Poète syrien entre Sartre et voltaire raconte la Guerre

mustapha khedr poesie

 

Poète syrien entre Sartre et voltaire raconte la Guerre

En lisant des pages sur Facebook, un lien en français attire mon attention vers la page d'un poète syrien, qui commente à sa façon, la guerre qui secoue son pays depuis 2011. Il s'appelle Mustapha Khedr, un poète libre, peu connu en occident, philosophe, porteur d'un discours moderne et démocratique qui offre sur Facebook, certains de ses textes.


Nous avons en Europe une idée figée de cette révolution transformée en guerre civile, entre un régime entêté et aidé par l'extérieur, et une opposition pacifique au début, phagocytée par la radicalité religieuse, puis par les extrémistes aidés à leurs tours par l'extérieur.   

 
Si nos médias n'arrivent pas à résumer cette guerre dans sa complexité, nous pouvons lire à travers cette poésie la souffrance et les questions des personnes pris dans le piège de la guerre, perdues entre un régime imparfait et une opposition imparfaite. Peut-on parler d'une voix de la majorité silencieuse ?   

Un jour, Sartre a dit : Ne pas choisir, c'est encore choisir.
Chez Khder, le choix est fait, c'est un choix sartrien de ne pas choisir. Par contre, il s'éloigne de Sartre quand il s'agit de l'autre.  L'autre dans sa poésie est une obsession, une nécessité. Vivre avec l'autre est la vraie vie. A l'opposé de Sartre, l'autre est indispensable.  
Selon lui la vie est noble, devrait être protégée, rien ne justifie la folie meurtrière des guerres. Dans ce texte, ce poète syrien de l'intérieur résume sa position et la position d'une majorité des syriens : le silence, le non choix. Ne pas s'ingérer dans la folie.    


" Le poète s'est assis dans le silence depuis longtemps
 contemplant la sagesse des textes anciens et modernes.
Est-ce que la langue s'est brisée pour produire un message aussi faux !
La guerre est déclarée entre soi et l'autre, Le mort devient le vivant.
Dans chaque discours, désordre et désordre.
Des chaines par satellite projettent des images mortes.
On nait et on est enterré dans un monde virtuel, Réseaux et identités ...
les enfants sont le nerf de la guerre
les ouvriers sont creux comme leurs cages
Agriculteurs sont de paille.
La terre verte, une fosse commune
Des fortunes s'accumulent entre les ruines et les décorations
Combien le silence devient précieux !  
Les gens le voient comme une alternative "
25 septembre 2017

 

mustapha khedr citation

 

Dans cette position, il n'exalte pas la guerre, il recule, il ne choisit pas. Avec cette lucidité qui rappelle celle de nombreux écrivains japonais pendant la guerre, il sait pertinemment que personne ne peut gagner une guerre civile.  Il condamne tout le monde, il voit les protagonistes comme forces de passé, lui qui a toujours discuté dans ses textes la modernité, il écrit :    

 

"Tout est condamné
Horizon de sang et de fumée
Horizon où l'endroit est déplacé
Les paries des gens sectaires
La rotation des forces usées
Tout est condamné
L'Autorité et son représentant ...
La Révolution et ses financiers ...
Comment choisir entre la liberté et la sécurité..."
20 septembre 2017

 

A la façon d'un observateur attentif, presque désabusé, il sait identifier les perdants, et sait tracer la fin de l'histoire, mais il se pose encore la question : modernité ou saut en arrière ?   

 

"Les rêveurs peuvent savoir
qu'ils sont des perdants !
Les dirigeants doivent être conscients
qu'ils sont des partants
un Horizon après cette défaite ou un monde en train de s'écrouler ?
La modernité a-t-elle formé cet horizon ?
Est-ce un monde où l'authentique est renouvelé ?"

 

En 2011, les gens criaient dans les rues pour changer le régime politique, rêvant d'un printemps qui les enverrait dans une ère de modernité mais Khedr corrige le tir, car la révolution est un jeu exigeant et plus sophistiqué qu'une simple manifestation. 

 

"Héritiers du bien et du mal
voyageurs de la zone de confusion
le régime ne peut tomber
Parce qu'il n'avait jamais existé

La révolution ne se termine pas
Parce qu'elle n'est pas encore née

Tout ce que nous faisons, c'est de la parole"

 

mustapha khedr nostalgie de soi

 

Les textes de Khedr sont un voyage philosophique dans la même lignée que la poésie moderne en occident, poésie sans trop lyrisme, avec peu d'images, et beaucoup d'idée. On est étonné par l'apparition de l'autre dans ces textes. L'autre devient indispensable, l'identité ne peut être contre l'autre. Il utilise un terme plus vaste que l'identité : la nostalgie de soi pour y inclure l'identité, l'héritage, la culture, et le destin commun. Cette nostalgie de soi devient un ensemble d'identités.      


"C'est le rêve du sang
Quel passé a fondé ce présent ?
Comment la nostalgie de soi peut devenir un acte contre l'autre ?"


Selon sa biographie, il est né en 1944, diplômé en philosophie, il a été professeur de philo et de pédagogie dans l'école normale supérieure.
Selon ces textes, on découvre un immense poète, libre penseur, démocrate, amoureux de la liberté et de l'autre qui mérité d'être lu.


Dans ce texte, il se qualifie de vieil homme qui médite :  


"Le vieil homme marginalisé n'est pas nostalgique
Il marche lentement vers la mort, agréé et satisfait
Comme tous les habitants de cette Syrie ...
Dieu était content, tout allait bien, il avait tout vu
Il le pensait
il devient fou en voyant les méfaits de ses fidèles
La guerre n'est pas sa guerre
Le peuple n'est pas son peuple
Le parti n'est pas son parti ...
Le vieil homme marginalisé gémit
de ce qu'ils ont fait et de ce qu'il a fait. "


En lisant ce poète, ses textes et son positionnement nous rappellent une belle citation de Voltaire, dans ses pensées philosophiques, il dit avec lucidité :


La guerre, au bout de quelques années, rend le vainqueur presque aussi malheureux que le vaincu.

Lien vers sa page facebook (pourquoi ne pas tester les traducteurs automatique de Facebook?)

 

 

 

 

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