêche le village d'être avalé par les dunes de sable qui avancent.

Quand il se réveille, l'homme trouve l'échelle de corde est parti. Ses tentatives de sortir du puits échouent à plusieurs reprises, et il se rend compte, d'abord avec incrédulité, puis indignation, puis crainte, qu'il est maintenant un conscrit dans ce travail de Sisyphe. Il n'est pas non plus le premier étranger à être piégé dans cette bataille contre les dunes envahissantes : mais les villageois permettent à des spécimens inadéquats de mourir, plutôt que de risque de détection par les autorités lointaines.


Mais quand il est prêt à partir le lendemain matin, il trouve qu'il ne peut pas sortir sans la corde lancée par des personnes ci-dessus. Elles sont soit absents, soit peu disposées à aider.
Alors la femme lui dit qu'elles sont éternellement prises, qu'il doit rester là à la volonté des gens ci-dessus, qui leur envoient de l'eau et de la nourriture. Elle explique aussi qu'elle est résignée à l'existence dans ces circonstances. "L'année dernière, dit-elle, une tempête a englouti mon mari et mon enfant ".
Elle lui montre la nécessité de travailler chaque jour pour dégager le sable qui engloutit la cabane pendant la nuit.


Bien sûr, l'homme est indigné. Il rage et refuse d'aider. Mais lentement, il s'habitue aussi à la fosse, et à la fin il ne veut pas la quitter quand il a une chance.
Le roman commence ainsi : "En plein mois d'août un beau jour, il advint qu'un homme s'évanouit sans laisser de traces. A la faveur d'un congé, il avait pris le train pour passer au bord de la mer une seule demi-journée ; et c'était la dernière certitude que l'on eût à son sujet : après, rien, nulle nouvelle. Requêtes aux fins de recherche, petites annonces dans les journaux, tout fut vain, tout s'éteignit." (Page 13).

Un professeur parti à la découverte de quelque insecte des sables échoue dans un petit village du fond des dunes, village dont il ne pourra plus sortir. Comme les autres habitants, le voilà prisonnier du sable : le sable qui envahit, qui s'infiltre dans la moindre fissure et qu'il faut sans répit rejeter. Particulièrement dans le trou où est tapie la maisonnette qu'il habite en compagnie d'une femme, vraie maîtresse-servante. Jour après jour, mois après mois, l'homme et la femme rejettent le sable. Cet esclavage est la condition de leur survie. Lassé de cette routine, l'homme tentera de s'échapper, de retrouver sa liberté.

La première place n'est pas donnée à l'humain mais au sable, seul vainqueur informe, poussière déplacée par le vent. Ce sable s'incruste, conquiert tous les territoires, sable prison à peine visible. Les gens se battent contre cet envahisseur. Chaque individu creuse chaque nuit pour enlever le trop plein qui ferait craquer sa demeure et l'enfouirait à tout jamais, effaçant sa trace et jusqu'à sa mémoire. Fragilité de notre condition humaine
"De partout le sable arrive, partout le sable pénètre. Quand le vent vient du mauvais côté, il me faut, matin et soir, grimper entre toit et plafond et, de là, retirer le sable qui s'accumule. Sans ça, très vite, la mesure serait atteinte où les lattes du plafond céderaient sous le poids du sable."
Le roman oppose la volonté de l'homme à échapper à ce cauchemar à la volonté des villageois de le garder là où il est.
Abe a peuplé ses romans par des solitaires, des médecins solitaires, des scientifiques maudits et par des vagabonds.


Son point de vue philosophique lui permet d'articuler les thèmes psychosociaux et existentiels du livre, et son œil scientifique, comme celui d'Abe, a assez d'ingéniosité pour esquiver des plans et être informé de la minéralogie du sable. Pour toute sa pompe, l'homme essaie d'être décent.
La femme est née dans le village et, vraisemblablement, ne l'a jamais quitté. Elle dit que son mari et son enfant ont été tués dans une avalanche de sable, mais il est incapable de localiser leur lieu de sépulture. Pour toute la monotonie de son existence, la femme est un personnage multicouche. L'homme la voit d'abord comme un objet de mépris : pourquoi ne combat-elle pas la tyrannie des villageois ? Plus tard, le mépris est dilué à la pitié. Elle ne combat pas sa tyrannie parce qu'elle ne sait pas ce qu'est la liberté ; Elle ne sent même pas l'irritation de son absence.


Plus tard, quand l'homme prend la femme en otage pour obtenir sa libération, elle endure l'indignité avec beaucoup plus de grâce que son capteur n'a montrée jusqu'ici : elle est plus comme une mère patiente attendant la colère d'un enfant de passer. Quand la sexualité entre dans leur relation, la femme participe avec avidité, mais ce n'est pas le sexe romantique. L'organe qui gouverne les relations de genre dans les paysages fictifs sans amour d'Abe est rarement le cœur. Mais en quittant le puits de sable pour ce qu'il croit être la dernière fois, Niki Jumpei ressent une vague de magnanimité pour la femme et décide de lui envoyer une radio à son retour au monde réel.

Les choses ne vont pas comme prévu, et la femme révèle un visage plus froid. Elle raconte à l'homme comment l'union du village vend du sable illégalement à un fabricant de béton. L'homme fulmine que cela mettrait en danger la vie de tous ceux qui dépendent des barrages qui n'explosent pas et que les ponts ne s'effondrent pas. La femme répond, accusant : "Pourquoi devrions-nous nous inquiéter de ce qui arrive aux autres? Un lecteur japonais de La femme dans les dunes est invité à supposer que les villageois sont burakumin, la caste peu discutée des intouchables historiquement obligés de travailler dans des métiers "impurs" comme la boucherie, le tannage ou l'évacuation des eaux usées et vivre où personne d'autre ne voulait , Et qui ont été considérés peu mieux que des animaux. Les villageois ont donc juste raison de se méfier - de mépriser - une société dominante qui les a toujours opprimés.
Le sexe devient la consolation dans la cellule de l'insupportable. Les dunes sont la prison, l'insupportable lui-même. Le sable imprègne le roman. Il pénètre la nourriture, la maison, les vêtements, les horloges. C'est tout en se brossant le sable des autres corps que l'homme et la femme sont introduits dans le sexe. Le sable de ces dunes, chargé d'humidité, ne conserve pas, mais pourrit tout ce qu'il touche : le bois, le cuir, le tissu, et la "moralité".  

Page 236

[...] Oh non, de quelque façon que l'on s'y prenne, ce n'est pas la force de l'intelligence qui fait tourner la vie humaine... Cette existence-ci, cette existence-là, l'évidence, c'est qu'il y a beaucoup de manières d'exister... et qu'il arrive parfois que l'autre versant, celui qui fait face au côté où l'on se trouve, vous apparaisse un tant soit peu plus désirable... A vivre ma vie comme je la vis, de me demander ce qu'il en adviendra est bien pour moi, en vérité, la chose du monde la plus insupportable ! Et quant à savoir ce qu'est au juste la nature de mon existence, ça, c'est une impossibilité de condition : aucun moyen d'en rien saisir... Mais quand même, si, sur ce chemin-là, il se trouve quelque côté plus clair où l'esprit aperçoive de quoi le distraire, si peu que ce puisse être... eh bien, j'ai beau ne pas savoir pourquoi, je finis par me persuader que c'est encore là la meilleure direction... [...]

Tout s'effondre et se reconstruit éternellement. Espoir et désespoir se mêlent, l'homme frôle la mort. Il préfère l'esclavage, la prison à l'anéantissement total. Ainsi le professeur à la suite d'une tentative d'évasion ratée :
"Il étendit les deux bras, voulut se coucher à plein ventre ... Trop tard : une grande moitié de son corps était déjà plantée à la verticale, et ses reins étaient trop brisés pour qu'il pût les tenir pliés à angle droit (...) Au secours ! (...) La honte même où il était de son humiliation s'évanouit en lui, chose à ses yeux aussi dépourvue d'existence que la cendre qui se fut dispersée si l'on eût brûlé une aile de libellule ..."
Cette vie est préférable à la mort. Il rêve encore de liberté, d'une échelle qui lui permettrait de repartir dans le monde mais un jour, cet emprisonnement n'aura plus de sens pour lui, il ne profitera plus de l'échelle tendue. Il restera dans son trou de sable, dans l'attente de la femme partie accoucher. Il aura accepté ces contraintes.


L'attente d'un être de sa chair sera au-dessus de tous les espoirs de la terre. Le regard d'une femme suffira à lui faire oublier ses limites.


Abé Kob se livre dans ce roman à un véritable inventaire de notre condition humaine. La faiblesse, le désarroi, la violence, le mariage, la sexualité, les paperasses, les préservatifs (alors, lui disait la femme, pour toute ta vie, tu gardes ton chapeau ?), l'ordre, la mort, l'espérance, le couple, le temps, la solitude, l'histoire, les journaux, le rire, l'action, le travail, le désespoir, la cruauté, le dérisoire, le cocasse, la bonté, le plaisir, tout est charrié dans des pages foisonnantes de pensées, de réflexions, d'images baroques et inattendues, parfois de véritable poésie.  


La morale du livre se prépare :
" Elle arrive, elle est là [...]. Il reste. Il est maintenant d'ici, non plus victime des éléments, mais les dominant, non plus prisonnier des autres et à leur merci pour un peu d'eau et de nourriture, mais utile, pouvant donner à son tour. Ce qu'il vient de gagner, ce bonheur du corps et du coeur, en comparaison de sa vie de petit bourgeois perdue, l'emporte de loin dans son esprit. Son épouse, ses collègues étriqués, l'horaire du lycée, les journaux, sa blennorragie mentale, tout cela disparaît, dérape à tout jamais derrière lui ; sans regret. Le voici du village des sables, avec un don pour les autres au creux de ses mains." (pages 215-218)


"Woman in the Dunes" le film basé sur ce roman réalisé par Hiroshi Teshigahara a remporté le prix spécial du jury au Festival de Cannes de 1964 et l'oscar de meilleur réalisateur.

 

Ce roman est présenté régulièrement comme pièce de théâtre  et comme spectacle de danse.

 

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3 proverbes japonais : quelques différences avec l'occident

france japon

3 proverbes japonais : quelques différences avec l'occident

A travers 3 verbes, on peut remarquer qu'il existe des points communs entre la culture occidentale et la culture japonaise, et de nombreux points de divergences

 

proverbe japonais condition humaine

 

La fragilité de la condition humaine

Un proverbe sur la fragilité de la vie et de la condition humaine. Aucun humain ne peut ignorer cette réalité, c'est presque l'unique certitude de la vie.  L'existence est courte, elle est facilement éteinte. Avant et après cette vie, obscurité et absence. Cendres aux cendres, poussière à la poussière".
Les japonais partagent la même vision occidentale sur la fragilité de la vie, sur le caractère éphémère de l'existence humaine.   
Les anglais citent parfois un proverbe identique : Our life is but a span. (Notre vie n'est qu'un laps de temps).
En français, comment ne pas citer Céline dans son voyage au bout de la nuit :   La vie c'est un petit bout de lumière qui finit dans la nuit.
Il existe au Japon les mêmes discussions et les mêmes divergences sur ce qu'on doit faire de sa vie, de son existence si fragile. l'hédonisme et l'individualisme semblent gagner du terrain au détriment des valeurs collectives.

 

proverbe japonais empathie


L'empathie en occident et au japon

 

Les personnes atteintes de la même maladie partagent leur sympathie.
Partager peine et joie dans un groupe est un élément présent dans toutes les cultures et dans toutes les sociétés. Par le passé, on utilisait des termes culturels ou religieux pour décrire ce partage, en utilisant le mot compassion, ou sympathie.


Actuellement, on utilise également des termes forgés à partir de la psychologie comme l'empathie qui désigne le fait de partager la peine de l'autre sans jugement, et sans partager son point de vue ou ses opinions.
Les anglais utilisent un proverbe identique à celui-ci : Misery loves company.
En français, dans le langage quotidien, on offre sa sympathie aux patients, et on compatie à la souffrance des âmes en peine. Toutefois il existe un joli proverbe français qui va dans le même sens : Une joie partagée est doublée. Peine partagée est divisée.
L'empathie au japon est un concept complexe, et différent, plus présent dans le quotidien et dans les relations personnelles.  
L'empathie se traduit au Japon davantage par une anticipation et une prise en compte attentive des besoins d'autrui. Il existe une différence fondamentale entre l'empathie manifestée par les Japonais et les Occidentaux. Les pratiques associées à l'hospitalité consistent en un savant jeu d'anticipation des besoins d'autrui. Il importe de se préoccuper à l'avance de l'hébergement, de la nourriture, des transports et des itinéraires en détail de ses hôtes plutôt que de devoir s'enquérir des souhaits de ces derniers. Une telle démarche est entreprise selon un principe de compréhension des sentiments d'autrui sans communication verbale, une dimension de l'empathie.

 

proverbe japonais familiarite

 

La familiarité varie entre occident et japon


Une haie pour garder l'amitié verte
En français on dit : La familiarité engendre le mépris.
Goethe écrivait :
La familiarité, à la place du respect, est toujours ridicule. Un autre proverbe allemand dit :
Quatre bonnes mères donnent le jour à quatre mauvais enfants: La sécurité au danger, la richesse à l'orgueil, la familiarité au mépris, et la vérité à la haine.


Au japon, le concept du " uchi " désigne l'intérieur, le foyer, le cercle privé. Le second le concept du " soto "   renvoie au milieu extérieur, à l'inconnu.
Il y a donc le Japon (familier et rassurant), et puis le reste du monde (lointain et méconnu, mi-attirant, mi-inquiétant).
La plupart des Japonais vivent dans des " cercles privés ". Quand ils sortent pour s'amuser, c'est toujours avec les mêmes personnes : collègues, camarades de classe, etc. Au Japon, on entretient avec soin les liens créés avec les autres. C'est pareil en amour : patience et persévérance sont les maîtres mots.
 Dans le cas de couples,  les liens ont tendance à être plus solides qu'en Occident. Les relations sérieuses résistent l'épreuve du temps, et le taux de divorce est beaucoup plus faible.  Revers de la médaille, il est beaucoup plus difficile de trouver un partenaire de vie au Japon !
Au sein de ces relations amicales ou amoureuses, la familiarité est maîtrisée, on ne partage pas tout, on ne montre pas tout. La familiarité devra être maîtrisée pour préserver la relation, même au sein du couple. Cette maîtrise de la familiarité est une donnée sociale non négociable. En occident, la couple et la relation amoureuse sont une exception où la familiarité fait partie de la proximité. Au japon, aucune exception sur ce point.     


  " Chez les Japonais, on a l'impression que le mariage est avant tout une sorte d' "association" entre deux personnes qui estiment raisonnable de fonder ensemble un foyer. Au bout de quelques années, les rapports entre mari et femme perdent leur caractère sentimental pour devenir au mieux des liens de bonne camaraderie, tournant souvent autour de l'éducation des enfants. "

Du livre L'Abécédaire du Japon de Takashi Moriyama.

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La sagesse de Shakespeare au 21ème siècle

Shakespeare conte hiver citation

La sagesse de Shakespeare au 21ème siècle

Le site de la chaîne C-span2 a mis en ligne, le 24 avril 2017 la vidéo d'une conférence sur l'héritage de Shakespeare, la sagesse toujours d'actualité des textes de cet immense écrivain.
Il s'agit d'une conférence de Michael Witmore, directeur de la Folger Shakespeare Library.

Michael Witmore rappelle combien les textes de cet écrivain sont toujours actuels en raison de leur enracinement dans la réflexion et la sagesse humaine et combien les personnages de William Shakespeare peuvent toujours nous enseigner sur les humains, leurs réactions, et les motivations de leurs gestes et de leurs décisions, malgré que ces écrits qu'ils datent de plus de 4 siècles.  
Les pièces de Shakespeare illustrent encore et toujours certains principes qui nous sont actuels et peuvent guider dans nos réflexions. Les œuvres de Shakespeare sont toujours en route pour devenir quelque chose d'autre, c'est le secret des textes de Shakespeare. Chaque siècle comprend Shakespeare à sa façon. Et nous aussi
Michael Witmore cite certains points où la sagesse et la réflexion de Shakespeare n'ont pas vieilli.


"Vous devez improviser pour faire avancer les choses"


Shakespeare croyait que nous ne pouvons pas fonder nos décisions sur des données exactes et disponibles. On trouve ce principe dans la pièce d'Othello, et surtout dans la pièce Hamlet. La volonté d'Hamlet est le moteur principal de ces décisions. Hamlet était obligé à prendre des décisions sans avoir tous les faits. Dans cette pièce, Shakespeare dessine un réel contraste entre la détermination de Claudius et l'approche minutieuse de "Hamlet".
Comme si Shakespeare voulait expliquer l'hésitation de Hamlet dans sa recherche d'éléments capables d'aider sa décision. Selon Shakespeare, la décision appartient également au domaine de la volonté et de la détermination.

 

 " Obtenir le pouvoir est plus facile que céder le pouvoir "


Le pouvoir est un moteur puissant et présent dans les pièces de Shakespeare. Witmore analyse rapidement la pièce de Shakespeare le Roi Lear pour discuter les difficultés des humains à céder le pouvoir, et à accepter de le transmettre à d'autres. Pour obtenir le pouvoir, il existe de nombreuses motivations comme la convoitise, la cupidité, la soif des avantages. Céder le pouvoir exige des motivations plus complexes, plus nobles, et moins primaires.
Le pouvoir est plus difficile à donner que ce qu'il faut pour l'obtenir . Witmore dit que c'est "la leçon du roi Lear".

 

"La capacité de pardonner est précieuse, elle va de pair avec la capacité d'aimer"


En analysant la pièce le Roi Lear, on comprend combien la capacité de pardonner est essentielle chez Shakespeare. Le grand écrivain admettait que pardonner est un acte difficile, presque divin et que la capacité de pardonner est indissociable de la capacité d'aimer.
C'est une réflexion d'actualité dans la vie des couples, dans nos sociétés, et dans les sociétés qui ont vécu les atrocités d'une guerre, ou de violence. Shakespeare rejoint brillamment les concepts de la psychologie positive sur l'importance de la résilience, en allant plus loin ; il nous rappelle que l'amour n'existe pas sans pardon, que la capacité d'aimer dépend d'une façon ou d'une autre de la capacité à pardonner.
Le pardon chez Shakespeare est un concept plus philosophique que religieux, c'est presque un acte égoïste pour le bien-être de chacun, le message shakespearien peut être un slogan, un titre de magazines, ou d'émissions de télé : si vous voulez être aimés, sachez pardonner.

 

Shakespeare westword citation

"Les changements de cœur nécessitent des changements de perception"


Encore une fois, dans la pièce le Roi Lear, on peut interpréter la scène de la tempête comme un appel au changement de perception, pour changer le comportement et les émotions.
Pour changer les émotions, il est important d'avoir un autre regard sur soi-même, et sur les autres, d'avoir une perception différente. On peut penser que Shakespeare est présent dans chaque consultation de psychologie. Les médecins psychiatres comme les psychologues ne peuvent qu'inviter les patients souffrants à regarder autrement, à apercevoir les choses selon un angle différent, pour pouvoir dépasser leurs émotions négatives ou leur tristesse. Sur le plan collectif, une société ne peut avancer sans ce changement de perception, sans une certaine évolution culturelle. L'art au sens large peut avoir cette fonction, nous proposer un autre regard sur les choses, sur l'environnement, et sur le monde. La littérature, la peinture, ou la musique sont précieux pour rapprocher les gens et augmenter la compréhension mutuelle, ont l'ambition de changer en chacun de nous, sa perception des autres.


"Nos espoirs nous soutiennent même si nous pensons qu'ils ne peuvent être satisfaits"


Le Conte d'hiver est une des quatre pièces appartenant au genre hybride des " romances ", ou tragi-comédies romanesques.
Shakespeare nous rappelle l'importance de l'espoir dans la vie, l'importance de l'espérance, l'importance de l'optimisme pour continuer, ou pour pouvoir vivre. Dans cette pièce qui se déroule dans un laps de temps de 16 ans, seuls les personnages capables de préserver leurs espoirs, même minimes ou illusoires, sont capables de résister et de gagner. Shakespeare rappelle dans cette pièce l'importance consciente de l'espoir, et c'est-à-dire espérer par volonté comme condition de survie humaine dans les moments difficiles de l'existence.

J'ai pris quelques exemples parmi ceux analysés par Witmore.

Il est étonnant de noter combien Shakespeare avait compris nos angoisses pour la justice, pour nos survies, et avec quelle justesse il avait analysé les désirs humains et les motivations de chacun.

Le conférencier conclut par inviter le public à utiliser l'art non pas seulement comme un moyen de divertissement, mais comme source de sagesse.
Vous trouverez ci-joint le lien vers la vidéo de cette conférence.


https://www.c-span.org/video/?427269-1/michael-witmore-shakespeares-legacy

 

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Heartland série canadienne d'une longévité exceptionnelle

Haertland livres

Heartland série canadienne

La 11ème saison de Heartland est annoncée en préparation, la sortie prévue sur les écrans à l'automne.   Combien de séries rêvent-elles d'avoir un tel succès, une telle longévité ?
Chez nous, la série a été diffusée dès 2008 sur Canal+  jusqu'à la saison 6. Les autres saisons sont disponibles chez d'autres diffuseurs.   


Cette série est tirée des romans  (40 livres publiés à partir de juin 2000) pour la jeunesse écrits par Lauren Brooke (née en 1969). Cet écrivain anglais a vécu dans un ranch et connait bien les chevaux. Mariée à un vétérinaire, elle a également écrit une autre série de romans sur le même thème Chestnut Hill.

Haertland amber marchal


Heartland raconte la vie d'un ranch au canada aux pieds des rocheuses dans l'Alberta, où sur un fond de nature sauvage, de chevaux mustang et de paysages superbes s'entremêlent les destins des membres d'une famille vivant sous le même toit.
Le grand-père Jack solide, juste et sévère est le centre de gravité de la famille. Ses deux petites-filles Amy (15 ans) et Lou (20 ans) vivent avec lui, Amy s'occupant et soignant par des méthodes douces des chevaux malades ou traumatisés, et sa sœur gérant  le coté financier de l'entreprise familiale.  
Cette saga nous parle du monde rural, de l'élevage des chevaux, du monde des éleveurs bovins et de toute l'économie qui en découle ; sport équestre, concours et saut d'obstacle, dressage, course hippique, rodéo, concours de lasso etc.

Haertland serie tv

Le monde rural à notre époque

Cette famille est confrontée au monde actuel, à la difficulté de la transmission des valeurs familiales du travail, de l'entraide indispensable, familiale ou des voisins, et des amis proches malgré l'individualisme de notre société. Les choix de chacun influence la vie des autres.
Le vétérinaire a laissé passé sa chance avec Lou et le regrette amèrement, le père des filles a laissé tombé son couple et a perdu son autorité familiale, Val a mis sa fille dehors et a perdu sa légitimité maternelle.  
Jack l'ainé est pris au piège ente la tradition et la modernité, il est plongé dans le passé (le souvenir de sa femme) et cherche à éviter le changement, mais il s'accroche au présent grâce à ses petits enfants qui le bousculent par leur appartenance au monde actuel ; Jack ne sait pas utiliser un ordinateur, ne veut pas changer sa voiture délabrée mais il s'adapte, et apporte à sa famille toute son attention, aide et encouragements. Il met aussi tout son poids pour aider les plus jeunes et notamment Ty le sans famille, à qui il offrira une seconde chance par le travail au ranch puis comme apprenti vétérinaire.   

Haertland mustang


Cette série raconte la transmission entre génération, la place de chacun, et l'évolution des rapports au sein de la famille avec le temps qui passe ; le grand-père est la personne détentrice de l'autorité, et d'une certaine sagesse, les jeunes font des erreurs comme toujours et sont amenés à les comprendre grâce aux ainés dans un esprit de bon sens et de valeurs expliquées et partagées.


Souffrance animale, nature et écologie

Les personnages de ce feuilleton nous font partager leur grande sensibilité à la condition animale et à l'écologie. La mort d'un cheval ou sa maladie est un moment émouvant, toute la famille est réunie auprès de l'animal pour l'accompagner dans ses derniers moments comme s'il était un membre de la famille.
Le sort des chevaux sauvages, le célèbre mustang, devient un souci surtout en hiver, certains éleveurs les chassent, d'autres les envoient à l'abattoir, et certains les aident à survivre à l'hiver canadien en leur apportant protection, soins et nourriture.
La prospection pétrolière du gaz de schiste au Canada est évoquée.  

Haertland Shaun Johnston

Au fil des épisodes, on apprend à aimer les chevaux, ces grands animaux fragiles, anxieux, si beaux et élégants devenus des animaux de compagnie, des amis pour les plus jeunes comme aussi des moyens de gagner de l'argent par l'élevage, les courses et les concours hippiques.


On s'amuse des déboires d'une soeur organisatrice-manager, des gaffes d'une petite voisine  mal aimée,  on suit les relations sentimentales adolescentes et mouvementées des plus jeunes dans ces paysages superbes, fragiles et subtilement  symboliques d'un monde en équilibre écologique fragile.

A la différence des livres, la série donne aux chevaux une dimension symbolique voire métaphorique (liberté, survie, résilience etc.)     


Tous les épisodes ne se valent pas, mais c'est une série où bon sens, joie de vivre et valeurs familiales positives sont mises à l'honneur. Les moments forts succèdent aux moments plus légers.  
Il est difficile de ne pas aimer cette partie du canada rarement mise à l'honneur.   

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Le cœur a ses raisons de Janette Oke, When calls the heart

When calls the heart

Janette Oke,  When calls the heart

Connaissez-vous Janette Oke ? Ou  la série le cœur a ses raisons ?
Dans ma famille, on lisait ce genre littéraire,  ma mère et ma grand-mère lisaient en premier dans le journal local, la page du feuilleton romance, et les romans qui mettaient en scène le bonheur  et le positif chez les humains.
Née à Champion, Alberta, Canada en 1935, Janette Oke est née pendant les années de dépression, dans une famille de fermiers canadiens, et a eu une enfance heureuse.

janette oke When calls the heart

Après avoir obtenu son diplôme du Mountain view Bible College au Canada où elle a rencontré son époux Edward, évangéliste, et ont eu quatre enfants. Elle écrit sur ce qu'elle connaît l'amour honnête et les valeurs durables. Son premier succès de librairie est "Love Comes Softly" en 1979. Aujourd'hui, ses nombreux romans sont vendus à  plus de 30 millions d'exemplaire. Elle écrit aussi des histoires pour les enfants et coécrit des romans avec sa fille.


La chaine de famille Hallmark Channel s'est inspirée de ces livres pour réaliser la série "When Calls the Heart".
Janette Oke nous conte dans de nombreux ouvrages l'histoire de pionniers  nord américains en 1910 dans ses zones reculées et peu urbanisées où courage et bon sens sont nécessaire à la survie des habitants.

Sur une trame d'histoire d'amour, elle nous conte l'arrivée d'une jeune et jolie institutrice au sein la vie d'une petite ville où la majorité des hommes sont employés à la mine de charbon. Les péripéties de cette demoiselle occupant son premier poste vous ferons sourire, comment elle réussira à conquérir le cœur des habitants et trouvera sa place dans cette communauté.  
Comment elle se prouvera à elle-même ce qu'elle est capable d'accomplir.

When calls the heart 3

Esprit positif, autodérision, humour, bon sens,  sont les points essentiels de cette série qui n'est pas sans nous faire penser à des personnages courageux et vertueux " célèbres ",  tel M. Ingalls  de la petite maison dans la prairie. Pas de violence gratuite, pas de sexe, de meurtres, pas d'inceste,  rien de choquant ou de dérangeant.  Une vie ordinaire avec ses joie, plaisir, drame et chagrin que tout un chacun subit ou partage. Bon sens, esprit positif, solidarité pour sortir par le haut des difficultés de la vie.   
M6  a diffusé un premier film pilote de cette série : l'histoire d'une institutrice   et ensuite quelques épisode l'après-midi " du cœur a ses raisons ".

When calls the heart 2


Certains esprits diront  "mièvre et sans action " d'autres diront sympathique et bon enfant pour passer une soirée où le bon sens  et le positif sont pour une fois, mis en valeur.   
Si vous avez l'occasion de voir ou revoir cette série, ne la manquez pas.


Si vous faites partie du clan qui déteste Games of Thrones alors vous allez adorer cette série ou les livres de cette femme auteur canadienne.

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Photo d'un moment : la découverte du buste de Néfertiti

Nefertiti decouverte buste

La découverte du buste de Néfertiti

Ludwig Borchardt a 38 ans quand il prend le chemin de Tell al Amarna ce jour de 1912. Il réside au Caire depuis 1895. Quoi de plus naturel que de résider au Caire quand on est égyptologue.

Ludwing n'est pas un égyptologue débutant. Il a bénéficié d'une excellente formation auprès de son maître Adolf Erman à Berlin. Ensemble, ils ont créé l'Institut allemand d'archéologie au Caire en 1907. Il collabore avec le célèbre Gaston Maspero à la rédaction du Catalogue du Musée Égyptien du Caire.

Au début du 20ème siècle, le service des antiquités égyptiennes partage les découvertes archéologiques réalisées par les missions étrangères travaillant en Egypte. Cette idée encouragea Borchardt à entamer des fouilles dans une zone encore non explorée, celle de Tell al-Amarna.

A 320 km au sud du Caire, le site archéologique d'Amarna occupe une grande baie de désert près du Nil. Pour l'œil mal informé, ce n'est qu'un demi-cercle de terre stérile, avec d'énormes falaises de calcaire, qui ne ressemble à rien : un puits de poussière immense d'environ 10 km de long et 6 km de large, éparpillé parmi des collines sablonneuses.
Mais il y a 33 siècles, cet endroit était une ville de dizaines de milliers d'Egyptiens, au service d'un seul homme puissant : le pharaon Akhenaton.

Le 6 décembre 1912, pendant la visite du prince Jean-Georges De Saxe, les fouilles découvrent dans les ruines d'un atelier un buste, travail inachevé d'un sculpteur talentueux. Une statue sculptée en calcaire et agrandie de plâtre, joliment peinte. On appela Borchardt. Il lut le nom d'un sculpteur dont il ne connaissait pas l'existence ; Thoutmosis. La date était plus importante que le nom : 14ème siècle av JC.  Borchardt comprit alors que cette région contenait des traces de la 18ème dynastie, du nouvel empire.

Et il fut déçu de n'avoir pas trouvé une tombe royale ou la sépulture d'une famille noble.
Il était intrigué par la beauté de cette œuvre d'art. Le prince De Saxe immortalisa la scène en photographe amateur. La rumeur se propagea qu'il s'agissait d'une mise en scène.

Borchardt contempla longuement cette pièce exceptionnelle, un buste polychrome, sculpté au 14ème siècle avant JC, représentant la tête d'une femme avec un long cou, aux sourcils arqués, aux pommettes hautes avec un nez fin et un sourire peint en rose foncé. La beauté de cette femme était saisissante.

La statuette était réalisée dans un bloc de calcaire recouvert de stuc peint, haut de 47 cm, pesant 20 kg. Le visage était intact, à l'exception de l'œil gauche qui ne possédait pas l'incrustation de quartz peint en noir représentant la pupille, comme dans l'œil droit. Le fond des yeux était calcaire brut.

Nefertiti

Cette femme portait une couronne bleue formée de rubans horizontaux se rejoignant à l'arrière, avec un diadème d'or et un cobra sacré, symbole de divinité. Les cheveux sous la couronne, étaient ornés d'un collier aux motifs floraux.

Pour la première fois, un nom surgit : Néfertiti. Un nom mystérieux qui signifie : une belle est venue


Borchardt ne partagea pas cette découverte avec l'autorité égyptienne. Il fit sortir la pièce illégalement vers son pays. Le buste fut remis à Henri James Simon, marchand d'antiquités et commanditaire des fouilles de Tell el-Amarna. En 1913, il prêta sa collection aux musées de Berlin.

Nefertiti buste

Le buste fut définitivement donné au musée de Berlin en 1920.
Enfin, en 1923, le buste fut dévoilé au public avec un écrit de Borchardt et exposé en 1924 au Neues Museum sur l'Île aux musées de Berlin.
Les autorités égyptiennes continuent de réclamer le retour du buste dans son pays d'origine.  

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Poldark: série à succès, roman de Winston Graham

poldark Aidan turner Heida Reed

Poldark : série à succès en Angleterre

Tout le monde salue la nouvelle version de cette série anglaise historique, diffusée sur Netflix depuis juillet dernier.
C'est une fresque historico-romanesque dans l'Angleterre de la fin du VIIIe, adaptée du célèbre livre en 12 volumes de l'écrivain Winston Graham publiée dans les années 50. Déjà adaptée une première fois par la BBC, cette œuvre a connu un immense succès à la télé britannique dans les années 70.


Le point fort du roman réside dans sa richesse, c'est à la fois un un drame historique et une romance, une fiction historique avec des personnages " imparfaits " au caractère bien trempé, multidimensionnels et brillamment décrits.

Ross Poldark (Aidan Turner) le beau ténébreux, fils de bonne famille, noble de campagne (gentry), rentre chez lui en Cornouailles après deux ans passés dans l'armée à batailler dans les colonies en Amérique. Aidan Turner ajoute par son charisme et son énergie une belle dimension à ce personnage romantique, courageux et têtu. Comme dans le roman de Graham, la majeure partie de l'action se déroule après la perte de l'Amérique par les Britanniques.

poldark Aidan turner


A son retour, sa fiancée Elizabeth (Heida Reed) craignant qu'il ne soit tué, s'est fiancée à son cousin, Francis (Kyle Soller). Le père de Poldark est mort, son seul héritage est une maison mal entretenue et une mine d'étain négligée. Il n'a guère de quoi vivre, mais l'obstiné Poldark persévère à travers toutes sortes de défis.
Le jeune Poldark est obligé de discipliner ses deux vieux serviteurs,  de défendre son héritage de son oncle manipulateur (Warren Clarke) - qui ne voudrait rien de mieux que de voir son neveu quitter la région hors de la vue de sa belle fille Elizabeth, et aussi de creuser sa mine d'étain.

Ross fera tout ce qui est possible par changer les cartes que le destin lui a laissées : un maigre héritage, une mine abandonnée et une promise fiancée à un autre. Ross en surmontant ces épreuves, se montrera un vrai homme moderne et progressiste, un héros des temps modernes par son courage et par sa capacité d'adaptation.

poldark Demelza Eleanor tomlinsona

Le personnage important de la première partie est la jeune Demelza (Eleanor Tomlinsona), jeune-fille maltraitée d'un mineur pauvre.  Au contact de Ross, Demelza se transforme en jeune femme active, positive, intelligente, séduisante et même sociable. Sa grande proximité avec Ross, finira par les lier.
Les images du duo galopant à cheval à travers les paysages du bord de mer et des récifs sont d'une grande beauté.

Cette histoire romanesque nous montre la misère en Cornouailles dans cette période fin du 18ème siècle  où les habitants de ces régions attendaient le passage de bancs de poissons pour survivre l'hiver, la vie des mineurs (mines de cuivre ou d'étain), les maigres revenus des exploitations agricoles des propriétaires terriens en cette période de pré-révolution industrielle.
On observera dans cette série la peur des dirigeants anglais de la contagion de la révolution française, avec le durcissement des lois vis-à-vis de tous mouvements sociaux ou supposés l'être.


Ross a hérité d'une mine de cuivre à l'abandon dont il cherchera à relancer l'activité et pour se faire à besoin d'investisseur, car s'il possède la mine, il n'a pas d'argent pour la faire fonctionner. Ce feuilleton nous montre les débuts du capitalisme industriel, les actionnaires qui espèrent rentabiliser leurs investissements au risque de tout perdre, et l'apparition d'un système bancaire cherchant le profit ou la rentabilité à tout prix.
Amours impossibles, amis, ennemis, passion et sensualité, courage et rédemption : tous les ingrédients d'une grande fresque romanesque, avec des descriptions d'une époque : le rôle des femmes, le pouvoir, l'économie et la hiérarchie socio-économique.
Winston Graham a fait un merveilleux travail en décrivant la terre de Cornouailles et ses habitants, leurs vies, leurs traditions dans un pays au début de la révolution industrielle.  Il crée des personnages riches, il réussit des dialogues précis et brillants. Sa narration est enrichie de belles descriptions. Les méchants sont vraiment méchants, mais aux motivations compréhensibles, les bons personnages sympathiques sont réellement bons mais imparfaits.


L'un des plus beaux aspects de la série : nous voyons la progression d'un homme pauvre (Poldark) mais ambitieux, et d'une jeune femme avec peu d'éducation mais si riche en joie de vivre et en bon sens.

On voit la naissance d'un pays moderne, à travers les révoltes  de ses pauvres pour une meilleure justice sociale, la lutte des femmes et la naissance de nouvelles femmes comme Demelza ou Verity qui s' imposent par leur courage et leur bon sens, en dépassant le rôle passif des femmes dépendantes (Elisabeth) de leurs  maris à ce début du 19ème siècle. Nous ne sommes pas loin des personnages féminins positifs décrits à la même époque par Jane Austen.   

poldark Aidan turner Cornouailles


La réalisation de cette série est un hommage à un grand écrivain britannique sous-estimé.
Les images, les superbes paysages du bord de mer, réalisées par Cinders Forshaw sont un atout incontestable à cette bien belle série.
A voir. 

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Beautiful Baster, 80 notes de jaune : le désir post-féministe?

50 nuances gery

 

Beautiful Baster, 80 notes de jaune

C'est une vague inattendue, de livres en forme de romance épicée, d'un style simple et décontracté, une nudité décomplexée, le genre valorisé et renforcé, romance où le désir sexuel est souverain. Ces livres se vendent à des millions d'exemplaires aux USA, puis en Europe, en format papier, en format numérique et en format audio. Il n'est pas rare de tomber sur une femme qui lit ce genre de livres aux restaurants, dans les aéroports ou le métro.


Dans les années 2008 - 2009, le genre littéraire qui cartonnait, c'était le surnaturel épicé, sexe-amour et aventures dans le monde des vampires (Twilight et autres).
Après le succès planétaire de 50 nuances de grès ou Fifty Shades of Grey (E.L. James, publié en France par Lattès),  Beau salaud  (Christina Lauren, publié par Hugo Roman) vendus à  plus de deux millions d'exemplaires aux USA, racontant une relation patron-assistante, à deux voix à la façon des Liaisons Dangereuses,   suivie d' un autre best seller 80 notes de bleu (vina Jakson) dans l'univers de BDSM  et il y a quelques jours Calander girl dans l'univers des escortes.  

 

Beautiful Baster


 
Beautiful Baster ou le beau salaud : un phénomène ? (2013)

" Beautiful Bastard " met en scène les relations tumultueuses de Bennett Ryan, trentenaire arrogant et perfectionniste destiné à reprendre les commandes de la société de média créée par son père, avec sa jeune et superbe assistante, Chloé Mills. Aussi élégant et magnétique qu'odieux et suffisant, Bennett fait preuve d'exigences abusives à l'égard de la volontaire et ambitieuse Chloé, qui s'accroche, prête à tout pour faire sa place dans cette grande entreprise. A tout ?


Sur son chemin vers son diplôme de MBA, Chloé Mills n'a qu'un seul problème, mais un sérieux problème : son patron, le jeune Bennett Ryan. Exigeant, désagréable, mais beau, riche, et irrésistible, le cauchemar des jeunes femmes. Bennett après des études en France est revenu à Chicago pour jouer un rôle dans l'empire de médias fondé par son père. Il est surpris de voir son assistante Chloé, créature magnifique, provocante, exaspérante.  Ainsi commence une romance de bureau. Elle n'est pas d'accord pour céder aux avances de son patron, mais son corps oui et cela fragilise sa volonté. C'est un jeu du chat et de la souris, deux victimes semi-consentantes d'une attirance sexuelle irrésistible.      


La perversité de Bennett monte d'un cran quand elle se décline de manière sexuelle. La tension brûlante qui s'installe entre ces deux êtres, qui se désirent autant qu'ils se détestent, croît au fur et à mesure de leurs ébats sexuels et ne manque pas de bouleverser les rapports hiérarchiques et les objectifs professionnels de l'un comme de l'autre. Comment surmonter ses pulsions ?

Comment arriver à dominer l'autre dans ce jeu torride ?

Comment combiner professionnalisme et désir hypnotique ? L'alternance des narrateurs, Bennett puis Chloé, à chaque chapitre permet de mieux comprendre les ressorts psychologiques de cette passion dévorante qui compromet enjeux de carrière et priorités de l'entreprise.

Bennett et Chloé, incarnation d'une relation amour-haine, et luxure. Deux personnages têtus qui offrent au lecteur une dynamique fascinante qui rend le roman addictif, et agréable à lire. Les deux personnages de caractère bien trempés se détestent cordialement, se prêtent à des échanges et des scènes cocasses, le verbe haut, mais aussi à un jeu d'érotisme, et de sexe décontracté.

 

abs11.5 orange " Sa main appuie doucement sur le bas de mon dos avant de descendre, s'immobilisant sur mes fesses. En neuf mois de travail avec lui, il ne m'a jamais même effleurée - pas volontairement, en tout cas. Et là, c'est clairement volontaire.
La chaleur de sa main se déplace sous ma jupe, ma peau s'électrise. Chaque muscle de mon corps se tend, mon ventre se liquéfie. Mais qu'est-ce qu'il fout ? Mon cerveau me crie de repousser cette main, de lui dire de ne plus jamais me toucher, mais mon corps a une autre idée. Les pointes de mes seins se dressent, je serre les dents pour toute réponse. Trahison pectorale.
Je pivote lentement sur mes talons, sa main me parcourt rapidement et glisse sur ma hanche. Je la sens se déployer, le bout de ses doigts dans mon dos, et son pouce qui presse la peau douce de mon pelvis. Nous nous regardons à la dérobée.
Ses yeux toujours rivés aux miens, il fait coulisser sa main plus bas. Ses doigts sillonnent ma cuisse, jusqu'à l'ourlet de ma jupe. Il la remonte, ses mains redessinent l'élastique de ma jarretière, la dentelle de mes bas. Un long doigt s'introduit sous la matière fine et la fait descendre doucement. Je fonds littéralement, je suis brûlante.
Comment est-ce que je fais pour laisser mon corps réagir comme ça ? J'ai toujours envie de le gifler, mais maintenant, plus encore, je souhaite qu'il continue. Le désir monte entre mes jambes. Il arrive au bord de ma culotte et passe ses doigts sous le tissu. Je le sens glisser contre ma peau et frôler mon clitoris avant de me pénétrer. Je mords mes lèvres, essayant, sans succès, de réprimer un gémissement. Quand je baisse les yeux sur lui, la sueur perle entre ses sourcils.
- Pour être trempée, tu es trempée, grogne-t-il. (...)
Il m'attrape par les hanches sans ménagement, me soulève et me pose sur la table. Sensation du bois froid. Il m'écarte les jambes. Je gémis involontairement au moment où ses doigts reviennent en moi, glissent sur mes jambes puis me fouillent. Je méprise cet homme avec une hargne singulière, mais mon corps me trahit - j'en veux toujours plus. C'est qu'il fait ça bien... Ses caresses n'ont rien à voir avec les attouchements amoureux auxquels je suis habituée. Lui, c'est un homme qui obtient toujours ce qu'il veut, et ce qu'il veut, là, maintenant, c'est moi. Ma tête tombe sur le côté alors que je m'allonge sur mes coudes, sentant un orgasme s'approcher à vive allure (...)
Il se retire pile au moment où j'allais jouir. Un moment, je crois qu'il va vraiment me laisser comme ça. Mais il m'attrape par le bras et me force à descendre de la table, ses lèvres pressées contre les miennes et sa langue dans ma bouche.
Quelques secondes plus tard, je suis contre la fenêtre glacée, mes seins s'écrasent sur la vitre. Le contraste entre la température du verre et celle de ma peau me fait gémir. Je suis en feu, chaque parcelle de mon corps désire sentir ses mains rugueuses, sa queue si dure.
- Écarte les jambes ! (...)
- Oui.
- Petite obsédée, sale perverse. Tu aimes être regardée, n'est-ce pas ? murmure-t-il, en prenant le lobe de mon oreille entre ses dents. Tu aimes l'idée que tout Chicago puisse relever la tête et te voir en train de te faire baiser, et en déguster chaque minute, tes jolis nichons collés contre la fenêtre.
Il s'incline légèrement et attrape mon clitoris entre ses doigts, il le caresse - la pression et le rythme parfaits. Je sens son sourire contre mon cou et, quand il ouvre la bouche et presse ses dents contre ma peau, j'explose. La chaleur envahit ma colonne vertébrale, s'enroule dans mes hanches et entre mes jambes. Je me redresse et me colle contre lui. Mes mains s'appuient contre la fenêtre, mon corps entier frémit, plein de l'orgasme qui me prend, me laissant le souffle coupé. Quand ça s'arrête enfin, il se retire et se tourne vers moi, baissant la tête pour m'embrasser le cou, la mâchoire, la lèvre inférieure. (...)
De retour à mon bureau, j'attrape mon sac et enfile mon blazer, dont j'essaie désespérément de fermer le bouton de mes doigts tremblants. Ryan n'est toujours pas réapparu et je cours jusqu'aux ascenseurs, priant Dieu pour qu'il n'arrive pas avant que je sois partie.
Merde "  - Chapitre 1
 
Les deux personnages vont continuer leur duel, Bennet déchire et collectionne les culottes de Chloé, qui ne lui refuse rien pour jouir, et qui refuse de l'aimer.

 


abs11.5 orange " Sa main remonte dans mes cheveux et replace une mèche qui s'est échappée de ma queue de cheval.
- Je serais un déchireur de culottes silencieux, ce serait encore pire qu'un patron colérique déchireur de culottes.
J'éclate de rire. Il me chatouille les côtes.
- Bennett ? Dis-je, en essayant d'avoir l'air nonchalant. Qu'est-ce que tu fais de mes culottes ?
Il me jette un regard noir, provocant :
- Je les garde en lieu sûr.
- Tu me montreras ?
- Non.
- Pourquoi est-ce que tu fais ça, franchement ?
Il m'étudie pendant un moment. Il pèse ses mots. Finalement, il s'appuie sur un coude et approche son visage à quelques centimètres du mien :
- Pour la même raison que celle pour laquelle tu aimes ça."  . Chapitre 14

D'autres livres de la même série vont continuer le succès de deux journalistes Christina et Lauren : beautiful stranger, beautiful player, etc. 

 

80 notes jaune rouge

 

80 Notes de Jaune (vina Jackson) (2013)

Summer vit à Londres et entretient avec la musique une relation passionnelle et charnelle. Quand elle joue ou écoute de la musique elle oublie le monde qui l'entoure. La musique dans ce livre jour un rôle essentiel dans le rapport de Summer avec son corps et ses désirs.

Dominik, quadra, professeur de littérature, en prenant le métro, est attiré par la musique, par le son merveilleux d'un violon et de cette personne absorbée par ses notes.
Il essayera de retrouver cette jeune personne ... En vain ... Jusqu'au jour où dans le journal il apprend que cette jeune personne a été victime d'une bagarre qui a mal tournée et que son violon a été brisé. Il entre en contact avec la violoniste pour lui proposer un deal qu'elle va accepter par curiosité.

Pas de fausse relation dominé/dominant. Non, deux personnes au courant de leurs désirs qui les poussent à sortir des sentiers battus. On entre dans un monde de BDSM, érotique, sexuel, sans violence et sans contrainte, un jeu sensuel où Summer libère progressivement sa sexualité de toute contrainte.

Comme les série de beautiful Baster, l'écriture est agréable à lire, à double voies (Summer à la première personne et Dominik à la 3ème personne ). On a l'impression de vivre dans la tête de Summer et de Dominik.


On savoure la relation de Summer avec la musique, avec son violon, puis avec son corps et sa sexualité décrite dans un style fluide, rythmé, percutante et sans vulgarité.


abs11.5 orange " Elle se pencha pour saisir l'archet qui était resté dans l'étui, consciente d'offrir à Dominik un bref aperçu de ses seins : elle ne portait jamais de soutien-gorge avec cette robe. Summer le regarda à la dérobée en accordant son violon. L'homme ne bougeait pas, impassible. L'instrument avait un timbre si riche et si rond que les sons se réverbérèrent sur le plafond du kiosque.
Summer commença à jouer Vivaldi.
Elle connaissait les quatre concertos par cœur. C'étaient ses morceaux de prédilection, que ce soit pour jouer en public, devant ses amis, ou pour répéter. La musique, vieille de plusieurs siècles, l'emplissait toujours de joie, et comme elle l'interprétait, elle vit défiler sous ses paupières closes les riches et réalistes paysages de la Renaissance italienne qu'elle avait tant de fois admirés en peinture. Pour une raison qu'elle ignorait, les êtres humains étaient presque toujours absents de sa rêverie vivaldienne, et elle n'avait jamais cherché à expliquer cette omission quasi freudienne.
Le temps s'arrêta.
Les notes qu'elle tirait de l'instrument étaient magnifiques, et elle eut soudain l'impression de parvenir à un degré supérieur et inconnu de compréhension de l'œuvre. Elle n'avait jamais aussi bien joué. Détendue, elle atteignait la vérité au cœur même de la musique, et se laissait emporter par le flot de la mélodie, submergée par son intensité. C'était presque aussi bon que la jouissance sexuelle.
Quand elle attaqua le troisième concerto, elle ouvrit brièvement les yeux pour regarder Dominik. Il n'avait pas bougé d'un pouce, immobile, perdu dans ses pensées, les yeux rivés sur elle. Il la dévisageait toujours et ressentit la nervosité qui la gagnait. Elle avait interprété Les Quatre Saisons de manière exceptionnelle et il était ravi. Lui demander de jouer pour lui avait été une idée de génie et le concert qu'elle venait de lui donner avait éveillé de fortes sensations en lui : il se sentait lié à elle. Il mourait d'envie de goûter la douceur de sa peau, de faire courir ses doigts et sa langue sur la courbe de son épaule, de découvrir les secrets dissimulés sous l'étoffe de sa robe. Il devinait déjà la forme de son corps. Il avait toujours regretté de ne pas avoir appris la musique et de ne jouer d'aucun instrument. Il était trop tard pour s'y mettre mais il pressentait que Summer était un instrument dont il pourrait jouer pendant des heures. Et il comptait bien le faire.
- C'était sublime, finit-il par dire.
- Vous avez gagné votre violon, dit-il. " chapitre 4


abs11.5 orange " La robe glissa le long de sa poitrine, puis, d'un rapide mouvement des hanches, la jeune femme la fit tomber à ses pieds, en accordéon. Elle ne portait pas de sous-vêtements.
Uniquement des bas, qui s'arrêtaient à mi-hauteur de ses cuisses blanches. Et les chaussures de couturier à hauts talons qu'il lui avait déjà vues. L'idée l'effleura vaguement qu'elle ne devait pas posséder beaucoup de paires de ce genre.
- Approchez, ordonna-t-il.
Summer hésita une seconde, puis franchit la ligne lumineuse et se dirigea vers lui. En la regardant avancer lentement vers lui dans la pénombre, Dominik remarqua soudain une ligne rouge le long de son flanc, qui courait de sa taille fine à ses fesses. Il plissa les yeux, croyant d'abord à une ombre créée par le jeu de lumière. Mais c'était autre chose, une trace qu'il n'avait pas vue quand elle s'était retournée pour se dévêtir lors de la dernière séance. Aujourd'hui, elle avait bien pris garde à lui faire face.
Summer retint son souffle. Elle savait que les bleus n'avaient pas tout à fait disparu, comme le lui avait révélé son reflet un peu plus tôt dans la journée, quand elle s'était préparée pour ce récital. Elle avait cru qu'ils s'effaceraient plus vite. Voilà pourquoi elle ne lui avait pas montré son dos. Elle fut soudain envahie par l'inquiétude et se demanda comment il allait réagir, tout en ayant très envie d'exposer effrontément les stigmates durement gagnés de son infamie personnelle.
- Penchez-vous.
Elle obéit, consciente du spectacle qu'elle lui offrait.
- Écartez les jambes.
Il avait ainsi une vue plongeante sur son intimité.
Il lui caressa la fesse gauche, d'abord légèrement, comme s'il en explorait la peau satinée puis plus brutalement. Sa main était brûlante.
Il s'attarda sur les lignes parallèles qui zigzaguaient sur la peau de la jeune femme et explora les îlots épars de marques jaunâtres. Il fit courir lentement son doigt entre ses fesses et elle retint son souffle quand il lui caressa doucement l'anus. Il ne s'arrêta pas en si bon chemin et finit par atteindre sa fente avec une lenteur délibérée. Summer était moite et ne ressentait aucune honte à être ainsi exposée, à la fois physiquement et moralement. Elle trouvait Dominik excitant, elle aimait sa manière de la toucher, de lui parler. Et alors ?
Chaque fois qu'elle interprétait cette partition, elle voyait défiler en imagination un paysage scandinave sauvage : des vagues se brisaient contre un littoral rocailleux et leur écume formait un brouillard qui se découpait contre les ciels plombés. Pour Summer, chaque morceau possédait son propre paysage, et l'y transportait quand elle l'interprétait. Elle savait que la grotte écossaise qui avait inspiré Mendelssohn pour la composition de cette ouverture était fréquemment associée à la Chaussée des Géants en Irlande, mais elle n'avait visité ni l'une ni l'autre. Parfois l'imagination suffisait.
- Exquise, finit-il par murmurer.
- La musique ou moi ? demanda-t-elle aigrement.
- Les deux le sont.
- Merci. Je peux me rhabiller ?
- Non, riposta-t-il sans ciller.
Il l'attrapa par les fesses et la rapprocha de lui, afin qu'elle soit assise sur l'extrême bord du meuble. Puis il se tourna vers le lit qui se trouvait contre l'un des murs. Cet homme a un lit dans son bureau, il est décidément étrange, pensa Summer. Il saisit un oreiller, qu'il cala sous sa tête. Il déplaça ensuite la lampe de bureau, dont il pointa le faisceau lumineux sur le sexe de la jeune femme. "  Chapitre 6


Femmes libres post féministes ou héroïnes de commerce ?

Le débat est lancé depuis les années 2010 sur la femme du 21ème siècle, qui a bénéficié d'une impressionnante amélioration de la condition féminine dans le monde occidental. Certaines femmes du 21ème siècle semblent chercher à pratiquer un féminisme de droits sans négliger leur désir, et leur sexualité. On peut lire des critiques acerbes sur Chloé qui accepte ce jeu de romance au bureau sans faire référence au harcèlement sexuel, à Summer qui accepte volontiers un jeu de domination masculine.   
Un ou deux best sellers ne traduisent pas cette tendance post- féministe, c'est le nombre des livres vendus, la décontraction avec laquelle ces livres sont lus dans les lieux publiques, et affichés dans les médias.

On retrouve la même tendance dans des séries télévisés à succès : Outlander (on montre une fessée adminsitrée à une femme), Poldark (on montre un rapport sexuel forcé), ou la série girlfriend experience (on montre le monde des escortes de luxe).  
Dans cette tendance, la femme est montrée forte, maître de son destin, libérée de toute domination y compris des idées du 20ème siècle. Elle offre cette liberté à qui elle veut.


La sexualité dans la littérature n'est pas une nouveauté. A la différence de certains romans français utilisant la sexualité pour raconter le drame du viol ou de l'inceste, ou d'intellectualiser la sexualité, ces romans à plusieurs voix célèbrent le sexe comme jeu, comme amusement entre homme et femme et comme la porte d'entrée vers une relation émotionnelle et sérieuse. Dans chaque roman, on passe du sexe à l'amour, sans exception.


Ces femmes ne veulent pas de liberté dans la solitude. Elles veulent partager cette liberté.  
En face de ces femmes libres, les hommes sont montrés dans une virilité classique, le genre masculin est puissant, amoureux des femmes et de leurs corps, décideur, capable de rassurer les femmes et de les satisfaire, sans violence, sans contrainte. La force et la détermination du partenaire masculin sont capables de protéger la femme non pas de son environnement ni de sa société mais de ses doutes, de la solitude affective ou sexuelle.
Dans ces livres à succès, le masculin est caricaturé, riche, beau, puissant, et sexuellement irrésistible. De même que les femmes sont belles, dynamiques, sans complexe.          

      
Le livre numérique est-il en train de changer les choses ? Ces livres ont bénéficié incontestablement de la diffusion numérique. Depuis les années 2010, les livres numériques sont disponibles. Ces livres ont offert aux écrivains les moyens d'être édités et aux éditeurs le moyen de multiplier l'offre. Un nombre impressionnant de livres érotiques écrits par des hommes et des femmes sont disponibles à des prix très modérés.


Quelques livres ou quelques séries ne font pas une tendance culturelle mais traduisent la tendance du moment. Depuis plusieurs années, une nouvelle image de la femme est en train de sortir dans la culture occidentale. On est devant une femme libre, forte, libérée. Sa force l'autorise à partager son intimité avec les hommes sans complexes et sans craintes.

Dans l'intimité, elle revendique le droit d'être aimée et désirée sans confusion.

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Westworld, divertissement pour réfléchir sur nous-même

wrestworld dolores teddy

 

Westworld, divertissement avec ou sans méditation

Westworld c'est la série de HBO qui cartonne sur les écrans de télé, cette série est diffusée en France sur canal et sur OCS.
A la fin de la première saison, on découvre une série haut de gamme, un casting magistral, un jeu d'acteur excellent pour interpréter un scénario complexe, attirant et chargé de détails et de signification.


Westworld raconte la vie d'un immense parc de loisir futuriste où des robots à forme humaine interprètent comme de vrais acteurs, des scénarios pré-établis. Les visiteurs paient le prix fort pour se lancer dans des aventures en plein far-west, en compagnie de ces robots réalistes, pour échapper à l'ennui de leur vie réelle,  pour satisfaire des besoins primitifs : divertissement, jeux, violence et sexe. Le visiteur peut tuer n'importe quel robot ou coucher avec, en le séduisant ou en le violant. Tout est permis.      

 

wrestworld affiche

 

Pourquoi pas, après tout, des gens ne paieraient-ils pas une fortune - un invité cite un tarif de 40 000 dollars par jour - pour se plonger dans un simulacre de l'anarchie du far - West ou de la guerre de secession ?
Westworld répond que nous (les humains) le ferions pour se livrer à des appétits autrement indicibles pour la violence insensée et le sexe transgressif, sans scrupule moral ou conséquence juridique. La série est remarquablement dure dans sa description de la cruauté sous-jacente de ces appétits. Un touriste ennuyé cloue une main d'un vieil " homme " à une table avec un couteau à steak, juste pour lui faire fermer " sa gueule ".  Un autre tire dans le dos d'un robot en criant "Maintenant, c'est mes putains de vacances !"
Un grand et prestigieux projet de la chaîne HBO. Une superproduction dont le chantier a duré plus de trois ans, produite par J.J. Abrams.

Une belle réussite

 

abs11.5 bleu2 Westword, un parc de divertissement

On commence par suivre les aventures de Dolores, robot à l'apparence d'une jolie jeune femme naïve et innocente qui rêve de changer de vie, de Maeve la tenancière d'un bordel, Bernard un chef programmeur qui veille sur le bon déroulement des scénarios et sur la sécurité des visiteurs. Il y a aussi un mystérieux Ed Harris vêtu de noir qui cherche le secret du labyrinthe : il ne sait pas exactement ce que c'est, mais pense que le parc de Westworld dissimule un secret et il est déterminé à le trouver, quitte à y passer 30 ans de sa vie.

D'autres personnages complètent l'histoire, des indiens, des fermiers, des voleurs, des nettoyeurs, des visiteurs et des employés chargés de la maintenance du parc et des robots.
Deux savants ont participé à la création de ce parc : Ford et Arnold .

 

wrestworld anthony hopkins


Il y a 40 ans Ford et Arnold créent les premiers androïdes dans le parc encore fermé au public. Arnold, suite à divers entretiens avec le robot femme Dolores, il pense que les robots ont une conscience et que le parc ne doit pas être ouvert au public. Ford n'étant pas d'accord, Arnold exporte les données de Wyatt, un personnage meurtrier, en Dolores pour la pousser à tuer tous les hôtes et à le tuer lui-même. Arnold pense ainsi faire fermer le parc, mais n'y parvient pas.
Ford réussit à ouvrir le parc. Il a besoin d'investisseurs. Parmi ceux-ci, William et Logan. William rencontre Dolores, tombe amoureux d'elle et sombre dans la violence. William est tombé amoureux du parc et fera tout pour devenir actionnaire majoritaire et relancer le budget.


A présent on voit la charmante Dolores et un homme en noir qui mène sa quête vers le labyrinthe, le sommet du jeu des scénarios proposés par le parc. Dolores, une fois de plus, fuit sa ferme natale et se dirige vers le village où elle a commis le massacre, pour découvrir le centre du labyrinthe. Maeve la tenancière d'un bordel prend conscience de ce qu'est vraiment le monde de Westworld et tente de quitter le parc. Ford a créé un androïde à l'effigie d'Arnold qu'il a nommé Bernard et qui est chef de la programmation du parc. Ford prépare un nouveau scénario, qui est en fait le début de la révolte des androïdes, qui prend forme lors d'une soirée avec de nombreux invités humains.

 

wrestworld dolores maeve

 

abs11.5 bleu2 Les robots ne peuvent pas faire de mal aux être vivants (humains ou visiteurs)

Cette règle est la base de la robotique. Un robot ne doit pas faire de mal aux vivants. Les visiteurs peuvent tuer les robots mais les armes des robots ne touchent pas les visiteurs. Ceci permet toute sorte de massacre, de violence, et de dérapage. Entre meurtre et sexe, le visiteur découvre subitement ses propres besoins, et ses propres démons.
Chaque matin, inlassablement les robots (remis en état et éternellement jeunes ou vieux) recommencent le jeu, Dolorès dans la rue, Maeve dans le bordel, les visiteurs arrivent, une immersion totale dans un monde du far West. Certains montent dans les chambres s'amuser avec les prostituées, d'autres tirent sur les robots et déclenchent des tueries, d'autres suivent des chemins plus complexes.    

 

wrestworld rachel evans


Les robots n'attaquent jamais les mouches qui leur tournent autour. Ce sont donc tous les êtres vivants qui sont censés être protégés des robots...mais à la fin de l'épisode, on voit Dolores frapper la mouche qui lui tourne autour. Une action violente qui devrait certainement laisser la place à d'autres. Dolorès échappe aux scénarios pré-établis. Ainsi on découvre que plusieurs androïdes sont capables de tuer des humains.


" These violent delights have violent ends "

" Ces passions violentes auront une fin violente " 

 

Cette citation de Shakespeare reprise plusieurs fois dans la série est en fait une forme de révélation sur ce qui va se dérouler à la fin de la saison 1. La violence des humains se retourne contre eux dans un bain de sang orchestré par Ford, amenant de grands changements : les robots vont être capables de se défendre et vont peut être aller plus loin dans la saison 2.


Les créateurs Jonathan Nolan et Lisa Joy ont scénarisé une série complexe.  En surface, c'est un western, qui réunit les ingrédients du genre : Dolores la belle en danger (jouée par Evan Rachel Wood), Teddy le valeureux cowboy (joué par James Marsden), Maeve la mère maquerelle (jouée par Thandie Newton), et tous les personnages attendus, dans des décors sauvages avec montagnes, plaines, et ville où des fusillades éclatent à chaque coin de rue. Sauf que tout cela est mis en scène par une équipe planquée dans le sous-sol du parc, composée de sa patronne Theresa (jouée par Sidse Babett Knudsen, de son programmateur en chef Bernard (joué par Jeffrey Wright), de son vieux concepteur Robert (interprété par Anthony Hopkins). La série profite de la beauté de ses décors et de la qualité de ses effets spéciaux pour multiplier les séquences fortes : chevauchées, voyages en train, débarquement d'une pelleteuse monstrueuse, etc.

Elle déborde aussi de bonnes idées, comme ce piano mécanique qui joue des tubes modernes (Black Hole Sun de Soundgarden, No Surprises de Radiohead...) en mode western. Le récit ne manque ni de souffle ni de poésie, et mêle action, romance, science-fiction et mystère, avec la tension nécessaire pour capter notre curiosité.
Pour faire tenir un tel édifice, il fallait une distribution hors normes. La liste est vertigineuse, réunit des vedettes venues du grand écran, Hopkins, Harris, Wright, Rachel Wood, Newton, et une pléiade d'excellents acteurs connus.
Westworld offre une mise en abyme passionnante, qui aborde les notions du libre arbitre, de la prédestination, de la liberté, de la conscience etc.

 

wrestworld wililam


abs11.5 bleu2 Un grand spectacle au souffle métaphysique.


Contaminés par un virus joliment appelé " les rêveries ", certains robots vont apercevoir des éclats de leur passé, et développer une mémoire et donc s'humaniser. Mais leur passé n'est que l'accumulation de vies brutalement interrompues, car le même humanoïde est reprogrammé plusieurs fois pour tenir différents rôles en fonction de l'inspiration du scénariste du parc. Quelle nature va ressurgir une fois la machine libérée ? Peut-elle se reprogrammer d'elle même ou se retourner contre son créateur ?

 

abs11.5 bleu2 L'homme en noir, William et les autres humains

Cela fait 35 ans que William explore le parc. Il a progressivement sombré dans la violence. Au début, il est tombé amoureux de la fragile Dolorès. Il ne trouve aucun sens au monde réel et s'épanouit dans Westworld, en massacrant les hôtes, à la recherche d'expériences toujours plus violentes et plus fortes. Il est également l'actionnaire majoritaire. Il cherche le centre du labyrinthe mais il n'a pas compris que le labyrinthe était métaphorique et uniquement destiné aux hôtes.
Les humains s'interrogent sur le sens de leur existence, à commencer par Bernard Lowe, ingénieur en chef au passé douloureux, qui trouve un réconfort dans sa relation avec les robots, Ford, vieux sage taillé sur mesure pour Hopkins,  porte une piste narrative complexe, entre émotion et mystère. L'enjeu central de la série est profond : que va-t-il se passer dans les limites de Westworld, qui va vivre, survivre, dérailler, chercher à fuir, à abattre ou à protéger les humanoïdes ?
Les humains dans Westworld sont mis à l'épreuve. Que faire en face de robots qui imitent à la perfection le comportement humain : tuer, massacrer, désirer, faire l'amour, violer, pendre, aimer, protéger ?   

 

abs11.5 bleu2 Une lecture de Westworld

Cette série nous propose certaines pistes de réflexion.  Il n'y a fondamentalement aucune différence entre le sens à l'intérieur du jeu et à l'extérieur.  Les humains sont toujours à la recherche de sens. Les gens de l'extérieur sont allés à l'intérieur pour le chercher, et les gens à l'intérieur veulent sortir pour le trouver. Sans réflexion sur les conséquences de nos actes,  il n'y a pas de sens à la vie. Les actions non analysées ne produisent aucun sens. Cela fait 35 ans que William tue et massacre des robots sans savoir ni comprendre pourquoi.    


Cette série rappelle un bon film sorti l'année dernière  Ex Machina réalisé par Alex Garland, qui traite le sujet des androïdes et leur éventuelle révolte contre les humains.


Westworld, c'est la vie et la mort. Tuer ou être tué. Sauvez la jolie et frêle demoiselle ou la violer, la séduire ou la frapper.  Héros ou méchant dans un monde simple et primitif, où le moi animal est révélé et se doit d'agir.
Westworld  est en grande partie un spectacle sur les gens à la recherche de réponses. Des touristes riches et curieux cherchent à découvrir ce que l'on ressent en commettant un meurtre gratuit ou en se livrant aux pulsions sexuelles les plus primitives. Comme le dit un programmeur à une de ses créations androïdes, "Vous et tout le monde que vous connaissez, vous êtes construits pour satisfaire les désirs des gens qui paient pour visiter votre monde "
Westworld suggère que la conscience se développe non seulement dans les êtres, mais  parmi eux. La prise de conscience de soi est fondée sur une prise de conscience des autres. Quand un des androïdes commence à agir étrangement, un ingénieur s'inquiète que le problème puisse se révéler "contagieux" - et il a raison de s'inquiéter.


Bertrand Russel, le philosophe anglais, a dit  : nous serons si malheureux le jour où nous n'avons plus de problèmes matériels, nos cerveaux vont lutter pour trouver la signification de notre existence.
Je n'aimerai pas pénétrer ce genre de parc, je ne sais pas comment je vais me comporter dans ce Westworld. Je n'ai pas envie de voir la partie de moi que j'essaie de contrôler et d'oublier.   

 

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Deux films de Noël, un ancien et un récent

films noel

 

La fête de Noël est une fête religieuse et sociale. C'est une fête qui éclaire pendant quelques jours la grisaille hivernale, et fait oublier la neige, le froid et les longues nuits du mois de décembre.  


Le jour de Noël célèbre la naissance de l'enfant Jésus le 25 décembre ; beaucoup de traditions que nous associons à Noël, ont existé avant la chrétienté, ce qui permet à cette fête d'avoir une portée religieuse, laïque et sociale. Noël à la fin de Décembre marque le Solstice d'hiver dans de nombreuses cultures comme en Scandinavie ou dans la culture celtique.


De nouvelles coutumes de Noël apparaissent au Moyen Âge. La contribution la plus importante fut le chant qui, au XIVe siècle, était associé à l'observation religieuse de la naissance du Christ.
En Italie, une tradition s'est développée pour célébrer en peinture la naissance du Christ et de la nativité. Cela a été introduit par saint François dans le cadre de ses efforts pour apporter la connaissance spirituelle aux laïcs. Une figure éminente de Noël est Saint Nicolas honoré le 6 décembre, devenu depuis l'un des précurseurs du Père Noël.
Un autre rituel populaire a été de brûler une bûche, selon des cultes païens célébrant le feu et la nature. Progressivement, cette fête est devenue un rituel sophistiqué associant le religieux au social, la joie païenne à la charité chrétienne. Il suffit de regarder une crèche entourée de cadeaux sous un arbre décoré, sous le regard du père Noel pour comprendre combien cette fête est ancrée dans nos traditions.

 

Les films et Noel


Depuis le début du cinéma, les producteurs et les réalisateurs ont célébré Noel à leur façon pour profiter d'une fête à la fois religieuse et sociale, riche en symboles, et même en contradictions. Le repas de famille avec ses risques de dérapage, le contraste entre les réunions des familles et la solitude de certains, entre l'abondance et la pauvreté, entre la sincérité et l'hypocrisie.
Noël est parfois un arrière plan, pour montrer des boulevards décorés, des villes éclairés, et des gens heureux.  Noel peut être aussi l'occasion d'activités stressantes comme les réunions de famille, les voyages et les rencontres imposées par le rituel social. Noel est aussi l'occasion d'un moment de joie, de fête et d'optimisme.          

 

Shop Around the Corner James Stewart Margaret Sullavan


Un film ancien : Rendez-vous


ou The Shop Around the Corner de Lubitsch de 1940. C'est une histoire d'amour à Budapest
Une employée de magasin tombe amoureuse sans le savoir d'un collègue de travail grâce aux petites annonces ; c'est aussi l'homme qu'elle déteste au travail ; un célèbre et excellent film, Ernst Lubitsch a tourné le film avec James Stewart et Margaret Sullavan.  Nous voyons Margaret Sullavan et Jimmy Stewart batailler l'un avec l'autre, pendant que le spectateur devine qu'ils sont amoureux l'un de l'autre.

 

Shop Around the Corner Lubitsch


Noël joue un rôle important dans ce film, c'est l'époque des cadeaux, des rendez vous, de la foule dans les boutiques. L'histoire d'amour par lettres interposées entre les deux employés qui se détestent au quotidien est un appel à ouvrir les yeux sur le réel sans renoncer à ses rêves.   Ce film est une des plus grandes réussites de la période américaine de Lubitsch. En France, il sortit en 1945 sous le titre Rendez-vous.
Un remake de ce film fera sera aussi une triomphe, adapté par Nora Ephron en 1998 : " Vous avez un message. "

 

Une cloche pour Ursli

 

Un film récent : Une cloche pour Ursli

Une cloche pour Ursli : film suisse de 2015, film de Xavier Koller, à partir du livre pour enfant écrit par Selina Chönz et illustré par Alois Carigiet, qui compte quarante pages : vingt splendides dessins aquarellés en regard de courts textes narratifs. A partir de ce livre, voici un charmant film de Noël : un jeune et débrouillard garçon aidera sa famille dans l'embarras dans un décor de cartes postales de l'Engadine des alpes suisse, et participera à la fête des cloches (Chalandamarz) qui annoncent le départ de l'hiver...  


Une Suisse belle, joyeuse et solidaire dans cette adaptation d'un conte pour enfants.
Lors du désalpage, la carriole tombe dans un précipice et avec elle toute la production estivale de foin et de fromage. Le papa d'Ursli pleure, l'épicier est ravi : il récupère les meules dans la rivière. Le commerçant cupide est affublé d'un rejeton odieux qui réussit à s'approprier la chèvre préférée d'Ursli, et à faire main basse sur la plus grosse cloche du village.

Ursli va tout faire pour démasquer l'épicier voleur. Dans le matin plein de lumière il dévale la pente poudreuse assis à califourchon sur le toupin royal, tout le village chante en chœur devant la maison du glorieux Ursli qui récupère sa cloche.
Une cloche pour Ursli (Schellen Ursli), de Xavier Koller (Suisse, 2015), est un film charmant à voir en famille et qui mérite le détour.

Bonnes et joyeuses fêtes

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5 chefs d'oeuvre sur Danaé, le nu féminin normalisé

Danae sexualuite nu art causam

 

5 chefs-d'oeuvre sur Danaé, le nu à travers des siècles de peinture 

L'art en Europe est une succession de mouvements, de voyages, d'influences et de retour.
Dans n'importe quel musée, on ne peut qu'admirer ces liens délicats entre un tableau et un autre, entre un maître et un autre, comme si chaque tableau faisait partie d'un ensemble cohérent et riche.

 

Le Mythe de Danaé ?

Danaé était une princesse légendaire d'Argos. Le roi fut prévenu par un oracle que Danaé, sa fille unique, mettrait au monde un fils qui, plus tard, le tuerait.
Le seul moyen d'échapper à ce sort était de tuer Danaé. Le roi refusa, et décida de garder sa fille enfermée dans une tour de bronze loin de toute compagnie masculine. Cette tour fut isolée du monde, seul le toit s'ouvrait sur le ciel afin que l'air et la lumière puissent y pénétrer.
Elle vécut en captive accompagnée d'une servante. Zeus tomba amoureux de Danaé, il s'est métamorphosé en une averse d'or et a traversé le toit.
Cette pluie d'or atterrit sur le bassin de la jeune fille avant de remplir la chambre. Elle tomba de cette manière, enceinte de Zeus.
Pendant quelque temps elle cacha la naissance de son enfant. Un jour, le petit garçon, Persée, fut aperçu par son grand-père. " Ton enfant, Qui est son père ? " Quand Danaé répondit fièrement : "Zeus", il ne voulut pas la croire. Il fit faire un grand coffre de bois et les y plaça la mère et l'enfant. Le coffre fut emmené au large, sur un bateau, et jeté à la mer. Danaé et Persée voguèrent à la dérive, furent découverts par un pêcheur.
Après de nombreuses d'aventures, Persée et sa mère revinrent. Peu après leur retour, Persée entendit parler d'un grand concours d'athlétisme. Il décida d'y participer. Quand vint son tour de lancer le disque, le projectile fit un écart et tomba parmi les spectateurs. Acrisios se trouvait dans la foule. Il mourut sur le champ. La prophétie de l'oracle fut réalisée.
 
Cette légende demeure fidèle aux principes de la mythologie grecque. L'amour est sans limite, la force du désir sexuel, le destin tragique de l'homme.


Titien : Danaé avec sa servante (1560) huile sur toile

Titien danae


La jeune Danaé est nue dans son château, la princesse est prisonnière. Elle est étendue lascivement sur un lit, accompagnée de son petit chien. Surprise par la pluie d'or, la domestique tente de rassembler cet or dans son tablier.
La blancheur du corps de Danaé contraste avec la noirceur de la peau de la domestique. Alors que Danaé est étendue sur le lit, le corps est riche de courbes.
La main de Danaé cache son sexe, dissimulé dans l'ombre, laisse deviner la signification érotique de ce geste.
L'aspect du corps est fidèle aux critères de beauté de l'époque. La peau est blanche, les cuisses sont pleines, le ventre est légèrement bourrelé. La femme est sans parure sauf les cheveux défaits laissant supposer le réveil mouvementé de la femme surprise par les pluies d'or.
Les seins sont montrés sans retenus, comme les jambes.
La mythologie comme prétexte d'un nu féminin ? La femme face à son désir, à cette pluie d'or !


Tintoret : Danaé

Tintoret danae


Musée des Beaux Arts, Lyon

Dans ce tableau, Tintoret reprend le sujet de son maître Titien. On peut observer la présence du chien, l'averse d'or sous forme de pièces, la présence d'une servante qui tente de collecter les pièces d'or dans son tablier.
Les couleurs sont vives, le corps nu est délimité par des lignes sinueuses, plus de bourrelets et plus de muscles que dans les tableaux de Titien. La nudité demeure offerte au regard mais sans cette chair épanouie qu'on voit dans les tableaux de Titien
On peut noter également la grande taille de la femme, ses muscles, et une adiposité marquée (tissu gras sous la peau)
Tintoret ajoute plus de décor, plus de couleurs, plus de plis.
Il y a quelque chose d'artificielle dans la pose de la femme, elle est plus allégorique que réelle.


Mabuse dessine Danaé

Mabuse danae

Après 1508- Mabuse Musée de Munich

Danaé est ce tableau témoin de l'influence de Rome sur le peintre. Dans ce tableau, Danaé ressemble à une jeune adolescente, recouverte d'un drap bleu, assise sur un coussin rouge. Elle dévoile son corps pour recevoir la pluie d'or qui inonde son bassin. Danaé de Mabuse est plus jeune que les Danaés de Titien et de Tintoret.
Cependant elle garde les signes essentiels du récit mythologique ; C'est une femme en attente qui accueille la pluie d'or favorablement. Les jambes sont légèrement écartées comme un signe d'un consentement.
La fille est assise au centre d'un décor fait de colonnes et piliers disposés en rotonde. Les détails sont soignés, on devine que la tour de Danaé est en marbre. L'œuvre est traitée avec beaucoup de sensualité. Le corps est gracieux. Les muscles tantôt éclairés tantôt à contre-jour donnent aux jambes de Danaé un beau réalisme.
Danaé est seule en face du torrent doré du désir et de fertilité. Loin de Titien et de Tintoret, le peintre n'a pas ajouté de servante ou de chien ou un dieu. Danaé est seule. Une allégorie de la femme seule face au désir, en face de l'événement majeur de la vie d'une femme ; la maternité ?


Alexandre Jacques Chantron : Danaé réaliste

Chantron danae


Le peintre propose un nu féminin qui reflète la culture et la peinture du 19ème siècle. Nous sommes en face d'un corps féminin réaliste dans ses proportions, dans ses détails anatomiques, sans excès ni idéalisation. Danaé est seule avec la pluie d'or. Le nu féminin n'a plus besoin d'une justification mythologique ou allégorique, la femme est partout dans cette fin de siècle.
La société se féminise, le corps féminin fait partie de la vie comme le corps masculin.
Bien que le peintre ait dessiné un corps beau, harmonieux, naturiste, nous sommes loin d'une recherche effrénée d'un érotisme excessif.
On normalise progressivement le corps féminin, et le nu féminin.
Le nu dans la peinture sera considéré de plus en plus en fonction des relations qu'il noue avec le thème du tableau.


Klimt, Danaé dorée

Klimt danae


À Vienne, Klimt influencé par les arts d'autres cultures et par le mouvement psychanalyste, va tenter une approche différente, symbolique, abstrait et figuratif du nu féminin.
Le tableau de Danaé est sans perspective, les cuisses et les fesses de la femme sont mises en valeur offrant une impression de profondeur. Une jeune femme endormie, une voile brodée d'or dissimule une partie de son corps, une coulée d'or passe entre les jambes. Danaé est disproportionnée, dans la position qu'un foetus, ou sous la forme d'un œuf. La lumière éclaire l'or, en opposition au fond noir.
Danaé semble endormie, visage calme, en contradiction totale avec la sensualité de sa cuisse offerte au regard, et de son sein. La chevelure rousse, libre et structurée à la fois. Ses doigts n'ont pas position naturelle, sont crispé sur son sein, l'autre main est dissimulée par la cuisse. La bouche est entrouverte dans une sensualité affichée.
Le tissu est richement brodé de sphères brodées ou dorées. La cascade d'or passe entre les jambes de la jeune femme, quelques pièces d'or se dirigent vers le sol.  
L'expression de son visage témoigne du rêve érotique et du plaisir féminin. La nudité devient le décor. Par le choix du détail, le spectateur est submergé par l'ornementation chatoyante et sensuelle qui occupe le tableau.
On assiste à une scène intime, qui dévoile un monde de plaisir et de luxe. Voyeur, le spectateur découvre un monde fermé dans lequel la Danaé est repliée dans un doux cocon.
Au début de XXe siècle, la nudité féminine n'est plus taboue. Le nu féminin chez Klimt est naturel, le corps n'est pas maudit. La nouveauté est dans la validation du plaisir sexuel féminin, de l'extase, de la jouissance féminine, du droit de la femme à jouir, et avoir une sexualité.

 

Conclusion

Un long chemin entre Danaé de Titien et Danaé de Klimt, et les tableaux modernes de Danaé.
Les tableaux de Danaé sont un exemple sur l'évolution de nu féminin dans la peinture, un témoignage de l'image du corps féminin à travers les siècles, sur la sexualité féminine et sur les bouleversements qui ont transformé la peinture.
Le nu académique chez Titien, le nu lyrique chez Rubens, le nu voluptueux chez Boucher et à la fin le nu érotique et sensuel chez Klimt au début du XXe siècle.

 

Il a fallu de nombreuses années, les travaux de Freud, puis les travaux de Kinsey au milieu du XXe siècle pour reconnaître enfin la sexualité féminine. La peinture occidentale au début de XXe siècle a rendu le sexuel digne de représentation, et la sexualité féminine valide sans détour ni culpabilité.

 

Danaé: sexualité, nudité et peintres

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Malévitch en 7 tableaux clés

Kasimir malevitch

 

Malevitch, simplifier les formes, et la peinture

Malévitch est un grand peintre russe longtemps méconnu (1878-1935).
Il fait partie de l'avant-garde russe de l'art contemporain, ami de Kandinski. Il sera célèbre en 1915 en exposant des oeuvres au sein du mouvement  " suprématisme " où  l'art ne doit pas imiter les apparences de la réalité mais être un acte pur, libéré du poids du figuratif ; une affaire de sensation selon le peintre.

L'œuvre de Kasimir Malévitch est un condensé des problèmes esthétiques qui ont occupé les artistes du xxe siècle. Son premier texte s'intitule Du cubisme au suprématisme. Le nouveau réalisme pictural. Bien qu'il ait reçu des rudiments d'enseignement académique, Malévitch est un autodidacte.

Né à Kiev d'origine polonaise, il part pour Moscou en 1902, où il reçoit ses premiers rudiments d'éducation artistique tout en prenant activement part à la révolution manquée de 1905.


Il suit le mouvement impressionnisme ; puis il ré-invente avec d'autres compatriotes le primitivisme ; art direct, naïf comme un dessin d'enfant : une recherche d'un langage universel. Il s'essaie au cubisme puis expose l'art abstrait avec les toiles suprématistes où seule la couleur dans des formes géométriques est présente.

 

Malevitch La femme au chapeau jaune

La femme au chapeau jaune (1908) ; l'impressionnisme est présent dans ce tableau.  

Jusqu'en 1913, son œuvre porte surtout la marque de son apprentissage des codes de l'avant-garde européenne comme dans le tableau Baigneur de 1910 où l'influence du fauvisme est manifeste.

 

Malevitch Baigneur


Le linguiste Roman Jakobson explique ce que découvrit Malévitch en face de ces toiles révolutionnaires : " un tableau ne peut être un bout de nature, comme le croyaient encore les impressionnistes, mais un ensemble de signes arbitraires articulés selon une grammaire spécifique. "


Ses toiles de 1913-1914 constituent la première tentative de créer des  représentations de différents objets, chacun à une échelle différente, se juxtapose ou se superpose dans une même image comme son tableau Un Anglais à Moscou(Stedelijk Museum).  Cette fois le cubisme semble marquer ce tableau. Le procédé du collage cubiste sert à éroder la logique classique, à mettre l'accent sur les qualités plastiques autonomes des éléments de l'image.

 

Malevitch Un Anglais a Moscou

Un Anglais à Moscou(Stedelijk Museum)


Le Carré blanc sur fond blanc de 1918 (Museum of Modern Art, New York), premier tableau achromique de l'art moderne où il cherche à définir l'opposition entre le dessin, et le fond.

 

Malevitch Carre noir sur fond blanc

Carré noir sur fond blanc, tableau clé de l'art moderne articule en quelque sorte toutes les questions qui ont intéressé Malévitch depuis sa découverte du cubisme. Le tableau est un signe dont l'interprétation dépend des plusieurs facteurs. Il devance avec son Carré noir ce qu'on nommera la logique " déductiviste " dans la peinture américaine des années 1960.


Pas tout à fait carrée non plus, cette peinture témoigne, comme pour le Carré noir, d'une grande sensibilité. La trace de la main de l'artiste est visible dans la texture de la peinture et ses subtiles variations de blanc ; les contours imprécis du carré asymétrique produisant une sensation d'espace infini. Le blanc, légèrement bleuté pour la forme centrale, plus chaud et ocré sur la périphérie, crée une matière dense et complémentaire au point qu'on ne peut séparer forme et fond. La position décentrée du carré, comme pesant sur la droite, et le léger cerne noir autour, dynamisent l'ensemble, contribuant à la sensation d'espace.

Malévitch varie ses figures géométriques, la Croix noire. Il s'aperçoit qu'à l'exception des figures symétriques rien ne peut égaler son Carré noir. Il entreprend une série d'œuvres comme  Huit rectangles rouges  pour inviter le regard du spectateur à méditer.

 

Malevitch Huit rectangles rouges

 

Malévitch envisage une autre solution et peint son deuxième chef-d'œuvre.

Mais dès 1920, ces toiles abstraites sont sévèrement critiquées qualifiées " d'art dégénéré ". Adulé un temps par le pouvoir russe, ses œuvres seront interdites dans son pays trop modernes pour les temps troubles de la Russie de Staline.

En 1927, des nouvelles alarmantes parviennent à Malévitch lors d'un séjour en Allemagne. Rentré précipitamment en Russie, il est directement victime du durcissement de la politique culturelle. L'institut de la culture artistique de Leningrad, où il enseignait, est dissous, il parvient à trouver d'autres soutiens institutionnels et peut encore exposer, mais sa situation se dégrade de jour en jour.

En 1930, il est arrêté pendant plusieurs semaines. Il est difficile de savoir si l'œuvre tardive de Malévitch (retour à la peinture figurative) est le résultat des violences et d'intimidations du pouvoir stalinien, en 1935, Malévitch se contente d'imiter dans sa peinture les différents styles qu'il avait adoptés avant le suprématisme.

 

Malevitch Buste a la chemise jaune
Buste à la chemise jaune, K. Malévitch, vers 1928-1932. Musée national de Saint-Pétersbourg, Russie.

  

Malevitch La fille au peigne
La fille au peigne 1932


Ses nombreuses toiles, sont d'une grande modernité, les couleurs et les formes sont réduites à leurs plus simples expressions pour ne laisser qu'une sensation forte ou qu'une seule idée aux spectateurs qui les voient.


Certaines œuvres sont si actuelles : il y a quelque chose de simple comme un panneau signalétique et de puissant, une émotion forte s'en dégage, ses œuvres sont telles qu'elles font de lui un peintre du 21ème siècle. Il nous est familier, on vit dans son monde et il fait partie du monde d'aujourd'hui.

 

Références: 
 E. Martineau, Malévitch et la philosophie, L'Âge d'homme, 1977
 J.-C. Marcadé, Malévitch, Casterman, Paris, 1990

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Mr HOLMES, de Sherlock à Elementary

Mr Holmes Ian McKellen

 

Sherlock Holmes: 221 B Baker Street, Londres

Sherlock Holmes est le fameux personnage de fiction créé par Arthur Conan Doyle dans son roman policier Une étude en rouge en 1887. " Sherlock Holmes " création légendaire de Doyle est toujours populaire et fait encore l'objet de nombreuses adaptations, comme les séries télévisées Sherlock et Elementary et de nombreux films.


Sir Arthur Doyle petit-fils du célèbre caricaturiste John Doyle est né à Édimbourg, dans une famille d'origine irlandaise, élève de la grande école Public School catholique de Stonyhurst, puis étudiant en médecine à l'université de sa ville. Installé médecin généraliste, il débute et a peu de patients, il commence à écrire des livres dont les aventures de Sherlock Holmes personnage passé à la postérité.
Partagé entre sa carrière médicale et sa vocation littéraire, le succès des premiers récits de Sherlock Holmes le décide à vivre de sa plume. Pendant une quarantaine d'années, Doyle s'impose comme écrivain et comme personnalité.


Grand voyageur, sportif d'une extraordinaire vitalité, patriote, justicier, on lui attribue l'introduction du ski alpin en Suisse (1894), la création d'un mouvement de volontaires armés à la veille de la première guerre mondiale, la découverte de deux erreurs judiciaires au terme d'enquêtes menées de sa propre initiative. Engagé volontaire comme médecin, pendant la guerre du Transvaal, il est ensuite tenté par une carrière politique.


Défenseur d'une méthodologie scientifique, il croit fermement au progrès et à la capacité de la science d'avancer et de découvrir. Il écrit des romans associant dans un compromis réussi entre l'histoire, la science et la fiction. Conan Doyle est sans doute un des pionniers de la science-fiction, avec Jules Verne. Son roman Le Monde perdu (1912) est un chef-d'œuvre de la littérature de science-fiction.


Il invente Sherlock Holmes, le docteur Watson, et leurs aventures. La réussite de ces romans est à son époque hors du commun. Conan Doyle a crée un personnage typé, doté d'une faculté de déduction extraordinaire, un homme scientifique froid, sans émotion, concentré sur les énigmes. Soixante récits publiés, de 1887 à 1927. Holmes devient un personnage célèbre. On lit ses aventures en Europe et dans les pays de l'empire britannique. Les touristes de passage à Londres pensant qu'il s'agit d'un personnage réel, demandent même à visiter sa maison ou à le rencontrer à son adresse au 221 B Baker Street.  

Sherlok Holmes actors

 

Sherlock Holmes, génie ou autiste ?  

Doyle a créé un détective privé ayant des facultés hors du commun de déduction, une mémoire exceptionnelle. Lors de ses enquêtes, relatées dans quatre romans et cinquante-six nouvelles, Holmes est accompagné par son ami fidèle et biographe le docteur Watson.
Doyle renouvelé le genre en créant le détective Holmes. Un personnage qui va devenir une référence, un modèle pour les romans policiers et les histoires de détectives à venir dépassant ainsi les anciens auteurs comme Edgar Allan Poe et Émile Gaboriau (avec le commissaire Lecoq).


Holmes est méthodique, scientifique, solitaire. Comme un médecin, ses émotions n'interviennent pas dans ses conclusions et n'influencent pas ses décisions. Il croit à la science, à la déduction, à la logique, au progrès scientifique. Il utilise le microscope, la loupe, connait l'électricité, le télégraphe, comme il connaît les textes de lois, les effets des poisons. Holmes est une sorte d'un autiste génial, une encyclopédie efficace face aux énigmes.   


Ce personnage sera critiqué, analysé, ou parodié pour son cynisme, son détachement du réel.  
Pourquoi le locataire du 221 B Baker Street l'emporte-t-il sur ses prédécesseurs ? Parce qu'il est fils du positivisme qui domine la seconde moitié du XIXe siècle, l'apothéose de l'esprit scientifique, une encyclopédie, fils d'Auguste Comte, Stuart Mill et de Darwin.


Après Holmes, le polar ne sera pas le même. Les personnages de détectives comme Rouletabille (Gaston Leroux), d'Hercule Poireau d'Agatha Christy, plus tard de Maigret de Simenon sont influencés par Doyle. Dr House, est à sa façon un personnage de Doyle, typé, cynique, solitaire, hors du réel, résolvant des énigmes médicales (à partir des symptômes) un autiste capable d'être un génie dans un hôpital mais sans intelligence sociale pour bien vivre par ailleurs.    

elementary Liu Lee Miller

La Série Elementary

C'est la dernière série télévisée adaptée de l'œuvre de Doyle.  
C'est une série télévisée américaine créée par Robert Doherty en  septembre 2012,  une adaptation libre et modernisée des aventures de Sherlock Holmes. Le célèbre détective est consultant pour Scotland Yard, habite New York, il sort d'une cure de désintoxication, et cohabite avec Dr Joan Watson, ancienne chirurgienne.  Cette série a eu un grand succès ; la saison 5 est diffusée depuis octobre 2016.
La série reprend le personnage de Doyle, en insistant sur l'aspect autiste et génial. Holmes est entouré d'ordinateurs et de moyens de communication, il se comporte comme un ordinateur, avec ses déductions et ses conclusions inattendues. Ce Holmes est neutre, froid, sans émotions. Ses liens sociaux sont médiocres, il ne sait pas ce que signifie le terme bonheur ou joie de vivre, il est efficace, mais solitaire.

La série est globalement bien accueillie en raison d'une écriture rythmée et d'une approche nouvelle du personnage. Ses affiches portent la citation : nouveau Holmes, nouveau Watson à New York.

 

Mr Holmes Ian McKellen Milo Parker

 

Le film " M. Holmes "

Un film charmant de réalisé par Bill Condon en 2015 avec Ian McKellen (Holmes), Milo Parker (Roger) et Laura Linney (la mère de Roger) à partir du roman " Slight Trick of the Mind " de Mitch Cullin publié en 2005. Il s'agit du septième roman de cet auteur américain traduit sous le titre " Les Abeilles de monsieur Holmes ". Voici une une nouvelle version de Sherlock Holmes, le célèbre personnage d'Arthur Conan Doyle.
Sherlock est dans cette version, en retraite dans le Sussex, solitaire et âgé. A la campagne, il s'occupe de ses abeilles bien aimées.  
Marchant avec une canne, sa mémoire commence à manquer. Il vit avec sa gouvernante et son fils, le petit Roger.

Mr Holmes Ian McKellen Hattie Morahan

Il voudrait écrire sa dernière enquête, malheureusement sa mémoire lui fait défaut.
Sentant le danger de cette mémoire vacillante, il fait un difficile et fatiguant voyage au Japon pour trouver une plante médicinale réputée pour améliorer la mémoire, en vain.  En fait l'admirateur qui l'accueille au Japon, l'a fait venir pour lui demander de retrouver son père disparu.  


Obstiné, il prend de la gelée royale pour soutenir ses petites cellules grises.
De retour dans le Sussex, Il mène une existence paisible et c'est Roger le petit garçon qui le motive pour terminer la rédaction de cette dernière enquête.  
A la façon d'une intrigue policière il est à la recherche de  souvenirs qui lui reviennent par morceau, un gant parfumé, une abeille morte, une photographie d'une belle jeune femme.

On voyage avec le vieil homme dans ses souvenirs confus.
Que s'est-il passé avec la jolie femme pourquoi a-telle perdu son gant ? Et pourquoi retrouver le sens de cette affaire si ancienne ? Pourquoi cette affaire était -elle un échec qui a entrainé une grave dépression chez  Sherlock.

Pourtant, la dernière enquête était plutôt simple. Un mari soucieux de sa femme Ann la fait suivre par Holmes. Celle-ci-fortement éprouvée par un deuil se conduit d'une manière fort inquiétante.
Lors de sa rencontre avec Ann, Holmes comprend les indices qu'elle a lui laissés car se sachant suivie elle fit en sorte de provoquer cette rencontre. Ann   voulait lui poser une question existentielle essentielle. Holmes lit les indices, lui parle mais ne comprend rien à la jeune femme tout comme son mari,  ni à ses émotions. La  jeune femme souffre terriblement : " les morts sont de l'autre coté du mur et nous sommes seuls "  Comment continuer à vivre après un deuil aussi douloureux ? Avec qui partager la douloureuse solitude de l'existence ?


C'est tout le secret de cette ultime enquête. Un secret que le vieux Sherlock a oublié, car comprendre les faits ne suffit pas à tout expliquer. Ce sont les motivations des personnes qui expliquent les faits comme il finira par le découvrir aidé de son jeune apprenti enquêteur.


Le jeune Roger a perdu son père à la guerre et admire cet homme si intelligent capable en regardant quelqu'un de dire ce qu'il a fait dans l'heure passée. C'est la mère de Roger qui subira à ses dépens, ce scrupuleux et minutieux examen sous l'œil logique d'Holmes donnant à Roger l'explication inattendue de l'absence momentanée de sa mère. Celle-ci devant le déclin du vieil homme, cherche déjà un autre emploi.

Un film plein de joie de vivre, d'amitié et de tendresse d'un petit garçon vis à vis du grand homme.
A l'opposé du personnage froid et insensible d'Holmes et même d'autiste que les différentes adaptions nous ont montré, on suit ce sympathique personnage dans sa retraite campagnarde et tout comme Marcel " à la recherche du temps perdu ", le temps sera finalement " retrouvé ".  


Holmes est joué par un acteur anglais Ian McKellen acteur de théâtre et interprètre de Gandalf le magnifique magicien du seigneur des anneaux, il joue ici à la perfection ce rôle du grand homme vieillissant prenant un malin plaisir à démystifier le célèbre Holmes. A Londres, il donne une fausse adresse échappant ainsi à des touristes américains de Baker Street, et des excuses pour ne pas brandir le chapeau et la veste en tweed  (la pipe, le chapeau : des inventions de Watson bien-sûr). On s'en amuse avec lui. Il joue avec  le personnage réel (le vieil homme) et imaginaire (S. Holmes le détective) tantôt l'un tantôt l'autre, à la fois vieux et attachant, à la fois le détective mythique et éternel de Doyle.


Un moment à savourer où Holmes n'est pas sans émotions, sans relations, simple ordinateur. Non, dans ce film, il aime, il pleure, il aime les autres, il est aimé, il est heureux. Encore une facette nouvelle de ce personnage mythique.

 

 

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Tallulah : beau film sur les visages de la maternité

Tallulah Ellen page

 

Tallulah : trois femmes et un bébé

C'est un film qui aborde plusieurs problèmes de la vie et qui les résument assez bien. C'est une histoire touchante qui ne laisse pas insensible. Le film gravite autour de trois femmes qui doivent, chacune à leur tour, mettre en œuvre leurs instincts maternels.
Les trois femmes dont le destin est lié, devront chacune faire appel à leur instinct maternel et surtout réussir chacune à son tour à se remettre en question.

La scénariste réalisatrice Sian Heder a présenté son film "Tallulah" pendant l'été 2016 au festival du film Sundance. Le film d'Heder est disponible depuis ce jour sur le site Netflix.

Le script d'Heder est ambitieux, il traite l'histoire d'un bébé " volé " et de trois femmes avec leurs histoires et leurs vécus.  Elles sont plutôt de mauvaises mères négligentes mais leur amour pour l'enfant est sincère.

Ellen Page joue Tallulah, une jeune marginale qui vit dans sa camionnette et passe ses journées avec son petit ami Nico (Evan Jonigkeit). Leur relation est marquée par un manque de responsabilité personnelle et leur isolement du monde extérieur.

Ellen Page, comme Tallulah elle-même, est la véritable vedette du film. Une décennie après son film Juno en 2007, Page retrouve un rôle complexe, où elle réussit à jouer une petite voleuse, légère, empathique.

 

Tallulah Ellen page film

Elle se retrouve obligée de faire un choix qui s'impose à elle sans qu'elle ne s'y attende. La jeune femme sans racines arrache un petit enfant à sa mère riche et négligente et fait passer le bébé pour le sien, par volonté et souci de le protéger. Cette décision connecte et transforme la vie de ces trois femmes très différentes.

Tallulah perdue après avoir rompu avec son petit ami, est recruté par une mère au foyer, Carolyn (Tammy Blanchard) pour faire la baby-sitter, le temps d'un rendez-vous qu'elle espère galant. Dans une scène d'introduction, Blanchard est l'exemple même de la mauvaise mère qui a perdu tout contact avec le réel, obsédée par son image et sa capacité à séduire, sans soucier de son bébé. A son retour, elle découvre tardivement que Tallulah a emporté le bébé avec elle. Tallulah emmène le bébé chez Margo (la mère de son ex-copain), en affirmant qu'il s'agit de son bébé avec Nico. Margo accueille à contrecœur Tallulah et sa "nouvelle" petite-fille.

 

Tallulah Ellen page bebe film

 

Tallulah n'avait comme objectif que de sauver ce bébé des griffes de sa mère négligente et indifférente. Elle s'attache à cet enfant et finit par se perdre dans son propre mensonge. La fausse vie de famille qu'elle mène avec la mère de son ex lui convient. Le déni s'installe.  Page réussit à être dans la retenue sans surjouer ce personnage excentrique, sans trop de notes dramatiques ou humoristiques que son personnage est sensé apporter.

Margo est isolée du monde, elle vit seule avec une tortue dans un appartement appartenant à son ex mari. Elle est séparée de son ex mais refuse le divorce.
Margo et Tallulah finissent par avoir un lien ; Margo devra prendre plus de risques pour protéger Tallulah et le bébé.
La performance de Allison Janney mérite mention. Est-ce son meilleur rôle au cinéma ? Elle réussit à nous séduire avec cette femme solitaire, vivant dans un épuisement émotionnel et personnel.

 

Tallulah Ellen page Allison janney

 

"Tallulah" est un début intéressant d'Heder, qui travaille comme scénariste dans d'autres projets de Netlfix.
Sian Heder n'en est qu'à ses débuts. Pour une première, Heder réussit son pari, avec un film riche en émotions, une réflexion sincère et profonde sur la maternité.

 

Tallulah, ce sont trois femmes maladroites avec la maternité. Sian Heder explore leurs défauts sans jugement simpliste, ni moraliste.

 

Scénario : 4 etoiles
Réalisation :  3 etoiles

Impression générale : 4 etoiles
Inivitation d'aller voir le film : 4 etoiles

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10 poèmes : Bob Dylan mérite son prix Nobel de littérature

bob dylan

 

Bob Dylan, poète, littéraire et beaucoup de Rimbaud  

Le prix Nobel arrive toujours en retard pour celui qui le reçoit, comme le disait G.B.Shaw.
Bob Dylan, prix Nobel de littérature 2016 a 75 ans cette année. Cette sélection est surprenante. Il est le premier artiste à recevoir ce prix pour un travail dédié entièrement à la chanson. Il a été honoré pour "avoir créé de nouvelles expressions poétiques au sein de la grande tradition de la chanson américaine."
Bob Dylan, pop music, troubadour moderne, contre-culture des années 1960, underground, presque le seul chanteur auteur-compositeur génial de musique populaire de la seconde moitié du xxe siècle, lumineux et tragique, viscéralement américain, blues, folk, country et rock.
Ni penseur, ni théoricien, mais lucide et sincère.


De son vrai nom Robert Allen Zimmerman, fils d'un commerçant juif, il naît à Duluth, dans le Minnesota, le 24 mai 1941.
Le public passionné ou agacé, se familiarise avec la polyphonie singulière qui ne choisit pas entre le chant et la parole, des mots chargés de sens à la limite parfois de l'incompréhensible où se mêlent ironie, colère, lyrisme et rage de vivre. Les protest songs en faveur de la paix, de la dignité ou des droits civiques sont contemporains de sa liaison amoureuse avec Joan Baez, la grande prêtresse du genre.

 

bob dylan Joan Baez

L'américain Bob Dylan et sa compatriote Joan Baez, à Londres, en 1965. Ils furent les plus populaires chanteurs de protest song.


Le lauréat du prix Nobel Toni Morrison a déclaré dans un communiqué que Dylan était "un choix impressionnant " "Grand choix " dit Joyce Carol Oates.
Dylan est déjà la seule star du rock à recevoir un prix Pulitzer (honorifique), et il n'a écrit qu'un seul livre, ses mémoires, "Chroniques : Volume 1"
Il est le premier Américain à remporter le prix Nobel de littérature depuis Morrison en 1993.

Ses chansons contestataires reflètent son aversion pour la guerre, pour l'ordre moral et les bien-pensants. Dylan n'est pas politique, il est dans une approche plus vaste que le point de vue idéologique. Il chante le bonheur et la colère, l'amour et la conscience que la vie n'est qu'un voyage solitaire.  

Il est difficile de définir la poésie. Un poème dit une chose et en signifie une autre. C'est un texte personnel de rupture, des mots qui cherchent un sens qui dépasse le sens premier, des images qui dessinent un monde inventé. La poésie est rupture entre le poète, son environnement et les mots. Quant à la forme, la poésie est un jeu subtil de sonorité, de musique interne, de rythmes, et de rimes. 


Dylan ne se dit pas écrivain ni poète, mais quand on crée avec les mots, quand on joue avec la langue, on suscite des images, puis des pensées et des émotions, on a le droit au titre de poète. Par le passé, la poésie étaient des mots chantés.  
Dans son livre d'autobiographie, Chronique 1, Dylan écrit, " La créativité a beaucoup à voir avec l'expérience (apprentissage), l'observation et  l'imagination. Si l'un de ces éléments clés est absent, cela ne fonctionne pas."  


Ce livre offre aux lecteurs un aperçu de l'esprit de l'artiste. Parmi les premières influences, Dylan discute dans ses mémoires sa relation avec Suze Rotolo (la jeune fille sur la couverture du deuxième album de Dylan), The Freewheelin, les œuvres de Bertolt Brecht et Kurt Weill, Arthur Rimbaud, la musique de Robert Johnson.


Durant ses premières années, Dylan a été influencé par la poésie d'Allen Ginsberg et Lawrence Ferlinghett, par Paul Verlaine et  Rimbaud. Ces deux poètes Verlaine et Rimbaud sont mentionnés dans plusieurs chansons.
Les films comme je ne suis pas là et de nombreux livres et articles sur Dylan laissent penser qu'il est un homme avec de nombreux masques. "Je est un autre", selon Rimbaud, permet à l'artiste d'échapper à la question d'identité. Il écrit : Quand je lis Rimbaud, les mots partent en cloches (musique).  

 

bob dylan parole chanson


Dylan a manifesté son intérêt pour d'autres auteurs que Rimbaud, comme T.S. Eliot cité dans plusieurs chansons, et Ezra Pound. Dylan les cite dans ses chansons mais il les critique aussi. " J'ai aimé T.S Eliot. Il valait la peine de le lire ".
James Joyce est une autre figure littéraire intéressante dans le monde de Dylan. Il explique dans ses Chroniques que James Joyce semblait être l'homme le plus arrogant possible, "il avait deux yeux grands ouverts et une grande faculté d'expression ".

D'autres figures littéraires dont les œuvres ont surgi dans le paysage de la musique de Dylan au fil des ans sont Lewis Carroll ( "Tweedle Dee et Tweedle Dum"), Anton Chekhov (Blood on the Tracks), Arthur Conan Doyle ( "Talkin ' John Birch Paranoid Blues "), F. Scott Fitzgerald (" Ballad of a Thin Man "et" Summer Days "), les frères Grimm (Highway 61 Revisited et" Sara "), Victor Hugo (" Desolation Row "), Herman Melville ( "115 e rêve de Bob Dylan" et "et voilà!"), Friedrich Nietzsche et Wilhelm Reich ( "Joey"), Junichi Saga (souvent cité sur Modern Times) et John Greenleaf Whittier ( "Scarlet Town").


Dans ses Chroniques, Dylan décrit ses liens avec les écrivains qui ont façonné ses idées, les penseurs des Lumières comme Voltaire, Rousseau, Locke et Montesquieu, les Modernistes comme Eliot, Fitzgerald et Faulkner, les romantiques comme Victor Hugo, les réalistes comme Balzac (que Dylan trouve "hilarant"), des théoriciens comme Nietzsche, Marx et les écrivains grecs et romains classiques comme Sophocle et Ovide. Il décrit également ses amours pour Byron, Milton, Coleridge, Shakespeare, Villon, Poe.


Dans son interview Playboy 1978, Dylan cite Chekhov son auteur favori, et Henry Miller comme "le plus grand écrivain américain, avec Hemingway et James Baldwin.

 

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Blowin' In The Wind

How many roads must a man walk down
Before you call him a man?
Yes, 'n' how many seas must a white dove sail
Before she sleeps in the sand?
Yes, 'n' how many times must the cannonballs fly
Before they're forever banned?
The answer, my friend, is blowin' in the wind
The answer is blowin' in the wind

How many years can a mountain exist
Before it's washed to the sea?
Yes, 'n' how many years can some people exist
Before they're allowed to be free?

Yes, 'n' how many times can a man turn his head
Pretending he just doesn't see?
The answer, my friend, is blowin' in the wind
The answer is blowin' in the wind

How many times must a man look up
Before he can see the sky?
Yes, 'n' how many ears must one man have
Before he can hear people cry?
Yes, 'n' how many deaths will it take till he knows
That too many people have died?
The answer, my friend, is blowin' in the wind
The answer is blowin' in the wind

Combien de chemins un homme doit-il marcher
Avant qu'on l'appelle un homme ?
Oui, et à travers combien de mers, une colombe blanche doit-elle voguer
Avant qu'elle ne dorme dans le sable
Oui, et combien de fois est-ce que les boulets de canons doivent-ils voler
Avant qu'ils ne soient bannis
La réponse, mon ami, est dans le vent
La réponse est dans le vent.

Combien de fois un homme doit-il regarder vers le haut
Avant qu'il ne puisse voir le ciel ?
Oui, et combien d'oreilles est-ce qu'un homme doit-il avoir
Avant qu'il ne puisse entendre les gens pleurer ?
Oui, et il faut combien de morts avant qu'il ne sache
Que trop de gens sont morts
La réponse, mon ami, souffle  dans le vent
La réponse est dans le vent

Combien d'années une montagne doit-elle exister
Avant qu'elle ne soit entraînée par la mer
Oui, et combien d'années est-ce que certaines personnes peuvent exister
Avant qu'ils ne puissent être libres
Oui, et combien de fois est-ce qu'un homme doit-il tourner la tête
En faisant semblant de ne rien voir
La réponse, mon ami, est dans le vent
La réponse est dans le vent

On retrouve dans ce texte une belle poésie composée d'images de voyages, de distance, pour nous envoyer subitement vers d'autres sens : les autres, la violence la mort, la souffrance. Des mots qui expriment au delà de leur sens.  Chaque strophe est une question qui nous est posée et ces questions n'ont rien à avoir avec la question principale

 

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Girl Of The North Country

If you're travelin' in the north country fair,
Where the winds hit heavy on the borderline,
Remember me to one who lives there.
For she once was a true love of mine.

If you go when the snowflakes storm,
When the rivers freeze and summer ends,
Please see she has a coat so warm,
To keep her from the howlin' winds.

Please see if her hair hangs long,
If it rolls and flows all down her breast.
Please see for me if her hair's hanging long,

For that's the way I remember her best.

I'm a-wonderin' if she remembers me at all.
Manytimes I've often prayed
In the darkness of my night,
In the brightness of my day.

So if you're travelin' the north country fair,
Where the winds hit heavy on the borderline,
Remember me to one who lives there.
For she once was a true love of mine.

 

Si tu passes là-bas vers le Nord
Où les vents soufflent sur la frontière
Rappelle mon souvenir à quelqu'un qui vit là-bas.
À la fille, qui fût mon amour

Si tu croises les troupeaux de rennes
Vers la rivière à l'été finissant
Assures-toi qu'un bon châle de laine
La protège du froid et du vent

A-t-elle encore ses blonds cheveux si longs

Qui dansait jusqu'au creux de ses reins
a-t-elle encore ses blonds cheveux si longs
C'est comme ça que je l'aimais bien

Je me demande si elle m'a oublié
Moi j'ai prié pour elle tous les jours
Dans la lumière des nuits de l'été
Dans le froid du petit jour.

Si tu passes là-bas vers le Nord
Ou les vents soufflent sur la frontière
Rappelles mon souvenir à quelqu'un qui vit là-bas.
À la fille, qui fût mon amour

Dans ce texte, les images défilent, sous forme de détails d'un lieu, d'un monde ancien, pour dessiner l'image centrale du texte : le souvenir tendre et bienveillant d'un amour passé. La musique country rend la chanson mélancolique et lente. Il avait 22 ans quand il a écrit cette jolie chanson romantique et nostalgique.

 

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Mr Tambourine Man

Oui, danser sous le ciel de diamant avec une main s'agittant librement,
Silhouette sur la mer, entouré par les sables du cirque,
Avec toute la mémoire et le destin entraînée en profondeur sous les vagues,
Laissez-moi oublier aujourd'hui jusqu'à demain.

Il est possible de tracer un lien entre ce texte et le fulgurant poème de l'illumination de Rimbaud :  " J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ;
Des guirlandes de fenêtre à fenêtre ;
Des chaînes d'or d'étoile à étoile,
Et je danse. "


Le poète est libre, son imagination illumine ses nuits, le libère, c'est son passeport vers un monde où les autres n'ont pas accès.


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Subterranean Homesick Blues

Gardez un nez propre
Laver les vêtements simples
On n'a pas besoin d'un homme de la météo
Pour savoir de quel côté le vent souffle


La poésie permet de dire au delà des mots, ce qu'il fait Dylan dans ce texte. Il utilise plusieurs images simples sans lien apparent pour inciter à la lucidité, voire au delà des apparences directes, à se faire un jugement par soi même, à regarder le ciel pour avoir une idée de la météo sans attendre monsieur météo nous annoncer la pluie et le beau temps        

 

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A Hard Rain's Gonna Fall," The Freewheelin' Bob Dylan, 1963

Je vais marcher dans les profondeurs de la plus profonde forêt noire
Lorsque les gens sont nombreux et leurs mains sont tous vides
Lorsque les boulettes de poison inondent leurs eaux
Lorsque la maison dans la vallée rencontre la prison sale et humide
Lorsque le visage du bourreau est toujours bien caché
Lorsque la faim est laide, où les âmes sont oubliées
Lorsque le noir est la couleur, là où il n'est le nombre
Et je le dis et je pense et parle et respire
Et refléter de la montagne afin que toutes les âmes puissent le voir
Ensuite, je suis sur l'océan jusqu'à ce que je commence à changer sinkin '
Mais je connais ma chanson avant que je commence à chanter Singin '


Selon Allen Ginsberg,  cette chanson de protestation fut écrite dans le sillage de la crise des missiles de Cuba. Dylan révèle la sensibilité de l'écrivain face à l'injustice : d'abord une litanie des souffrances qu'il a vu (à la façon de T.S.F. Eliot) puis la promesse de prendre tout cela et de le transformer en art.  

 

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"The Times They Are a-Changin," The Times They Are a-Changin (1964)

Venez écrivains et critiques qui prophétisent avec votre stylo
Et gardez vos yeux écarquillés, la chance ne viendra pas à nouveau
Et ne parlez pas trop tôt pour le reste de la roue en mouvement
Pour le perdant, il sera désormais trop tard pour gagner
Car les temps sont un 'Changin'! (mouvement)


En bon poète, Dylan comprend que dans les temps de bouleversements sociaux, il est préférable d'être observateur que de tirer des conclusions prématurées.


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"Ballad of a Thin Man," Highway 61 Revisited (1965)

Ah, vous avez été avec les professeurs et ils ont tous aimé vos regards
Avec de grands avocats que vous avez discuté des lépreux et des escrocs
Vous avez traversé tous les livres de F. Scott Fitzgerald
Vous avez très bien lu, cela est bien connu
Mais quelque chose se passe ici et vous ne savez pas ce que c'est
le sais-tu monsieur Jones?


Dylan a beaucoup lu, et a un esprit sceptique et un sens critique aiguisé. Combien de livres détiennent du bon sens ?


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"Desolation Row," Highway 61 Revisited (1965)

Le Titanic navigue à l'aube
Et les cris de tout le monde
"De quel côté es-tu ?"
Et Ezra Pound et T.S Eliot
Les combats dans la tour du capitaine
Alors que les chanteurs calypso se moquent d'eux
Et les pêcheurs détiennent des fleurs


Avec ces paroles, il est difficile de dire exactement ce qu'il voulait dire quand il a écrit que les modernistes poètes Ezra Pound et T.S Eliot ont été "combattants dans la tour du capitaine." Mais les paroles peuvent être interprétées comme une critique des écrivains sophistiqués, érudits, mais abstraits et si éloignés de la vie des gens ordinaires.
 

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"You're Gonna Make Me Lonesome When You Go," Blood on the Tracks (1975)

Les relations ont tous été mauvaises
Les miennes étaient comme celles de Verlaine et Rimbaud
Mais il n'y a aucun moyen de comparer
Toutes ces scènes pour cette liaison
tu vas me transformer en solitaire quand tu partiras.


Dylan cite ici ses deux grandes influences Arthur Rimbaud et Paul Verlaine.


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" I Feel a Change Comin 'On ," Ensemble Through Life 2009

Je suis à l'écoute Billy Joe Shaver
Et je lis James Joyce
Certaines personnes me le disent
J'ai le sang de la terre dans ma voix


Dylan semble avoir des sentiments mitigés au sujet de James Joyce. Dans les Chroniques, Dylan dit de sa tentative de lire Ulysse: "Je ne pouvais pas faire peau ni les cheveux de celui - ci. James Joyce semblait être l'homme le plus arrogant, avait ses yeux grands ouverts et une grande faculté d'expression, mais je ne sais pas ce qu'il voulait dire. "
Ulysse est le genre de livre difficile que les gens veulent lire sans toujours arriver jusqu'à la fin du livre.

Beaucoup de fans citent déjà Dylan comme s'il était Shakespeare, il y a des cours sur lui dans les collèges et des volumes savants consacrés à ses chansons ;   


"Blowin 'in the Wind" est un hymne de protestation des années 1960, mais sonne comme un psaume comme si cette chanson avait été énoncée par la tradition orale d'un autre siècle, avec les lignes comme "Combien de fois les boulets de canon doivent-ils voler avant qu'ils ne soient interdits pour toujours? "


Lors d'une conférence de presse 1965, on lui avait demandé s'il se considérait avant tout un chanteur ou un poète.

Dylan dira : "Je me vois plutôt un homme qui chante et danse."
Pourtant, il est un poète aussi.

 

 

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Balthus: réalisme et modernité dans un style unique

balthus La Toilette de Cathy

La Toilette de Cathy

Balthus, étoile solitaire et unique


Ce peintre contemporain est après tout un peintre discret, cosmopolite et mondain, d'une famille aisée, germanique d'origine polonaise par son père, artiste peintre qui fréquentait les milieux artistiques européens.
Balthus, diminutif de Balthazar Klossowski de Rola est né 1908 à Paris.

 

balthus Jeune fille a la fenetre

Jeune fille à la fenêtre

Il passe son enfance à Paris. A la 1ère guerre, ses parents gagnent Berlin puis s'exilent en suisse, et se séparent. Sa mère " Baladine " d'origine russe fréquente Gide, Bonnard, et Rilke.
Rilke devient le compagnon de sa mère, l'encourage, préfaçant un petit livre de ses dessins (l'histoire de Mitsou, le chat)
A 16 ans Balthus suit l'enseignement de Pierre Bonnard et de Maurice de Vlaminck pour devenir peintre. Il est en admiration devant Cézanne. Comme Cézanne pense que l'art doit rester en harmonie avec la nature et ne pas tendre vers l'abstraction, Balthus le pensait également.

balthus Grand paysage aux arbres

Grand paysage aux arbres


Il copie les œuvres des grands maitres au Louvre, copie les maîtres italiens de la renaissance (Piero della Francesca).
En 1934 il participe à sa première exposition sans grand succès, se lit d'amitié avec Miro, Giacometti, fait des portraits (de Miro, Derain). La fréquentation du surréaliste Artaud le conduit à chercher et affirmer ce qu'il y a de profondément moderne chez les peintres anciens.

 

balthus La joie de vivre

La joie de vivre


En 1937 il épouse Antoinette de Watteville qui lui donnera deux garçons.
Après la deuxième guerre, il se retire dans la campagne savoyarde où la nature l'inspire, à Champrovert dans une ferme fortifiée. Là il peint des tableaux intimistes montrant des enfants, des fillettes avec chat, réunis en tableaux familiaux.

En 1943, il s'installe en suisse. En 1946, il se sépare de sa femme, voyage entre la France, la Suisse, l'Italie, et l'Allemagne.
De 1954 à 1961, il change d'habitat et s'installe dans le Morvan au Château de Chassy après un séjour chez Georges Bataille qui lui montre la région. Il y peint 60 tableaux.

En 1961, Malraux le charge de rejoindre la villa Médicis à Rome (pour diriger l'académie de France à Rome) qu'il repeint et aménage, restaure, fonction qu'il remplira pendant 15 ans. Sa fonction le conduit au Japon, pays fascinant où il rencontre sa deuxième femme Setsuko authentique aristocrate avec laquelle il aura une fille. Sa seconde épouse, Setsuko Ideta, inspira trois toiles (La Chambre turque, Musée national d'art moderne, Paris).
Par sa formation et sa vaste culture, il a incarné le rôle de l'Académie de France : création, respect du passé et être dans le présent. L'influence exercée par Balthus durant son long mandat (1961-1976) s'avéra déterminante, avec la restauration du palais et des jardins de la Villa Médicis, restauration conduite de bout en bout par le peintre.
Il meurt en 2001 dans son chalet suisse.

 

balthus Lenfant aux pigeons

L'enfant aux pigeons


Dans les années 1930, Balthus élabora une œuvre marquée par le réalisme puissant, teintée d'onirisme et de réminiscences enfantines : La Rue (Museum of Modern Art, New York), ou d'un érotisme violent : Alice et La Toilette de Cathy (Musée national d'art moderne, Paris), La Leçon de guitare.
Il peint des paysages, des natures mortes et des portraits au visage lunaire, aux traits peu précis, des nymphettes aux allures provocantes. " Le roi des chats " comme on le surmonte.

S'il peint des lolitas aux poses décontractées, insolentes, provocantes ou équivoques, il semble qu'il s'agisse plutôt de la nostalgie pour ce moment magique de l'enfance et de la promesse que représente la jeunesse, jeunesse que l'on quitte à regret pour tomber dans le conformisme de l'âge adulte.
Ainsi ces peintures provocantes de nus ambigus feront sa célébrité (la leçon de guitare).

 

balthus Nu devant la cheminee

Nu devant la cheminée

Corps exposé, pose impudique, exhibition, provocation : tableaux annonciateur de l'époque actuelle où le partage de l'intimité et le dévoilement du corps se pratiquent sans réserve chez les jeunes qui naviguent sur la toile et les réseaux sociaux.
Balthus se voulait " un peintre dont on ne sait rien ", un artisan discret et solitaire. Il nous a laissé une œuvre troublante, sans lien avec les courants d'Art du 20ème siècle. Il ne ressemble à personne, il n'a pas non plus fait école.

Personne n'a voulu ressembler à Balthus.


" Sa grandeur, c'est d'avoir récupéré les archétypes de la peinture depuis le XIIIe siècle et d'en avoir fait des images modernes. "

 

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Avant toi, film romance à partir d'un best seller anglais

avant toi film affiche

Avant toi, roman de Jojo Moyese qui devient film


"Vous allez vous sentir un peu mal à l'aise dans votre nouveau monde. Mais j'espère que vous vous sentez un peu émerveillé aussi. Vivez autant que vous pouvez, Ne vous contentez pas. C'est bien de vivre, il suffit de vivre. Avec mon amour, Will ".  


Voilà la lettre que Will laisse à Lou après son départ.  

Dans son best-seller publié en 2012, Jojo Moyes dessine le personnage de Louisa Clark, une fille ordinaire qui vit une vie ordinaire. Elle accepte d'accompagner un riche patient handicapé. Cette rencontre va transformer sa vie. Jojo Moyes nous décrit , dans son roman de 353 pages dans sa version d'origine,  deux familles, deux milieux, deux classes sociales.

 

avant toi film livre jojo moyes

 

Lou est une fille ordinaire qui mène une vie monotone dans un trou paumé de l'Angleterre dont elle n'est jamais sortie. Quand elle se retrouve au chômage, elle accepte un contrat de six mois pour tenir compagnie à un handicapé. Malgré l'accueil glacial qu'il lui réserve, Lou va découvrir en lui un jeune homme exceptionnel, brillant dans les affaires, accro aux sensations fortes et voyageur invétéré. Mais depuis l'accident qui l'a rendu tétraplégique, Will veut mettre fin à ses jours. Lou n'a que quelques mois pour le faire changer d'avis.

Lou Clark sait beaucoup de choses. Elle sait combien de pas il y a entre l'arrêt de bus et la maison. Elle sait qu'elle aime travailler dans le magasin de thé, elle sait qu'elle pourrait ne pas aimer son petit ami Patrick. Mais elle ne sait pas comment se protéger de l'amour qui va naître avec ce patient, ni comment rester à distance de la souffrance.  Le livre est un best seller en Angleterre, un roman d'amour qui fait pleurer, et qu'on n'abandonne pas avant de l'avoir fini.  

 

avant toi film Emilia Clarke Sam Claflin

 

Avant toi, film romance de Thea Sharrock.  

Le film est sorti en juin 2016 en Angleterre, il sera en France au mois de Décembre.   
"Avant toi", est une adaptation du roman de Jojo Moyes, réalisée  par Thea Sharrock.  On s'attache doucement à ce duo entre Will, tétraplégique et Louisa, sa demoiselle de compagnie.

 

avant toi Emilia Clarke Sam Claflin


Emilia Clarke fait bonne figure sans arriver à éviter de sur-jouer. Dans certains passages, son jeu est excessif, trop forcé surtout dans les passages comiques. Elle arrive à séduire aussi bien son patient puis le spectateur surtout dans la deuxième moitié du film.  Les deux personnages vont s'écouter, s'aimer.

 

avant toi film emilia clarke


C'est un film sincère et sans vulgarité, drôle parfois, émouvant. Le film est très fidèle au roman, ce qui rend le scénario brillant et solide.
Après une réussite planétaire de Games of Thrones, Emilia Clarke est pétillante, parfois trop même, charmante avec son sourire et sa joie de vivre.
La réalisation est soignée, un esthétisme séduisant dans la deuxième partie du film. Couleurs, lumières, dépaysement pour alléger le thème central du film

Le film manque par certains cotés et ne peut transmettre la profondeur de certains passages du livre. Les réflexions sur l'handicap, la vie, la qualité de vie, les arguments pour vivre ou pas, aimer ou pas, on ne les retrouve pas dans le film.


C'est un film romance, léger, bien fait, formaté pour plaire. La bande originale, est bien faite.
et permet de passer une bonne soirée.


Scénario : 3 etoiles
Réalisation :  3 etoiles
Impression générale : 3 etoiles
Inivitation d'aller voir le film  : 4 etoiles

 

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L'avenir : film très français, mais plaisant et intello

Isabelle Huppert Mia Hansen Love lavenir

 

L'avenir, un film qui peut plaire 

 

La réalisatrice française a reçu en février l'Ours d'argent, de la meilleure réalisatrice lors du festival du cinéma à Berlin, jury présidé par Meryl Streep, pour son dernier film " l'avenir ". Un prix qui vient couronner une carrière entamée en 2007. A 35 ans, cette cinéaste discrète a eu son premier rôle auprès d'Olivier Assayas (son mari) pour Fin août, début septembre. Elle réalise son premier film Tout est pardonné, sorti en 2007, puis Le Père de mes enfants (2009),  Un Amour de jeunesse (2010), et  Eden (2014).

 

Mia Hansen Love Ours argent lavenir

Mia Hansen-Love,  Ours d'argent, meilleure réalisatrice, festival du cinéma en Allemagne

 

C'est l'histoire d'un couple de professeurs qui se séparent. Dans cette " comédie de mœurs ", la vie de Nathalie (Isabelle Huppert) professeur agrégée de philo connait des changements : maladie de sa mère, séparation d'avec son mari, et les enfants qui partent.  Un film très français qui ressemble fidèlement aux films des années 70, de Claude Sautet ou d'Eric Römer. On peut facilement imaginer Romi Schneider dans le rôle d' Isabelle Huppert : une femme qui divorce, dans une société qui change. Ce genre de film cher à certains amateurs de films intello, si moqué par ceux qui y voient nombrilisme, prétention et clichés.  


Cette prof de philo dans la cinquantaine nous parle de l'amour, du couple, du vieillissement, de la mort, de la naissance, et de philosophie.  Film d'auteur parisien et bourgeois, avec pas mal de clichés. Pourtant, le film est plaisant, où un chat allège la lourdeur de la prétention philo, où la mère de la prof est largement plus joyeuse que la fille.

Le scénario est un simple dialogue, où il ne se passe pas grand-chose. Les événements existent mais leur retentissement sur les personnages est limité. La réalisatrice nous propose de la nostalgie, de mélancolie et de la sensation du temps qui passe. Les acteurs sont bien dirigés, l'interprétation est juste sans lourdeur ni excès.  La réalisation est remarquable.

 

Isabelle Huppert lavenir


Il existe des points forts, l'apprentissage de la vie en solo par ex, Nathalie qui affronte la vie qui change avec retenu, sans larmes, avec distance, acceptation, et une dose de stoïcisme. Elle n'a pas le choix, elle doit vivre. On devine la douleur de sa séparation, on ne la voit pas, on devine sa colère, elle ne la montre pas. A travers ce personnage, Nathalie (Isabelle Huppert), Mia Hansen-Løve aborde avec retenue et humour le sort cruel des femmes après quarante ans, qui ne seraient alors que " bonnes à jeter à la poubelle " selon l'héroïne. La philosophie et la parole nous sauvent-elles de la vie réelle ?
Difficile liberté d'un personnage qui sera enfin apaisé malgré la tourmente. Je n'ai plus de mari, plus de mère (elle est morte), les enfants sont partis ; je suis tout à fait libre. Liberté douloureuse.

 

Mia Hansen-Love signe son meilleur film grâce à une actrice en parfaite maîtrise, un film français sur la crise existentielle, un film à prétention intello où des discussions philosophiques sans lien avec l'évolution des personnages tentent d'ajouter un sens à travers des citations de Rousseau ou de Pascal.


Par contre, c'est un film parisien à clichés, comme professeur de philosophie parisien avec maison de campagne. De jeunes philosophes en herbe vivant dans une maison perdue du Vercors débattent du sens de la vie dans toutes les langues et font du fromage.  On est dans la mauvaise caricature ou pas loin, dans les clichés des années 70.


Isabelle Huppert, émouvante, et juste, et une réalisation inspirée ont sauvé un scénario sans événements.  Espérons que ce film trouve son public.   

 

Scénario: 1 etoile

Réalisation: 4 etoiles
Notre appréciation : 3 etoiles

Invitation à voir le film:  3 etoiles

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Stricke Back, série à succès d'après les livres de Chris Ryan

Strike back Stapleton Winchester Green

 

Stricke Back, des soldats un peu spéciaux 


Chris Ryan intègre le Special Air Service (SAS) en 1984. Au cours de ses dix années de service, il accomplit plusieurs missions qui l'emmènent aux quatre coins de la planète pour des entraînements ou des opérations spéciales. II assume, en outre, le commandement de l'équipe des snipers pour les missions de contre-terrorisme.
En janvier 1991, durant la 1ère Guerre du Golfe, un commando de huit hommes du SAS - nom de code " Bravo Two Zero " - est infiltré en profondeur derrière les lignes ennemies irakiennes.
La mission tourne à la tragédie. Un seul homme échappe à la mort ou à la capture, Chris Ryan. Il réalise alors la plus grande évasion jamais accomplie par un membre du SAS, ce qui lui vaut de recevoir la Médaille Militaire.
En 1994, Chris Ryan quitte le SAS pour se consacrer à l'écriture. Quinze ans plus tard, Chris Ryan est l'un des auteurs de thrillers les plus célèbres en Angleterre. Il a publié une dizaine d'ouvrages, qui ont tous dépassé plusieurs centaines de milliers d'exemplaires vendus. Il est à l'origine du phénomène " SAS thriller " en Angleterre.

 

Strike back Stapleton Winchester Mitra


La série Strike Back est une production américano-britannique basée sur les romans de Chris Ryan. La série prend notamment racine dans le roman homonyme (2007) de Ryan.
La cinquième et la dernière saison de cette série vient d'être diffusée dans certains pays européens. Ca sera le cas en France début décembre.     
C'est presque une tradition littéraire anglo-saxonne, raconter des exploits attribués aux soldats, et mettre en lumière la valeur de l'individu et son courage. C'est la tradition James Bond, des livres à succès à des films devenus mythiques.  
Cette série relate les aventures et péripéties d'une unité d'élites de l'armée britannique, dite " la section 20 " une unité secrète de renseignement militaire britannique, composée d'hommes et de femmes qui partent sur le terrain en mission spéciale, dangereuse voire en " mission impossible " pour lutter contre les terroristes.

 

Je me sens nu sans mon fusil

Organisation, compétence, efficacité, précision, force physique, sang-froid, logistique et ingéniosité sont requis par ses hommes face à des conditions extrêmes. Personne ne discute le bien fondé des ordres ; Scott et Stonebridge amis et complémentaires sur le terrain, le disent eux-mêmes nous sommes des soldats. Ces soldats sont commandés par un officier et le lieu de commandement s'appelle " la bergerie ", l'officier (homme ou femme) descend sur le terrain quand son équipe est dépassée par les événements.

 

Strike back Winchester

 

Cette série nous montre aussi les erreurs de ces officiers; hommes et femmes commettent des erreurs. La dure réalité de l'action n'épargne personne et la sanction ne tarde pas.  Cinq saisons de réussite, puis la saison 5 diffusée en 2016 met un terme à la série.  Ce n'est pas James Bond, ici, on meurt, on est blessé, on est capturé, on est humain. Courageux, dévoué, discipliné, professionnel mais humain.   
Vous aimez l'action, les kalachnikovs, les bagarres, et le sexe joyeux, vous serez servis.
Cette série est plaisante à voir, addictive, moments d'humour, solidarité dans l'action, quelques scènes de sexe et d'amitié tempèrent les moments de violence.  La série se passe dans diverses régions du monde où des conflits ont lieu, Afrique, Colombie, Thaïlande, Moyen orient, Corée, Ex-Yougoslavie, décors émouvants et beauté des paysages exotiques accompagnent les personnages à travers le monde.  Nous sommes loin aussi de l'ambiance de la série mission impossible.
C'est une série passe-temps, agréable à regarder sans autre prétention.

 

Strike back Stapleton Srbova

 

 

Nous sommes des soldats ou des putains de pions ?  

Nous sommes loin de James bond et ses exploits qui ont fait sourire nos parents.  La dernière saison se termine par la condamnation du pouvoir politique corrompu, cynique et incompétent, ces hommes politiques si loin du terrain et des risques de la vie réelle qui décident de supprimer la section devenue trop gênante. Des soldats qui croyaient servir leur patrie découvrent qu'ils sont des pions à sacrifier sur un échiquier politique ou diplomatique. Dans la dernière saison, la série a montré ces hommes soldats autrement, leurs fragilités, leurs questions et leurs problèmes personnels. Il ne s'agit pas de James bond, ni cowboys mais des hommes et des femmes soldats, des humains.

 

Strike back Srbova


Vous regardez plusieurs saisons de stricke back, vous pouvez dire que cette série rend insensible à la violence et à la mort, qu'il s'agit d'un spectacle.  La saison 4 puis la saison 5 entrainent les personnages vers l'émotion, vers l'introspection. La mort d'une camarade provoque chagrin, larmes et respect. On va un peu plus loin, ces soldats sont des maris, des pères, et des amis. Ils se permettent même de tomber amoureux et de pleurer.

 

Strike back Stapleton

 

Dans le monde occidental, après la guerre du golfe et la guerre d'Iraq, après les mensonges qui ont impliqué l'armée britannique en Iraq, les anglais, comme de nombreux occidentaux semblent ne plus croire dans le discours politique manipulateur, refusent même d'encourager tout engagement dans leur armée dans un conflit extérieur pour éviter que les soldats et les citoyens deviennent des pions dans un jeu cynique. La série sticke back va dans ce sens. Ils quittent l'armée et ses magouilles, ils gardent l'essentiel : le souvenir des disparus pendant les opérations et l'amitié avec les copains toujours en vie.   


C'est une fin intelligente, qui va dans la tendance générale des opinions publiques en occident qui désirent moins de guerre et plus d'intelligence dans la gestion des conflits .

 

 

 


 

 

 

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3 films de Michelle Pfeiffer, à partir de trois romans

Michele Pfeiffer beaute coprs

 

Michelle Pfeiffer, trois films de trois romans

Pour certains, Michelle Pfeiffer restera à jamais la Catwoman de Batman, Pour d'autres, c'est l'actrice des rôles sérieux, complexes et des scénarios littéraires.

 

Biographie de Michelle Pfeiffer

 

Née le 29 Avril 1958 à Santa Ana, Californie, Michelle Marie Pfeiffer est la fille de Richard Pfeiffer, un créateur de jeu vidéo et Donna Pfeiffer, une femme au foyer. Sa famille originaire du Dakota du Nord a déménagé à Midway City où Michele allait passer ses premières années scolaires. Après des études d'art dramatique, en Californie, elle rejoint la ville du cinéma pour intégrer le casting d'une série télévisée, Delta House, en 1979.
Pfeiffer fait ses débuts à la télévision en 1978, quand elle décroche un petit rôle dans la série d'ABC, Fantasy. Elle continuera à jouer dans un certain nombre d'émissions mineures de télévision.
Premier rôle en 1982 est dans la comédie romantique musicale, Grease2 de  Stephanie Zinone  Grease 2. En dépit des critiques négatives pour ce film,  Pfeiffer va jouer dans le film Scarface, de Brian De Palma en 1983.

En 1988, elle joue le rôle de la vertueuse Madame de Tourvel dans Les Liaisons Dangereuses, sous la direction de Stephen Frears. Son interprétation est acclamée par la critique, et elle remporte le BAFTA Award de la meilleure actrice dans un second rôle et est nommée pour l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle.

 

Michele Pfeiffer filmographie romans

L'actrice est au sommet de sa gloire au début des années 90. Elle va avoir un rôle dans une production grand public en 1992, elle se glisse dans la tenue sexy de Selina Kyle, plus connue sous le nom de Catwoman. Son personnage d'héroïne féline dans le Batman, le défi de Tim Burton est son plus gros succès au box office.


Après cette superproduction, elle choisit encore pour la deuxième fois un scénario littéraire avec Le Temps de l'innocence (1993) de Martin Scorsese.
A partir de la fin des années 90, l'actrice se cantonne essentiellement dans le registre romantique  Personnel et confidentiel, Un beau jour, Une vie à deux.

Elle tourne un scénario littéraire, Chéri sous la direction de Stephen Frears en 2012.
Puis People Like Us (2012) et la comédie de crime Malvita en 2013, puis le Crime de l'Orient-Express qui sera tourné en 2017.
Parmi ces trois films, il est possible de trouver le meilleur rôle du cinéma de Michelle Pfeiffer. Elle a accepté ces scénarios tirés de trois chefs d'œuvre littéraire et le défi de jouer ces rôles complexes.

Michele Pfeiffer les liaisons dangereuses

Les liaisons dangereuses (1988)


Deux aristocrates brillants et spirituels, la marquise de Merteuil et le séduisant Vicomte de Valmont, signent un pacte d'"inviolable amitié" à la fin de leur liaison. C'est au nom de celui-ci que la marquise demande à Valmont de séduire la candide Cécile de Volanges qui doit prochainement épouser son ex-favori, M. de Bastide. Mais Valmont a entrepris de séduire la vertueuse Mme de Tourvel.
C'est la meilleure adaptation à l'écran du roman de Choderlos de Laclos. Œuvre littéraire majeure de la littérature française du XVIIIe siècle, ce récit épistolaire devient plus léger et plus rythmé, fruit de la collaboration du réalisateur Stephen Frears avec Christopher Hampton. Cette version est directement adaptée de la pièce que Christopher Hampton a montée à Broadway en 1987.
Ce film passe de la comédie noire au ton du polar. Stephen Frears reste fidèle à lui-même en portant un regard ironique et incisif envers les membres d'une classe sociale, les nobles de la période prérévolutionnaire. Les passages dramatiques du roman sont abordés avec un ton humoristique. Le film fut un succès planétaire et consolida la place de Frears dans l'industrie hollywoodienne, et ouvrit les portes du cinéma à Michele Pfeiffer.
Michelle Pfeiffer joue tout en retenue, sa beauté est magnifiée par la mise en scène, subtil mélange d'élégance et gravité. C'est un de ses plus grands rôles au cinéma.

 

Michele Pfeiffer le temps de linnocence


Le Temps de l'innocence  (1993)


Le Temps de l'innocence est une curiosité réussie dans la carrière de Scorsese, plus habitué aux films de gangsters et d'affranchis.
Le Temps de l'innocence, du roman de l'américaine Edith Wharton  prix Pulitzer 1921 est un mélodrame, histoire d'amour impossible au sein de l'aristocratie new-yorkaise des années 1870. Michelle Pfeiffer (Ellen) et Winona Ryder (May) partagent l'affiche avec Daniel Day-Lewis (Newland).
Newland Archer/Daniel Day Lewis est amoureux de la comtesse Olenska/Michelle Pfeiffer, victime d'un mariage malheureux. Newland, conformément à son rang et aux conventions familiales, doit épouser May/Wynona Ryder. Autour d'eux, gravitent beaucoup de personnages faisant plus ou moins partie de leurs cercles familiaux. On y retrouve ses thèmes favoris d'Edith Wharton : la solitude, l'amour frustré, la force des barrières sociales, l'atmosphère d'un New-York puritain, les bourgeois.
Il n'y a pas de héros ici, pas de morale, juste un roman lucide sur la condition humaine et sur la société d'une période puritaine qui étouffait ses jeunes et leurs émotions dans un univers de politesse, de bonnes manières et de ragots.
Le film bénéficie d'un cadre stylisé, robes de satin, demeures fastueuses, tableaux de grand maîtres, cérémonies, luxueux mets et superbes meubles.  Voilà le décor qui protège le poids des conventions, surtout quand il s'agit de mariage.
L'irruption de l'émotion dans ce monde va entraîner l'hostilité. Une femme en instance de divorce tombe amoureuse d'un homme marié. La société va protéger le mariage de cet homme, en faisant bloc contre cette liaison.
La lumière tout à fait prodigieuse illumine l'ensemble des scènes avec délicatesse. La photographie est superbe. Le réalisateur a une science du cadrage et à des mouvements de caméra virtuoses.
Un film réussi sans être le meilleur de Scorsese, ni de michelle Pfeiffer. Elle porte son rôle avec minutie, elle sait jouer comment montrer ses émotions, comment les dissimuler en société, comment se retenir, comment parfois s'abandonner.   

 

Michele Pfeiffer cheri film roman collete


Chéri (2009)


Dans Chéri de Stephen Frears, une courtisane vieillissante nommée Léa est allongée à côté de son amant.  Il lui murmure : Vous êtes si belle.  Fred, dont le surnom est Chéri, a 30 ans moins que sa maîtresse. Léa, jouée par Michelle Pfeiffer lui réponds : Un bon corps dure longtemps, Tout le monde le sait.
Le film, une adaptation d'un roman des années 20 de Colette, donne l'impression d'une liaison légère. Il est beau superficiel, elle est une "femme d'affaires" blasée. Le film nous mène tranquillement dans la légèreté puis la quasi-totalité de l'impact du film est livrée dans ses dernières minutes, fin d'une époque, la guerre, le réel qui intervient dans la chambre des amoureux.  
Lea est tragiquement consciente d'elle-même, de ses avantages et ses faiblesses. L'affaire est amusante au début, badinage et séduction puis attachement réel à un presque adolescent. Le roman de Colette comme le film revisite certains thèmes ; la rivalité féminine, la perte de la beauté, la sexualité.
Dans ce film, Michelle Pfeiffer a osé briser l'image de la femme belle et séduisante, elle joue avec justesse le rôle d'une courtisane vieillissante, qui joue ses dernières cartes, le corps séduit moins qu'avant, les amants plus jeunes rencontrent des femmes plus jeunes. Michelle Pfeiffer impressionne en femme à l'automne de son charme, dans une reconstitution du Paris des années 1910 qui ne laisse pas indifférent. Chéri offre un rôle écrit sur mesure pour Michelle Pfeiffer, brillante, complexe, d'une beauté finissante, témoignage de Stephen Frears à la littérature française.

 

On se trompe en réduisant le cinéma américain aux films grand public, et les acteurs américains à des produits du box office.
Dans ces trois films, Pfeiffer rend hommage à la grande littérature affirmant que l'association de ces arts peut faire de belles réalisations.

 

 

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Attraction ou the Human Contract : film mystérieux qui peut plaire

human contract attraction

 

Attraction ou the Human Contract: aimer pour oublier le passé

Voilà un film tourné en 2008, sorti en 2011 et qui vient d'être en DVD depuis Aout 2016. Je ne sais pas si ce film était dans les salles en France après sa sortie aux USA.  


Jada Pinkett Smith a réalisé un film sombre, un film sur les secrets et les blessures que nous cherchons à garder sous clé, et qui influencent nos vies et nos comportements. On suit l'histoire mais on reste en attente, les personnages n'avancent pas, n'évoluent pas.  Chacun est figé dans son passé.


On nous raconte l'histoire d'un homme (Julian) qui réussit socialement, et professionnellement, mais il est seul, il hésite à signer les papiers de son divorce.

 

human contract attraction Paz Vega


Essayons de simplifier l'histoire.
Au début du film, pendant une relation sexuelle, Julian est dans sa salle de bain et se regarde et frappe le miroir. Il refuse de donner le code de sa chambre de photos à petite amie. Il est en colère tout le temps car il y a un grand secret dans sa vie qui le tracasse.  
Julian Wright (Jason Clarke) est spécialiste compétent en marketing, mais est incapable de faire face à plusieurs événements de son passé. Il a perdu sa femme et envisage de signer les papiers du divorce. Avec sa vie amoureuse en lambeaux, il se concentre entièrement sur son travail avec une grande augmentation de salaire et un nouveau bureau à l'horizon. Il rencontre "Michael" (Paz Vega), une femme étrangère, avec une overdose de charme et de chaos


Cette femme séduisante, sexy, et libre, va compliquer sa vie. Le héros de ce film porte en lui un passé sombre, une mère alcoolique et abusive qui ne l'a jamais aimé. Il est violent dans ses réactions, et dans ses jugements.
Au contact d'une femme séduisante et légère, jouée Paz Vega, il découvre à nouveau ses propres souffrances et sa propre solitude. Elle le pousse à faire face à son passé. Il dérape, il refuse, il devient violent même avec elle.

 

human contract attraction Vega clarke


Vers la fin du film, on découvre que  sa mère avait tenté de se suicider et qu'il lui avait sauvé la vie. Au début du film, sa mère lui demande de repeindre sa chambre (où il a passé son enfance), mais il refuse. A la fin, il repeint la chambre et confronte sa mère sur le passé.  Pourquoi cela est-il arrivé ? Parce qu'il a eu une relation sexuelle avec sa mère quand il était enfant, et au début du film, le gémissement de la femme pendant l'acte sexuel lui rappelle cet acte sexuel avec sa mère.

La scène de fin est bien réalisée.  Il donne à la jeune femme la clé de la chambre où il range ses photos, des clichés sur la laideur du monde, puis peint sa chambre bleue en blanc, il dépasse enfin son passé douloureux avec sa mère, la page est blanche.

 

human contract attraction Paz Vega .jason clarke


Mention très bien pour l'actrice espagnole Paz Vega, elle joue avec réussite son rôle, de femme optimiste et enjouée, une infirmière pour adulte comme elle dit. Elle est belle, séduisante, humaine, avec justesse.  Les rares scènes de nudités sont tournées avec élégance.


Julian et Michael, une rencontre entre deux personnes à problèmes. Deux personnages négatifs qui peuvent séduire certains spectateurs.


C'est un film bien réalisé par l'actrice Jada Pinkett Smith. Sa première réalisation semble s'adresser à un public qui aime les scénarios sophistiqués. Chaque événement est à interpréter.  L'histoire est racontée d'une façon allusive, parfois difficile à suivre.    


Après ce film, la réalisatrice Jada Pinkett Smith a continué sa carrière d'actrice dans Menace II Society, Le Professeur Foldingue, Scream 2, Matrix sans oublier son rôle dans de Fish Mooney dans la série Gotham.

 

 

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Klimt: le baiser en or, un art nouveau

klimt attente

" L'attente " Klimt 1905-1909

Quand l'art devient nouveau


Gustav Klimt est un artiste complexe, un cas particulier parmi les artistes du 20ème siècle. Son parcours, son œuvre, ses influences continuent à dérouter les historiens d'Art.
On trouve chez lui des décorations murales néoclassiques de style académique qui ont fait son succès avant de devenir l'un des fondateurs de la Sécession viennoise, puis le chantre de la modernité en Autriche. Sa notoriété était telle que les historiens d'art baptisent parfois le début du 20è siècle en Autriche " l'âge de Klimt ".

Klimt est né le 04 juillet 1862 dans la proche banlieue de Vienne, capitale de l'empire austro-hongrois, d'un père orfèvre -ciseleur. Dès 14 ans, il suit les cours de l'école des arts et métier et devient par la suite artiste-peintre, il peint la cour intérieure et l'escalier du Kunst muséum de Vienne, dans le style néo-classique, style en vogue à l'époque. Il peint des salles de théâtre.


Avec des amis, il crée en 1897 la sécession mouvement artistique qui veut sortir l'art, du néo-classique vers l'art nouveau, style qui se développe en France, en Belgique mais aussi en Allemagne avec le jugenstil.

L'Art nouveau est un terme générique, on dit modernisme en Catalogne, Jugendstil en Allemagne, style Sécession en Autriche, art nouveau en France.
C'est un art nouveau en Europe qui fait son apparition au début de 20ème siècle, en opposition à la laideur du monde industriel florissant de cette époque.  La société européenne a changé. La nouvelle bourgeoisie, industriels, commerçants, professions libérales, et financiers, désire un style nouveau qui n'imite pas l'art de la cour ou les peintures d'une noblesse vieillissante.

 

klimt accomplissement

" L'accomplissement " Klimt 1905-1909
L'art nouveau va influencer l'architecture, les objets, les décorations et la peinture.     
L'Art nouveau au début de 20ème siècle repose sur certains principes : le rejet de l'académisme (l'abandon des références à l'antiquité), l'inspiration de la nature (des formes sinueuses, des décors végétaux ou floraux, des influences japonisantes ou gothiques), la fusion entre arts majeurs et arts mineurs, c'est-à-dire art décoratif (exubérance du décor), art pour tout le monde (art des objets du quotidien).
Klimt peindra de nombreux portraits de grands bourgeois, industriels, décorera de mosaïques les murs d'hôtels particuliers.
Klimt entre dans une période très productive durant l'année 1897 : création de nombreux tableaux et d'environs 4000 dessins. Ses thèmes : l'érotisme, représentation de la fragilité du corps et de l'amour en autres.  

 

Le baiser doré et les yeux fermés

Dans la période dorée, Klimt peint des tableaux dorés à la feuille d'or et d'argent (Danaé, le baiser, le portrait d'Adèle Bauer)
L'artiste va créer un style personnel, l'ornement n'est plus seulement décoratif mais fait partie du sujet. Il va utiliser la feuille d'or dans des tableaux montrant un traitement figuratif du visage, des épaules et des mains. Cet ornement conjugue différents motifs empruntés aux arts byzantin, gothique, égyptien, japonais et celtique. Cette juxtaposition du sujet et du décor, est à la source de la fascination qu'exerce la peinture de Klimt durant la deuxième moitié du 20ème siècle.

 

klimt le baiser


Le baiser est un tableau peint en 1907-09. Il s'agit d'un couple tendrement enlacé qui vient de s'embrasser, la femme longiligne tombe à genou enserrant dans ses bras le cou du partenaire. Les yeux fermés témoignent de son abandon. L'homme la retient et enserre son visage et l'englobe dans son magnifique vêtement fait de carrés noirs, dorés et argentés, le vêtement de la femme est riche en cercles de couleur bleu -rouge-vert sur un fond doré.
Les deux amants portent des fleurs dans les cheveux et sont cernés d'un halo d'or tel une icône byzantine. Le sol à leurs pieds est fait d'un amoncellement exubérant de fleurs de toute couleur sur lequel ruisselle des lianes d'or.
Dans Le Baiser, (musée du Belvédère, Vienne),  l'étreinte charnelle revêt le caractère sacré d'une icône byzantine sur fond d'or. L'ornement abstrait confond les corps en les dématérialisant, tandis que le parterre floral stylisé rappelle la représentation du paradis dans l'imagerie gothique.

En arrière plan, la femme est bordée de cercles concentriques symbole rappelant les théories et découvertes récentes de Freud sur l'inconscient.
Ce tableau est le tableau culte de l'art nouveau à Vienne.


La devise du groupe la sécession est " chaque époque son art, à l'art sa liberté "

 

 

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Peintre impressionniste japonais : Kuroda Seiki

Seiki Kuroda Le lac

Le lac, Kuroda Seiki, musée national de Tokyo 1897

 

Les impressionnistes japonais existent  


Les années 20 furent l'apogée d'un renouveau artistique et culturel en occident et surtout en France, Expressionisme, Fauvisme et cubisme ouvraient des perspectives nouvelles dans la peinture. Certains peintres japonais partirent en France étudier la peinture. Le modèle artistique occidental et ses écoles sont à partir de cette époque de plus en plus présents au japon.

 

Seiki Kuroda


Kuroda Seiki, (1866 -1924) est un peintre japonais impressionniste. A 17 ans, il s'inscrit à des cours pré-universitaires en français ; il accompagne son beau-frère nommé en France et commence des études de droit en 1884. Il restera dix ans en France et abandonne le droit pour la peinture.

A Paris, il rencontre d'autres peintres japonais comme Hosui Yamamoto et Fuji Masazo. En mai 1886, Kuroda entre dans l'atelier de Louis-Joseph-Raphaël Collin, peintre d'art académique et suit ses cours jusqu'en 1891.
Après 10 ans, il rentre chez lui au Japon et habite Kyoto. Ses tableaux sont exposés dans le musée national de Tokyo.

En tant que l'un des rares artistes japonais ayant étudié à Paris, il enseignera le monde de l'art occidental.

 

Seiki Kuroda sentiment

Kuroda Seiki, Sentiment (de Sagesse, Impression, Sentiment), 1900, Kuroda Memorial Hall, Tokyo

 

Choc culturel

Comme les autres artistes influencés par l'art occidental, les tableaux de Kuroda ont choqué le public et les critiques, par leur radicalisme, par une utilisation fauviste des couleurs primaires, et par la réduction cubiste de la géométrie. Ces artistes occidentalisés n'ont pas eu beaucoup de succès auprès du gouvernement, n'ont pas réellement bénéficié de commandes d'État. La réponse de ces artistes était d'ignorer l'État, de créer des sociétés privées pour faire des expositions, et pour vendre leurs tableaux.

 

Seiki Kuroda Sous larbre

Sous l'arbre, Kuroda Seiki, 1898

Dans l'histoire de l'art occidental, il existe une étape critique, à la fin de XIXe siècle, montrant les limites de l'impressionnisme. Cette transition va être progressive vers d'autres écoles de peinture. Le travail de Cézanne a préparé le cubisme, le travail de Van Gogh s'approche de l'expressionnisme, les productions de Gauguin vont s'orienter vers le fauvisme et le primitivisme. On ne retrouve pas dans l'art japonais occidentalisé une vraie traduction de ces transitions.

L'art occidental était une entité, appréciée dans sa globalité, sans entrer dans les détails des écoles artistiques, ou dans ses messages culturels. Au japon, on discutait l'individualisme intransigeant de Van Gogh et de Gauguin, leur attachement aux idéaux personnels, se moquant des conventions artistiques et sociales. Van Gogh continu d'être admiré au Japon, au-delà de son talent, et de la qualité de ses œuvres, il est admiré pour sa capacité à dépasser sa propre société et pour sa modernité.

 

L'individualisme, la personne humaine au centre du tableau, la nudité académique, ces sujets étaient étrangers au public japonais, ils ont fasciné, choqué, suscité des discussions et des controverses.

 

 

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Hollywood pré code : liberté, divertissement et désir

harlow jane red dust

Jane Harlow , film : red dust

 

Hollywood pré code :  le divertissement et le désir  

La crise financière de 29 va se prolonger par un désastre économique sans précédent, ce qui va modifier en profondeur les valeurs et les croyances des Américains dans leur système, dans leur pays, dans leur classe politique.
Le rêve américain ne séduit plus en 1929, l'exception américaine, l'universalisme, l'autonomie et surtout l'individualisme, voilà des valeurs qui ne séduisent plus personne, laissant la place à des valeurs plus urgentes comme la solidarité, le collectif, la communauté.
Les valeurs traditionnelles trouvent alors une popularité croissante.
Le terme Pré-Code évoque l'époque de l'industrie cinématographique américaine avant 1934, avant l'instauration de " Motion Picture Production Code ", une sorte de code de bonne conduite dans la production du cinéma et des images nommé le code " Hays ", adopté en 1930 et appliqué à partir de juillet 1934.
Les films avant ce code contenaient des scènes de nudité, des insinuations à caractère sexuel ou érotique, des scènes de consommation de drogue, prostitution, infidélité, avortement, violence, et homosexualité.

 

Les films pré-code

Entre l'avènement du parlant et la mise en place du code, c'est à dire entre 1930 et 1934, un vent de liberté et de légèreté souffle sur l'industrie du film américain, avec colts et dentelles, gangsters et prostituées.
La fascination pour ces films "pré-code" peut être expliquée par le contenu léger, comique et suggestif de ces films : hommes et femmes se désiraient, s'aimaient, couchaient sans culpabilité, période qui se prolongea 7 ans (entre 1927 et 1934) de sexe, drogue, et adultère. Les films avant code exhibaient les problèmes sociaux, ridiculisaient les hommes politiques en les montrant incompétents et menteurs. Le besoin de leaders forts pouvant prendre en charge et orienter l'Amérique vers la sortie de crise, était un thème fréquent.

 

Norma Shearer la divorcee

Norma Shearer dans la divorcee

 

Les films avant code n'avaient aucun problème avec les dictateurs, on trouve des films pour glorifier Mussolini ou Adolf Hitler.
La violence attirait les spectateurs, les films avant code traitaient la criminalité individuelle et en groupe, la violence était présente, Hollywood avaient ses gangsters "célèbres", le genre était populaire, les affiches et les photos publicitaires éclatantes, provocantes.

Le film le plus souvent cité comme le premier film pré-code est "la divorcée" de Norma Shearer. On trouve un look sophistiqué, des dialogues drôles, le double standard sexuel, un homme qui couche est un séducteur, une femme qui couche est une garce. Le film fut considéré comme immoral, mettant en valeur une femme indépendante moralement et sexuellement. Le film fut un grand succès, et Shearer a remporté l'Oscar de la meilleure actrice pour sa performance.

 

Del Ruth Blonde Crazy

Del Ruth dans le film Blonde Crazy

 

Rétrospectivement, ces 7 ans de pré-code furent une croisée des chemins : émergence des entreprises de studio de production et de leur professionnalisation. Transition maladroite et hésitante du cinéma muet vers le parlant, révolution technologique concernant les caméras, la réalisation, et l'installation de la radio comme moyen de communication incontournable, l'apparition du monde des stars de cinéma grâce aux médias et aux journalistes, et le début de nombreux genres qui vont marquer le cinéma comme les comédies musicales ou les films d'action.

Cette époque se distingue par une liberté de création, et un esprit pionnier, novateur de certains producteurs, de certains réalisateurs.
La chose la plus étrange à propos de ces films pré-code est leur longévité, et l'engouement du public pour ces films avec des femmes en sous-vêtements, aux coiffures sophistiquées, et aux robes drapées ou stylisées. L'humour du dialogue, la nostalgie, le talent des actrices et des acteurs peuvent expliquer la longévité de ces films.

 

Wellman Safe in Hell

Wellman dans le film Safe in Hell

 

Les films avant code montraient les relations avec des maîtresses, l'adultère. Jean Harlow a été décrite dans le Encyclopédie de Hollywood comme "le sex-symbol des années 1930, propulsé à la célébrité dans les films pré-code, comme Platinum Blonde, Red Dust et Red-Headed Woman."

 

jane harlow red headed

Jane Harlow dans le film red headed

 

Le film Red-Headed Woman est cité comme exemple de ces films pré code. Elle y joue le rôle d'une secrétaire qui cherche à séduire son patron et à briser son mariage.
Au cours de cette séduction, il tente de résister, il la gifle. Ils finissent par se marier. Jane Harlow séduit ensuite un riche industriel qui est en affaires avec son mari. Bien que ce plan réussisse, elle a une autre liaison, et tue son mari pour partir avec son amant. Le film a été décrit comme un "chef-d'oeuvre", et nommé aux Oscars. Cependant, le film Red-Headed Woman fut interdit dans de nombreux états américains.

En 1932, personne ne souffre du péché de chair, les personnages de Gable et Harlow savourent le désir, la sexualité sans culpabilité. Bien que la caméra s'éloigne pour ne pas trop insister, le désir est présent, franc, montrable, et non pas un jeu subtile ou ambigu.

Ces films représentent un virage vers un contenu pour adultes, une vision du monde du plaisir et de la légèreté.

La mobilisation de l'église catholique s'organisa à partir de 1933, par la formation de la légion catholique de la décence. Il s'agit d'un groupe affilié à l'église catholique, qui émet une classification sur les films, pour déconseiller ou pour encourager la famille à regarder le film.
Au début, ces classifications n'affectaient pas les revenus des films. Progressivement, l'organisation a grandi, a commencé à faire pression sur le gouvernement.


Les studios et les producteurs ont décidé de négocier avec le gouvernement fédéral un code de bonne conduite autorisant une autorité désignée à censurer les scénarios, et les films selon des critères précis.
Ce code demandait aux producteurs et aux réalisateurs de promouvoir les valeurs traditionnelles de l'Amérique. Par exemple, les relations sexuelles hors mariage ne devraient pas être présentées comme des relations attirantes ou joyeuses, mais comme des relations coupables et problématiques.
Tout acte criminel devrait être jugé et puni, jamais récompensé. La violence devrait être maîtrisée. Les autorités morales, judiciaires et politiques devraient être traitées avec respect. En cas de présentation de policiers, d'hommes politiques, ou de juges méchants ou corrompus, il est important de signifier aux spectateurs qu'il s'agissait d'une exception à la règle.
Le code Haye affirme que le rôle des films est de divertir, qu'un excès de réalisme conduit à des présentations sociales, juridiques ou raciales problématiques. Cette tendance va durablement marquer le cinéma américain. Le cinéma hollywoodien sera critiqué par la suite en raison de sa capacité à divertir, sans présenter la réalité économique ou sociale du pays.
Les discussions qui ont accompagné l'élaboration du code de bonne conduite indiquaient que les films ne peuvent changer la société, ne peuvent cultiver un esprit de révolte ou de désespoir, ne peuvent fragiliser le système économique ou le système politique en place.

En 1934, le Production Code, code de censure connu en France sous le nom de "Code Hays" est adopté et un bureau mis en place pour relire tous les scripts de film en production.

 

C'est le début d'une censure organisée et centralisée aux USA, entreprise à l'initiative des studios eux mêmes pour éviter de voir leurs films dépecés par les censures étatiques locales.
Le code de bonne conduite est appliqué à partir de 1934 dans le cinéma américain. Il restera en vigueur jusqu'en 1968.

 

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Brooklyn

brooklyn movie

 

From ireland to brooklyn

J'ai bien aimé le film Brooklyn un film de 2015 de John Crowley et Paul Tsan avec Saoirse Ronan, Domhnall Gleeson à partir du roman de Colm Tóibín.

Une bien modeste jeune fille dans un village négligé mène une vie ordinaire entre sa mère et sa sœur, dans l'Irlande pauvre des années 50.

 

brooklyn ireland

 

Sa sœur la voyant sans avenir, aidée par le prêtre du village, la pousse à trouver du travail en Amérique, elle voyage par bateau avec d'autres migrants et est accueillie dans la communauté irlandaise de Brooklyn.
La- bas elle sera une vendeuse dans un grand magasin, malgré le mal du pays et de sa famille. Elle loge et vit dans une pension de famille. Jusqu'au jour où le prêtre de la communauté l'inscrit à des cours de comptabilité, lui permettant d'obtenir enfin un diplôme.

 

brooklyn film

 

A partir de ce moment, son destin change, la jeune fille voit s'ouvrir devant elle les portes jusqu'alors fermées. Elle rencontre un jeune italien qui veut l'épouser. Elle retourne en Irlande pour l'enterrement de sa soeur, et se voit proposer un emploi de comptable dans une entreprise. Un jeune homme irlandais de bonne famille lui fait la cour et veut la retenir auprès de lui. Sa mère désormais seule souhaite aussi sa présence.

Elle constate tous ces changements et dira " j'aurai bien aimé qu'on me propose tout cela avant "
Cette modeste jeune fille devenue une jolie jeune femme instruite, diplômée et capable, se voit solliciter à prendre son destin en main.

 

brooklyn film amour

 

La narration simple, efficace, rafraichissante sans le misérabilisme généralement associé aux migrants irlandais de cette époque, nous montre la lente transformation de la chrysalide en papillon aux couleurs éclatantes.

 

Elle choisira l'avenir à construire plutôt que le passé. Quand diplôme et éducation vous ouvrent les portes du destin....

 

 

 

 

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Hemingway : l'amour devient roman

hemingway love and war

 

Hemingway, vie de fêtes, d'amours, et des romans

En 1914, le jeune Hemingway rêve de participer à la Grande Guerre. Il est réformé à cause d'une mauvaise vue. Pour un salaire de 15 Dollars par semaine, il se fait engager au Kansas City Star comme apprenti reporter.
Il voulait apprendre à écrire, il devint journaliste chargé des faits divers et resta six mois dans cet emploi.

Il voulait de l'action, découvrir le monde, et la guerre. La Croix-Rouge a besoin d'ambulanciers en Italie. Il put, avec deux amis, s'embarquer sur le "Chicago" à destination de la France, passer deux jours à Paris et prendre le train pour Milan.
A 19 ans, il rejoint la Croix Rouge en Italie. Sur les photos, on voit un beau jeune-homme au front large, avec une chevelure abondante, un regard animé des certitudes de la jeunesse, le sourire des jeunes gens immortels.

Il débarque en Italie le 7 juin 1918, pour devenir ambulancier. A peine arrivé, il doit transporter les victimes d'une fabrique de munitions qui a explosé, aider les blessés en surveillant de grands dépôts de munitions encore susceptibles d'exploser, aider à éteindre l'incendie, et transporter les morts à une chambre mortuaire de fortune.
Ernest connaissait la mort, le sang et l'agonie des animaux pendant ses journées de chasse. Cette fois, la mort est différente.

Il voit des corps sans vie, inanimés sans émotion, sans rire, sans colère, même sans souffrance.
Il voit la fin tragique de la condition humaine, les mains froides, les joues pâles, les yeux fixés sur un horizon inconnu. Une dose amère de réalité va secouer ce jeune homme qui chassait pourtant depuis des années. Il perdra sa candeur pour entrer brutalement dans le monde des adultes.
Il est envoyé à Schio, ville plus calme, au pied des Dolomites puis sur le fleuve Piave en Vénétie, son rôle consistait à aller en bicyclette distribuer vivres et cigarettes aux soldats. Il se rendait souvent à la distillerie de grappa Nandini à Bassano, et pour boire et savourer de la grappa, boisson que l'on retrouve souvent dans ses récits de guerre.

Le 8 juillet 1918, il fut frappé, au genou et au pied par un obus autrichien. Dans cette tranchée avec trois hommes, les jambes criblées d'éclats, il évacue le seul survivant sur son dos et le ramène en lieu sûr. Acte héroïque d'autant plus qu'il est le premier Américain à être blessé en Italie. 237 éclats dans les jambes, deux balles de fusil mitrailleur dans le genou.

On l'hospitalise le 17 juillet à Milan, il risque de perdre sa jambe droite. Impatient comme il le sera toujours, il avait tenté d'extirper lui-même les éclats de mortier avec un canif, sa bouteille du cognac comme anti septique et comme calmant.
Il fut plusieurs fois opéré dans cet hôpital militaire où on l'a surnommé "Poupée cassée".
Il est décoré pour cet acte de bravoure de la Croce al merito di guerra (croix du mérite militaire), on retirera 28 éclats métalliques de sa jambe droite. En trois mois, et après plusieurs opérations, il peut remarcher à nouveau avec des béquilles.

 

hemingway Agnes Von Kurowsky

 

Aimer une belle infirmière

Pendant cette longue hospitalisation, il rencontre Agnès Von Kurowsky une infirmière originaire de Pennsylvanie, brune, grande, gracieuse, cheveux sombres et aux yeux gris-bleus.
Son aînée de sept ans. Jolie, brillante, spirituelle, joyeuse et sérieuse à la fois. Après le décès de son père en 1910, Agnès a pris un travail à la bibliothèque publique de Washington.
Elle suivra une formation pour devenir infirmière. A l'entrée de l'Amérique dans la Première Guerre Mondiale en 1917, elle s'est appliquée à rejoindre la Croix-Rouge. Après une formation additionnelle en France, Agnès et ses compagnes ont été envoyées par train dans le nord de l'Italie.
Agnès s'occupe alors d'Ernest blessé, transporté en ambulance vers l'hôpital militaire de Trévise, où on lui administre de la morphine et des vaccins anti-tétaniques.


- vous êtes trop jeune pour vous appeler Ernie. Je vous appellerai M. Kid.
- dans ce cas je vous appellerai Mme Kid. Ok ? "


Hemingway a 19 ans quand il tombe amoureux de cette américaine de 26 ans.
De jours, ils sont patient et infirmière, la nuit ils sont amants. " Je suis amoureux " écrit Ernest à ses parents. Elle l'appelle Ernie, Kid (gamin), Mr Kid, et signe Mrs Kid. Elle est amoureuse avec une certaine dose de prudence.
Elle est déjà une jeune femme, et juge Ernie trop jeune pour une relation sérieuse ou durable.
Pendant la convalescence d'Ernie, et qu'il recommence à marcher, les deux amoureux explorent Milan et vont même à l'opéra.
Il lui envoie 52 lettres durant cette liaison. La première date du 25 septembre 1918. Hemingway se trouve provisoirement à Stresa. La dernière lettre date du 7 mars 1919. Les lettres envoyées par Hemingway ont été brûlées, victimes de la jalousie du fiancé d'Agnès. Le règlement de la Croix rouge était strict ; les relations sentimentales étaient interdites. La correspondance entre Agnès et Ernest était clandestine.

En octobre, Hemingway retourna au front, puis revint à Milan pour une jaunisse. Ils se revirent alors une semaine avant qu'Agnès ne soit transférée de nouveau dans un autre hôpital à Trévise. Ils s'y rencontrent le 9 décembre 1918. Elle lui annonce qu'elle ne passera pas les fêtes avec lui.
Agnès apprécie le plaisir de se sentir désirable et séduisante. Les médecins italiens la courtisent. En mars elle lui écrit sa dernière lettre - une lettre de rupture un peu maternelle - à ce jeune amoureux, son " Kid ", qu'elle n'aime plus d'amour parce qu'elle vient de donner son coeur à un Italien qui désire l'épouser. Ce qui ne se fera pourtant pas, la future belle famille vénitienne ne voulant pas d'une Américaine.
Interrogée plus tard, elle dira que pour elle il s'agissait d'un simple flirt, en dépit des 52 lettres échangées en six mois.

En Janvier 1919, Hemingway quitte l'hôpital, continue à lui écrire. Alors qu'ils avaient décidé quelques mois plus tôt, dès sa sortie de l'hôpital de retourner aux États-Unis pour se marier, Ernie rentre seul aux USA, il espère qu'elle l'y rejoindra pour l'épouser.
Agnès Von Kurowsky a décidé qu'elle devait finalement le convaincre que la relation était finie. Le 7 Mars 1919, elle écrira à Hemingway :
" Ernie, cher gamin,
Je vous écris tard dans la nuit après une longue réflexion, je crains que cela puisse vous faire du mal, je suis sûre que ce ne peut vous nuire de façon permanente.
Je tentais de me convaincre qu'il s'agissait d'une véritable histoire d'amour. Après quelques mois loin de vous, je sais que je suis toujours attachée à vous, plus comme une mère  qu'une amie.
Gamin, pouvez-vous me pardonner un jour pour vous avoir inconsciemment trompé ? Je ne suis pas vraiment mauvaise, je ne veux pas faire du mal. Je me rends compte que c'était ma faute dès le début. Je me sens qu'un jour je serais fière de vous.
Je pense à me marier bientôt. J'espère et prie pour que vous seriez un jour en mesure de me pardonner, de commencer une belle carrière et de montrer l'homme vous êtes vraiment. Avec mon admiration et ma tendresse,
Ton amie, Aggie "

On ne connait pas la réponse d'Hemingway à cette lettre de rupture. Dans une lettre de Juin 1919 à son ami Howell Jenkins, Hemingway écrit :
" Je l'ai aimée, elle m'a largué. Je ne lui donne pas tort. J'ai fait en sorte de cautériser son souvenir et je l'ai brûlé avec de l'alcool et d'autres femmes et maintenant c'est envolé ".

 

hemingway amour et guerre

 

Un souvenir "envolé" mais pas entièrement.

Agnès Von Kurowsky va inspirer le personnage de Catherine Bakley, belle et infirmière américaine qui soigne et tombe amoureuse d'un soldat américain dans un hôpital italien en 1929 dans le roman "A Farewell to Arms" (l'adieu aux armes).
Leur histoire est le scénario d'un film en 1996, In Love and War (Le Temps d'aimer), réalisé par Richard Attenborough, et interprété par Sandra Bullock, Chris O'Donnell, Mackenzie Astin.

Hemingway n'a jamais revu Agnès Hannah von Kurowsky. Il a reçu une lettre d'elle, le félicitant pour son premier mariage, et lui disant qu'elle était fière d'avoir connu son " Kid ".


Hemingway va utiliser ses expériences en Italie comme base de plusieurs nouvelles. Les personnages de romans basés sur Kurowsky apparaissent dans les nouvelles, les neiges du Kilimandjaro ou l'Adieu aux armes.

 

 

 

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Larsson: peindre le bonheur familial

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Larsson  dessine son bonheur en famille 

Il est un des peintres suédois les plus connus ; Larsson est célèbre pour ses aquarelles réalisées pour la plupart dans sa maison à Sundborn, où il vivait avec sa femme artiste et ses enfants pendant les années 1880.
Son style de peinture est bien identifiable riche en couleurs. Ce style ne reflétait pas la personnalité du peintre éprouvé par des épisodes de dépression, de difficultés et de doute.

Carl Larsson est né en 1853 dans le vieux Stockholm. A l'époque, la suède connait de mauvaises récoltes et les épidémies de choléra sévissent. Dans ce contexte dramatique, de nombreux suédois émigrent outre atlantique.


Les parents de Larsson vivent dans un quartier misérable, le père manœuvre et la mère blanchisseuse.
C'est de son grand-père peintre- artisan que son goût de l'art lui vient. Son instituteur le remarque et l'inscrit à 13 ans à l'école préparatoire des beaux arts. Il suit le cursus et est aussi caricaturiste dans le journal satirique Kasper. Il a un talent pour les esquisses et dessins pris sur le vif, il entre comme dessinateur au Ny illustrerad Tidning où il reçoit un salaire ce qui lui permet d'aider ses parents. Il veut devenir peintre officiel.
Par la suite, avec un ami il part à Paris et vit à Barbizon dans la petite colonie de peintres suédois expatriés en France, il y découvre la technique de l'aquarelle. Dans le cadre campagnard de Greze en Loing (près de fontainebleau), il est influencé par l'impressionnisme et sa palette devient plus fluide, transparente. Il peint en plein air célébrant la beauté de la nature. Il rencontre le mécène Furstengerg qui l'encourage, et en 1879 Karin Bergöö qu'il épouse, artiste-peintre également, elle lui offre un cadre familial serein propice à son art et il illustre des livres (les contes d'Andersen). Sa notoriété s'envole le jour où des éditeurs publient ses peintures et aquarelles sous forme de livrets illustrés en couleurs notamment en Allemagne (la maison sous le soleil) où ces publications conquièrent un public enthousiaste.

 

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A partir des années 1890, comme ses contemporains, ses aquarelles subissent l'influence des estampes japonaises avec un style plein de concision et une absence de relief et d'ombre en soulignant de noir ces sujets.
Ces aquarelles intimistes reflètent au détail près, sa vie de famille, sa maison que ces illustrations vont faire connaître au grand public. L'intérieur joliment décoré par sa femme Karin avec meubles élégants, boiserie claire, tapis coloré, étagères sur mesure, agencement spacieux et lumineux de la maison familiale vont diffuser une atmosphère douillette, un style de vie et le design moderne gustavien.

 

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Ses aquarelles sont une ode à la joie de vivre à la campagne et à la famille.
Les enfants faisant des boules de neige, se baignant l'été à la rivière, jouant des pièces de théâtre, ou avec les animaux de la ferme, la famille déjeunant en plein air etc.

 

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Ces aquarelles ont des thèmes simples et amusants et relatent comme des bandes dessinées ou des mangas, le quotidien familial dans un cadre calme et apaisé.

 

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On peut penser que cet hymne à la famille et aux joies simples furent un baume au cœur de cet homme dont l'enfance fut si misérable avec un père qui le détestait et qui lui manifestait tant de colère.

 

Cet amour des siens, de cette vie de famille heureuse, le bonheur d'être ensemble transparait, nous interpelle et nous rappelle que les joies simples du bonheur familial restent une valeur recherchée voire inégalée.

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De la romance aux films romantiques

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Films romantiques: bougies, Jazz et mer au loin

Les histoires d'amour nous sont familières, variées dans leur intensité, dans leur fin et selon les cultures, et selon les époques. Généralement, une histoire d'amour exige une dose de romance. L'attirance devrait être embellie de rêves, de rituels, de cadeaux, et de couleurs. Un homme aime une femme, il essaie de la séduire, dans un milieu plus ou moins hostile. Voilà comment se présente la formule de base de toute romance.

Dès ses débuts, le cinéma américain joua la carte de la romance comme genre populaire. Pendant la première moitié du 20ème siècle, les "bonnes" relations amoureuses se terminent en mariage. La nuit de noce après le fameux baiser était la fin heureuse d'une longue romance. Le cinéma rejoint la littérature pour produire des histoires sur les relations et les émotions.

 

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Amour romantique : thèmes imposés

Les films romantiques explorent certains thèmes : l'attirance, le coup de foudre, l'amour romantique, l'obsession amoureuse, l'amour platonique, amour sexuel et passionné, le couple, la rencontre et la séduction. Il n'existe pas de définition qui désigne un film de romance. C'est une histoire d'amour, avec quelques difficultés ou obstacle, qui déroule dans des lieux réputés romantiques par ex comme l'automne à New York sur un morceau de Jazz, à des moments particuliers comme la Saint valentin, ou au bord de la mer, dans les musées, ou à central Park. Chaque film a sa recette pour créer sa romance. Ces "histoires de relations" ont fini par influencer le discours de la société sur l'intimité, et sur les relations. Ces histoires écrites ou filmées sont à la base de la psychologie populaire. Ces films de romance ne détaillent plus comment un homme peut séduire une femme, mais comment évolue la relation, comment évolue le mariage, comment évoluent les relations extraconjugales.

Dans certains livres, comme dans certains films, il s'agit d'analyses plus ou moins simples sur l'intimité, sur les échanges dans le couple, sur les crises du mariage.
Récemment, on parle plus de la rencontre que du couple, Le discours dominant sur le couple et l'intimité n'est plus "Jusqu'à ce que la mort nous sépare ", mais plutôt un discours sur l'émotion, sur les relations, sur le rôle de l'autre dans notre vie. Si la littérature de romance a été considérée comme un genre littéraire secondaire aux États-Unis, le cinéma de romance a fait un progrès extraordinaire sur le plan technique, commercial, comme sur le plan de scénario. L'amour romantique moderne est l'enfant du cinéma hollywoodien, est le cousin de ces romans d'amour destiné aux femmes.

Dans ces films de romance, l'amour est roi, les hommes découvrent qu'ils ont besoin d'une relation et les femmes développent une meilleure estime du féminin dans le sillage de la deuxième vague du féminisme. Depuis les années 1970, le sexe est devenu une partie de la relation. Un film de romance doit avoir sa dose de sexe. C'est le cas des romans d'amour aussi. Le sexe marque le début de la relation, juste après l'attirance, et devient une question importante, quand le couple s'installe dans une relation sérieuse.

 

Amour romantique, consommation et capitalisme


De nombreux facteurs ont participé à la naissance de cette culture de l'amour romantique moderne : Au XXe siècle, la culture de la consommation encouragée par la recherche individualiste de l'amour, a institutionnalisé l'amour romantique et la culture de la romance. La consommation n'est pas seulement une culture matérialiste, mais une culture émotionnelle. Cette culture de la consommation a largement utilisé l'image du couple heureux et amoureux pour vendre des produits, et pour passer le message de la sécurité, et de l'autoréalisation dans une interaction romantique entre un homme et une femme. L'industrie des loisirs a utilisé l'image des couples pour vendre un film ou pour aller au restaurant. Le romantisme hollywoodien se définit par des repères visuels, par certaine atmosphère : Un dîner romantique se passe généralement dans un lieu isolé, élégant, à proximité de la mer par exemple, avec un rituel particulier comme les bougies, et la musique.

 

 

 


L'amour romantique moderne est une sorte d'utopie, un récit qui permet à l'être humain de dépasser sa condition ; l'utopie romantique décrit l'autoréalisation, l'authenticité, et le bonheur atteint dans une expérience amoureuse. Un des principaux facteurs est la distinction entre la sphère privée et la sphère publique.

 

L'amour devient le fondement de la sphère privée, et de plus en plus son unique fondement. L'amour romantique ne peut s'épanouir en dehors d'une culture individualiste.

 

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Film culte : Un singe en hiver

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Singe en hiver, poésie et d'ivresse

Un film de 1962, d'Henri Verneuil avec Jean Gabin, Jean-Paul Belmondo, Suzanne Flon.
Ce film prouve que le cinéma peut être une réussite sans effets spéciaux et sans vulgarité. Excellente comédie, à partir du roman d'Antoine Blondin, Verneuil réalisateur, Michel Audiard dialoguiste, Michel Magne à la musique, et deux comédiens brillants Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo.
Un des meilleurs films du cinéma français, une belle histoire d'amitié entre deux hommes. On peut dire que c'est le meilleur rôle de Belmondo. Dans ce film, il est jeune, beau, lumineux. Il est à la fois léger et vulnérable, inconscient et grave.


Si vous pensez que c'est parmi les meilleurs rôles de Gabin et de Belmondo, je suis d'accord avec vous. Un feu d'artifice du 7ème art, comme le spectacle pyrotechnique qui termine ce chef d'œuvre.
Fin connaisseur de littérature, Audiard proposa d'adapter le roman éponyme d'Antoine Blondin, qui avait obtenu le prix Interallié en 1959 ; un chef-d'œuvre de littérature, d'une plume sensible et talentueuse.
A sa sortie, en mai 1962, l'histoire ne fait pas l'unanimité. Parmi les rares critiques positives, on cite Jean Rocheteau dans La Croix : "Je sais je ne devrais pas écrire cela. Ce n'est pas bien, certes, de soutenir une œuvre querellée par le ministère de la santé publique mais qu'y puis-je si Un Singe en Hiver m'a mis le printemps au coeur." La réussite populaire est au rendez vous.

 

singe en hiver2

 

Histoire simple : vin, voyage, ivresse  

 
L'action se situe en 1944 à Tigreville sur la côte normande aux environs de Deauville. Albert Quentin (Jean Gabin) ancien fusilier-marin d'indochine tient avec sa femme Suzanne (Suzanne Flon) l'Hôtel Stella. Albert, accro à la bouteille, promet à Suzanne de ne plus toucher une goutte d'alcool si leur hôtel échappe aux bombardements. L'hôtel tient bon, promesse tenue !

 


15 ans plus tard débarque Gabriel Fouquet (Belmondo) qui, lui, boit pour oublier l'échec de sa vie sentimentale avec Claire, qui vit à Madrid alors que leur fille est pensionnaire à Tigreville.
Les deux hommes, qui n'ont pas "le vin ni la cuite mesquine", vont connaître deux jours euphoriques, heureux, poétiques mémorables pour eux, et pour les habitants grâce à l'ivresse. L'un va retrouver l'Espagne, l'autre...la Chine.
L'apothéose de cette soulographie s'achèvera par un feu d'artifice (dantesque) sur la plage... Puis...chacun retournera à sa vie d'avant.

 

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Les films cultes sont composés de scènes cultes


On trouve dans ce film des perles, un mélange délicieux de la plume de Blondin et d'Audiard comme cette tirade de Quentin :


" Les princes de la cuite, les seigneurs, ceux avec qui tu buvais le coup dans le temps, mais qui ont toujours fait verre à part. Dis-toi bien que tes clients et toi ils vous laissent à vos putasseries, les seigneurs ; ils sont à cent mille verres de vous. Eux, ils tutoient les anges. Vous avez le vin petit et la cuite mesquine ; dans le fond, vous ne méritez pas de boire. "


Ou encore ce dialogue mémorable de Quentin :  


- Je ne vous apprendrais rien en vous rappelant que Wang-Ho veut dire fleuve jaune et Yang-Tse-Kiang fleuve bleu. Je ne sais si vous vous rendez-compte de l'aspect grandiose du mélange : un fleuve vert, vert comme les forêts, comme l'espérance. Matelot Hénault, nous allons repeindre l'Asie, lui donner une couleur tendre. Nous allons installer le printemps dans ce pays de merde !


Le lundi 22 septembre 2014, cinquante-deux ans après le tournage du film, Jean-Paul Belmondo est revenu dans la commune de Villerville (tigreville) pour recevoir un hommage largement mérité pour son talent et sa carrière exceptionnelle. Le public n'a pas oublié le grand acteur Belmondo ni ce grand film qui est devenu un des trésors du cinéma français.
L'année dernière, hommage à Lyon à Belmondo. Quand on demande à l'acteur quel film projeter pour cette soirée d'hommage, il choisit bien sûr un singe en hiver.     

 

 

 

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De Caruso à Pavarotti : rendre l'opéra populaire

caruso opera lyrique

 

Caruso:  l'opéra comme une chanson  

Tout le monde se souvient de Pavarotti et ses tournées mondiales réunissant la foule au champ de Mars ou à Coven Garden en compagnie de Queens, U2 ou Elton John ou encore de ses deux amis Dominguez et Carreras. Pendant ces concerts, Pavarotti et les autres ténors captivaient l'attention de leur public en interprétant des airs lyriques populaires. Ils prolongeaient ainsi une belle tradition.

 

Avant Pavarotti, un autre italien enchanta le monde avec les airs populaires de l'opéra : il s'agit d'Enrico Caruso, le célèbre ténor à la voix d'or.
Il est né à Naples en 1823 dans un milieu modeste d'un père mécanicien. Avec le soutien de sa mère, il est choriste à l'église et chante aux terrasses des cafés les airs populaires napolitains. Par la suite il suivra durant 3 années des cours de chant pour se préparer à faire carrière à l'opéra. En 1885 avec de grande difficulté, il débute à l'opéra.

En 1897, il est devenu un artiste reconnu, et vit de son métier. Il tombe amoureux d'Ada Giachetti-Botti, soprano étoile avec laquelle il chante la Traviata. Ces représentations furent un succès éblouissant pour les deux chanteurs. Ada bien que mariée et mère, quitte son mari pour devenir la compagne de Caruso et la mère de ses deux premiers garçons, Rodolfo et Enrico.

Avec l'aide d'Ada, Caruso améliore sa technique vocale, sa carrière lyrique s'envole. En 1989 il crée Fedora, célèbre opéra de Giordano, un immense succès. En 1900 il fait ses débuts à la Scala dans la Bohème sous la direction d'Arturo Toscanini, ce dernier dira : " si ce Napolitain continue à chanter ainsi, le monde entier parlera de lui ".

En 1902 il chante à Covent Garden, et réalise le premier enregistrement sonore de sa voix. Caruso rencontre Gaisberg ingénieur du son et représentant de la compagnie Gramophone qui l'entend pour la première fois et qui cherche des chanteurs pour lancer cette nouvelle technique d'enregistrement de musique sur cylindrique (avant la création du disque vinyle).
Caruso est enchanté. Il enregistre dix morceaux de deux heures pour une belle somme d'argent. Gaisberg déclara que les enregistrements de Caruso " avaient mis au monde le gramophone ". L'enregistrement de Caruso fut publié en 1903 comme le premier du label Victor Red Seal (le phoque rouge), et le premier enregistrement de Nipper, le chien de "La Voix de son maitre" logo de (HMV), écoutant le pavillon du gramophone.

Les premiers enregistrements du chanteur se vendent à plus d'un million d'exemplaires malgré la rusticité des gramophones de l'époque.

En 1903 à 30 ans il débute au Met de New York dans Rigoletto.
Acclamé par la critique, il va conquérir New York et devenir la coqueluche de cette ville et le Met son théâtre pendant 17 ans. Il va y créer la plupart des rôles de ténors italiens et devient célèbre et riche. Il fera de nombreux enregistrements sonores qui participeront à sa célébrité. Il est une personnalité joviale, une cour d'admirateurs s'installe autour de lui qu'il subventionne généreusement.
Il sillonne les états unis, l'Amérique du sud et devient une star.

En 1908, Ada le quitte brutalement lasse de tous les sacrifices consentis (de son mariage à sa carrière), elle abandonne son argent, ses maitresse et son succès.
A partir de 1909, des ennuis de santé surviennent, la première guerre mondiale le prive de l'Europe.
Il rencontre la jeune américaine Dorothy Park Benjamin qu'il épouse en 1918, et avec qui il aura une fille l'année suivante.

En 1920 il retourne à Naples se reposer mais y meurt d'une septicémie suite à un abcès mal soigné, les antibiotiques étant inconnus à l'époque, il a 48 ans.

L'Italie décrète un deuil national, il est un modèle pour les ténors de toutes les époques.

Il est possible d'écouter ses enregistrements de grands airs d'opéra ou de chansons traditionnelles parmi lesquels : Una furtiva lagrima, Addio a Napoli, Celeste Aida (Aida), Amore o grillo (Madama Butterfly), Vesti la giubba (I pagliacci), Libiamo ne' lieti calici (La traviata).

 

 

Daniel Auteuil dans la fille du puisatier (2011) a choisi pour la bande d'annonce la musique d'une chanson de Caruso, et termine son film sur une image tendre et nostalgique de la famille réunie avec core'ngrato (cœur ingrat) de Caruso (remixé par Alexandre Desplat) :

Les paroles de cette chanson populaire italienne sont simples :


Catarì, Catarì, Pourquoi me dire ces paroles amères,
Pourquoi tu me parles et tu me tourmentes le cœur, Catari ?
N'oublie pas que je t'ai déjà donné mon cœur, Catari N'oublie pas !
Catarì, Catarì, que veulent dire ces paroles qui me donnent des spasmes ?
Toi, tu ne penses pas à ma douleur, toi, tu n'y penses pas, tu ne t'en soucies pas
Cœur, cœur ingrat Tu as volé ma vie, tout est fini et tu n'y penses plus
Catarì, Catarì, Tu ne le sais pas, que même jusqu'à dans l'église
Je suis rentré et j'ai prié Dieu, Catarì Et je l'ai même dit au confesseur :
Je suis en train de mourir Pour celle là !
Je souffre, Je souffre, vous ne pouvez pas le croire,
Je souffre tous les tourments ! Et le confesseur, personne sainte,
M'a dit : Mon fils, laisse la, laisse la
Cœur, cœur ingrat
Tu as volé ma vie
Tout est fini
Et tu n'y penses plus

 

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Cabaret vert à Charleville et non pas à Charleroi

cabaret vert Rimbaud

 

Cabaret vert : Charleville fête Rimbaud 

En hiver 1870, Rimbaud continue ses voyages. Cette fois, il est en Belgique, ce pays voisin des Ardennes qu'il aimait fréquenter et passer du temps. Il arrive à Charleroi, il se restaure dans une auberge. Il écrit son poème, léger, enjoué le cabaret vert, comme on écrit dans son récit de voyage ou actuellement comme dans un blog.

 

Au cabaret Vert

"Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J'entrais à Charleroi.
- Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.
Bienheureux, j'allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. - Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,
- Celle-là, ce n'est pas un baiser qui l'épeure ! -
Rieuse, m'apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,
Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse
D'ail, - et m'emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré."

Octobre 1870

Selon la pléiade, il n'y a jamais eu de cabaret vert à Charleroi, mais une maison verte, auberge avec une façade peinte en vert, meubles verts et une enseigne verte.
Certains habitants prétendent que la serveuse était une flamande prénommée Mia.
Dans ce texte, Rimbaud nous raconte le bonheur simple d'un voyageur qui se repose, prend un repas accompagné du sourire d'une jolie serveuse.
C'est un texte de jeunesse, un moment d'enchantement, différent des autres textes de Rimbaud, parfois plus sophistiqués ou plus mystiques.
Il était jeune, il avait 17 ans, aimait la vie. Le poète transforme une auberge en cabaret et immortalise la belle flamande rieuse.

Depuis plusieurs années, le cabaret vert n'est plus à Charleroi, mais un festival de rock à Charleville Mézières sur les bords de Meuse.


Rimbaud n'aimait pas sa ville natale, comme Mozart n'aimait pas Salzbourg, deux enfants rebelles qui voyagent loin, puis reviennent, plus tard, pour toujours dans la mémoire et les cœurs des habitants.
Plus le talent, un point commun entre Mozart et Rimbaud.


Ce festival semble grandir d'année après année avec ses deux piliers écologie et rock.
Rimbaud aurait aimé discuter écologie et écouter du rock,
Rimbaud a dit :

" Il faut être absolument moderne. "

 

 

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5 chefs d’œuvre de la peinture : Vénus

Les mythes sont des histoires que nous nous racontons. Ils sont les idées qui fleurissent dans nos vies. Les mythes sont des croyances religieuses simplistes et infantiles disent certains, mais dans notre civilisation fondée sur la raison, les mythes continuent à nous influencer pour expliquer ce que nous ne pouvons pas expliquer.

 

Aphrodite, vénus et  la peinture

L’archétype d’Aphrodite a capturé l’imagination humaine, en occident, au moyen orient, en méditerranée, comme symbole de désir et d’attirance sexuelle.

Aphrodite est la femme dans sa complexité, la mère dévouée, la séductrice, l’attirante, la séductrice, la jalouse, la fidèle et l’infidèle.

Séductrice ultime, elle prend plaisir à soumettre les autres par la force de sa beauté et de sa séduction, par ses attributs physiques qu’elle accorde comme un don à ses amants.

Elle met les hommes et les femmes ensemble, encourage l’amour et le couple, et rend les femmes désirables. Adorée par des artistes de sa naissance à nos jours, de Botticelli aux bandes dessinées les plus récentes, représentée nue ou drapée, habillée avec son sourire légendaire, moqueur, séduisant, et surtout belle.

 

venus titien

 

Titien et Vénus

Titien, 1538 (Tiziano Vecellio ou Titien (1488- 1576) à Florence.
En hommage à son maître, Titien s'inspira de la " Vénus endormie " de Giorgione, et réalisa un tableau similaire. Cette Vénus d'Urbino est située dans un cadre intérieur, parfaitement éveillée, avec un geste " pudique" de la main, exprime un certain coté lascif.
Titien nous fait définitivement sortir de l'antiquité pour nous inviter à une nouvelle forme d'expression contemporaine, celle de la Renaissance, car en dépit de sa nudité, son regard nous toise sans aucune inhibition pudique.
Pour la première fois, un peintre se permet de ne plus faire directement appel à un thème d'ordre mythologique ou biblique pour exposer un corps nu ; Titien propose une esthétique féminine dans sa forme la plus naturelle, belle, et épanouie.

Le coquillage traditionnel ayant disparu pour se métamorphoser en animal familier. Le chien symbole de fidélité, et aussi du désir charnel. Un superbe coucher de soleil se voit dans l'embrasure de la fenêtre.

 

venus Botticelli

 

La naissance de Vénus. Botticelli


XV siècle, Florence, Sandro Botticelli (1445- 1510).
C'est un tableau majeur de Botticelli, peint vers 1485, conservé aux Offices de Florence. Il a osé en dépit d'un christianisme hostile au corps n'acceptant que des femmes pécheresses punies et chassées du paradis.
L'action du tableau est simple. Venus sort de l'eau sur une coquille, conduite sur le rivage par le dieu du vent au milieu d'une pluie de roses. Lorsqu'elle va poser le pied sur la terre, une nymphe, l'une des Heures, l'accueille avec un vêtement pourpre.
Une pluie de rose accompagne la déesse de l'amour comme l'avait décrite le poète grec Anachréon (580 -495 av. J. C.). Les anémones à ses pieds et sa robe parsemée de bleuets annoncent le printemps, saison durant laquelle Vénus fait revenir la beauté et la vie après les rigueurs de l'hiver.
Le manteau pourpre présenté à la déesse sur le rivage n'a pas seulement une fonction esthétique, mais aussi une signification rituelle, il marque la frontière entre deux domaines : le nouveau né comme le mort était toujours enveloppé dans un linge rouge.

La Vénus de Botticelli est si belle que nous ne remarquons pas la longueur artificielle de son cou, la chute excessive de ses épaules et l'étrange façon dont son bras gauche est relié au corps.

 

venus bouguereau

 

Toilette de Venus, Bouguereau


1873, musée des beaux arts, Buenos Aires, William Bouguereau (1825 - 1905).
Fidèle à la peinture académique, Bouguereau dessine une Vénus seule, au bord de l'eau, pour nous offrir un nu académique qui porte la marque Bouguereau : réalisme presque photographique. Elle est prés d'une rivière, ou sur la rive de l'océan. Derrière elle, il y a des branches et le feuillage, puis des rochers pour la
protéger des regards. Elle regarde le spectateur, avec une expression sereine et amicale. Elle est à l'aise.

Son corps est d'une taille élancée à la peau lisse, seins fermes et juvéniles, taille fine, hanches étroites et les jambes bien en forme élégantes lisses. Elle est accroupie, pied gauche coincé sous elle, assise en équilibre avec élégance sur le terrain. Sur la gauche, ses bijoux sont placés dans une pile ordonnée sur le sol après avoir été retiré avant le bain.
C'est une belle femme comme on les aimait au 19ème siècle, bonne santé, peau blanche, quelques rondeurs. Sa nudité est plus réaliste qu'académique, montrée entièrement sauf le bas ventre dissimulé par la jambe droite.

 

venus cabanel

 

Naissance de Vénus, Alexandre Cabanel,


1863, musée d'Orsay, Alexandre Cabanel (1823-1889).
La Naissance de Vénus est l'un des plus grands succès de Cabanel, tableau acquis par l'empereur Napoléon III pour sa collection personnelle. Selon les principes de la peinture d'histoire, la déesse est peinte grandeur nature. Elle repose sur les vagues (Aphrodite anadyomène " celle qui sort de la mer ". De petits Amours forment une guirlande au-dessus d'elle).
Le corps de la déesse est idéalisé : les contours sont définis, les courbes sensuelles accentuées, toute pilosité a disparu. La position alanguie, les bras rejetés derrière la tête, le sourire et le regard coulés vers le spectateur ne sont pas dénués d'ambiguïté.

Émile Zola écrivit : " La déesse, noyée dans un fleuve de lait, a l'air d'une délicieuse lorette, non pas en chair et en os, cela semblerait indécent, mais en une sorte de pâte d'amande blanche et rose. Cet heureux artiste a résolu le difficile problème de rester sérieux et de plaire. "

 

venus Veronese

 

Vénus et Adonis dormant, Véronèse.


XVI siècle. Museo del Prado à Madrid.
Véronèse a réussit une toile magistrale qui mérite le détour, et une longue observation.
Torpeur du jeune homme et douceur champêtre de l'instant sont ainsi minées par l'annonce de la mort prochaine d'Adonis, déchiré par un sanglier au cours d'une chasse. Spectacle du bonheur et de la douceur de vivre, et aussi l'image du bonheur perdu.

Le sommeil d'Adonis préfigure sa mort. Les chiens et l'Amour, images de la modération et de la fougue des sentiments, suggèrent l'harmonie du couple. Selon un code suivi par Véronèse, l'amant mortel, vêtu de rouge, couleur de la passion, pose sa tête sur les genoux de la déesse, dont la semi-nudité parée de bijoux
exprime la volupté.


Cette toile témoigne de l'intérêt nouveau que Véronèse porte au paysage. Les personnages s'intègrent dans une nature qui semble refléter les sentiments ou la tension psychologique qui sous-tend le sujet. La lumière solaire dore le corps de Vénus et fait miroiter les feuillages protecteurs sur un ciel tendre et changeant. Mêlant mythologie, érotisme et observation psychologique, Véronèse donne à cette toile une densité lumineuse.

 

 

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Pathé et Gaumont : deux génies du cinéma français

pathe gaumont

 

Pathé et Gaumont  et le cinéma français

A chaque fois que je regarde un film, je suis saisi par le jeu des acteurs, par le scénario, conscient de la difficulté du réalisateur à transformer un texte en images. Je pense au producteur quand les logos familiers de Gaumont avec sa marguerite et de Pathé avec le fameux coq gaulois apparaissent.
On connait les noms Pathé et Gaumont, firmes de production de film mais qui connait les deux hommes et leur immense succès.

 

Deux personnages; génies et bagarreurs productifs.

La chaine Arte vient de diffuser, mardi 16 août, un reportage enrichi de nombreux documents d’archive sur cette époque si prometteuse.
Mais c’était quand ? C’était il y a un siècle ; à l’époque des écrans argentiques diffusant des films muets en noir et blanc.

 

fantomas feuillade film

 

En lisant leurs biographies ou en regardant des reportages, on est surpris de voir combien la concurrence acharnée fut productive, et combien l’ingéniosité, la perspicacité et la modernité de ces deux hommes se sont avérées pleines de succès. Ils ont démontré leur avance sur leur époque, et leur grande capacité à anticiper les évolutions dans ce milieu neuf et créatif du cinéma au début du 20ème siècle.


Cette avance technologique et industrielle sera ralentie par la première guerre mondiale, laissant le champ libre à l’industrie du cinéma américain.

On connait les noms des Frères Lumière, inventeurs du cinéma, le nom de Méliès et sa production pleine de créativité, suivront deux géants, hommes d’industrie. Charles Pathé et Léon Gaumont furent de véritables créateurs à leur époque. L’optimisme et l’ingéniosité de ces deux personnages s’affrontaient dans une compétition bénéfique pour le cinéma français sur le plan de la production, distribution et réalisation,
Ils ont transformé le cinéma débutant en 7ème art.

 

pathe affiche

 

Charles Pathé homme avisé et doué dans les affaires a réussi à créer des succursales et des alliances en Europe (Belgique et Espagne) et aux USA pour la production de films.
Léon Gaumont avec ses réalisateurs Alice Guy puis Louis Feuillade inventa le cinéma « esthétique » un genre qui se voulait bourgeois et recherché à l’opposé du cinéma populaire et comique de Pathé avec son cinéma burlesque de Max Linder.
Gaumont ingénieur de formation inventa avant tout le monde, le cinéma couleur et le parlant.

Tous les deux sont à l’origine des série-feuilletons à suspense, genre nouveau qui laisse le spectateur en haleine, comme les aventures de Pauline (aux USA), les mystères de New York, les vampires, Fantômas, Judex et autres.
Après de longues années de rivalité et compétition, ils ont fini par devenir amis après leur retraite. De vieux amis mêmes.

 

pathe affiche exploits elaine

 

On peut se demander qui aura la bonne idée de créer une série-télé, sur la vie de ces deux hommes, eux qui ont produit et inventé le cinéma d’aujourd’hui.

Pour savoir plus : Arte

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Amour : maladie, folie ou addiction ?

amour passion

 

Amour : émotion, sentiment ou addiction ?

Isaac singer disait que l'amour est plus fort que les convictions d'un homme.
Omar Khayyâm disait : "L'amour qui ne ravage pas n'est pas l'amour." On peut disserter sur l'amour pendant des heures, on finira par admettre que l'amour, et surtout l'amour romantique fait partie des mystères de la vie, de l'humanité.

L'amour est un sentiment plus complexe qu'une émotion. Il est difficile à définir, il est différent d'une personne à autre.

On reconnait facilement ce sentiment par ses conséquences et ses symptômes. On identifie le sentiment amoureux comme on identifie la grippe ; après le début des symptômes, on cherche la cause, on se questionne avant d'admettre qu'on est amoureux. L'amour est le sujet poétique par excellence. L'amour est un sujet philosophique également.

Aucun livre de poésie, de philosophie n'échappe à ce sujet. Cependant, la philosophie, la poésie ou les chansons ne peuvent pas aider réellement une personne qui souffre d'un amour non partagé ou non satisfait. Malgré des siècles de vaines tentatives à définir l'amour, la médecine et aussi la psychologie admettent l'existence de ce sentiment, admettent que l'amour est un besoin naturel et essentiel aux humains pour avoir une bonne qualité de vie, tout comme le besoin de se reposer, de dormir, ou de se divertir.

 

Par le passé, le sentiment amoureux était rattaché au "coeur". Le coeur des gens amoureux bat plus vite etc... réagit avant la rencontre amoureuse, ou après la déception ou la rupture. Progressivement, la relation entre le coeur et le sentiment amoureux devient métaphorique plus qu'organique, cette relation traduit combien le sentiment amoureux est vital et profond dans la vie humaine, aussi essentiel que le battement du coeur.

Dans l'amour romantique surtout, il existe au début de la rencontre une période d'euphorie et un sentiment profond de manque. La personne amoureuse exprime des sentiments étranges comme l'incapacité de vivre sans l'autre, des jugements excessifs et irréels sur les qualités de l'autre, et aussi des attentes déraisonnables vis à vis de l'être aimé. On retrouve ces moments d'euphorie surtout dans les amours des adolescents, avec des réactions parfois excessives, et parfois aussi dangereuses.


amour sexualiteLa passion comme folie-dépendance

Tu me rends fou. Elle me rends folle. Voila des phrases banales entre amoureux. Je suis fou de toi, traduit un comportement déraisonnable, un comportement de gens malades. L'amour peut rendre une personne incontrôlable, euphorique, et étrangère. L'adolescent amoureux peut devenir malade ou violent, peut négliger ses activités, peut avoir un comportement à risque. L'amour passionné était redouté au Moyen-âge.

 

La passion était une maladie, une folie en soi. Dans le passé, la passion amoureuse était nommée le mal d'amour, avant de devenir la maladie d'amour. Cette maladie d'amour était considérée comme une folie, une aliénation. Dans ces termes, on retrouve la maladie mentale sous une forme ou sous une autre. L'état amoureux peut faire surgir de chacun des faits étranges qui rappellent le comportement des malades mentaux. La personne euphorique en raison d'une attirance sexuelle débutante, ou en raison d'un amour romantique puissant perd sa capacité à être raisonnable, la passion devient l'ennemi de la raison, et de la sagesse. Dans la passion amoureuse, il y a la folie de l'attirance, la folie du manque.

Jean de la Croix écrivait :

 

"Je vis, mais sans vivre en moi-même, Et mon espérance est si haute, Que je meure de ne pas mourir."

 

Dans la passion, comme dans l'amour romantique, comme dans l'attirance sexuelle, il y a une euphorie, l'absence de limites, un manque cruel, une souffrance, et un comportement étrange. Curieusement, on a toujours noté que la séparation augmente ses symptômes, l'absence de la personne aimée et de sa sexualité aggrave les symptômes, et la souffrance de la personne.

 


baiser jeune coupleL'amour et le cerveau

L'évolution scientifique a permis une approche supplémentaire pour comprendre l'amour, pour comprendre précisément la biologie de l'amour. Le sentiment amoureux active des zones précises dans le cerveau humain identifiées par l'IRM (imagerie par résonance magnétique). D'autres approches scientifiques utilisant la neurobiologie permettent de cartographier les zones cérébrales activées pendant l'attirance, l'excitation sexuelle et l'épisode d'amour romantique.

Ces études ont suscité beaucoup d'intérêt à leurs débuts. Dans un journal de neurophysiologie, les chercheurs ont suivi l'activité cérébrale de 15 personnes (10 femmes et 5 hommes) auto-déclarées amoureuses. Les chercheurs ont comparé l'activité cérébrale de ces personnes après un contact avec le bien-aimé, un contact réel ou contact visuel par l'intermédiaire d'une série de photographies.

Les résultats montrent que le sentiment amoureux intense entraîne l'activation des régions riches en dopamine dans le cerveau comme le noyau strié qui abrite le centre du plaisir. Le sentiment amoureux entraîne l'activation de zones cérébrales associées à la motivation et à la recherche d'une récompense.

À partir de ces résultats de ce petit échantillon, les chercheurs ont formulé les premières conclusions : l'amour romantique est un état de motivation cérébrale à la recherche d'une récompense, l'amour romantique n'est pas une émotion, n'est pas un sentiment, mais une motivation.

La personne amoureuse est fortement motivée pour être avec son bien-aimé, à la recherche d'une récompense neurologique, c'est-à-dire à la recherche d'une satisfaction. La personne amoureuse se sent mieux, et plus satisfaite avec son bien-aimé.

 

Dans d'autres études publiées dans le journal de médecine sexuelle, l'activité cérébrale a été examinée chez 20 personnes, en utilisant l'I.R.M., après avoir visionné les photographies des personnes aimées ou désirées. Les auteurs ont dessiné une carte précise des ondes cérébrales activées pendant cette visualisation : le désir sexuel et l'amour romantique activent le noyau strié. L'amour romantique active une zone cérébrale nommée l'insula (ou le cortex insulaire) située au fond du sillon latéral.

Ainsi, on peut dire que le noyau strié est responsable de l'attirance initiale, du désir sexuel, alors que le cortex insulaire est responsable de transformer ce désir en amour, en associant les besoins inconscients aux comportements conscients.

 

couple champagneAmour dépendance

Cette découverte de la participation du noyau strié dans le sentiment amoureux entraîne une question simple : on sait déjà que ce noyau est responsable de la dépendance et de l'addiction chez l'être humain, par un processus d'anticipation du désir et de la récompense. Est-ce que l'amour romantique, ou l'attirance sexuelle sont une addiction ?

Dans les études récentes, aucune conclusion définitive n'est possible, par contre, on peut considérer l'amour comme une habitude constituée du désir sexualisé qui cherche une récompense.

Cette découverte de similitudes entre l'amour romantique et l'addiction comportementale (addiction sexuelle, addiction au jeu), entre l'amour romantique et l'addiction chimique (drogue, alcool) peut aider à expliquer certains comportements amoureux excessifs, voire obsessionnels. Dans certains cas, on retrouve dans le comportement amoureux un harcèlement, de la violence, suicide et dépression. L'amour romantique peut être considéré comme une forme de dépendance similaire à la dépendance aux sports, ou à l'exercice physique. En cas de manque, un sentiment d'inconfort surgit. En cas de manque sévère, un comportement agressif, violent ou dépressif peut apparaître.


En pratique

L'expérience amoureuse n'est pas une maladie, n'est pas un état pathologique. Pour la plupart des gens, on peut comparer le sentiment amoureux au plaisir du sport, au plaisir artistique, c'est un comportement joyeux, optimiste, sain, qui s'accompagne d'euphorie, de motivation et de projets. Ce sentiment amoureux est indispensable pour la survie de notre espèce comme les autres besoins essentiels de l'être humain.

Comme d'autres comportements, l'addiction peut surgir. En cas d'amour romantique, d'une attirance sexuelle forte, certaines personnes peuvent apparaître obsessionnelles, confuses, addictes ou même en état second car le contrôle cérébral raisonnable s'affaiblit, alors que d'autres personnes vont vivre la même expérience, les mêmes pensées et les mêmes sentiments d'une façon différente, avec motivation et esprit positif.

Schématiquement, en prenant l'approche neurobiologique, la relation amoureuse ou l'attirance sexuelle active des zones bien précises dans le cerveau, les mêmes zones responsables de la dépendance et de l'addiction, utilisant la même procédure : anticiper le désir, rechercher la satisfaction. Cet état amoureux évolue vers une relation modérée pour le reste du cerveau humain, s'accompagne d'émotions, de raisonnements, d'une construction consciente à la recherche de l'intimité, et de la relation durable.

 

Mais chez certaines personnes, surtout les personnes affectées d'anxiété, victimes de traumatismes pendant l'enfance, personne dépressive, ou souffrant d'une phobie sociale, l'amour romantique ou l'attirance sexuelle devient une addiction à la recherche d'un soulagement du stress, de l'anxiété, de la dépression ou de la phobie.

Ces personnes prolongent l'amour romantique, l'amour fusionnel, retarde autant que possible, la transformation de l'attirance sexuelle en intimité. La phobie sociale, la peur de l'intimité et ou la dépression invitent ces personnes, à la façon des toxicomanes, à rechercher leur soulagement sans aller plus loin. Dans ce cas, l'amour romantique et l'attirance sexuelle n'évoluent pas vers une relation, mais plutôt vers amour-dépendance, une dépendance affective.

On retrouve le même schéma en cas de rupture amoureuse. En cas de dépendance affective ou d'amour dépendance, la rupture amoureuse devient un sevrage, la personne souffre, refuse d'admettre ce sevrage, et peut manifester vis-à-vis de son partenaire un comportement de harcèlement, de chantage, ou parfois même un comportement violent et dangereux.

Cette approche théorique permet d'aider les personnes en souffrance après une rupture amoureuse ou en difficultés relationnelles. La personne serait invitée, avec l'aide de la thérapie, à comprendre déjà la nature du problème. L'amour n'est pas un problème en soi, l'attirance sexuelle n'est pas un état pathologique, mais peuvent devenir problématiques en dévoilant une dépression, une anxiété, ou une phobie sociale, etc. Le traitement pourra aider à soulager l'anxiété ou la dépression, l'amour romantique peut évoluer vers une relation durable apaisée, de même la rupture amoureuse peut être ainsi mieux acceptée, et rapidement oubliée.

Il s'agit d'un schéma de neurobiologie pour conceptualiser l'amour romantique et l'attirance sexuelle. Ce schéma ne peut tout expliquer bien sûr, mais il a sa place avec les autres schémas qui traitent le sentiment amoureux, y compris les schémas philosophiques ou poétiques.

 

"Je ne veux à l'union de deux ames sincères admettre empêchement.

L'amour n'est point l'amour s'il change en trouvant ailleurs le changement ou s'éloigne en trouvant en l'autre l'éloignement...."

Sonnet 116 de W. Shakespaere

 

Réf

A. Aron, H. Fisher, D. Mashek, G. Strong, H. Li, and L. Brown, "Reward, Motivation and Emotion Systems Associated with Early-Stage Intense Romantic Love," Journal of Neurophysiology, 2005, 93 : 327-337.
J.G. Pfaus, T.E. Kippin, G.A. Coria-Avila, H. Gelez, V.M. Afonso, N. Ismail, and M. Parada, "Who, What, Where, When and Maybe Even Why? How the Experience of Sexual Reward Connects Sexual Desire, Preference, and Performance," Arch Sex Behav, 2012, 41(1) : 31-62.
H. Fisher, L.L. Brown, A. Aron, G. Strong, and D. Mashek, "Reward, Addiction and Emotional Regulation Systems Associated with Rejection in Love," Journal of Neurophysiology, 2010, 104 : 51-60.
Cazenave Michel : histoire de la passion amoureuse, éditions du félin, Paris, 2001

 

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Matisse, le dépassement de soi

matisse luxe calme volupte

 

Matisse, l'Art de se dépasser

Tout le monde connait Henri Matisse (1869-1954), le grand peintre. Toute sa vie fut consacrée à son œuvre principalement à la peinture.
A vingt ans, pendant un séjour à l'hôpital pour appendicite, il commence à dessiner. Travailleur acharné, il suit des cours de dessins notamment à Paris et commence à exposer en 1896 au salon des 100.
Peintre classique de natures mortes, il suit des cours de sculptures, découvre bientôt l'impressionnisme.
En 1905 il participe au salon des indépendants où ses tableaux sont qualifiés de " fauves " en raison de couleur flamboyante et provocante et d'une simplicité des formes inhabituelles intriguant les critiques d'art de l'époque.
Le mouvement du fauvisme est lancé. Il devient un peintre reconnu, célèbre.

 

matisse femme au chapeau


Ses tableaux sont achetés par les marchands d'art notamment les Stein.
Sa renommée grandit et son art s'exporte aux Etats-Unis où il influencera l'art abstrait dans cette quête de simplification des formes.

Tout le monde connait ses toiles joyeuses baignées de couleur dorée qu'il peindra dans le sud de la France, à Nice ou en Corse.

A l'apogée de son art, il tombe malade. Opéré du colon, il s'en suit une éventration le rendant incapable de rester debout longtemps, trop affaibli pour peindre.

 

matisse nu en bleu

 

Avec force et ingéniosité, malgré son âge, il dépassera cette incapacité physique et inventera une nouvelle technique pour peindre : à l'aide d'assistante, il fait des collages de papiers gouachés découpés aux ciseaux sur de grande toile murale qui produiront une très grande simplicité à la composition. L'effet est immédiat, le résultat est magnifique, d'une simplicité et élégance jamais vues ; il réussit de façon inattendue à produire ce qu'il recherchait depuis des années.

Ces dernières compositions sont connues dans le monde entier : les nus bleus, la gerbe de fleurs, l'escargot, la tristesse du roi, emblématiques de l'art moderne.

 

matisse la gerbe


Certains considèrent ces dernières productions comme les plus appréciées de son œuvre.

A la fin de sa vie, il écrivait à un ami :

 

 " J'ai toujours essayé de dissimuler mes efforts, j'ai toujours souhaité que mes œuvres aient la légèreté et la gaieté du printemps qui ne laisse jamais soupçonner le travail qu'il a coûté."

 

 

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Pourquoi Austen redevient populaire ?

Ausen si moderne

Pourquoi Austen redevient populaire ?

Comment expliquer la popularité à notre époque de Jane Austen surtout parmi les femmes ? Est-ce le retour de l'amour romantique ? Est-ce par la féminisation de notre société et de notre mode de vie ? Est-ce par les changements de nos rapports au couple? Sans doute un peu tout cela.

Dans nos sociétés occidentales apaisées, riches, sans guerre depuis une ou deux générations, et basées sur l'individualisme, le couple prend une importance particulière. Il est la traduction de l'amour, la dernière cellule de résistance à l'individualisme, le dernier havre de paix dans une société sans liens. L'amour moderne est différent de l'amour romantique de Jane Austen par ses liens avec la sexualité, l'érotisme et la réalisation de soi.

Dans une société occidentale permissive, une jeune femme à l'âge d'Élisabeth Bennet se retrouve pratiquement dans la même situation qu'Élisabeth Bennet, en dépit des spectaculaires changements de la condition féminine.

citation autsen francais anglais

 


Comment choisir le bon partenaire? Comment savoir si cette relation est sincère? Comment se réaliser dans un couple sans se perdre? Comment dépasser l'attirance sexuelle vers l'amour? comment éviter le célibat et ses pièges ?

Dans son livre, la déliaison amoureuse, Serge Chaumier décrit la crise de conjugalité dans la société française (page 17) : «la crise de la conjugalité ordinaire ne s'exprime pas seulement par un record de séparation, par des unions de plus en plus brèves et successives, des monogamies séquentielles, mais aussi par un taux non négligeable de personnes célibataires. Louis Roussel pronostique que la perspective d'ici 15 ans d'un célibat définitif de 25 % de la population ne paraît pas déraisonnable.»

 

citation autsen mansfield park francais anglais

 

Cette crise de conjugalité rappelle étrangement le fondement du travail romanesque de Jane Austen ; si les héroïnes de Jane Austen cherchaient le mariage pour des raisons financières et sociales, une fille de 25 ans aujourd'hui risque d'avoir le même problème pour des raisons différentes : trouver le partenaire adéquat pour accéder à une sexualité épanouie, à la maternité, et à la sécurité émotionnelle et financière du couple. La conception de l'amour romantique chez Jane Austen coïncide, en partie, avec notre conception moderne de l'amour romantique. L'importance n'est pas dans la similarité entre deux modèles d'amour, mais dans leurs différences. Élisabeth Bennet insistait sur l'amour pour réussir un couple, et non pas de trouver l'homme de sa vie. L'amour pour Bennet est un moyen pour une meilleure qualité de vie, il devient à notre époque, selon nos conceptions de l'amour romantique hollywoodien, une fin en soi où il faut aimer pour exister. Dans une époque de crise de conjugalité, de couples, de célibat, de difficultés à rencontrer, de sites de rencontres payants, de cabinets de conseil sur la drague, et la séduction, Jane Austen devient plus moderne que jamais.

citation autsen oregueil et prejuges francais anglais


Elle aurait conseillé les femmes et les hommes à la recherche de l'amour du couple : de ne pas cultiver leurs sentiments et leur attirance avant d'être certains de la réciprocité et de la bienveillance de l'autre, pour éviter souffrance et frustration.

 

citation autsen raison et sentiments francais anglais

Elle aurait conseillé surtout de ne pas chercher un modèle, de ne pas rejeter les gens qui ne correspondent pas à ce modèle, mais d'avoir l'intelligence de discuter d'autres modèles et d'autres possibilités. Ne pas chercher toujours l'attirance sexuelle comme la seule justification d'un couple.

 

Ne pas être cyniques, de ne pas être cruels. Les héroïnes chez Austen sont sympathiques, charmantes, souriantes, pleines de vie, capables de plaisanter, attachantes. Ces héroïnes ont toujours su distinguer le désir de la raison, l'insignifiant de l'essentiel.

 

Pour commander ce livre en format numérique Mobi ou kindle :

https://www.amazon.fr/dp/B016ASWM9M

Pour acheter ce livre imprimé :  https://tsw.createspace.com/title/6309841

 

 

 

 

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Vermeer, peintre érotique ??

vermeer jeune fille perle tableau

Vermeer et l'art érotique

L'érotisme est un discours sur l'amour, une métaphore sur le désir et l'attirance sexuelle. Ce terme désigne une suggestion, une représentation raffinée et sophistiquée des émotions et des gestes liés à la sexualité.
L'érotisme évoque l'amour physique via des gestes sensuels, des mots ou une attitude. Contrairement à la pornographie, l'érotisme suggère mais ne montre pas et  possède une dimension artistique.


Comment réagit-on face à un tableau érotique ou  à un texte érotique ?
Les œuvres d'art, comme les textes littéraires peuvent être sensuels, attirants par leur beauté et par leur contenu.

Johannes Vermeer naît à Delft en 1632. Sur les trente-sept tableaux attribués au peintre, la musique et les instruments de musique figurent à dix reprises, l'instrumentiste est toujours une femme. La lettre (d'amour en général), lue ou écrite, revient à plusieurs reprises et c'est toujours une femme qui lit ou écrit. Les bijoux sont présents et ce sont essentiellement des perles portées en boucles d'oreilles ou en collier. Les activités domestiques ne sont évidemment pas omises : dentellière, jeune femme à l'aiguière, laitière.

Le thème omniprésent est la féminité. La popularité actuelle de Vermeer correspond probablement aux valeurs de notre temps : l'occident du début du 21e siècle est l'époque de l'histoire de l'humanité la plus favorable aux femmes et à la féminité.

Depuis quelques années, certains trouvent dans les tableaux de Vermeer des métaphores érotiques.
On peut citer l'exemple du tableau la laitière peint par Vermeer (1657-1658). Les laitières avaient une réputation de disponibilité sexuelle aux Pays Bas dans ce 17ème siècle. Certains chercheurs suggèrent la présence d'un message érotique. La présence d'un chauffe - pieds ou une chaufferette sur le plancher peut suggérer le désir féminin (le chauffe-pieds chauffe sous la jupe d'une femme).

 

vermeer laitiere

 

Un roman à succès puis un film relativement récent suggèrent ce message érotique.

Autre tableau de Vermeer : La Jeune Fille à la perle. Il s'agit aussi d'un film britannique réalisé par Peter Webber, 2003, adaptant le roman de Tracy Chevalier.

Ce roman raconte l'arrivée de la jeune Griet, servante dans la maison du célèbre artiste Johannes Vermeer. La douceur, la sensibilité et la vivacité de la jeune fille émeuvent le maître, qui l'introduit peu à peu dans son univers pour l'aider dans son atelier et aussi pour poser. Elle sera le modèle pour son tableau : la jeune fille à la perle. Quand on dévoile le tableau, la force érotique de ce portait choque la famille et surtout l'épouse du peintre qui perçoit une intimité et une sensualité coupables. La perle, la lueur étrange sur les lèvres de la fille du tableau comme des lèvres qui viennent d'être humectées par un baiser, un certain regard complice et intime.

 

vermeer jeune fille perle film

Ces analyses des tableaux de Vermeer suggèrent que l'art érotique est capable de provoquer des sentiments sexuels et de cultiver le désir des spectateurs. Dans certains cas, l'art érotique n'a pas toujours besoin d'être sexuel explicite. Parfois on utilisait les symboles pour ajouter à l'art une dose discrète d'érotisme comme le faisait Vermeer.
C'est la lecture actuelle de certains tableaux du grand peintre.

 

 

 

 

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Flaubert décrit les égos sur Facebook

Comme sur Facebook, Instagram, on lit les histoires de chacune, de chacun, sous une forme de surenchère, bon enfant souvent, perfide parfois, ou rusé pour faire enrager les autres. Livrer régulièrement à ses amis la version « luxe » de sa petite existence, documentée par des photos radieuses : vacances inoubliables, baisers sur la plage, seins parfaits, fêtes mémorables, cadeaux insensés, chatons adorables, spa de folie, enfants angéliques. Le reste, le médiocre, le moins joyeux, est censuré.

egos moi individualisme egotisme facebook

Egos en guerre

Je fréquentais il y a quelques années un forum de célibat où des filles célibataires discutaient, mettaient leurs photos, pour organiser une rencontre. Les photos sont devenues de plus en plus dénudées, puis des photos nues sont apparues.

D'autres mettaient en ligne les photos de leurs vêtements, sous-vêtements, leurs achats et même de leurs meubles de cuisine. Nous autres, les hommes connectés, on souriait, on envoyait quelques commentaires, on regardait étonnés au début, indifférents par la suite. Les filles parlaient de leur quotidien dans une sorte de surenchère entre la belle du forum et les autres filles, entre « la sexy » et les autres, la mince et les moches.

Puis le forum s'est transformé en bataille d'égo. Celle qui montre son corps faisait réagir (enrager) les moins jeunes, les moins minces. Celle qui montre ses rencontres faisait hurler les célibataires. Ainsi le forum est mort progressivement. Il y avait une souffrance,... même si tout le monde relativisait.


Quand Flaubert décrit les réseaux sociaux

Ce comportement me fait penser à Flaubert et à son héroïne. Les rêveries d'Emma ont été à l'origine du concept de fantasme sexuel, il a fallut attendre Freud pour remplacer le mot "bovarysme" par fantasme.

 

Au début du 20ème siècle, Emma Bovary fut l'exemple de la femme victime de la société de consommation qui gagna les esprits après la révolution industrielle.


Pour les féministes, Emma est l'exemple de la femme dépendante des hommes, elle est victime des hommes. Pour les non-féministes, elle est la vénale, l'infidèle, femme consommatrice de sacs à main, chaussures et aussi de sexe ; Charles son mari est l'exemple de la disparition du pouvoir masculin selon certains, le "cocu heureux" qui cherche à plaire à sa femme.
Monsieur Bovary existe aussi. Et il commence à jouer le jeu.

 

citation flaubert Mme Bovary

 

Fear of missing out

Depuis quelques années, ce comportement provoqué par les réseaux sociaux pointe son nez, ces femmes qui souffrent en lisant ou regardant la vie (réelle ou rêvée) d'autres femmes, les robes, les voyages, les amours torrides sur les plages exotiques des web. Elles encaissent frustration et jalousie comme Emma Bovary.

Les anglais nomment cette souffrance "Fomo" « fear of missing out » « peur de manquer quelque chose » ou le bovarysme de Facebook, en attendant d'autres termes plus précis.
Flaubert est encore là, au delà du style ou même de la littérature. Le bovarysme, sentiment de frustration éprouvé par Madame Tout-le-Monde, quand elle constate combien son train-train quotidien est pauvre comparé à la vie (réelle ou plus souvent imaginaire) d'autres femmes sur le net.


Arthur C. Brooks écrit dans le New York Times : « nous passons, pour les plus atteints d'entre nous, la moitié de notre temps à prétendre être plus heureux que nous le sommes, et l'autre moitié à regarder combien les autres semblent être bien plus heureux que nous !!!».

 

Dans une étude publiée par l'université de Boston, on trouve un lien entre le taux de divorce et le temps passé sur les réseaux sociaux. La vision du bonheur conjugal (présumé) d'autrui s'avère apparemment fatale pour beaucoup (ceux qui regardent).


C'est amusant ou affolant d'apprendre qu'il ne s'écoulera pas plus de dix minutes désormais, entre l'arrivée d'un client dans un hôtel à l'autre bout du monde et le moment où il poste un selfie pour se montrer, frimer et fanfaronner devant les autres.


Évidemment les plus fragiles, ados, dépressifs, trentenaires fauchés ou esseulés, salariés précarisés, jeunes parents, maman solo, les malades, les obèses, les couples à la dérive, sont les plus exposés aux effets pervers de cette mise en scène de soi. Ils risquent une dose dangereuse de bovarysme.

Les plus équilibrés se contentent d'éprouver un petit blues du dimanche soir, quand ils ont passé le week-end à repeindre leur salon alors que les autres ont passé l'après midi dans un hôtel ou la soirée du samedi dans un restaurant (de rêve bien sûr).

On vit avec les réseaux sociaux, au rythme de journaux peu intimes, destinés à la promotion efficace de « Moi Moi Moi ».

 

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The virtuose : hommage à Benjamin Britten

 

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Virtuose et Britten ?


Si vous ne connaissez pas Britten, regardez le film « the virtuose » film du canadien F. Girard avec Dustin Hoffmam et Garrett Wareing, un orphelin à la voix magnifique deviendra un virtuose sous la direction du maître de chœur Hoffman qui le prendra sous son aile.
Ce film met en valeur le chant choral dans une institution renommée qui en profite pour faire des tournées mondiales avec les jeunes prodiges du chant qu’elle forme.

 

Virtuose2

 

Vous serez émerveillé d’entendre entre autres A Ceremony of Carols de Britten, un pur ravissement pour les oreilles.... Cette série de chant choral composé sur des poésies anglaises populaires du XVème et XVIème (The English Galaxy of Shorter Poems) autour du thème de Noël comprenant This little Babe, that yongë child, Balulalow etc.


Britten né en 1913 est grand mélodiste, créateur de la mélodie anglaise moderne et du renouveau de l’opéra anglais au XXème siècle. Célèbre dans le monde anglo-saxon, il reste peu connu en France.

 

britten1

Car l’œuvre de ce compositeur est orientée principalement vers la musique vocale, compositeur moderne et aussi un digne héritier d’Henry Purcell (variation et fugue sur un thème de Purcell). Toute la vie de ce musicien contemporain sera tournée vers la musique.


L’été 1928 Britten écrit sa première œuvre absolument personnelle, les Quatre Chansons françaises (sur deux poèmes de Verlaine, deux de Victor Hugo). Britten met ici en musique une langue étrangère, qui impose une signature toute personnelle.
En 1937, Britten voit son premier succès international : Variations sur un thème de Frank Bridge données au festival de Salzbourg.


En 1939, la guerre approchant, Benjamin Britten s’exile aux États-Unis. Il y compose énormément, notamment Les Illuminations (sur la poésie d’Arthur Rimbaud), la Sinfonia da Requiem, et son Quatuor à cordes n° 1.
En 1942, Benjamin Britten âgé alors de 28 ans quitte l’Amérique et durant la traversée qui le ramène vers son pays, il compose A Ceremony of Carols opus 28 pour voix d’enfants et harpe sur des poésies anciennes anglaises.
Il achève ensuite la composition de son premier opéra, Peter Grimes, opéra le plus populaire de la première moitié du XXe siècle.
Il compose beaucoup et accorde beaucoup d’importance à ce que sa musique soit accessible et facilement jouable ; Albert Herring et The Turn of the Screw (Le Tour d'écrou) voient le jour.
Le folklore de son pays l’inspire aussi, comme avec folk songs

 

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Ce compositeur infatigable et prolifique meurt en 1976, anobli par la reine.
A voir et entendre ...

 

 

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« Outlander » : femmes fortes qui aiment les hommes

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« Outlander »: féminisme, amour, et romance

Produite par la société Starz, Outlander termine sa deuxième saison. Il s’agit d’un feuilleton divertissant, soigné, qui mérite d’être vu.
Tirée du roman de Diana Gabaldon, la série Outlander est un compromis entre le fantastique et la romance historique.
C’est une histoire de triangle amoureux, de sexe, de guerre. Le succès de Game of Thrones a attiré l’attention des producteurs sur un éventuel changement du goût des téléspectateurs en matière de sexe, de violence, de relations amoureuses, de nudité, et de paysages.

 

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Une dose de science fiction


Outlander est adapté du livre culte de l'écrivain américain Diana Gabaldon de 896 pages. Une recette intelligente et si efficace : une dose de science fiction pour voyager dans le temps d’une infirmière appelée Claire Randall (Caitriona Balfe) qui se rend en Ecosse en 1945 avec son mari Frank (Tobias Menzies), dans l'espoir de raviver leur relation. Claire est le témoin d’un rituel ancien se déroulant sur une colline entourée de pierres levées. Elle se retrouve alors, transportée dans le temps en Ecosse de 1743, une femme seule dans le feu croisé de la rébellion écossaise "jacobite" contre les Anglais.

 

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Décors, paysages, costumes et aventures


Un monde vert vallonné riche de rivières, de montagnes brumeuses, de forêts et de châteaux. Elle découvre que son mari (ou plutot son ancêtre) était présent au 18ème siècle, comme un anglais terriblement cruel qui pourchassait les Highlanders. Elle va tomber amoureuse d’un jeune, beau et héroïque écossais Jamie Fraser (Sam Heughan). Claire est déchirée entre son mari du 20ème siècle et son amoureux du 18ème siècle, entre la fidélité et le désir, entre deux hommes très différents dans deux vies irréconciliables.
Comme ils se déplacent avec leurs plans pour essayer de mettre fin à la rébellion jacobite, Claire et Jamie s'intégrent dans la société écossaise puis dans la société française.
Une partie de la deuxième saison se déroule en France. Versailles, spectacle, décors, costumes, jardins et raffinement.

Comme une romance historique, Outlander dessine le désir comme le plaisir d’être avec son amoureux  et la douleur quand l’autre est loin ou en danger.
Claire et Jamie flirtent tout le temps, leur passion est à la fois romantique et sexuelle.

 

Violence

Meurtres, guerres, maladies, canons, batailles, et agressions sexuelles. L’approche de la violence dans cette série est moins spectaculaire que dans Game of thrones sauf en ce qui concerne la relation entre les deux amoureux. Oulander reflète la violence d’un monde sans justice sociale, un monde cruel, ignorant, sauvage et sans sécurité.

Il existe certains écarts entre le livre et la série, comme donner à Jamie la voix off , alors que le livre lui, est raconté par Claire, ou comme la guérison de Jamie après son agression, mais la série reste fidèle globalement au livre.

 

Nudité

Peut-on parler de nudité de bon goût ? En tous cas, la nudité est présente sans agresser, sans choquer. La nudité masculine comme la nudité féminine. Curieusement, la nudité de Jamie est plus discutable, son corps est parfois traité comme un produit d’appel. Dans certains passages, la nudité masculine est totale (le pénis est montré.)

 

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Femmes fortes, féministes un peu

Les femmes sont fortes dans cette série. Elles ne subissent pas, elles agissent. Claire et les autres femmes font l’amour avec consentement, font des enfants, font la guerre avec courage et défendent leurs hommes et leurs villages sans hésiter.
On voit également certaines nouveautés. Claire est une femme sans culpabilité avec son désir, n’a jamais honte de son corps ou de sa sexualité. Elle aime le corps de son homme, et revendique son droit à ce plaisir. On parle de règles, du lait, d’allaitement... le féminin est normalisé ou presque.


Claire est un personnage positif, dans sa lutte pour la survie, et dans son intimité. Cette série est une épopée imaginaire, un brin féministe, une approche historique et réaliste de la période qui précéda la rébellion Jacobite en Écosse.

 

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La sexualité en feuilleton

Comme dans les autres séries populaires actuelles, Outlander n’oublie pas la sexe.
“Outlander” modifie quelques idées reçues sur le sexe à la télé. Les relations sexuelles entre Claire et Jamie sont romantiques, sans violence, recherchées et désirées. Rien de révolutionnaire dans la représentation de la nudité, de l'intimité, sauf l'intervention du point de vue féminin. Dans cette relation charnelle, il existe une nouvelle définition de la masculinité. Jamie peut être un guerrier, un homme sans merci avec ses ennemis, il est tendre, respectueux, amoureux dans le lit de sa femme. C'est un homme qui montre également sa fragilité et ses doutes sans être pour autant un antihéros, ou un homme anxieux.


Claire est une femme sexualisée, épanouie, sans chercher à se victimiser, ou à afficher sa fragilité.


Par exemple, dans l'épisode du mariage de Claire et Jamie, on voit une nouveauté. L'érotique est raconté du point de vue féminin. Claire n'acceptera pas une nuit de noces lapidaire ou violente. Le couple va parler, échanger. Chaque partenaire va apprivoiser les émotions et les sentiments de l'autre. Jamie, malgré sa masculinité, acceptera volontiers d'être initié par Claire. Finalement, ils ont des rapports sexuels pour la première fois.

La clé du succès de cet épisode est dans la danse de ce couple. Pas après pas, le couple va créer une sorte d'intimité. Cet épisode a été dirigé par une femme, Anna Foerster, et écrit par une autre femme, Anne Kenney. Il semble que ce fait a joué un grand rôle dans la réussite de l'épisode du mariage.
Vers la fin de leur première nuit ensemble, Claire a demandé Jamie de se déshabiller pour elle. Elle touche son corps, pour apprendre à le connaître, à l’apprécier.


Outlander est une série intéressante, avec des nouveautés, sans oublier l’essentiel : suspense et divertissement.

 

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Girlfriend Experience : le sexe dans le froid urbain

Comme le film, The Girlfriend Experience, la série est une histoire de prostitution. Une jeune et jolie étudiante en droit, Christine est admise comme stagiaire dans un grand et célèbre cabinet d’avocat de Chicago. Les études coûteuses, sa libido, et son ambition personnelle vont la conduire à rejoindre, par l’intermédiaire d’une amie le monde des Escorts girls.

 

Girlfriend Experience 1

Girlfriend Experience

Brillamment interprétée par Riley Keough, la petite-fille d'Elvis Presley Riley Keough. Christine Reade est une femme intelligente qui a compris la société. Elle joue son rôle à la perfection : la comédie de la vie, du travail, où tout est écrit et appris par cœur. Rien de spontané dans un monde où l’on enregistre et filme tout. Et à certains moments, elle est presque rigide voire autiste.


Solitaire, ses relations même avec sa famille sont compliquées.
Pas d’ami, elle le répète. Elle ne fait confiance à personne, ne se livre pas, garde tout pour elle, dans un souci de maîtrise. Je n'ai pas d'amis. Je ne veux pas partager mon temps avec les gens, sauf pour accomplir quelque chose, répond Christine à sa sœur.


Ce détachement fait de Christine un personnage fascinant et frustrant dans ce monde d’aliénation économique et sexuelle. Emy Seimetz et Lodge Kerrigan ont écrit et réalisé 13 épisodes de 30 minutes à partir du film portant le même nom de Soderbergh. Les deux premiers épisodes sont médiocres.


Le premier jour, son patron David (Paul Sparks) arrête ses tentatives pour faire preuve d'initiative en lui ordonnant de simplement copier-coller les documents. Avery l'invite à prendre un verre en échange d'argent avec un avocat. Elle est enfin admirée par les hommes qui dirigent. Plus tard, quand elle a rassemblé une liste de clients, elle regarde froidement d'une fenêtre de voiture de banquette arrière à un groupe d'hommes en costumes. La dynamique de pouvoir favorise la jeune femme, pour un instant.

 

Girlfriend Experience3


La corruption est partout dans la série sauf dans le sexe : dans ce cabinet juridique, dans la famille de Michaël prête à tout pour récupérer l’héritage, dans la fausse amitié d’Avery, dans l’agence d’Escorts et dans les amours mensongers des clients. Le sexe devient un geste naturel calme et sans complexes.
Dans une société capitaliste, tout est transactionnel», explique Kerrigan. « Chaque travail est transactionnel Il y a toujours un jeu de pouvoir ». Girlfriend Experience devient à partir de quelques épisodes un tableau passionnant des relations humaines dans un contexte d’argent, d’ambition et de pouvoir. Le sexe n’est qu’une carte à jouer parmi d'autres.

 

Intimité dans un monde urbain connecté

Christine Read accepte de rencontrer des hommes, en dehors de ses heures de cours et en marge de son emploi de stagiaire dans un grand cabinet d’avocats, pour améliorer son train de vie, pour accéder à un certain confort. Loin de lui apporter la liberté désirée, elle va perdre son travail, ses études et son identité.


Le client paie pour qui je ne suis pas, dit elle. Elle est dans un monde une prison urbanisée, hiérarchisée et normalisée.


Le portrait de la prostituée moderne, indépendante, occasionnelle, cultivée, bien éduquée qui se vend cher, sélective, déterminée, ambitieuse. Internet a modifié définitivement le monde des rencontres. L’escorte est une prostituée de luxe, qui offre le sexe et l’intimité. C’est la petite amie rêvée, ou l’épouse idéale. Elle offre à ses riches clients, au-delà du sexe, du temps disponible pour les écouter.


Pour ne pas perdre le contrôle, l’étudiante a un garde-fou : le sexe, seul plaisir qu’elle s’autorise, seul moment de relâche où elle se permet de fermer les yeux. Lors de ses rencontres, elle se détend complètement et s’échappe un instant de sa difficile réalité. Elle le pensait , mais elle est surprise dans un moment d’intimité par une caméra,

Christine n’en reviendra pas. Elle atteint son plaisir en solo. Dans sa vie factice, le bonheur et l’amour semblent lui manquer cruellement, comme d’ailleurs aux autres personnages.

Le sexe et le genre sont liés dans la société moderne. L’ambition d’une femme est une question compliquée. Le sexe n'a plus un facteur déterminant dans la vie d’une femme, mais demeure toujours un jeu de pouvoir dans la société.

 

Girlfriend Experience 2


C’est quoi l'intimité, dans un contexte professionnel ou dans un contexte transactionnel, dans une société capitaliste avancée où tout a un prix ?
La première saison se termine par l’image de l’Escort en train de se masturber, pour trouver son réel plaisir.


The Girlfriend experience est une série originale, intelligente et subtile qui, si elle ne plaît pas à tout le monde, mérite d’être vue, c’est une écriture délicate et une belle réalisation.

 

 

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La madeleine de Proust au secours du stress post-traumatique

stress-post-traumatique

Après un accident de voiture, la personne accidentée revoit les images de l'accident, entend à nouveau les bruits, les crissements de frein, le choc des véhicules, sous forme de sensation douloureuse qui l'empêche de reconduire ou l'empêche de dormir.
Après un traumatisme, la victime peut oublier cette agression pendant des années, puis un geste, un mot, tout ressurgit. La douleur est là, la peur est là, la colère aussi. On appelle ce trouble : le stress post-traumatique.

 

On appelle ce trouble : le stress post-traumatique

 

Parfois, on passe dans un lieu, notre mémoire s'active, des images oubliées apparaissent, des sensations que nous avons vécues, remontent à la surface.
Ces souvenirs peuvent être toute une vie comme dans l'immense roman de Marcel Proust : à la recherche du temps perdu, ces souvenirs peuvent être un moment douloureux, ou un moment joyeux.

 

La madeleine de Proust et les arbres de Balbec

 

Le souvenir ramène notre passé dans le présent, nous permet de retrouver " le temps perdu ". C'est comme un fichier présent sur le disque dur de votre ordinateur, quand vous l'éditez, vous retrouvez les éléments que vous avez sauvegardés, de plus ce ficher devient modifiable.
C'est le roman de Proust :  La Recherche du temps perdu parle de la mémoire, des souvenirs, et surtout de souvenirs " involontaires ".

 

L'expérience de la petite madeleine, qui déclenche " le plaisir délicieux ", qui accompagne la résurrection du monde oublié et perdu de l'enfance.

 

Je sentais qu'elle (cette puissante joie) était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu'elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D'où venait-elle? ...Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m'apporte un peu moins que la seconde. Il est clair que la vérité que je cherche n'est pas en lui, mais en moi.

 

Ce " souvenir involontaire " inaugure la reconstruction du passé, aide à reconstruire ses mémoires, à les réécrire, à retrouver le temps.
Proust, distingue la mémoire volontaire qui restitue le passé et la mémoire involontaire qui surgit, qui permet de revivre le passé, et de se l'approprier.

 

"une sensation à la fois dans le passé, ce qui permettait à mon imagination de la goûter, et dans le présent où l'ébranlement effectif de mes sens avait ajouté aux rêves de l'imagination ce dont ils sont habituellement dépourvus, l'idée d'existence,...

Ce souvenir est déclenché par le goût et la saveur du petit morceau de madeleine, par la vision des clochers à Martinville, l'odeur des fleurs de tilleul, par la vision des trois arbres à Balbec ou par les pavés inégaux dans la cour de l'hôtel des Guermantes.

 

Ces éléments ont déclenché à chaque fois un souvenir involontaire, qui appelle des souvenirs oubliés, inaccessibles. Ce souvenir " involontaire " décrit par Proust ressemble partiellement au concept de l'inconscience de Freud.

 

Quand Proust mangeait ses madeleines et jouait au psy

 

Marcel Proust a été le premier écrivain à indiquer de façon convaincante comment nos identités, décisions et nos réactions sont façonnées par nos souvenirs et nos expériences. Cette réalité se reflète fortement dans certaines maladies mentales comme le trouble de stress post-traumatique.

Dans le stress post-traumatique, les souvenirs du traumatisme sont parfois oubliés, mais surgissent, réalisent des intrusions involontaires et incontrôlables, pour provoquer chez la personne des peurs, des souffrances. Ces personnes peuvent finir par éviter tout ce qui rappelle leurs traumatismes, en évitant les voitures et les moyens de transport après un accident, en évitant toute rencontre et toute sexualité après un viol. Ces patients peuvent chercher dans les drogues un confort, dans certains cas le risque de suicide n'est pas loin.
Il s'agit d'un phénomène qui ressemble étrangement à la madeleine de Proust. Après un viol, après un attentat, la victime cherche par le deuil à digérer un événement, à exprimer sa colère, puis à passer à autre chose.

Mais il reste ces souvenirs oubliés, inaccessibles, qui surgissent lors d'un baiser, ou d'un bruit. Ces souvenirs de traumatismes agissent sur la conscience, provoquent une détresse, et replongent la victime dans la souffrance.

 

On retrouve le même phénomène dans l'addiction où les souvenirs de la consommation influencent les réactions, invitent les personnes à continuer leur addiction. Il suffit de voir un paquet de cigarettes, il suffit parfois de parler du tabac pour que le cerveau d'un ancien fumeur s'active, poussant la personne à fumer de nouveau. Cela explique pourquoi les médecins parlent d'anciens fumeurs, et d'anciens alcooliques.

 

Peut-on modifier nos souvenirs toxiques

 

Nous aimons tous croire que nos souvenirs sont fiables, permanents, et sont bien classés.

En fait, les études confirment le contraire. Notre cerveau ressemble à un disque dur mal entretenu. De nombreux fichiers sont oubliés, mal nommés, et parfois inaccessibles. Ces fichiers existent, mais la personne n'arrive pas à les retrouver pour les modifier.

 

Le processus de modification des souvenirs est un élément important dans le traitement de certains troubles. Ce processus est nommé la reconsolidation de la mémoire.
Quand une mémoire est activée, les souvenirs ouverts sont modifiables. La reconsolidation de la mémoire offre à la victime la capacité de réécrire sa mémoire. Dans une étude publiée en août 2014, les chercheurs de l'université de Bochum en Allemagne ont publié une analyse, en soulignant que La "Reconsolidation de la mémoire" est probablement parmi les phénomènes les plus passionnants dans les neurosciences cognitives d'aujourd'hui. Il suppose que les souvenirs peuvent être modifiés une fois qu'ils ont été récupérés. Ceci donne l'occasion de changer les souvenirs indésirables." explique le Dr Lars Schwabe.

 

100 ans après Proust, la première preuve de reconsolidation de la mémoire (réécriture de la mémoire) chez l'homme a été publiée dans une étude en 2003. Depuis cette date, d'autres études confirment cette possibilité.


La reconsolidation de la mémoire, c'est le "temps retrouvé", ce processus important, est de plus en plus utilisé dans le traitement comportemental cognitif. La personne retrouve le temps, verbalise sa mémoire, affronte à nouveau sa souffrance pour en finir une fois pour toutes.


À la différence de la madeleine de Proust, ou les trois arbres de Balbec qui ont enchanté la mémoire de Proust par le monde merveilleux de l'enfance, la reconsolidation de la mémoire est un traitement pour soulager les personnes affectées par le stress post-traumatique, par une addiction, ou après une aggression ou un accident et par d'autres formes d'anxiété.

 

 

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25 Haïku de Bashô Matsuo

Haiku Basho

La poésie Haïku

 

La poésie de haïku est une forme particulière de la poésie classique japonaise. En japonais hai signifie "inhabituelle" et ku signifie " strophe". Le haïku utilise de nombreuses techniques pour construire une image surprenante, transcendante, qui invite à la réflexion.
On trouve les premiers Haïku au 7ème siècle A-C écrits selon les formes et les cultures de leurs époques.

L'écrivain Robert Penn Warren, a expliqué le Haïku :


" Examen riche et détaillé d'une expérience particulière, avec une conclusion sous forme de déclaration tranquillement ironique ou modeste. Comme si le poète estimait que l'économie du commentaire est indispensable pour ne pas altérer la qualité de l'expérience ".


Ce commentaire minime est caractéristique de la poésie Haïku.
Malgré le temps, cette poésie demeure populaire au japon. Certains auteurs contemporains considèrent cette poésie comme " la plus grande et la plus fleur de l'art japonais ".
Le haïku est une expérience esthétique, immédiate qu'aucune autre forme littéraire ne peut décrire.

 

Bashô Matsuo

Bashô Matsuo, ou Basho, est un poète japonais du XVIIe siècle.
Il est considéré comme l'un des quatre maîtres du haïku japonais : Basho, Buson, Issa, et Shiki.

Ses haïkus traitent de sujets en lien avec les émotions comme la mélancolie et la joie, en lien avec la nature. Dans ses poèmes, il évoque toujours la condition humaine, sa fragilité par rapport à la grandeur de la nature et par rapport au temps.

 

1
La fraîcheur
J'en fais ma demeure
Et m'assoupis.

 

2
Rien dans le cri
des cigales suggère qu'ils
sont sur le point de mourir

 

3
Automne obscurité
descend sur cette route
Je voyage seul

 

4
Avec de jeunes feuilles
j'aimerais essuyer
vos gouttes de larme

 

5
De quel arbre en fleur ?
Je ne sais pas.
Mais quel parfum !

 

5
Ce couchant d'automne
On dirait
Le Pays des ombres.

 

7
Mes larmes grésillent
En éteignant
Les braises.

 

8
Viens
Allons voir la neige
Jusqu'à nous ensevelir !

 

9
Au printemps qui s'en va
Les oiseaux crient
Les yeux des poissons en larmes.

 

10
Pause entre les nuages
la lune repose
dans les yeux de ses spectateurs.

 

11
Ce chemin.
seule la pénombre d'automne
l'emprunte encore.

 

12
Le papillon
parfumant ses ailes
amoureux de l'orchidée

 

13
Laissez-nous poser
ces belles fleurs dans le bol
car il n'y a pas de riz

 

14
La première neige molle
les feuilles de la jonquille
émerveillée et prosternées

 

15
Le premier frisson de pluie
pauvre singe, vous pourriez vous aussi utiliser
une cape tissée de paille

 

16
Ce matin de neige,
cris du corbeau je méprise
Ah, mais si beau !

 

17
Allons- nous rencontrer à nouveau ?
ici, à votre tombe fleurie
deux papillons blancs

 

18
Ces fleurs d'été flétries !
les seuls vestiges
des guerriers invincibles et leurs rêves ...

 

19
Parmi les graffitis
un nom illuminé
Le tien

 

20
Assis tranquillement, sans rien faire,
le printemps arrive,
l'herbe pousse, par elle - même.

 

21
Entre nos deux vies
il y a la durée de vie
d'une fleur de cerisier

 

22
Sur une branche nue
un corbeau est perché
soir d'automne

 

23
Enfant de la pauvreté
il commence à moudre le riz,
et regarde la lune

 

24
Combien je désire !
dans ma petite sacoche,
la lune, et des fleurs

 

25
Dans ma nouvelle robe
ce matin,
quelqu'un d'autre.

 

La poésie de Bashô est un outil de révélation et de méditation. Ces poèmes dessinent des émotions, et nous rappellent que le bonheur est de savoir savourer la simplicité, et d'échapper à la tyrannie de nous - mêmes.

 

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Raphaël célèbre deux femmes libres : Sappho et Hypatie

 RaphaelParnasse

Raphaël, Sappho et Hypatie

A Alexandrie, Sappho fut classée, parmi les neuf grands poètes lyriques grecs des VIIe, VIe et Ve siècles av. J.-C. Elle est la seule femme, placée à l’égale des poètes selon les vœux d’Aristote.

Actuellement, personne ne peut se faire une idée précise d’un seul texte intégral de Sappho. La lecture des poèmes de la dixième Muse est constituée de fragments provenant de citations d’auteurs anciens et de textes retrouvés en Egypte à la fin du XIXème siècle sur des papyrus détériorés.

Pythagore (580-494 av J C.) et ses disciples ont fait du nombre 10 un symbole de perfection. Cela invita Platon (429-347 av. J.-C.), à écrire que Sappho (640-570 av. J.-C.) était la dixième Muse, et donna à Zeus, une fille de plus.

L'homme beau ne l'est qu'en apparence.
L'homme bon sera beau également.


"Sappho (Morale)

Traduction Frédérique Verville, éditions Harlean

La dixième Muse nous offre un regard féminin singulier sur le monde antique comme une autre femme, Hypatie la philosophe (370-415). Les œuvres de ces deux femmes sont presque toutes perdues sauf quelques fragments de textes de Sappho.

Dans la Salle des Signatures au Musée du Vatican, Raphael exprime à sa façon son point de vue sur la culture. Il peint le tableau intitulé Parnasse la Muse Calliope. Il associe la muse à Sappho. Sur sa toile, pour la distinguer, il écrit même son nom : Sappho

Raphaelsappho

Il n’était pas simple à cette époque, de convaincre les hommes d’église d’accepter Sappho, une poétesse sensuelle qui chante l’amour et les dieux païens.

Raphaël le fera à nouveau, cette fois pour illustrer la fin tragique d’une autre femme grecque, la grande philosophe néoplatonicienne Hypatie torturée et assassinée par des fanatiques de la chrétienté primitive et fanatique qui voulaient en finir avec le libre savoir grec et avaient entrepris de brûler tous les écrits et tous les livres.

Raphael ecole grecque

Lorsque Raphaël représenta Hypatie, il reçut du Pape, l’ordre de ne pas le faire car, comme pour Sappho, la foi ne devait rien savoir d’elle.

Sur le tableau, Hypatie prit les traits d’un personnage efféminé.

Raphaelhypathie

A sa droite Averroès, à sa gauche Xénophon.

En prenant un risque, le peintre réussit avec talent et intelligence à rendre hommage et à immortaliser deux icones féminines de la pensée antique: Sappho de Mytilène et Hypatie d’Alexandrie.

 

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La passion d’Augustine, un beau film

lapassiondaugustine

La passion d’Augustine : musique, et modernité des femmes


Depuis le 30 mars, ce film canadien est à l’affiche dans de nombreuses salles en France. Je vous invite à allerle voir.

Vous ne serez pas déçu. Vous allez assister à un film drôle, léger, grave par moments, où des morceaux de musique classique glissent avec beauté sur la neige de l’hiver québécois.
Au début des années 60, de nombreux changements vont secouer une petite école religieuse. Concile Vatican II, le gouvernement canadien décide la séparation de l'Eglise et de l'Etat, pour alléger le poids de l’église sur la société québécoise. La scénariste situe son récit entre les murs d'une école de filles tenue par des religieuses. La Mère supérieure, Mère Augustine a fondé cette école de musique dans le couvent. Plusieurs histoires se déroulent en même temps. La nièce de la mère supérieure sera admise au sein de l'institution, une jeune fille qui révèle ses immenses talents de pianiste. En même temps, il s'agit de s'adapter, de se battre pour sauver l’école de musique menacée de fermeture.


Ce film évite les clichés sur les religieuses et les écoles religieuses. La réalisatrice nous accompagne dans les salles de classes, les dortoirs, les couloirs, les salles de musique de ce couvent au bord du fleuve Richelieu. Ces femmes religieuses qui pensaient que les saisons vont se succéder, vont affronter les changements imposés par la modernité et la société, avec courage, et intelligence


Quand elles décident d'ôter leurs voiles, de s’habiller en des tenues plus adaptées aux temps nouveaux, elles expriment leur appréhension, et leur pudeur avec sincérité. C’est un passage de la religion à la spiritualité véhiculée par la musique. Quand la nièce se met à jouer, le spectateur savoure un moment de grâce. Ces religieuses enseignent la musique et non pas un discours dogmatique.


Le film est une surprise, disent les médias de la belle province. Le public a aimé. Le film a reçu des prix au Québec et le prix du public au Festival d’Angoulême. Le film réhabilite ces établissements si décriés dans la belle province dans les années 60.
La réalisatrice a choisi une forme classique sobre et efficace. Les actrices jouent avec justesse dans des images éclairées par une belle lumière et adoucies par le chant choral et par des compositions pour piano. Céline Bonnier, qui joue le rôle de la mère Augustine mérite mention.


Ce film est récompensé plusieurs fois :
- Festival du film francophone d'Angoulême, Prix du Public
- Rencontres Cinématographiques de Cannes 2015, Prix du Public
- Festival du Cinéma et de la Musique de la Baule 2015 - Prix du Meilleur Scénario et Prix du Public
- Festival du Film de Sarlat, 10-14 Novembre 2015
- Festival du Film Francophone d'Albi, Novembre 2015

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Les mots pour lui dire: un bon Hugh Grant

les mots pour lui dire1

Des mots pour lui dire pour passer une bonne soirée

Ce film est sorti en décembre 2015, il est disponible en DVD. Hugh Grant partage l'affiche avec Marisa Tomei, Allison Janne. Ce film est la troisième rencontre entre Grant et le réalisateur Marc Lawrence après les deux films : où son partis les Morgans et le come back.

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4 raisons pour voir le film Boomrang

boomrang, le film

Hier, j'ai vu le film Boomrang de François Favart.

Je l'ai raté à sa sortie en septembre.

En revenant avec sa sœur Agathe sur l'île de Noirmoutier, berceau de leur enfance, Antoine ne soupçonnait que son passé va revenir comme un boomerang. Souvenirs incertains, les non-dits familiaux, les dissimulations. À sa disparition mystérieuse de sa mère, le père choisit la pire solution, le silence. La sœur Agathe préfère ne pas savoir, d'enterrer le passé avec le corps de sa mère. À la fin du film, on découvre qu'il s'agit bel et bien d'un secret, que la mort de la mère n'était pas une noyade mais un drame.

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Pas d'amour sans passion

aphrodite eros

Ni amour ni désir sans la passion,

Selon la mythologie grecque, Eros dieu de l'amour alerta sa mère Aphrodite qu'il ne grandissait pas comme ses frères et ses sœurs mais restait un enfant petit, rose et grassouillet. Aphrodite consulta Thémis à ce sujet. Cette dernière lui répondit : l'amour ne peut se développer sans la passion.


Cette réponse laissa Aphrodite perplexe. Par la suite, elle donna naissance à Antéros, le dieu de la passion. Toujours selon la mythologie, dès qu'Antéros commença à jouer avec son frère, Éros se mit à grandir, et se développa et devint un beau jeune homme élégant et svelte. Mais dès qu'il était séparé de son frère, il retournait lamentablement à sa forme enfantine et à ses habitudes malveillantes.


Éros séparé d'Antéros, c'est le sexe séparé de l'amour, il redevient enfantin et malveillant.

Par la suite, Aphrodite chercha Éros pour le pousser à poursuivre sa tâche : répandre l'amour dans le monde. Mais elle le retrouva en train de jouer aux cartes et de tricher, ce qui illustre un aspect frappant : Éros avait perdu son intérêt pour le sexe par manque de passion.


A l'époque des site de rencontre, des messagerie pour le sexe et le blablabla, la mythologie grecque nous invite à une petite réflexion.....

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La nostalgie : Le passé a un bel avenir

nostalgie

Si vous dites que vous aimez notre époque, on vous prend pour un naïf. Si vous dites que vous n'avez pas peur de l'avenir, on vous considère comme un provocateur. Vous pouvez le vérifier sur les réseaux sociaux et évaluer les réactions. La nostalgie collective est parfois pessimiste.

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Les trolls du net : troll un jour, troll toujours?

troll-forums-internet

 

Le terme "troll" a retrouvé une deuxième jeunesse depuis l'apparition d'internet. Il est utilisé pour décrire le comportement agressif ou manipulateur sur les forums ou sur les réseaux sociaux.

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