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Atwood, la servante écarlate affronte Trump

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Atwood, la servante écarlate affronte Trump


Les servantes apparaissent partout, dans les manifestations féministes, sur les réseaux sociaux, et sur les sites internet comme symbole de résistance et de révolte à l'oppression. Le roman d'Atwood (la servante écarlate) est à nouveau dans les listes des best-sellers, depuis l'élection du président Trump . En mars, des femmes ont enfilé les robes rouges pour protester contre les projets de loi proposés aux États - Unis qui porteraient atteinte aux droits des femmes selon ses manifestantes.

The Handmaids tale serie film


Au fil des années, "The Handmaid's Tale" a pris plusieurs formes. Ce livre a été traduit en 40 langues. Il a été adapté en film en 1990. Il a été joué sous forme d'opéra, et également de ballet. Il est transformé en un roman graphique. Et en avril 2017, cela devient une série de télévision MGM / Hulu.

 

La servante écarlate :  un roman féministe anti-dictature  

Margaret Atwood, née au Canada à Ottawa en 1939, auteur d'une quarantaine de livres. Traduite dans cinquante langues, on trouve ses livres en français surtout chez Robert Laffont : C'est le cœur qui lâche en dernier (2017), MaddAddam (2014), Le Temps du déluge (2012), La Servante écarlate (2005), Le Dernier Homme (2005), Le Tueur aveugle (2002, Booker Prize) ou Captive (1998).

Dans le journal New York Times du 10 mars 2017, Atwood raconte : " Au printemps de 1984, j'ai commencé à écrire un roman qui n'était pas initialement appelé "The Handmaid's Tale". J'écrivais à la main, principalement sur des blocs-notes puis sur une machine à écrire manuelle à clavier allemand. A l'époque je vivais à Berlin, l'empire soviétique était encore en place. Chaque dimanche, l'armée de l'air de l'Allemagne de l'Est faisait des booms sonores pour nous rappeler à quel point ils étaient proches. Au cours de mes visites dans plusieurs pays derrière le rideau de fer - la Tchécoslovaquie, l'Allemagne de l'Est - j'ai connu la méfiance, le sentiment d'être espionnée, le silence.

 

Atwood

 

Dans son roman, Margaret Atwood  revient sur la fonction naturelle de la femme et pose la question du risque de réduire la femme à ce rôle. Atwood imagine une société américaine en crise économique, écologique, et démographique, gouvernée par un régime autoritaire. Le rôle de la femme dans cette société devient la procréation.


The Handmaid's Tale (la servante écarlate) décrit un avenir où la pollution atmosphérique et terrestre entraine une augmentation spectaculaire de la stérilité. Un mouvement radical et conservateur chrétien organise un coup d'état accusant les fanatiques islamiques. Cela justifie de déclarer l'état d'urgence, de suspendre la constitution et de censurer les journaux.


Dans ce régime totalitaire, les femmes n'ont plus droit de travailler, d'avoir un compte en banque ou même de lire. Dans un monde où la stérilité s'est abattue, celles qui sont encore fertiles deviennent des servantes pour l'élite, avec pour seule tâche la reproduction.

Une caste de femmes fertiles, les Servantes habillées en rouge écarlate, devraient se consacrer à cette tâche. Ces mère porteuses sont attribuées à des couples, et sont à la merci des épouses habillées toujours en bleu et les commandants. Ambiance des romans d'Huxley et d'Orwell : hiérarchie, surveillance constante (l'Oeil), société sous contrainte, tortures, exécution.

Atwood dénonce les régimes totalitaires, déportation, rationnement, propagande, arrestations, exécutions publiques, dans une idéologie totalitaire et puritaine.

Defred fait partie de ces servantes. C'est à travers elle que nous découvrirons ce monde froid, hostile, la peur comme communication, l'absence de sentiments et la négation de l'intimité de l'individu.

" Nous vivions, comme d'habitude, en ignorant. Ignorer n'est pas la même chose que l'ignorance, il faut se donner de la peine pour y arriver. "
Defred décrit sa vie présente et ses souvenirs passés : sa vie de couple avec Luke, leur petite fille, ses études avec sa copine Moira.

"Il nous est interdit de nous trouver en tête à tête avec les Commandants. Notre fonction est la reproduction. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n'est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets."


Elles avancent à pas contrôlés, deux par deux, visage dissimulé par un chapeau (cornette). Elles sont destinées à porter la descendance des élites infertiles. Elles vident dans un monde sans mots, un monde de délation, de menace et des cérémonies expiatoires, avertissement pour que personne ne peut prétendre résister à la torture.

 

La vie devient une attente perpétuelle, celle de la fécondation par le Commandant, celle des informations volées au risque de se perdre, celle du temps qui passe sans repères.

" Notre fonction est la reproduction : nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n'est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d'autre ; l'amour ne doit trouver aucune prise. Nous sommes des utérus sur pattes, un point c'est tout : vases sacrés, calices ambulants. " (p. 152)

" Mais tout autour des murs il y a des rayonnages. Ils sont bourrés de livres. Des livres et des livres et encore des livres, bien en vue, pas de serrures, pas de caisses. Rien d'étonnant que nous n'ayons pas le droit de venir ici. C'est une oasis de l'interdit. J'essaie de ne pas regarder avec trop d'insistance. "

 

Dans ce régime, la sexualité féminine est surveillée, contrôlée.  Chaque rapport sexuel a lieu en la présence de l'épouse du commandant, sans nudité, ni intimité. Une mise en scène des viols autorisés. La servante allongée le lit, son jupon rouge relevé, le visage entre les cuisses de la femme du Commander assise, le dos droit dans sa robe vert sapin, la tête Defred bouge doucement sous les va et vient. Elle attend que l'homme jouisse, tandis que sa femme lui tient fermement ses poignets.

 

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Echec du féminisme ?  Héritage abandonné ?

Il est impossible de dire que le féminisme a échoué, l'amélioration de la condition féminine est spectaculaire et sans précédent dans le monde et surtout dans les pays occidentaux.

La diffusion de la série " la servante écarlate " donna à la romancière une occasion de rencontrer un nouveau public. Beaucoup de femmes y compris en occident on trouvé une nouvelle pertinence à son roman en face des gouvernements peu féministes, contre l'IVG ou contre la contraception aux Usa et dans certains pays européens.


Yvonne Strahovski, l'une des actrices de la série, a confié au Huffpost : "Je commence à voir ces parallèles entre les actions et ce que Trump fait. C'est d'une manière étrange une inspiration mais aussi un parallèle horrible."

Aux Etats-Unis, "la Servante écarlate" est devenu un symbole de résistance. Lors de la Marche des femmes qui s'est déroulée en janvier dernier, on remarquait par exemple le panneau exigeant de "Laissons Margaret Atwood dans le monde de la  fiction".


Dans ce roman, Defred est indifférente au combat féministe de sa     mère : "Elle s'attendait à ce que je fasse l'apologie de sa vie et des choix qu'elle avait faits. Je ne voulais pas vivre ma vie selon ses exigences. " En face de la tyrannie, elle se voit dans l'obligation de résister comme sa mère.  Trop tard. "J'étais endormie [...] Maintenant, je suis éveillée", affirme Defred.

 

Trump hommes blancs colere


En 2013, Michael Kimmel publie un livre de sociologie, Angry White Men  " des hommes blancs en colère " pour analyser la colère qui animent un certain nombre d'hommes blancs de la classe moyenne, principalement de la classe moyenne inférieure.  
Hommes blancs de la classe moyenne sont en colère contre la société, le féminisme, le modèle économique, et la culture ambiante?


Michael Kimmel, par l'intermédiaire d'entrevues, et de rencontres étudie la colère de ses hommes, les motivations, les revendications et leurs points communs. Il formule une première conclusion : ces hommes sont en colère contre un modèle qui les marginalise dans le travail, dans le couple, dans la parentalité. Il dit dans son livre la masculinité américaine (et probablement occidentale) est en train de se transformer, de changer d'époque.

Ces hommes ne trouvent plus leur place dans la société actuelle, par manque de travail, par manque de perspectives, par les crises économiques successives, par délocalisation, et par déclassement social. Sur le plan sociétal, ces hommes ne trouvent plus leur place dans le couple, dans le rôle de parents. Ils ne sont plus chefs de famille, ils n'ont presque aucun droit dans le couple, et doivent s'adapter continuellement avec un mouvement féministe sans limite.


Quelques années plus tard, Trump est à la maison blanche et le livre de Kimmel est devenu best- seller.   
Ces hommes ne crient plus leur colère en critiquant le féminisme et le modèle social, ils sont dans l'étape de révolte. Ils s'expriment dans les urnes. Le cauchemar décrit par Atwood passera-il par la voie démocratique ?  
La servante écarlate est un roman qui date de plus 30 ans, un livre remarquable sur le plan littéraire par son style de narration et par la finesse de ses personnages.     


Si une jeune femme abandonne l'héritage féministe, elle dit que le combat est déjà gagné, et qu'il est temps de passer à autre chose ; Elle trouve aussi en face d'elle certains hommes de plus en plus hostiles au féminisme.  
Le féminisme n'est pas responsable des crises économiques, ni du chômage, ni de déclassement social. Par contre, Michael Kimmel souligne la colère profonde et déterminée d'hommes américains qui ont subi des réformes de la société favorables aux femmes sans se soucier des problèmes masculins dans le couple. Ces hommes déclassés perdent leur travail, leur rôle dans la famille, et même dans leurs couples. Ils ont du mal à voir leurs enfants une fois par semaine, gardés sous l'ordre des juges chez leurs ex-femmes, et sont toujours traités de dominateurs.


Dans son entrevue avec le journal anglais The Indépendant, le 18 juillet 2017, la romancière Margaret Atwood donne le début d'une réponse :  


"Quand on parle féminisme, on ne dit pas que les femmes sont meilleures que les hommes, ou qu'il faut pousser les hommes du haut d'une falaise... " .


La renaissance de ce grand roman pose une question :


Est-ce que la servante écarlate est la réponse efficace à la crise, aux hommes en colère et à leurs bulletins de vote à notre époque ?  


A chacun de formuler son propre avis ... 

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