La femme des sables, patrimoine littéraire universel

kobo femme des sables

 

La femme des sables, patrimoine littéraire universel

Il est possible d'assister à paris à une présentation théâtrale de ce roman, ou à un spectacle de danse à Berlin, interprétant ce livre ou à des productions artistiques traitant ce roman. C'est le cas depuis la publication de ce roman.
Certains romans ont un destin exceptionnel, ne meurent jamais et ne sombrent jamais dans l'oubli.
Si vous aimez les clubs de lectures, vous trouvez sur le net des nombreux commentaires passionnés de ce roman, comme d'autres rares romans qui traversent le temps et les frontières et qui sont dans le panthéon des œuvres hors normes.   Ce roman a été classé par l'UNESCO parmi les œuvres représentatives du patrimoine littéraire universel
Ce roman de Kob Abe, La Femme des sables a été traduit en 20 langues et adapté pour un film primé de Cannes en 1964 dirigé par Hiroshi Teshigahara.
Ce roman a été couronné au Japon par le Prix Akutagawa en 1962 et le Prix du Meilleur Livre Etranger en France en 1967.
Roman insolite d'une extraordinaire richesse, dur et angoissant qui, sous l'exactitude et la précision des détails d'une fiction réaliste, retrouve la dimension des mythes éternels. Il ne s'agit de rien d'autre que de la condition humaine avec ses limites désespérantes, ses illusions et ses espoirs.

 

abe kobo femme de sable citation1


ABE Kobo


Pseudonyme d'Abe Kimifusa, romancier japonais et dramaturge reconnu par son utilisation de situations bizarres et allégoriques pour souligner l'isolement de l'individu.
Kôbô Abé est né en 1924. Après des études de médecine, il se tourne vers la littérature. Auteur de poèmes, de plusieurs pièces de théâtre et d'ouvrages de science-fiction, il est surtout connu pour ses romans.

La femme des sables marque un point de départ dans la carrière d'Abe malgré un langage analytique riche en vocabulaire technique.
On trouve chez lui les influences de Franz Kafka et d'Edgar Allan Poe, dans un style imprégné de surréalisme.

Il meurt en 1993, à l'âge de 68 ans. C'est alors un écrivain mondialement reconnu, traduit dans une vingtaine de langues, dont les thèmes fétiches sont l'aliénation et la perte d'identité.
" Dans ces nombreuses œuvres se retrouve un même parcours : à la suite d'un événement imprévu, un homme d'âge et de statut social moyen est brutalement arraché à la routine, part et ne revient plus. Une fois déclenché le processus de rupture, le héros, selon une logique burlesque et déroutante, développe les conséquences du postulat initial. L'espace dans lequel il erre est le plus souvent clos et/ou souterrain : trou dans la dune, souterrains labyrinthiques, grotte... Le parcours est susceptible de lectures plurielles car Abe joue simultanément avec des genres différents : roman policier, conte fantastique, conte philosophique, quête initiatique, auto-analyse, science-fiction..." (A. Cecchi, dans le Dictionnaire de littérature japonaise, sous la direction de jean-Jacques Origas, PUF-Quadrige, page2 .

 

abe kobo woman in the dunes

La femme des sables


Le roman commence avec un homme, un entomologiste qui collectionne des scarabées sur les dunes,
La nuit tombe, les villageois lui proposent de s'abriter dans une maison délabrée au fond d'une fosse en forme d'entonnoir de sable. La descente n'est possible qu'au moyen d'une échelle de corde. L'occupant de la maison, une jeune femme, passe la majeure partie de la nuit à pelleter du sable dans des seaux, qui sont ensuite élevés par les villageois : sa maison est un rempart qui empêche le village d'être avalé par les dunes de sable qui avancent.

Quand il se réveille, l'homme trouve l'échelle de corde est parti. Ses tentatives de sortir du puits échouent à plusieurs reprises, et il se rend compte, d'abord avec incrédulité, puis indignation, puis crainte, qu'il est maintenant un conscrit dans ce travail de Sisyphe. Il n'est pas non plus le premier étranger à être piégé dans cette bataille contre les dunes envahissantes : mais les villageois permettent à des spécimens inadéquats de mourir, plutôt que de risque de détection par les autorités lointaines.


Mais quand il est prêt à partir le lendemain matin, il trouve qu'il ne peut pas sortir sans la corde lancée par des personnes ci-dessus. Elles sont soit absents, soit peu disposées à aider.
Alors la femme lui dit qu'elles sont éternellement prises, qu'il doit rester là à la volonté des gens ci-dessus, qui leur envoient de l'eau et de la nourriture. Elle explique aussi qu'elle est résignée à l'existence dans ces circonstances. "L'année dernière, dit-elle, une tempête a englouti mon mari et mon enfant ".
Elle lui montre la nécessité de travailler chaque jour pour dégager le sable qui engloutit la cabane pendant la nuit.


Bien sûr, l'homme est indigné. Il rage et refuse d'aider. Mais lentement, il s'habitue aussi à la fosse, et à la fin il ne veut pas la quitter quand il a une chance.
Le roman commence ainsi : "En plein mois d'août un beau jour, il advint qu'un homme s'évanouit sans laisser de traces. A la faveur d'un congé, il avait pris le train pour passer au bord de la mer une seule demi-journée ; et c'était la dernière certitude que l'on eût à son sujet : après, rien, nulle nouvelle. Requêtes aux fins de recherche, petites annonces dans les journaux, tout fut vain, tout s'éteignit." (Page 13).

Un professeur parti à la découverte de quelque insecte des sables échoue dans un petit village du fond des dunes, village dont il ne pourra plus sortir. Comme les autres habitants, le voilà prisonnier du sable : le sable qui envahit, qui s'infiltre dans la moindre fissure et qu'il faut sans répit rejeter. Particulièrement dans le trou où est tapie la maisonnette qu'il habite en compagnie d'une femme, vraie maîtresse-servante. Jour après jour, mois après mois, l'homme et la femme rejettent le sable. Cet esclavage est la condition de leur survie. Lassé de cette routine, l'homme tentera de s'échapper, de retrouver sa liberté.

La première place n'est pas donnée à l'humain mais au sable, seul vainqueur informe, poussière déplacée par le vent. Ce sable s'incruste, conquiert tous les territoires, sable prison à peine visible. Les gens se battent contre cet envahisseur. Chaque individu creuse chaque nuit pour enlever le trop plein qui ferait craquer sa demeure et l'enfouirait à tout jamais, effaçant sa trace et jusqu'à sa mémoire. Fragilité de notre condition humaine
"De partout le sable arrive, partout le sable pénètre. Quand le vent vient du mauvais côté, il me faut, matin et soir, grimper entre toit et plafond et, de là, retirer le sable qui s'accumule. Sans ça, très vite, la mesure serait atteinte où les lattes du plafond céderaient sous le poids du sable."
Le roman oppose la volonté de l'homme à échapper à ce cauchemar à la volonté des villageois de le garder là où il est.
Abe a peuplé ses romans par des solitaires, des médecins solitaires, des scientifiques maudits et par des vagabonds.


Son point de vue philosophique lui permet d'articuler les thèmes psychosociaux et existentiels du livre, et son œil scientifique, comme celui d'Abe, a assez d'ingéniosité pour esquiver des plans et être informé de la minéralogie du sable. Pour toute sa pompe, l'homme essaie d'être décent.
La femme est née dans le village et, vraisemblablement, ne l'a jamais quitté. Elle dit que son mari et son enfant ont été tués dans une avalanche de sable, mais il est incapable de localiser leur lieu de sépulture. Pour toute la monotonie de son existence, la femme est un personnage multicouche. L'homme la voit d'abord comme un objet de mépris : pourquoi ne combat-elle pas la tyrannie des villageois ? Plus tard, le mépris est dilué à la pitié. Elle ne combat pas sa tyrannie parce qu'elle ne sait pas ce qu'est la liberté ; Elle ne sent même pas l'irritation de son absence.


Plus tard, quand l'homme prend la femme en otage pour obtenir sa libération, elle endure l'indignité avec beaucoup plus de grâce que son capteur n'a montrée jusqu'ici : elle est plus comme une mère patiente attendant la colère d'un enfant de passer. Quand la sexualité entre dans leur relation, la femme participe avec avidité, mais ce n'est pas le sexe romantique. L'organe qui gouverne les relations de genre dans les paysages fictifs sans amour d'Abe est rarement le cœur. Mais en quittant le puits de sable pour ce qu'il croit être la dernière fois, Niki Jumpei ressent une vague de magnanimité pour la femme et décide de lui envoyer une radio à son retour au monde réel.

Les choses ne vont pas comme prévu, et la femme révèle un visage plus froid. Elle raconte à l'homme comment l'union du village vend du sable illégalement à un fabricant de béton. L'homme fulmine que cela mettrait en danger la vie de tous ceux qui dépendent des barrages qui n'explosent pas et que les ponts ne s'effondrent pas. La femme répond, accusant : "Pourquoi devrions-nous nous inquiéter de ce qui arrive aux autres? Un lecteur japonais de La femme dans les dunes est invité à supposer que les villageois sont burakumin, la caste peu discutée des intouchables historiquement obligés de travailler dans des métiers "impurs" comme la boucherie, le tannage ou l'évacuation des eaux usées et vivre où personne d'autre ne voulait , Et qui ont été considérés peu mieux que des animaux. Les villageois ont donc juste raison de se méfier - de mépriser - une société dominante qui les a toujours opprimés.
Le sexe devient la consolation dans la cellule de l'insupportable. Les dunes sont la prison, l'insupportable lui-même. Le sable imprègne le roman. Il pénètre la nourriture, la maison, les vêtements, les horloges. C'est tout en se brossant le sable des autres corps que l'homme et la femme sont introduits dans le sexe. Le sable de ces dunes, chargé d'humidité, ne conserve pas, mais pourrit tout ce qu'il touche : le bois, le cuir, le tissu, et la "moralité".  

Page 236

[...] Oh non, de quelque façon que l'on s'y prenne, ce n'est pas la force de l'intelligence qui fait tourner la vie humaine... Cette existence-ci, cette existence-là, l'évidence, c'est qu'il y a beaucoup de manières d'exister... et qu'il arrive parfois que l'autre versant, celui qui fait face au côté où l'on se trouve, vous apparaisse un tant soit peu plus désirable... A vivre ma vie comme je la vis, de me demander ce qu'il en adviendra est bien pour moi, en vérité, la chose du monde la plus insupportable ! Et quant à savoir ce qu'est au juste la nature de mon existence, ça, c'est une impossibilité de condition : aucun moyen d'en rien saisir... Mais quand même, si, sur ce chemin-là, il se trouve quelque côté plus clair où l'esprit aperçoive de quoi le distraire, si peu que ce puisse être... eh bien, j'ai beau ne pas savoir pourquoi, je finis par me persuader que c'est encore là la meilleure direction... [...]

Tout s'effondre et se reconstruit éternellement. Espoir et désespoir se mêlent, l'homme frôle la mort. Il préfère l'esclavage, la prison à l'anéantissement total. Ainsi le professeur à la suite d'une tentative d'évasion ratée :
"Il étendit les deux bras, voulut se coucher à plein ventre ... Trop tard : une grande moitié de son corps était déjà plantée à la verticale, et ses reins étaient trop brisés pour qu'il pût les tenir pliés à angle droit (...) Au secours ! (...) La honte même où il était de son humiliation s'évanouit en lui, chose à ses yeux aussi dépourvue d'existence que la cendre qui se fut dispersée si l'on eût brûlé une aile de libellule ..."
Cette vie est préférable à la mort. Il rêve encore de liberté, d'une échelle qui lui permettrait de repartir dans le monde mais un jour, cet emprisonnement n'aura plus de sens pour lui, il ne profitera plus de l'échelle tendue. Il restera dans son trou de sable, dans l'attente de la femme partie accoucher. Il aura accepté ces contraintes.


L'attente d'un être de sa chair sera au-dessus de tous les espoirs de la terre. Le regard d'une femme suffira à lui faire oublier ses limites.


Abé Kob se livre dans ce roman à un véritable inventaire de notre condition humaine. La faiblesse, le désarroi, la violence, le mariage, la sexualité, les paperasses, les préservatifs (alors, lui disait la femme, pour toute ta vie, tu gardes ton chapeau ?), l'ordre, la mort, l'espérance, le couple, le temps, la solitude, l'histoire, les journaux, le rire, l'action, le travail, le désespoir, la cruauté, le dérisoire, le cocasse, la bonté, le plaisir, tout est charrié dans des pages foisonnantes de pensées, de réflexions, d'images baroques et inattendues, parfois de véritable poésie.  


La morale du livre se prépare :
" Elle arrive, elle est là [...]. Il reste. Il est maintenant d'ici, non plus victime des éléments, mais les dominant, non plus prisonnier des autres et à leur merci pour un peu d'eau et de nourriture, mais utile, pouvant donner à son tour. Ce qu'il vient de gagner, ce bonheur du corps et du coeur, en comparaison de sa vie de petit bourgeois perdue, l'emporte de loin dans son esprit. Son épouse, ses collègues étriqués, l'horaire du lycée, les journaux, sa blennorragie mentale, tout cela disparaît, dérape à tout jamais derrière lui ; sans regret. Le voici du village des sables, avec un don pour les autres au creux de ses mains." (pages 215-218)


"Woman in the Dunes" le film basé sur ce roman réalisé par Hiroshi Teshigahara a remporté le prix spécial du jury au Festival de Cannes de 1964 et l'oscar de meilleur réalisateur.

 

Ce roman est présenté régulièrement comme pièce de théâtre  et comme spectacle de danse.

 

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