Villa Lobos compose ses Bachianas brasileiras

 

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Villa Lobos compose ses Bachianas brasileiras

Ce compositeur brésilien du début du 20e siècle est un peu oublié sauf des guitaristes pour lesquels il a écrit de nombreuses pièces et des violoncellistes qui trouvent dans son œuvre de nombreux morceaux rendant hommage à cet instrument.
Violoncelle et guitare, deux instruments qu'il apprend à jouer dès son plus jeune âge, l'un avec son père, l'autre dans la rue avec les carioca et les seresteiros (donneurs de sérénades).
À 16 ans il se promène à travers le Brésil, et retranscrit les morceaux de musique traditionnelle.
" Dans ma musique, je laisse chanter les rivières et les mers de ce grand Brésil. Je ne cherche pas à étouffer l'exubérance tropicale de nos forêts et de nos cieux, que je transpose instinctivement dans tout ce que j'écris. "  écrit Villa-Lobos, lors de voyages à paris où il admirait les compositeurs de son époque Claude Debussy, Maurice Ravel, Paul Dukas, Florent Schmitt, Darius Milhaud, Arthur Honegger, Albert Roussel.
Sa musique triomphe à Paris, la consécration se produit en 1948 : Villa-Lobos est élu membre correspondant de l'Institut de France.
Il est joué dans le monde entier, dirige ses propres œuvres ou les œuvres de ses amis. Ce compositeur prolixe, rend hommage à son pays natal en retranscrivant les mélodies du folklore dans de nombreux Choros, mais aussi de façon plus inattendue, il rend hommage à un des maîtres de la musique classique : JS Bach ceci dans des compositions appelées Bachianas brasileiras, dont la plus célèbre la n° 5 pour violoncelle et voix.
Il meurt à l'apogée de sa notoriété en 1959, et laisse plus de 1500 compositions.

 

Bachianas brasileiras

Les Bachianas brasileiras sont neuf compositions faites de diverses combinaisons d'instruments et de voix, créées entre 1930 - 1945.
Chacune représente un mélange d'airs du folklore brésilien et de style Jean-Sébastien Bach. La plupart des mouvements de chaque suite ont deux titres, l'un emprunté à Bach (prélude, Fugue, etc.), l'autre brésilien (Embolada, O Canto da Nossa Terra, etc.).
Bachianas brasileiras N° 5 musique pour formation de 8 violoncelles et une voix (soprano), elle s'articule en deux mouvements, une aria et une danse.

 


L'aria : Le premier mouvement en La mineur est un chant, une vocalise. Cette partie est ensuite jouée en variante avec un violoncelle soliste, et les autres violoncelles en accompagnement.
Suit un poème décrivant la beauté du ciel au coucher (paroles de Ruth V. Corrêa).
Tarde, uma nuvem rosea lenta e transparente,
Sobre o espaço sonhadora e bela!
Vient ensuite la dança.

 

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De Freud à Bizet : provocante Carmen

 

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De Freud à Bizet : provocante Carmen

L'année 1886, année où Freud reçut son diplôme de la faculté à de médecine de l'Université de Vienne est l'année où le livre " Psychopathia Sexualis " du sexologue Krafft-Ebing fit son apparition. Freud dira qu'il avait acheté quatre exemplaires de ce livre, les remarques de Freud et les traits de ses crayons sont présents sur les plages du livre.
Quand Freud présente un article scientifique sur la genèse de la maladie hystérique à Vienne à la société de psychiatrie de neurologie en 1896, Krafft-Ebing, le grand sexologue de l'époque en Europe, était président de cette société. Ebing condamne vivement ce travail en le qualifiant de conte de fées scientifique. Freud répondit en privé : " Ils peuvent tous aller en enfer. "
Blessé par la moquerie de Krafft-Ebing, Freud continua ses recherches cliniques et sexologiques,
et finit par devenir l'un de grands penseurs en occident, le fondateur de la psychanalyse, et de la sexologie moderne.
Progressivement, Freud allait rendre la sexualité acceptable socialement, scientifiquement en normalisant le contenu des pensées sexuelles et des gestes érotiques. En étudiant les fantasmes sexuels, il explore leurs origines et leurs rôles sans formuler de jugement moral, alors que Krafft-Ebing avait tenté la même approche, mais jugeait une partie de la sexualité humaine comme anormale ou dégénéré.  



Le cas de Frau P J

En 1895, Freud décrit le cas d'une jeune chanteuse d'opéra Frau  P.J., jeune mariée
dont le mari travaillait comme vendeur itinérant. Il voyageait beaucoup et laissait sa jeune épouse seule.
La jeune chanteuse d'opéra est embauchée pour Carmen l'opéra de Georges Bizet écrit en 1875, devenu un grand succès populaire.   
Elle commence à travailler et étudier le fameux passage de la " Séguedille " de Carmen. À son grand étonnement, elle a soudainement, senti son corps s'agiter d'une sensation étrange. Pendant la répétition de cette mélodie, elle a eu la surprise d'avoir un orgasme. Cette surprise trouble fortement la jeune femme, et l'oblige à modifier ses répétitions pour éviter la gêne d'un éventuel orgasme en public ou pendant la répétition devant musiciens et ténors.  


Après avoir consulté les médecins de Vienne, en désespoir de cause, Frau P.J. prit consulte le jeune neurologue Freud. Le jeune médecin note combien la jeune femme est bouleversée par cette réaction inhabituelle et si difficile à justifier en société. Freud va mettre ses talents de détective en œuvre en commençant déjà par écouter la patiente, attentivement, avec respect et empathie sans jugement moral.
Comme les autres femmes de l'époque, Frau P.J s s'est mariée vierge, elle n'a ses premières relations sexuelles qu'avec son mari. Elle a alors entamé une vie sexuelle pleine et sans contrainte, mais l'absence régulière de son mari provoquait chez elle, un sentiment de privation et une grande frustration sexuelle.
Selon Freud, les fantasmes sexuels peuvent traduire le manque d'épanouissement sexuel. Le fantasme sexuel peut servir de moyen de satisfaire un souhait frustré.
Il découvre qu'il ne s'agit pas d'un orgasme inopportun provoqué par la vue d'un chanteur ou d'un musicien, ni par un contact ou échange avec un homme ou une femme, mais par les paroles mêmes de la chanson Carmen, et spécialement les paroles du passage de la Séguedille où Carmen souhaite rencontrer un amoureux capable de la satisfaire, de satisfaire son désir.


Carmen décrit sa rêverie ou son fantasme, chante les joies d'être réunie avec son amant. Carmen explique :
" j'irai danser la séguedille
et boire du Manzanilla,
j'irai chez mon ami Lillas Pastia.
Oui, mais toute seule on s'ennuie,
et les vrais plaisirs sont à deux;
donc pour me tenir compagnie,
j'emmènerai mon amoureux!
Mon amoureux ! Il est au diable !
Je l'ai mis à la porte hier !
Mon pauvre coeur, très consolable,
mon coeur est libre comme l'air!
J'ai des galants à la douzaine ;
mais ils ne sont pas à mon gré.
Voici la fin de la semaine:
Qui veut m'aimer? Je l'aimerai!
Qui veut mon âme? Elle est à prendre!
Vous arrivez au bon moment!
Je n'ai guère le temps d'attendre,
car avec mon nouvel amant
près des remparts de Séville,
chez mon ami Lillas Pastia,
j'irai danser la séguedille
et boire du Manzanilla,
dimanche, j'irai chez mon ami Pastia! "



Freud s'est rendu-compte que les paroles de l'opéra exprimant le désir et les fantasmes de Carmen et suscitaient dans l'esprit et dans le corps de Mme PJ le désir d'être en couple, d'être avec le mari absent. Ces paroles traduisent la douleur de la séparation et les fantasmes de s'unir à son amoureux.
Étrangement, la situation fictive de Carmen reflétait la situation réelle, et le vécu de la patiente viennoise nouvellement mariée, abandonnée par un mari voyageur, et désireuse d'être avec lui.
Selon Freud, le fantasme sexuel et l'orgasme pendant la répétition de la "Séguedille" de Carmen traduisent le désir sexuel de Mme PJ et une fonction de compensation où l'organisme se défend du manque par un orgasme involontaire et imprévu.


Nous ne savons pas ce que Freud proposa à la patiente au-delà de l'explication pour répondre à ses attentes, mais nous savons qu'il a forgé le terme fantasmes, qu'il a expliqué et détaillé les fantasmes et surtout qu'il a défendu l'idée qu'il s'agit d'une sexualité normale qui ne devait pas être culpabilisée ni stigmatisée.  


Est-ce que Bizet aurait imaginé cet effet en mettant en musique son chef d'œuvre Carmen ?  
De nombreuses cantatrices ont chanté Carmen, rien n'indique qu'elles ont bénéficié de cette même réaction. Oui, la musique de Bizet est entraînante, les paroles provocantes pouvant faire chavirer, mais l'orgasme de Mme PJ n'est pas un effet constant de cet opéra.

 

 

 

 

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Omar Khairat, maître coloriste des sons

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Omar Khairat, maître coloriste des sons

Omar Khairat est né au Caire, en Egypte en 1949, issu d'une grande famille d'artistes. En 1959, il rejoint le Conservatoire pour étudier le piano et la musique. Il poursuit des études supérieures au Trinity College of Music à Londres. Après une participation dans un groupe de jazz, il commence à composer sa musique pour le cinéma égyptien, la télévision et le théâtre. Il a composé pour le Ballet égyptien. Sa musique est influencée par la musique classique arabe et européenne, la musique traditionnelle africaine, le jazz, la pop et le blues. Ce qui distingue sa musique est sa façon de combiner ensemble dans le même orchestre les instruments occidentaux et orientaux.


Sa carrière de pianiste a commencé en 1979, alors que ses diverses œuvres ont commencé à être reconnues par le public et les critiques. Il est devenu célèbre en composant la musique de films à succès.
Sa première composition importante a été la bande originale d'un film à succès "la Nuit de l'Arrestation de Fatma". Dans son travail, il réussit une belle harmonie dans une structure de musique classique occidentale.

Dans " la nuit de l'arrestation de Fatma ", l'orchestre commence par une balade douce et calme impliquant les codes et les instruments à vent, puis une rupture soudaine vers un rythme dramatique et inquiétant impliquant les instruments de l'orchestre et les percussions. Ce thème joué plusieurs fois, à plusieurs rythmes pour laisser place à une brève balade de piano et cordes pour revenir au thème principal, de plus en plus allégro.     

Mélange entre la musique orientale, percussion africaine, jazz et blues dans une harmonie occidentale bien maîtrisée. Son orchestre est un ensemble ordonné avec la perfection d'un orchestre symphonique, orientale, et orchestre de jazz. Ce mélange produit des sons riches en émotions et en énergie.



On peut penser pendant quelques instants que nous écoutons une musique d'ambiance, puis soudainement, on passe à une musique chargée d'émotion ou romantique pour être surpris par l'orchestration symphonique et l'harmonie somptueuse qui intègrent tous les instruments à la fois, comme dans les ouvertures des œuvres classiques au début du 20ème siècle, dans un rythme dansé africain ou jazzé.



Il est même difficile pour les non-spécialistes de nommer certains instruments impliqués dans ses orchestres, ou leurs origines. C'est une musique de maîtrise et de maturité, rien n'est laissé au hasard, chaque thème exige ses propres sons.    
Il plait au public, qui s'amuse avec lui pendant ses concerts, qui scande le rythme.



Il faut maîtriser l'art pour le dépasser, disait Picasso.

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La passion d’Augustine, un beau film

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La passion d’Augustine : musique, et modernité des femmes


Depuis le 30 mars, ce film canadien est à l’affiche dans de nombreuses salles en France. Je vous invite à allerle voir.

Vous ne serez pas déçu. Vous allez assister à un film drôle, léger, grave par moments, où des morceaux de musique classique glissent avec beauté sur la neige de l’hiver québécois.
Au début des années 60, de nombreux changements vont secouer une petite école religieuse. Concile Vatican II, le gouvernement canadien décide la séparation de l'Eglise et de l'Etat, pour alléger le poids de l’église sur la société québécoise. La scénariste situe son récit entre les murs d'une école de filles tenue par des religieuses. La Mère supérieure, Mère Augustine a fondé cette école de musique dans le couvent. Plusieurs histoires se déroulent en même temps. La nièce de la mère supérieure sera admise au sein de l'institution, une jeune fille qui révèle ses immenses talents de pianiste. En même temps, il s'agit de s'adapter, de se battre pour sauver l’école de musique menacée de fermeture.


Ce film évite les clichés sur les religieuses et les écoles religieuses. La réalisatrice nous accompagne dans les salles de classes, les dortoirs, les couloirs, les salles de musique de ce couvent au bord du fleuve Richelieu. Ces femmes religieuses qui pensaient que les saisons vont se succéder, vont affronter les changements imposés par la modernité et la société, avec courage, et intelligence


Quand elles décident d'ôter leurs voiles, de s’habiller en des tenues plus adaptées aux temps nouveaux, elles expriment leur appréhension, et leur pudeur avec sincérité. C’est un passage de la religion à la spiritualité véhiculée par la musique. Quand la nièce se met à jouer, le spectateur savoure un moment de grâce. Ces religieuses enseignent la musique et non pas un discours dogmatique.


Le film est une surprise, disent les médias de la belle province. Le public a aimé. Le film a reçu des prix au Québec et le prix du public au Festival d’Angoulême. Le film réhabilite ces établissements si décriés dans la belle province dans les années 60.
La réalisatrice a choisi une forme classique sobre et efficace. Les actrices jouent avec justesse dans des images éclairées par une belle lumière et adoucies par le chant choral et par des compositions pour piano. Céline Bonnier, qui joue le rôle de la mère Augustine mérite mention.


Ce film est récompensé plusieurs fois :
- Festival du film francophone d'Angoulême, Prix du Public
- Rencontres Cinématographiques de Cannes 2015, Prix du Public
- Festival du Cinéma et de la Musique de la Baule 2015 - Prix du Meilleur Scénario et Prix du Public
- Festival du Film de Sarlat, 10-14 Novembre 2015
- Festival du Film Francophone d'Albi, Novembre 2015

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