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Downton Abbey ; une douleur nommée progrès

Downton Abbey serie

 

Cette délicieuse série met en scène la vie de la famille Crawley et de leurs domestiques entre le 15 avril 1912 (date du naufrage du Titanic) et le 31 décembre 1925 à Downton Abbey, une vaste demeure de l'aristocratie anglaise située dans le Yorkshire.
En France, cette série a été diffusée en partie sur TMC, partie sur TV Breizh ,  HD1 puis la dernière saison sur Arte. Depuis 2017, elle est diffusée sur Netflix.
La première saison commence alors que les héritiers de Downton Abbey ont péri lors du naufrage du Titanic. La famille Crawley se retrouve dans une situation délicate : le domaine doit intégralement passer à un héritier mâle, le titre de Comte de Grantham, le domaine et la fortune de la famille étant indissociables. Les trois jeunes filles de la famille ne peuvent prétendre ni au titre ni à l'héritage. Matthew Crawley, un cousin éloigné, devient le nouvel héritier. Il arrive à Downton Abbey où il découvre un style de vie nouveau pour lui, avec des règles très strictes qui régissent la vie entre aristocrates et serviteurs.
L'abbaye de Downton joue le divertissement, et non pas le documentaire. Julian Fellowes, le créateur du scénario a réussi la conception d'une série qui raconte le quotidien d'un pays - maison début du 20e siècle, où aristocratie et domestiques vivaient sur deux orbites séparées, mais  interconnectées. Il a réussi à créer une série prestigieuse et attachante.  

 

Downton Abbey mariage

 

Les changements au 20e siècle

La France parle discrètement de l'aristocratie. La Révolution française, puis les républiques ont fini par rendre l'aristocratie un sujet préférentiellement historique plutôt que social.
Dans son roman, le chef d'œuvre, la recherche du temps perdu, Proust décrit au début du 20e siècle la fragilisation progressive de l'aristocratie et l'installation au pouvoir économique et social de la classe moyenne, de la bourgeoisie.    
La situation semble différente dans un pays monarchique comme l'Angleterre.   
La demeure Downton est divisée entre maîtres et domestiques. Chacun son rôle, les relations entre major d'homme, valets, cuisinières, chauffeurs et les ladys, le duc et la duchesse sont courtoises et professionnelles. La demeure imposante vacille devant les changements du monde. La série adhère au calendrier avec intelligence. Les événements extérieurs vont façonner le quotidien de la maison. Après le Titanic, qui va mettre en doute l'idée de progrès infaillible, l'électricité arrive au château avec son éclairage éblouissant, Comment toucher l'interrupteur en évitant un choc électrique ? Faut-il parler des bougies avec nostalgie ? Il est facile de trouver la même idée dans des romans japonais où l'on critiquait le progrès qui a supprimé les ombres.
La critique du progrès dans Downton est moins violente que dans les romans japonais. Pourtant, lutter contre ce progrès permanent devient en soi une lutte pour transmettre, pour sauver sa qualité de vie.
Adapter le progrès à nos vies, à nos héritages, adapter nos vies au progrès, voilà l'enjeu de chaque jour.

La Première Guerre mondiale représente l'axe principal de toute la deuxième saison, avec son cortège de victimes et de souffrance. Le sacrifice des Anglais dans la Somme est célébré ; le progrès devient problématique dans cette première guerre d'acier, d'avions, et de Gaz toxique. Les hommes au front, les femmes agissent pour combler le vide et assurer le quotidien. Voilà le début d'une spectaculaire mutation de la condition féminine.  
La guerre allait tout changer en Europe, en Angleterre et à Downton.  La classe ouvrière réclame des changements de société. Les requêtes féminines revendiquent le droit de vote. L'apparition du socialisme en tant qu'idée nouvelle combattue comme idéologie violente et meurtrière après la révolution russe et l'assassinat du tsar et de sa famille.

 

Downton Abbey recital

 


La situation économique après la première guerre va bouleversée ces grands domaines obligés pour survivre de passer d'une économie de rente à une économie de production.  
Violette Crawley, la duchesse douairière répète : " Mais bon, nous n'avons pas toujours le sort que nous méritons ". Comment survivre dans ce monde si changeant ? Que faut-il accepter ? Que convient-il de refuser ? La cuisine s'enrichit d'un réfrigérateur, d'un batteur électrique, le téléphone est installé, le fer à friser modifie la coiffure des femmes, les voitures remplacent les calèches.
La série relate également la naissance de la république irlandaise, les classes sociales qui se heurtent quand lady Sybil se marie avec son chauffeur irlandais bravant ainsi les limites de sa classe sociale.   
Un réel romancé

Dans  Downton, le nombre de domestiques a été délibérément réduit pour simplifier le récit. Les domestiques sont des travailleurs, amis fidèles de la famille mais vivant en huit clos avec intrigues et complots. La dévotion paternelle du maître d'hôtel célibataire montre comment les enfants de son maître sont devenus aussi ses enfants. La dévotion va dans les deux sens  : le duc Grantham soutient son valet, un soldat blessé, contre vent et marée.

 

Downton Abbey duchesse

 

Fellowes capte brillamment la dépendance du duc Grantham à son valet et celle de Madame Grantham à l'égard de sa femme de chambre. Ces travailleurs, historiquement désignés sous le nom de " domestiques " ont aidé leurs employeurs à se baigner, à s'habiller, à se préparer au monde extérieur.
Le duc résume son rôle. " Nous sommes des passeurs, nous sommes là pour préserver le domaine et le transmettre. Sur le plan économique, nous devons être utiles et justes, créer des emplois et faire vivre le village. Sur le plan politique, soutenir la monarchie et défendre son pays. "   
Cette aristocratie se retrouve, comme les domestiques et les autres habitants face à cette douleur nommée progrès. Les radios arrivent, les médias se multiplient, la classe ouvrière réclame des droits, la condition féminine change, l'école modifie le destin de la jeune génération, les domestiques quittent le château pour devenir ouvriers, employés ou fonctionnaires. Les mariages au sein de cette famille sont le témoignage de l'affaiblissement de la classe aristocratique, et l'accès de la classe moyenne au pouvoir économique puis politique.  


Épisode après épisode, la série devient romanesque, prestigieuse, attachante, sans violence verbale ni physique, sans nudité ni action, une série à part, où de veilles femmes discutent comme dans les romans d'Agata Christie, où les amoureux badinent comme dans les romans d'Austen, où le temps passe et modifie les choses comme dans les grandes sagas.  

Downton Abbey noel

      

Le progrès : une difficulté indispensable

Dans une autre série, de bonne qualité, the Crown, les spectateurs assistent aux changements de la monarchie britannique imposés par le progrès dès la Première Guerre mondiale. En France, le progrès et les changements étaient identiques sur le plan social, économique et politique.
Le duc de Downton dit : j'ai l'impression d'être un animal dont son environnement naturel a disparu, situation à laquelle qu'il devrait s'adapter.
Nous aussi, nous voyons les écrans envahir nos vies, la numérisation modifier nos milieux de travail, et bientôt l'intelligence artificielle ajoutera à ces changements une nouvelle vague de nouveauté, avec son cortège d'avantages et d'inconvénients.

On continuera à parler du progrès, à le subir, et  s'adapter.
Peut-on faire autrement ?       

 

 

 

 

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L'humilité peut sauver ce monde, l'idiot de Dostoïevski

Dostoevski idiot citation

 

L'humilité peut sauver ce monde, l'idiot de Dostoïevski

Ce roman édité en 1869 est parmi les grands textes de Fedor Dostoïevski, le livre qu'il a eu le plus de mal à finir, et qui reflète la plupart des idées qui ont animé son œuvre.
Dans les années 1867 à 1871, Dostoïevski réside à Dresde pour échapper à ses créanciers russes. Cette fiction a été écrite pendant ce séjour en Allemagne.

L'Idiot est un long récit sur la Russie du XIXe, avec un nombre important de personnages, à partir de familles de la classe moyenne, en dehors de l'aristocratie, comme chez Tolstoï. Les identités sont complexes, les rôles changent selon les motivations : argent, mariage, élévation sociale.

Le prince Mushkin, idiot de naissance parce qu'incapable d'agir, est infiniment bon.
Le roman s'ouvre avec l'enfant idiot, le prince de retour à St Pétersbourg par le train après un séjour dans un sanatorium suisse.

Le corps du roman prend racine à St Pétersbourg et sans proche banlieue. L'homme bon promène son regard illuminé de générosité, sur le monde cupide, arriviste et passionnel, qui l'entoure. L'apparition dans cette société d'un homme radicalement différent, mû par son seul désir d'être agréable aux autres, conciliant et bienveillant, sera perçue, au mieux comme de la naïveté, le plus souvent comme de la bêtise et même de la maladie. Le bon devient un idiot.

Dostoevski idiot citation beaute

 


Le prince est atteint d'épilepsie qui a nécessité plusieurs années de traitement dans un établissement spécialisé. Il est malade et impuissant sexuellement.

L'idiot navigue entre réalisme et allégorie, raison et irrationnel, vertu et vice, comédie et tragédie.

L'idiot, est un chef d'œuvre riche en psychologie, en discussions sur la morale et sur les vraies valeurs.

Le prince dit ce qu'il pense, sans enrober ses phrases derrière le langage civilisé. C'est un être d'une grande sensibilité. Tel un enfant, il parle sans les filtres qu'imposent l'éducation, la bienséance, et la vie en société.

Les autres personnages du roman changent à son contact ; une femme, belle Anastasia accède au bonheur, Gania Yvolguine retrouve le sens de l'honneur, et le sanglant Rogojine goûte, un instant, la fraternité.

Cette œuvre a été et restera un livre phare, car son héros est un homme tendu vers le bien, mais harcelé par le mal.


Deux aphorismes

Après la lecture du livre, il reste en mémoire deux aphorismes présents et répétés dans le roman : " L'humilité est une terrible force ", et : " la beauté sauvera le monde ".

Au début, l'idiot est bien accueilli partout, son comportement est jugé comique et innocent. Il ne peut pas comprendre les motivations et les pensées de ses interlocuteurs, il affiche sa bonté et son humilité héritée de son éducation chrétienne. " L'humilité est une force terrible ", dit l'un des personnages du roman.
    
Dostoïevski voulait représenter l'homme comme positivement bon face à une société égoïste, matérialiste et hypocrite.
En étudiant les cahiers de travail de Dostoïevski, on remarque que l'écrivain cherchait à créer un personnage convaincant, ignorant de ses propres valeurs, détaché comme Don Quichotte ou comme M. Pickwick.

Les positions de l'idiot, sa bonté sans limites, sa bonhomie sont mises sur le compte d'un déficit intellectuel. Son humilité naturelle le place systématiquement en position d'infériorité vis-à-vis de ses interlocuteurs.
Page après page, Dostoïevski démontre comment ses interlocuteurs se retrouvent surpris par le caractère sincère, et par la subtilité du prince. Son comportement piège les autres, en éclairant leur cupidité et leur bassesse.

Dostoïevski réussit la création d'un personnage étonnant, presque unique dans la littérature. Mushkin, pensif et passif, humble et profond, affiche les propres idées de Dostoïevski et ses croyances.

Concernant la beauté, selon Dostoïevski, elle est avant tout morale. La beauté du prince se fonde sur son humilité.

Le prince va semer le trouble dans le cœur des dames et des hommes qui vont changer à son contact.
Dostoïevski présume que l'humilité et la bonté sont contagieuses, peuvent nous sauver de la laideur de notre monde.  

 

Dostoevski idiot citation humilite

 

Conclusion :


Dostoïevski était passionné par les journaux, comme nous sommes passionnés par les réseaux sociaux, il les lisait attentivement et citait dans ses romans, les crises et les faits divers.  Dostoïevski introduisait dans ses romans des personnages démagogues et nihilistes qui encourageaient le pessimisme et les pulsions de vengeance et de destruction.
Dostoïevski parle des problèmes de l'homme moderne. Dans son roman, " le joueur " Dostoïevski explore l'intrusion problématique des sciences économiques et de la psychologie dans nos vies. Dans " les frères Karamazov, " il décrit l'homme contemporain " esclave des nécessités qu'il a produites lui-même ". Dans son roman, notes de souterrain il insiste sur un fait étrange de la condition humaine : nous voulons le bonheur, mais nous avons un talent spécial pour nous rendre malheureux " l'homme est extraordinairement, amoureux de sa souffrance : c'est un fait. "

Dans son roman, l'idiot, il explique que nous devons apprendre à être heureux, en cultivant les bonheurs simples. Nous sommes entourés par de choses qui pourraient nous enchanter, à condition de les voir et de savoir les apprécier.


Nietzsche ne disait-il pas que Dostoïevski était le seul auteur qui lui ait appris quelque chose sur la psychologie des humains ?

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Kawaii, beau, et mignon, made in japon

kawaii poupee

Kawaii, beau, et mignon, made in japon


L'esthétisme japonais classique demeure un art raffiné développé à travers des siècles de réflexion et de sophistication. Dès l'arrivée au Japon, un Occidental risque de poser la question sur ces adolescentes vêtues comme des poupées, ces créatures adorables de la publicité, ces robots colorés qui animent les vitrines des grands magasins ou les bars des grands hôtels.    
Bienvenu dans la culture populaire japonaise : divertissement, communication, habillement, jouets.


Kawaii


Kawaii, ce mot si répandu désigne " mignon " ou " adorable ". Cet adjectif est prononcé de la manière : Ka-wa-iiiiiiiii (accentuation traînante et extatique sur le i).
 À l'origine, " kawaii " un synonyme de " visage radieux ", ou " rougeur d'une personne embarrassée. " Kawaii se mue en " mignon",  la façon dont il est écrit dans l'alphabet japonais signifie littéralement " aimable ", ou " capable d'être aimé ".
Dans les années 1970, une nouvelle calligraphie " mignonne " pratiquée par les adolescentes devient populaire. Ces jeunes filles utilisaient des crayons mécaniques pour produire des lignes plus fines que l'écriture traditionnelle japonaise. Un nouveau style émerge, où les filles traçent de grands caractères ronds accompagnés de petites images. Il s'agit bien sur d'une écriture inutile, illisible, découpée de dessin, interdite dans les écoles. Le public apprécie, les médias aussi.

 

kawaii robot

 

Le " mignon " va gagner car il faut être aimable pour être aimé. Les poupées mignonnes séduisent les adolescentes japonaises, se propagent dans les entreprises, et dans les familles. Des variétés de personnages, toujours plus mignons, souriants, agréables, colorés et gentils font leur apparition.
Dans la culture japonaise actuelle, le Kawaii s'exprime partout. Les chanteurs et les acteurs ont des cheveux longs. Les femmes japonaises se disent séduites par le " look mignon " d'un " visage rond enfantin " avec de grands yeux qui signifient l'innocence. Des femmes tentent de changer la taille de leurs yeux en portant de grandes lentilles de contact, de grands cils, un maquillage poussé des yeux ou en modifiant chirurgicalement leurs paupières.
La culture populaire comporte de nombreuses idoles kawaii, tandis que la " mode Lolita " devient une tendance populaire. C'est un mélange étonnant des modes du 19e siècle, du rococo, d'éléments gothiques, de mangas pour produire une poupée ou un robot qui exprime la gentillesse, et l'innocence.

Le kawaii se répand partout au Japon, du petit commerce de rue aux grandes compagnies, des taxies et aux avions, les mascottes kawaii sont partout.  Pikachu, un personnage des Pokémon orne les flancs des avions de All Nippon Airways ;
Kawaii  est aussi dans la mode, s'habiller avec des vêtements trop courts pour accentuer le côté enfantin, de couleur pastel, accompagnés de sacs ou de petits accessoires avec des personnages de dessins animés.
La cuisine kawaii est caractérisée par la présentation de plats de façon " mignonne ", et très colorée.
L'esprit kawaii a envahi les panneaux publicitaires nippons, des enseignes de grands magasins aux restaurants, des journaux aux emballages, jusqu'aux institutions, les affiches promotionnelles de l'armée japonaise sont illustrées de personnages mignons.
On prétend que cette beauté innocente et non agressive allège la tension, favorise la relaxation et rehausse la productivité des entreprises.
Kawaii a été accepté aussi en dehors du Japon à partir de 2006, la culture japonaise populaire contemporaine commence à influencer le monde entier.

 

kawaii hello kitty


Hello Kitty


Comment oublier le personnage de Hello Kitty, à l'origine du concept du kawaii.
Kawaii implique une relation sociale entre une personne et un objet. Cette relation apparaît bénéfique. Cet objet évoque un sentiment agréable, une satisfaction et une détente. Si la culture Kawaii était à l'origine une culture pour les enfants, elle devient la culture de toute personne qui cherche les sensations agréables de l'enfance. Au Japon, l'enfance rappelle le temps de la liberté et de l'innocence. Les expressions de la nostalgie de l'enfance sont fréquentes dans le cinéma japonais, la télévision, la musique.

 

Une rapide analyse  

Les Japonais décrivent leur culture comme émotionnelle et orientée vers le groupe, contrairement à la culture occidentale décrite comme froide et individualiste.
 En réaction au stress de la vie contemporaine, ces produits ont connu un essor considérable.
Le syndrome de Kawaii révèle une caractéristique culturelle japonaise qui met l'accent sur le fait d'appartenir au groupe, à l'opposé de notre société occidentale fondée sur l'individu.

 

kawaii girl

 

Les chercheurs japonais analysent le kawaii comme une esthétique, comme le beau, l'innocent, l'enfantin, ou le pur, mais aussi quelqu'un qui a besoin de la protection d'un adulte.
Selon Yomota, " Celui qui personnifie Kawaii n'est pas une personne mature, c'est une belle personne, féminine, puérile, soumise et pure ".   

En 2012, lors de son exposition, le musée Yayoi a publié un livre de Keiko Nakamura. L'auteur a montré que " Hello Kitty", personnage culturel kawaii contemporain, est devenu largement diffusé à travers le monde, à travers les biens de consommation et à travers les magazines féminins.

Selon kamurato, kawaii est un produit influencé par le goût occidental. Nakamura partage l'avis de Koga sur le fait que la culture kawaii est une culture populaire japonaise qui mélange une esthétique japonaise, à la culture occidentale, ou une comme culture japonaise occidentalisée.

 

kawaii girls

 

Sharon Kinsella a identifié dans son article " Cuties in Japan "1 plusieurs aspects de la culture kawaii. Elle déclare que " le style kawaii a dominé la culture populaire japonaise dans les années 1980. Kawaii ou "Mignon" signifie essentiellement enfantin et célèbre un comportement social doux, vulnérable, et innocent. Elle explique :
"Le désir irrésistible des jeunes japonais, enveloppé dans la culture Kawaii était d'échapper aux restrictions régissant leurs vies telles que l'autodiscipline, la responsabilité, le devoir, le travail, et les obligations."

Kinsella a noté que la culture kawaii suggérait l'immaturité pour échapper aux restrictions qui régissent la vie sociale.


L'immaturité de Kawaii fonctionne comme un cocon, un refuge de la maturité provoquée par occidentalisation rapide et modernisation " selon Miyadai qui résume le rôle de cette culture dans le monde entier : échapper et rêver.

Le Kawaii devient élément important de soft power, de l'image d'un Japon moderne, coloré et " cool ". kawaii est le mot japonais le plus répandu dans le monde au 21e siècle, le mot synonyme joie de vivre et de l'anti-déprime .


Références
Kyoko Koma: Kawaii as Represented in Scientific Research:
The Possibilities of Kawaii Cultural Studies, HEMISPHERES
No. 28°, 2013

Sharon Kinsella, "Cuties in Japan", in Women Media and Consumption in Japa nBrian Moeran (eds.), Honolulu: University of Hawaii Press, 1996,

Charlène Veillon, L'art contemporain japonais: une quête d'identité. De 1990 à nos jours,
Paris

Bruno Olivier, "Les identites collectives: comment comprendre une question politique brulante?", Les Identites collectives, Paris: CNRS Editions, 2009

 

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Kazuo Ishiguro : prix Nobel de littérature et de nombreux films

kazuo Ishiguro

Kazuo Ishiguro : prix Nobel de littérature et de nombreux films

Le prix Nobel de littérature 2017 honore un écrivain européen, connu à travers des dizaines de romans, et quatre films, et des scénarios pour la télé britannique. Les deux films qui ont rencontré un succès populaire étaient : " les vestiges du jour " film de James Ivory 1993, et " après moi " à partir de son roman Never Let Me Go 2010.

Ce romancier britannique et japonais est connu pour ses histoires lyriques nuancées de nostalgie et accompagnées d'un optimisme subtil. Kazuo Ishiguro est né au Japon. Il suit son père en Angleterre et y réside à partir de 1960. Ses parents, pensant y rester temporairement, préparent l'enfant à poursuivre sa vie au Japon.
Il a fréquenté les universités de Kent en 1978 puis East Anglia en 1980. Après l'obtention de son diplôme, il a travaillé dans un organisme à but non lucratif et a commencé à écrire. Il a eu de bonnes critiques dès la publication de son anthologie : Histoires des nouveaux écrivains en 1981.
Le premier roman d'Ishiguro, A Pale View of Hills (1982) (Lumière pâle sur les collines, 1984) détaille les souvenirs de l'après-guerre d'une femme japonaise essayant de faire face au suicide de sa fille Keiko.
Un artiste du monde flottant (1986) est situé dans un Japon de plus en plus occidentalisé après la Seconde Guerre mondiale, un artiste relate sa vie et passe en revue sa carrière passée en tant qu'artiste politique au service de la propagande impérialiste.


En 1989, il publie son roman le plus connu, les vestiges du jour (The Remains of the Day) devenu film en 1993 sous la direction de James Ivory. C'est un récit à la première personne, les réminiscences de Stevens, majordome anglais dont le formalisme et le sérieux l'ont empêché de toute compréhension de l'intimité avec les autres.
 Avec la publication de The Remains of the Day, Ishiguro est devenu l'un des romanciers européens les plus connus, il a 35 ans.
Dans son roman suivant, The Unconsoled (1995) (L'Inconsolé ) on observe  un changement stylistique radical ;  il se concentre sur  le manque de communication et l'absence d'émotion chez un artiste pianiste arrivant dans une ville européenne.

Quand nous étions des orphelins (2000), un roman du genre polar ou fiction criminelle dans le contexte de la guerre sino-japonaise des années 30, détaille la recherche par un britannique, de ses parents disparus pendant son jeune âge.
En 2005, Ishiguro publie Never Let Me Go  - traduit sous le titre : Auprès de moi toujours  devenu film en 2010 sous la direction de Mark Romanek. C'est un roman d'anticipation sur le destin de trois clones humains, et alerte sur les problèmes éthiques soulevés par le génie génétique.
 Ishiguro a écrit des scénarios pour la télévision britannique ainsi que pour les longs métrages The Saddest Music in the World (2003) et The White Countess (2005).


Il est nommé officier de l'Ordre de l'Empire britannique en 1995, pour services rendus à la littérature.
En 1998, la France le fait chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres.

Il vit à Londres avec son épouse et leur fille.

Il reçoit en 1989 pour Les Vestiges du jour le Booker Prize, une récompense britannique prestigieuse.
En 2017, il obtient le prix Nobel de littérature.

 

Analyse rapide de l'écriture d'Ishiguro

Les romans d'Ishiguro sont centrés sur le traitement des souvenirs, digression et déformation, oubli et  omission, et comment les souvenirs peuvent hanter l'existence.
Les protagonistes de sa fiction cherchent à surmonter une perte : personnelle, un membre de la famille, un amant, ou perte résultant de la guerre, et ceci en analysant le passé par des actes de mémoire.
Ses deux premiers romans, A Pale View of Hills (Lumière pâle sur les collines) (1982) et Un artiste du monde flottant (1986) sont fidèles à cette approche. Chaque roman emmène le lecteur dans un voyage à travers l'esprit et la mémoire des personnages japonais, Etsuko et Ono. Les souvenirs privés de personnages qui partagent des relations complexes avec des événements historiques plus larges qui secouent le monde. Une lumière pâle sur les collines et un artiste du monde flottant sont établis à la suite des bombardements de Nagasaki et d'Hiroshima respectivement. Ces événements structurent et cicatrisent les deux récits, habilement composés autour des silences et des suppressions stratégiques.
Ce qui est intriguant, c'est la manière de raconter. Les récits ne sont pas des enquêtes sur les conditions historiques de Nagasaki et Hiroshima, ils sont des portraits psychologiques de la façon dont les personnages font face à ces événements traumatisants. Nous allons retrouver la même technique dans ses livres plus récents comme Les vestiges du jour (1989) et Quand nous étions orphelins (2000).

 

vestige du jour
Les vestiges de jour (The Remains of the Day) : roman, et chef d'oeuvre


Un livre très anglais dans le style et les personnages, avec un peu de culture japonaise quand il s 'agit d'esthétisme et de descriptions ; mots subtils, style raffiné, sentiments nobles, retenue, dignité, et absence totale de vulgarité.
Le plus grand succès des romans d'Ishiguro à ce jour nous offre le récit de Stevens, un majordome. Le monde privilégié et isolé de Darlington Hall révèle une société apparemment détachée des affaires nationales et internationales. Pourtant, il devient progressivement clair que Lord Darlington est lui-même un sympathisant nazi pendant la guerre, fait contre lequel que Stevens lutte pendant tout le récit pour se concilier avec le point de vue que son employeur est malgré tout un grand homme. En 1956, Darlington Hall a un nouveau maître, un homme d'affaires américain, qui encourage Stevens à prendre un peu de temps libre. Comme il voyage pour rendre visite à l'ancienne gouvernante du domaine, Mlle Kenton, les souvenirs de Stevens reviennent et se déroulent sous la forme d'un journal de voyage. Les flashbacks de Stevens nous aident à donner un sens à son passé et à exposer simultanément ce passé comme provisoire, partiel et peu fiable. Stevens est un personnage illusoire, et en tant que tel les lecteurs sympathisent, mais ne peuvent pas tout à fait placer leur foi en lui.

 


Majordome méticuleux, Mr Stevens parcourt la campagne anglaise en nous livrant ses souvenirs et ses réflexions sur la dignité de sa fonction, sur sa façon d'être digne, distant, et formel. Pour Mr Stevens, être majordome est plus qu'une simple profession. C'est une vocation, c'est le sens de sa vie, c'est ce qui gouverne ses actes, ses pensées.
Son père étant mourant, il continue à servir, à faire son métier :
" Miss Kenton, je vous en prie, ne me croyez pas grossier de ne pas monter voir mon père dans son "état de décès" à ce moment précis. Vous comprenez, je sais que mon père aurait souhaité que je continue mon travail maintenant. "


Il a servi un Lord anglais pendant plus de 35 ans et aujourd'hui, la propriété a été rachetée par un américain.
Dans une écriture subtile, Ishiguro dresse le portait d'une classe sociale en déclin, le bilan d'une vie ratée par manque de communication et par peur de l'intimité. Voilà un homme qui refuse de reconnaître et d'accepter l'amour de Miss Kenton, la gouvernante à qui il va rendre visite dans un ultime espoir inavoué. Malgré sa résistance aux changements, les choses changent. Darlington Hall, le château où il a servi, appartient maintenant à un millionnaire américain. Les positions de Lord Darlington durant l'entre-deux-guerres sont critiquées et critiquables.


Les vestiges du jour est une histoire d'amour entre deux êtres faits l'un pour l'autre, proches et complices qui n'arrivent pas à communiquer et qui perdent des occasions de trouver le bonheur.
Ishiguro ne tire pas de conclusion catégorique et laisse, un espoir de bonheur à son personnage, enfin capable de pleurer et d'apprécier la lumière d'une journée déclinante.
" - Je ne veux pas me montrer grossier, Miss Kenton, mais vraiment, je dois remonter sans attendre. C'est que les événements d'une importance mondiale ont lieu dans cette maison en ce moment même.
- Comme d'habitude, n'est-ce pas, Mr. Stevens ? Très bien ; si vous devez partir en courant, je vous dirai simplement que j'ai accepté l'offre de ma connaissance.
- Je vous demande pardon, Miss Kenton ?
- Sa demande en mariage.
- Ah oui, Miss Kenton ? Dans ce cas, permettez-moi de vous présenter mes félicitations.
...
- Mr. Stevens.
Je me retournais à nouveau. Elle n'avait pas bougé...
... Ce fut donc quelques minutes à peine après ma brève rencontre avec Miss Kenton que je me retrouvai de nouveau dans le couloir... En arrivant près de la porte de Miss Kenton, je vis à la lumière qui filtrait tout autour qu'elle était toujours là. Et c'est ce moment-là, j'en suis maintenant sûr, qui est resté gravé de façon si durable dans ma mémoire, ce moment où je me suis arrêté dans la pénombre du couloir, le plateau dans les mains, une conviction de plus en plus forte se faisant jour en moi : à quelques mètres de là, de l'autre côté de la porte, Miss Kenton pleurait."

 

never let me go

Never Let Me Go (Auprès de moi toujours)

Never Let Me Go (2005) tire son nom d'une chanson pop qui faisait danser le personnage Kathy H. pendant des jours dans le mystérieux pensionnat de Hailsham. La jeune et innocente Kathy imagine les paroles comme une mère qui appelle à son enfant, et elle se trouve souvent se balançant vers les mots tout en embrassant un oreiller. Ce qui détache les mots et les actions du cliché, c'est la femme qui regarde Kathy, la mystérieuse figure de Madame. Beaucoup plus tard dans le roman, nous découvrons qu'il s'agit d'une école expérimentale pour les clones élevés pour fournir des organes pour la transplantation humaine.


Kath, Ruth, Tommy et d'autres ont grandi à Hailsham, une école dans la campagne anglaise et isolée du monde extérieur.
Ils ont été élevés avec la certitude d'être des gens à part, de servir la société dans laquelle ils entreraient un jour prochain, certaines choses n'étaient que partiellement divulguées ou demeuraient mystérieuses.
Des années plus tard, Kath cède à l'appel du souvenir, réassemblant les pièces manquantes du puzzle de leur vie...

 


Il ne se passe pas grand-chose. C'est un roman sans action, Ishiguro crée à travers ses dialogues et sa narration un suspense qui captive le le lecteur avec force incroyable.
On pénètre dans une histoire grave et mélancolique, peu d'espoir serait accordé à ces "clônes" créés pour être sacrifié, ils doivent mourir en donnant leurs organes. Le roman est grave, captivant et chargé de tristesse.   

Dans la lignée du Meilleur des mondes d'Huxley, ce récit s'interroge sur le conditionnement humain dans les sociétés modernes. La narratrice Kathy H, fait partie de ces enfants élevés presque normalement, qui ignoraient leur destin. Depuis onze ans, c'est une accompagnante. Kathy poursuit sa tâche et accepte son sort. Cette douce résignation diffuse dans le roman une ambiance angoissante

"Je m'appelle Kathy H. J'ai trente et un ans, et je suis accompagnante depuis maintenant plus de onze ans. Je sais que cela paraît assez long, pourtant ils me demandent de continuer huit mois encore, jusqu'à la fin de l'année. Cela fera. Cela fera alors presque douze ans.  Je sais de source sûre qu'ils ont été satisfaits de mon travail, et dans l'ensemble, je le suis aussi."


" Je pense toujours à cette rivière quelque part, avec cette eau qui coule vraiment vite. Et tous ces gens dans l'eau, qui essaient de se raccrocher les uns aux autres, qui s'accrochent aussi fort qu'ils peuvent, mais à la fin c'est trop difficile. Le courant est trop puissant. Ils doivent lâcher prise, se laisser emporter chacun de son côté. Je pense que c'est ce qui nous arrive à nous. C'est dommage, parce que nous nous sommes aimés toute notre vie. Mais, à la fin, nous ne pouvons pas rester ensemble pour toujours. "


Ce roman a été traduit dans plus d'une douzaine de langues et a été adapté en un film primé mettant en vedette Keira Knightley en 2010.

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Poète syrien entre Sartre et voltaire raconte la Guerre

mustapha khedr poesie

 

Poète syrien entre Sartre et voltaire raconte la Guerre

En lisant des pages sur Facebook, un lien en français attire mon attention vers la page d'un poète syrien, qui commente à sa façon, la guerre qui secoue son pays depuis 2011. Il s'appelle Mustapha Khedr, un poète libre, peu connu en occident, philosophe, porteur d'un discours moderne et démocratique qui offre sur Facebook, certains de ses textes.


Nous avons en Europe une idée figée de cette révolution transformée en guerre civile, entre un régime entêté et aidé par l'extérieur, et une opposition pacifique au début, phagocytée par la radicalité religieuse, puis par les extrémistes aidés à leurs tours par l'extérieur.   

 
Si nos médias n'arrivent pas à résumer cette guerre dans sa complexité, nous pouvons lire à travers cette poésie la souffrance et les questions des personnes pris dans le piège de la guerre, perdues entre un régime imparfait et une opposition imparfaite. Peut-on parler d'une voix de la majorité silencieuse ?   

Un jour, Sartre a dit : Ne pas choisir, c'est encore choisir.
Chez Khder, le choix est fait, c'est un choix sartrien de ne pas choisir. Par contre, il s'éloigne de Sartre quand il s'agit de l'autre.  L'autre dans sa poésie est une obsession, une nécessité. Vivre avec l'autre est la vraie vie. A l'opposé de Sartre, l'autre est indispensable.  
Selon lui la vie est noble, devrait être protégée, rien ne justifie la folie meurtrière des guerres. Dans ce texte, ce poète syrien de l'intérieur résume sa position et la position d'une majorité des syriens : le silence, le non choix. Ne pas s'ingérer dans la folie.    


" Le poète s'est assis dans le silence depuis longtemps
 contemplant la sagesse des textes anciens et modernes.
Est-ce que la langue s'est brisée pour produire un message aussi faux !
La guerre est déclarée entre soi et l'autre, Le mort devient le vivant.
Dans chaque discours, désordre et désordre.
Des chaines par satellite projettent des images mortes.
On nait et on est enterré dans un monde virtuel, Réseaux et identités ...
les enfants sont le nerf de la guerre
les ouvriers sont creux comme leurs cages
Agriculteurs sont de paille.
La terre verte, une fosse commune
Des fortunes s'accumulent entre les ruines et les décorations
Combien le silence devient précieux !  
Les gens le voient comme une alternative "
25 septembre 2017

 

mustapha khedr citation

 

Dans cette position, il n'exalte pas la guerre, il recule, il ne choisit pas. Avec cette lucidité qui rappelle celle de nombreux écrivains japonais pendant la guerre, il sait pertinemment que personne ne peut gagner une guerre civile.  Il condamne tout le monde, il voit les protagonistes comme forces de passé, lui qui a toujours discuté dans ses textes la modernité, il écrit :    

 

"Tout est condamné
Horizon de sang et de fumée
Horizon où l'endroit est déplacé
Les paries des gens sectaires
La rotation des forces usées
Tout est condamné
L'Autorité et son représentant ...
La Révolution et ses financiers ...
Comment choisir entre la liberté et la sécurité..."
20 septembre 2017

 

A la façon d'un observateur attentif, presque désabusé, il sait identifier les perdants, et sait tracer la fin de l'histoire, mais il se pose encore la question : modernité ou saut en arrière ?   

 

"Les rêveurs peuvent savoir
qu'ils sont des perdants !
Les dirigeants doivent être conscients
qu'ils sont des partants
un Horizon après cette défaite ou un monde en train de s'écrouler ?
La modernité a-t-elle formé cet horizon ?
Est-ce un monde où l'authentique est renouvelé ?"

 

En 2011, les gens criaient dans les rues pour changer le régime politique, rêvant d'un printemps qui les enverrait dans une ère de modernité mais Khedr corrige le tir, car la révolution est un jeu exigeant et plus sophistiqué qu'une simple manifestation. 

 

"Héritiers du bien et du mal
voyageurs de la zone de confusion
le régime ne peut tomber
Parce qu'il n'avait jamais existé

La révolution ne se termine pas
Parce qu'elle n'est pas encore née

Tout ce que nous faisons, c'est de la parole"

 

mustapha khedr nostalgie de soi

 

Les textes de Khedr sont un voyage philosophique dans la même lignée que la poésie moderne en occident, poésie sans trop lyrisme, avec peu d'images, et beaucoup d'idée. On est étonné par l'apparition de l'autre dans ces textes. L'autre devient indispensable, l'identité ne peut être contre l'autre. Il utilise un terme plus vaste que l'identité : la nostalgie de soi pour y inclure l'identité, l'héritage, la culture, et le destin commun. Cette nostalgie de soi devient un ensemble d'identités.      


"C'est le rêve du sang
Quel passé a fondé ce présent ?
Comment la nostalgie de soi peut devenir un acte contre l'autre ?"


Selon sa biographie, il est né en 1944, diplômé en philosophie, il a été professeur de philo et de pédagogie dans l'école normale supérieure.
Selon ces textes, on découvre un immense poète, libre penseur, démocrate, amoureux de la liberté et de l'autre qui mérité d'être lu.


Dans ce texte, il se qualifie de vieil homme qui médite :  


"Le vieil homme marginalisé n'est pas nostalgique
Il marche lentement vers la mort, agréé et satisfait
Comme tous les habitants de cette Syrie ...
Dieu était content, tout allait bien, il avait tout vu
Il le pensait
il devient fou en voyant les méfaits de ses fidèles
La guerre n'est pas sa guerre
Le peuple n'est pas son peuple
Le parti n'est pas son parti ...
Le vieil homme marginalisé gémit
de ce qu'ils ont fait et de ce qu'il a fait. "


En lisant ce poète, ses textes et son positionnement nous rappellent une belle citation de Voltaire, dans ses pensées philosophiques, il dit avec lucidité :


La guerre, au bout de quelques années, rend le vainqueur presque aussi malheureux que le vaincu.

Lien vers sa page facebook (pourquoi ne pas tester les traducteurs automatique de Facebook?)

 

 

 

 

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Le Postféminisme dans la culture populaire

Post feministe

 

Le Postféminisme dans la culture populaire


Dans les années 90, on pouvait lire dans les médias des critiques souvent véhémentes des livres, des films et des séries télévisées jugées antiféministes ou peu féministes. Certaines de ces productions étaient écrites ou réalisées par des femmes.   


Les féministes radicales s'insurgeaient contre cette " nouvelle image " de la femme qui ne milite pas, qui cherche à s'auto-réaliser dans une société individualiste, en cherchant l'amour et la réussite personnelle.  Ces productions culturelles ne décrivaient plus des femmes victimes de l'injustice et de discriminations, mais des femmes accomplies et heureuses dans cette société, qui passaient leur temps à aimer, à consommer et désirer. Progressivement le nom de post féminisme fait son apparition dans la culture populaire.

Depuis les années 2000, le postféminisme est devenu un sujet important pour le grand public et pour les chercheurs. Les romans, les films et les séries télévisées glissent progressivement vers le post-féminisme.

Le post féminisme n'est pas contre le féminisme. " Il s'agit du féminisme aujourd'hui" selon le terme de Brooks en 1997. On peut définir le postféminisme selon The Wiley Blackwell Encyclopedia of Gender and Sexuality Studies d'avril 2016 comme l'étape après le féminisme, considérant le féminisme come un héritage compliqué, encombrant et utile à la fois. Le post féminisme désavoue le féminisme en ce qui concerne la sexualité, l'individualisme et l'identité. Le post féminisme pense que les femmes ont eu leurs droits dans les années 80 et qu'il est temps de penser à leur qualité de vie personnelle.  

Les discours des médias jouent un rôle crucial dans la représentation, l'évolution et le développement de ce nouveau féminisme, de Sex and the City à Bridget Jones, Outlander, ou à Grils. Le postféminisme est encouragé par la tendance individualiste de la société occidentale qui refuse les contraintes de la collectivité, préférant le libre choix et l'autodiscipline à l'idéologie et aux pressions.

 

Post féminisme : critique et dégagisme du féminisme " à l'ancienne "

Le postféminisme critique les féministes anciennes, radicales, ou " le féminisme à guillotine". Les post féministes se posaient la question : après l'égalité et la parité avec les hommes, que reste t il à gagner encore ?

Quand les féministes radicales parlaient de la nécessité de lutter pour les autres femmes. Le post féminisme s'interroge sur l'action universelle. Faut-il manifester en France et attaquer les hommes pour les femmes africaines ? Faut-il continuer à militer contre les hommes pour la cause des femmes dans les pays musulmans ?

Est-ce que ces femmes veulent vraiment adopter le style de vie occidental ?
La réponse est non. Le postféminisme admet que chaque femme doit reconnaître son propre mélange d'identités, et refuse l'hypothèse d'une identité universelle. Les femmes ne sont pas une catégorie homogène, et n'ont pas les mêmes cultures ni les mêmes identités.

Le féminisme radical avait formulé une vision pessimiste et triste de la sexualité en mettant l'accent sur la domination masculine dans le domaine de la sexualité et et sur les inconvénients des relations. Dans les années 80, de nombreux livres célébraient le vibromasseur pour remplacer les hommes er louaient l'orgasme solitaire. Ces féministes pensaient que la pornographie augmente le nombre des viols, et altère l'image de la femme.

La société individualiste en mettant l'accent sur le choix personnel encourage le post féminisme à rejeter la culture de la solitude, et du vibromasseur, à célébrer la sexualité et à consommer la pornographie si on veut. Le post féminisme accepte le modèle de cette société où le sexe et la sexualité dans toutes ses formes sont largement présents dans les médias, où l'érotisation touche à la fois l'image masculine et l'image féminine.

La pensée centrale du féminisme radical est que la féminité et le féminisme sont opposés : refus de se raser les jambes, et les aisselles, rejetant les cosmétiques, considérant les vêtements aguichants comme une création du patriarcat. Le post-féminisme conseille les femmes d'êtres féminines, séduisantes et belles. Le rouge à lèvres n'est plus en conflit avec le pouvoir féminin. La possession d'un "corps sexy" devient un atout supplémentaire.

Le discours post-féministe peut être considéré comme une forme de résistance ou d'adaptation à la société actuelle. La consommation devient un choix, un outil du plaisir, ou une voie pour encourager l'estime de soi.

Pour certains, le post féminisme est une trahison du féminisme du passé, pour d'autres c'est le seul féminisme acceptable dans une société libérale et individualiste où les hommes commencent à s'organiser pour lutter contre le féminisme radical en caricaturant ses excès.  A la différence du féminisme radical ou des autres vagues de féminisme, le post féminisme n'a pas ses philosophes, ni ses références, c'est un mouvement de la culture populaire, une critique du féminisme ancien avec ses excès sur l'universalisme, sur la sexualité, pour un modèle possible plaidant pour la responsabilité et le libre choix.

 

Post féminisme, un courant culturel

Cette féminité nouvellement définie est reprise dans la culture populaire et peut (à nouveau) être illustrée par les séries télévisées "Sex and the City", "Ally McBeal" et "Desperate Housewives", Bridget Jones, Outlander et d'autres.
Dans son livre " Single Women in Popular Culture " publié en 2012, Anthea Taylor souligne que la figure de la femme seule a profondément marqué la culture occidentale ; cette femme cherchait sa liberté dans le siècle dernier, elle cherche l'amour et de la qualité de vie à notre époque.    

 

Sex and the city post feminisme

 

Après le succès du livre, sex and the city apparait à l'écran en 1998 pour un succès durant 6 saisons. Les critiques contre ce féminisme de consommation et de sexe furent nombreuses, sans diminuer la réussite populaire de cette série. Ces quatres femmes présentaient un modèle différent de la femme occidentale, cette femme post féministe  

 

bridget jons post feminisme

 

 En 2001 le livre Le Journal de Bridget Jones devient un film après un succès littéraire indéniable. C'est une femme qui se dit féministe, qui passe la moitié de son temps à critiquer les hommes, et l'autre moitié à faire l'amour avec eux, et à chercher le partenaire idéal.    

Bridget Jones est une femme célibataire, attachée à sa liberté et à son indépendance. Elle n'est pas une femme de consommation, elle n'est pas riche, elle n'est pas une reine de beauté. C'est la femme des années 2000, une post féministe, qui tente de survivre dans une société individualiste.

 

Outlander Post feminisme


En 2014, le roman Outlander de Gabaldon devient série télévisée. Le succès est au rendez vous, la troisième saison est diffusée actuellement. A travers une comparaison entre le 18ème siècle, et notre époque, cette romance enseigne à la femme, le rôle et les valeurs traditionnelles de la masculinité, et explique à l'homme les capacités et les besoins des femmes. Elle dirige, elle décide, elle aime son mari, elle défend son pays, mais elle veut bien être désirée et aimée comme une femme. Ni consommation, ni égalité revendiquée, mais deux rôles différents, et indispensables pour la survie. L'égalité va de soi.   

 

Girls post feminism


La série Girls a commencé le 15 avril 2012. Après 6 saisons, la série termine son succès en 2017.
Nous sommes après la crise économique de 2008.  La série montre un tableau cru et sans retouche des filles de 20 ans à New york.  Ni consommation, ni féminité triomphante, ni domination, mais précarité économique, médiocrité des relations, sexualité sans projet et rupture, solitude.

 


Dans un article de 1982, Susan Bolotin,  utilise le terme "post-féminisme" dans le NY times  pour  expliquer comment la plupart des jeunes femmes  se déclaraient  non féministes,  en jugeant le féminisme comme un mouvement "trop radical" qui les laisserait "solitaires et amères".  

 


Dans la série Girls, les femmes post-féministes veulent pouvoir choisir entre une vie professionnelle ou rester à la maison pour soigner les enfants, fuient la solitude, insistent sur la liberté de choix ; aucune option ne devrait être stigmatisée ou dévalorisée. Le corps féminin est libre, les femmes sont représentées comme des individus sexuels.


Certains critiques classent la série Grey's Anatomy comme une série post féministe aussi.
Post féminisme en littérature et dans le cinéma


Après le succès planétaire de 50 nuances de grès ou Fifty Shades of Grey (E.L. James, publié en France par Lattès),  Beau salaud  (Christina Lauren, publié par Hugo Roman) vendus à  plus de deux millions d'exemplaires aux USA, racontant une relation patron-assistante, à deux voix à la façon des Liaisons Dangereuses,   suivie d' un autre best seller 80 notes de bleu (vina Jakson) dans l'univers de BDSM  et Calander girl dans l'univers des escortes.  


Dans ces romans, écrits par des femmes, la femme est montrée forte, libre, libérée de toute domination, post féministe, attachée au plaisir sexuel et à sa qualité de vie.


Etant post féministes, ces femmes refusent le choix proposé par certains courants du féminisme radical entre liberté et solitude. Elles veulent partager cette liberté à égalité avec des hommes virils, séduisants et aimants. Ces femmes post féministes revendiquent leur droit à avoir une sexualité épanouie, y compris les jeux érotiques de soumissions.


Il est difficile de compter les livres de nouvelle romance vendus dans le monde. Les féministes radicales stigmatisent ce genre en répétant qu'il s'agit d'une pornographie écrite par des femmes, d'une littérature de boudoir. Cela ne change rien au succès de ce genre littéraire ni aux films réalisés à partir de cette nouvelle romance comme Twilight (2008).

Réf
Michele Schreiber American Postfeminist Cinema: Women, Romance and Contemporary Culture (Traditions in American Cinema EUP) Reprint Edition , 2015

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Atwood, la servante écarlate affronte Trump

servante ecarlate robe rouge

 

Atwood, la servante écarlate affronte Trump


Les servantes apparaissent partout, dans les manifestations féministes, sur les réseaux sociaux, et sur les sites internet comme symbole de résistance et de révolte à l'oppression. Le roman d'Atwood (la servante écarlate) est à nouveau dans les listes des best-sellers, depuis l'élection du président Trump . En mars, des femmes ont enfilé les robes rouges pour protester contre les projets de loi proposés aux États - Unis qui porteraient atteinte aux droits des femmes selon ses manifestantes.

The Handmaids tale serie film


Au fil des années, "The Handmaid's Tale" a pris plusieurs formes. Ce livre a été traduit en 40 langues. Il a été adapté en film en 1990. Il a été joué sous forme d'opéra, et également de ballet. Il est transformé en un roman graphique. Et en avril 2017, cela devient une série de télévision MGM / Hulu.

 

La servante écarlate :  un roman féministe anti-dictature  

Margaret Atwood, née au Canada à Ottawa en 1939, auteur d'une quarantaine de livres. Traduite dans cinquante langues, on trouve ses livres en français surtout chez Robert Laffont : C'est le cœur qui lâche en dernier (2017), MaddAddam (2014), Le Temps du déluge (2012), La Servante écarlate (2005), Le Dernier Homme (2005), Le Tueur aveugle (2002, Booker Prize) ou Captive (1998).

Dans le journal New York Times du 10 mars 2017, Atwood raconte : " Au printemps de 1984, j'ai commencé à écrire un roman qui n'était pas initialement appelé "The Handmaid's Tale". J'écrivais à la main, principalement sur des blocs-notes puis sur une machine à écrire manuelle à clavier allemand. A l'époque je vivais à Berlin, l'empire soviétique était encore en place. Chaque dimanche, l'armée de l'air de l'Allemagne de l'Est faisait des booms sonores pour nous rappeler à quel point ils étaient proches. Au cours de mes visites dans plusieurs pays derrière le rideau de fer - la Tchécoslovaquie, l'Allemagne de l'Est - j'ai connu la méfiance, le sentiment d'être espionnée, le silence.

 

Atwood

 

Dans son roman, Margaret Atwood  revient sur la fonction naturelle de la femme et pose la question du risque de réduire la femme à ce rôle. Atwood imagine une société américaine en crise économique, écologique, et démographique, gouvernée par un régime autoritaire. Le rôle de la femme dans cette société devient la procréation.


The Handmaid's Tale (la servante écarlate) décrit un avenir où la pollution atmosphérique et terrestre entraine une augmentation spectaculaire de la stérilité. Un mouvement radical et conservateur chrétien organise un coup d'état accusant les fanatiques islamiques. Cela justifie de déclarer l'état d'urgence, de suspendre la constitution et de censurer les journaux.


Dans ce régime totalitaire, les femmes n'ont plus droit de travailler, d'avoir un compte en banque ou même de lire. Dans un monde où la stérilité s'est abattue, celles qui sont encore fertiles deviennent des servantes pour l'élite, avec pour seule tâche la reproduction.

Une caste de femmes fertiles, les Servantes habillées en rouge écarlate, devraient se consacrer à cette tâche. Ces mère porteuses sont attribuées à des couples, et sont à la merci des épouses habillées toujours en bleu et les commandants. Ambiance des romans d'Huxley et d'Orwell : hiérarchie, surveillance constante (l'Oeil), société sous contrainte, tortures, exécution.

Atwood dénonce les régimes totalitaires, déportation, rationnement, propagande, arrestations, exécutions publiques, dans une idéologie totalitaire et puritaine.

Defred fait partie de ces servantes. C'est à travers elle que nous découvrirons ce monde froid, hostile, la peur comme communication, l'absence de sentiments et la négation de l'intimité de l'individu.

" Nous vivions, comme d'habitude, en ignorant. Ignorer n'est pas la même chose que l'ignorance, il faut se donner de la peine pour y arriver. "
Defred décrit sa vie présente et ses souvenirs passés : sa vie de couple avec Luke, leur petite fille, ses études avec sa copine Moira.

"Il nous est interdit de nous trouver en tête à tête avec les Commandants. Notre fonction est la reproduction. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n'est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets."


Elles avancent à pas contrôlés, deux par deux, visage dissimulé par un chapeau (cornette). Elles sont destinées à porter la descendance des élites infertiles. Elles vident dans un monde sans mots, un monde de délation, de menace et des cérémonies expiatoires, avertissement pour que personne ne peut prétendre résister à la torture.

 

La vie devient une attente perpétuelle, celle de la fécondation par le Commandant, celle des informations volées au risque de se perdre, celle du temps qui passe sans repères.

" Notre fonction est la reproduction : nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n'est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d'autre ; l'amour ne doit trouver aucune prise. Nous sommes des utérus sur pattes, un point c'est tout : vases sacrés, calices ambulants. " (p. 152)

" Mais tout autour des murs il y a des rayonnages. Ils sont bourrés de livres. Des livres et des livres et encore des livres, bien en vue, pas de serrures, pas de caisses. Rien d'étonnant que nous n'ayons pas le droit de venir ici. C'est une oasis de l'interdit. J'essaie de ne pas regarder avec trop d'insistance. "

 

Dans ce régime, la sexualité féminine est surveillée, contrôlée.  Chaque rapport sexuel a lieu en la présence de l'épouse du commandant, sans nudité, ni intimité. Une mise en scène des viols autorisés. La servante allongée le lit, son jupon rouge relevé, le visage entre les cuisses de la femme du Commander assise, le dos droit dans sa robe vert sapin, la tête Defred bouge doucement sous les va et vient. Elle attend que l'homme jouisse, tandis que sa femme lui tient fermement ses poignets.

 

servante ecarlate atwood citation

 

Echec du féminisme ?  Héritage abandonné ?

Il est impossible de dire que le féminisme a échoué, l'amélioration de la condition féminine est spectaculaire et sans précédent dans le monde et surtout dans les pays occidentaux.

La diffusion de la série " la servante écarlate " donna à la romancière une occasion de rencontrer un nouveau public. Beaucoup de femmes y compris en occident on trouvé une nouvelle pertinence à son roman en face des gouvernements peu féministes, contre l'IVG ou contre la contraception aux Usa et dans certains pays européens.


Yvonne Strahovski, l'une des actrices de la série, a confié au Huffpost : "Je commence à voir ces parallèles entre les actions et ce que Trump fait. C'est d'une manière étrange une inspiration mais aussi un parallèle horrible."

Aux Etats-Unis, "la Servante écarlate" est devenu un symbole de résistance. Lors de la Marche des femmes qui s'est déroulée en janvier dernier, on remarquait par exemple le panneau exigeant de "Laissons Margaret Atwood dans le monde de la  fiction".


Dans ce roman, Defred est indifférente au combat féministe de sa     mère : "Elle s'attendait à ce que je fasse l'apologie de sa vie et des choix qu'elle avait faits. Je ne voulais pas vivre ma vie selon ses exigences. " En face de la tyrannie, elle se voit dans l'obligation de résister comme sa mère.  Trop tard. "J'étais endormie [...] Maintenant, je suis éveillée", affirme Defred.

 

Trump hommes blancs colere


En 2013, Michael Kimmel publie un livre de sociologie, Angry White Men  " des hommes blancs en colère " pour analyser la colère qui animent un certain nombre d'hommes blancs de la classe moyenne, principalement de la classe moyenne inférieure.  
Hommes blancs de la classe moyenne sont en colère contre la société, le féminisme, le modèle économique, et la culture ambiante?


Michael Kimmel, par l'intermédiaire d'entrevues, et de rencontres étudie la colère de ses hommes, les motivations, les revendications et leurs points communs. Il formule une première conclusion : ces hommes sont en colère contre un modèle qui les marginalise dans le travail, dans le couple, dans la parentalité. Il dit dans son livre la masculinité américaine (et probablement occidentale) est en train de se transformer, de changer d'époque.

Ces hommes ne trouvent plus leur place dans la société actuelle, par manque de travail, par manque de perspectives, par les crises économiques successives, par délocalisation, et par déclassement social. Sur le plan sociétal, ces hommes ne trouvent plus leur place dans le couple, dans le rôle de parents. Ils ne sont plus chefs de famille, ils n'ont presque aucun droit dans le couple, et doivent s'adapter continuellement avec un mouvement féministe sans limite.


Quelques années plus tard, Trump est à la maison blanche et le livre de Kimmel est devenu best- seller.   
Ces hommes ne crient plus leur colère en critiquant le féminisme et le modèle social, ils sont dans l'étape de révolte. Ils s'expriment dans les urnes. Le cauchemar décrit par Atwood passera-il par la voie démocratique ?  
La servante écarlate est un roman qui date de plus 30 ans, un livre remarquable sur le plan littéraire par son style de narration et par la finesse de ses personnages.     


Si une jeune femme abandonne l'héritage féministe, elle dit que le combat est déjà gagné, et qu'il est temps de passer à autre chose ; Elle trouve aussi en face d'elle certains hommes de plus en plus hostiles au féminisme.  
Le féminisme n'est pas responsable des crises économiques, ni du chômage, ni de déclassement social. Par contre, Michael Kimmel souligne la colère profonde et déterminée d'hommes américains qui ont subi des réformes de la société favorables aux femmes sans se soucier des problèmes masculins dans le couple. Ces hommes déclassés perdent leur travail, leur rôle dans la famille, et même dans leurs couples. Ils ont du mal à voir leurs enfants une fois par semaine, gardés sous l'ordre des juges chez leurs ex-femmes, et sont toujours traités de dominateurs.


Dans son entrevue avec le journal anglais The Indépendant, le 18 juillet 2017, la romancière Margaret Atwood donne le début d'une réponse :  


"Quand on parle féminisme, on ne dit pas que les femmes sont meilleures que les hommes, ou qu'il faut pousser les hommes du haut d'une falaise... " .


La renaissance de ce grand roman pose une question :


Est-ce que la servante écarlate est la réponse efficace à la crise, aux hommes en colère et à leurs bulletins de vote à notre époque ?  


A chacun de formuler son propre avis ... 

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Edward Hopper : le monde à travers les émotions

Hopper ete

Hopper, été , 1943

 

Edward Hopper :  le monde à travers les émotions


Se promener dans une exposition de Hopper est à la fois excitant et énigmatique en observant des personnages solitaires, insatisfaits, pathétiques ou marginaux.
Ses tableaux peuvent déclencher chez les spectateurs une interrogation, un sentiment d'inconfort face à des individus isolés dans des espaces impersonnels, ou qui regardent par des fenêtres le monde extérieur. Quel que soit le nombre de personnages représentés sur la toile, chacun d'entre eux est un être seul, comme s'il vivait prisonnier dans un grand aquarium ne laissant pénétrer ni amour, ni contact charnel. À l'intérieur de ces personnages, on déchiffre parfois des êtres paralysés, égarés ou figés, indifférents au monde qui les entoure.
Hopper a peint des sentiments communs aux humains, la solitude parmi les autres, parmi la foule, la solitude de soi. En dépit de la présence de Jung, Freud et de la psychanalyse au 20ème siècle, Hopper n'analyse pas, ne corrige rien, il montre sa propre vision du monde.
Aujourd'hui, il est un peintre important, un génie singulier. Son travail fut ignoré pendant de nombreuses années.


Malgré tout, Hopper (1882-1967) est un peintre américain bien apprécié en Europe. Ses tableaux nous sont familiers.
Pour de nombreux européens, la peinture d'Edward Hopper confirme les images et les préjugés de la culture Européenne sur l'Amérique et le style de vie aux USA.  Depuis 1970, les expositions des tableaux de ce peintre rencontrent un réel succès. Les visiteurs apprécient dans ces tableaux la façon dont Hopper voyait son Amérique et non pas seulement le style ou la technique.

La sophistication intellectuelle de Hopper a éloigné le public américain de ses œuvres dans un premier temps. Jeune, Hopper lisait la bibliothèque de son père : "les classiques anglais et beaucoup de français et russe en traduction ". Plus tard, il a continué de s'immerger dans la poésie, la fiction, la philosophie ; La littérature anglaise, ainsi que les écrivains français et allemands. Au cours de sa vie, il a indiqué son goût pour certains écrivains comme Molière, Hugo, Verlaine, Rimbaud, Proust, Goethe, Emerson, Thomas Mann, Renan, Hemingway,  Dos Passos, et Henrik Ibsen. Il avait également étudié l'art des anciens maîtres de la peinture européenne pendant ses années d'études et ses voyages à l'étranger.
Tout au long de son sa vie Hopper a maintenu un intérêt à la fois pour la culture européenne et pour la culture américaine. Il pensait qu'un artiste répondait naturellement à son propre héritage.

 

Hopper bureau a New York

Hopper à travers un tableau  

Hopper aime New york. " Ce que je tire de New York a-t-il dit, c'est new york. " Il regardait, se promenait laissant son talent de se nourrir des sens et des formes, et des couleurs, à la façon d'un peintre et d'un photographe. Nourri de Vermeer et Degas, il cherche un angle, un point de vue, un coin.
Le thème du coin de rue apparaît trop tôt dans son oeuvre, dès 1913 dans son tableau impressionniste la Parisienne. Il tente de représenter un morceau de la ville, ce qui va devenir un thème important dans sa peinture. Chez lui, on retrouve comme chez Vermeer dans de nombreux tableaux, la diagonale qui donne aux figures une composition, une mise en scène. Le public se pose à l'angle de la toile.
À cela s'ajoute l'art et le thème de transparence, en insistant sur les fenêtres, sur les vitres et sur les baies. Dans un angle, à travers les fenêtres, ne voyant pas seulement une rue, mais des parties de l'immeuble en face, ou des boutiques, où les fenêtres et les ouvertures, il  associe le privé au public, à l'intime à l'impersonnel. Parfois, nous avons l'impression d'être dans un aquarium, montrant dedans et dehors, publiques et privées, liberté et rêve, réelle et irréelle.


Les personnes travaillent à l'intérieur de leur boutique ou dans leurs bureaux, observent, et sont observées, comme si les vitres séparaient avec une certaine étanchéité le monde intérieur du monde extérieur.

Dans son tableau bureau à New York par 1962, derrière un comptoir une banque ou d'une boutique, un téléphone noir est posé sur un tapis rouge, une femme blonde épaule et bras nus tient un papier rectangulaire, une enveloppe fermée, une lettre. Elle regarde comme si elle vérifiait l'adresse dans une attente avant de décacheter et de lire ou avant de la classer ou de l'envoyer au destinataire. On se demande si la lettre est personnelle, s'il s'agit de bonnes ou de mauvaises nouvelles. Au plafond, trois globes éclairent la pièce. Le mur du fond est sombre, obscure. La lumière qui éclaire la jeune blonde vient d'une grande baie bleue donnant sur la rue.
À gauche, la rue est déserte, il y a les autres façades d'immeubles, sombres avec de nombreuses fenêtres à moitié ouvertes. Tout semble orienter le regard du spectateur vers la lettre située au centre du tableau. Cette histoire de lettres nous rappelle Vermeer.
Cette femme est exposée dans une vitrine comme une marchandise, comme un mannequin de boutiques, offerte au regard des passants comme un objet publicitaire. Cette femme exhibe derrière cette vitrine une lettre qui porte le signe de l'intimité, du secret. On dirait que pendant son travail, elle a un autre rôle, animer la vitrine et séduire les clients.


Les critiques ont discuté le voyeurisme chez Hopper. Ce voyeurisme n'avait rien de sexuel, il démontre l'effacement des limites entre le privé et le public, la confusion imposée par notre style de vie entre l'intime et l'impersonnel. Dans ce voyeurisme, Hopper et dessine des êtres humains aliénés dans une société industrielle, dans une société de marchandise, dans une société de consommation, dans une société du spectacle.
On est parfois étonné par la présence des fenêtres et des vitres dans les tableaux de Hopper. Le verre devient silence, distance, obstacle, et en même temps, transparent, froid, indiscret et non intime.

 

Hopper influence les autres


Au cœur de la vision urbaine de Hopper figurent les paradoxes du mythe démocratique. Nous sommes égaux, et pourtant ce qui nous rend égal est notre unicité et notre inviolable individualisme. Toute atteinte à notre intimité et notre individualisme est une atteinte à la démocratie. Malgré la mélancolie qui hante les peintures de Hopper, sa popularité et son influence persistent. On trouve dans le polar américain puis dans le cinéma ces réflexions sur les effets négatifs de l'urbanisation, sur les disparités économiques et la solitude.
Dans la culture populaire, il a influencé une variété d'artistes, dont Alfred Hitchcock, qui s'est inspiré du tableau maison au bord de la voie ferrée (peint en 1925) dans son film Psychose réalisé en 1960 ou la vue sur les fenêtres des appartements en vis-à-vis (chambre sur cour).
Le pouvoir de l'art de Hopper réside dans un réalisme particulier, clairsemé, qui omet plutôt que ce qu'il représente. Il a transformé des espaces américains emblématiques (comptoirs, pharmacies, bars, chambres d'hôtel, stations-service) en espaces reflétant la vie intérieure, en espace intimes.
Derrière la simplicité apparente des peintures se trouve une grande complexité. Le manque de détails invite le spectateur à compléter l'image en spéculant sur les événements passés et imminents, sur les relations entre les personnages et sur les désirs et les angoisses provoqués par notre propre besoin d'examiner la vie de ces personnages.


Hopper : une vie entre plusieurs cultures

En 1906, à l'âge de 24 ans, Hopper arrive à Paris pour résider dans la rue de Lille un logement loué par ses parents. Gertrude Stein, Picasso, Renoir, Cézanne étaient à cette époque à Paris, le jeune homme ne rencontra aucun d'entre eux. Il est fasciné par les impressionnistes et leurs couleurs aux tons pastels.
Il a séjourné à Paris deux fois, en 1909 et en 1910. Dans sa biographie de Hopper, Gail Levin note : "la solitude des intérieurs récurrents, le sous-entendu sexuel et la perspective du voyeur, son intérêt pour la complexité de la lumière ".
De retour aux États-Unis, il doit gagner sa vie et se tourne vers la publicité (dessinateur d'affiches). En 1912, il a présenté des tableaux pour une exposition au MacDowell Club. Et à 30 ans, il n'a encore vendu encore aucun tableau.
Il commence à faire des illustrations pour des magazines.
Dans les expositions, ses tableaux d'influence française ne plaisent pas. Le public et le monde de l'art étaient dans une ambiance nationaliste vis à vis de l'art américain.
Cette idée de ce qui était "américain" allait accompagner son art. La Nouvelle-Angleterre a toujours eu une grande importance dans la conscience nationale américaine avec ses valeurs puritaines, et où les écrits d'Emerson étaient revendiqués comme l'essence même du caractère américain.

 

Hopper hotel lobby hotel room


Fin 1924, Hopper change essayant de placer ses aquarelles avec les Galeries d'art Kraushaar et est refusé. Plus loin dans la rue, la nouvelle Galerie Rehn ouvre. Avant que Frank Rehn n'ait eu l'occasion de regarder le travail de Hopper, un client saisit un tableau et l'acheta. Pour la première fois. Rehn commença à vendre ses tableaux. Les critiques le louèrent, il fut invité alors de grandes expositions et dans les musées.
En 1924, Hopper épouse Jo Nivison. Ils se connaissaient depuis l'école primaire. Quand ils se sont mariés, les deux avaient 41 ans.
Le couple resta marié 43 ans, traversant des moments de tendresse et de rivalité, mais aussi les passions mutuelles pour l'art et le théâtre. Jo posa dans presque tous ses tableaux.
Pendant la majeure partie du 20ème siècle, Hopper est considéré comme un peintre " réaliste " à un moment où le réalisme était dénigré par les critiques.
Dans les années 1930, pendant une période de conscience sociale et de nationalisme, le travail de Hopper commence à susciter une attention particulière.  Puis dans les années 1940, il est reconnu comme un grand artiste américain. Dans les années 1950, lorsque l'expressionnisme abstrait est en vogue et le réalisme à la défensive, la réputation professionnelle de Hopper a continué de croître et de se renforcer. Le magazine Time l'a mis à la une en couverture en 1956.
Hopper meurt dans son atelier en mai 1967.


Hopper, des thèmes colorés en tableaux   

La secrétaire qui travaille tard le soir au bureau avec son patron dans l'immeuble d'en face, ou la femme qui lit dans le train. La jeune fille en robe légère sous le soleil d'été qui attend sur le perron, la femme seule assise au café
Hopper observe les changements de la  société, les débuts de l'individualisme, l'avènement de la société de consommation, l'individualisme qui apparait aux USA et comme en Europe et qui transforme la société.
Hopper nous montre l'individu, seul maitre de son destin, l'individu face à la nature, face aux changements du  monde moderne.
Chaque tableau est un décor à la fois familier et énigmatique qui inquiète ou interroge le spectateur.  Sommes-nous ces personnages ?   Est-ce nous ?
Ses débuts sont marqués par la tradition européenne, par l'impressionnisme, il fait plusieurs voyages  à Paris. En 1910, il s'inspire de Manet, il est le peintre des paysages et des villes.

Ses  toiles montrent un dynamisme et une expressivité qui marquent l'affrontement entre la nature et la civilisation.

Hopper la ville


La ville 1927

Le monde moderne se caractérise dans ses toiles par le mouvement (voiture, chemin de fer, route, poteau téléphonique), il peint le nouveau monde avec exactitude, les symboles de l'Amérique, enseignes lumineuses aux couleurs criardes, panneaux publicitaires, immeubles aux  façades  barrant l'horizon.
Hopper dépeint l'homme, son aliénation dans la ville et dans le monde moderne.  

Hopper automate

L'automate 1927


Tranquillité du personnage dans un lieu géométrique et vide (reflets des miroirs, des vitres, monde extérieur sombre) nature représentée par la coupe de fruits,
 Femme dans une cage vide fixité du personnage repliée sur elle-même, le vide l'entourant

Hopper s'attache par la suite à montrer les symboles de la civilisation que sont les maisons, l'architecture et leur insertion dans la nature environnante.
Ainsi les peintures de Hopper apparemment réalistes et riches détails exacts ne sont pas de simples représentations du réel mais des constructions complexes dépassant le réel, et sont à décrypter par le spectateur.

 Hopper Chambre au bord de la mer
Chambre au bord de la mer 1951


Dans ces dernières œuvres, il se rapproche du travail de Magritte en dépassant le réel.
C'est le jeu du tableau dans le tableau (Ses toiles sont comparables à un miroir dans lequel des choses dispersées se répondent les unes aux autres).

Hopper explique sa démarche en citant Edgar Degas " Mettre sur la toile ce que l'on voit, c'est bien, peindre ce que l'on a gardé en mémoire c'est mieux ".  Cette métamorphose a la puissance de l'imagination. Ces peintures en rendent compte, elles racontent les ruptures de la société.
Il se réclame aussi d'Emerson : 

 

" Le début et la fin de toute activité artistique est la reproduction du monde autour de moi au moyen du monde en moi... "

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