5 chefs d'oeuvre sur Danaé, le nu féminin normalisé

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5 chefs-d'oeuvre sur Danaé, le nu à travers des siècles de peinture 

L'art en Europe est une succession de mouvements, de voyages, d'influences et de retour.
Dans n'importe quel musée, on ne peut qu'admirer ces liens délicats entre un tableau et un autre, entre un maître et un autre, comme si chaque tableau faisait partie d'un ensemble cohérent et riche.

 

Le Mythe de Danaé ?

Danaé était une princesse légendaire d'Argos. Le roi fut prévenu par un oracle que Danaé, sa fille unique, mettrait au monde un fils qui, plus tard, le tuerait.
Le seul moyen d'échapper à ce sort était de tuer Danaé. Le roi refusa, et décida de garder sa fille enfermée dans une tour de bronze loin de toute compagnie masculine. Cette tour fut isolée du monde, seul le toit s'ouvrait sur le ciel afin que l'air et la lumière puissent y pénétrer.
Elle vécut en captive accompagnée d'une servante. Zeus tomba amoureux de Danaé, il s'est métamorphosé en une averse d'or et a traversé le toit.
Cette pluie d'or atterrit sur le bassin de la jeune fille avant de remplir la chambre. Elle tomba de cette manière, enceinte de Zeus.
Pendant quelque temps elle cacha la naissance de son enfant. Un jour, le petit garçon, Persée, fut aperçu par son grand-père. " Ton enfant, Qui est son père ? " Quand Danaé répondit fièrement : "Zeus", il ne voulut pas la croire. Il fit faire un grand coffre de bois et les y plaça la mère et l'enfant. Le coffre fut emmené au large, sur un bateau, et jeté à la mer. Danaé et Persée voguèrent à la dérive, furent découverts par un pêcheur.
Après de nombreuses d'aventures, Persée et sa mère revinrent. Peu après leur retour, Persée entendit parler d'un grand concours d'athlétisme. Il décida d'y participer. Quand vint son tour de lancer le disque, le projectile fit un écart et tomba parmi les spectateurs. Acrisios se trouvait dans la foule. Il mourut sur le champ. La prophétie de l'oracle fut réalisée.
 
Cette légende demeure fidèle aux principes de la mythologie grecque. L'amour est sans limite, la force du désir sexuel, le destin tragique de l'homme.


Titien : Danaé avec sa servante (1560) huile sur toile

Titien danae


La jeune Danaé est nue dans son château, la princesse est prisonnière. Elle est étendue lascivement sur un lit, accompagnée de son petit chien. Surprise par la pluie d'or, la domestique tente de rassembler cet or dans son tablier.
La blancheur du corps de Danaé contraste avec la noirceur de la peau de la domestique. Alors que Danaé est étendue sur le lit, le corps est riche de courbes.
La main de Danaé cache son sexe, dissimulé dans l'ombre, laisse deviner la signification érotique de ce geste.
L'aspect du corps est fidèle aux critères de beauté de l'époque. La peau est blanche, les cuisses sont pleines, le ventre est légèrement bourrelé. La femme est sans parure sauf les cheveux défaits laissant supposer le réveil mouvementé de la femme surprise par les pluies d'or.
Les seins sont montrés sans retenus, comme les jambes.
La mythologie comme prétexte d'un nu féminin ? La femme face à son désir, à cette pluie d'or !


Tintoret : Danaé

Tintoret danae


Musée des Beaux Arts, Lyon

Dans ce tableau, Tintoret reprend le sujet de son maître Titien. On peut observer la présence du chien, l'averse d'or sous forme de pièces, la présence d'une servante qui tente de collecter les pièces d'or dans son tablier.
Les couleurs sont vives, le corps nu est délimité par des lignes sinueuses, plus de bourrelets et plus de muscles que dans les tableaux de Titien. La nudité demeure offerte au regard mais sans cette chair épanouie qu'on voit dans les tableaux de Titien
On peut noter également la grande taille de la femme, ses muscles, et une adiposité marquée (tissu gras sous la peau)
Tintoret ajoute plus de décor, plus de couleurs, plus de plis.
Il y a quelque chose d'artificielle dans la pose de la femme, elle est plus allégorique que réelle.


Mabuse dessine Danaé

Mabuse danae

Après 1508- Mabuse Musée de Munich

Danaé est ce tableau témoin de l'influence de Rome sur le peintre. Dans ce tableau, Danaé ressemble à une jeune adolescente, recouverte d'un drap bleu, assise sur un coussin rouge. Elle dévoile son corps pour recevoir la pluie d'or qui inonde son bassin. Danaé de Mabuse est plus jeune que les Danaés de Titien et de Tintoret.
Cependant elle garde les signes essentiels du récit mythologique ; C'est une femme en attente qui accueille la pluie d'or favorablement. Les jambes sont légèrement écartées comme un signe d'un consentement.
La fille est assise au centre d'un décor fait de colonnes et piliers disposés en rotonde. Les détails sont soignés, on devine que la tour de Danaé est en marbre. L'œuvre est traitée avec beaucoup de sensualité. Le corps est gracieux. Les muscles tantôt éclairés tantôt à contre-jour donnent aux jambes de Danaé un beau réalisme.
Danaé est seule en face du torrent doré du désir et de fertilité. Loin de Titien et de Tintoret, le peintre n'a pas ajouté de servante ou de chien ou un dieu. Danaé est seule. Une allégorie de la femme seule face au désir, en face de l'événement majeur de la vie d'une femme ; la maternité ?


Alexandre Jacques Chantron : Danaé réaliste

Chantron danae


Le peintre propose un nu féminin qui reflète la culture et la peinture du 19ème siècle. Nous sommes en face d'un corps féminin réaliste dans ses proportions, dans ses détails anatomiques, sans excès ni idéalisation. Danaé est seule avec la pluie d'or. Le nu féminin n'a plus besoin d'une justification mythologique ou allégorique, la femme est partout dans cette fin de siècle.
La société se féminise, le corps féminin fait partie de la vie comme le corps masculin.
Bien que le peintre ait dessiné un corps beau, harmonieux, naturiste, nous sommes loin d'une recherche effrénée d'un érotisme excessif.
On normalise progressivement le corps féminin, et le nu féminin.
Le nu dans la peinture sera considéré de plus en plus en fonction des relations qu'il noue avec le thème du tableau.


Klimt, Danaé dorée

Klimt danae


À Vienne, Klimt influencé par les arts d'autres cultures et par le mouvement psychanalyste, va tenter une approche différente, symbolique, abstrait et figuratif du nu féminin.
Le tableau de Danaé est sans perspective, les cuisses et les fesses de la femme sont mises en valeur offrant une impression de profondeur. Une jeune femme endormie, une voile brodée d'or dissimule une partie de son corps, une coulée d'or passe entre les jambes. Danaé est disproportionnée, dans la position qu'un foetus, ou sous la forme d'un œuf. La lumière éclaire l'or, en opposition au fond noir.
Danaé semble endormie, visage calme, en contradiction totale avec la sensualité de sa cuisse offerte au regard, et de son sein. La chevelure rousse, libre et structurée à la fois. Ses doigts n'ont pas position naturelle, sont crispé sur son sein, l'autre main est dissimulée par la cuisse. La bouche est entrouverte dans une sensualité affichée.
Le tissu est richement brodé de sphères brodées ou dorées. La cascade d'or passe entre les jambes de la jeune femme, quelques pièces d'or se dirigent vers le sol.  
L'expression de son visage témoigne du rêve érotique et du plaisir féminin. La nudité devient le décor. Par le choix du détail, le spectateur est submergé par l'ornementation chatoyante et sensuelle qui occupe le tableau.
On assiste à une scène intime, qui dévoile un monde de plaisir et de luxe. Voyeur, le spectateur découvre un monde fermé dans lequel la Danaé est repliée dans un doux cocon.
Au début de XXe siècle, la nudité féminine n'est plus taboue. Le nu féminin chez Klimt est naturel, le corps n'est pas maudit. La nouveauté est dans la validation du plaisir sexuel féminin, de l'extase, de la jouissance féminine, du droit de la femme à jouir, et avoir une sexualité.

 

Conclusion

Un long chemin entre Danaé de Titien et Danaé de Klimt, et les tableaux modernes de Danaé.
Les tableaux de Danaé sont un exemple sur l'évolution de nu féminin dans la peinture, un témoignage de l'image du corps féminin à travers les siècles, sur la sexualité féminine et sur les bouleversements qui ont transformé la peinture.
Le nu académique chez Titien, le nu lyrique chez Rubens, le nu voluptueux chez Boucher et à la fin le nu érotique et sensuel chez Klimt au début du XXe siècle.

 

Il a fallu de nombreuses années, les travaux de Freud, puis les travaux de Kinsey au milieu du XXe siècle pour reconnaître enfin la sexualité féminine. La peinture occidentale au début de XXe siècle a rendu le sexuel digne de représentation, et la sexualité féminine valide sans détour ni culpabilité.

 

Danaé: sexualité, nudité et peintres

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vendredi 19 janvier 2018
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