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L'estampe japonaise : un art populaire

 

 

estampe japon hokusai

Katsushika Hokusai [1760-1849]

 

L'estampe japonaise : un art populaire

L'estampe est un procédé de gravure en relief sur des planches de bois. La Xylographie est connue en chine depuis longtemps dès le VIIe, époque où l'on imprime des textes religieux, ce procédé se diffusa progressivement dans les pays voisins.


Au Japon, l'estampe connut un fort développement en raison d'un contexte socioculturel et économique particulier : la période Edo.


Cette technique requiert plusieurs corps de métiers (artiste et artisan)
- l'artiste créateur du dessin original
- le graveur qui grave les reliefs du dessin sur différentes planches en fonction du nombre de coloris
- l'imprimeur ou coloriste qui encre la feuille
Le tout sous la direction d'un éditeur qui dirige le projet.

Pendant cette période, le japon connait une grande prospérité, aux trois classes sociales respectées du Japon (les nobles-seigneurs, les samouraïs ou guerriers et les paysans) s'ajoute une nouvelle classe sociale : les marchands qui bien peu estimée, finissent par constituer la bourgeoisie. Le Japon, sous l'autorité de l'empereur, est administré par le shogun (terme synonyme de généralissime, qui désigne autorité militaire) à partir de cette période, les luttes territoriales et fratricides de la noblesse sont interdites, la noblesse est obligée de vivre une année sur deux à Edo (Tokyo), dilapidant fortune et biens dans une vie fastueuse. Le shogun isole le pays, les étrangers sont expulsés. Seuls quelques ports sont autorisés à commercer avec le monde extérieur.

 

estampe japon rue


Edo est une des plus grandes villes du monde à l'époque. Cette population concentrée en milieu urbain souhaite se divertir (théâtre, lieux de plaisir), acheter (grands magasins, restaurant), se cultiver, obligeant les marchands à trouver de nouveaux moyens de communication et support publicitaire pour attirer la clientèle, à une époque où les journaux n'existent pas. Ainsi les estampes répondent à cette demande par une facilité d'impression en grande quantité.

 


L'estampe ukiyo-e

C'est au VIIe siècle que nait l'estampe ukiyo-e ou estampe du " monde flottant "
Ukiyo ou " monde flottant ", est un mouvement culturel dont le sens premier empreint de religiosité, c'est mettre l'accent sur l'aspect éphémère de la vie et de toutes choses.
Le terme ukiyo est utilisé aussi dans le sens de " la vie présente et telle quelle est " et, comme, le dit le célèbre poète Asai Ryoi vers 1665 :  


" vivre uniquement le moment présent,
se livrer tout entier à la contemplation
de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier
... ne pas se laisser abattre
par la pauvreté et ne pas la laisser transparaître
sur son visage, mais dériver comme une calebasse
sur la rivière, c'est ce qui s'appelle ukiyo. "

Et c'est bien sûr dans ce sens hédoniste que " rien ne soit définitif et donc il est indispensable de profiter de l'instant présent " que ce mouvement artistique sera apprécié par les populations urbaines assoiffées de loisirs, consommation et divertissement.

estampe japon homme femme

 

Les shunga

Les shunga (??) ou estampes érotiques ou " images du printemps, ou encore images d'oreiller " de grande diffusion entre 1600 et 1868. Elles seront interdites vers 1848, devenues ensuite clandestines et très prisées.
Les shunga constituent une catégorie majeure au sein de l'ukiyo-e, peut-être même la part essentielle au début.
Les plus grands artistes de l'ukiyo-e s'y sont adonnés comme Sugimura Jihei, Harunobu, Shunsho, Kiyonaga, Utamaro, Eishi, Hokusai, Hiroshige pour créer des images éducatives pour les jeunes couples ou des sujets humoristiques et satiriques parodiant des chefs-d'œuvre littéraires et culturels du temps passé.
Les dessins érotiques (les peintures érotiques initialement réservées à l'aristocratie) se trouvèrent largement diffusés et popularisés.
La société japonaise n'a pas de culpabilité vis-à-vis de la sexualité. Il s'agit de représentations rafraichissantes de couples en pleine action, avec bras et jambes, pardessus, tête comme le dit Edmond de Goncourt, collectionneur impressionné par la vivacité et le réalisme des personnages et sujets exposés.

Yanagisawa Kien, un peintre lettré de l'époque recommandait dans un essai de consulter des " images d'oreiller " pour se délasser du travail intellectuel et pour se revigorer.

 

Miroir du désir

De nombreuses estampes représentent le quartier de YOSHIWARA, à EDO (ancien nom de Tokyo). Ce quartier, véritable ville close, traversée par une allée centrale, entièrement consacrée à la prostitution abritait les " maisons vertes " où travaillent les prostituées, qui attendent les clients assis derrière des claies de bois. Il existait des guides de ces maisons, qui ont suscité l'écriture de beaucoup de romans, et, plus tard, de films.

Les scènes érotiques, malgré leur sujet, sont toujours traitées avec délicatesse, élégance et d'humour. Ces scènes suivaient les thèmes des saisons et des lieux comme " l'étreinte de printemps ", " dans la barque ", " dans la charrette ", " derrière la moustiquaire " ou " derrière les filets de pêche ". Des textes parfois crus accompagnent l'image.

 

estampe japon homme femme .Harunobu


Suzuki Harunobu (vers 1725-1770) " Deux amants épiés par une servante " Époque d'Edo, vers 1765 Impression polychrome, 20,8 x 28,7 cm, Paris,

 


Le shunga : art obscène ? Porno ?


Étrangement le Shunga est encore considéré comme obscène ou licencieux dans de nombreux milieux japonais. Bien que les premiers shunga (littéralement " les images de printemps " soient la forme d'art le plus associé à la période Edo, ces estampes cultivent l'image d'un monde hédoniste, de femmes dénudées, de Geisha, dans un contexte de désir sexuel.   

De grands artistes comme Kitagawa Utamaro et Katsushika Hokusai ont offert à cet art ses titres de noblesse en dépit de sujet trivial et commun. Ces maîtres ont fini par donner au shunga des caractères communs. Les organes sexuels sont montrés avec exagération en ce qui concerne la taille, ou les détails. Cette exagération s'associe avec des positions acrobatiques et des mouvements amusants pour exprimer le désir et la proximité physique.
Un autre élément du shunga : les deux partenaires sont presque toujours entièrement vêtus. Contrairement à l'Occident, où le corps nu était désiré, car la société n'autorisait pas la nudité, les hommes et les femmes japonais à l'époque Edo se voyaient nus régulièrement dans les bains mixtes ou ailleurs. La nudité n'était pas attirante. Les beaux vêtements et les accessoires vestimentaires étaient recherchés et reflétaient le gout, la classe sociale et le raffinement. Le dernier point commun est l humour.

 

estampe japon erotique

La de-shunganisation du Japon est arrivée à la période Meiji. Ouverture sur le monde occidental, après des siècles d'isolement, le gouvernement japonais a cherché à modifier la culture traditionnelle. Interdiction des shunga et des pratiques ludiques comme la nudité publique et les bains mixtes.
Ironie du sort, l'occident sera à l'origine d'un nouveau regard positif sur le shunga. Des grands artistes occidentaux du 20e siècle allaient louer le shunga et rendirent hommage à ces productions comme Picasso et Monet ;

 

le shunga un art à part entière avec des maîtres célèbres comme Katsushika Hokusai [1760-1849], admiré pour sa célèbre et immense tumultueuse vague sur le point d'avaler le mont Fuji.

 

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mercredi 19 décembre 2018
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