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Thomas Couture : la décadence chez les Romains, analyses et détails

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Thomas Couture : la décadence chez les Romains analyses et détails

 

Particulièrement abondantes durant la première moitié du XIXe siècle, les commandes de l'État contribuent à prolonger la suprématie des thèmes historiques dans la peinture. Toutefois, la seconde moitié du siècle voit la hiérarchie académique des genres s'effacer quand la peinture d'histoire évolue dans un sens plus intimiste.
En 1847, ce tableau de Couture, immense de 4 mètres fut bien populaire.


Le tableau montre une architecture romaine soignée. Il est peuplé de personnages masculins et féminins, dont la mise en scène rappelle les tableaux de Raphaël. Couture tente de dessiner un drame, " la décadence chez les Romains " titre de l'œuvre, allant ainsi dans le sens de la morale bourgeoise du XIXe siècle. Car à l'époque, la société française est moralisante, traumatisée par les guerres napoléoniennes et la révolution industrielle. Il joue avec le cliché d'une sexualité romaine orgiaque. Et il n'hésite pas à exhiber la nudité féminine dans son tableau surtout au premier plan avec la femme aux vêtements déchirés.

 

Dans son livre Méthode et Entretiens d'Atelier, Couture rapporte que lorsqu'il a peint un portrait d'un camarade étudiant, son maître lui a dit " si vous continuez à peindre comme ça, vous serez le Titien de la France. "

 

Cette prévision s'est en grande partie accomplie. À l'âge de trente-deux, de tous les peintres français il est le plus célèbre.
Delacroix plus âgé de 20 ans que Couture, à cette période, n'est nullement son égale. Delacroix a une bonne réputation, mais n'a pas encore gagné les applaudissements du public et ses tableaux sont largement moins cotés que ceux de Couture.

 


La décadence des Romains présentée au salon de 1847 a fait la renommée du tout jeune Couture.


Avec Les Romains de la décadence, il avait soigneusement préparé son coup d'éclat : travaillant depuis plus de trois ans sur une toile qui devait " rivaliser avec le Radeau de la Méduse ", il obtint son acquisition par l'État, avant même sa présentation au Salon de 1847, le 25 juin 1846 (pour une somme de 12 000 F).

 

Couture pour ce tableau reçût deux prix : le premier prix lors du premier salon et une médaille d'or, lors de l'Exposition universelle de 1855. Acclamé par certains, critiqué par d'autres pour sa retenue et la fadeur de son coloris trop gris, trop " facile ", il n'en reste pas moins que cette œuvre marqua un point d'orgue dans la production de ce tout jeune artiste.

Cette gloire a duré peu de temps dans un siècle où la peinture évoluait très rapidement. Une école d'artistes qui s'étaient émancipés des contraintes et des traditions a commencé à attirer l'admiration du public, le romantisme de Géricault et d'autres avait révolutionné les idées sur la peinture.


Couture était amoureux des grands maîtres, mais il n'aimait ni les sujets ni le style de Delacroix, de Millet, Rousseau, ou Corot.

 

Le critique Thoré donna une description du tableau la décadence des Romains :

 

Au milieu de la scène, sur un lit recouvert de splendides draperies en désordre, une femme, vêtue de blanc, est couchée avec nonchalance, comme une nymphe rêveuse au bord de la mer sans horizon ; mais son beau visage exprime une lassitude infinie et l'hébétement des sens épuisés. Ses membres, abandonnés mollement sur les coussins de pourpre, se dessinent en reliefs voluptueux.

Un homme, assis près d'elle, la soutient, et tend sa coupe ciselée à une autre femme demi-nue qui y verse les âcres épices de l'Orient. Celle-ci, soulevée et vue de profil en pleine lumière, resplendit de fraîcheur et de beauté ; sa main gauche repose sur les épaules ambrées d'un jeune garçon, étendu comme un nageur dans ce fleuve de délices. Pour pendant à ce groupe, Vitellius, accoudé en triomphateur, contemple l'orgie, sans s'apercevoir qu'une fille, couronnée de pampres, se serre contre lui.

 

Le torse de cette femme, vue presque de dos, se modèle admirablement dans une demi-teinte transparente et légère qui recouvre à peine le grain de la toile. Derrière ces trois groupes principaux, bondit ou s'affaisse une foule de voluptueux. C'est une promiscuité insensée avec tous les degrés de la débauche antique, adroitement dissimulés dans l'ensemble... Mais comment décrire tous les épisodes de cette bacchanale ? À droite, un jeune garçon qui, grimpé sur un piédestal et s'accrochant au bras inflexible de la statue de Brutus, offre au vieux Romain la coupe chancelante, et quelques têtes de femmes qui le regardent en souriant.

 

À gauche une jeune fille, les bras crispés au-dessus de la tête, souvenir de la magnifique figure de l'Envie dans le Gouvernement de la reine par Rubens. Les vaincus de l'orgie, emportés par des esclaves, et les faibles qui s'endorment sur les vases renversés, et les physionomies qui éclatent ou qui s'assombrissent, et les couronnes de feuillages et de roses qui s'entremêlent aux chevelures dénouées ou qui serpentent sur des poitrines inondées de soleil, et l'éclat des étoffes et des bijoux.


Le tableau de M. Couture est aussi remarquable par l'ordonnance et la pensée que par la splendeur d'exécution. "

 

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Commençons par observer le jeu des regards dans le tableau. Ce jeu intensifie le caractère orgiaque de la scène. Chaque couple ou petit groupe est livré à une activité privée ; le regard est concentré sur l'autre, et non pas sur l'ensemble.


La femme aux gestes énoncés dissimule les yeux par son bras. L'absence de contact visuel offre l'impression d'une femme entièrement prise par la danse. On retrouve deux amants élancés qui ne se regardent pas, la femme ferme les yeux concentrés sur son expérience sensuelle. Dans le second couple amoureux, la femme a le regard baissé, observe son amant, sans prêter attention à ce qui les entoure.


De ces différents groupes, l'odalisque au centre est ennuyée, prend le spectateur comme témoin de sa lassitude physique.

 

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Dans le tableau, la sexualité est violente, consommée avec fureur comme la femme nue à gauche qui arrache sa tunique. L'excès d'alcool et l'ivresse intensifient à la fois l'épuisement, et l'échange.


Dans ce tableau, Couture joue sur le déshabillé, les draps froissés suggèrent l'acte sexuel. On peut compter neuf personnages féminins dans le tableau, tous nus à l'exception de l'odalisque. La nudité n'est pas la nudité héroïque des figures antiques.

 

Les femmes sont plus libres, une femme danse les seins nus, trois embrassent leurs partenaires, des femmes enivrées arrachent les vêtements d'un séducteur dans un trio amoureux, et deux odalisques sont impassibles, absentes.

 

 

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On peut imaginer que le thème du tableau sur la décadence cherche à justifier autant de sexualité et de nudité. Le thème de l'orgie est intemporel, un thème licencieux développé à la renaissance, toujours dans le sens de la décadence d'une classe sociale ou d'une civilisation.

 

Au XIXe siècle, l'orgie prendra d'autres formes comme les harems, orientalisme à la mode oblige, mais gardera seul aspect ambigu d'une sexualité excessive ; un épuisement des sens, un excès qui mène à la ruine d'une société.

 

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Dans d'autres tableaux, on peut avoir une idée plus précise sur la nudité féminine chez Couture. À partir de ce tableau, on comprend pourquoi Couture est inclassable. Certains historiens de l'art classent Thomas Couture comme romantique (le courant de Delacroix, Goya et Géricault), d'autres classent Couture comme éclectique, certains comme réaliste (comme Courbet). On retrouve même des historiens d'art qui classent ce peintre comme néoclassique (comme Ingres).


Si Couture est inclassable, sa peinture résume une époque, une peinture fidèle au XIXe siècle. Le début d'un réalisme dans un thème classique ; certains jugèrent cette peinture vulgaire à l'époque.

 

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On connaît l'influence de Couture sur Courbet, les deux ont cherché à traduire les mœurs de leur époque et le mouvement de leur société, Couture utilisant l'allégorisation, Courbet utilisant plus tard un style réaliste.

 

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le thème est antique, le style est un passage entre le néoclassicisme et le romantisme, certains aiment classer Couture comme juste milieu de ces deux mouvements. Dans ses critiques, Gauthier pose la question à la femme nue au centre de la célèbre toile de Thomas Couture, exposée au salon de 1847 : quel rêve impossible passe en ce moment sur le front marmoréen ?

À quelle volupté irréaliste songe-t-elle après cette nuit aux fureurs orgiaques ?

 

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Ref
Boime. A : Thomas Couture and the eclectic vision, Londres, Yale University Press, 1980, pp 131-188
Coignard. J : Etude sur les Romains de la décadence, in Beaux Arts magazine, n° 43, 1987, pp 64-67

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