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Titien dessine Danaé trois fois

Venise Titien danae
 

 

Titien dessine Danaé trois fois

 

Titien : Tiziano Vecellio di Gregorio (1488-1576) ; comme chez tous les grands maîtres italiens (Raphaël, Michel-Ange…), c’est le prénom du peintre qui a été retenu pour le dénommer et non son nom de famille.

Titien est né à côté de Venise (sur la terre ferme), autour de 1488 (la date exacte est ignorée). Il est mort à environ 90 ans. Sa carrière est indissociable de la ville de Venise, alors à son apogée.


Titien est né dans une riche famille de Pievedi Cadore (Frioul). Son père Gregorio Vecelio avait diverses charges, dont celles de capitaine de la milice, et d’inspecteur des mines.

Tiziano s’est initié à la peinture en même temps que son frère Francesco. Les deux furent envoyés à Venise très jeunes pour étudier l’art.


Titien entra dans l’atelier du peintre Gentile Bellini, puis de son frère Giovanni Bellini, à cette époque l’artiste le plus réputé de Venise. Enfin, le Titien reçoit une dernière influence, celle de Giorgione (mort en 1510), qui établit dans ses œuvres une sorte de synthèse entre les clairs-obscurs de Vinci et la couleur de Bellini.

Il meurt le 27 août 1576, peut-être de la peste, plus probablement de vieillesse. Il est enterré dans l’église Santa Maria dei Frari à Venise.

Comme tant de Vénitiens, Titien est respectueux de la vie et de la réalité. Il lui fallait toujours un document ou un modèle pour exécuter ses tableaux. Au début il ne cherchait pas à composer des scènes, mais à présenter une réalité.

Danae Titien prado

Titien, Danae, 1545, Musée du Prado, Espagne 

 

Danaé, Titien, musée du Prado

 

Titien fasciné par les figures féminines,  a fait plusieurs fois le thème de Danaé, et à chaque fois, la version peinte prenait les détails accomplis des versions précédentes pour atteindre le parfait.
A Venise, ses mécènes étaient des commanditaires de portraits et d’œuvres sacrées, et les portraits étaient presque exclusivement masculins.
En dehors de Venise, les acheteurs s’intéressaient aux sujets classiques, en particulier aux belles femmes, aussi bien vêtues que dénudées. Mais lorsque le Titien pouvait laisser libre cours à son imagination, notamment quand ses tableaux étaient destinés à Philippe II, même s’ils n’étaient pas commissionnés par le roi en personne, il dessinait des sujets classiques exaltant la beauté féminine et l’érotisme de la nudité, des tableaux que l’artiste intitulait « poésie ».
Ce terme indique la haute considération que Titien avait pour ses œuvres qu’il considérait comme de véritables poèmes visuels. Cette version de Danaé de 1545 porte les mêmes thèmes que les autres versions.

Danae Titien Kunsthistorishes

Titien, Danaé, 1554 .Musée d’Histoire de l’art de Vienne ( Kunsthistorishes Museum) , Vienne, Autriche

 

Danaé, Titien, Kunsthistorishes Museum de Vienne

 

L’artiste a réussi la pose de la femme. Il offre au regard une belle impudeur érotique. Le corps de la jeune Danaé est nu, entièrement nu. Les draps dans cette version ne couvrent rien et la femme cache son sexe par sa main gauche. La face interne de la jambe gauche, la plante du pied gauche, la face externe de la jambe droite et le dos du pied droit, le bras droit, la face interne du bras gauche.


L’anatomie semble parfaite, les muscles du bras droit sont assez hypertrophiés, ainsi les muscles de la jambe droite, ils le seront moins dans d'autres versions.

L’anatomie des pieds est bien détaillée, même si les orteils dans cette version sont au repos sans flexion.
Les jambes légèrement écartées, le sexe mi-caché, le regard de la femme attentif à ces pièces d’or qui tombent, la main droite légèrement crispée ; tout rappel le désir, l’érotisme ou la poésie comme aimait dire le maître.
Le geste de main droite contredit la passivité du corps, cette main réagit, serrant le drap comme le fait une femme pendant l’étreinte amoureuse ou pendant l’apogée du désir alors que les pièces d’or tombent sur le drap entre les deux jambes de la femme. Le fond noir n’est pas encore complet

 

Danae Titien ermitage
Titien, Danaé avec sa servante, 1560, Musée de l’Ermitage, Russie

Titien, Danaé et Philippe II


Titien a peint ce tableau pour le Philippe II pour accompagner un autre tableau nommé « Vénus et Adonis » exposé dans le même couloir.
Dans une lettre, au roi en 1553, Titien écrit qu’avec ce tableau de Danaé, on peut regarder l’autre côté , et donc, le roi pourrait contempler le corps entier d’une femme nue dont on en voit que le dos dans « Vénus et Adonis » alors que le spectateur dans le tableau de Danaé pouvait avoir une vue de face.
La jeune Danaé est nue dans son château, la princesse est prisonnière. Elle est étendue lascivement sur un lit, accompagnée par un petit chien. Surprise par la pluie d’or, la domestique tente de rassembler cet or dans son tablier.
La blancheur du corps de Danaé contraste avec la noirceur de la peau de la domestique. Alors que Danaé est étendue sur son lit, le corps est riche de courbes, le corps de la domestique est rugueux.
La main de Danaé cache son sexe, dissimulé dans l’ombre, laisse deviner la signification érotique de ce geste.
L’aspect du corps est fidèle aux critères de beauté de l’époque. La peau est blanche, les cuisses sont pleines, le ventre est légèrement bourrelé. La femme est sans parure sauf les cheveux défaits laissant supposer le réveil mouvementé de la femme par les pluies d‘or.
Les seins sont montrés sans retenue : une vision latérale parfaite du sein gauche ; et une vision frontale du sein droit. Cela s’applique aussi sur les jambes et les pieds. On voit la face interne de la jambe gauche, la plante du pied gauche alors qu’on voit la face externe de la jambe droite et le dos du pied droit.

 

Conclusion


Ces trois versions de même tableau sont réalisées sur une période de 15 ans. Dans ses allégories, l’antiquité inspire Titien, mais il se permet de transformer Cupidon en petit dieu nu, vivant et beau comme le fera Rubens plus tard. L’antiquité suggère à Titien des sujets, le maître trouve des modèles dans sa réalité. Ce voluptueux, cet amoureux des femmes, a dessiné des femmes au charme indiscret, à la peau nacrée comme celle des Vénitiennes aux chairs épanouies. Durant des siècles, l’antiquité sera l’arrière-plan de nombreux tableaux, mais chaque peintre transmet un message différente.

 

 

 

 

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