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Série Girls : 4 filles désenchantées à New York

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De gauche à droite : Zosia Mamet, Allison Williams, Lena Dunham et Jemima Kirke, les quatre interprètes principales de la série.  Girls, une série-ovni, personnelle et attachante

 

Série Girls : 4 filles désenchantées à New York  

"Je ne veux pas vous faire peur, mais je pense que je peux être la voix de ma génération, ou du moins, une voix dans cette génération. " déclare Hannah dans le premier épisode de Girls en 2012.


La série commence avec Hannah Dunham une fille de 24 ans qui aspire à devenir journaliste, elle vit à New York. Ses parents lui annoncent qu'il est temps de devenir adulte et autonome, et qu'ils vont arrêter de l'aider financièrement, qu'elle devrait trouver un emploi rémunéré plutôt des stages de l'année écoulée. Ses amies une bande de filles (Allison Williams, Jemima Kirke et Zosia Mamet ) ont toutes leurs propres problèmes,  des citadines post-universitaires, à la recherche d'un emploi, d'une carrière et d'une relation amoureuse.


Six ans plus tard, dans la rue de banlieue, une jeune adolescente parle avec Hannah en lui disant madame, pendant qu'Hannah cherche un moyen pour convaincre son nouveau-né d'accepter de téter son sein. Elle est devenue adulte, maman et responsable d'un enfant.   

 

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Dès que la chaine HBO a diffusé le premier épisode de la série en 2012, Girls s'est démarquée des autres séries par ses personnages féminins, par son réalisme, du scénario et de la réalisation. Un parti pris et revendiqué par Lena Dunham (Hannah), réalisatrice, auteur et actrice principale, passée en quelques épisodes d'une inconnue à la porte-parole d'une génération de jeunes femmes urbaines, ironiques et désabusées.  
En 2017, Clap de fin. Six années de louanges, de critiques, de polémiques, et d'audiences fluctuantes, la fin de la sixième saison de la série américaine a eu lieu en février 2017. Les quatre copines perdues dans la Grosse Pomme tirent leurs révérences.

Amours compliquées, impasses financières, corps imparfaits, sexualités et genre, angoisses existentielles. Dunham parvient à nous dessiner les amitiés féminines actuelles, l'angoisse de l'âge adulte, les relations,  la sexualité, l'estime de soi,  l'image corporelle, et  l'intimité dans un monde de médias sociaux qui favorise la distance, la perte de sens et le narcissisme, où il faut survivre avec la précarité et le doute.
Lena Dunham s'est imposée comme un visage de l'intelligentsia culturel new-yorkais, récompensée par deux Golden Globes , comparée à Woody Allen dans sa façon de traiter les sujets graves avec ironie, dérision et recul.


Des jeunes femmes 15 ans après " sex and the city "

Pendant dix ans, la série sex and the city racontait le parcours de 4 femmes dans le monde de la consommation, des couples précaires, et la sexualité, Girls parle de la précarité des jeunes femmes, sur plan personnel et professionnel.  Girls s'est concentré sur des héroïnes jeunes dans une époque particulière, dans les années post-crise économique (subprimes). Sex and The City  présentait des femmes trentenaires bien intégrées, aisées et sophistiquées.


Quand Sex and The City était à son apogée au début des années 2000, on voyait des modèles féminins comme la sauvage Samantha, Charlotte la distinguée romantique aux yeux écarquillés, la cynique Miranda ou Carrie et ses chaussures. Dans Girls, il y a la sauvage Jessa,  Sosh la romantique, la belle angoissée Marnie et Hannah la sans-pudeur et sans limite.


Cette génération de femme post crise doits'adapter à un contexte économique compliqué. Cette génération vivra moins bien que ses parents.  La précarité économique s'accompagne d'une précarité émotionnelle et relationnelle. Leurs vies sexuelles sont insatisfaisantes, parfois même dégradantes. Cela n'existait pas dans Sex And The City.
Sur le plan relationnel, la fameuse entraide féminine si présente dans sex and the city disparait. Les personnages sont angoissés, terrorisées par l'avenir, et nombrilistes.  
Sur le plan physique, Girls montre des corps en insistant sur le gras, dans des positions peu flatteuses, on montre les fesses rebondies, les bourrelets, les seins de Hannah entre autres. Cette nouveauté fut bien reçue par les téléspectateurs. La créatrice de la série se met en scène dans une volonté claire de casser les codes de représentations.

 

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Le sexe

Parmi les mythes du cinéma Hollywoodien, les femmes peuvent avoir des expériences sexuelles satisfaisantes sans jamais enlever leurs soutiens-gorges, et peuvent atteindre des orgasmes mémorables en quelques minutes. Les "Girls" cassent ces codes irréalistes usés et surannés. Dans cette série, le sexe est nu, cru, en sueur, étrange, surprenant par son réalisme et peu flatteur.
Ces jeunes femmes ont une sexualité récréative, désordonné, parfois utilisée pour apaiser une angoisse ou partager une émotion, dans des rencontres éphémères.


Girls  montre des scènes gênantes pour le spectateur, où les filles sont nues, vulnérables, déliassées.  Les filles ne refusent pas la sodomie mais négocient cette pratique avec ou sans préservatif, elles sont désabusées, n'osent pas dévoiler leur insatisfaction et n'ont pas beaucoup de choix.  


Girls peut être une série troublante en raison de son réalisme cru.  La sexualité de ces filles n'est pas plus satisfaisante que celle de leurs grands-mères.  Cette sexualité est montrée comme aléatoire et partagée avec des partenaires masculins parfois indifférents ou perdus dans leur propre précarité. Les hommes dans cette série sont troublés par leur orientation sexuelle, par leur égoïsme, et par leur situation économique. Le copain d'Hannah peut se masturber devant elle, peut la tromper. Son père devient homo après 25 ans de mariage, son colocataire est homo.      

 

Pas de romance, restons réels 

Alors que les livres de néo romance et les films sont à la mode, la série Girls échappe à cette tendance. En dépit de nombreuses rencontres et relations, les héroïnes terminent la série, seules, sans couples romantiques et sans fin " heureuse ".
Au fur et à mesure que le spectacle se déroule, Hannah, Marnie, Jessa et Shoshanna ne parviennent pas à sortir de leur stagnation. Les quatre femmes finiront par grandir et adopter une vie adulte responsable avec résignation, sans les feux d'artifices d'une romance à l'américaine.
Hannah a quitté la ville de NY et ses cycles d'appartenance et d'aliénation pour quelque chose de nouveau.
Le réalisme invite les scénaristes à refuser la romance, à exhiber une réalité que le cinéma n'aime pas montrer.   Elles cherchent un travail, un foyer, elles ne seront pas invitées dans des resto chics, ni dans des avions privés. Elles sont dans la vraie vie.    

 

girls Dunham


Reconstruire le corps d'une femme

Il est difficile de compter combien de fois Lena Dunham a enlevé son soutien-gorge ou à baissé sa culotte dans "Girls ". Dès le début, elle fait du corps un usage différent, le corps est réaliste, montré dans ses imperfections et ses détails.  Girls discutent les détails du corps, de ses réactions, de ses problèmes comme si la série cherchait à redéfinir la beauté féminine et le corps féminin.
Hannah est une femme, pas toutes les femmes. C'est son corps et et non le corps féminin.
En montrant une figure réaliste et imparfaite, Hannah oblige les femmes à se réconcilier avec leurs propres corps. Elle montre à plusieurs reprises qu'Hannah n'est pas maternelle, n'est pas douce, n'est pas émotive ou empathique vis-à-vis d'autres femmes. Lena Dunham veut être réaliste au risque d'être détestée.  Dans l'autre sens, le personnage de Marnie est provocateur, corps mince et léger, jolie visage de princesse de Disney. Elle adore planifier, organiser mais est en échec après un mariage désastreux et une carrière ratée de chanteuse de folk, Marnie trop désireuse d'être admirée, objet du regard masculin. Sa beauté ne changera rien à son parcours de vie.


Une conclusion : l'amour désenchanté ??


En terminant cette série, j'ai pensé à certains de nos sociologues et nos philosophes   français qui ont traité le sujet de l'amour désenchanté.     
Au début du XXe siècle, le sociologue Max Weber a décrit le désenchantement, par une modernité où le savoir et la science mettent fin à l'irrationnel. Un siècle plus tard, la psychologie, la psychanalyse, les neurosciences ont réduit l'amour à l'inconscient, à la pulsion sexuelle, ou à une chimie cérébrale.
E. Illouz écrit que " la conjonction du consumérisme, de la légitimation croissante de la sexualité par la psychologie et par le féminisme" a fini par désenchanter l'amour. Dans son ouvrage Les Sentiments du capitalisme, elle décrit comment la consommation, la marchandisation du sexe ont déréglé le marché de l'amour.
Elle souligne combien un certain féminisme a participé au désenchantement des relations amoureuses. La séduction devient politiquement incorrecte, le couple n'est plus amour mais liberté et égalité.
Et la solution ?  
Faudrait-il jeter aux orties la liberté de choix, l'individualisme et l'émancipation des femmes pour sauver l'amour ?  Non.
E. Iglou invite à trouver des alternatives pour ré-enchanter la modernité amoureuse. A chacun de trouver sa solution, car nous sommes dans une société individualiste.   Pour trouver la solution, chacun devrait être conscient de l'enjeu.
Les filles (de la série) à la recherche d'un nouveau modèle de relation ont échoué, et se retrouvent seules enfin de compte, mais elles recommencent à chercher.      
Encore essayer, Encore chercher, et inventer son modèle amoureux.
On peut se poser la question : comment éviter de précariser la jeune génération et hypothéquer ainsi l'avenir ?  


C'est une série qui mérite le détour, on rit, on sourit, on est troublé, parfois on s'ennuie mais on retrouve vite l'intérêt.

 

 

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mardi 17 juillet 2018
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