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Bonheur individuel ou bonheur collectif

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Bonheur individuel ou bonheur collectif

Les débats de la dernière élection présidentielle française peuvent être interprétés comme un questionnement sur notre modèle de société, sur le bonheur individuel ou bonheur collectif. Le modèle social français est la traduction de cet équilibre recherché entre l'individuel et le collectif.

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Plusieurs siècles d'individualisme


" Le bonheur terrestre est où je suis" disait Voltaire dans son poème ", Le mondain" en 1736.


Les égyptiens et les Grecs privilégiaient l'harmonie collective au bonheur individuel. Le bonheur individuel pour Platon, Confucius ou bouddha ne peut être conçu en dehors d'une cité, d'une communauté.
Pour les philosophes du XVIIIe siècle, le bonheur individuel promis dans la déclaration d'indépendance américaine, et dans la déclaration universelle des droits de l'homme devenait un grand projet. Améliorer le bien-être individuel dans une société plus juste et plus respectueuse des personnes.


Au début du XXe siècle, le retour du bonheur collectif réapparait sous forme d'idées communistes galvanisant les personnes qui croient que le bonheur collectif devrait être un idéal pour chaque humain.
À la fin des années 60, on note une extension des libertés individuelles dans une société de compétition et de consommation. Les individus deviennent occupés par eux-mêmes, par la satisfaction de leurs propres désirs, par l'espoir de s'enrichir et de réussir. Pour la première fois, le lien entre le bonheur individuel et le bien commun est rompu.

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Les critiques de l'individualisme


Dans son essai " L'Ère du vide " Gilles Lipovetsky analyse cette seconde révolution individualiste. L'individu qui était imprégné de grands idéaux collectifs, devient progressivement individualiste occupé par la quête d'un plaisir immédiat, d'une réussite personnelle, et de la défense de ses propres intérêts.
Dans les années 2000, Michel Houellebecq ne se montre pas tendre non plus, avec des personnages individualistes, égoïstes, apathiques, frustrés, cyniques, hédonistes, narcissiques et désabusés. Dans ses romans, Houellebecq cherche les limites de cet individualisme, qui risquerait, selon son approche, de mettre les liens humains en danger, y compris les liens les plus intimes, les liens du couple et de la cohabitation entre hommes et femmes. Avec un pessimisme excessif, il décrit une société dangereuse où les désirs instinctifs sont libérés produisant un nihilisme sans précédent.
Dans ces années, d'autres courants de pensée ont commencé à gagner leur place en Occident, comme les courants du développement personnel, la psychologie positive, le retour d'une certaine sagesse orientale. La conscience écologique est parfois utilisée pour montrer les limites de ces courants individualistes.
Depuis quelques années, certains courants politiques de gauche comme de droite, nationalistes, souverainistes critiquent l'individualisme au nom de la solidarité ou au nom de l'état-nation.      

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Le bonheur collectif et le modèle social


Aujourd'hui les catégories sociales sont bousculées, les ouvriers sont moins nombreux, privant le communisme de sa classe laborieuse, les femmes travaillent de plus en plus, les rôles sociaux éclatent, les institutions de socialisation comme la famille ou l'école se transforment. Les politiques sociales se déplacent vers l'individu.
Les liens primaires (famille, village, travail) ont disparu. Les liens sociaux, liés aux solidarités de classes et d'appartenance religieuse et sociale, sont fragiles. L'égalité s'oppose à l'autorité, l'ouverture s'oppose à la fermeture, le droit au devoir.  La société moderne est paradoxale : l'individu est célébré pour son autonomie, mais l'individualisme est perçu comme un vice, comme un égoïsme, comme une destruction du lien social.  


L'individualisation est devenue une valeur, la démocratie doit considérer sérieusement cette donne, au risque de perdre le soutien des électeurs.


Comment faire quand l'individu préfère la propriété, le parcours individuel à la contribution collective ? Les décisions autoritaires comme augmenter les impôts au nom de la solidarité ou de l'égalité, finissent par rendre le pouvoir impopulaire, et les sanctions électorales suivent.


Comment l'Etat-providence peut-il demeurer garant du bien-être commun et individuel quand l'individu contemporain se montre sceptique à l'endroit de l'Etat et de son efficacité. Les Français critiquent l'état et tissent désormais des réseaux sociaux où l'affectivité et l'entre-soi prévaudraient sur le grand collectif sous forme d'associations, et de réseaux d'entre-aide.

Pour se développer dans nos sociétés, l'individu a besoin d'être soutenu par un système politique personnalisé. Les droits sociaux ne peuvent plus être vus comme des formes d'assistanat généralisé ou égalitaire, mais plutôt comme des leviers de reconnaissance et d'expression individualisés. L'Etat social pourrait fournir un cadre collectif propice au développement de l'individu : formation professionnelle, accompagnement, médiation, aide en cas d'accidents etc.

Le modèle social pose la question de l'individuel et du collectif. Quelles sont les limites entre l'individualisme et la solidarité ?
Comment le modèle social pourra-t-il prendre en compte la vie personnelle, et ses aléas, comme les problèmes liés à la séparation des couples, et la nécessité pour les parents de trouver des solutions sur le plan personnel et professionnel. Le modèle social devrait également répondre aux besoins grandissants en formation et apprentissage dans une société en constante évolution.


Dans une société individualiste, il est important de personnaliser la solidarité, et de mieux fixer les limites entre l'individu et le collectif.

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Se laisser gagner par l'optimisme, l'espoir de réussir

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Se laisser gagner par l'optimisme

L'optimisme est une attitude mentale, sociale et culturelle qui prévoit sans raison valable des conséquences positives. Le pessimisme est le contraire, c'est une attitude mentale, sociale et culturelle qui redoute, sans raison valable des conséquences négatives et ou désastreuses.     
Une attitude optimiste peut améliorer la santé, en réduisant l'anxiété et le stress, peut améliorer les résultats scolaires et académiques, et peut favoriser de meilleures relations avec les autres. Les étudiants optimistes bénéficient de résultats académiques plus favorables que les pessimistes, et sont capables d'élaborer des projets et de réussir plus que les autres.

Espoir ou optimisme ?

Dans de nombreuses études, on pose la question sur la différence entre espoir et optimisme. Dans une étude, qui va être publiée en octobre 2017, dans le journal Personality and Individual Differences, les chercheurs psychologues à l'université de médecine de Chicago, ont tenté de déterminer si l'espoir et l'optimisme étaient deux constructions mentales différentes.
Pour aborder l'espoir, ils ont utilisé le questionnaire développé par le psychologue Rick Snyder dans les années 1990.
Rick Snyder considérait l'espoir comme un processus cognitif, comme une réflexion capable d'aider les gens à planifier et à poursuivre leurs buts. Pour Snyder, l'espoir est une construction mentale et psychologique qui précède l'acte, en élaborant des chemins et des plans réalisables pour atteindre les objectifs. L'espoir dans ce cas produit de la motivation, cette force motrice indispensable pour réaliser les objectifs désirés.

optimisme motivation


Les chercheurs ont utilisé des tests d'orientation pour mesurer l'optimisme, considéré comme une vision positive de l'avenir, une attitude mentale et philosophique qui ne dépend pas nécessairement d'un projet.
Les résultats de l'étude confirment la présence d'un tronc commun entre optimisme et espoir, cependant, il existe de nombreuses différences entre ces deux attitudes. Les personnes participant à l'étude semblent utiliser les deux composantes selon des stratégies personnelles.


Par exemple, quand une personne sollicite un stage dans une entreprise, il croit à ses capacités et à sa chance d'obtenir ce stage. En cas de refus, une personne optimiste peut poursuivre son projet en sollicitant d'autres stages dans d'autres entreprises. Cette personne a utilisé deux stratégies différentes : en premier temps, elle avait l'espoir d'obtenir le stage, et en deuxième temps, elle avait l'espoir d'obtenir un stage dans une entreprise différente.
Le résultat de cette étude suggère que l'espoir et l'optimisme sont différents, et partiellement comparables. Notre interprétation personnelle modifie notre définition de ces deux entités. Certaines personnes insistent sur la différence de ces deux entités, d'autres personnes préfèrent mettre en premier la similitude de ces deux entités.

citation henry ford

Optimisme et culture : Voltaire, cet incurable pessimiste  

En sortant du plan individuel, domaine privilégié de la psychologie, nous pouvons poser la question sur la société, et sur son manque d'optimisme.
Il existe peu de pays qui sont définis par leurs écrivains. La France est le pays de Voltaire.  
Cependant, Voltaire avec ses doutes et son incurable cynisme, a fini par rendre l'optimisme suspect, en prétendant que l'optimisme est un manque de lucidité et d'intelligence.

Dans Candide, Voltaire ridiculise les thèses du philosophe allemand Leibniz, fervent de l'optimisme comme attitude mentale et philosophique.
Candide, jeune Allemand à l'esprit simple, de naissance noble mais illégitime, a été recueilli par le baron de Thunder-ten-Thronck. Au château, il est l'élève du docteur Pangloss, partisan comme Leibniz d'une attitude optimiste. Voltaire caricature l'optimisme en parlant d'un candide naïf dans son optimisme, qui va être expulsé de son paradis après avoir été surpris par le baron en train d'embrasser Cunégonde, sa fille légitime. Les ennuis commencent pour Candide.
Voltaire s'amusait dans une critique acerbe des optimistes, en envoyant Candide dans des aventures cruelles, exotiques de Buenos Aires à Constantinople, pour démontrer à son lecteur comment la vie éduque les naïfs optimistes. Candide finira par abandonner ses croyances optimistes, en se retirant pour cultiver son petit jardin.


Voltaire, au moment de rédiger Candide, était bouleversé par le tremblement de terre de Lisbonne qui détruisit la ville en 1755, ainsi par la guerre de sept ans. Banni par le roi, il fut sujet d'un profond pessimisme. C'est lui qui écrivait :


 " Un jour, tout sera bien, voilà notre espérance. Tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion. "

Certains philosophes critiquent l'optimisme en disant qu'il semble se référer à quelque chose en dehors de l'homme, que l'optimisme est lié à une notion de possibilité. Certains pensent que l'optimisme peut dépendre des circonstances et de l'environnement.

L'optimisme gagne parfois

En dépit de nos penchants pessimistes naturels, utilisés parfois pour justifier nos peurs, en dépit du fait que nous critiquions plus facilement les optimistes que les pessimistes, les études sociologiques confirment que les gens optimistes attirent les autres. On critique les optimistes par jalousie ou par frustration envers ces gens heureux, ou encore parce que nous trouvons l'attitude optimiste trop limitée dans un monde complexe. La volonté de voir le monde de manière positive est souvent comparée un aveuglement, à une cécité qui ne veut apercevoir que le côté sombre de la réalité.
Dans une société individualiste, l'humain est responsable de plus en plus de son destin. Il est important de se souvenir que l'optimisme et l'espoir sont des attitudes vides de sens sans l'élaboration de plans pour réussir et sans la motivation nécessaire.
Pour échapper au cynisme excessif de Voltaire, et pour ne pas être candide, on peut accepter la définition proposée par nombreuses écoles psychologiques :


" Face à l'incertain, l'optimiste suppose qu'il existe une issue favorable pour agir ".


Référence :  
Drew Fowler, Emily Weber, Scott Klappa,  Steven A. Miller: Replicating future orientation: Investigating the constructs of hope and optimism and their subscales through replication and expansion.
Personality and Individual Differences , 116:22-28 · October 2017

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Hommes blancs en colère votent Trump

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Hommes blancs en colère votent Trump

Pendant  huit ans, l'Amérique a eu un président afro-américain. Aujourd'hui l'Amérique vient d'élire un président avec un projet et des revendications radicales.


Le sociologue Michael S. Kimmel est l'un des meilleurs spécialistes de la masculinité dans le monde anglo-saxon, il a déjà publié plusieurs livres sur les hommes aux États-Unis et en Angleterre, sur la condition masculine actuelle, le statut des hommes dans la société, dans le couple, et dans le milieu professionnel. À travers plusieurs entrevues, il avait déjà publié des études sur la masculinité, sur la virilité, sur l'homme occidental contemporain, ses problèmes et ses frustrations. Il est connu du monde universitaire, et récemment du grand public, pour ses appels à l'égalité entre les deux sexes en respectant les droits et les besoins de chaque sexe.
En 2013, Michael Kimmel publie un livre de sociologie,  Angry White Men ,  " des hommes blancs en colère " pour analyser la colère qui animent un certain nombre d'hommes  blancs de la classe moyenne, principalement de la classe moyenne inférieure. Il cherche à comprendre pourquoi cette rage, cette violence verbale et cette radicalité. Il commence son étude en refusant l'image donnée de ces hommes par les médias, des perdants violents et racistes. Il détaille les colères d'hommes aux USA, colères contre un système social, économique et culturel, leurs arguments et leurs projets.  

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Depuis l'élection de Trump, de nombreux médias cherchent dans ce genre d'études sociologiques de quoi expliquer ce virage. Certains intellectuels avaient déjà prévu le phénomène Trump, comme la conclusion d'une lente accumulation de colères et de frustrations.  Sommes-nous à la conclusion ou au début d'une traduction politique d'un réel mouvement sociologique ?  Si le livre est une étude purement sociologique, il est tout à fait d'actualité dans l'Amérique du président Trump.    


Ces hommes en colère

Les fusillades collectives et les agressions par armes à feu aux États-Unis impliquent généralement de jeunes hommes blancs. Après les fusillades, les médias américains ont discuté les problèmes liés à l'accès aux armes à feu, aux maladies mentales, aux histoires familiales, sans jamais analyser les motivations de ces tueurs, et les points communs entre ces hommes blancs violents et meurtriers. Pourquoi ces hommes blancs de la classe moyenne sont-ils en colère contre la société, le féminisme, le modèle économique, et la culture ambiante ?
Michael Kimmel, par l'intermédiaire d'entrevues, et de rencontres étudie la colère de ses hommes, les motivations, les revendications et leurs points communs. Il formule une première conclusion : ces hommes sont en colère contre un modèle qui les marginalise dans le travail, dans le couple, dans la parentalité. Il dit dans son livre la masculinité américaine (et probablement occidentale) est en train de se transformer, de changer d'époque.
D'où vient cette colère ? Michael Kimmel écrit :

" La colère d'hommes blancs est réelle, profonde et sincère. "

En face d'une société qui les marginalise, ils deviennent conservateurs ou réactionnaires. Ils votent à droite, ou à l'extrême-droite.
Dans son étude, il cherche les motifs de ces colères collectives chez les hommes de la classe moyenne. Il découvre qu'ils ont la nostalgie d'une époque où " être homme " représentait un devoir et un privilège. Ces hommes ne trouvent plus leur place dans la société actuelle, par manque de travail, par manque de perspectives, par les crises économiques successives, par délocalisation, et par déclassement social. Sur le plan sociétal, ces hommes ne trouvent plus leur place dans le couple, dans le rôle de parents. Ils ne sont plus chefs de famille, ils n'ont presque aucun droit dans le couple, et doivent s'adapter continuellement avec un mouvement féministe sans limite.


À la différence de l'approche générale des médias en Occident, l'auteur ne considère pas ces hommes en colère comme une aberration, comme un comportement individuel, mais plutôt comme un groupe ayant certains points en commun. Ces hommes blancs expriment leur colère dans une radicalité vis-à-vis du modèle économique et vis-à-vis du modèle sociétal. Ils sont contre les homosexuels, les considérant comme une atteinte à l'image et au rôle de l'homme dans la société, ils sont contre le féminisme, le considérant comme un facteur de destruction du couple, un moyen de marginaliser les hommes, de les priver de leurs droits dans le couple, et sur les enfants. Ces hommes n'expriment aucun désir de lutte sociale ou syndicale, se drapent dans une radicalité défensive contre les étrangers, contre les multinationales, et contre les changements. Dans ce sens, ils sont conservateurs, individualistes, cherchant dans le passé des solutions pour les problèmes d'aujourd'hui.

Trump hommes


Kimmel souligne l'importance de cette colère masculine, qui gagne de plus en plus les hommes de la classe moyenne inférieure, en raison des transformations économiques et sociales, politiques et culturelles. Presque tous les hommes interviewés dans son livre parlent de " droits bafoués ".  Ces hommes ne croient pas que la politique actuelle est dans le sens de l'histoire et cherchent par les moyens disponibles à influencer la société, y compris par leurs cartes d'électeur.   

Kimmel couvre dans ce livre un certain nombre de motivations de colère, les pères et les droits après la séparation, les lois jugées favorables aux femmes, le chômage, le déclassement social, la situation de l'homme sans emploi dans la famille, la culture médiatique favorable aux minorités et aux femmes, les lois contre la violence conjugale ne prenant en compte que la violence masculine. Dans le cas américain, on trouve également des motivations raciales comme la supériorité de la race blanche ou le port des armes.

Kimmel reconnaît que certaines de ces réclamations sont légitimes. La vie des hommes qui ont participé à son étude était balayée par d'interminables ondes de réformes économiques néolibérales, par des usines fermées ou délocalisées. Ils ont subi des réformes de la société favorables aux femmes sans se soucier des problèmes masculins dans le couple. Ces hommes déclassés perdent leur travail, leur rôle dans la famille, et même leurs couples. Ils ont du mal à voir leurs enfants une fois par semaine, gardés par l'ordre des juges chez leurs ex-femmes.

Ces hommes se sentent bafoués, ignorés et abandonnés. Leurs discours sur les médias sociaux est un terrain fertile pour les théories extrêmes. Ce discours radical joue un autre rôle, il contamine les autres, et transforme l'angoisse des hommes en colère en révolte. C'est visible dans les médias, les forums, les radios et la presse écrite.

Cette colère ignorée, mal interprétée et caricaturée par les médias se transforme en ressentiment qui se traduit de plus en plus par une demande de politique réactionnaire qui bloque la société et freine les changements jugés injustes et inéquitables.

Pour certains hommes, le vrai problème a commencé avec le capitalisme financier qui a lésé la classe moyenne inférieure, qui a privé ces hommes de travail et d'avenir, pour d'autres, le problème a commencé par les lois favorisant les femmes en cas de divorce, en cas litige avec les hommes. Pour d'autres, il s'agit du même mouvement, le féminisme de consommation allié du capitalisme financier, de même que les minorités et les immigrés qui " volent les emplois."

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Etre un homme occidental aujourd'hui

On a fini avec les scènes de ménage, avec les discussions entre les hommes et les femmes, passons à l'action, encourageons politiquement toute radicalité. Selon ces hommes, être un homme en Occident aujourd'hui est un synonyme de déclassement, d'effondrement de la classe moyenne, de culture féministe dominante, de crises économiques avec raréfaction d'emploi, de cohabitation avec les minorités. Être un homme aux États-Unis devient problématique, sans rôle défini dans la société, sans rôle dans le couple, sans rôle dans la vie de ses propres enfants.
Ces hommes avouent être éduqués à subir silencieusement, la masculinité occidentale n'aime pas les émotions, n'aime pas les hommes qui pleurent ou qui se plaignent. Par contre, ces hommes disent qu'ils ont compris en imitant les mouvements féministes qu'il faut se victimiser, et utiliser le droit de vote pour changer la société.
M. Kimmel parle réellement aux gens. Il sort pour trouver des groupes d'hommes fâchés et discute avec eux pour entendre leur version de l'histoire. Il écoute les activistes des droits des hommes, des masculinistes, et les hommes qui soutiennent ce mouvement.

Kimmel souligne que de nombreuses revendications de ces hommes sont légitimes en ce qui concerne le chômage, déclassement social, les droits des pères, les droits des hommes pendant les procédures de divorce et mentionne combien les revendications sociétales sans limite peuvent engendrer de la colère.


Il indique en même temps que cette colère masculine est parfois mal orientée, épargnant les vrais responsables.
Par contre, certains hommes blancs en colère formulent des revendications anachroniques et mêmes nuisibles à la société comme les partisans de la suprématie blanche.


Est ce que les hommes blancs en colère sont du côté perdant de l'histoire ou finiront-ils par gagner progressivement les esprits et le pouvoir ? 

L'auteur est plutôt optimiste et pense que la société égalitaire pourrait répondre à certaines revendications légitimes.
Trois ans après ce livre, l'Amérique choisit le président Trump.
A chacun de formuler sa propre conclusion.
A noter que le livre est bien écrit, amusant, facile à lire surtout si vous aimez la sociologie et les études du genre. 

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L'Homme sensible est-il plus attirant ?

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La sensibilité masculine n'attire pas les femmes  


En règle générale, les hommes semblent considérer une femme sensible à leur besoin comme une femme sexuellement attirante. Cela peut expliquer l'attirance des hommes pour les femmes qui les accompagnent pendant leurs moments de fragilité ou de détresse.

Cette étude publiée dans le journal de psychologie et de personnalité tente de répondre à l'autre partie de la question : comment les femmes jugent-elles la sensibilité masculine ? Est-ce que la réactivité ou sensibilité masculine rend l'homme plus désirable ?


Les chercheurs de plusieurs universités américaines, l'université de Rochester et de l'Université de l'Illinois à Urbana-Champaign, ont collaboré dans cette étude pour évaluer le lien entre la réactivité / la sensibilité masculine, et l'attirance exercée sur les femmes. Une personne sensible est une personne favorable aux besoins objectifs et réalistes de l'autre.
Les résultats de cette étude ne confirment pas le cliché qui circule habituellement dans la presse populaire selon lequel les hommes "sensibles" attirent et séduisent les femmes.


Dans l'étude, les participants ont choisi une photographie de quelqu'un du sexe opposé qui leur semble physiquement attirant. Une rencontre en ligne a été organisée entre la femme et le partenaire choisi, jugé sexuellement attirant par l'intermédiaire d'une photographie.
Pendant ces rencontres en ligne, les échanges ont été évalués, pour étudier le lien entre l'expression de la sensibilité masculine, et l'attirance sexuelle féminine.

homme rose


Les hommes "sensibles" ont été jugés plus attirants que les hommes distants et insensibles.
Par contre, on retrouve dans les réponses féminines une variété de jugements. Certaines femmes ont dit se sentir mal à l'aise avec un homme "étrange" qui exprime une sensibilité, et une disponibilité. D'autres femmes ont déclaré que cette sensibilité masculine ne favorise pas l'attirance sexuelle.


De nombreuses femmes ont déclaré qu'un partenaire sensible est un bon choix pour une relation à long terme, par contre, cette sensibilité réduit la capacité de l'homme à séduire la femme pour une relation à court terme ou au début de rencontres.
Une autre partie de l'étude a évalué le lien entre la sensibilité masculine et l'attirance sexuelle à court terme ou à long terme. La sensibilité féminine est perçue par les hommes comme un signe d'attirance sexuelle. La sensibilité féminine encourage les hommes à considérer la femme attirante dans une relation à court terme, comme dans les relations à long terme.
La réactivité et la sensibilité masculines ont été moins importantes pour les femmes dans cette étude. Les femmes ne perçoivent pas un homme sensible comme moins masculin, ou moins virile. Mais les femmes ne perçoivent pas un homme sensible non plus comme un homme plus attirant, ou plus désirable.


Il n'existe pas une explication valable sur le fait que les femmes soient moins attirées sexuellement par un homme sensible.
Certaines femmes peuvent considérer cette personne sensible comme inappropriée, ou comme une personne manipulatrice qui cherche à obtenir une rencontre sexuelle, ou une personne qui cherche à plaire, ou une personne désespérée, donc moins attirante sexuellement. Certaines femmes peuvent percevoir un homme sensible comme vulnérable et moins dominant donc moins rassurant.


La conclusion de l'étude est simple, si un homme cherche à susciter le désir, cherche à transformer une rencontre en relations sexuelles ou plus, il est conseillé de moins insister sur la sensibilité et sur l'empathie. Ces qualités peuvent avoir leur chance dans une relation à long terme, mais pas dans une relation qui débute.


Réf:
Birnbaum, G. E., Ein-Dor, T., Reis, H.T., Segal, N. Why do Men Prefer Nice Women? Gender Typicality Mediates the Effect of Responsiveness on Perceived Attractiveness in Initial Acquaintances. Personality and Social Psychology Bulletin, July 2014

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Femmes et pornographie : liberté ou normalisation ?

femme pornographie

 

Femmes et pornographgie


Les séries télévisées actuelles, les livres et les films sont riches en passages érotiques ou sexuels. Ce là ne semble plus choquer les femmes. D'ailleurs les livres de " romance épicée " avec des scènes sexuelles proches de la pornographie, se vendent très. Certains parlent même de pornification de la culture pour décrire cette présence du sexe dans nos produits culturels.
Cette tendance est décrite par d'autres comme un vent de liberté et de normalisation, et décriée par certains au nom des valeurs culturelles ou religieuses.  La question des femmes dans cette tendance culturelle est encore d'actualité.
 


Les femmes regardent les films X   


Le discours féminin se montre attaché à une conception de la sexualité associant la sexualité aux émotions. Dans une étude de 2012, 12 % des femmes rapportent l'utilisation de la pornographie comme moyen récréatif, par curiosité, ou à la recherche d'une stimulation érotique.
Quelques années plus tard, en 2014, selon les études, en France, plus de huit femmes sur dix affirment avoir déjà regardé un film X. Et une sur cinq aime s'adonner à ce loisir coquin. 82 % des femmes sondées ont visionné un film pornographique au moins une fois dans leur vie, 99 % des hommes ont eux regardé ce type de films.

 

femme pornographie ordinateur


En vingt ans, le nombre de femmes qui regardent des films pornos a vraiment augmenté : d'après une étude sur la sexualité de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), elles étaient seulement 23 % en 1992, selon l'institut Ifop.
Si les femmes préfèrent regarder des films en couple (62 %), une Française sur deux (50 %) aime regarder le film porno seule.
Le stéréotype selon lequel toutes les vedettes porno sont des femmes malades, sans estime de soi, forcées ou droguées est une idée ancienne et même un préjugé. Selon les conclusions du Journal of Sex Research , les stars du porno ont plus d'estime de soi que les autres femmes, sont en bonne santé mentale et physique.


En 2015 selon les statistiques de site Pornhub, les femmes semblent préférer regarder certaines pratiques sexuelles plus que d'autres, comme le cuni-lungus entre un homme et une femme. Selon le même site, les femmes cherchent leurs scènes préférées : mots vulgaires, gros sexe, ou sexe d'homme noir.


A partir de 2015, 24 % des visiteurs de Pornhub du monde sont des femmes qui ont tendance à passer plus de temps à regarder le porno sur le site que leurs homologues masculins. La femme moyenne passe 10 minutes et 10 secondes par visite, par rapport aux hommes qui passent seulement 9 minutes et 22 secondes. Les femmes philippines sont en tête avec 13:31 minutes par visite.


Au cours de la dernière décennie, on a assisté à une augmentation notable de productions pornographiques cherchant à séduire les femmes, mettant l'accent sur des relations respectueuses, avec consentement mutuel et une dose d'intimité. Par contre, les sites présentant exclusivement ce type de contenu ont peu de trafic.

 

Andy Warhol sex

 

Les motivations


"Le sexe est plus excitant à l'écran et entre les pages que dans les draps " disait Andy Warhol.

Dans les études disponibles, les femmes consommatrices de pornographie ont les motivations suivantes :
- améliorer la qualité de la relation avec son partenaire dans 58 % des cas. Certaines femmes disent que la consommation pornographique à deux a permis aux hommes de formuler nettement leur demande et leurs besoins. Dans certains cas, les femmes ont été encouragées par cette consommation à deux, à exprimer également leurs besoins.


- regarder la pornographie n'est pas considéré comme un geste d'infidélité par les femmes. Dans 93 % des cas, la pornographie n'est pas considérée comme une infidélité.


- la pornographie aide les femmes à lutter contre le stress, cette fuite dans les fantasmes est présente dans 85 % des réponses.

- la pornographie domestique est en vogue, 40 % des femmes interrogées déclarent avoir fait un sexe-tape avec leurs partenaires.

- la pornographie est partout. 57 % des femmes disent avoir consommé de la pornographie dès l'âge de la puberté car la pornographie est disponible.


Le débat sur la pornographie et les femmes est complexe, certaines femmes disent qu'il s'agit d'une pornographie faite par les hommes pour les hommes, d'autres femmes pensent que la pornographie dégrade l'image de la femme, d'autres femmes sont indifférentes.
Les études concernant la réception de la pornographie démontrent une particularité féminine ; les femmes peuvent être stimulées sexuellement par une pornographie hétérosexuelle ou homosexuelle. La fluidité de l'identité sexuelle féminine s'exprime dans la consommation de la pornographie par les femmes.

Et la nouvelle génération ?
Une étude suédoise récente publiée en 2014 a analysé la consommation de la pornographie dans la génération de 16 - 18 ans. À 16 ans, 96 % des garçons et 54 % des filles regardent des films pornographiques. Les filles qui consomment de la pornographie ont plus de partenaires sexuels par rapport aux autres filles de même génération, leurs pratiques sexuelles sont plus variées, et parfois plus risquées.
Même dans la nouvelle génération, les garçons semblent avoir une perception plus positive de la pornographie que les filles, en dépit d'une augmentation rapide du nombre de consommatrices.

Les études se succèdent, et mettent en lumière certains détails, mais dans l'ensemble, on découvre que le comportement sexuel féminin et masculin se rapproche étrangement, le nombre des partenaires sexuels, l'âge du premier rapport sexuel, les pratiques sexuelles etc. sont presque identiques pour les deux sexes. La consommation de la pornographie suit la même tendance. Les produits pornographiques ou érotiques populaires sont sollicités par les deux sexes.


La société offre, de plus en plus aux femmes la liberté d'exprimer leurs besoins et valide ces besoins. Le comportement sexuel féminin et les besoins exprimés sont de moins en moins éloignés du comportement masculin et des besoins masculins comme si le comportement sexuel était avant tout un produit social.  Etrangement, les études du genre semblent favoriser ces conclusions.

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Cadeaux de Noël : un peu de psychologie

Noel cadeau

 

Acheter les cadeaux à Noël est un moment stressant pour certains, un amusement pour d'autres, mais le choix des cadeaux n'est pas un geste simple. Il suffit de penser à nos motivations pour découvrir qu'il s'agit d'un geste pratique et symbolique.
On prépare la liste, on vérifie ce qu'on a offert l'année dernière, on cherche les prix, on cherche le sens et le message qui va avec. Pour les chercheurs en psychologie, les cadeaux de Noël sont un indicateur intéressant de nos comportements. Quel message voulez-vous transmettre ? Comment interpréter les cadeaux des autres ? Etc.

 

Le cadeau de noël est un message

 

Cette idée devrait être présente au moment du choix. Le prix et le caractère personnel dépendent de la personne, de la relation que vous avez avec lui et du message que vous voulez transmettre en offrant ce cadeau.


abs11.5 rose Ils l'ont voulu, ils l'ont eu
C'est une stratégie simple et pratique. Vous avez la liste de ce que les gens que vous aimez attendent, vous offrez des cadeaux selon cette liste. Dans une étude publiée dans le Journal of Experimental Social Psychology, les gens apprécient de recevoir des cadeaux demandés et attendus. Le message est : j'ai répondu à vos désirs. C'est le cas généralement. L'inconvénient, certains préfèrent des cadeaux plus réfléchis, moins attendus, moins communs. Si votre conjoint a parlé d'une jolie cravate qu'il a vue, il sera content de recevoir sa cravate à Noël. Il peut apprécier un autre cadeau que vous avez choisi pour lui car le message est plus personnel : j'ai désiré ce cadeau pour toi.

 

noel cadeau psychologie


abs11.5 rose Penser à la personne et non pas au cadeau
Dans une étude publiée en avril 2014 dans le Journal of Consumer Research, il semble que certaines personnes privilégient le choix du cadeau plutôt que la personne qui le reçoit. Le risque dans ce cas est d'acheter de beaux cadeaux pour la mauvaise personne. Vous pouvez être séduit par un objet de décoration, ou par un livre, le plus important est de penser à la personne qui va recevoir le cadeau, à sa réaction et non pas à l'importance ou à l'originalité du cadeau.

 

abs11.5 rose Ce que les gens achètent pour nous
Voilà un paramètre qu'on utilise dans le choix des cadeaux. Si un cousin vous offre des livres, on peut conclure qu'il aime les livres, ou qu'il n'a pas le temps de choisir d'autres cadeaux. Pour le choix de son cadeau vous avez deux solutions : lui offrir un livre, ou trouver pour lui un produit culturel comme par exemple un DVD ou une bande dessinée. C'est un message simple et amical : je partage tes passions.

 

abs11.5 rose Simplicité, utilité
C'est normal d'être généreux avec les gens qu'on aime. Dans les études publiées dans les journaux de consommateurs, la majorité des gens préfèrent recevoir un cadeau, facile, pratique et utile. La simplicité est le mot-clé dans le choix des cadeaux. Qui a envie de passer trois heures à lire le mode d'emploi d'un appareil ou d'un jouet ?

 

abs11.5 rose C'est l'idée qui compte
Dans une étude publiée dans Journal of Experimental Psychology, une majorité de gens apprécie les cadeaux bizarres, recherchés, et inattendus, cela transmet un message important et appréciable: j'ai passé du temps pour choisir ce cadeau.

 

abs11.5 rose Donner de l'argent
On peut être étonné, ou navré. Toutes les études confirment que l'argent est le cadeau le plus souhaité. Ce souhait est rarement déclaré. Si offrir de l'argent fait plaisir, les études confirment qu'il s'agit d'un message impersonnel, un choix de facilité. Si vous souhaitez donner de l'argent, vous avez des solutions intermédiaires, les bons d'achat par exemple, ou les abonnements. Un bon d'achat d'un magasin de produits culturels ou sportifs est un choix plus personnel que de simples billets.

 

En conclusion, Il est juste de constater que la fête de Noël s'accompagne d'une tendance à la consommation. Mais cette fête continue à être une fête familiale, chargée de symboles, y compris dans ses cadeaux, dans ses rituels, et surtout dans ses souvenirs qui marquent notre enfance.

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Fascisme japonais : crise économique et refus de modernité

fascisme japon guerre

 

Fascisme japonais : de la crise au refus de modernité


Le fascisme japonais et le fascisme européen ont de nombreuses similitudes : régimes autoritaires et tendances totalitaires.
Cependant, il existe une différence importante : le fascisme japonais est un mouvement sans réel soutien populaire, tandis que la montée de l'extrême droite en Europe était portée par un mouvement de masse en Italie et en Allemagne. Au japon, crise et peur de la modernité ont amené l'extrême droite au pouvoir.  

 

La modernité frappe à la porte de l'ile empire    

La mort de l'empereur Komei donna l'occasion au jeune prince Mutsuhito, devenu le successeur de son père, d'abattre définitivement les partisans du shogunat (gouvernement militaire) dans la Guerre de Boshin. Après son accession au trône, le jeune souverain ordonne le transfert officiel de la capitale impériale de kyoto à l'ancienne résidence des shoguns (aujourd'hui le Palais impérial), à Edo, ville qui fut rebaptisée " Tokyo ", c'est-à-dire la "Capitale de l'est".


L'ère Meiji commença le 23 octobre 1868, permettant l'entrée organisée et volontaire du Japon dans l'ère industrielle, l'abandon d'un régime féodal. La Charte en 1868 des dirigeants Meiji stipulait la mise en place d'assemblées délibérantes, la participation de toutes les classes dans les affaires politiques, abrogation des restrictions de classe sur l'emploi, recherche de la connaissance internationale.
Une constitution fut élaborée en 1889 comportant 11 articles. On voit la naissance d'un Conseil d'État, des organes législatifs, du suffrage universel, de nouvelles règles administratives locales.
Autre réforme importante, l'abolition de la classe guerrière les samouraïs.


La Conférence d'Osaka en 1873 aboutit à la réorganisation de l'administration d'un système judiciaire indépendant et à la création d'une chambre des anciens, chargée d'examiner les propositions de la législature.

Bien que le gouvernement ne s'opposa pas au parlementarisme, il continua à contrôler la situation politique. De nouvelles lois en 1875 interdisent la presse de critiquer le gouvernement et l'examen des lois nationales. La loi sur les réunions publiques (1880) limite sévèrement les rassemblements publics en interdisant la participation des fonctionnaires et nécessitant une autorisation de la police.

Cette réforme ne fut pas acceptée par tous, et provoqua en 1877 la rébellion de Satsuma menée par l'un des fondateurs de la nouvelle ère, Takamori Saigo, alimentée par des réflexes xénophobes et conservateurs de la société japonaise. Celle-ci sera rapidement matée au bout de six mois par les forces impériales.


Le japon est partie en guerre contre la Chine en 1894-95. Cette première guerre sino-japonaise va durer du 1er août 1894 à 17 avril 1895 opposant la Chine de la dynastie Qing à l'empire du Japon, pour le contrôle de la Corée. Après six mois, les Qing demandent la paix en février 1895. Cette guerre indique la domination japonaise en Asie orientale et une sévère perte de prestige et de pouvoir de la dynastie Qing, et inaugure une importante vague de protestation, et de révolutions.

Le Japon a connu, durant les années qui ont précédé la guerre, un fort développement économique instauré dès 1872 pour transformer le régime féodal et moderniser le pays. Le Japon s'est organisé comme un État moderne, au pouvoir central fort, avec un régime parlementaire. La modernisation s'est étendue à l'armée, et à l'industrie militaire.

La Corée était traditionnellement tributaire de la Chine. La première guerre sino-japonaise en 1894-1895, permettra à l'Empire du Soleil Levant, par le traité de Shimonoseki de mettre la main sur Taïwan, l'archipel des Pescadores et la presqu'île du Liaodong, ainsi que de placer La Corée sous sa sphère d'influence (signature d'un traité d'alliance militaire).


Dans un quart de siècle, le "miracle de Meiji "sous forme de modernisation accélérée a transformé le japon d'un pays sous-développé en une puissance mondiale.


Le japon entre en guerre en 1894. Pour la même occasion, il exige une révision de ses traités inégaux avec les nations occidentales. Cette révision est aussi devenue une demande populaire.
En dépit des divergences de vue parmi des intellectuels et et les hommes politiques sur les méthodes de modernisation et les valeurs culturelles, cette victoire faisait une exceptionnelle unanimité au sein de la société japonaise.


La crise : porte ouverte à l'extrême droite


La crise de 1929-30 allait provoquer un changement radical de la politique de coopération avec l'occident. La crise encouragea les courants les plus radicaux. Ces mouvements appelaient à un régime autoritaire qui imposerait sa volonté à intérieur et à l'extérieur.

En 1925, l'Union soviétique reprend le contrôle de la Mandchourie. En 1931, l'incident de Mukden dans le sud de la Mandchourie sera à l'origine d'une guerre. Il s'agit d'un attentat contre une section de voie ferrée appartenant à la société japonaise : chemin de fer de Mandchourie du sud (Minami Manshu Tetsudo Kabushiki-gaisha).

L'armée japonaise intervient en Mandchourie. Le 18 février 1932, le Japon déclare la zone indépendante de la république de Chine, sous le nom de " Grand État mandchou (Mandchoukouo) de Chine".
Suivant une politique d'expansion impériale, le Japon va reproduire ce modèle en installant des gouvernements d'occupation pro-japonais dans la république de Chine, aux Philippines, et en Thaïlande. Le Mandchoukouo est utilisé comme base arrière pour les invasions japonaises, et lieu de déportation des Chinois après la guerre sino-japonaise.

 

fascisme japon eleves instruction militaire


L'armée faisait la guerre à l'extérieur, les ultra-nationalistes de droite à l'intérieur et à l'extérieur en commençant à terroriser la population à l'intérieur du Japon,  intimidant les libéraux, les industriels, et les investisseurs. Libéraux et capitalistes furent jugés responsables de l'état du pays.
Le politologue Masao Maruyama (1914-1996) décrit les idées de l'ultra-nationaliste  :


" Le contenu de leur idéologie était extrêmement vague et abstrait. Le principe était d'accepter l'autorité absolue de l'empereur et de se soumettre à ces ministres. Toute tentative pour formuler une idée opposée à la volonté impériale devrait être considérée comme une invasion, une agression. Ils diffusaient une sorte d'optimisme mythologique et simpliste selon laquel il suffit de liquider les méchants et les corrompus pour que les nuages se dissipent, et que le soleil impérial du Japon brille à nouveau."

 

Ces idées gagnèrent aussi certains pays européens comme l'Allemagne et l'Italie.

En mai 1932, un groupe de jeunes officiers de marine assassinent le premier
ministre. Les gouvernements démocratiques ne gouvernent plus. Les deux grands partis continuent à gagner les élections en attendant leur dissolution en 1940 au nom de l'unité nationale.
A partir de 1932, le premier ministre nommé par les militaires, est encadré par des bureaucrates qui coopèrent avec les militaires.


Cette phase de l'histoire est décrite par les japonais comme la phase de fascisme de leur pays, qui a impliqué le japon dans la guerre du Pacifique et, enfin de compte, pour aboutir à sa défaite militaire en 1945.


Bien que la plupart des chercheurs occidentaux soient réticents à appliquer le concept européen du fascisme à l'évolution du Japon pendant cette période, il est clair que, sous la pression internationale et les crises internes, la démocratie parlementaire qui avait évolué au Japon à partir de la moitié de la période Meiji, s'est complétement désintégrée devant la crise économique, et devant la montée de l'armée, celle-ci ayant réussi à établir un état oppressif dès la fin des années 30.

 

Les fascistes en Europe ont été inspirés par des "leaders" comme Hitler et Mussolini, ils sont arrivés au pouvoir grâce à des mouvements de masse. Au japon, aucune mouvement de masse n'a participé à l'installation d'un état policier. En raison de la crise, les militaires ont fini par convaincre d'être les dépositaires de l'esprit national et traditionnel japonais, d'être le seul espoir pour l'unité de la nation.


Une fois au pouvoir, l'ennemie qui avait conduit le peuple égaré fut désigné : la modernité et les doctrines et idéologies socio-politiques propagées par l'occident.
Dans un tract publié en 1937 intitulé les principes Fondamentaux de notre politique nationale :

 

" On peut dire qu'en occident comme dans notre pays, l'individualisme est dans l'impasse, il conduit à la confusion idéologique et sociale et aux crises."

 

Les militaires ont diffusé l'idée que le Japon était une terre sacrée, gouvernée par un bon empereur, que les citoyens étaient membres d'une grande famille, censés servir l'Etat avec fidélité. Les militaires avaient la sainte mission d'étendre l'influence japonaise à l'étranger et de préserver la paix à l'intérieur.

Durant ces années, de nombreux auteurs et artistes furent interdits ou poursuivis, non seulement les auteurs communistes ou auteurs de gauche mais des dramaturges, des professeurs et des écrivains. Il était interdit de commenter ou de juger la politique dans les journaux comme dans les universités.

 

Les idées des militaires et de leurs alliés critiquaient également les modes, et les " grotesques habitudes " et "l'absurdité des idées occidentales".

On interdisait les salles de danse, les revues féminines, les mini golfs, et même les mots croisés.

 

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Nietzsche à Freud : sortir la civilisation du chaos

Freud Nietzsche irrationnel chaos

 

Nietzsche le chaos extérieur, Freud le chaos intérieur

Freud pensait que si le développement de la civilisation continue sur sa forme actuelle, " l'ensemble de l'humanité risque de devenir névrotique, " écrit-il dans Malaise de la civilisation en 1930.  
Quelques années avant lui, Nietzsche critiquait les opinions conventionnelles de son temps. Il ne croyait pas à la réforme sociale, il détestait le gouvernement parlementaire et le suffrage universel. Il détestait les libéraux, les conservateurs, les communistes et les socialistes. Il ne partageait pas la vision du progrès caractéristique de la tradition intellectuelle occidentale. Il condamnait  la morale chrétienne. Il se moquait de la notion libérale qui pense que l'homme est intrinsèquement bon.


Selon lui, l'homme doit comprendre que la vie n'est pas régie par des principes rationnels. Mais que la vie est pleine de cruauté, d'injustice, d'incertitude et d'absurdité. Il n'y a pas de normes absolues du bien et du mal. Il n'y a qu'un homme nu vivant seul dans un monde absurde et chaotique.
Contre les tendances de la société bourgeoise de son époque, Nietzsche a souligné que l'homme doit connaître son monde intérieur, que ses instincts sont sa vraie force. Il écrivait "Du sollst werden, der du bist", ou  "devenez ce que vous devez être."

 

chaos

 

Pour que l'homme réalise son potentiel, il doit rompre sa dépendance à la raison et à l'intelligence en développant ses instincts, son dynamisme et sa volonté. Ainsi, dans son livre, l'anti-Christ de 1888, Nietzsche écrit que le christianisme a mené une guerre contre ce type d'homme " supérieur ", cultivant les faiblesses des humains et non pas leur force.


 "Dieu est mort," écrit il. Les anciennes valeurs et vérités ont perdu leur vitalité et leur validité. Il n'y a pas de valeurs morales. Nietzsche dit l'homme doit dépasser le nihilisme, produit de sa vie quotidienne,  créer de nouvelles valeurs, devenir son propre maître et être fidèle à lui-même.
Selon Nietzsche, l'homme pourrait être sauvé par un nouveau type d'homme, le Surhomme. Ces hommes qui se libèrent de la foutaise de la civilisation moderne, pour créer leur propre morale fondée sur les instincts, l'entraînement et la volonté.
Nietzsche a saisi l'un des problèmes fondamentaux du XXe siècle.

 

Dans le dernier quart du 19ème siècle, Nietzsche ne voyait que déclin. Avec la mort de Dieu, une mort décidée par la révolution scientifique, l'individualisme de la classe moyenne, le marxisme, le darwinisme, le positivisme et le matérialisme, les valeurs morales traditionnelles avaient perdu leur valeur et leur signification, la philosophie de Nietzsche cherchait la solution.


Freud : le pessimiste enfant des lumières  

Nietzsche quitte ce monde en 1900. Un autre grand penseur va marquer le siècle, Sigmund Freud (1856 - 1939) lui va réhabiliter les idées du 18ème,  siècle des Lumières.
La raison humaine et les sciences sont selon lui le chemin pour la connaissance. Freud est l'enfant des Lumières.  Il va se concentrer sur le pouvoir et l'influence des facteurs non-rationnels, des impulsions de la pensée et du comportement humain.

Dans les années 1840, Karl Marx disait ; les individus croient qu'ils pensent librement, mais en fait,   leurs idées reflètent la culture dominante. Marx parlait de "fausse conscience".

Freud croyait aussi que nos pensées conscientes sont déterminées par quelque chose de caché : nos pulsions inconscientes.

Freud ne s'éloigne pas de Nietzsche.  Il pense que l'irrationnel est un un danger potentiel. Freud était convaincu que l'homme n'est pas un être rationnel, son comportement est guidé par des forces intérieures.
L'esprit inconscient explique selon Freud certaines actions humaines.
Freud n'a pas découvert l'inconscient. Les romantiques européens, Rimbaud, Shakespeare, Dostoïevski et Nietzsche ont discuté cet esprit inconscient. Contrairement à Nietzsche, Freud était un homme scientifique. Le médecin Freud s'était spécialisé dans le traitement des troubles mentaux. Il a conclu que le chaos intérieur est le résultat de craintes vécues durant l'enfance. Les névroses prennent selon lui plusieurs formes : hystérie, anxiété, dépression ou obsession. Pour traiter un comportement névrotique, Freud discutait les expériences de l'enfance. Freud traitait ses patients de deux façons. La première la libre association : dire tout ce qui vient à l'esprit peut révéler quelque idée cachée. La deuxième méthode est l'interprétation des rêves. Les rêves selon lui révèlent les désirs secrets.

 

Freud souligne que le chao intérieur est le résultat d'un conflit entre les pulsions et les exigences de la civilisation. Il a développé cette thèse dans son livre court de 1930, Malaise dans la civilisation.  La coexistence est douloureuse entre nos pulsions et les limites de la société. Elle est à l'origine de nos anxiétés, nos frustrations et nos culpabilités.
 La vie civilisée augmente la souffrance des gens et le risque pour leur santé mentale.

 

Comme Nietzsche, il pense que les gens ne sont pas bons par nature. L'individu est une créature d'instincts et d'agressivité.
La civilisation est un fardeau que les individus doivent supporter pour éviter le chaos. En face de cette souffrance, on trouve anxiété, dépression, alcool et autres drogues.

 

chaos modernite philosophie

 


Nietzsche, Freud vont changer la civilisation occidentale

Leur travail a créé une grande révolution culturelle que nous appelons le modernisme, une révolution caractérisée par la prise de conscience de Soi. Les artistes modernistes ont abandonné les traditions artistiques et les conventions littéraires et ont commencé à expérimenter de nouveaux modes d'expression. Ils ont détruit l'histoire afin de créer leur propre histoire.
Des écrivains comme Thomas Mann (1875-1955), Marcel Proust (1871-1922), Rimbaud (1854-1891), DH Lawrence (1885-1930), James Joyce (1882-1941) et de Franz Kafka (1883-1924) et Yasunari Kawabata (1899-1972) au japon ont exploré la vie intérieure. Leurs romans traitent de l'homme moderne qui rejette les valeurs de sa culture en payant le prix de la culpabilité, de la frustration, d'une sexualité stigmatisée, de solitude.

Pour les modernistes, la réalité est personnelle, individuelle et subjective.
L'artiste fait sa propre réalité.  Le moderniste façonne un monde irrationnel.
Igor Stravinsky (1882-1971) présenta Le Sacre du Printemps à Paris en 1913, les impressionnistes vont rompre avec les traditions picturales classiques.  Renoir (1841-1919), Monet (1840-1926), Manet (1832 à 1883), Degas (1834-1917) et Picasso (1881-1973), ont tenté de capturer l'instant (mouvement, couleur et lumière) comme il est apparu à l'esprit à un moment donné.

En 1900, les artistes ont tenté de pénétrer dans les profondeurs de l'inconscient, véritable source de la créativité. Ils ont essayé de représenter visuellement ce qui ne pouvait pas encore être donné l'expression verbale. L'art cubiste présente des objets à partir de plusieurs points de vue dans un seul et même temps.

 

Conclusion  

Le modernisme dans l'art, la philosophie  et dans la littérature est le reflet de la puissance et l'attrait de la partie irrationnelle de l'existence humaine.  Le modernisme fait partie de la même expérience européenne qui a produit Nietzsche et Freud.
Nietzsche et Freud n'ont pas enfanté le modernisme. Leur diagnostic de la société occidentale n'était pas erroné.

Les analyses d'une société ou d'une culture ne prédisent pas son avenir. La condamnation de Nietzsche et de Freud de cette civilisation si elle était fondée, n'a engendré ni désintégration, ni déclin. Par contre la civilisation a changé, s'est modernisée pour s'adapter.
Elle changera encore et encore.

 

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