Fascisme japonais : crise économique et refus de modernité

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Fascisme japonais : de la crise au refus de modernité


Le fascisme japonais et le fascisme européen ont de nombreuses similitudes : régimes autoritaires et tendances totalitaires.
Cependant, il existe une différence importante : le fascisme japonais est un mouvement sans réel soutien populaire, tandis que la montée de l'extrême droite en Europe était portée par un mouvement de masse en Italie et en Allemagne. Au japon, crise et peur de la modernité ont amené l'extrême droite au pouvoir.  

 

La modernité frappe à la porte de l'ile empire    

La mort de l'empereur Komei donna l'occasion au jeune prince Mutsuhito, devenu le successeur de son père, d'abattre définitivement les partisans du shogunat (gouvernement militaire) dans la Guerre de Boshin. Après son accession au trône, le jeune souverain ordonne le transfert officiel de la capitale impériale de kyoto à l'ancienne résidence des shoguns (aujourd'hui le Palais impérial), à Edo, ville qui fut rebaptisée " Tokyo ", c'est-à-dire la "Capitale de l'est".


L'ère Meiji commença le 23 octobre 1868, permettant l'entrée organisée et volontaire du Japon dans l'ère industrielle, l'abandon d'un régime féodal. La Charte en 1868 des dirigeants Meiji stipulait la mise en place d'assemblées délibérantes, la participation de toutes les classes dans les affaires politiques, abrogation des restrictions de classe sur l'emploi, recherche de la connaissance internationale.
Une constitution fut élaborée en 1889 comportant 11 articles. On voit la naissance d'un Conseil d'État, des organes législatifs, du suffrage universel, de nouvelles règles administratives locales.
Autre réforme importante, l'abolition de la classe guerrière les samouraïs.


La Conférence d'Osaka en 1873 aboutit à la réorganisation de l'administration d'un système judiciaire indépendant et à la création d'une chambre des anciens, chargée d'examiner les propositions de la législature.

Bien que le gouvernement ne s'opposa pas au parlementarisme, il continua à contrôler la situation politique. De nouvelles lois en 1875 interdisent la presse de critiquer le gouvernement et l'examen des lois nationales. La loi sur les réunions publiques (1880) limite sévèrement les rassemblements publics en interdisant la participation des fonctionnaires et nécessitant une autorisation de la police.

Cette réforme ne fut pas acceptée par tous, et provoqua en 1877 la rébellion de Satsuma menée par l'un des fondateurs de la nouvelle ère, Takamori Saigo, alimentée par des réflexes xénophobes et conservateurs de la société japonaise. Celle-ci sera rapidement matée au bout de six mois par les forces impériales.


Le japon est partie en guerre contre la Chine en 1894-95. Cette première guerre sino-japonaise va durer du 1er août 1894 à 17 avril 1895 opposant la Chine de la dynastie Qing à l'empire du Japon, pour le contrôle de la Corée. Après six mois, les Qing demandent la paix en février 1895. Cette guerre indique la domination japonaise en Asie orientale et une sévère perte de prestige et de pouvoir de la dynastie Qing, et inaugure une importante vague de protestation, et de révolutions.

Le Japon a connu, durant les années qui ont précédé la guerre, un fort développement économique instauré dès 1872 pour transformer le régime féodal et moderniser le pays. Le Japon s'est organisé comme un État moderne, au pouvoir central fort, avec un régime parlementaire. La modernisation s'est étendue à l'armée, et à l'industrie militaire.

La Corée était traditionnellement tributaire de la Chine. La première guerre sino-japonaise en 1894-1895, permettra à l'Empire du Soleil Levant, par le traité de Shimonoseki de mettre la main sur Taïwan, l'archipel des Pescadores et la presqu'île du Liaodong, ainsi que de placer La Corée sous sa sphère d'influence (signature d'un traité d'alliance militaire).


Dans un quart de siècle, le "miracle de Meiji "sous forme de modernisation accélérée a transformé le japon d'un pays sous-développé en une puissance mondiale.


Le japon entre en guerre en 1894. Pour la même occasion, il exige une révision de ses traités inégaux avec les nations occidentales. Cette révision est aussi devenue une demande populaire.
En dépit des divergences de vue parmi des intellectuels et et les hommes politiques sur les méthodes de modernisation et les valeurs culturelles, cette victoire faisait une exceptionnelle unanimité au sein de la société japonaise.


La crise : porte ouverte à l'extrême droite


La crise de 1929-30 allait provoquer un changement radical de la politique de coopération avec l'occident. La crise encouragea les courants les plus radicaux. Ces mouvements appelaient à un régime autoritaire qui imposerait sa volonté à intérieur et à l'extérieur.

En 1925, l'Union soviétique reprend le contrôle de la Mandchourie. En 1931, l'incident de Mukden dans le sud de la Mandchourie sera à l'origine d'une guerre. Il s'agit d'un attentat contre une section de voie ferrée appartenant à la société japonaise : chemin de fer de Mandchourie du sud (Minami Manshu Tetsudo Kabushiki-gaisha).

L'armée japonaise intervient en Mandchourie. Le 18 février 1932, le Japon déclare la zone indépendante de la république de Chine, sous le nom de " Grand État mandchou (Mandchoukouo) de Chine".
Suivant une politique d'expansion impériale, le Japon va reproduire ce modèle en installant des gouvernements d'occupation pro-japonais dans la république de Chine, aux Philippines, et en Thaïlande. Le Mandchoukouo est utilisé comme base arrière pour les invasions japonaises, et lieu de déportation des Chinois après la guerre sino-japonaise.

 

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L'armée faisait la guerre à l'extérieur, les ultra-nationalistes de droite à l'intérieur et à l'extérieur en commençant à terroriser la population à l'intérieur du Japon,  intimidant les libéraux, les industriels, et les investisseurs. Libéraux et capitalistes furent jugés responsables de l'état du pays.
Le politologue Masao Maruyama (1914-1996) décrit les idées de l'ultra-nationaliste  :


" Le contenu de leur idéologie était extrêmement vague et abstrait. Le principe était d'accepter l'autorité absolue de l'empereur et de se soumettre à ces ministres. Toute tentative pour formuler une idée opposée à la volonté impériale devrait être considérée comme une invasion, une agression. Ils diffusaient une sorte d'optimisme mythologique et simpliste selon laquel il suffit de liquider les méchants et les corrompus pour que les nuages se dissipent, et que le soleil impérial du Japon brille à nouveau."

 

Ces idées gagnèrent aussi certains pays européens comme l'Allemagne et l'Italie.

En mai 1932, un groupe de jeunes officiers de marine assassinent le premier
ministre. Les gouvernements démocratiques ne gouvernent plus. Les deux grands partis continuent à gagner les élections en attendant leur dissolution en 1940 au nom de l'unité nationale.
A partir de 1932, le premier ministre nommé par les militaires, est encadré par des bureaucrates qui coopèrent avec les militaires.


Cette phase de l'histoire est décrite par les japonais comme la phase de fascisme de leur pays, qui a impliqué le japon dans la guerre du Pacifique et, enfin de compte, pour aboutir à sa défaite militaire en 1945.


Bien que la plupart des chercheurs occidentaux soient réticents à appliquer le concept européen du fascisme à l'évolution du Japon pendant cette période, il est clair que, sous la pression internationale et les crises internes, la démocratie parlementaire qui avait évolué au Japon à partir de la moitié de la période Meiji, s'est complétement désintégrée devant la crise économique, et devant la montée de l'armée, celle-ci ayant réussi à établir un état oppressif dès la fin des années 30.

 

Les fascistes en Europe ont été inspirés par des "leaders" comme Hitler et Mussolini, ils sont arrivés au pouvoir grâce à des mouvements de masse. Au japon, aucune mouvement de masse n'a participé à l'installation d'un état policier. En raison de la crise, les militaires ont fini par convaincre d'être les dépositaires de l'esprit national et traditionnel japonais, d'être le seul espoir pour l'unité de la nation.


Une fois au pouvoir, l'ennemie qui avait conduit le peuple égaré fut désigné : la modernité et les doctrines et idéologies socio-politiques propagées par l'occident.
Dans un tract publié en 1937 intitulé les principes Fondamentaux de notre politique nationale :

 

" On peut dire qu'en occident comme dans notre pays, l'individualisme est dans l'impasse, il conduit à la confusion idéologique et sociale et aux crises."

 

Les militaires ont diffusé l'idée que le Japon était une terre sacrée, gouvernée par un bon empereur, que les citoyens étaient membres d'une grande famille, censés servir l'Etat avec fidélité. Les militaires avaient la sainte mission d'étendre l'influence japonaise à l'étranger et de préserver la paix à l'intérieur.

Durant ces années, de nombreux auteurs et artistes furent interdits ou poursuivis, non seulement les auteurs communistes ou auteurs de gauche mais des dramaturges, des professeurs et des écrivains. Il était interdit de commenter ou de juger la politique dans les journaux comme dans les universités.

 

Les idées des militaires et de leurs alliés critiquaient également les modes, et les " grotesques habitudes " et "l'absurdité des idées occidentales".

On interdisait les salles de danse, les revues féminines, les mini golfs, et même les mots croisés.

 

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mercredi 17 janvier 2018
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