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Réalisme : l’objectivité amène la classe laborieuse aux musées

 

 

realisme Jean Franacois Millet Les Glaneurs 1857

Jean-François Millet, Les Glaneurs, 1857. Musée d’Orsay, Paris.

Réalisme : l’objectivité amène la classe laborieuse aux musées

Le réalisme est une expression où l’artiste tente de donner une représentation réelle, vraisemblable ou convaincante d’une forme ou d’une scène sans les détails qu’on associe à la photo.

 

Réalisme et peinture en France

Le réalisme dans les arts visuels s’est épanoui en France à partir des années 1840 jusqu’aux années 1880. Gustave Courbet est le plus connu des défenseurs de ce style.


En 1868, Castagnary définit trois écoles de peinture : l’école classique (néoclassicisme), qui préconise l’idéalisation de la nature ; l’école romantique (romantisme), qui prône la liberté sociale, politique et artistique, et l’imaginaire sur la réalité ; et le naturalisme, une forme de réalisme qui se concentre sur les classes sociales et les détails de la nature.

Comme les réalistes, les naturalistes croient que l’art doit dépeindre tous les aspects de la vie, et la réalité de la nature. Leurs images, comme des photographies, avaient tendance à être plus statiques que celles des réalistes.

 

Les Classicistes, selon Castagnary, a produit la pureté dans l’art français ; les romantiques, avec leur appel à l’imagination, a conduit l’art dans un état d’anarchie et encouragé la marchandisation de l’art ; et les naturalistes ont placé l’artiste dans son monde contemporain, unissant l’homme et la nature, décrivant la vie urbaine et rurale telle qu’elle est vécue.
Le réalisme est marqué par la Révolution de 1848, par l’industrialisation, le mauvais traitement collectif des zones rurales, la thématique sociale, et la modernité. Le paysan, le citoyen, le travailleur deviennent une figure clef.

 

 

Distinguer réalisme et naturalisme


Une scène de Daumier ou de Courbet peut avoir les formes nécessaires pour transmettre au spectateur la réalité essentielle d’une situation.
Ceci est en contraste avec la méthode appelée naturalisme, dans laquelle l’artiste s’oriente vers la restitution photographique de la scène telle qu’elle se présente dans la nature.
Ainsi, un tableau de Vermeer, de Chardin ou de Bouguereau peut être considéré comme naturaliste plutôt que réaliste. Des artistes comme William-Adolphe Bouguereau (825-1905) représentent ce goût académique naturaliste.
En France, le réalisme est inspiré par les efforts déployés pour se débarrasser de la tyrannie de l’Académie, et du néoclassicisme.

 

Jean-François Millet


Lorsque Jean-François Millet a exposé "les glaneurs " dans le salon de 1857, il a suscité la critique des classes moyennes et supérieures françaises, alarmées par son apparente sympathie et même sa glorification des classes inférieures, et des travailleurs ruraux, considérés comme la marée montante du socialisme.


La peinture représente trois femmes ramassant (glanant) ce qu’il reste d’un champ déjà récolté. Cette activité accordée aux indigents dans la France du XIXe siècle met l’accent sur leur pauvreté.
Mise en évidence par une lumière jaune douce, des tiges de blé, les glaneurs dans l’obscurité, placés au premier plan, invitant le spectateur à s’identifier à eux.


L’œuvre est un exemple du Réalisme, ce mouvement qui a commencé en France après la Révolution de 1848.
Le réalisme ne signifie pas « réel » ou illusionnisme en trompe-l’œil. Il s’agissait d’une tentative audacieuse de la part des artistes à produire des images selon une « vérité » dérivée de leurs propres expériences et leur observation du monde. L’art devient le miroir du temps sans idéaliser, sans mythe ni allégorie.


Le XIXe siècle a été par la Révolution industrielle, une augmentation de la population urbaine, les habitants des campagnes migraient vers les villes à la recherche de travail.
Comme les artistes romantiques, certains réalistes se sont engagés dans des causes sociales et politiques et ont produit un contenu dépeignant les classes laborieuses sous un angle sympathique.

 

Honoré Daumier


La Révolution de juillet 1830 met fin à la monarchie de la Restauration de Charles X, remplacé par Louis Philippe. La Monarchie de juillet a duré jusqu’en 1848.
Pendant les dix-huit années de son règne, l’influence de la classe moyenne en France s’est accrue, l’alphabétisation, et la diffusion de l’impression des lithographies rendant l’image plus populaire.


Le caricaturiste et peintre Honoré Daumier (1808-1879) a protesté contre les abus de Louis Philippe dans plusieurs tirages qui ont été publiés dans la presse. Sa célèbre estampe de juillet 1834 intitulé Rue Transnonain, le 15 avril 1834 était une réponse à une scandaleuse injustice commise sous Louis Philippe quand les soldats ont tué une vingtaine d’innocents, dans un immeuble ouvrier de la rue Transnonain.

 

realisme Honore Daumier rue Transnonain 15 avril 1834

Honoré Daumier, rue Transnonain, 15 avril 1834, Collection privée.


Le père gît mort dans sa chemise de nuit, sa pose rappelant la peinture de la Renaissance du Christ mort. En mettant en évidence le père, Daumier l’associe à la mort du Christ, une métaphore pour l’assassinat de personnes innocentes. Sous le cadavre du père, on voit son fils, dont le sang, comme celui de son père, tache le parquet.

Un vieil homme gît mort à droite, bien que nous ne voyions qu’une partie de sa tête.

À gauche, dans l’ombre, on distingue le cadavre de la mère. Une famille martyrisée, semble dire Daumier.
Le message de Daumier a provoqué la colère du roi qui interdit la publication.

 

Jean-Louis-Ernest Meissonier

Le réalisme est associé aux idées socialistes, qui se répandent avec l’augmentation de la pénibilité du travail, et la pauvreté des zones rurales.
Au cours des années 1840, les intellectuels et les ouvriers de la classe moyenne s’agitent pour une plus grande représentation dans le gouvernement. En 1848, le Manifeste communiste est publié à Londres. En France, la révolution de 1848 éclate alimentée par le mépris de Louis Philippe pour la classe laborieuse.
Le règne du Roi Citoyen s’est terminé par son abdication après quatre jours de combat du 23 juin au 26 juin 1848, où 15 000 rebelles sont morts et 12 000 sont arrêtés.

 

realisme Jean Louis Ernest Meissonier Barricade, Rue de la Mortellerie, Juin 1848

Jean-Louis-Ernest Meissonier : Barricade, Rue de la Mortellerie, Juin 1848. Musée du Louvre, Paris.

 

La représentation de Meissonier est plus réaliste que romantique, elle est différente du fameux tableau " La Liberté guidant le peuble " de Delacroix.

Exposé pour la première fois au Salon de 1850-1851, le tableau montre les morts couchés dans une rue de Paris au milieu des décombres de la barricade. Une rangée de maisons sur la droite, toujours debout après les combats, silencieuses et fermées, sans habitants, en contraste avec les cadavres jonchant la rue. Des vêtements tachés de sang, membres déformés, expressions grimaçantes des cadavres gisant à l’endroit où ils sont tombés occupent le premier plan.


Les bleus et les rouges de Meissonier, en contraste avec le tricolore de la victoire idéalisée de Delacroix, sont fondus dans les bruns, ne sont plus les couleurs d’un drapeau tenu triomphalement, mais font partie d’une image de vêtements déchirés et du sang des morts après la bataille.
Vingt ans plus tard, en 1877, Meissonier allait peindre son tableau, les Ruines du Palais des Tuileries, après la Commune de 1871.

 

Gustave Courbet

Baudelaire conseilla aux peintres de représenter la vie quotidienne telle qu’elle était vécue à l’époque, peindre la société moderne et les événements contemporains au lieu de l’histoire ancienne ou mythologique.

 

realisme Gustave Courbet un enterrement a Ornans 1849

Gustave Courbet, un enterrement à Ornans, 1849, Musée d’Orsay, Paris.

De 1849 à 1850, Courbet réalise une peinture monumentale qui incarne le réalisme, intitulée un enterrement à Ornans. Cette œuvre enregistre un moment précis dans un cadre contemporain et elle fit scandale lors de sa première exposition au Salon 1850-1851. Il confronte les spectateurs parisiens à la morosité des bourgeois de province et leur rappelle que la France ne se résume pas à Paris.


La sépulture est au centre d’un panorama de personnages, dont la sœur de l’artiste, vivant à Ornans — village natal de Courbet — en Franche-Comté. Un groupe de la classe moyenne en deuil, encadré par des collines qui s’élèvent progressivement dans le lointain. Au-dessus des figures se trouve un crucifix solitaire tenu en l’air par un prélat.
À droite, les femmes en deuil vêtues de noir et blanc répètent les noirs et les blancs des figures religieuses à gauche.
Au premier plan, un chien se tourne brusquement vers les femmes. La morne palette n’est soulagée que par le rouge des costumes des prélats, le garçon à gauche, et l’homme en bleu. À gauche du fossoyeur se trouvent le maire d’Ornans, un juge de paix et deux enfants de chœur.

 

realisme Gustave Courbet les casseurs de pierres 1849

Gustave Courbet, les casseurs de pierres 1849–1850 Dresde, Allemagne   (tableau détruit pendant la Deuxième Guerre mondiale).

La peinture montre la monotonie implacable du travail manuel répétitif et pénible. Deux hommes absorbés par le travail ne communiquent pas entre eux ni avec le spectateur. Ils effectuent des tâches physiques. Leur environnement est sec, avant-plan rempli de pierres, les couleurs du paysage sont répétées dans les vêtements des travailleurs.
Jules Antoine Castagnary (1830-1888), déclare Courbet comme le premier peintre socialiste.

 

 

Rosa Bonheur

realisme Rosa Bonheur Labourage nivernais ou habillage des Vignes 1869,


Rosa Bonheur, Labourage nivernais ou l’habillage des Vignes, 1869,  Musée National du Château de Fontainebleau, Fontainebleau, France.

Contemporaine de Courbet, Rosa Bonheur (1822-1899) a été élevée par un père socialiste qui croyait en une forme utopique de socialisme basée sur : aime ton prochain comme toi-même. Bonheur a été la première femme à recevoir la Légion d’honneur française. L’intérêt de Bonheur pour la puissance et l’énergie des animaux est évident dans son tableau Labourage dans le Nivernais, exposé pour la première fois au Salon de 1850-1851.

 

Comme l’enterrement de Courbet, on voit la campagne française, mais Rosa préfère les couleurs vives, le ciel bleu limpide. Le champ labouré est composé de motifs répétitifs et traverse horizontalement la toile pour arriver à nous ouvrant l’espace, les bœufs en procession se déplacent lourdement sur la colline en tirant leurs fardeaux. Les figures humaines sont éclipsées par la puissance des animaux.

Bonheur dépeint avec réalisme l’effort physique dans les détails, la terre retournée, les plis de la peau des bœufs, pour évoquer la lutte pour la survie.

 

 

Jean-Baptiste-Camille Corot

Corot (1796-1875) considère le paysage comme un sujet à part entière, et non pas comme un cadre pour la classe ouvrière comme chez Millet. La vision de la nature de Corot est conforme à la vision réaliste : observation et représentation fidèle et naturaliste.
Corot est influencé par l’Italie, par les paysagistes du XVIIe siècle comme Nicolas Poussin et Claude Lorrain. Il s’est concentré sur les lumières changeantes à la campagne.
Corot partage avec les impressionnistes la spontanéité dans la capture de ses premières impressions sur la toile.

realisme Camille Corot Ville d Avray 1867


Camille Corot, Ville d’Avray, 1867. Musée des beaux-arts of Art, Washington, D.C.


Ce tableau illustre une scène du village où ses parents avaient une maison de campagne. On note son goût pour les couleurs strictes, les textures douces, fluides illuminées par le ciel clair. Un grand arbre au premier plan filtre la lumière, créant un reflet argenté sur les feuilles. Le tableau est divisé horizontalement par une rivière tranquille que traverse une vache immobile.

 

 

Le réalisme en Europe : les Pré-Raphaélites


Mais, comme pour le Romantisme, les artistes européens ont travaillé dans des styles différents, et apparentés, comme les préraphaélites en Angleterre, Wilhelm Leibl en Allemagne et William Sidney Mount, Winslow Homer, et Thomas Eakins aux États unis.

En Angleterre, certains idéaux du Réalisme ont été repris par un groupe d’artistes connus sous le nom de préraphaélites — parce qu’ils croyaient que le seul art « vrai » est antérieur à Raphaël, mort en 1520. Selon eux, seule une observation attentive de la nature les rend capables de peindre la « vérité » dans leurs peintures. Leur travail est caractérisé par une couleur riche et pure sur fond blanc (une combinaison qui met en valeur la luminosité), des détails minutieux et des formes claires.

En 1848, Louis Philippe abdique en France, Marx et Engels publient le Manifeste communiste à Londres, les Pré-Raphaélites font leur première réunion. Le groupe est composé de jeunes artistes et poètes protestant contre le déclin de l’art et le goût conservateur prôné par le Royal Academy ; ses trois fondateurs étaient William Holman Hunt (1827-1910), Dante Gabriel Rossetti (1828-1882), et John Everett Millais (1829-1896), qui se sont bientôt rejoints par quatre autres artistes.
En 1849, les préraphaélites ont eu leur première exposition publique. En 1848, John Ruskin publie deux premiers volumes de ses cinq volumes de son livre « Les Peintres modernes. »
John Ruskin prône la « vérité à la nature », une qualité dont il loue Turner qui allie romantisme et réalisme, il défend les préraphaélites, leur style précis, linéaire, riche en détails.
Les préraphaélites se tournent souvent vers la littérature pour leurs sources iconographiques, Shakespeare, légendes arthuriennes et la Bible.
Le réalisme existe également en Allemagne et aux USA.

 

Le réalisme dans la culture

L’opéra Verismo (réaliste) est devenu un style dominant dans l’opéra de la fin du XIXe siècle. Les compositeurs ont a dépeint les aspects « réalistes », parfois difficiles de la vie quotidienne et ont rejeté les sujets mythologiques du Romantisme.
En France, Carmen de Georges Bizet (1875) raconte l’histoire d’une gitane espagnole exprimant librement ses émotions et son attachement à l’amour. Giacomo Puccini emmène le public dans la vie quotidienne des classes inférieures comme des classes supérieures. Dans la Bohème (1896), Puccini traite des artistes menant la vie de bohème à Paris et raconte une héroïne qui meurt de tuberculose.
Les auteurs réalistes tels Balzac, Zola et Flaubert en France, Dickens, Eliot, Shaw en Angleterre, Tolstoy en Russie, Ibsen en Norvège, ont épousé la cause des pauvres et des classes laborieuses.

 

Conclusion:


Parmi les principes et les caractéristiques du Réalisme, on trouve :
— la seule source d’inspiration est la réalité.
— la seule beauté valide est celle qui est donnée par la réalité, l’artiste représente sans embellir.
— chaque être où objet a une beauté particulière.
— représentation de la vie ouvrière et paysanne.
— ce qui est vrai est beau.
— exaltation des sujets sociaux.
— effort, fatigue, pénibilité comme sujets
— influence du positivisme philosophique, et des idées socialistes dans le travail des artistes.
Le réalisme sera progressivement oublié, l’impressionnisme, le cubisme et l’abstraction allaient mettre en cause la représentation du réel. Les sujets de la justice sociale et du destin humain seront présents mais sous des formes différentes.

Référence :
John Julius Norwich : Oxford illustrated encyclopedia the arts 1990, oxford press university
Hauser, Arnold: Social History of Art. 1999, Taylor & Francis Routledge

 

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