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Richard Burton du kamasoutra à Mille et une nuits

Giovanni Giannini illustration mille et une nuit

 

 

Sir Richard Francis Burton (1821-1890) est un Anglais, décrit comme une légende. Aventurier, « célèbre explorateur, anthropologue et linguiste, agent secret, soldat, scientifique, traducteur, « gentleman féru d'exotisme et d'art érotique », diplomate, écrivain ou héros selon certains.
On ajoutera à la liste de ses prouesses la traduction des Mille et une nuits, la « découverte » et la traduction du Kamasoutra puis la traduction d’un ouvrage arabe d’érotologie, le jardin parfumé.

Dans sa préface, Wright (1906) explique que la femme de Burton, Isabel, a écrit en 1893 une biographie de son mari afin de faire taire les calomnies qui circulaient à son sujet.
Craignant pour sa réputation et celle de son mari, Isabel Burton brûla un certain nombre de manuscrits attribués à Richard Burton. La pratique de brûler les livres licencieux à la mort de leur propriétaire était répandue dans l'Angleterre au 19e siècle.

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Le Kamasoutra

Quand Richard Francis Burton, ancien capitaine de l’armée de la Compagnie des Indes orientales tombe sur un recueil compilé entre le IVe et le VIIe siècle par Vatsyayana Mallanaga, philosophe médiéval, et l’Anglais y découvre la sexualité humaine comme moyen d’atteindre l’élévation spirituelle.


Le plus ancien texte sur l’amour charnel dévoile ses recettes pour la bonne pratique des activités intimes, une réflexion sur les buts de l’existence, un recueil de conseils pour le choix d’une épouse, ses devoirs et ses privilèges et un guide pour une sexualité épanouie. L’ouvrage est illustré de miniatures riches et colorées représentant les postures évoquées.

En s’engageant dans la traduction et la publication, Richard Francis Burton se place sous le coup de la loi sur les publications obscènes. Peu importe le prix, Burton, qui vient d’être nommé consul à Trieste, a fondé une société d’édition fictive, la Kama Shastra Society, avec un faux lieu d’édition, et préfère pour plus de discrétion ne publier l’ouvrage que sur souscription.
A cette époque, seules les femmes immorales ressentent du désir sexuel et les hommes, esclaves de leurs appétits incontrôlables ne peuvent être blâmés.
Burton veut rompre cette conspiration qui pèse sur la vie sexuelle de ses contemporaines en prouvant que, sous d’autres latitudes, la femme assume librement sa sexualité.

 

Richrad Burton

 

Le Kamasoutra commence son histoire en Occident à la fin du 19e siècle, par Sir Richard Burton et la première traduction du Kamasoutra .


Il est vrai que personne d'autre n'avait écrit à propos du Kamasoutra avant Burton. Après avoir réuni quatre copies partielles du manuscrit du Kamasoutra (provenant des bibliothèques de Bombay, de Bénarès, de Calcutta et de Jeypoor) une version intégrale du texte est née. La première traduction de Burton reste aujourd'hui la plus fréquemment éditée, même si elle a été l'objet de nombreuses critiques. Par la suite, d'autres traducteurs reprendront cette version.
Il a confié la traduction du texte originel à deux érudits hindous, et c’est en
1876 qu’il arrive avec son épouse à Bombay, pour en découvrir la première version achevée. Burton reprend, corrige, annote les lignes, dans lesquelles le plaisir de la femme est validé, estimé, recherché même.

Ce célèbre texte peu lu un objet culturel. Il est abondamment cité en Occident. Livre d'origine hindoue, datant des premiers siècles de l'ère chrétienne, il connaîtra en Inde une grande renommée comme référence dans le genre littéraire érotique. En 1883, le Kamasoutra est publié sous la direction de Sir Burton pour un cercle de gentlemen amateurs d'écrits érotiques. Aussitôt, il a été censuré et interdit de publication dans les pays occidentaux, jusqu'à sa redécouverte dans les années 1960 .

 

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On peut traduire «Kamasoutra» par « aphorismes sur le Désir », maxime ou pensée destinée à l'enseignement des jeunes - filles et garçons.
Le livre est écrit dans un style sérieux, austère, schématique, précis comme un code de loi. Parmi les techniques exposées, il y a celles pour bien vivre (dans le livre l), pour faire l'amour (livre 2), pour séduire un(e) partenaire (livre 3), pour bien se conduire lorsqu'on est une épouse (livre 4), pour séduire les femmes (livre 5), pour réussir dans la vie si l'on est une courtisane (livre 6) et enfin pour utiliser des pratiques occultes, telles que l'envoûtement de partenaires, l'utilisation d'objets sexuels ou les aphrodisiaques (livre 7).

L’auteur s’adresse aux hommes désireux de bien se comporter envers le sexe d’une femme, « fleur de lotus, soleil qui éclaire de ses rayons». Ils doivent adopter le comportement adéquat afin « qu’elle ne se referme pas et répande son parfum ». On y conseille d’attendre après le mariage au moins dix jours avant de consommer l’union charnelle, que la femme soit prête à recevoir l’époux. « La femme a envie de préliminaires qui soient tendres eux aussi, et quand elle n’acquiesce que du bout des lèvres, parfois ces préliminaires lui rendent haïssables la fusion amoureuse, et haïssables aussi, parfois, le sexe masculin »
L’auteur conseille à l’amant d’utiliser tous ses membres pour « doubler la volupté de la femme ainsi caressée et hâter son spasme de manière à le faire coïncider avec celui de l’homme ».
L'émergence du Kamasoutra dans l'Angleterre victorienne «scandalisa» la bonne société de l'époque.
Certains auteurs n'hésitent pas à proclamer la valeur universelle et éternelle du Kamasoutra. Pour certains, il symbolise l'érotisme oriental, alors que pour d'autres, représente un texte lubrique.
Les réinterprétations du Kamasoutra sont un sujet passionnant à notre époque de mondialisation, d‘influences culturelles mutuelles. D’autre part, le Kamasoutra pose des questions utiles sur la sexualité en anthropologie.

 

Jardin parfumé

Lorsque l'explorateur Richard Burton meurt en 1890, sa femme Isabel brûla des dizaines de ses œuvres inédites. Dans une lettre au journal Morning Post, elle avoue avoir détruit sa nouvelle traduction d'un manuel sexuel arabe, le jardin parfumé. "Sur deux mille hommes, quatorze le liraient probablement dans l'esprit de science dans lequel il a été écrit", écrit-elle, "les autres le liraient pour l'amour de la saleté, et le transmettraient à leurs amis, et le mal fait sera être incalculable.

Écrit en arabe du XVe siècle, le manuel sexuel tunisien « le jardin parfumé » peut sembler hors de propos aujourd'hui. Pourtant des générations de traducteurs se sont penchées sur ses conseils.
Contrairement au kamasutra, bien apprécié dans son pays d’origine, le jardin parfumé est un livre presque inconnu dans le monde arabe.

L'intérêt des Anglais du 19e siècle pour Le Jardin parfumé laisse perplexe. Ecrit entre 1410 et 1434 pour un ministre du sultan de Tunis, le traité est un guide sexuel pour les hommes mariés. Le contenu va des conseils sur les positions sexuelles, aux formes du pénis, aux remèdes contre l'impuissance.

Nafwazi fournit des dizaines de surnoms pour le pénis : les traductions approximatives incluent «pigeon», «pleureur », « long cou », « chèvre » et « Cyclope », « plongeur ».

Le traité s'appuie sur une longue histoire de la sexologie islamique présente dans des ouvrages plus sérieux. L'étude du sexe était l'une des sciences qui ont construit la civilisation islamique.
La première traduction de Burton avait corrompu la prose originale, fabriquant des détails exotiques sur le monde arabe dans un style fleuri et exagéré qui reflétait la vision colonialiste du 19e siècle en restant convaincu qu’il manquait à son manuscrit un « chapitre perdu » sur l'homosexualité.


Burton s'est rendu à Alger à la recherche du manuscrit original du livre, qui selon lui, ferait référence à l'activité gay. Burton consacra ses dernières années à une deuxième traduction qui a transformé le court traité d'al-Nafwazi en un livre de 1 282 pages, dont un essai de 200 pages sur la sodomie.
Ce livre si réputé en Angleterre a connu en France peu de renommée et demeure une lecture marginale. La relation des français avec la sexualité n’est pas la même que celle des anglais au 19e siècle.

Mile et une nuits

 

Mille et une nuits (arabian Nights)

Les mille et une nuits est une collection d'histoires et de contes, un recueil de fables, de contes de fées, romances et d'anecdotes historiques provenant de diverses sources ethniques, notamment de traditions orales indiennes, persanes et arabes qui constituaient l’empire musulman de cette époque.
Dans ces histoires, les habitants d'un royaume magique et mystérieux, d'une richesse illimitée et d'une pureté absolue partagent leur empire avec des djinns, de diables, de lutins, des hommes volants, des chevaux volants, de la magie, des danses, des oiseaux surnaturels, des poissons parlants et des scènes exotiques et érotiques de harems, d'esclaves, de princes et de rois, et de gens ordinaires.
Tout le monde est amoureux des aventures d'Aladdin, d'Ali Baba et de Sinbad le marin, de Shahryar, le roi fou dominé par la femme la plus connue de la terre : Shéhérazade.

André Gide écrivait :
« Les trois mères des livres du monde ; La Bible (Ancien et Nouveau Testament), les poèmes d'Homère (Iliade et Odyssée) et Les Mille et une Nuits ».

Mille et une nuits est une aventure arabe et européenne. Sans certains Européens, ce livre aurait été laissé dans les tiroirs de l'oubli pour toujours.

 

 

Milles et une nuit en France

Le début commença avec le diplomate français "Antoine Galland" (1646-1715), nommé à Constantinople, capitale de l'Empire ottoman, en tant que secrétaire de l'ambassadeur de France à la fin du 17e siècle.
Son travail réel se limita à rassembler les manuscrits accessibles en Orient et de les envoyer au trésor du roi. Galland obtint des manuscrits des " Mille et une Nuits", dont des parties sont encore conservées à la Bibliothèque nationale de Paris. Il revint avec les manuscrits, où il travailla à les traduire à sa manière.


Galland n'avait pas la rigueur d’un traducteur, mais le talent d’un écrivain. Il a effectué « de larges remaniements » du texte arabe : il raccourcissait ce qu'il considérait ennuyeux, détaillait certaines scènes sexuelles, ajoutait des descriptions, supprimait des poèmes, habillant le manuscrit d'une robe européenne.
La vision des Français, et après eux des Européens, de l'Orient et de ses habitants était imprécise. Les Français considéraient ce manuscrit comme un moyen simple de connaître les peuples de l'Orient et leur monde plein de magie sans la difficulté de s’y rendre.
Les « Mille et Une Nuits » sont arrivées dans une atmosphère complètement différente de son contenu, une époque désirant la romance, aspirant à l’évasion et à l’imagination, absentes dans la littérature européenne de l’époque.

« Soudain révélés à notre monde des trésors d'art narratif qui ne s'apparentent en rien à la mauvaise poésie de cour française ni aux contes magiques naïfs, et la foule s'est enthousiasmée de ces contes. «
— Stefan Zweig (1881-1942), écrivain autrichien

La traduction de Galland connut un succès rapide et se répandit dans toute la France et en Espagne. Il a été réimprimé des dizaines de fois au 18e siècle.
La traduction de Galland est éloignée du texte original, vers une version du livre adaptée aux coutumes françaises de son époque. Les personnages se saluent à la française, et s'exclament "Bon Dieu !", mangent des "tartes à la crème".
Au cours de l'année 1705, une traduction anglaise intitulée "The Arabian Nights " obtint un succès retentissant. Les Britanniques trouvèrent dans les contes des Mille et Une Nuits un trésor qui enflamma leur imagination et leurs sentiments.

 

 

Mile et une nuits 2

 

Milles et une nuit en Angleterre

Richard Burton publia en 1885 sa propre version de l'œuvre, intitulée The Book of the Thousand Nights and a Night, qui se caractérise par l'accent mis sur l'imagerie sexuelle et introduit des accents locaux dans le discours du livre.
La version de Burton est différente de la version de Galland et de la version originale. Burton utilise l'anglais du 14e siècle avec des archaïsmes et des néologismes. La version de Burton est plus érotique que la version de Galland, et agréable à lire.
Le livre raconte l'histoire de Shéhrazade et le roi Schahriyar, roi misogyne et omnipotent, épouse et tue une femme l’une après l'autre pour se venger parce que sa première épouse lui a été infidèle. Il épouse Shéhrazade et pendant leur première nuit, elle lui raconte une histoire qui, à l'aube, ne s'arrête pas. Le roi désireux de savoir comment elle se termine, permet à Shéhrazade de vivre un jour de plus et ainsi de suite.
Les histoires de Shéhrazade sont comme des mirages, un labyrinthe d’un monde séduisant et merveilleux.
Les Mille et Une Nuits ont influencé la littérature européenne et américaine, comme en témoignent des œuvres telles que les Lettres persanes de Montesquieu, Le Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas, La Dame aux camélias d'Alexandre Dumas, Son, Zanoni de Bulwer Lytton et Histoires extraordinaires d'Edgar Allan Poe.

En 1885, le succès de sa traduction du Livre des Mille et Une Nuits couronnera sa carrière d'éditeur et d'écrivain orientaliste, riche d'une cinquantaine d'ouvrages. Cette popularité assurera celle de son Essai final dont la section dédiée à l'homosexualité est considérée comme la première étude de ce genre parue en Angleterre.

 

 

Mile et une nuits sherezade

 

Les Mille et une Nuits : Critique

Dans ses travaux et ses éditions, Richard Burton était un orientaliste. Ses traductions comme celles de Galland ont contribué à éveiller la curiosité de l'Occident pour l'Orient en général, même si ces deux notions manquent de véritable signification. Les lecteurs occidentaux étaient fascinés par ce monde lointain.

Edward Said dans son livre Orientalisme, met en garde contre les préjugés qui construisent un concept de l'Orient dans les nations occidentales ; un tel concept est utilisé pour justifier les politiques coloniales et les politiques de domination.

On peut discuter la valeur académique de ces traductions ou de ces adaptations pour un public européen. Cependant, ces traductions ont permis de populariser ses livres et leurs cultures.

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Désir sexuel

desir sexuel

Le désir sexuel comme pulsion a été défini par d'autres, comme désir sexuel s'exprimant par le goût, la pulsion, l'intérêt, l'appétit et la motivation d'avoir des activités ou relations sexuelles. Cette définition incorpore le désir dans un ensemble psychologique et physique, comme avoir faim ou avoir sommeil.

En intégrant le désir sexuel dans la réponse sexuelle humaine, d'autres ont tenté de définir le désir sexuel comme la phase qui précède l'excitation sexuelle et qui correspond à des représentations imagées et une anticipation d'activité sexuelle, en lien avec une interaction entre le système neuroendocrinien qui produit la libido, les processus émotionnels qui génèrent le désir. C'est une définition large et pluridisciplinaire.

 

 

Table des matières
Désir sexuel : définitions 2
Désir masculin et réponse sexuelle 5
Comprendre la réponse sexuelle 5
La sexualité masculine : réactions et émotions 7
Désir sexuel : différence hommes et femmes 9
Désir féminin, désir masculin : nombreuses différences 9
Développement psycho-social différent entre hommes et femmes 9
Relations entre émotion et désir sexuel 10
Comment comprendre actuellement la différence du désir sexuel ? 11
Liens entre plaisir et désir sexuel 12
Désir, plaisir, libido : quelques différences 12
Désir sexuel humain : évaluation 14
Point de vue philosophique et culturel 16
Point de vue psychologique 16
Point de vue pratique 17
Conclusion : 17
Manque de désir; aversion sexuelle 19
Causes, incidence, facteurs de risque 19
Signes et symptômes 20
Pronostic 20
Complications 20
Prévention 21
Désir sexuel : Baisse du désir sexuel 21
Quand il manque de désir 22
Disparité de désir 24
Stratégies thérapeutiques 24
Evolution 25
Désir sexuel pendant les règles 26
Réveillez le désir dans votre couple 28
Maintenir le désir dans votre couple 28
La première stratégie : sexualité d’entretien 29
La deuxième stratégie : sexualité spontanée 29
La troisième stratégie : sexualité de redécouverte 30
La quatrième stratégie : la sexualité de nouveauté 30
Désir sexuel et grossesse 32
Activité sexuelle pendant la grossesse 32
Activité sexuelle après l’accouchement 33
Désir des hommes et la grossesse 33
Grossesse et craintes sexuelles 35
Difficultés sexuelles pendant la grossesse 36
Grossesse et Satisfaction sexuelle 37
Satisfaction sexuelle après l’accouchement 37
Grossesse et activité coïtale 38
Grossesse et activité non coïtale 39
Activité non coïtale après l’accouchement : 40
Références : 41

 

Nombre de pages: 44
Année: 2022
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Zones érogènes, zones érotisantes : ce que dit la science

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Attirance sexuelle et relation

attirance

 

L’amour romantique triomphe de tout, voilà une idée dans l’air du temps qui doit son attrait au fait qu’elle représente une situation jugée merveilleuse et idéale. Quand l’amour fait irruption dans la vie des gens, et ils peuvent se sentir inspirés par des amours célèbres ou mythologiques, peuvent se sentir emportés par une passion incontrôlable et débordante.

Mais quand il s’agit de choisir un partenaire pour la vie, le choix s’opère sur une base plus terre-à-terre, matérielle, pratique, et parfois obscure.
Ce qui nous attire varie selon les besoins et selon notre propre culture. Il peut s’agir d’un parfum, d’un tissu, d’un vêtement, d’un organe, ou d’une association de nombreuses attirances ayant acquis une signification érotique.

L’attirance sexuelle, émotionnelle ainsi que le sentiment amoureux sont des états cérébraux, mentaux et physiques. L’apprentissage avec l’idée de l’amour commence tôt, les enfants de cinq à huit ans ont déjà créé les caractéristiques qu’ils vont chercher plus tard chez le partenaire amoureux.

Parfois l’attirance fait des détours invraisemblables ; un homme peut se sentir attiré par une femme parce qu’elle a un parfum qu’il associe un souvenir érotique d’une autre femme.

On dit qu’il existe des règles générales de l’attirance sexuelle.
De nombreuses études ont tenté d’analyser l’attirance physique. Les conclusions suggèrent que les cheveux de la femme constituent un stimulant sexuel majeur par exemple. Cela explique pourquoi les cheveux des femmes sont dissimulés dans certaines cultures, et dans certaines pratiques religieuses. Selon ces études, cet aspect a perdu de son importance à cause de la mode des cheveux courts.

 

 

Table des matières
Attirance sexuelle : généralités 2
Attirance sexuelle en général 2
Attirance sexuelle : association complexe 4
Attirance sexuelle : nombreux facteurs 4
Chimie de l’attirance sexuelle 6
Attirance sexuelle : sa chimie 6
Attirance sexuelle et beauté physique 8
Attirance sexuelle et beauté 8
L'attirance sexuelle et l'aspect physique 8
Beauté physique et personnalité 9
Attirance sexuelle et couple 10
Le couple et l'attirance sexuelle 10
* Le premier défi 10
* Le deuxième défi 10
* La troisième priorité 10
* La quatrième tâche 10
* Le cinquième défi 11
* La sixième mission 11
* La septième mission 11
Attirance et proximité : la voisine qui attire 12
Importance de la proximité 12
L'exposition répétée 13
L'exposition répétée semble avoir plusieurs fonctions : 13
Après combien d'expositions, la personne devient à proximité ? 13
La proximité à notre époque 14
Un phénomène nouveau 14
La distance géographique augmente ou diminue l'attirance ? 15
La proximité : parfois problématique 15
Phéromones et l’attirance sexuelle 16
Phéromones et attirance 16
La proximité 18
Connaissance et familiarité 18
Attirance physique 18
Attirance sociale 18
Similitude 19
Les confidences 19
Attachement 19
Amour impossible, absence d’attirance ? 21
Pas d'amour, pas d'attirance 21
Attirance, et premiers conflits de couple 23
Couples et conflits 23
Facteur de disputes au début de la relation 23
Les premières disputes et l'évolution de la relation 24

Nombre de pages: 25
Année: 2022
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Notre communication de chaque jour

kuhn citation paradigm

 

La communication est la transmission par les moyens disponibles (verbaux ou non verbaux) d’un ou de plusieurs messages dans des buts variés.

 

 

La communication

Nous communiquons dès de la naissance. Le cri d’un bébé informe sur son état ou sur ses besoins : il a faim, il a mal ou il est tout simplement de mauvaise humeur.
Durant nos vies, nous consacrerons une quantité considérable de notre temps à communiquer, pour assurer nos besoins et nos réussites, pour séduire, pour convaincre, pour travailler, pour réussir, et pour se faire aimer. La communication humaine englobe un ensemble de moyens et de comportements pour accomplir ces buts au sein de groupe, au sein de la famille, et dans la société.
Les buts primaires de la communication humaine sont indispensables pour la survie humaine dans le groupe : exprimer l’affiliation et l’appartenance à un groupe, et influencer les autres.

 

La communication chez les enfants : modèle rudimentaire


Chez les enfants, le modèle de communication est rudimentaire et efficace. Nous utilisons ce modèle pendant toute notre vie, ajoutant des variations pour rendre ce modèle plus sophistiqué.
Le modèle de communication enfantine repose sur la communication non verbale, pendant quelques années, puis s’enrichit progressivement par la communication verbale. Les gestes deviennent chez l’enfant un moyen de communication non verbale essentielle, il utilise son corps, ses doigts, sa tête, et ses expressions faciales pour communiquer ses besoins et ses émotions. Les enfants en bas âge développent un comportement adaptatif selon les personnes en face, l’enfant communique plus avec sa mère qu’avec les autres, communique différemment avec sa mère, qu’avec les autres membres de sa famille.

Le modèle de communication enfantine se caractérise aussi par l’absence de frontière, c’est une communication tous azimuts, au-delà des conventions sociales qui régissent le comportement des adultes.

Le modèle de communication enfantine est rudimentaire exprime les émotions avec le corps, par un gestuel riche. Cette communication devient plus austère chez les adultes, qui évitent l’utilisation du corps dans la communication pour éviter la confusion entre communication et excitation.

Le modèle de communication enfantine utilise généreusement les expressions faciales pour exprimer les émotions.
La communication enfantine s’enrichit progressivement grâce aux fonctions cognitives (fonction de réflexion et de décision) et par l’apprentissage de la communication orale. Cependant ce modèle de communication enfantine est le premier modèle que nous apprenons pour transmettre nos besoins et nos messages.

 

Une communication efficace


- Parler signifie une communication efficace ? La réponse est non. La parole est un moyen parmi d’autres pour transmettre les informations et les messages. La communication par la parole n’est pas une garantie d’une efficacité. Qui d’entre nous ne se souvient pas d’un professeur ennuyeux, incapable, désorganisé, qui finissait toujours par endormir la moitié des élèves ? Pour communiquer efficacement, nous devons avoir des idées claires à communiquer, en utilisant les autres moyens comme le silence, l’écoute, et d’autres moyens que les mots.

- Les mouvements du corps, appelés parfois langage du corps sont-ils un vrai langage ? assurent-ils une vraie communication ? La communication non verbale est importante, utile pour la transmission des idées et des messages. Par contre s’il existe un lien réel entre le mouvement du corps et la communication, ces mouvements ne sont pas un langage, car ils varient d’une culture à une autre, d’une personne à une autre, et peuvent être interprétés différemment. Ainsi le terme langage du corps est imprécis et abusif.
- Le contrôle est-il nécessaire pour mieux communiquer ?

Garder son sang-froid, avoir une économie de gestes de parole peut aider à mieux communiquer, sans garantir le résultat. L’essentiel dans la communication réside dans le message, et pas seulement dans les moyens de transmission.

- Les gens qui communiquent bien ont un talent de communication ? C’est une idée fausse. À la naissance, nous avons le même modèle de communication rudimentaire, celui que nous avons utilisé quand nous étions enfants en bas âge. Les gens qui communiquent bien ont appris à communiquer, parfois dans leur milieu familial, mais ils ont amélioré leurs modèles de communication à travers leur apprentissage et expérience.

- Maîtriser la parole est plus utile en communication que la recherche de l’écoute ? C’est encore une fausse idée. Si un arbre tombe dans les bois ? Personne n’est là pour l’entendre, il fait du bruit ? La parole est un moyen important dans la communication à condition d’être reçu. L’écoute fait partie de la communication. Pour bien communiquer, il ne suffit pas de parler, il ne suffit pas de chercher l’écoute, il est important de se souvenir que la communication est un chemin bidirectionnel, c’est parler, écouter, et d’être écouté.

 

Communication humaine : ses buts

La communication humaine est une fonction de survie, indispensable dans les relations de société, et dans les relations interpersonnelles. La communication humaine n’est pas gratuite, elle vise globalement les mêmes objectifs.

 

 

- Exprimer l’appartenance, exprimer les émotions

Pour appartenir à un couple, à un groupe, chaque humain est invité à exprimer, à sa façon, ses émotions d’appartenance. Exprimer son amour à son conjoint, comme exprimer son respect, ou alternativement son mépris ou sa haine. Ce continuum entre un amour et haine est le fondement des relations humaines. (Wiemann, 2009).

L’appartenance est indispensable pour la vie humaine, car chaque personne souhaite être aimée, désirée, et respectée. L’appartenance à un groupe, une famille, ou à un couple est un besoin pour avoir la protection, le soutien, et une bonne qualité de vie. Cette appartenance devrait être exprimée par la communication de sentiments, et de ses émotions à travers une communication verbale du genre : je vous aime, ou non verbale du genre embrassades, baisers ou étreintes. La communication vise à renforcer le lien d’appartenance, et à consolider les liens interpersonnels.

 

 

- Atteindre certains buts

La communication vise à atteindre certains buts sur le plan personnel pour séduire son partenaire, convaincre l’autre de s’engager dans une relation amoureuse, ou dans une relation de couple, ou sur le plan professionnel comme : obtenir un travail, convaincre les autres de ses projets pour avoir un avancement, ou pour améliorer sa situation professionnelle.
L’accomplissement de certains buts est une fonction importante de la communication humaine. Ces buts peuvent changer selon le projet de vie, les responsabilités et les besoins. La communication pour atteindre un but n’est pas toujours positive, elle peut englober une variété de techniques de simple séduction, à la ruse, au mensonge, ou à l’intimidation.

 

 

- Influencer les autres

Une des fonctions les plus importantes de la communication est la capacité d’influencer les gens. Pratiquement chaque communication influence, d’une manière ou d’une autre, le comportement des autres, et leurs réactions. Tenter d’influencer les autres est indispensable dans la vie personnelle pour expliquer ses motivations, essayer d’adapter les décisions des autres, indispensable dans la vie publique pour les mêmes raisons. Sur le plan collectif, la communication politique est le meilleur exemple de l’utilisation de la communication pour influencer les autres, séduire, les convaincre de prendre une décision.

 

 

 - Distinguer la communication des émotions

Pour bien communiquer, il faut avoir un contenu valable à communiquer, une stratégie adaptée à cette communication.
Il est important de distinguer le fait de convaincre ou d’influencer les autres des émotions, la communication est différente de l’affection par exemple dans le contenu, dans le but recherché. La communication demeure une action unilatérale, alors que l’affection est une émotion à double sens.

La communication interpersonnelle, comme la séduction par exemple, peut favoriser l’affection et l’intimité, peut consolider les liens dans un couple ou dans une communauté, mais ne peut créer un lien, une affection ou une intimité en raison de différence de contenu, de stratégie, et d’implication personnelle.

autobiographie

Communication : améliorer Nos capacités

Nous utilisons la communication pour transmettre un message par voie orale aux gens qui nous entourent, dans notre environnement familier, professionnel ou social. Nous utilisons également la communication écrite dans nos lettres, nos mails et nos comptes-rendus.

 

 

Mieux communiquer

On peut avoir des difficultés à l’expression orale en cas de timidité ou de phobie sociale, on peut avoir des difficultés à comprendre les messages des autres par ex au téléphone, ou encore il est possible de rencontrer certaines difficultés dans l’expression écrite par manque d’instruction ou d’apprentissage.

 

 

La communication est un apprentissage

La commutation rudimentaire est innée, pour transmettre les émotions, comme la peur ou la joie, mais la communication interpersonnelle est un apprentissage en fonction du contexte social et culturel. Dans ce sens, il est toujours possible d’améliorer nos capacités de communication en vérifiant si les personnes reçoivent bien nos messages, s’ils demandent des clarifications. En général, nous pouvons parfaire notre communication quand les autres interprètent mal nos messages.

 

Dans une communication : l’idée n’est pas la personne

Le rejet d’une idée ou d’une proposition n’est pas le rejet de la personne. Si vous êtes vulnérables au rejet de vos idées, vous avez à parfaire votre communication, car le but essentiel de la communication est d’exprimer ses idées, et d’influencer les autres. Si vous n’acceptez pas le rejet de vos idées, vous êtes probablement une personne autoritaire qui mélange les idées avec les personnes. Le rejet d’une idée est un droit sur le plan personnel comme sur le plan professionnel, exprime une perception et une évaluation, et non pas un jugement.

En cas de refus d’une idée, une communication efficace devrait se baser sur une clarification de cette idée, sur la recherche d’un consensus, ou d’une idée intermédiaire, en évitant de personnifier le rejet.

En cas de refus, il est important d’accepter ce droit. Mais il est important d’avoir une idée alternative en cas de rejet. Il ne suffit pas de dire non pour établir une communication, il faut savoir aussi dire oui, ou proposer d’autres pistes et d’autres idées.

 

 

Comment établir une conversation efficace ?

Ce n’est pas une tâche facile pour n’importe qui d’établir une conversation efficace avec les personnes non familières, ou avec des personnes hiérarchiquement mieux placées. Une conversation efficace est un apprentissage qui peut être compliqué par une personnalité introvertie, avec manque de confiance en soi, timidité, ou phobie sociale.

— Dans une conversation efficace, soyez plus intéressé qu’intéressant. Savoir écouter améliore notre capacité à communiquer.

— Savoir attirer l’attention de l’autre en écoutant, en discutant ses points de vue, est largement plus efficace que la tentation facile d’imposer votre point de vue.


— N’oubliez pas, les gens aiment parler de leur point de vue, de leur vie, de leur expérience. Inutile de mépriser l’influence du vécu, des expériences personnelles, et des opinions de chacun.


— Pour mener une conversation efficace, vous devez intéresser l’autre, en adoptant une attitude civilisée, courtoise, bienveillante, en choisissant les sujets et les approches les plus adaptées à votre interlocuteur.

— Essayer d’organiser vos points de vue d’une façon simple, en préparant les plans de votre conversation. Avec le temps et l’apprentissage, cette préparation devient presque automatique, chacune de vos conversations sera guidée par un plan raisonnable et simple.

— Soyez toujours patient, soyez toujours un bon auditeur. Pour converser, écouter les points de vue des autres, modérez-les progressivement, en alternant l’écoute et la parole.

— Ne sous-estimez pas la difficulté de mener une communication verbale efficace. Cherchez à parfaire votre capacité à communiquer, en améliorant votre capacité d’écoute, de transmission, et d’expression. La confiance en soi est indispensable pour une bonne conversation, pour une bonne transmission, pour une bonne communication orale. L’apprentissage améliore également votre confiance en vous, cependant, il est toujours important d’éviter les positions autoritaires qui refusent les idées des autres, qui dénigrent les arguments des autres.

autobiographie

Communication : l’assurance orale

La communication verbale est fondée sur deux composantes : les mots que nous utilisons, et le port de la voix. Ces deux composantes exercent une influence profonde, parfois inconsciente, sur celui qui reçoit, qui nous écoute.

 

 

Communication verbale

Une respiration calme, normale, non saccadée, un relâchement de la mâchoire et des muscles faciaux contribuent à la stabilité de la voix, et a améliorer votre capacité à exprimer votre assurance à travers votre communication orale.

 

 

Mieux communiquer

Ne pas parler trop vite pour éviter les malentendus, ne pas avoir une voix aiguë pour éviter d’irriter, voilà une recette simple pour exprimer une assurance dans la communication orale. Élever la voix sous l’effet de la colère, interrompre ses interlocuteurs, utiliser la menace est signe d’agressivité et ou de manque de sang-froid. Essayez d’éviter de perdre votre sang-froid pendant une communication orale, car cela dénote un manque de confiance en soi.

Si vous êtes timide, prenez de l’assurance en saluant, en s’engageant quotidiennement dans des conversations, et dans des discussions avec les gens qui ne vous sont pas familiers ou intimes, cela vous permettra d’avoir de l’assurance par l’apprentissage.
Essayez de vous habituer à faire des compliments, et aussi à les accepter poliment quand vous en êtes l’objet. N’ayez pas peur de dire « je », au contraire ayez confiance en vous en exprimant votre propre avis même si on ne vous le demande pas. En même temps, n’insistez pas trop sur le côté personnel exclusif dans votre communication orale. Évitez de donner un avis personnel quand il s’agit d’un problème scientifique, ou logique, ou quand il s’agit d’une question d’expertise.

Si certains ne sont pas d’accord avec ce que vous dites, ne le prenez pas pour un rejet personnel. Il s’agit d’une différence de point de vue, et non pas une différence entre deux personnes.

Il est préférable de demander des informations supplémentaires plutôt que d’avoir un avis tranché sur un sujet polémique, ou sur un sujet complexe. En demandant des informations, vous montrerez ainsi que vous le souhaitez ou que vous avez besoin d’être informé pour mieux juger. Si vous le demandez calmement, cela ne sera pas ressenti comme une menace ni même comme un défi.

Vous pouvez demander en utilisant des formules neutres du genre « pourriez-vous détailler ce point de vue ? », ou « qu’est-ce qui vous fait dire cela ? ». L’interrogation détaillée est une formule polie dans la langue française, largement plus courtoise que le simple « pourquoi » qui peut apparaître parfois lapidaire ou menaçante.

En cas de désaccord, dites que vous n’êtes pas d’accord avec calme et fermeté, en évitant de personnifier le désaccord. Encore une fois, c’est une divergence de point de vue, ce n’est pas un duel entre deux personnes.

Quand vous exprimez votre point de vue, ne soyez ni arbitraire ni hésitant. Essayez d’exprimer spontanément et directement vos sentiments quand il s’agit d’un événement, n’attendez pas des jours ou des semaines pour exprimer ce que vous ressentez.
Prenez conscience de vos maniérismes verbaux, de vos habitudes inconscientes, des formules que vous utilisez dans votre langage, évitez les formules vides de sens, qui n’ajoutent rien à la conversation comme « quoi », « vous comprenez », ou « voyez-vous ».

Pour exprimer l’assurance dans votre communication verbale, essayez d’être positif.


Vous pouvez remplacer la phrase négative « je pense que vous voulez aller au cinéma avec moi ce soir » par une phrase plus positive du genre « je vais au cinéma ce soir, ce serait gentil de m’accompagner ». Vous pouvez noter la différence entre les deux phrases : la première est une phrase négative dévalorisante, la deuxième phrase est positive, riche en assurance.

Vous pouvez également être plus précis quand vous parlez, par ex la phrase « je m’ennuie » peut être facilement remplacée par un terme plus précis en ajoutant le complément « je m’ennuie quand vous répétez sans cesse la même chose », ou « je m’ennuie quand je n’ai pas un livre intéressant à lire ».

 

 

Communication paralinguistique

Il s’agit d’étudier les moyens utilisés dans la communication verbale, l’étude de la voix, le ton, comment les mots sont dits, comment les mots sont choisis. L’apprentissage de la communication par linguistique commence dès l’enfance, où l’on apprend de ne pas crier pendant une discussion, de ne pas choisir les mots blessants, de bien savoir écouter.

 

 

Communication : au-delà des mots

Dans la communication para linguistique, on pratique une communication non verbale pour habiller votre communication verbale, pour l’accompagner et la présenter. Un message, c’est un contenu, une idée exprimée par des mots choisis, dans un style choisi, dit avec une voix, d’un ton, d’un débit et d’une intensité qui varient, et qui peuvent influencer l’efficacité de la communication.


Les facteurs déterminant la communication para linguistique
— la qualité : la voix est une identité comme une autre, qui influence notre capacité à communiquer. Une petite voix, une voix féminine, une voix timide, une voix nasale, une voix aiguë ; ces combinaisons modifient la qualité de la communication.


— l’intensité : il s’agit de savoir comment appuyer certains mots, et comment alléger d’autres, à la façon des acteurs. La même phrase peut avoir une signification différente selon l’intensité qui accompagne sa prononciation.


— le silence : c’est un choix important dans la communication par linguistique, qui permet d’offrir le temps de réfléchir, d’éviter la communication, de ralentir la communication, de créer une distance personnelle. Le silence dans la communication devrait être manié avec prudence, le trop de silence peut provoquer une inquiétude, peut être méprisant, un peu de silence bien placé permet une discussion moins saccadée, plus distante.


— le débit : le nombre des mots prononcés par minute varie selon l’héritage culturel, les hommes parlent plus rapidement que les femmes, les gens émus prononcent plus de mots par minute que les gens sans émotion. Pendant une communication par linguistique, chercher un débit modéré, pour donner l’impression de calme et de l’assurance. Un débit modéré permet également de bien structurer se s idées, de bien choisir ses mots.


— volume ou ton : pendant la communication par linguistique, le volume de la voix joue un rôle dans la transmission. La confiance s’accompagne d’un volume plus prononcé.


— lancement : c’est un point important, rarement pris en considération. Le lancement c’est le début de communication, influencé par le débit de la parole, le ton et l’intensité. En général, un lancement calme, apaisé est associé à une certaine crédibilité, un lancement saccadé ou perturbé reflète un manque de crédibilité.


— inflexion : il s’agit d’une variation dans le lancement des phrases, et pour préparer la fin des phrases. En règle générale, trop d’inflexion est synonyme d’un discours enfantin, qui manque de crédibilité. L’absence d’inflexion rend le discours monotone et soporifique.

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Communication dans les milieux professionnels

Quels que soit votre métier, votre situation personnelle ou professionnelle, la communication est un élément essentiel. Si vous êtes timide, si vous manquez de confiance en vous, si vous êtes incapable de vous affirmer, vous serez frustré quand il sera nécessaire de transmettre aux autres vos émotions, et vos besoins.

Si vous vous montrez trop agressif, trop extrémiste, vous serez ignoré. Dans les deux cas, vous risquez d’avoir un ressentiment, une frustration.


1— Si vous avez un problème dans votre équipe par exemple, adoptez une ligne de conduite, notez les points essentiels que vous désirez soulever dans votre communication. Si vous n’êtes pas à l’aise avec votre supérieur par exemple, et vous devez organiser une réunion, essayez de gagner la confiance d’autres personnes que votre supérieur, pour pouvoir organiser cette réunion. Autrement dit, si vous avez une difficulté à communiquer avec une personne, ne vous effacez pas, tenter de communiquer avec d’autres.


2— Dans une discussion, ne prenez jamais l’offensive. Cela ne mène à rien. Vous êtes là pour parler, non pas pour batailler. Une attitude détendue, souriante, non agressive empêche la discussion de tourner à la confrontation. C’est la deuxième règle : la communication est le contraire de la confrontation.


3— Évitez d’interrompre votre interlocuteur, de terminer les phrases avant lui. Laissez-le terminer, lui parler en l’empêchant à votre tour, de vous interrompre. C’est la troisième règle d’une communication efficace : écouter avant de communiquer.


4— Évitez d’élever la voix, d’adopter des gestes menaçants ou méprisants. La communication est une transmission de messages dont le but est de convaincre, et non pas de vaincre.


5— Essayez de ne pas mélanger raisonnement et émotion, ainsi votre point de vue aura une meilleure chance d’être pris en considération, c’est une règle de communication efficace : la logique avant les émotions.


La structure hiérarchique est faite pour créer des barrières. Au sommet de la pyramide se trouve un patron qui prend toutes les décisions, qui porte également toutes les responsabilités de ces décisions. La structure professionnelle n’est pas un État démocratique, c’est une structure qui cherche l’efficacité économique.

La communication ne peut être libre dans les entreprises, cela ressemble à l’absence de communication libre dans les structures militaires. Dans ces structures, la communication est canalisée selon des règles bien précises, une communication hiérarchisée, limitée, et surtout utilitaire. Cependant, un employeur qui se préoccupe de son personnel, peut développer l’esprit d’équipe, peut améliorer la productivité de son entreprise. Une unité militaire qui comprend mieux ses missions à travers une communication plus libre peut être une unité plus efficace.

Dans ces structures où la communication n’est pas libre, si un conflit surgit, il faut chercher les réponses selon les règlements internes. En d’autres termes, la communication limitée n’est pas manque de liberté, c’est un choix d’organisation. Dans ce cas, la communication disponible devrait être mieux utilisée en raison de sa rareté.

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Communication des hommes, communication des femmes


C’est le cas également quand il s’agit de différence de communication entre les hommes et les femmes. Les stéréotypes nous font attendre que les hommes soient sans émotion dans leurs communications, neutres et froids, et que les femmes soient douces et souriantes.


Le syndrome de communication sans émotion ou le syndrome du visage souriant sont de préjugés, fondés sur une réalité simple : les expressions faciales varient réellement entre les hommes et les femmes, cela peut rendre la communication non verbale compliquée entre ces deux sexes.

Dans certains cas, quand la femme ne peut interpréter les expressions faciales de son homme, elle doute de sa sincérité, peut devenir nerveuse et troublée. Parfois, les femmes provoquent (communication agressive) un homme pour produire d’une réaction interprétable, pour sortir l’homme de son modèle de communication.

L’homme peut interpréter cette communication féminine comme émotionnelle, excessive, et donc sans réelle crédibilité. Dans ce cas, la discussion devient stérile, la communication est inutile, qui laissera place à la colère, ou à la différence.

Il existe réellement un modèle d’expression non verbale féminin, et un modèle d’expression non verbale masculin. La bonne communication exige l’utilisation de la communication verbale, et non pas l’interprétation des expressions faciales. Il est utile de penser qu’un homme est indifférent quand il pratique une communication non verbale neutre. Pour aller au-delà de ce masque de pierre, il suffit d’utiliser la communication verbale directe et éviter les interprétations.


La neutralité masculine dans la communication non verbale semble exister dans de nombreuses cultures, et à travers les âges. On peut penser qu’il s’agit d’un comportement lié à l’identité masculine, ou au rôle masculin. Les hommes apprennent dès leur enfance avoir une communication non verbale maîtrisée, dissimulant leurs émotions, dissimulant également leur peur ou leurs craintes. En dépit d’importantes modifications de la condition féminine en Occident et dans le monde, le comportement masculin, et le rôle masculin dans la société ont peu changé.


De nombreuses femmes, surtout les courants féministes expriment leur désir d’un changement réel du rôle masculin dans le couple et dans les relations, souhaitant ainsi que les hommes communiquent mieux, ou communiquent plus.


La neutralité masculine dans la communication non verbale est jugée négativement par de nombreuses femmes, qui utilisent leur expression faciale comme une communication non verbale fréquente. Le visage impassible d’un homme ne fait pas plaisir à la femme en face, qui interprète cette impassibilité comme absence d’émotions. C’est une interprétation fausse de la communication masculine non verbale. Les hommes ont appris, et continuent à apprendre d’éviter l’exposition de leurs émotions dans leurs communications non verbales. Ils expriment leurs émotions verbalement.

Une bonne communication entre un homme et une femme passe par une conversation, par une communication verbale précise, à double sens, accompagnée d’écoute bienveillante. Un homme peut exprimer ses émotions en répondant à des questions convenables, posées avec courtoisie et élégance, quand les réponses sont reçues avec intérêt. Chez certains hommes, l’expression verbale des émotions, sincère et réelle, et rarement reflétée sur le visage, ou sur les expressions faciales.

Le langage du corps est peu efficace dans une communication réelle, ce sont des réactions comportementales qui varient selon la culture et l’éducation. Toute lecture du langage du corps est une interprétation personnelle. Les expressions faciales sont des signes réels de communication. L’expression faciale de la peur par exemple est identique dans toutes les cultures, de même que l’expression faciale de la joie. Cependant, les hommes utilisent rarement l’expression faciale pour exprimer leurs émotions. Il suffit de leur offrir l’occasion d’une communication verbale précise pour comprendre leurs attentes, et sonder leurs émotions.

D’autre part, l’expression faciale chez les hommes et chez les femmes ne peut transmettre des émotions complexes, comme la jalousie, ou la déception, fruits de l’association de plusieurs émotions.

 

 

Communication : résoudre les conflits

La communication est la transmission d’un message dans un but précis comme démontrer ses émotions ou ses sentiments, influencer les autres ou atteindre certains buts.

La communication est le moyen idéal pour résoudre les conflits d’une façon pacifique, civilisée et sans conséquence grave. Cependant, l’utilisation de la communication pour résoudre un conflit suit certaines règles.

N’oubliez pas pour désamorcer un conflit ou pour résoudre un problème, la communication devrait être bidirectionnelle, associant l’argument à l’écoute active et bienveillante, en évitant de mettre les émotions au sein du conflit, les émotions affectent la capacité de communiquer et d’écouter.

 

 

Éviter les jugements absolus

Dans une communication, l’utilisation des termes comme « vous », « toujours », « chaque fois » ou des termes semblables, peut créer un obstacle majeur rendant la communication caduque.

Cela ne veut pas dire que vous n’avez pas raison dans votre argument, cela veut dire que généraliser la situation, rendre le jugement absolu, cela ne peut qu’augmenter la tension, sans résoudre le problème.

La communication exige toujours deux conditions : avoir un bon argument à communiquer, et réussir à être écouté. Mais si vous généralisez, vous ne serez pas écouté.

 

 

Utiliser le « je » à la place de « vous »

C’est une erreur fréquente dans les communications interpersonnelles. Si vous dites : « vous ne savez pas de quoi vous parlez ». Votre message ne transmet pas une communication, mais un jugement absolu. Dans ce cas, vous rendez votre communication caduque. À la place de cette phrase accusatrice et sans argument, vous pouvez dire « je n’arrive pas à comprendre ce que vous voulez dire ». Cette dernière phrase ouvre un chemin supplémentaire à votre interlocuteur pour s’expliquer, et pour vous, vous permettre d’écouter la suite. Cette phrase est également sans accusation.

L’utilisation de « je » devrais être évitée dans la communication. Si vous avez un adolescent par exemple, vous lui dites : « j’ai peur quand tu rentres tard à la maison », vous transmettez un message personnel, alarmant, anxieux qui montre votre peur. Si vous dites : « c’est mieux pour nous tous si tu rentres un peu plus tôt à la maison, » vous transmettez un message courtois, sans jugement et sans anxiété.

L’utilisation du pronom « je » est agressive dans la communication interpersonnelle, utilisation qui attaque votre interlocuteur sans lui laisser une occasion de s’expliquer.

 

 

Éviter d’associer communication et émotions

Ce n’est pas toujours facile d’éviter d’associer les émotions ou de les exprimer dans un conflit verbal. Le but de la communication est de transformer le conflit verbal en discussion, car les conflits verbaux sont contre-productifs, s’agissant d’un conflit verbal personnel ou professionnel.
Au lieu de laisser les émotions moduler vos expressions et votre communication, la question essentielle est : comment pouvez-vous aider à résoudre ce problème, comment transformer le conflit en discussion pour aboutir à une solution. Cela passe par un recul nécessaire, par éviter les expressions imprégnées d’émotion, et par l’écoute active et bienveillante.

 

 

Critiquer le jugement, le comportement, et jamais la personne 

Dans un conflit, il y a plusieurs points de vue, autour d’un jugement ou d’un comportement. La communication devrait éviter les jugements, pour éviter les réponses défensives. Vous pouvez critiquer le jugement de la personne, ou son comportement, en évitant soigneusement de personnifier les critiques. Il s’agit d’un conflit autour d’un sujet, celui-ci ne devrait pas se transformer en conflit personnel. Les attaques personnelles peuvent rendre la communication caduque, et engendrer des réponses agressives nuisibles à l’amour-propre de chacun, et compliquer la recherche d’une solution.

 

 

Comprendre que chaque personne est précieuse

Dans un conflit verbal, vous ne pouvez pas pratiquer une écoute active et bienveillante, vous ne pouvez pas transformer le conflit en discussion si vous considérez la personne en face de vous comme inférieure ou indigne de la discussion.

En respectant l’opinion de l’autre, en préservant sa valeur personnelle, vous pouvez comprendre les motivations, et obliger la personne en face à vous respecter, à respecter votre opinion, et à chercher la meilleure solution.

 

Réf
* Dan o'haIr, Real Communication, An Int roduction, 2012, 2009 by Bedford/St. Martin’s, 2012
* Wiemann, M. O. (2009). Love you/hate you: Negotiating intimate relationships. Barcelona, Spain: Editorial Aresta.

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Relire Dostoïevski et Tolstoï pendant la guerre d'Ukraine ?

dostoivsky marioupol

 

L'armée russe mène une guerre atroce en Ukraine, massacre de civils à Bucha, dévaste les campagnes et rase les villes. Le débat sur ce qu'il fallait faire de la littérature russe a émergé comme le débat sur la culture germanique pendant la Deuxième Guerre mondiale.

La décision prise par l'Université Bicocca de Milan en annonçant le retrait des livres de Dostoïevski de ses programmes dans le cadre d'un ensemble de sanctions prises par l'Occident cherche à isoler la Russie après l’invasion de l'Ukraine.
De nombreuses critiques ont été adressées vis-à-vis de cette décision de par le monde et en Italie même, après que plusieurs hommes politiques italiens se soient affrontés pour condamner cet acte, critiques menées par Matteo Renzi, ancien Premier ministre, qui considère que « Le roman des frères Karamazov est l'un des joyaux de la littérature. »

En raison de cette vague de critiques, l'Université italienne est revenue sur sa décision, après avoir soulevé de nombreuses questions :
Dostoïevski mérite-t-il l’oubli ?
L’éminent écrivain russe aurait-il soutenu la guerre ?

Après la Seconde Guerre mondiale, le critique allemand Theodore Adorno a décrit les atrocités perpétrées pendant la guerre comme un coup dur porté à la culture allemande et à la philosophie occidentale.


En suivant l’orientation morale d'Adorno, nous pouvons nous demander si la violence aveugle des forces russes peut affecter l'opinion des lecteurs sur les grands écrivains russes, si le bombardement brutal de Marioupol, de Bucha, de Kharkiv et Mykolaïv peut laisser une place à la culture russe dans l’esprit occidental.
Peut-on croire à l’humanisme ou à la noblesse de la culture russe en regardant les détails de cette guerre ?

 

 

Dostoïevski : messianique et humaniste à la fois

Lorsque Dostoïevski apprit que l'écrivain russe Tourgueniev avait détourné le regard à la dernière minute alors qu'il assistait à l'exécution d'un homme, il expliqua :
« L'être humain qui vit à la surface de la Terre, n'a pas le droit de fermer les yeux et d'ignorer ce qui se passe sur terre, il y a des impératifs moraux plus élevés pour cela. »

En 1875, plusieurs révoltes chrétiennes orthodoxes contre la domination turque ont éclaté en Herzégovine (Bosnie), en Serbie, au Monténégro et en Bulgarie. Les Russes soutenaient les Serbes dans leur lutte contre les Turcs ; les corps de volontaires russes ont afflué dans les Balkans pour contribuer aux combats. Une bataille de presse féroce a eu lieu dans les journaux pour savoir s'il fallait affronter les Turcs dans les Balkans.

 


Contrairement à Tolstoï, Dostoïevski a fortement soutenu la guerre pour plusieurs raisons révélées dans ses écrits : son désir de mettre fin aux atrocités, que selon lui les chrétiens subissent, son rêve de la conquête de Constantinople par la Russie et du retour en tant que centre mondial du christianisme orthodoxe.


Le soutien de Dostoïevski à cette guerre est cohérent avec ses convictions que le christianisme est une « nécessité politique par laquelle les politiciens peuvent réformer le monde et le débarrasser du chaos » qui a gagné le cœur des Russes.

 

Dans son Journal d'un écrivain, Dostoïevski considérait la guerre comme le moyen le plus efficace d'unir les classes sociales fracturées en Russie et de faire un monde meilleur pour les "faibles et opprimés".


L'État russe a validé la vision de Dostoïevski et a déclaré la guerre à l'Empire ottoman, et Moscou a orchestré une série d'attaques contre les musulmans et les juifs dans le Caucase, et à diaboliser les musulmans de Bosnie-Herzégovine.


La Serbie et la Bosnie-Herzégovine ont obtenu leur autonomie et les restrictions imposées aux chrétiens ont été assouplies, mais à la fin, l'impact de cette guerre a été horrible sur les deux empires et les a poussés au bord du gouffre.


Alexandre Soljenitsyne soutient que la guerre de 1877 a ébranlé la force militaire et financière de la Russie et a sapé le moral du peuple. Ces détériorations ont été le début de la propagation de l'esprit de mécontentement dans l'empire russe du Tzar marquant le déclenchement de la révolution bolchevique de 1917.

 

 

Poutine et Dostoïevski


Comme Dostoïevski, St Petersburg a transformé Poutine en homme politique. Il a commencé son parcours politique par un petit poste à la mairie puis adjoint au maire en 1994.
Andrew Kaufman, expert de la littérature russe, dit que la question qui préoccupe Poutine ces jours-ci, et qui pourrait être la principale cause de la crise ukrainienne, est la même question répétée à plusieurs reprises dans la littérature russe du XIXe siècle.


Tolstoï et Dostoïevski avaient deux approches différentes ; Tolstoï aimait le peuple russe, mais il n'était pas un nationaliste qui croyait à la nécessité de la supériorité de la race russe sur les autres, il préservait l'humanité des personnages présentés dans ses romans, qu'ils soient russes, turcs ou occidentaux.


Dostoïevski au contraire, était méfiant, voire hostile à l’Occident, le considérant « sans âme, et un modèle à combattre à tout prix.» En même temps, en dépit de sa lucidité, il rêvait d'un nouvel empire chrétien d'Orient dont le noyau principal serait une Russie ressuscitée pour combattre l'Occident corrompu et mauvais.


Poutine a choisi de suivre la voie de Dostoïevski, pas celle de Tolstoï.
Le président russe adhère aux mêmes idées qui considèrent que la Russie est un pays choisi par Dieu pour s'opposer aux intentions corrompues de l'Occident et ne semble pas prendre en compte les autres idées de Dostoïevski sur la justice, la punition, et les impératifs moraux.

Cette grande identification dans les idées des deux hommes a incité Henry Kissinger à déclarer dans les années en 2017 que Poutine "est un homme tout droit sorti du ventre de la littérature de Dostoïevski".

Dans une déclaration en 2014, Poutine conseille de lire 3 livres : "Justification du bien" de Vladimir Soloviev, "La philosophie de l'inégalité" de Nicholas Berdyev et "Tâches" d'Ivan Ilyin. Ces trois écrivains prônent l'idée de la "nation russe immortelle", que Dieu a destinée à jouer un rôle unique dans le contrôle de l'équilibre du monde. Par contre, la nation russe demeure une idée vague, chez Dostoïevski comme chez les autres.

Ivan Ilyin croyait que l'Ukraine est la pierre angulaire de la Russie imaginée, s'approcher de l'Occident sous prétexte de « liberté » et « d'indépendance » serait un des plus grands dangers pour la Russie.


Poutine n'a pas hésité plus d'une fois à exprimer son admiration pour la littérature de Dostoïevski et a déclaré dans une interview que ce qu'il aimait le plus parmi les romans de l'écrivain décédé était "Les Frères Karamazov" et "Crime et châtiment".
Il y a quelques mois, Poutine a visité le Musée Fiodor Dostoïevski de Moscou à l'occasion du bicentenaire de l'éminent écrivain russe.

 

Dostoivsky

 

Dostoïevski aurait-il été favorable à la guerre de Poutine ?

Observant les ruines d'un théâtre à Marioupol, en écoutant les histoires des citoyens de Marioupol affamés par les frappes aériennes russes, on se demande ce que Dostoïevski, dont l'attitude morale perçante se concentrait sur la question de la souffrance des enfants dans son roman de 1880 Les Frères Karamazov, ferait en réponse au bombardement russe d'un théâtre utilisé comme refuge et le mot "Enfants" est écrit en gros caractères sur le toit.


Ivan Karamazov, le principal protagoniste des Frères Karamazov, s'est concentré principalement sur les questions de responsabilité morale plus que sur les questions d'acceptation chrétienne ou de tolérance et de réconciliation. Dans ses conversations, Ivan cite des exemples d'enfants maltraités et supplie d'autres personnages de reconnaître les atrocités qui se sont produites sous leurs yeux. Il était déterminé à punir.


Le bombardement délibéré de Marioupol est quelque chose que Dostoïevski n’aurait pu détourner le regard. Peut-il défendre une vision de la morale russe en voyant des civils innocents, hommes, femmes et enfants gisant dans les rues de Bucha ?


Certaines opinions de Dostoïevski, son sens d’une prétendue exception russe, ou d’un aspect messianique de l’âme russe, la grandeur et la mission de la Russie ont alimenté les idées colonialistes de la Russie, qui ont engendré la même violence que la destruction actuelle de l’Ukraine.


La France, l’Angleterre ont cherché au 19e siècle des justifications à leur colonialisme, et de nombreux penseurs et écrivains français et anglais n’ont pas hésité à soutenir le colonialisme à cette période.

Quand les pays non occidentaux parlent de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, ils ne manquent pas de rappeler que la Russie fait comme l’occident il y a siècle et qu’il s’agit d‘une guerre d’intérêts entre l’occident et la Russie et non pas d’une guerre morale.

Dostoïevski aurait-il soutenu la guerre de Poutine ? Impossible de répondre à cette question.
Il est vrai que certaines des idées nationalistes défendues par Dostoïevski se reflètent aujourd'hui dans l’idéologie russe contemporaine, mais le contexte est différent.

L'écrivain russe était un partisan du règne d'un seul homme (le tsar tyrannique), un farouche opposant à la démocratie occidentale, qu'il considérait comme conduisant à l'extrémisme révolutionnaire.


Les écrits de Dostoïevski, dans lesquels il critique l'Occident lors de tournées en Europe en 1862, ne sont pas différents de ce que Poutine mentionne dans ses discours sur la bataille entre la Russie et l'Occident.


Mais la Russie qui existe aujourd'hui n'est pas la Russie de Dostoïevski, et l’occident n’est plus celui du 19e siècle.


Dostoïevski était un penseur humaniste, reliant sa vision de la grandeur de la Russie à la souffrance et à la foi russes, une vision alimentée par son envoi dans un camp de travail sibérien pendant cinq ans pour sa participation club socialiste. Dostoïevski est messianique, mais il n’avait jamais accepté le terrorisme parrainé par l'État.
Le plus grand rebelle métaphysique de Russie se serait-il révolté contre la violence russe en Ukraine ?

 

Tolstoi

 

 

Tolstoï la paix d‘abord

Aucun écrivain n'a dépeint la guerre de manière aussi poignante que Léon Tolstoï l'ancien soldat devenu pacifiste.


Dans son dernier ouvrage, Haji Murad, Tolstoï examine l'exploitation de la colonisation russe du Caucase du Nord et montre comment la violence russe injustifiée envers un village tchétchène a provoqué une haine profonde des Russes. Tolstoï pensait que la Russie comme pays est une colonisation qui force les autres pays à s’unir à la Russie.


Les Russes ont lu le plus grand ouvrage de Tolstoï sur la guerre russe, Guerre et paix. Dans ce roman, Tolstoï affirme que le moral de l'armée russe est la clé de la victoire. Les batailles dans lesquelles les Russes ont le plus de chance de réussir sont défensives, lorsque les soldats comprennent pourquoi ils se battent et qu'ils protègent dans ce combat, qui est leur patrie.
Il a pu transmettre les expériences déchirantes de jeunes soldats russes qui ont été confrontés directement aux armes de mort et de destruction sur le champ de bataille, et à quel point la perte d'un individu est dévastatrice pour les familles et les proches.


Après avoir publié Guerre et Paix, Tolstoï dénonce publiquement plusieurs campagnes militaires russes. À tel point qu'il lui fut interdit de publier la dernière partie de son roman "Anna Karénine" en 1878, car il y critiquait les actions de la Russie dans la guerre russo-turque. Le personnage de "Konstantin Levin" que Tolstoï a créé dans ce roman, et dans lequel il a exprimé certaines de ses idées, a qualifié l'intervention russe dans la guerre de "meurtre" et a jugé inapproprié que le peuple russe y soit entraîné.


Dans ses propres mots, il dit :
« Les gens se sacrifient et sont toujours prêts à se sacrifier pour leur âme, pas pour tuer les autres » .

En 1904, Tolstoï publie dans la presse une lettre condamnant la guerre russo-japonaise, qui est actuellement parfois comparée à la guerre russe en Ukraine. Où il écrit :
« La guerre à nouveau, la douleur à nouveau, utile pour personne et absolument injustifiée. Encore la fraude, et encore la stupeur générale et la déshumanisation des hommes. »

Dans l'un de ses écrits pacifistes les plus célèbres de 1900, Ne tuez pas, Tolstoï a judicieusement caractérisé le problème de la Russie d'aujourd'hui:

 


« La misère des nations n'est pas causée par des personnes particulières, mais par l'ordre spécial de la société, sous lequel les hommes sont si liés les uns aux autres, qu'ils se trouvent tous sous le pouvoir de quelques-uns, ou souvent sous le pouvoir d'un seul homme : un homme si profondément perverti par sa condition contre nature en tant que maître du destin et de la vie de millions de personnes, au point qu'il est toujours dans un état malsain et souffre toujours dans une certaine mesure d'une obsession de l'auto-agrandissement. »

 

 

 

L'importance d'agir

Il ne s’agit pas d’écrits seulement. Pendant la famine russe de 1891-1892, Tolstoï a commencé à construire des cuisines pour les pauvres afin d'aider ses compatriotes affamés, abandonnés par le gouvernement russe. Il a aidé les soldats russes à échapper à la conscription dans l'Empire russe, visitant et soutenant les soldats emprisonnés qui ne souhaitaient pas se battre.


En 1899, il vend son dernier roman, La Résurrection, afin d'aider un groupe de chrétiens russes, les Doukhobors, à immigrer au Canada pour qu'ils n'aient pas à combattre dans l'armée.
Si la culture s'aligne partiellement sur l'armée russe qui bombarde et massacre les Ukrainiens sans discernement, les grands auteurs russes classiques doivent être lus de nos jours, de manière critique.


Poutine a mal compris Dostoïevski ? L’auteur russe porte dans ses textes les germes de la colonisation russe ?


Nous avons un héritage peuplé d’écrivains colonialistes et des auteurs qui ont choisi une position ambiguë sur ce sujet, et nous les lisons aujourd’hui avec un regard critique, et leurs justifications de la colonisation ne semblent plus agir sur la société européenne.

Combien de discussions animent nos salles de classe quand il faut analyser aujourd’hui, les écrits de Camus ?


Le chef de l'opposition russe Alexei Navalny a noté lors de son procès en mars 2022 que Tolstoï avait exhorté ses compatriotes à combattre à la fois la tyrannie et la guerre, car l'un renforce l'autre.

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Haruki Murakami si critiqué, si apprécié

Haruki Murakami

 

 

La popularité de l'auteur japonais Haruki Murakami grandit d'année en année. Le mystère et le surréalisme chez Murakami sont populaires au Japon et dans le monde.
Le romancier japonais, aujourd'hui âgé de 72 ans, a attiré un public culte au cours de sa carrière - les "Harukistes" - et a vendu plusieurs millions d'exemplaires dans plus de 50 langues à travers le monde.

Les écrivains engagent leurs lecteurs de diverses manières. Proust alterne les souvenirs et le réel pour créer un monde nouveau, Gabriel Garcia Marquez préfère le réalisme onirique, plongeant dans la famille, l'histoire et la culture, dans les relations interpersonnelles.


Haruki Murakami n'est pas préoccupé par la fin de ses romans, laissant un sentiment d'infini labyrinthe. Son écriture est simple, simpliste voire répétitive, influencée par ses deux écrivains préférés Anton Tchekhov et Scott Fitzgerald.


Le style de Murakami est réaliste ; il y a des descriptions détaillées d'objets et d'actions, mais on a souvent le sentiment que ces descriptions sont la "manifestation extérieure d'un concept, et non pas d’une substance réelle. L'intrigue, les événements du roman, résident entre le réel et l'imaginaire, entre un objet et un concept, comme chez Tchekhov. Dans certains romans, les ombres de Dostoïevski ne sont pas loin.


Le sexe est un motif récurrent dans la fiction de Murakami. Diverses versions de la sexualité sont mises en scène sans commentaire, son style de prose précis et factuel, son réalisme imprègne le sexe. La sexualité chez lui peut déranger certains lecteurs.

 

Haruki Murakami, un pro-occidental au japon !!

Les critiques qui qualifient Murakami d’un écrivain pro-occidental citent que ses personnages ne portent jamais de yukata ou de kimono, mais des jeans Levis et des chaussures de tennis Nike. Ses protagonistes lisent des livres de Kafka, Léon Tolstoï, mais ne sont pas intéressés par le haïku.
Murakami a beaucoup insisté sur la liberté de l'individu, même au détriment du lien social ce qui est problématique pour l’esprit japonais. Certains critiques japonais considéraient le travail de Murakami comme un déni de la conscience nationale.
Il est cependant si célèbre plus à l’extérieur qu’à l’intérieur du japon. C’est un autre point de controverse.

 

Haruki Murakami, l’américain au japon !!

Dans les années 80, des d'écrivains tels que Ryū Murakami, Nakagami et Haruki Murakami ont commencé ce que certains nomment l'américanisation de la littérature et de la culture japonaises.
Il existe au Japon un accord implicite sur le fait que la culture japonaise se compose pour l'essentiel de deux courants d'influence et de deux sources culturelles : européennes et asiatiques.


Dans son discours du prix Nobel de littérature en 1969, Yasunari Kawabata a insisté sur le fait qu’il est auteur de roman, un genre inventé par la culture européenne, qu’il est en même temps l’héritier de la culture asiatique du bouddhisme zen. Il a expliqué la philosophie et la beauté japonaises par leur contraste avec celles de l'Occident.
Des écrivains des années 80 à la suite de Kenzaburō Ōe n’ont pas respecté cette tendance culturelle. L’influence américaine dans leurs romans est manifeste, voire ostentatoire provoquant de vifs débats.


Kenzaburō Ōe est un bon exemple aussi, il a tendance à mettre en avant ses affinités avec la culture américaine, citant souvent les Aventures de Huckelberry Finn de l’américain Mark Twain.
Le personnage d’Ōe (surtout après son prix de Nobel) a souvent été interprété comme un intellectuel "européen" à l’image de Jean-Paul Sartre.


Ce qui distingue Haruki Murakami, c'est son acceptation sincère ou sérieuse de la littérature américaine contemporaine classique, comme Gatsby le magnifique ou tendre est la nuit de Fitzgerald, les romans de Salinger, et les œuvres d'écrivains plus tardifs comme Richard Brautigan, Kurt Vonnegut Jr, et Thomas Pynchon.


Son troisième roman, la Course au mouton sauvage, (A Wild Sheep Chase), ressemble à Vente à la criée du lot 49 (The Crying of Lot 49) de Pynchon dans sa recherche de la signification de l'histoire moderne du Japon.
Son quatrième roman, la Fin des temps (Hard-Boiled Wonderland and the End of the World), est basé dans sa forme sur Les Palmiers sauvages (The Wild Palms) de Faulkner dans l'alternance de deux fils narratifs, et dans ses thèmes, la technologie de l'information et la société de masse accompagnés d'autres sources d'influence comme le philosophe François Lyotard et ses analyses sur la post-modernité.


Les personnages de Murakami ressemblent à Holden Caulfield de L'attrape-cœurs de J. D. Salinger (1959). Comme Faulkner a dit de L'attrape-coeurs de Salinger qu'il n'y avait pas de race humaine dans laquelle Holden pouvait entrer, les personnages de Murakami n'ont pas pu trouver une famille ou une communauté à laquelle ils pouvaient appartenir. Les romans de Murakami partagent les caractéristiques et les limites des romans américains jusqu'aux années 1950 qui sont les dernières œuvres du réalisme et du roman familial, comme Goodbye Colombe de Philip Roth.


Après la fin des années 1980, lorsque Murakami a commencé à être lu par le grand public, c'est-à-dire en dehors des cercles littéraires et des universités, notamment avec l'énorme succès de Norwegian Wood, Fitzgerald était plus lu qu'Hemingway ou Faulkner. Être "populaire" pouvait signifier "inauthentique" jusqu'au moment où Murakami a rencontré un grand succès auprès du grand public. Après cela, être "populaire" pouvait simplement signifier être un bon auteur, occidentalisé ou pas.

Le Bois Norvégien l'a transformé de figure mineure avec un air attirant de méconnaissance qu'il était auparavant, en une véritable célébrité. Avec le succès de Murakami, ce que l'on appelle "littérature" au Japon est devenu un art, au même titre que la musique et l'art contemporain,

 

Haruki Murakami, le sexe contre l’aliénation

Un autre point de converse est la tendance de l’écrivain à analyser froidement la sexualité de ses personnages. Les critiques disent qu’il n’existe pas un roman de Haruki Murakami sans une scène de sexe.
Son roman Le Meurtre du Commandeur (2017) s'ouvre une scène de sexe où le narrateur masculin décrit des relations sexuelles avec deux femmes avec lesquelles il a couché après s'être séparé de sa femme. La première femme éprouve une douleur terrible lorsqu'elle a des relations sexuelles.

 

                       
Nietzsche ‘‘
                               Maurakami  Bois norvegien

 

Cette nuit-là, j'ai couché avec Naoko. Je ne sais pas si c'était la bonne chose à faire. Même maintenant près de 20 ans plus tard, je ne le sais toujours pas. Peut-être que je ne le saurais pas éternellement. Mais alors, je ne pouvais rien faire d'autre que de le faire.

Elle était bouleversée, confuse et voulait que je la calme.
Par une nuit chaude et pluvieuse, nous n'avons pas eu froid même nus. Naoko et moi avons cherché le corps de l'autre en silence dans l'obscurité. J’embrassai et enveloppai doucement ses seins dans mes mains. Naoko a attrapé mon érection. Son sexe chaud et humide me convoquait.

Un peu confus. Je pensais que Kizuki et Naoko dormaient tout le temps.

J'ai mis mon pénis à fond et je suis resté immobile, la serrant longuement dans mes bras, j’ai éjaculé sur une longue période de temps.

À la fin, Naoko serra fort mon corps et cria. C'était la voix la plus triste que j'aie jamais entendue à propos d'un orgasme.
                          
  ’’
                         


La réaction du narrateur est observatrice, indifférente. Murakami écrit, avec une froideur scientifique. Ses narrateurs masculins vivent des expériences sexuelles inhabituelles et surréalistes. Les hommes sont des récepteurs passifs et observateurs. La description se concentre sur le corps féminin, l'érection masculine et l'orgasme masculin.
Les hommes reçoivent passivement des femmes, qui n'ont pas de relations sexuelles pour leur propre plaisir mais pour d'autres motifs.

 

                       
Nietzsche ‘‘
                               Maurakami  Bois norvegien

 

Dans le noir, j'ai vérifié chaque recul de son corps. Des épaules aux coudes, aux poignets, aux paumes et au bout de dix doigts.
J’ai posé mes lèvres comme un phoque. J'ai vérifié la forme de chacun des seins et du ventre, des flancs, du dos, des jambes, et je les ai scellés. Je devais faire ça. Je devais faire ça. J'ai doucement caressé ses doux poils pubiens avec ma paume et je l'ai embrassé là. Elle respirait tranquillement. Mais elle me cherchait aussi.
A nouveau serrée dans mes bras, elle a modifié légèrement sa posture Il y avait des mots indescriptibles flottants dans l'air. Je suis entré en elle. Mon pénis était très dur et chaud.
Finalement, Yumiyoshi m'a mordu le bras si fort que le sang coulait. Mais cela n'a pas d'importance. C'est la réalité. Douleur et sang. J'éjaculai lentement en serrant ses hanches.
                          
  ’’
                         


La sexualité est enracinée dans la promiscuité, et le vide spirituel et émotionnel. C'est le cœur de l'œuvre de Murakami, le thème de l'aliénation dans la société post-moderne.
Les scènes de sexe chez Murakami sont des demi-rêves qui évoquent des expériences hors du corps.

 

                       
Nietzsche                                          
‘‘
                               Maurakami  Bois norvegien

 

Puis elle se glissa sur le canapé sans rien dire et chevaucha sur ses genoux décolorés. Puis passa ses bras autour de mon corps et l'embrassa.
J'ai sorti mon sexe durci et je l'ai tenu dans ma main pendant un moment. Puis je me suis penché et j'ai mis mon pénis dans sa bouche.
Je rampe lentement autour d'elle avec une longue langue, une langue lisse et chaude.
Elle se leva brusquement, se débarrassa des élégants escarpins noirs qu'elle portait, retira rapidement ses sous-vêtements. Elle se remet sur ses genoux et utilise une main pour guider son pénis en elle-même.

Il y avait de la chaleur et de la fraîcheur, de la fermeté et de la douceur, de l'acceptation et du rejet en même temps. Il y avait une sensation mystérieuse et contradictoire. Jje n'arrivais pas à comprendre ce que cela signifiait. Elle le chevauchait et montait et descendait violemment, comme si une personne sur un petit bateau emporté par une vague.
La voix haletante est devenue plus forte. Je n'étais pas sûr d'avoir verrouillé la porte du bureau. J'ai l'impression de l'avoir fait et j'ai l'impression de l'avoir oublié. Mais je ne peux pas aller vérifier la porte à partir de maintenant.  

"Dois-je utiliser une contraception ?", a-t-il demandé. Elle était généralement anxieuse au sujet de la contraception. Il y a beaucoup de choses qu'un homme ne peut pas comprendre sur le corps d'une femme.

Ses mouvements sont devenus de plus en plus audacieux et dynamiques. Il ne pouvait rien faire d'autre que de ne pas interférer. Et puis la dernière étape est arrivée. Il avait une image si trouble d’être dévoré par un animal inconnu dans l'obscurité.
"Enfin, elle lèche doucement votre pénis gonflé, comme si elle le guérissait.
Vous venez à nouveau, dans sa bouche. Elle l'avale, comme si chaque goutte était précieuse.
                          
  ’’
                         

 

 

Murakami : Femme un remède à la solitude ?

Les femmes de Murakami sont souvent définies par rapport aux personnages masculins et à leurs propres parcours de découverte de soi. Au lieu de personnages féminins, des femmes mystérieuses orbitent inexplicablement autour de personnages masculins solitaires et ont des relations sexuelles avec eux pour guérir leur solitude, apporter un soulagement émotionnel ou les aider à parvenir à une sorte de compréhension existentielle.
Au lieu de personnages dynamiques et autonomes, les femmes de Murakami servent à la fois les désirs masculins et de guérison.


En tant qu'écrivain postmoderne, Murakami aime jouer avec les conventions littéraires, faisant souvent référence à la façon dont vous lisez une histoire et à la façon dont les personnages sont des personnages d'histoire sans le savoir.
Dans Kafka sur le rivage, on suit un garçon de 15 ans en fuite et on explore sa psyché. L'histoire raconte Œdipe de manière postmoderne avec des séquences de rêves. Il plonge dans la psychologie des adolescents masculins. Kafka passe son temps à lire dans une bibliothèque, à se plonger dans les livres de Natsume Soseki et d'autres. Il tombe bientôt amoureux de la bibliothécaire Miss Saeki, qui devient la principale source des thèmes de l'histoire.


Murakami passe souvent en revue le corps des femmes avec des détails pornographiques :


                       
Nietzsche                                          
‘‘
                               Maurakami  Bois norvegien

 

La peau de Tamiki était douce et fine. Ses mamelons gonflés dans une belle forme ovale rappelant les olives. Ses cheveux étaient fins et clairsemés, comme un délicat saule. Celle d'Aomane était dure et hérissée. Elles ont ri de la différence. Ils ont essayé de se toucher à différents endroits et ont évoqué des zones les plus sensibles. Certaines zones étaient les mêmes, d'autres non. Chacun tendit un doigt et toucha le clitoris de l'autre. Les deux filles avaient expérimenté la masturbation – beaucoup. Mais maintenant elles voyaient à quel point c'était différent d'être touché par quelqu'un d'autre. La brise balayait les prairies de Bohême.                           
  ’’
                         


Murakami dépeint souvent les femmes comme des vaisseaux de libération pour les personnages masculins. Le sexe avec elles valide l'existence masculine.
Les critiques de certains courants féministes n’épargnent pas l’écrivain.

 

Conclusion :

Au Japon, il est traité par certains de pro-occidental, de commercial, ses romans ne s’enracinent pas dans la société japonaise, dit-on. A l’extérieur, il est un candidat constant dans les discussions sur le prix Nobel, loué et détesté. Ses livres se vendent par millions au Japon et dans le monde, ont été traduits dans une cinquantaine de langues. Il est mentionné comme l'un des auteurs les plus importants au monde, le sens profond de son écriture est discuté et analysé dans de nombreuses thèses universitaires. Tout le monde aime Murakami, tout le monde le déteste ou le critique.


Haruki Murakami a toujours été quelqu'un de libre. Il écrit ce qu'il veut. En lisant un de ses romans, on découvre sa capacité de comprendre et de stimuler les émotions humaines, et d’analyser la sexualité.

 

L’abondance des critiques témoignent de l’importance de son travail et de sa capacité à faire réfléchir.

 

Références

Murakami, H. (2015, June 25). The moment I became a novelist. Literary Hub. Retrieved from
https://lithub.com/haruki-murakami-the-moment-i-became-a-novelist/

Strecher M, Thomas L : Haruki Murakami : chalenging authors , sense publishers , Boston, 2016

 

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Empathie : Nouvelle idéologie culturelle ?

Good doctor aurtisme empathie

 

La série télévisée «Good doctor» met en scène un médecin autiste, son intelligence dépasse celle des autres, mais son manque d’empathie le rend étrange. Deux troubles mentaux sont associés au manque d’empathie : l’autisme et la psychopathie.


Si vous lisez le nom de Sherlock Holmes, vous pensez à une personne froide peu chaleureuse, qui refuse les émotions pour garder ses capacités de déduction. Un vrai sociopathe, selon le goût de notre époque. Il manque d’empathie.

 

Le concept d'empathie est l’un de ces concepts valises qui circulent dans la culture occidentale, de la philosophie à la psychologie, puis à la culture populaire, pour perdre son authenticité et finir source de confusion.

L'empathie, le partage de sentiments avec une autre personne, la « règle d'or » pour traiter les autres comme nous voudrions être traités. Et lorsque nous ressentons de l'empathie, nous sommes enclins à faire de bonnes, mais aussi des mauvaises choses.


Faut-il utiliser l'empathie comme guide de la façon dont nous vivons nos vies ?

Le manque d'empathie de Marie-Antoinette justifie-t-il le jugement à la peine de mort ?.
Si l'utilisation de l'empathie devait jouer un rôle important dans la vie personnelle, sociale et politique, le chemin deviendrait glissant, car l'empathie est un concept nomade, qui évolue et change selon les cultures et les contextes.

 

L’Origine de l’empathie

Le concept d’empathie apparait au XVIIIe siècle, sous l'influence des écrits de David Hume et d'Adam Smith. Il s’agit d’une contribution anglo-saxonne aux idées des Lumières.

David Hume (Hume 1739-1740) a formulé à l’époque ce célèbre dicton : « les esprits des hommes sont des miroirs les uns pour les autres ». Selon Hume, les humains peuvent recréer les pensées et les émotions.

Le psychologue Edward Titchener (1867-1927) introduit le terme « empathie » en anglais en 1909 comme traduction du terme allemand «Einfühlung » (se sentir dans).

Einfühlung est un concept de l'esthétique allemande du XIXe siècle, les philosophes du siècle XIXe ont jugé nécessaire de faire appel à ce concept esthétique pour expliquer notre capacité à apprécier de manière esthétique les objets naturels et oeuvres artistiques. Selon la conception positiviste et empiriste (elle n'est pas universellement acceptée), les données sensorielles constituent la base fondamentale de notre investigation du monde, c'est-à-dire nous percevons le monde à travers nos sens.


Dès l’origine, les philosophes de la tradition phénoménologique rejettent ce concept catégoriquement. D'un point de vue phénoménologique, notre rencontre avec des objets esthétiques, notre admiration d'un beau coucher de soleil, est un raisonnement mental qui dépasse les sens, car nos yeux ne voient qu’un cercle rouge plongeant dans le bleu de la mer.

Utilisé à l'origine dans l'art, le terme a été adopté par le philosophe et psychologue Lipps, qui l'a décrit comme la capacité de saisir les sentiments de l'autre dans et avec l'autre. Ce terme générique a depuis pris de nombreuses significations selon le contexte.

Dans le récit de Verducci, il existe trois types d'empathie :

 

-Empathie esthétique :

« Je suis capable de « ressentir » les œuvres d'art et la nature ». L'empathie esthétique peut être considérée comme la définition originelle de l'empathie et concerne le lien entre celui qui perçoit et l'œuvre d'art elle-même. Par exemple, nous apprécions un objet parce que l'empathie nous permet de le voir par analogie avec un corps humain ou une fleur ou une étoile. L'empathie dans ce contexte est plus spécifiquement comprise comme un phénomène d'« imitation intérieure ».

 

-Empathie sympathique :

Je comprends les sentiments des autres, mais il y a encore une certaine distance émotionnelle'. Cette empathie est centrée sur la compréhension et tente de garder l'émotion à distance. C’est l’empathie des médecins et du corps soignant : adopter une « préoccupation détachée » pour le patient. Cette empathie implique trois caractéristiques clés : comprendre ce qu'une maladie signifie pour un patient ; communiquer cette compréhension; et agir sur cette compréhension pour partager d'une manière utile. Pour être utile, l'empathie thérapeutique nécessite à la fois une résonance affective et une distance émotionnelle .

-Empathie compassionnelle :

"Je perçois et j'intériorise l'état de l'autre". Il y a moins de distance entre les sujets, c’est une empathie problématique qui offre un rôle central aux sentiments et émotions.

 

L'empathie : problème philosophique

Theodor Lipps (1851-1914) a transformé l'empathie d’un concept de philosophie esthétique liée à notre expérience de la beauté à un concept de vie et de chaque individu. Selon lui, nous aimons la beauté comme un «plaisir de soi objectivé », puisque nous sommes impressionnés par la « vitalité » et la « potentialité de vie » qui résident dans l'objet perçu.


Il va plus loin, Lipps suggère que la nature de l'empathie esthétique est toujours « l'expérience d'un autre humain ». L'empathie devient une imitation intérieure. Mon esprit reflète les activités mentales ou les expériences d'une autre personne sur la base de l'observation de ses activités corporelles ou de ses expressions faciales.

 

empathie

 

Les critiques de l’empathie comme concept philosophique reposent sur plusieurs points.


- Si ma compréhension de la tristesse d’une victime vient exclusivement de ce que je me mets à sa place, il m'est impossible de concevoir comment je me comporterais en étant moi-même victime, je ne peux pas tester les états mentaux de quelqu'un d'autre, car chacun a sa façon de penser et a ses propres réactions.


- Je ne peux pas concevoir comment une autre personne peut-être dans le même état mental que moi, cela est conceptuellement impossible.


La tradition phénoménologique n'accepte pas l'explication de Lipps de l'empathie comme étant basée sur des mécanismes de résonance interne et de projection. Les auteurs de la tradition phénoménologique pensent qu’il s’agit d’une explication qui n’explique rien.


L'empathie dans la tradition phénoménologique n'est pas conçue comme un phénomène de résonance obligeant l'observateur à recréer les états mentaux de l'autre personne dans son propre esprit, mais comme un acte perceptif particulier ou comme une imitation. En d’autres termes, l’empathie est une imitation émotionnelle.

 

L'empathie en psychologie


En quittant la philosophie vers la psychologie, le concept s’élargit pour entrer dans le champ de la culture populaire sous l’influence des médias et de l’industrie du développement personnel.

Cette empathie, définie comme la tendance à se mettre dans la peau d’autrui, est célébrée comme un trait aimable et humaniste de l’esprit humain. Mais certains critiques soulignent que cette empathie à la mode se focalise sur les souffrances d’une personne particulière en nous laissant indifférents aux autres, et conduit à des jugements biaisés, et pousse à prendre de mauvaises décisions.


Il y a une attitude générale dans la culture occidentale actuelle selon laquelle les émotions représentent une forme de sagesse: il faudrait écouter son cœur, les dirigeants devraient être portés par de grands sentiments, et doivent exposer leur empathie, quitte à minimiser l’importance de l’intelligence et de la rationalité.

L'intérêt des psychologues pour les phénomènes liés à l'empathie remonte plutôt à la philosophie morale du XVIIIe siècle, en particulier à David Hume et Adam Smith. L'empathie, ou ce qu'on appelait alors la sympathie était considérée comme jouant un rôle central dans la constitution des êtres humains en tant que créatures sociales et morales nous permettant de nous connecter émotionnellement à nos compagnons humains et de veiller à leur bien-être.


À la fin des années 1940, l'empathie a été un sujet de recherche répandu en psychologie.
On définissait l'empathie comme un phénomène cognitif (de réflexion) et désignant l'empathie en termes généraux comme « l'appréhension intellectuelle ou imaginative de la condition ou de l'état d'esprit d'autrui.»


Quiconque lit la littérature sur l'empathie en psychologie doit être frappée par les tendances à définir l’empathie d’une manière de plus en plus large.


Stotland, par exemple l'a définie comme "la réaction émotionnelle d'un observateur parce qu'il perçoit qu'un autre éprouve ou est sur le point d'éprouver une émotion".
Selon la définition de Stotland, des réponses émotionnelles très diverses telles que l'envie, l’ennui, se sentir affligé, être soulagé, ressentir de la pitié sont des réactions empathiques. Stotland propose une définition qui ressemble à celle des émotions en psychologie.

Depuis les années 1980, les psychologues ont distingué les différents aspects de la réaction émotionnelle envers une autre personne.


1- Contagion émotionnelle :

Vous devez vous sentir joyeux, parce que les autres personnes autour de vous sont joyeuses ou vous devez paniquer parce que vous êtes dans une foule de personnes qui paniquent, car on ressent l’émotion des autres comme notre propre émotion.

 

2-Empathie affective:

L'empathie au sens affectif est le partage indirect d'un affect. Pour Hoffman, il s'agit d'une réponse émotionnelle ne nécessitant que « l'implication de processus psychologiques qui font qu'une personne éprouve des sentiments plus adaptés à la situation d'autrui qu'à la sienne. »
Selon cette définition, contrairement à la simple contagion émotionnelle, une véritable empathie exige la capacité de se différencier de l'autre. Cela nécessite que l'on soit conscient du fait que l'on vit une expérience émotionnelle due à la perception de l'émotion de l'autre, ou plus généralement à l'attention portée à sa situation.
Mon bonheur que mon enfant soit heureux ne serait pas un état émotionnel, c'est une réponse émotionnelle à ma propre perspective du monde.

 

3-Sympathie :

La sympathie est considérée comme une émotion qui a pour objet la situation négative de l'autre, du point de vue de quelqu'un qui se soucie du bien-être de l'autre personne. En ce sens, la sympathie consiste à « ressentir de la peine ou de l'inquiétude pour l'autre en détresse ou dans le besoin », un sentiment pour l'autre à partir d'une « conscience accrue de la souffrance.

 

4-Détresse personnelle :

La détresse personnelle dans le contexte de la recherche sur l'empathie est comprise comme une émotion réactive en réponse à la perception de l'émotion ou de la situation négative d'un autre. La détresse d'une autre personne ne me fait pas me sentir mal pour elle, cela me fait juste sentir mal, ou "alarmé, affligé, bouleversé, inquiet, dérangé, perturbé, affligé et troublé."

 

 

 

Empathie, et morale


Les jugements moraux sont censés imposer des exigences à la volonté et sont censés nous fournir des raisons et des motivations pour agir d'une certaine manière.
Les jugements moraux sont fondés sur des normes normatives qui, contrairement aux simples normes conventionnelles, ont une portée universelle et sont valables indépendamment des caractéristiques des spécificités sociales : ne pas tuer, ne pas mentir, ne pas trahir etc .

Slote (2010) va si loin, il défend l'empathie comme le seul fondement du jugement moral. Waal (2006) conçoit l’empathie comme l'unique base de moralité, Rifkin (2009) la considère comme une force de la culture pour transformer un monde en crise.
Un tel enthousiasme empathique a rencontré des critiques sévères.

Les normes morales sont généralement jugées plus importantes que les normes conventionnelles dans la mesure où leur validité normative est conçue comme étant indépendante de l'autorité sociale ou de pratiques et accords sociaux spécifiques. Ne pas tuer est une norme morale, être sympathique avec les autres est une norme conventionnelle (qui varie d’une culture à une autre).

Psychopathie et autisme pathologies peuvent entraîner des déficits d'empathie. Seuls les psychopathes ont des difficultés à accepter les normes morales de la société.

Les psychopathes présentent un déficit d'empathie émotionnelle, et contrairement aux personnes autistes, ils ne présentent pas de déficits dans la prise en compte du contexte.

D'autres chercheurs ont préféré considérer l'immoralité d'un psychopathe comme un déficit spécifique d'empathie. Un psychopathe pourrait comprendre que certaines choses sont moralement répréhensibles, mais il ne se soucie pas de la moralité, du bien-être des autres personnes ou même de lui-même.

Les autistes ont des difficultés à se mettre à la place d'une autre personne, mais peuvent avoir une certaine capacité à capter les états émotionnels des autres. Si les sujets autistes peuvent faire la distinction entre les normes morales et conventionnelles, ils semblent manquer d'une certaine souplesse dans l'évaluation de la gravité lorsqu'ils réfléchissent à des dilemmes moraux.

 

Sherlock holmes empathie

 

Phénoménologie de l'empathie

La phénoménologie - une tradition philosophique- est utile pour comprendre l'empathie. Au sein de la vaste production de Husserl, il est possible de trouver de nombreuses définitions – ou tentatives de définitions – de ce concept.
L’empathie devient une décentralisation de soi : « Je me rends compte que ma perspective n'est pas unique, mais une parmi tant d'autres ». Donc, on valide les réactions des autres face à la souffrance, au deuil, à la maladie, etc.

Selon la phénoménologie, l’empathie est une expérience liée à une dimension vécue. La rencontre avec l'autre nous rappelle nos expériences, mais nous sommes deux entités différentes, deux corps vécus différents avec des perspectives uniques. Après l'acte d'empathie, on est déstabilisé et on doit retrouver la distance.

 

citation whitman empathie

 

Les émotions : tendon d’Achille de l’empathie


Sherlock Holmes avait raison : voir à travers les yeux d'un autre nécessite un esprit détaché et pas seulement un cœur chaleureux ou émotif.


L’empathie devient problématique quand on laisse nos émotions prendre le dessus et que nous décidons d’agir par émotion et non pas un raisonnement.
C’est un argument utilisé par les anti-empathie.


D’autres pensent que l'empathie est biaisée parce que nous nous concentrons sur quelqu'un en raison uniquement d'émotions et ne sommes pas toujours capables de voir l’ensemble du problème. Quand nous y réfléchissons, nous sommes manipulés, car nous considérons par empathie que les autres sont comme nous.


Nos empathies permettent d’être solidaires avec ceux que nous considérons, par empathie et émotions, comme victimes. Ceci finit par hiérarchiser les victimes selon nos empathies et créer d’autres problèmes comme la concurrence des victimes et la compétition victimaire.

Nous vivons dans un monde hétérogène et diversifié. Il est plus facile de croire aux stéréotypes et d’offrir son empathie à ceux qui nous ressemblent sans prendre en compte la détresse réelle.

Les émotions sont un produit culturel, qui varient d’une culture à une autre, l’empathie fondée sur les émotions ne facilite pas notre relation avec les autres cultures ni à réagir à leur détresse, au risque que personne ne réagisse à notre propre détresse quand on en a besoin.

L'empathie engendre l'empathie, la société invite plus facilement à l’empathie qu’à la solidarité. Plus nous utilisons l’empathie, plus les autres autour de nous l'utiliseront. Tout le monde veut être entendu et compris. Chaque groupe veut être reconnu et valorisé.


Références

Aharoni,E., Sinnott-Armstrong, W., and Kiehl, K.A., 2012. “Can Psychopathic Offenders Discern Moral Wrong? A New Look at the Moral/Conventional Distinction,” Journal of Abnormal Psychology, 121
Allen, C., 2010. “Miror, Mirror in the Brain, what’s the Monkey Stand to Gain?” 441.
Baron-Cohen, S, 2011. The Science of Evil: On Empathy and the Origins of Cruelty, New York: Basic Books.
Batson, C.D, 2009. “ These Things Called Empathy: Eight Related But Distinct Phenomona,” The Social Neuroscience of Empathy, J. Decety and W. Ickes (eds.), Cambridge, MA: MIT Press
Bloom, P., 2016. Against Empathy: The Case for Rational Compassion, New York: Ecco.
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Art Baroque, ère du génie

triomphe de bacchus valasquez

Triomphe de bacchus , Valasquez

 

 

Le terme art baroque évoque les noms de Caravage, Carracci, Velazquez, Rubens, Rembrandt et Vermeer mais aussi Sainte Thérèse en extase, le plafond Farnèse, la Ronde de nuit.


Le baroque est l'ère artistique qui a commencé dans les années 1580 et s'est terminée dans les premières années du 18e siècle, et qui a duré jusqu'aux années 1750 dans certaines régions du nord de l'Europe.

Rome, siège de la papauté est devenue le berceau de l'art baroque, les maîtres des autres régions de la péninsule italienne y ont afflué dans l'espoir d'obtenir des commandes artistiques. Le Caravage arrive dans la cité papale depuis les environs de Milan ; Guido Reni vient de Bologne, Lanfranco de Parme. Des maîtres étrangers se rendent à Rome pour s'initier aux derniers développements artistiques, les hollandais Dirck van Baburen, Hendrick Terbrugghen, les français Nicolas Poussin et Claude Lorrain, le flamand Pierre Paul Rubens et l'espagnol Diego Velazquez. La papauté devient la principale source de financement des commandes artistiques italiennes, la croissance économique des classes moyennes en Hollande et en France, devient un facteur déterminant.

L'ère baroque est parfois appelée l'ère du génie, cet a ce moment de l'histoire qu'est lancée la révolution scientifique jetant les bases de la science moderne. Isaac Newton, Galileo Galilei et Johannes Kepler ont tous participé à ce moment de l'histoire, comme René Descartes, qui établit les principes de la philosophie moderne et Anthony van Lee uwenhoek, qui a inauguré le domaine de la microbiologie. Des sommités de la musique Giacomo Carissimi, Antonio Vivaldi, Alessandro Scarlatti, Johann Sebastian Bach et George Frideric Handel font partie de la longue liste des personnes qui ont défini l'esprit du baroque, tout comme des figures littéraires telles que Giambattista Marino ou John Donne.

Jusqu'à la fin du 19ème siècle, l'art baroque a été considéré comme décadent, principalement en raison de son caractère théâtral et de l'accent mis sur l'ormementation. Le terme baroque est un dérivé du mot portugais barroco, utilisé depuis le XVIe siècle pour décrire des perles de forme irrégulière. Il peut également provenir du terme italien baroco, utilisé pour désigner l'excentrique et le bizarre.

Cette attitude négative à l'égard de l'art baroque a changé dans le dernier quart du XIXe siècle, lorsqu'un changement de sensibilité esthétique a incité les architectes et leurs mécènes à revisiter le vocabulaire architectural du XVIIe siècle pour ses mérites, ce qui a donné lieu à la construction de structures élégantes telles que l'Opéra de Paris de Charles Garnier, inauguré en 1875, et ses sculptures réalisées par Jean-Baptiste Carpeaux, qui peuvent être classées dans la catégorie du néo-baroque.

 

 

La contre réforme

La menace protestante et son influence commence en 1517 lorsque Martin Luther, mécontent des abus du clergé et de la vente excessive par l'Église d'indulgences (remise de peine pour avoir commis des péchés) pour financer la construction de la nouvelle église Saint-Pierre à Rome, affiche ses quatre-vingt-quinze thèses sur le portail principal de la cathédrale de Wittenberg en Allemagne.

Ces thèses attaquent le pape Léon X et expliquent la position de Luther sur la pénitence, elles sont diffusées dans toute l'Europe du Nord, par le biais de pamphlets imprimés, donnant naissance à la Refondation protestante.
Des réformateurs religieux sont apparus en Europe du Nord : Ulrich Zwingli, John Calvin, Hans Tausen et Philipp Melanchthon, donnant naissance à des églises protestantes.

Afin de freiner l'expansion du protestantisme et de rectifier les problèmes qui en sont à l'origine, le pape Paul III convoque le concile de Trente en 1545 pour clarifier le dogme catholique et éliminer les abus. Le concile interdit la vente des indulgences.

En réponse aux critiques concernant la cupidité des évêques, les bénéfices excessifs furent également abolis. Le concile met en place des règles strictes qui obligent les évêques à résider dans leurs diocèses et à les surveiller personnellement, et les bénéfices liés à leurs fonctions sont réduits. Le concile a réformé les anciens ordres monastiques et en a créé de nouveaux pour contribuer à la revitalisation de la piété populaire.

 

De nouveaux diocèses sont établis dans les régions où le protestantisme a gagné du terrain afin d'empêcher sa prolifération.

Bien que le Concile de Trente se soit avéré un instrument vital dans la lutte contre le protestantisme, trois autres instruments sont également devenus essentiels : l'ordre des Jésuites, l'Inquisition et l'Index des livres interdits.

Les Jésuites ont vu le jour en 1534, lorsque saint Ignace de Loyola a réuni un groupe de six étudiants en théologie de l'université de Paris pour former la Compagnie de Jésus. Ayant fait vœu de pauvreté et de chasteté, ces hommes cherchent à s'engager dans un travail missionnaire en Palestine.

 

La guerre entre Venise et l'Empire ottoman les empêchant de se rendre dans la région, ils limitent leurs activités à la prédication et aux œuvres de charité dans le nord de l'Italie. Après avoir recruté de nouveaux membres, ils reçoivent en 1540 de Paul Ill, l'appprobation de former leur ordre, et saint Ignace fut nommé premier général de la société.

Les principaux objectifs des Jésuites sont l'éducation, l'érudition et le travail missionnaire dans le monde entier. Saint François Xavier, l'un des membres du groupe initial réuni par Saint Ignace, a voyagé en Inde, en Indonésie et au Japon, et Matteo Ricci s'est rendu en Chine. Au XVIIe siècle, les Jésuites effectuent un travail missionnaire en Amérique du Nord et en Amérique latine, devenant ainsi la principale force de diffusion de la doctrine catholique dans le monde.

Le Saint Office de l'Inquisition a été créée par Paul III en 1542, dans le but de débarrasser le monde catholique de l'hérésie. L'Inquisition avait été créée au XIIIe siècle pour réprimer l'albigeoisme et le vaudoisme, deux mouvements spirituels médiévaux populaires jugés hérétiques par l'Église.

Le but de l'Inquisition établi par Paul III était de maintenir l'intégrité de la foi catholique et de corriger les erreurs doctrinales. Le Saint-Office de l'Inquisition était composé de tribunaux utilisés pour poursuivre les individus accusés de sorcellerie, de blasphème et de déviation des pratiques chrétiennes. Il était d'abord composé de six cardinaux nommés par le pape, mais ce nombre est ensuite passé à 13.

C'est en 1557 que Paul IV, monté sur le trône papal en 1555, créée l'Index des livres interdits, organe de censure fonctionnant sous l'égide du Saint Office de l'Inquisition. La censure des livres par l'Église existait depuis les débuts de l’église mais c'est au Moyen Âge que les officiers catholiques ont commencé à publier des édits officiels interdisant la lecture de certains livres.

 

À l'époque de la Renaissance, les autorités surveillaient les bibliothèques et les libraires, et ceux qui étaient trouvés en possession d'un texte censuré étaient excommuniés et, dans certains cas, exécutés, leurs biens confisqués par l'Église. La publication de l'Index par Paul IV visait spécifiquement à empêcher la propagation d'idées religieuses dissidentes, de textes faisant référence aux parties sexuelles du corps, à l'astrologie et à d'autres sujets considérés inappropriés.

En plus de ces mesures, l'Église a également eu recours à l'utilisation de l'image comme arme de la Contre-Réforme. Elle a déterminé le cours que prendrait l'art à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle. L'Église a utilisé l'art comme vecteur de propagande politique depuis le début de son histoire. La lutte contre l'expansion du protestantisme exigeait l'utilisation de l'art pour redorer son image publique et transmettre des messages qui persuaderaient un retour à la foi.

 

Des décrets sont publiés sur le rôle de l'art en tant que support visuel pour instruire les fidèles sur le dogme catholique. L'art devait fournir une instruction sur la rédemption, le rôle des saints et de la Vierge, et la vénération des reliques. Les images devaient suivre les écritures sacrées afin d'éviter toute erreur, et les évêques devaient veiller à ce que l'indécence, le profane ou la lascivité soient exclus de l'art religieux.


En 1582, l'archevêque de Milan, Gabriele Paleotti publie un guide pour la construction et l'aménagement des églises à Milan, un guide pour la représentation correcte des images sacrées et profanes. Il juge que l'art maniériste en vigueur était ambigu et inefficace pour transmettre les messages religieux que l'Église souhaitait transmettre, et demandait un type d'art qui fasse appel aux émotions des fidèles et traite les épisodes religieux de manière directe et claire.

 

 

Thème et style

Les protestants remettent en question la validité de la sainteté et du rôle de la Vierge Marie dans l'histoire du salut. Ils voyaient peu d'avantage au martyre religieux, ridiculisaient les expériences mystiques et rejetaient tous les sacrements à l'exception de l'eucharistie et du baptême. Les peintres de ce mouvement créent des fresques sur les plafonds et les voûtes des palais ou des églises. Celles-ci reprennent surtout les thèmes de la Contre-Réforme : des passages du Nouveau Testament et l’histoire des hommes importants de l’Eglise.

 

Le baroque a été la réponse vigoureuse de l'Église catholique à la propagation du protestantisme cherchant à véhiculer la puissance et l'intensité émotionnelle du christianisme, comme dans les peintures du Caravage et de Rubens, et dans les églises de la Bavière à l'Amérique latine.

Les scènes qui présentent le martyre, le sacrifice au nom de la foi, qui glorifient la Vierge comme mère de Dieu, qui affirment la vérité doctrinale et encouragent le retour à la foi, sont fortement privilégiées.

 

Il en résulte un art rhétorique et théâtral, un art spectaculaire parfois excessif conçu pour faire appel aux sens et provoquer des réactions émotives chez les spectateurs. Les moments éphémères capturés sur la toile ou dans le marbre, l'accent mis sur le réalisme visuel et le contenu psychologique, la dissolution de la frontière entre l'art et le spectateur, l'intégration du réel et du fictif, et l'utilisation de la lumière comme outil pour modeler les différentes formes et pour indiquer la présence, deviennent les principales composantes du vocabulaire visuel baroque.

 

 

Parallèlement, un autre courant se développe, qui s'appuie sur les principes esthétiques de l'époque gréco-romaine. Il s'agit d'un art inauguré par les membres de l'école de Bologne, dirigée par Annibale Carracci, qui cherche à restaurer les qualités classiques de l'art de Renaissance, en particulier celui de Raphaël. Ce style appelé classicisme baroque, met l'accent sur la sobriété et l'idéalisation. Ces deux tendances qui ont émergé, ne sont pas aussi tranchées. Ceux qui ont adopté la forme de représentation plus théâtrale étaient souvent aussi intéressés par l'art ancien que leurs homologues classiques.


Bien que l'art baroque soit apparu principalement comme un outil permettant de répondre aux besoins de la Contre-Réforme, l'art non religieux a connu cette révolution artistique. Cette période a vu la production de certaines des plus magnifiques peintures de plafond, tant profanes que religieuses. On assiste à une montée en puissance d'autres sujets auparavant considérés comme moins importants : portrait, paysage, peinture de genre, scènes de la vie quotidienne et nature morte.


Auparavant, le portrait était pratiqué pour les monarques et la noblesse. Au XVIIe siècle, il est devenu courant pour les membres de la classe moyenne de commander leur portrait. Les portraits sont devenus plus vivants, les portraits de groupe et de mariage gagnant en popularité. L'autoportrait est devenu un outil d'autopromotion.

Le paysage en tant que sujet principal est déjà en train d'émerger au XVIe siècle. Ses paysages poétisaient parfois la nature, parlant de la création de Dieu à travers le pinceau, la ligne et la lumière, plutôt que des figures subordonnées mettant en scène un événement biblique ou historique.


À l'époque baroque, des artistes tels qu'Annibale Carracci et Domenichino ont créé des paysages qui témoignent d'un site particulier. En Hollande, Jacob Ruisdael et Jan van Goyen se sont également spécialisés dans la représentation de paysages.

Le genre et les scènes de vie ont également commencé à émerger au XVIe siècle en Europe du Nord. Pieter Aertsen a représenté des marchands vendant leurs produits, Pieter Bruegel l'Eider a montré des paysans des Pays-Bas. Ces scènes étaient souvent chargées d'un contenu symbolique qui offrait aux spectateurs des exemples de la bonne conduite morale. Au XVIIe siècle, Johannes Vermeer et Frans Hals ont peint des scènes de taverne et de bordel ou d’attroupement de jeunes musiciens.


La nature morte et le genre n'étaient pas limités au Nord. À Bologne, Annibale Carracci a peint un paysan mangeant des haricots et Caravage a représenté des musiciens, des diseurs de bonne aventure et des joueurs de cartes. Il a également réalisé une nature morte représentant un panier de fruits.

 

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Amour et sexualité à la renaissance

Enfant prodigue chez les courtisanes

 

 

La renaissance, en Europe, fut lente et progressive. L'Europe continua pendant le XVe et le XVIe siècle à bénéficier de données scientifiques et médicales héritées de l'empire gréco-romain et de la médecine arabe. Ces données médicales influencent à leur tour le jugement sociétal sur les femmes, sur le couple, sur la contraception, et sur la sexualité en général. En même temps, ce continent européen de XVe siècle est un continent chrétien, profondément influencé par le discours religieux de l'Église catholique.

 

 

Amour et couple en 1500

L'amour au XVe et au XVIe siècle était bien différent de notre conception actuelle de ce sentiment. Notre jugement actuel sur l'amour est influencé par notre profond individualisme, l'amour actuellement pour notre génération est une affaire privée entre deux personnes. L'amour au XVIe siècle était une affaire publique, privée, collective, individuelle, sociétale, religieuse, profane et divine à la fois.


L'amour au XVIe siècle était un contrat, accompagné de sacrifice, pour l'amour de la famille, pour le bien et le pire. Le couple était synonyme de mariage dans les classes aisées, et aussi synonyme de concubinage dans les classes défavorisées. Les états européens tentaient d'organiser autant que possible le couple sur le plan économique et juridique, le discours religieux organisait les relations intimes et personnelles dans le couple, la filiation, et l'éthique au sein de la famille.


La famille en 1500 était élargie, aux servantes et autres domesticités dans les classes aisées. La cellule familiale était un lieu de vie, un lieu d'éducation, et d'instruction en raison de manque ou de l'absence d'écoles. La famille était également un lieu de contrôle social ; le comportement social était codifié, surveillé. Le bien-être de la cellule familiale exigeait des époux, sacrifice et loyauté. Les grandes familles en Europe avaient leur éthique et leur tradition. L'honneur de la famille était plus valorisé dans les cultures de la Méditerranée. Cet honneur exigeait sacrifice, hospitalité, vertu et générosité.

Le rôle de la femme dans le couple était complexe, le discours religieux l'invitait à la chasteté, à la vertu, à maîtriser son désir sexuel, à ne pas séduire, alors que le discours sociétal exigeait d'elle de satisfaire son mari, de faire de son mieux pour engendrer. Après la maternité, le rôle principal devient l'éducation et les soins des enfants.

La famille était également un lieu de protection, chaque famille devrait assurer sa sécurité dans un siècle de voleurs, de bandits, et des guerres.


La sexualité féminine était à la fois reconnue, encouragée par un discours relatif à la procréation, considérant le désir sexuel féminin comme un élément favorable à la fertilité, et contrôlée par un discours religieux popularisé par les textes de Saint-Augustin sur la chasteté même au sein du mariage.


En dépit d'un discours mettant l'accent sur l'amour ou sur l'attirance sexuelle, le mariage et le couple étaient essentiellement une affaire économique, principalement dans les familles aisées. Le couple étant avant toute une organisation des biens, de leur transmission et de leur protection.


Le sentiment amoureux au XVIe siècle n'est pas apprécié, mais plutôt redouté, car considéré comme une maladie ou une souffrance. L'amoureux est décrit comme un malade qui perd sa santé, et son appétit, son esprit, il souffre par manque et par jalousie. Ainsi on favorisait le couple de raison et le mariage arrangé. Il faudra attendre la moitié du XVIIe siècle, l'apparition des lumières pour commencer à discuter le rôle des sentiments dans le couple et dans le mariage.

 

Le couple : plusieurs formes

À la renaissance, le mariage n'est pas la règle en dépit des conseils d'église encourageant les fidèles à célébrer leur union devant Dieu. Le concubinage est largement présent dans les classes populaires sous forme de relations conjugales accompagnées d'habitat commun, sans officialisation de cette union devant l'église ou devant les autorités civiles. Ce système de concubinage était bien toléré comme un système alternatif au mariage. Le statut de la concubine variait d'une région à une autre.

La courtisane est une prostituée exclusivement ou presque, mais bien éduquée, belle, maîtrisant une certaine forme d'art, jouissant d'une indépendance économique et personnelle dépassant l'indépendance des autres femmes célibataires ou mariées. Les courtisanes étaient plus présentes en Asie qu'en Europe. Elles jouaient un rôle qui dépassait le rôle de la prostituée ordinaire, un rôle à la fois sexuel et émotionnel, une sorte de " compagne " raffinée et compréhensive.

La nature du mariage au XVIe siècle distinguait l'amour de la sexualité, invitant ainsi les hommes dans les bras de femmes en dehors du couple. L'essor économique modifia profondément la société et favorisa le les contacts avec d'autres cultures.


À la renaissance, la courtisane avait plus d'indépendance que les épouses, avec plus d'habilité sexuelle et de culture que les femmes mariées. Les hommes puissants exhibaient leurs courtisanes. Ces dernières avaient la même aisance financière que les femmes mariées.
La courtisane va disparaître progressivement en Europe puis plus tardivement en Asie au XXe siècle.

La maîtresse était présente comme dans les autres civilisations. Les maîtresses étaient nombreuses dans les classes dirigeantes. Il s'agissait de relations conjugales sans lien de mariage, une sorte de relation extraconjugale exclusive. La maîtresse avait une place différente de la courtisane, était parfois mariée, et partageait une fidélité sexuelle entre son mari et son amant.

En France, on utilisait le terme " la favorite " quand il s'agit de la maîtresse du roi. On peut citer l'exemple de Diane de Poitiers (1499-1566) qui fut la maîtresse du roi Henri II à l'âge de 15 ans, épouse Louis de Brézé, 40 ans son aîné et époux à qui elle donna deux fils. Après le décès de son mari, à l'âge de 31 ans elle a une relation avec le prince d'Orléans qui va épouser Catherine de Médicis et va devenir Henri II. Diane de Poitiers avait 38 ans quand elle devient la maîtresse du roi, alors âgé de 19 ans. On rapporté que le roi de France passait le tiers de sa journée chez Diane de Poitiers. Il a été vu plusieurs fois assis sur ses genoux en train de caresser les seins de sa favorite.

On pouvait dire que l'Europe de la renaissance est peuplée de relations polygames semi-officielles. On retrouve les mêmes formes de relation dans l'Europe du Nord comme dans l'Europe du Sud, dans le harem oriental, comme dans le système de concubinage en Asie.
Il est difficile d'évaluer l'importance de la multiplication de ces formes de couple sur l'expression ou sur la validation du désir sexuel masculin ou féminin dans une Europe tiraillé entre la chasteté avec les écritures de Saint-Augustin, et la frivolité des relations sexuelles avec les maîtresses, les courtisanes ou les prostituées.


Le corps et le sexe à la renaissance

Les manuels de conseil sexuel n'étaient pas rares en Europe pendant le XVIe siècle, des manuels anciens comme celui d'Aristote conseillaient le mari d'amuser sa femme, de trouver les mots et les gestes pour augmenter son désir, pour améliorer la vie sexuelle du couple, comme le manuel sexuel d'Ovide. L'utilisation de Manuels sexuels si anciens révèle la stagnation du discours général sur la société, sur le couple, sur la sexualité. L'Europe de la renaissance reste fidèle aux acquis scientifiques et médicaux de l'empire gréco-romain.

À cette époque, avant l'imprimerie, bien que les connaissances en médecine soient rares, elles étaient réservées à l'usage des classes aisées, et instruites. La diffusion de ces manuels sexuels anciens confirme la présence d'une sexualité ludique et récréative dans l'Europe de la renaissance, une sexualité où l'expérience sensorielle avait sa place, où la confiance dans la nature et dans l'humain était le mot clé. Il faut attendre les siècles de lumières pour sortir de ce schéma, pour acquérir d'autres connaissances médicales et scientifiques, et pour changer d'approche, pour que le l'humain domine la nature et non pas de la subir.

La vie intime au XVIe siècle est influencée par plusieurs discours, par le discours scientifique et médical, par le discours religieux formulé par l'église, et par un discours sociétal insistant sur le rôle de la famille.
En 1417, Poggio Bracciolini va publier pour la première fois en Europe les poèmes de Lucrèce, sur la nature des choses, révélant pour la première fois la présence d'une philosophie épicurienne dans la Grèce antique. Les trois lettres d'Épicure vont être publiées en 1533. La philosophie épicurienne insistant sur l'importance du désir et des plaisirs dans la vie influencera progressivement la renaissance.


Lorenzo Valla publie son livre " de voluptate " pour défendre les idées épicuriennes. La philosophie épicurienne sera un prétexte pour discuter l'importance des plaisirs dans la qualité de vie, et dans la société par rapport à la vertu. Les poèmes de Lucrèce consacrant les plaisirs sensuels furent l'occasion de critiquer la philosophie épicurienne, car rejetant le divin et l'immortalité de l'âme.

 
En dépit de discours religieux austères à la renaissance, la sexualité continuait à être débattue et discutée. L'arrivée en Europe des travaux de la médecine arabe va révéler aux Européens de la renaissance l'existence de grands médecins comme Galien, Hippocrate, ou de grands médecins arabes comme Avicenne ou Averroès.  Cette modernité médicale va modifier profondément la sexualité à la renaissance, on parle ainsi de double semence, la rencontre entre la semence féminine et la semence masculine comme l'explication de la procréation humaine. Ainsi, le plaisir physique engendré par la sexualité fut validé et encouragé, selon le texte de Galien et d'Avicenne, car ce plaisir sexuel, surtout féminin, était supposé améliorer la fertilité, et la procréation.
On discuta longuement le désir sexuel masculin, et la jouissance féminine.  Hildegarde de Bingen a insisté que les hommes ont un plaisir concentré, tandis que les femmes ont une expérience plus diffuse.

L'adultère

Dans l'Europe de la renaissance, l'adultère était considérée comme une corruption, une faute grave, une agression contre la famille, et contre la société. Cependant, si l'église et les moralisateurs considéraient l'adultère comme un crime, la société était plus indulgente. Les punitions ne dépassaient pas une amende, ou une demande publique de pardon. Mais il est important de distinguer l'adultère féminine, de l'adultère masculine.

L'infidélité des femmes était lourdement punie, surtout quand il s'agit des femmes épouses de puissants comme les deux épouses du roi d'Angleterre Henri VIII. Le divorce étant non possible, l'adultère était utilisée comme un moyen efficace d'annulation du mariage. Cela pourrait expliquer la multiplication des affaires d'adultère en Europe à la renaissance.

 

La prostitution

Au XVIe siècle, il est fréquent que chaque municipalité assure la gestion de ses bordels, de Paris à Toulouse, de Francfort à Londres. Le désir sexuel masculin était considéré comme un élément de trouble. La prostitution était considérée comme une solution acceptable.

Ces bordels à la renaissance étaient gérés par des hommes d'affaires, organisés, surveillés par les autorités sanitaires, pour lutter contre les maladies vénériennes d'autant que le XVIe siècle fut le siècle de la syphilis. L'apparition de cette maladie a réduit nettement le nombre des bordels en Europe à l'époque, a accentué la surveillance sanitaire. Cependant les états européens étant faibles, les bordels illégaux étaient fréquents.

 

La chasteté

Le terme chasteté était synonyme de personnes vierges ou célibataires, se référant spécialement à une abstinence sexuelle. La chasteté était encouragée même au sein du couple et au sein du mariage. C'était l'époque des moralisants néoplatoniciens qui ont eu leur succès à la renaissance. Le corps traduit l'état d'esprit selon Saint-Augustin, la chasteté était aussi bien une affaire d'actes qu'une affaire d'idées.

Selon Saint-Augustin, la chasteté traduite une vertu de l'esprit, c'est une exigence morale à l'intérieur de l'église, à l'intérieur du couple et à l'intérieur de la société. La théorie médicale de l'époque pensait que la femme était plus chaude que l'homme, plus disposée à tomber malade et à devenir hystérique. Le désir sexuel féminin devrait être encouragé selon les idées de l'époque pour améliorer la fertilité de la femme. En face de qui, les idées moralisantes encourageaient une chasteté qui évite la parole déplacée, les idées impures, le maquillage, et les yeux trop flâneurs. Il s'agit d'une tendance moralisante interdisant toute expression sexuelle, même au sein du couple.

 

La sexualité à la renaissance

Il est possible de dire que le plaisir sexuel féminin pendant l'acte sexuel était devenu un sujet important et valorisé, même recherché durant la renaissance européenne, sous l'influence des travaux médicaux et philosophiques diffusés à l'époque.


Les croyances au Moyen Âge s'alignaient sur croyances de l'empire gréco-romain, et les théories médicales et philosophiques de Galien et d'Hippocrate. La théorie de double semence était incontournable pour expliquer la procréation, l'embryon était le résultat d'une semence masculine et d'une semence féminine. Le sperme masculin était facilement identifiable, les spéculations allaient bon train sur la nature de la semence féminine.


1- Le plaisir féminin

L'héritage médical de l'Empire romain a lié progressivement la procréation au désir sexuel féminin. Les époux étaient conseillés de rechercher le désir sexuel autant que possible, pour améliorer leurs chances d'avoir un enfant. La médecine arabe, bien que brillante sur de nombreux points, ne pouvait modifier réellement la théorie d'Hippocrate et de Galien. Le lien entre le plaisir sexuel féminin et la procréation était admis, validé. Au XIIIe siècle, des livres médicaux confirmaient qu'une prostituée, ou qu'une femme violée ne pouvait tomber enceinte, car coucher pour de l'argent ou par la force ne pouvait produire un désir sexuel, ne pouvait produire une grossesse. En cas de viol, une femme qui tombe enceinte était considérée comme non violée. Le plaisir sexuel féminin et surtout l'orgasme avaient deux fonctions précises dans les documents scientifiques de l'époque : émettre la semence féminine, et recevoir la semence masculine.
Hildegarde de Bingen (1179) a largement discuté l'importance des jeux sexuels préliminaires sur les cuisses, sur les seins, le périnée, sur le nombril pour améliorer l'excitation de la femme, et faciliter, par conséquent, la grossesse. La notion des zones érogènes était inconnue, on parlait plutôt de zones sensibles.

Plusieurs anatomistes de la renaissance ont découvert le clitoris, on peut même parler d'une redécouverte, Charles Estienne a identifié le clitoris en 1545 ; Gabriele Fallope avait décrit le clitoris en 1550 ; Realdo Colombo a publié une autre description en 1559. La question n'était plus la description du clitoris, mais ses fonctions. On pensait que le clitoris est un pénis miniature et sans fonction, ou que les femmes sont hermaphrodites.

La théorie d'Aristote sur la conception par une seule semence celle de l'homme, trouve assez d'adeptes parmi les philosophes, ou les penseurs, mais la théorie de double semence était la plus admise parmi les médecins.
À la renaissance, on jugeait l'orgasme bénéfique pour la santé féminine. On pensait que les vierges et les veuves étaient exposées au risque de suffocation de l'utérus. Les sages-femmes massaient la vulve des femmes stériles pour améliorer leurs chances d'avoir un enfant. Le droit des femmes au plaisir sexuel était admis, reconnu par les canons de l'église, et dans les lois. Ce droit était parfois un motif de rupture du mariage à l'église en cas d'impuissance masculine par exemple. À Londres, les prostituées se chargeaient d'éduquer les futurs mariés sur la sexualité des hommes, et sur leurs droits à la satisfaction sexuelle dans le couple.

 
2 - le pénis d'abord

En dépit d'indéniables avancées scientifiques et médicales, l'Europe de la renaissance ignorait plus ou moins tout sur le désir sexuel féminin, par manque de données précises sur l'anatomie et sur la physiologie du corps féminin. La sexualité en général était été axé sur le pénis, l'érection et l'éjaculation,  des phénomènes faciles à identifier à l'oeil nu. On pensait que les femmes ne pouvaient pas avoir de désir sexuel sans le pénis. Cela explique l'approche de l'Europe de la renaissance vis-à-vis de l'homosexualité féminine. Le lesbianisme ne pouvait avoir un intérêt quelconque pour une femme, car, entre deux femmes, il manque le pénis, l'instrument principal du désir et du plaisir sexuels.

Au-delà de ces discussions philosophiques et médicales, la littérature populaire était en avance, comme d'habitude, sur le discours officiel. Cette littérature s'amusait à mettre en scène des amants sans culpabilité, dans des jeux sexuels impliquant la vulve et le clitoris. Si la littérature médicale doit attendre encore cinq ou six siècles (la littérature populaire parlait déjà de cunnilingus, fellation) pour comprendre l'importance du désir féminin et masculin.

 
On retrouve dans la littérature populaire, comme celle des fabliaux (déformation en argot picard du mot fabuleux) des passages érotiques pour décrire les sensations féminines et masculines pendant l'acte sexuel. Ces passages dépassaient largement par leurs précisions les textes médicaux de l'époque.

 

Hystérie : maladie présente à la renaissance

Le XVIe siècle a bénéficié des avancées scientifiques et médicales élaborées par des médecins talentueux comme André Vésale et comme le chirurgien français Ambroise Paré (1510-1590). Ces études scientifiques sont le fondement de la science moderne, associant une approche philosophique nouvelle formulée par des philosophes importants comme René Descartes (1596-1650). Il s'agit d'une avancée spectaculaire de la pensée scientifique et médicale.

 Cependant, en dépit de ces avancées, des médecins brillants comme Thomas Willis (1621-1675) continuaient à théoriser sur l'hystérie. Willis pensait que l'utérus jouait un rôle important dans le fonctionnement du cerveau et du système nerveux.


En 1680, un autre médecin anglais, Thomas Sydenham (1624-1689), a édité un traité : une dissertation épistolaire sur les affections hystériques qui prétend que les symptômes hystériques peuvent simuler n'importe quel symptôme de maladie organique. Sydenham démontre que l'utérus n'est pas la cause primaire de la maladie, mais il existe une composante psychologique nommée hypocondrie. La sexualité féminine a  un lien avec l'hystérie à la renaissance.

 
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Lorenzo Valla, On Pleasure. De voluptate, trans. A. Kent Hieatt and Maristella Lorch, intro. Maristella de Panizza Lorch, New York: Abaris Books, 1977. Originally published in 1431 and reworked under different titles and with variations thereafter.

 

Jacqueline Holler, 'The Spiritual and Physical Ecstasies of a Sixteenth-Century': Oxford University Press, 1999, pp. 77-100.

Hildegard of Bingen, Causae et curae, ed. Paul Kaiser, Liepzig: Teubner, 1903, pp. 76-77.


Theo van der Meer, 'Tribades on Trial: Female Same-Sex Offenders in Late Eighteenth-Century Amsterdam', Journal of the History of Sexuality 1:3, 1991, pp. 424-45.


Tasca. C and all: Women And Hysteria In The History Of Mental Health. Clin Pract Epidemiol Ment Health. 2012; 8: 110-119.

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Couture

Infidelite

Ne laissez jamais l'amour vous fermer les yeux sur de petites choses. Si vous êtes dans une relation à distance ou avez des doutes... Lire la suite
dimanche 29 mai 2022 13:17
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L’autobiographie : je deviens le sujet et l’histoire

autobiographie

 

 

L’autobiographie est la biographie, l’histoire de la vie de la personne qui écrit, parfois sous la forme d’un récit à la première personne, ordonné chronologiquement ou sur d’autres formes.

 

Genre mal considéré

En France, ce genre littéraire était dévalorisé, bien plus que dans d’autres cultures. Certains critiques pensaient qu’il s’agissait d’une forme de nombrilisme sauf rares exceptions, comme les Confessions de Rousseau (1760) qui méritent un examen critique ou sérieux et une lecture attentionnée.

Faute de légitimité intellectuelle, l’autobiographie est restée en disgrâce auprès des écrivains et des critiques pendant une bonne partie du XXe siècle. Le surréalisme, par exemple, repose sur un ensemble de valeurs qui font appel au lyrisme et rejettent l’autobiographie populaire.

Après la Seconde Guerre mondiale, c’est avec l’avènement de l’existentialisme, qu’un groupe d’écrivains et d’intellectuels a fini par découvrir dans l’autobiographie, une forme compatible avec leurs préoccupations théoriques.

Dans les années 1950 et 1960, le structuralisme a pris le relais de l’existentialisme en tant que courant de nouvelles idées et méthodes dans les sciences humaines et sociales, l’autobiographie a été de nouveau écartée de l’agenda intellectuel.

Dans le dernier quart du vingtième siècle, la disparition du structuralisme a ouvert la voie au phénomène culturel connu sous le nom de « retour du sujet », l’autobiographie a finalement commencé à attirer l’attention des écrivains et des critiques contemporains.
Ni autodéterminé ni entièrement déterminé, le sujet ou le soi refiguré est continu et relationnel (par opposition à l’autonomie chez les structuralistes).

Dans ce nouveau contexte, l’autobiographie est étudiée à la fois comme un genre spécifique, synonyme de narrativité progressive, une écriture de la vie, un registre omniprésent, dispersé et diversement appelé « écriture de soi », « autographie » ou « autobiographique ».

 

Le Retour du sujet

L’apparition de l’autobiographie comme genre littéraire fréquent et accepté reflète le tournant post-moderniste vers des formes hybrides, on retrouve de nombreuses formes d’autobiographie en tant que mode et discours sur l’identité et la vie, nourris d’un large éventail d’intérêts théoriques et méthodologiques, linguistiques, psychanalytiques, et ethnographiques.
Le « retour du sujet » dans la culture a entraîné une révision de l’histoire littéraire, et une réévaluation de tout ce qui est autobiographique.

 

Définir l’autobiographie

L’autobiographie pouvait être considérée comme le récit d’un voyage interne pendant lequel le sujet s’interroge sur le sens de sa vie.

L’autobiographie apparaît comme un genre consacré à « l’écriture de soi-même ». Cette forme d’écriture dite « intime » a une histoire qui remonte au 18e siècle à la suite des œuvres biographiques du recueil de mémoires personnelles, le biographe a pris conscience de raconter sa propre personnalité de manière à écrire et décrire sa vie.

Ce nouveau point de vue fait naître le roman autobiographique à la première personne.
En France, les œuvres d’autobiographie religieuse comme les Confessions de Saint-Augustin sont admises comme des œuvres appartenant à la préhistoire du genre. Lejeune écrit :

« C’est à cette époque qu’on commence à prendre conscience de la valeur et de la singularité de l’expérience que chacun a de lui-même. On s’aperçoit aussi que l’individu a une histoire, qu’il n’est pas né adulte. »

Jean-Jacques Rousseau dans ses Confessions utilise les techniques romanesques lors de la structuration du récit rétrospectif, mais il ne
raconte pas son vécu, il attend de son écriture un renouvellement de la connaissance qu’il a de lui — même. Rousseau ne propose pas une théorie de l’autobiographie, mais il la pratique dans ses Confessions.

Philippe Lejeune définit l’autobiographie comme :


« Un récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu’elle met l’accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité.
L’autobiographie est avant tout un récit rétrospectif qui tend à la synthèse, alors que le journal intime est une écriture quasi contemporaine et morcelée qui n’a aucune forme fixe. »

Les trois genres qui se chevauchent ici, à savoir l’autobiographie, les mémoires et le journal intime nous poussent à réfléchir sur ce genre de littérature.

Il est utile de distinguer « qui parle ? » lors de la lecture du récit autobiographique, vu qu’il existe au moins trois « je » occupant trois positions : le protagoniste, le narrateur et l’auteur.

Les mémoires sont une représentation de la vie individuelle ainsi que de la vie l’époque où se passe l’histoire.

 

 

 

Un regard nouveau : le sujet est accepté

Parmi les auteurs français de la première moitié du vingtième siècle dont l’œuvre a été revisitée André Gide, Colette.
Longtemps considéré comme une source documentaire pour ceux qui s’intéressent au parcours de l’auteur, le livre « Si le grain ne meurt » (1926) de Gide est aujourd’hui considéré comme une œuvre d’une ambiguïté et d’une complexité qu’elle exige d’être traitée sur un pied d’égalité avec sa production fictionnelle la plus admirée.

 

André Gide : Si le grain ne meurt

 

                                 
  Nietzsche   ‘‘      
                              

 

Roger Martin du Gard, à qui je donne à lire ces Mémoires leur reproche de ne jamais dire assez et de laisser le lecteur sur sa soif. Mon intention pourtant a toujours été de tout dire. Mais il est un degré dans la confidence que l’on ne peut dépasser sans artifice, sans se forcer ; et je cherche surtout le naturel. Sans doute un besoin de mon esprit m’amène, pour tracer plus purement chaque trait, à simplifier tout à l’excès ; on ne dessine pas sans choisir ; mais le plus gênant c’est de devoir présenter comme successifs des états de simultanéité confuse. je suis un être de dialogue ; tout en moi combat et se contredit. Les Mémoires ne sont jamais qu’à demi sincères, si grand que soit le souci de vérité : tout est toujours plus compliqué qu’on ne le dit. Peut-être même approche-t-on de plus près la vérité dans le roman.                         
        ’’  
             

Les ambiguïtés découlent de la manière dont Gide négocie la question de sa nature homosexuelle, a conduit les spécialistes à souligner la valeur de cette autobiographie en tant qu’œuvre pionnière de littérature de confession qui suggèrent au départ un esprit sexuellement refoulé, passant par les diverses facettes de l’homosexualité de Gide, pour finir par une identité homosexuelle uniforme, facilement stéréotypée.

 

Colette : La Naissance du jour

 

                                    
  Nietzsche   ‘‘      
                              

 

Monsieur,
Vous me demandez de venir passer une huitaine de jours chez vous, c’est-à-dire auprès de ma fille que j’adore. Vous qui vivez auprès d’elle, vous savez combien je la vois rarement, combien sa présence m’enchante, et je suis touchée que vous m’invitiez à venir la voir. Pourtant, je n’accepterai pas votre aimable invitation, du moins pas maintenant. Voici pourquoi : mon cactus rose va probablement fleurir. C’est une plante très rare, que l’on m’a donnée, et qui, m’a-t-on dit, ne fleurit que sous nos climats que tous les quatre ans. Or, je suis déjà une très vieille femme, et, si je m’absentais pendant que mon cactus rose va fleurir, je suis certaine de ne pas le voir refleurir une autre fois.

La Naissance du jour 
                        
        ’’  
             

Colette fait partie des femmes écrivaines dont l’œuvre n’a pas été prise au sérieux jusqu’à ce qu’elle soit revisitée par des critiques récentes et les critiques féministes. Des œuvres autobiographiques telles que La Naissance du jour (1928) et Sido (1929) de Colette ont bénéficié des études féministes contemporaines. Le féminisme des années 1970 et 1980 réagissait contre la négligence du structuralisme à l’égard du sujet sexué et incarné. Le féminisme a été l’un des principaux moteurs du retour du sujet dans la culture.

Appréciée pour la franchise avec laquelle elle décrit les déguisements et les identités fictives du désir bisexuel, l’écriture autobiographique de Colette a été lue, comme celle de Gide, comme une autre affirmation exemplaire d’une identité dispersée.

 

Michel Leiris : L’Âge d’homme

                                    
  Nietzsche   ‘‘      
                              

 

Âgé de cinq ou six ans, je fus victime d’une agression. Je veux dire que je subis dans la gorge une opération qui consista à m’enlever des végétations ; l’intervention eu lieu d’une manière très brutale, sans que je fusse anesthésié. Mes parents avaient d’abord commis la faute de m’emmener chez le chirurgien sans me dire où ils me conduisaient. Si mes souvenirs sont justes, je m’imaginais que nous allions au cirque ; j’étais donc très loin de prévoir le tour sinistre que me réservaient le vieux médecin de la famille, qui assistait le chirurgien, et ce dernier lui-même. Cela se déroula, point par point, ainsi qu’un coup monté et j’eus le sentiment qu’on m’avait attiré dans un abominable guet-apens. Voici comment les choses se passèrent : laissant mes parents dans le salon d’attente, le vieux médecin m’amena jusqu’au chirurgien, qui se tenait dans une autre pièce en grande barbe noire et blouse blanche (telle est, du moins, l’image d’ogre que j’en ai gardée) ; j’aperçus des instruments tranchants et, sans doute, eus-je l’air effrayé car, me prenant sur ses genoux, le vieux médecin dit pour me rassurer : “Viens, mon petit coco ! On va jouer à faire la cuisine.” À partir de ce moment je ne me souviens de rien, sinon de l’attaque soudaine du chirurgien qui plongea un outil dans ma gorge, de la douleur que je ressentis et du cri de bête qu’on éventre que je poussai. Ma mère, qui m’entendit d’à côté, fut effarée.

Dans le fiacre qui nous ramena, je ne dis pas un mot ; le choc avait été si violent que pendant vingt-quatre heures il fut impossible de m’arracher une parole : ma mère, complètement désorientée, se demandait si je n’étais pas devenu muet. Tout ce que je me rappelle de la période qui suivit immédiatement l’opération, c’est le retour en fiacre, les vaines tentatives de mes parents pour me faire parler, puis, à la maison : ma mère me tenant dans ses bras devant la cheminée du salon, les sorbets qu’on me faisait avaler, le sang qu’à diverses reprises je dégurgitai et qui se confondait pour moi avec la couleur fraise des sorbets.

Ce souvenir est, je crois, le plus pénible de mes souvenirs d’enfance. Non seulement je ne comprenais pas que l’on m’eût fait si mal, mais j’avais la notion d’une duperie, d’un piège, d’une perfidie atroce de la part des adultes, qui ne m’avaient amadoué que pour se livrer sur ma personne à la plus sauvage agression.

Toute ma représentation de la vie en est restée marquée : le monde, plein de chausse-trappes, n’est qu’une vaste prison ou salle de chirurgie ; je ne suis sur terre que pour devenir chair à médecins, chair à canons, chair à cercueil ; comme la promesse fallacieuse de m’emmener au cirque ou de jouer à faire la cuisine, tout ce qui peut m’arriver d’agréable en attendant, n’est qu’un leurre, une façon de me dorer la pilule pour me conduire plus sûrement à l’abattoir où, tôt ou tard, je dois être mené. 
                        
        ’’  
                                  

 

L’Âge d’homme (1939) de Michel Leiris est décrit par l’auteur comme un « collage », un ensemble esthétique, tiré du surréalisme, de l’existentialisme, de l’ethnographie et de la psychanalyse.
Par le biais d’une confession essentiellement sexuelle, Leiris cherche à « liquider » son passé. L’Âge d’homme anticipe l’intérêt contemporain pour le genre de l’auto-ethnographie, et s’avère convaincant pour un public familier de la pensée déconstructionniste où il reconnaît l’espace ambigu entre l’écrivain et le lecteur, l’écriture de soi et la lecture de soi. 

Après L’Âge d’homme, Leiris a écrit, entre 1948 et 1976, les quatre volumes de La Règle du jeu, reconnus comme l’une des grandes œuvres autobiographiques du XXe siècle.

 

André Breton : Nadja

                                   
  Nietzsche   ‘‘      
                              

 

Nous tournons par la rue de Seine, Nadja résistant à aller plus loin en ligne droite. Elle est à nouveau très distraite et me dit de suivre sur le ciel un éclair que trace lentement une main. ‘Toujours cette main.’ Elle me la montre réellement sur une affiche, un peu au-delà de la librairie Dorbon. Il y a bien là, très au-dessus de nous, une main rouge à l’index pointé, vantant je ne sais quoi. Il faut absolument qu’elle touche cette main, qu’elle cherche à atteindre en sautant et contre laquelle elle parvient à plaquer la sienne. ‘La main de feu, c’est à ton sujet, tu sais, c’est toi.’

Elle reste quelque temps silencieuse, je crois qu’elle a les larmes aux yeux. Puis, soudain, se plaçant devant moi, m’arrêtant presque, avec cette manière extraordinaire de m’appeler, comme on appelerait quelqu’un, de salle en salle, dans un château vide : ‘André ? André ? ... Tu écriras un roman sur moi. Je t’assure. Ne dis pas non. Prends garde : tout s’affaiblit, tout disparaît. De nous, il faut que quelque chose reste... Mais cela ne fait rien : tu prendras un autre nom : quel nom veux-tu que je te dise, c’est très important. Il faut que ce soit un peu le nom du feu, puisque c’est toujours le feu qui revient quand il s’agit de toi.

La main aussi, mais c’est moins essentiel que le feu. Ce que je vois, c’est une flamme qui part du poignet, comme ceci (avec le geste de faire disparaître une carte) et qui fait qu’aussitôt la main brûle, et qu’elle disparaît en un clin d’œil. Tu trouveras un pseudonyme, latin ou arabe. Promets. Il le faut.’ Elle se sert d’une nouvelle image pour me faire comprendre comment elle vit : c’est comme le matin quand elle se baigne et que son corps s’éloigne tandis qu’elle fixe la surface de l’eau. ‘Je suis la pensée sur le bain dans la pièce sans glaces.

Nadja

                        
        ’’  
                                 

 

Le surréalisme, rarement considéré comme un mouvement défendant l’autobiographie, a participé à l’autobiographie. Partant de la question « Qui suis-je ? Nadja (1928) d’André Breton annonce l’intention de l’auteur : “Je suis un homme, je suis un homme” pour explorer certains des fonctionnements les plus irrationnels dont beaucoup sont incorporés dans le récit d’une histoire d’amour.

L’ambition de Breton d’écrire sur lui-même est complétée par des modèles hybrides entre roman et autobiographie : Les Vases communicants (1932), L’Amour fou (1937), et Arcane 17 (1944).

 

Sartre : Les mots

                                   
  Nietzsche   ‘‘      
                              

 

Ma mère cachait mal son indignation : cette grande et belle femme s’arrangeait fort bien de ma courte taille, elle n’y voyait rien que de naturel : les Schweitzer sont grands et les Sartre petits, je tenais de mon père, voilà tout. Elle aimait que je fusse, à huit ans, resté portatif et d’un maniement aisé : mon format réduit passait à ses yeux pour un premier âge prolongé. Mais, voyant que nul ne m’invitait à jouer, elle poussait l’amour jusqu’à deviner que je risquais de me prendre pour un nain — ce que je ne suis pas tout à fait — et d’en souffrir. Pour me sauver du désespoir, elle feignait l’impatience : ‘Qu’est-ce que tu attends, gros benêt ? Demande-leur s’ils veulent jouer avec toi.’ Je secouais la tête : j’aurais accepté les besognes les plus basses” je mettais mon orgueil à ne pas les solliciter. Elle désignait des dames qui tricotaient sur des fauteuils de fer : “Veux-tu que je parle à leurs mamans ?” Je la suppliais de n’en rien faire ; elle prenait ma main, nous repartions, nous allions d’arbre en arbre et de groupe en groupe, toujours implorants, toujours exclus. Au crépuscule, je retrouvais mon perchoir, les hauts lieux où soufflait l’esprit, mes songes : je me vengeais de mes déconvenues par six mots d’enfant et le massacre de cent reîtres                         
        ’’  
                                 

 

Entre le milieu des années 1940 et le milieu des années 1960, des œuvres telles que le Journal du voleur de Jean Genet, Le Traître d’André Gorz (1958), les Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir (1958) et La Bâtarde (1964) de Violette Leduc ont démontré de multiples façons la nécessité d’une réévaluation de l’autobiographie en tant que telle.

Parmi ce groupe d’écrivains, le principal promoteur de l’autobiographie sur le plan théorique était Jean-Paul Sartre. Dans son essai influant, Questions de méthode (1957), Sartre remplace la notion traditionnelle de fil conducteur d’une vie par celle de projet, caractérisé comme l’orientation dynamique par laquelle une conscience cherche à affronter et à surmonter les contraintes de son environnement. Il a appliqué à lui-même sa propre théorie dans une œuvre qui s’est avérée être le point culminant de l’autobiographie existentialiste. Dans Les Mots (1964), Sartre se livre à une démystification impitoyable de l’enfance, de l’enfant qu’il a été, des membres de sa famille et de toute la société bourgeoise dont l’idéologie lui a été imposée par son grand-père.

Rarement l’enfance a été traitée dans le contexte de l’autobiographie avec une telle verve intellectuelle et un aussi brillant style, par un narrateur distant et « dissonant ». L’ironie de Sartre dans Les Mots va jusqu’à englober l’autobiographie elle-même.

 

Marcel Pagnol : La Gloire de mon père

                                   
  Nietzsche   ‘‘      
                              

 

C’étaient des perdrix, mais leur poids me surprit : elles étaient aussi grandes que des coqs de basse-cour, et j’avais beau hausser les bras, leurs becs rouges touchaient encore le gravier.

Alors mon cœur sauta dans ma poitrine : des bartavelles ! Des perdrix royales ! Je les emportai vers le bord de la barre – c’était peut-être un doublé de l’oncle Jules ?

[…] Le vallon, assez large et peu boisé, n’était pas très profond. L’oncle Jules venait de la rive d’en face, et il criait, sur un ton de mauvaise humeur :

— Mais non, Joseph, mais non ! Il ne fallait pas tirer ! Elles venaient vers moi ! C’est vos coups de fusil pour rien qui les ont détournées !

J’entendis alors la voix de mon père, que je ne pouvais pas voir, car il devait être sous la barre :

— J’étais à bonne portée, et je crois bien que j’en ai touché une !

— Allons donc, répliqua l’oncle Jules avec mépris. Vous auriez pu peut-être en toucher une, si vous les aviez laissé passer ! Mais vous avez eu la prétention de faire le “coup du roi” et en doublé ! Vous en avez déjà manqué un ce matin, sur des perdrix qui voulaient se suicider, et vous l’essayez encore sur des bartavelles, et des bartavelles qui venaient vers moi !

— J’avoue que je me suis un peu pressé, dit mon père, d’une voix coupable… Mais pourtant…

— Pourtant, dit l’oncle d’un ton tranchant, vous avez bel et bien manqué des perdrix royales, aussi grandes que des cerfs-volants, avec un arrosoir qui couvrirait un drap de lit. Le plus triste, c’est que cette occasion unique, nous ne la retrouverons jamais ! Et si vous m’aviez laissé faire, elles seraient dans notre carnier !

— Je le reconnais, j’ai eu tort, dit mon père. Pourtant, j’ai vu voler des plumes…

— Moi aussi, ricana l’oncle Jules, j’ai vu voler de belles plumes, qui emportaient les bartavelles à soixante à l’heure, jusqu’en haut de la barre, où elles doivent se foutre de nous !

Je m’étais approché, et je voyais le pauvre Joseph. Sous sa casquette de travers, il mâchonnait nerveusement une tige de romarin, et hochait une triste figure. Alors, je bondis sur la pointe d’un cap de roches, qui s’avançait au-dessus du vallon et, le corps tendu comme un arc, je criai de toutes mes forces : “Il les a tuées ! Toutes les deux ! Il les a tuées !”

Et dans mes petits poings sanglants d’où pendaient quatre ailes dorées, je haussais vers le ciel la gloire de mon père en face du soleil couchant. »

La gloire de mon père
                        
        ’’  
                                                        

 

En 1957, Marcel Pagnol publie deux romans autobiographiques qui allaient devenir un succès populaire, où l’enfance témoigne du temps, des lieux, et des mouvements de la société. Le cycle « Souvenirs d’enfance » est composé de quatre romans : La Gloire de mon père (1957), Le Château de ma mère (1957), Le Temps des secrets (1960) et Le Temps des amours (1977, posthume).
Pagnol propose un roman familial, La Gloire de mon père, dès sa parution, en 1957, est salué comme marquant l’avènement d’un grand prosateur. Joseph, le père instituteur, Augustine la timide maman, l’oncle Jules, la tante Rose, le petit frère Paul, deviennent immédiatement aussi populaires que Marius, César ou Panisse. Et la scène de la chasse de la bartavelle se transforme immédiatement en dictée d’école primaire.


Barthes : Roland Barthes par Roland Barthes

                                    
  Nietzsche   ‘‘      
                              

 

J’aime : la salade, la cannelle, le fromage, les piments, la pâte d’amandes, l’odeur du foin coupé (j’aimerais qu’un “nez” fabriquât un tel parfum), les roses, les pivoines, la lavande, le champagne, des positions légères en politique, Glenn Gould, la bière excessivement glacée, les oreillers plats, le pain grillé, les cigares de Havane, Haendel, les promenades mesurées, les poires, les pêches blanches ou de vigne, les cerises, les couleurs, les montres, les stylos, les plumes à écrire, les entremets, le sel cru, les romans réalistes, le piano, le café, Pollock, Twombly, toute la musique romantique, Sartre, Brecht, Verne, Fourier, Eisenstein, les trains, le médoc, le bouzy, avoir la monnaie, Bouvard et Pécuchet, marcher en sandales le soir sur les petites routes du Sud Ouest, le coude de l’Adour vu de la maison du docteur L., les Marx Brothers, le serrano à sept heures du matin en sortant de Salamanque, etc.

Je n’aime pas : les loulous blancs, les femmes en pantalon, les géraniums, les fraises, le clavecin, Miro, les tautologies, les dessins animés, Arthur Rubinstein, les villas, les après midi, Satie, Bartok, Vivaldi, téléphoner, les chœurs d’enfants, les concertos de Chopin, les bransles de Bourgogne, les danceries de la Renaissance, l’orgue, M. A. Charpentier, ses trompettes et ses timbales, le politico sexuel, les scènes, les initiatives, la fidé­lité, la spontanéité, les soirées avec des gens que je ne connais pas, etc.

J’aime, je n’aime pas : cela n’a aucune importance pour personne ; cela, apparemment, n’a pas de sens. Et pourtant tout cela veut dire : mon corps n’est pas le même que le vôtre. Ainsi, dans cette écume anar­chique des goûts et des dégoûts, sorte de hachurage distrait, se dessine peu à peu la figure d’une énigme corporelle, appelant complicité ou irrita­tion. Ici commence l’intimidation du corps, qui oblige l’autre à me supporter libéralement, à rester silencieux et courtois devant des jouissances ou des refus qu’il ne partage pas.

(Une mouche m’agace, je la tue : on tue ce qui vous agace. Si je n’avais pas tué la mouche, c’eût été par pur libéralisme : je suis libéral pour ne pas être un assassin.)
                        
        ’’  
                                 

 

Le structuralisme a constitué un paradigme intellectuel qui s’est avéré inhospitalier à l’autobiographie. Alors que le structuralisme commençait à s’effondrer au milieu des années 1970, le « retour » du sujet a été annoncé par un groupe d’intellectuels étroitement liés à la pensée structuraliste, comme Roland Barthes.

Dans son célèbre essai « La Mort de l’auteur » (1968), Barthes critique le principe de « sujet fondateur » imposé par le structuralisme. Quelques années plus tard, il surprend ses lecteurs avec un autoportrait, Roland Barthes par Roland Barthes (1975).
Composé de fragments, le texte prend la forme de ce que Barthes lui-même appelle un « patchwork ». Cet autoportrait s’écrit sur le fil du rasoir entre « retour » à l’autobiographie et critique de l’autobiographie.

 

Patrick Modiano : Livret de famille

                                  
  Nietzsche   ‘‘       
                              

 

Je descendis les escaliers de l’hôpital en feuilletant un petit cahier à couverture de cuir rouge, le : ‘Livret de Famille’. Ce titre m’inspirait un intérêt respectueux comme celui que j’éprouve pour tous les papiers officiels, diplômes, actes notariés, arbres généalogiques, cadastres, parchemins, pedigrees… Sur les deux premiers feuillets figurait l’extrait de mon acte de mariage, avec mes nom et prénoms, et ceux de ma femme. On avait laissé en blanc les lignes correspondant à : ‘fils de’, pour ne pas entrer dans les méandres de mon état civil. J’ignore en effet où je suis né et quels noms au juste, portaient mes parents lors de ma naissance
                        
        ’’  
             

 

Année charnière, 1975 voit la publication de W ou le souvenir d’enfance de Georges Perec, une œuvre novatrice où l’autobiographie d’enfance alterne avec la reconstitution d’une fiction écrite pour la première fois par l’auteur à l’âge de treize ans.

Publié en 1975, Le Pacte autobiographique de Philippe Lejeune devient l’étude qui a presque à elle seule relancé l’intérêt critique pour le genre. Ce que Lejeune n’a sans doute pas su anticiper, c’est le virage vers des formes hybrides d’écriture autobiographique déjà signalé par les expériences révolutionnaires de Barthes.

Deux ans plus tard, la publication du Livret de famille de Patrick Modiano, à la fois une autobiographie, une série de croquis biographiques et un recueil de nouvelles, livre hétéroclite et agréable mélange de genres.

En France, la plupart des autobiographies produites à partir de la fin des années 1970 par les anciens nouveaux romanciers, notamment Enfance de Nathalie Sarraute (1983), L’Amant de Marguerite Duras (1984) et les trois volumes des Romanesques d’Alain Robbe-Grillet (1985-2001), peuvent être considérées comme des ‘autofictions’.

 

Duras : l’amant

 

                                 
  Nietzsche   ‘‘      
                              

 

Il n’y avait pas un souffle de vent et la musique s’était répandue partout dans le paquebot noir, comme une injonction du ciel dont on ne savait pas à quoi elle avait trait, comme un ordre de Dieu dont on ignorait la teneur.

Et la jeune fille s’était dressée comme pour aller à son tour se tuer, se jeter dans la mer et après elle avait pleuré parce qu’elle avait pensé à cet homme et elle n’avait pas été sûre tout à coup de ne pas l’avoir aimé d’un amour qu’elle n’avait pas vu parce qu’il s’était perdu dans l’histoire comme l’eau dans le sable et qu’elle le retrouvait seulement maintenant à cet instant de la musique jetée à travers la mer...
[...] Des années après la guerre, après les mariages, les enfants, les divorces, les livres, il était venu à Paris avec sa femme. Il lui avait téléphoné...

Et puis il le lui avait dit. Il lui avait dit que c’était comme avant, qu’il l’aimait encore, qu’il ne pourrait jamais cesser de l’aimer, qu’il l’aimerait jusqu’à sa mort...

                        
        ’’  
                                   

 

Le terme ‘autofiction’ est une approche postmoderne de l’autobiographie, qui apparait à la fin du 20e siècle. Les modèles contemporains mettent l’accent sur les incertitudes du ‘moi’, sur l’identité, l’expérience et la mémoire ; on retrouve L’Ecriture ou la vie de Jorge Semprun (1994), et La Traversée des lignes (1997) de Béatrice de Jurquet. La fiction ne s’impose plus comme le contrepoids de l’autobiographie, mais plutôt comme la seule possibilité pour témoigner de notre propre vie et de celle des autres.

 

 

Conclusion

Le succès populaire de certaines autobiographies comme celle de Marcel Pagnol, littéraire et commerciale comme celle de Duras ou critique de celle de Sartre ou Mondiano confirme que ce genre si décrié par le passé a trouvé ses lettres de noblesse et sa place dans la littérature.

Les distinctions académiques en dépit de leur importance sont dépassées, on retrouve actuellement des textes hybrides associant une structure d’autibiographie à l’autofiction, aux lettres ou aux blogs.

Ce résumé historique montre combien le roman en France a changé, sous l’influence de nombreux courants de critiques et d’analyse, des romanciers modernistes et surtout sous l’influence des lecteurs français qui recevaient mieux des romans qui parlent de la vie personnelle voire intime.

 

Références

Philippe Lejeune, Le Pacte autobiographique, [1975], Paris, Éditions du Seuil, 1996, (Coll.Points Essais)

Philippe Lejeune, L’Autobiographie en France, [1971], Paris, Armand Colin, 2004, (Coll.Cursus)

Philippe Gasparini : Roman autobiographique et autofiction. Paris, Éditions du Seuil, 2004

 

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Ces concepts qui ont fondé notre science moderne

science-

science

 

 

 

Définir la théorie scientifique


- complète et sans exception
Pour durer, une théorie scientifique doit être complète, et ne comporte aucune exception. Par exemple, il est impossible d’accepter la loi de la gravité de Newton si, de temps en temps, des blocs de pierre flottent dans l’air.


- valeur prédictive
Le pouvoir prédictif est important : la théorie doit pouvoir être testée. Par exemple, la conception de l'aile d'un avion signifie qu'une fois que l'avion atteint une certaine vitesse, nous prédisons qu'il s'élèvera dans les airs, comme cela se produit à chaque occasion observée.

- appel aux mathématiques sauf exception
Les théories les plus logiques sont celles qui font appel aux mathématiques. À partir des lois du mouvement et de la gravité de Newton, nous pouvons, par le biais de calculs mathématiques, faire des déductions (aller du général au particulier) sur une série de phénomènes, du balancement d'un pendule au moment de la prochaine éclipse solaire.
Mais certaines théories n'utilisent pas des concepts mathématiques : la théorie de l'évolution de Darwin, par exemple, possède un certain pouvoir explicatif sans recourir aux mathématiques. Les théories relatives à la biologie et aux sciences médicales n’utilisent pas toujours les mathématiques.

Les mathématiques


Les mathématiques sont l'étude des nombres, des quantités, des formes et de l'espace, ainsi que de leurs interactions.
Les mathématiques appliquées utilisent des techniques mathématiques pour nous aider à comprendre les processus physiques et technologiques. Les mathématiques pures sont entièrement abstraites : elles ne dépendent pas de ce qui se passe dans le monde physique, ni même de quoi que ce soit d'extérieur à elles.


La vérité d'une théorie mathématique dépend de la logique et d'une preuve formelle rigoureuse, et non de l'expérience.

 

Une théorie mathématique est présentée sous la forme d'une série d'axiomes (un axiome est une proposition non démontrée, utilisée comme fondement d’un raisonnement ou d’une théorie mathématique) et à partir desquels l'ensemble de la théorie peut être déduit. Au début du vingtième siècle, les mathématiciens pensaient qu'il était possible de démontrer que leur sujet était un système complet et autorégulé. Cependant, en 1931, l’Autrichien Kurt Gödel a démoli cet espoir en prouvant que dans un système mathématique basé sur un nombre fini d'axiomes, il y aura toujours des propositions qui sont vraies, mais qui ne peuvent pas être prouvées à partir des axiomes.

 

Changement de paradigme

Le philosophe français Gaston Bachelard introduit le concept de rupture épistémologique pour décrire comment la science doit changer de théorie et de méthode en cas d’échec.

Dans son ouvrage de 1962 intitulé « La structure des révolutions scientifiques », le philosophe épistémologiste, l’américain Thomas S. Kuhn a suggéré que:

 

la science ne se développe pas de manière continue et linéaire, mais plutôt par une série de "changements de paradigmes".

 

En philosophie des sciences, un paradigme est une vision très générale du monde, un cadre conceptuel dans lequel les scientifiques opèrent, et dans lequel toute investigation particulière est entreprise. Dans le cadre d'un paradigme donné, les chercheurs poursuivent une "science normale", résolvant les problèmes posés selon la vision connue du monde, sans chercher à la remettre en question.


Un changement de paradigme est une rupture, une révolution scientifique au cours de laquelle un paradigme en remplace un autre. Cela conduit à une période de "science révolutionnaire" au cours de laquelle de nouvelles perspectives s'ouvrent, de nouvelles pistes de recherche se présentent et de nouvelles questions sont posées sur les anciennes données et sur les anciennes hypothèses. Les changements de paradigme se produisent lorsque des incohérences et des énigmes insolubles du paradigme existant s'accumulent.

L'exemple classique d'un changement de paradigme est la prise de conscience par Nicolas Copernic (1473-1543) que l'ancien modèle ptolémaïque de l'univers centré sur la terre ne pouvait pas expliquer les observations accumulées sur les planètes. En émettant l'hypothèse que la Terre tournait autour du Soleil, et non l'inverse, il a constaté que son nouveau modèle correspondait mieux aux données. Le modèle de Copernic centré sur le Soleil a été dénoncé par l'Église catholique romaine, car il éloignait la Terre, et donc l'humanité, du centre de l'univers.

Un autre changement spectaculaire de paradigme, citons le renversement de la mécanique newtonienne par la physique quantique et la relativité au début du vingtième siècle.
En mettant en lumière les changements de paradigme, Kuhn a montré que la science est en fait une activité humaine. En tant que telle, la science est dans une certaine mesure subjective, façonnée par des facteurs sociaux, culturels et historiques.

 

Espace

L'espace est l'étendue sans limites dans laquelle tous les objets sont situés. Dans le cadre de l'espace, les positions des objets, les uns par rapport aux autres, peuvent être données par la distance et la direction. L'espace, l'une des grandeurs fondamentales de la science, est mesuré par le mètre.
Selon la mécanique newtonienne, l'espace a trois dimensions linéaires et est absolu, existant indépendamment de toute matière.
Selon la théorie de la relativité, l'espace fait partie du continuum espace-temps, le temps étant la quatrième dimension. La relativité nous dit que l'espace-temps n'est pas absolu et ses deux aspects peuvent être déformés par les champs gravitationnels autour des objets massifs.
La théorie du Big Bang postule que l'espace-temps est apparu il y a 13,7 milliards d'années et que, depuis cet événement, il n'a cessé de s'étendre. Dans l'abstrait, l'espace est conçu comme illimité, mais la question de savoir si l'univers lui-même est infini, continue de préoccuper les cosmologistes.



Selon la théorie générale de la relativité, l'espace-temps agit comme une "feuille de caoutchouc" ou un « drap » qui peut être déformée par la présence de grandes masses.

Temps


Le temps est l'une des dimensions fondamentales de la physique. Il mesure la durée, en relation avec un processus périodique régulier tel que la rotation de la Terre ou l'émission de radiations par des atomes de césium (utilisé comme base pour la définition moderne de la seconde, l'unité fondamentale du temps).


Notre expérience subjective du temps suggère qu'il n'est pas absolu, le temps est long lorsque nous nous ennuyons et s’accélère lorsque nous nous amusons. De notre point de vue, le passé, le présent et le futur se chevauchent.


Contrairement à cette expérience, la mécanique classique newtonienne insiste sur le fait que le temps s'écoule à une vitesse uniforme. Mais les théories de la relativité d'Einstein nous apprennent que le temps n'est pas absolu et qu'aux vitesses approchant celle de la lumière (par rapport à l'observateur), le temps est dilaté. Avec l'espace, le temps forme le continuum quadridimensionnel appelé espace-temps.

Le temps peut être défini comme le cadre dans lequel le changement se produit. Il semble également avoir une direction : bien que la plupart des lois de la physique permettent aux processus d'aller dans les deux sens, certaines ne le permettent pas.

 

C'est le cas de la deuxième loi de la thermodynamique, formulée au XIXe siècle, qui stipule que l'entropie (désordre ou chaos) de tout système augmente avec le temps. Les roches s'effritent, les voitures rouillent, les êtres vivants meurent et se décomposent - autant de processus irréversibles.


Selon la théorie du Big Bang, l'univers a commencé il y a 13,7 milliards d'années. Si le temps existait avant cela, alors ce qui s'est passé dans cette période antérieure n'a pu avoir aucun effet sur la période actuelle.

La deuxième loi de la thermodynamique suggère que tout mouvement et tout changement, et que le temps lui-même finira par cesser. Les cosmologistes rappellent que notre univers n'est qu'un univers parmi une myriade d'autres, et que la fin de notre univers n’est pas la fin de tout.

 

 

L'infini

L’infini est une quantité, grande ou petite, sans fin ni limite. C'est l'un de ces concepts que l'esprit humain a du mal à appréhender, notamment en ce qui concerne le temps et l'espace.
Il est presque impossible d'imaginer "l'éternité", et pourtant la notion de limite de l'espace ou de fin du temps est tout aussi problématique : on finit toujours par se demander ce qu'il y a au-delà de la limite ou ce qui se passe après la fin du temps. Les physiciens n'ont pas encore apporté de réponses concluantes.

En mathématiques, le concept d'infinitésimaux (quantités infiniment petites, mais supérieures à zéro) est essentiel.

Deux siècles plus tard, le mathématicien allemand Georg Cantor (1845-1918) a développé une arithmétique de l'infini, c'est-à-dire une extension, aux nombres qui lui servent à mesurer l'infini, des règles de calcul qu'on applique aux nombres entiers, servant à mesurer le fini. Il a montré qu’il existe différents infinis, dont certains sont plus grands que d'autres.

 

Matière

La matière est toute substance, solide, liquide ou gazeuse, qui occupe de l'espace et possède une masse. La théorie atomique moderne a vu le jour au début du XIXe siècle lorsque le chimiste anglais John Dalton (1766-1844) a proposé que les substances homogènes soient constituées de minuscules particules identiques appelées atomes.

Ces derniers sont essentiellement indivisibles et restent inchangés au cours des réactions chimiques.
Dalton ne faisait pas de distinction entre les atomes et les molécules. Les atomes sont les unités de base des éléments (hydrogène, oxygène, fer, or, uranium, etc.), et diffèrent en masse et en propriétés chimiques selon l'élément concerné. Les molécules sont composées de plus d'un atome, généralement d'éléments différents et sont les unités de base des composés chimiques. Par exemple, une molécule d'eau comporte deux atomes d'hydrogène et un d'oxygène.

À la fin du XIXe siècle, le physicien Thomson (1856-1940) a découvert l'électron, une minuscule particule chargée négativement au sein de l'atome. Cette découverte a montré que les atomes sont divisibles et a déclenché des recherches intensives sur la structure atomique.

Le modèle qui a émergé décrit l'atome comme un espace vide, dans lequel un minuscule noyau est entouré de "nuages" d'électrons chargés négativement. Le noyau contient la majeure partie de la masse de l'atome et se compose de protons (particules à charge positive) et de neutrons (qui n'ont pas de charge).

D'autres recherches sur les particules fondamentales ont conduit au "modèle standard" de la physique des particules.

Nos hypothèses sur la nature de la matière ont été troublées par la théorie quantique, qui introduit l'idée que les électrons et diverses autres particules peuvent se comporter comme des ondes.

 

Une autre hypothèse, selon laquelle la matière ne peut être ni créée ni détruite, a été démolie lorsqu'Einstein a proposé sa formule E = mc2 qui montre que la matière peut être convertie en énergie et vice versa, comme le démontrent la fission et la fusion nucléaires, à la base des armes et de l'énergie nucléaires.

 

Théorie des ondes

Nous considérons les vagues comme des ondulations dans un plan d'eau. De nombreux phénomènes physiques, son, lumière, et rayons X sont constitués d'ondes.
Une onde est un changement périodique ou une oscillation qui se propage dans un milieu ou un espace. La plupart transportent de l'énergie d'un endroit à un autre.

 

Les ondes sonores transfèrent de l'énergie mécanique, tandis que les ondes lumineuses transfèrent de l'énergie électromagnétique.


Dans les ondes transversales, les oscillations sont perpendiculaires à la direction du déplacement, tandis que dans les ondes longitudinales, elles sont parallèles à la direction du déplacement.


Les ondes ont trois caractéristiques en commun : l'amplitude, la longueur et la fréquence. Les ondes peuvent être réfléchies, où elles rebondissent sur une surface, réfractées où elles sont déviées par le passage dans un autre milieu et diffractées quand elles s'étalent après avoir traversé un petit espace. Elles peuvent interférer entre elles. Quel que soit le type d'onde, ces caractéristiques peuvent être décrites à l'aide de formules mathématiques.

 

La mécanique newtonienne

La mécanique est la branche de la physique qui décrit le mouvement des objets, que ce soit à l'échelle galactique ou subatomique. La plupart des types de mouvement, de l'orbite d'une planète à la trajectoire d'un boulet de canon, peuvent être décrits par les trois lois du mouvement et la loi de la gravitation formulées par Isaac Newton (1642-1727).


Le concept de force est sous-jacent aux lois de Newton. Une force est tout ce qui modifie le taux de changement de la vitesse d'un corps. Ce taux de changement peut impliquer une accélération ou une décélération dans une direction uniforme, ou un changement dans la direction du mouvement.


La première loi du mouvement de Newton stipule qu'un corps reste au repos ou se déplace en ligne droite et à une vitesse constante, à moins qu'il ne soit soumis à une force extérieure. La tendance d'un corps à rester au repos ou à se déplacer à une vitesse constante est nommée son inertie. Celle-ci dépend de la masse du corps.

La deuxième loi de Newton stipule que la force agissant sur un corps est égale au changement créé dans son élan.

La troisième loi stipule que toute force d'action est modérée par une réaction égale et opposée.

La loi de la gravitation de Newton stipule que toute masse dans l'univers exerce une force sur toute autre masse, et que cette force est directement proportionnelle à la masse. La gravitation elle-même est l'une des forces fondamentales de la nature et n'est que partiellement comprise.

 

Les lois de Newton ont fait preuve d’un étonnant pouvoir de prédiction et d’applications pratiques. Cependant, la relativité et la théorie quantique montrent que les lois de Newton ne s'appliquent ni à des vitesses proches de celle de la lumière, ni à l'échelle subatomique.

 

Électromagnétisme

Le magnétisme et l'électricité étaient mal compris jusqu'au début du XIXe siècle, lorsqu'une série d'expériences a montré qu'un courant électrique circulant dans un fil de cuivre affectait les aiguilles de boussoles magnétiques situées à proximité. Il devint évident que le magnétisme et l'électricité étaient des forces qui pouvaient agir l'une sur l'autre à distance. En 1831, Michael Faraday (1791-1867) a démontré qu'un courant électrique apparait dans un fil s'il est soumis à un champ magnétique variable.
Ce phénomène est à la base du générateur électrique, tandis que le processus inverse est à la base du moteur électrique.


Plus tard au XIXe siècle, le physicien James Clerk Maxwell (1831-79) a proposé que l'électricité et le magnétisme soient des manifestations d'une seule force électromagnétique et que les oscillations électriques génèrent des ondes électromagnétiques.

 

D'autres recherches ont validé ses théories et ont permis de découvrir que les ondes radio, les rayons X, en passant par la lumière visible, sont de nature électromagnétique.

 

Théorie quantique

Vers la fin du XIXe siècle, l'observation de divers phénomènes liés au rayonnement électromagnétique a soulevé des questions auxquelles la physique classique semblait incapable de répondre. Puis, en 1900, le physicien Max Planck a suggéré que le rayonnement électromagnétique - y compris la lumière - n'est pas émis sous forme d'onde continue, mais sous forme de petits paquets d'énergie appelés quanta. Planck a lié l'énergie (E) de chaque quantum à la fréquence de l'onde (f) dans l'équation E = hf, où h est la constante de Planck.

L'effet photoélectrique, dans lequel des électrons sont émis lorsque la lumière ou d'autres formes de rayonnement électromagnétique frappent certains métaux est resté sans explication. En 1905, Albert Einstein a proposé que cet effet ne pût être expliqué que si la théorie quantique de la lumière de Planck était validée. Dans le cas de l'effet photoélectrique, la lumière ne se comporte pas comme une onde, mais comme un flux de particules (photons). Deux décennies plus tard, le physicien français Louis Victor de Broglie (1892-1987) a suggéré que les électrons présentaient une "dualité onde-particule" similaire.

L'idée de Planck a incité le physicien danois Niels Bohr à suggérer en 1913 qu'à l'intérieur de l'atome, les électrons ne peuvent se déplacer que sur certaines orbites autorisées, chacune ayant son propre niveau d'énergie. Lorsqu'un électron saute d'un niveau d'énergie supérieur à un niveau inférieur, un rayonnement est libéré sous forme de quanta.
En 1927, le physicien allemand Heisenberg a élaboré son célèbre principe d'incertitude. La mécanique newtonienne suppose que la position et la quantité de mouvement d'un corps peuvent être mesurées simultanément avec une précision infinie. Le principe d'incertitude stipule qu'à l'échelle atomique et subatomique, cela n'est pas possible, car l'acte même d'observer modifie le résultat.


La théorie quantique, qui ébranle de nombreux cadres conceptuels tels que la causalité, peut sembler contraire au bon sens. Mais elle a trouvé d'innombrables applications pratiques, notamment dans notre compréhension des semi-conducteurs, la base de la technologie informatique moderne.

Relativité

La mécanique newtonienne considère que la masse, l'espace et le temps sont tous absolus. Ces hypothèses fonctionnent parfaitement bien, mais la théorie spéciale (1905) et la théorie générale (1915) de la relativité d'Albert Einstein ont proposé que, dans certaines circonstances, la mécanique newtonienne ne s'applique plus.


La théorie spéciale de la relativité stipule que rien ne peut voyager plus vite que la vitesse de la lumière, qui, dans le vide, est constante, quel que soit le mouvement de l'observateur. Si un objet passe rapidement devant un observateur, il semblera être devenu plus court et plus massif, bien que cet effet ne soit significatif qu'à des vitesses proches de celle de la lumière. De même, une horloge passant à des vitesses similaires par rapport à l'observateur semblera fonctionner plus lentement que lorsqu'elle est au repos.

 

La théorie générale propose l'idée d'espace-temps, et affirme que la masse peut "courber" à la fois l'espace et la lumière via la gravité. Des expériences ont par la suite validé les théories d'Einstein.

La théorie des cordes

Ce modèle de la physique concerne trois des quatre forces fondamentales de la nature et utilise la mécanique quantique pour décrire la manière dont ces forces affectent les particules subatomiques.
S'appuyant sur des modèles antérieurs de l'atome, les physiciens théoriques ont proposé, à partir du milieu du XXe siècle, un large éventail de particules subatomiques. Ces propositions ont permis d'expliquer divers résultats expérimentaux, et l'existence de nombre de ces particules hypothétiques a été établie par la suite. Par exemple, en 1964, le physicien américain Murray Gell-Mann a proposé que les protons et les neutrons présents dans les noyaux atomiques soient chacun constitués de trois particules encore plus petites, qu'il a appelées quarks. Ceux-ci ont été découverts depuis.

 

Les quarks sont une catégorie de particules élémentaires. Ils sont maintenus ensemble par la force nucléaire par échange de particules appelées gluons.


Les gluons sont un type de boson, une catégorie de particule élémentaire qui sert de médiateur aux forces fondamentales. La force nucléaire impliquée dans certains types de radioactivité est médiée par les bosons W et Z, tandis que la force électromagnétique est médiée par les photons.

La force électromagnétique provoque l'interaction entre des particules chargées électriquement, comme les protons et les électrons. Les électrons appartiennent à la troisième classe de particules élémentaires, les leptons. Parmi les autres leptons figure le neutrino, qui n'a aucune charge et pratiquement aucune masse.

Ce modèle standard ne tient pas compte de la quatrième force fondamentale, la gravitation, qui est régie par la relativité générale.

Une tentative de réconciliation de la mécanique quantique et de la relativité générale en une "théorie du tout" est la théorie des cordes, qui suggère que les électrons et les quarks sont des "cordes" unidimensionnelles oscillantes. La théorie des cordes reste controversée, car elle nécessite des dimensions supplémentaires non observées et n'a pas encore fait de prédictions vérifiables.

 

Le Big Bang


En 1929, l'astronome américain Hubble observe que diverses galaxies
s'éloignent. Cela a donné naissance à l'idée que l'univers est en expansion. L’idée du Big Bang est née.
Au début, l'univers était petit, très dense et très chaud, il était composé des particules élémentaires simples. L'expansion a été rapide et, en quelques minutes, les protons et les neutrons se sont assemblés pour former les noyaux d'hydrogène et d'hélium, qui ont commencé à fusionner pour former des étoiles, au sein desquelles d'autres éléments ont rapidement été créés.
L'expansion s'est poursuivie, mais on ignore si elle se poursuivra éternellement. Si l'univers a une masse suffisante, sa gravité peut finir par le ramener dans un "Big Crunch", ce qui pourrait conduire à un autre Big Bang. Dans le cas contraire, l'expansion se poursuivra éternellement et l'univers connaîtra une longue mort froide.

La théorie du chaos

La théorie du chaos est un domaine des mathématiques qui étudie comment de petites différences dans les conditions initiales au sein de systèmes dynamiques complexes peuvent aboutir à des résultats différents. La théorie du chaos a été appliquée à des systèmes dans de nombreux domaines, comme la météorologie, la biologie et la physique. Bien que ces systèmes soient déterministes, sans éléments aléatoires, la façon apparemment chaotique dont ils se comportent rend la prédiction très difficile.

Un des premiers pionniers de la théorie du chaos fut le mathématicien américain Edward Lorenz. En 1961, Lorenz utilisait un modèle informatique pour prédire le temps. Il a commencé par saisir des données relatives à des variables interdépendantes telles que la température, l'humidité, la pression atmosphérique, la force et la direction du vent. La première fois qu'il a lancé le programme, il a tapé un chiffre de 0,506127 pour l'une des variables. Puis, lorsqu'il a relancé le programme, il a pris un raccourci en tapant le chiffre arrondi de 0,506. Le scénario météorologique qui en a résulté la deuxième fois était complètement différent du premier. L'infime disparité de 0.000127 avait eu un effet énorme.

En 1963, un collègue de Lorenz a fait remarquer que s'il avait raison, "un seul battement d'ailes d'une mouette suffirait à modifier le temps pour toujours". En 1972, dans le titre d'un article, Lorenz demandait : "Le battement d'ailes d'un papillon au Brésil déclenche-t-il une tornade au Texas ?» Ainsi, la théorie du chaos a trouvé son nom populaire : l'effet papillon.
Le battement d'ailes d'un seul papillon ne provoque pas une tornade, de nombreux autres facteurs entrent en jeu. Mais ce seul battement d'ailes peut être la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

Malgré son nom, la théorie du chaos est rigoureusement mathématique et a permis d'élucider l'ordre caché qui régie une multitude de systèmes apparemment aléatoires, de facteurs qui précipitent les crises d'épilepsie, turbulences de l'air qui provoquent la traînée des véhicules en mouvement, fluctuations des populations d'animaux sauvages au flux de circulation dans les rues encombrées des villes, et les mouvements financiers.

 

Intelligence artificielle

En 1950, le mathématicien Alan Turin propose un test pour établir si une machine peut être qualifiée d'intelligente. Un humain assis dans une pièce pose des questions à un autre humain dans une deuxième pièce, et à un ordinateur dans une troisième pièce. Si l'humain dans la première pièce ne peut pas juger s'il parle à un humain ou à une machine, alors l'ordinateur a réussi le "test de Turing".

Des doutes ont été émis sur la validité de ce test. Dans une célèbre expérience de pensée, un homme est assis dans une pièce pendant que des personnes à l'extérieur de la pièce glissent des questions en chinois sous la porte. L'homme ne comprend pas le chinois, mais suit un ensemble d'instructions qui lui indiquent quels morceaux de papier il doit repousser sous la porte. Par conséquent, les personnes à l'extérieur de la pièce ne peuvent pas dire qu'il n'est pas de langue maternelle chinoise. La conclusion est que même si les ordinateurs donnent les bonnes réponses, ils ne pourront jamais être des esprits conscients et intelligents. Cependant, ils pourraient être plus performants que les humains quand il s’agit de la gestion des systèmes complexes.

 

La théorie des bactéries et germes

C’est une théorie sans mathématiques.
Pendant des siècles, les causes de nombreuses maladies sont restées un mystère. Certains attribuaient la maladie au poison, d'autres au mauvais air, d'autres encore au mécontentement de Dieu.

Dans les années 1840, Ignaz Semmelweiss, un obstétricien hongrois travaillant à Vienne, a remarqué que les femmes en travail suivies par des médecins étaient beaucoup plus susceptibles de succomber à la fièvre puerpérale que celles suivies par des sages-femmes. Il a fait le rapprochement avec le fait que les médecins venaient souvent directement d'autopsies sans se laver les mains, et a insisté pour que les médecins se désinfectent avant d'examiner leurs patients. Les idées de Semmelweiss ont suscité beaucoup d'hostilité et ont été généralement ignorées à l'époque.

Dans les années 1850, lors d'une épidémie de choléra à Londres, le médecin John Snow a montré que la plus forte densité de l’épidémie se trouvait chez les personnes qui utilisaient une pompe pour obtenir de l'eau potable. Snow a retiré la poignée de la pompe et le nombre de cas a diminué de façon spectaculaire. Ces liens ont permis de montrer comment les maladies se propagent. Certains avaient commencé à suggérer que les agents responsables pouvaient être des germes, des micro-organismes visibles uniquement au microscope. C'est au microbiologiste français Louis Pasteur (1822-95) qu'il revient de trouver des moyens de prévenir et de traiter les maladies causées par des micro-organismes. Il a utilisé la chaleur pour détruire les micro-organismes nuisibles dans le lait et a développé des vaccins pour guérir la rage et l'anthrax.

Le médecin allemand Robert Koch (1843-1910) a identifié les bactéries à l'origine de maladies telles que le choléra et la tuberculose, et en définissant les critères permettant de déterminer si une maladie est causée par un micro-organisme. Ces maladies sont nommées les maladies infectieuses.

Dans les années 1870, le chirurgien britannique Joseph Lister a été le premier à pratiquer une chirurgie antiseptique. La prochaine grande avancée a été la découverte de la pénicilline par le microbiologiste écossais Alexander Fleming en 1928. Ce fut le premier d'une longue série d'antibiotiques, médicaments qui se sont avérés efficaces contre un grand nombre de maladies bactériennes. Les vaccins et les antibiotiques ont sauvé beaucoup de vies et ont inauguré l’efficacité de la médecine moderne.

 

Évolution

La théorie de l'évolution par la sélection naturelle exposée par le naturaliste anglais Charles Darwin dans son livre « L'origine des espèces » (1859) est une théorie simple, facile et efficace n’utilisant pas les mathématiques.

Darwin a passé des décennies à collecter et classer des preuves avant de publier sa théorie. Les géologues avaient montré que la Terre était beaucoup plus ancienne qu'on ne l'imaginait et que les roches anciennes conservaient les fossiles de nombreux animaux disparus. En comparant ces fossiles entre eux et avec des espèces vivantes similaires, mais différentes, Darwin a suggéré que des groupes d'espèces modernes similaires avaient évolué par petites étapes à partir d'ancêtres communs. Le mécanisme qu'il a suggéré était la sélection naturelle. De temps à autre, une mutation fortuite se produit chez un individu, qui le rend mieux adapté à son environnement. Ces individus ont donc plus de chances de se reproduire avec succès et de transmettre l'adaptation. C'est ainsi que de nouvelles espèces dont nous faisons partie sont apparues.

Nature ou culture

Du vivant de Darwin, un Autrichien, un moine du nom de Gregor Mendel (1822-84) a découvert certaines lois de l'hérédité. Grâce à ses expériences sur des générations de plants de pois, Mendel a démontré qu'une caractéristique, telle que la couleur des fleurs, est héritée soit du parent mâle, soit du parent femelle. L'unité qui transmet cette caractéristique s'appelle un gène.


En 1953, l'Américain James Watson et l'Anglais Francis Crick ont démontré comment les gènes transmettent les caractéristiques. La clé est une molécule complexe appelée ADN, présente dans chaque cellule de chaque organisme vivant. L'ADN de chaque organisme est unique et contient le code de la manière dont cet individu particulier va croître et se développer.

Est-ce que l'ADN détermine le comportement d'un organisme ? Si tel est le cas, cela soulève d'autres questions relatives au déterminisme, au libre arbitre et à l'existence de la nature humaine. Les psychologues évolutionnistes affirment que la plupart des comportements sont déterminés par les gènes et l’hérédité, les psychologues cognitifs soulignent le rôle important de l'apprentissage, les sociologues et les anthropologues insistent sur le rôle de la société et la culture dans la détermination du devenir des individus.

 

Il n’existe aucune réponse valable à ces questions, mais le consensus scientifique occidental accepte l'héritage génétique et l'environnement, donc la nature et la culture façonnent notre nature.

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Analyse d’un tableau: Le baiser à la dérobée de Fragonard

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Fragonard le baiser à la dérobée 1787- 1789 Hermitage, st Petersburg

 


En 1890, le musée de l'Ermitage reçoit le chef-d'œuvre de Fragonard "Le baiser à la dérobée ou le « baiser volé" , qui était la collection du dernier roi polonais Stanislas August Poniatowski, en échange, Varsovie récupère le tableau "Polka d’ Antoine Watteau.

Le titre français du tableau « le baiser à la dérobé » est différent du titre baiser volé qui circule dans les livres et catalogues. Il ne s’agit pas d’un baiser volé, mais d’un baiser consenti, à l’abri de regards curieux.

 

Le sujet

Le baiser sur la joue en France a de nombreuses significations selon le contexte, allant d’un simple geste fraternel et amical à un baiser amoureux. Mais le baiser sur la joue demeure un geste tendre même au sein des couples amoureux qui exprime.

 

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Le baiser à la dérobé est variation d'une histoire d'amour. La fille a rapidement couru hors de la pièce, pour prendre votre écharpe et avant même qu'elle ne puisse récupérer, elle était dans les bras de son amant. Elle ne refuse pas, ne s’éloigne pas, mais son visage traduit une certaine confusion entre partir ou rester. Cette atmosphère de surprise, le sentiment d’un moment volé sont bien captés par le pinceau de Fragonard.

 

Technique

Fragonard a toujours travaillé très vite, son pinceau était facile, fluide et rapide. Il utilise le clair-obscur, le contraste, les couleurs intenses, et les coups de pinceau rapides, pour dessiner des formes. Dans ce tableau, la technique de Fragonard se distingue par une surface lisse produite par des coups de pinceau ressemble à une texture, surtout la robe en satin, l’écharpe rayée, et le tapis.

Ces textures soignées répondent à la tendance de néoclassicisme en France, privilégiant les lignes claires et nettes, les textures réalistes. Fragonard modifie le style rococo, le style de son maître boucher et son propre style de jeunesse pour produire un art plus adapté à son époque

«À la fin des années 1780, comme s'il se retournait vers le passé, Fragonard crée son chef-d'œuvre. On retrouve son talent de metteur en scène, de composition, et habileté dans l’exécution.

 

Contexte et culture ambiante

Fragonard installe l’action de son tableau dans un boudoir attenant à un salon, que l’on aperçoit sur la droite et où se sont réunis des joueurs de cartes.

Cette antichambre communique avec un autre espace, peut être un corridor, par lequel le galant est arrivé. En un mot, avec Le baiser à la dérobée, la coulisse devient un théâtre.

C’est un baiser à la dérobée, volé entre deux monde, dans une zone de passage, de transition, un baiser dans l’entre-deux. La scène se déploie en cette zone délimitée par deux portes, offrant à l’imagination du spectateur une totale liberté pour compléter le scénario selon sa propre narration.

 

fragonard   baiser a la derobe  porte

Les deux portes apparaissent avec des ouvertures en écho. L'un se tient à gauche et l'autre se tient à droite. La fille se tient entre eux, son dilemme se situe entre le risque et la sécurité. Il y a un rideau rose impertinent, couvrant le garçon, son genou poussant légèrement, son pied emprisonnant discrètement le bas de la robe de la jeune femme comme pour l’empêcher de partir.

 

fragonard   baiser a la derobe le pied

 

Elle n’est pas une héroïne de mythologie, mais une personne ordinaire, cependant, elle a les mêmes problèmes des héroïnes de la mythologie. Elle apparait tiraillée ici et là, impliquée dans des conflits et des choix entre revenir au devoir social, ou se laisser embrasser par son amoureux, entre le risque d’être découverte, et l’excitation engendrée par la prise de risque en amour.

 

fragonard   baiser a la derobe   mains

 

Un dilemme moral de ce baiser est mis en scène théâtralement. Un épisode amoureux qui dure une seconde, ou pour toujours.

Par l'autre porte, il y a une vue sur une autre pièce au-delà. Un groupe sociable est réuni, assemblé à un jeu de cartes. Elle devrait en faire partie. Mais elle est là, échappant brièvement à leur contrôle.

 

fragonard   baiser a la derobe   chaise


Il y a un voyage intime, qui commence dès le début de son baiser; il se termine à la fin de son écharpe, établissant une longue diagonale et un geste continu du corps et du tissu.

Sa robe est se déplace, d'abord par affaissements, puis par nœuds descendants et vagues tombant sur le sol. Le mouvement des étoffes, le plissé du vêtement féminin, la torsion des rideaux, participent à ce désordre amoureux.

 

fragonard   baiser a la derobe rideau

 

Elle dessine de son corps une longue ligne tendue tirée vers le garçon. Sa main gauche suit une ligne opposée. Elle se tient là dans une sa position équilibrée mais fragile. Elle pourrait se reculer. Elle a toujours le choix. Elle n'est pas victime. Elle est consentante mais redoute le prix à payer.

Le baiser à la dérobée de Fragonard est une histoire innocente d'amour entre deux jeunes amoureux qui volent à la vie, par leur audace et leur complicité un baiser et un moment de tendresse.

fragonard   baiser a la derobe la femme

Fragonard dessine l’attirance et l’hésitation entre le plaisir et le devoir, l’érotisme du tableau n’a rien à avoir avec la nudité, c’est un érotisme différent, plus subtile et plus moderne.

 

Libertinage devient intimité, sexualité entre deux personnes, dans un lieu privé.
L’individu est né, l’intimité est en train de naître.

Références :

Lisa Mehouvin:  Fragonard : Désir, Séduction et Erotisme: Regard contemporain sur un siècle de sensualité, 2021

https://www.amazon.fr/dp/B092CG3L2G

 

 

 

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Analyse d’un tableau : Le portrait d'Arnolfini par Jan Van Eyck

Jan van Eyck Portrait de Giovanni Arnolfini et sa femme

 

 

 

Jan Van Eyck (vers 1390-1441) un peintre des Pays-Bas, aujourd'hui considéré comme l'un des artistes les plus importants de la Renaissance du Nord au XVe siècle. Une vingtaine de tableaux conservés sont attribués avec certitude à Van Eyck, tous datés entre 1432 et 1439.

 

Le tableau Le portrait d'Arnolfini, est célèbre pour son iconographie complexe et son utilisation novatrice des conventions qui inspireront les générations suivantes d'artistes.
Le Portrait d'Arnolfini (1434) de Jan Van Eyck est sans aucun doute l'un des chefs-d'œuvre de la collection de la National Gallery de Londres.


Avec un travail au pinceau si fin que l'effet semble photographique, des détails cachés et des effets visuels ludiques, cette peinture est aussi visuellement intrigante que célèbre. C'est aussi un document sur la société du XVe siècle, à travers l'utilisation intensive du symbolisme par van Eyck.

 

La technique

Van Eyck a développé la technique consistant à appliquer couche après couche de minces glacis translucides pour créer une peinture d'une grande intensité de ton et de couleur. Ses compositions sont remarquables pour leurs couleurs éclatantes et leur réalisme aigu.

L'artiste a profité du temps de séchage plus long de la peinture à l'huile, par rapport à la détrempe, pour mélanger les couleurs en peignant humide sur humide afin d'obtenir de subtiles variations d'ombre et de lumière, renforçant ainsi l'illusion des formes tridimensionnelles.

La peinture à l'huile permet également à van Eyck de saisir l'apparence des surfaces et de distinguer les textures avec précision.

 

Jan van Eyck Arnolfini et sa femme fenetre

Il a également rendu les effets de la lumière directe et diffuse en montrant la lumière de la fenêtre de gauche réfléchie par diverses surfaces. Certains historiens de l'art pensent qu'il a utilisé une loupe pour peindre les détails les plus infimes, comme les reflets individuels sur chacune des perles d'ambre suspendues à côté du miroir.

 

Le sujet du tableau

Le sujet est domestique. Il s’agit d’un double portrait de Giovanni Arnolfini, et de son épouse Giovanna Cenami, portrait en pied, présentés côte à côte dans la chambre nuptiale, face au spectateur. Un homme et une femme se tiennent la main dans un décor intérieur, avec une fenêtre derrière l’homme et un lit derrière la femme dans le symbolisme des rôles sociaux du XVe siècle.


Giovanni Arnolfini était l'un des marchands prospères d’origine lucquoise, de la ville de Bruges. On sait qu'il a vendu à plusieurs reprises des tissus luxueux et des tapisseries précieuses au duc de Bourgogne (à partir de 1423) et à ses courtisans. Il a prêté de l'argent au duc en 1446.
De 1446 à 1460, il fut autorisé par le duc à percevoir des droits de douane sur les marchandises importées d'Angleterre.

Grâce à ce privilège, Arnolfini fit fortune. Il a tellement impressionné le dauphin de France alors qu'il était en résidence à la cour de Bourgogne que lorsqu'il est devenu roi, il a fait d'Arnolfini son conseiller et gouverneur des finances en Normandie.

Arnolfini est naturalisé français en 1464. Il a été enterré à Bruges. Il était un émigré italien ambitieux, originaire de la ville de lucques, célèbre pour son commerce de la soie.

 

Symboles du tableau

Le mari tient fièrement la main de sa femme, tandis que le couple est entouré dans l'espace d’une chambre restreint par une série de symboles. Le fruit à gauche, placé sur une table basse, fait allusion à l'innocence originelle avant le péché, représentant la tentation de la connaissance et la chute de l'homme.

 

Jan van Eyck Arnolfini et sa femme fruits

 

Au-dessus des têtes du couple, la bougie brûle en plein jour sur l'une des branches d'un lustre de cuivre orné, suggérant la force de la flamme nuptiale. Le petit chien au premier plan est un symbole typique de la fidélité et de l'amour. Le lit conjugal, avec ses rideaux rouge vif, évoque fortement l'aspect physique de l'union.

 

Jan van Eycki Arnolfini et sa femme lustre


La fourrure était un luxe coûteux autorisé par la loi uniquement aux échelons supérieurs de la société, les clients de Van Eyck semblent faire une déclaration consciente de leur richesse et de leur statut en ayant des vêtements garnis de fourrure (d'autant plus que l'arbre en fleurs à l'extérieur de la fenêtre suggère que la journée était chaude).

Jan van Eyck Arnolfini et sa femme mains

 

Van Eyck s'est assuré d'inclure de minuscules et beaux détails - tels que les manchettes assorties en or et en argent sur les poignets du couple, de nombreux détails autour du bord du voile de la femme et quelques oranges fruits très chères sous la fenêtre. Il réalise un travail habile et complexe, pour dessiner un couple aisé et instruit qui sait comment dépenser son argent.

 

Jan van Eyck Arnolfini et sa femme miroir


Le point central du tableau est le miroir, qui reflète deux personnages invisibles qui franchissent le seuil de la pièce. Il s'agit du peintre lui-même et d'un jeune homme, qui arrive sans doute pour servir de témoins au mariage. Le miroir convexe permet de voir à la fois le sol et le plafond de la pièce, ainsi que le ciel et le jardin à l'extérieur, qui sont à peine visibles par la fenêtre latérale. Le miroir agit donc comme une représentation visuelle alternative.

 

Jan van Eyck Arnolfini et sa femme miroir detail

 

L'artiste utilise le miroir pour élargir les limites de l'espace. Cette technique sera utilisée par Velázquez dans son célèbre portrait de la famille royale espagnole ou Manet.

Comment savons-nous que ce couple était riche? Le lustre, les vitraux, les tapis finement tissés, les sandales, les robes bordées de fourrure, le miroir, le chien et les oranges sont tous des symboles d'une richesse incroyable dans la Flandre du XVe siècle. Beaucoup de ces images remplissent également une double fonction, indiquant non seulement la richesse, mais véhiculant également des allusions à des motifs religieux et de fertilité.


Le lustre a une bougie allumée, qui représente l'œil voyant de Dieu ; le miroir est décoré de scènes de la Passion du Christ. Il y a des chapelets suspendus à côté du miroir. Les oranges représentent la fécondité dans l'art, tout comme le lit cramoisi.

 

Jan van Eyck Arnolfini et sa femme visage
Le haut chapeau à larges bords d'Arnolfini était un symbole de statut inhabituel et coûteux. Les couleurs sombres des vêtements de l'homme, pourpre foncé, brun et noir, reflètent de manière appropriée le goût du duc de Bourgogne. La teinte pâle de la femme est dûe à un maquillage largement utilisé de la cour pour donner une impression de raffinement. Sa robe, bien qu'elle ne soit pas faite d'un tissu particulièrement coûteux, a une élégante doublure en fourrure blanche et des manches décorées.

 

Jan van Eyck Arnolfini et sa femme le chien

Le chien de salon est le compagnon constant des femmes nobles, et le tapis anatolien près duquel elle se tient, témoigne de la richesse du couple. Ce couple, sans être ostentatoire, ne laisse guère de doute au spectateur sur son statut social.

Au cœur du portrait une décoration de la chaise à proximité des mains jointes du couple. Elle fait penser aux rictus obscènes que les contemporains appréciaient lors des fêtes de mariage. Le cadre du tableau comportait une citation d'Ovide moqueuse ou ironique sur la fidélité. Le duc de Bourgogne possédait plusieurs exemplaires de l'Art de l'amour et appréciait l’humour d’Ovide : "Ne soyez pas timide dans vos promesses ; par les promesses les femmes sont trahies" ; "Faites beaucoup de vœux, et tous à haute voix".

 

De l'autre côté du miroir du tableau, se trouve une brosse ou balai à épousseter. La femme serait retenue par des dévotions pieuses pour occuper son esprit et par des tâches domestiques pour occuper ses mains. Cette signification religieuse domestique jette peut-être une autre lumière sur la statue sculptée au-dessus du plumeau. Certains ont suggéré qu'elle pourrait représenter Sainte Marthe, la patronne des femmes au foyer.

Van Eyck a inclus un fruit dans une forme particulièrement intrigante. Sur le rebord de la fenêtre et le coffre en dessous se trouvent quatre oranges, symbolisent la tentation ou la fertilité, un fruit rare et très couteux à l’époque témoigne de l’aisance du couple.

 

Le réalisme du tableau

Le réalisme de l'imagerie de Van Eyck doit être évalué en tenant compte de ce mélange d'observation, de convention et de propagande.

Jan Van Eyck est là en tant que conteur, conscient de tous les détails. Certains pourraient penser que, dans un tableau, une orange ne peut pas évoquer simultanément la fertilité, la tentation et la noblesse. Dans ce cas, il semble qu'un artiste doté du pouvoir d'observation et de synthèse comme van Eyck devait être capable de comprendre que, dans le contexte de la vie des gens, les objets pouvaient avoir de multiples associations.

 

Dans le double portrait de l'Arnolfini, Jan Van Eyck était certainement présent. Artiste et commentateur social, il nous a laissé une vision fascinante de la relation complexe et entrelacée entre sexualité, religion et statut social dans l'Europe du Nord du XVe siècle.

Peut-être que la chambre que Van Eyck a imaginée dans son tableau est différente du monde réelle. En surface, l'artiste et le mécène cultiveront une piété et une formalité aristocratiques, mais ils se laisseront aussi aller à leur sens de la comédie courtoise et de l'ironie romantique.
L'artiste a clairement écrit sur le tableau, en latin orné, "Jan Van Eyck était ici 1434."

Cependant, la femme de Giovanni était décédée en 1433, ce qui présente l'hypothèse possible : Van Eyck avait commencé l'œuvre en 1433 alors que la femme de son client était vivante mais elle est décédée au moment où il l'a terminée, ou il s'agissait simplement d'un portrait posthume. Les portraits posthumes n'étaient pas rares.

 

Jan van Eyck Arnolfini et sa femme robe


Il existe une autre possibilité, qu'il s'agisse d'une représentation d'un deuxième mariage, dont les enregistrements ont été perdus. Le visage de la femme apparaît jeune. Son apparence est très à la mode, avec un front haut et des cheveux coiffés. Certains ont pensé qu’elle est enceinte, mais d’autres pense qu'elle soulève des tissus lourds et plissés afin de montrer son cher jupon bleu.

Le miroir sur le mur du fond pourrait être une œuvre d'imagination, car il est plus grand que les miroirs de l’époque. Dans la surface en verre polie et convexe, entourée de belles scènes miniatures de la Passion du Christ, le dos du couple se reflète - mais aussi, la figure l'artiste lui-même.


Une théorie a été avancée que l'œuvre était l'équivalent d'un contrat de mariage : l'union a été attestée par l'inclusion visuelle d'un troisième personnage, qui a signé l'image en gros caractères évidents au-dessus du miroir pour prouver sa présence. Personne ne peut prouver ou réfuter cette théorie.


Arnolfini ne prend pas la main de sa femme dans sa main droite. Certains ont pensé qu’il s’agissait d’un "mariage de la main gauche", une union d'inégaux, dans laquelle la femme était obligée de renoncer à tous les droits habituels de propriété et d'héritage. Ainsi il est probable que les deux témoins soient présents pour valider le contrat financier établi lors d'un tel mariage.

A Bruges au XVe siècle, ni prêtre ni témoins n'étaient nécessaires. Un couple pouvait se marier, puis confirmer l'arrangement en assistant à la communion ensemble, le lendemain matin, la présence d’un membre du clergé ne sera obligatoire qu’à la fin du XVIè.


D'autres historiens de l'art pensent que le tableau pourrait représenter le mariage de Giovanni di Nicolao Arnolfini et de sa première épouse Costanza Trenta.


Les mystères du portrait d'Arnolfini, ainsi que la technique magistrale de Van Eyck, continuent de fasciner les spectateurs et de les inviter à étudier les détails du tableau.

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Philosophe de la science : épistémologie

epistemologie

 

 

 

L’établissement de la philosophie des sciences (épistémologie) au XIXe siècle à négligé la vision historique de la science; dans la seconde moitié du XXe siècle, la conscience historique de la philosophie des sciences s'est développée grâce aux travaux de «Karl Popper» et «Gaston Bachelard» et d'autres, qui ont enrichi la compréhension et l’analyse du phénomène scientifique.
La première question dans la recherche historique de la science est : Quelle est la nature du progrès scientifique ?


Les réponses des philosophes des sciences (peuvent être divisées en quatre :
1. Le progrès scientifique ne s'explique pas parce que les événements qui s'y déroulent n'y suivent pas le même chemin.
2. Le progrès scientifique suit une ligne ininterrompue, cumulative et continue avec les connaissances scientifiques antérieures.
3. La science fonctionne dans une certaine mesure en ligne cumulative, puis émerge comme une rupture ou une révolution pour ouvrir une voie différente.
4. Le progrès scientifique procède sous la forme de ruptures avec le passé, la science parcourt un chemin complètement différent des connaissances scientifiques antérieures, et cela peut être appelé une rupture épistémologique.

 

La pensée de Bachelard

Gaston Bachelard est né le 27 juin 1884 à Bar- sur-Aube, en Champagne.
Comme d'autres philosophes de la science durant la première moitié du vingtième siècle, Bachelard a réfléchi aux bouleversements provoqués par l'introduction de la théorie de la relativité et de la mécanique quantique.

 

- Nouveau rationalisme

L'originalité de la pensée de Bachelard découle de sa conception particulière du rationalisme. Le point de vue standard, pourrait-on dire, est que le rationalisme est un effort pour décrire la nature de la réalité ou pour trouver des critères permettant d'établir des vérités à son sujet, grâce au pouvoir de la raison. Selon Bachelard, la force du rationalisme réside dans sa capacité à transcender la réalité telle qu'elle se présente ; le rationalisme est une quête ouverte qui crée de nouvelles réalités.

 

Bachelard  citation tout est construit

 

Selon lui, la pensée scientifique est le rationalisme à l'œuvre ; les nouvelles inventions modifient et multiplient le terrain matériel et épistémologique sur lequel opèrent les scientifiques ;

"Il n'y a guère de pensée plus philosophiquement variée que la pensée scientifique" (Rationalisme appliqué', 1949).

 

- Les mathématiques : indispensable langage

Suivant la tradition de la philosophie des sciences françaises (Poincaré, Meyerson), les analyses de Bachelard s'inscrivent dans un contexte historique. Il utilise comme exemple le passage de la mécanique classique à la théorie de la relativité puis à la physique quantique pour expliquer son point de vue (Le Nouvel esprit scientifique, 1934). La clé de son argumentation réside dans le rôle spécifique qu'il assigne aux mathématiques dans les nouveaux développements scientifiques.

La physique quantique étant basée sur des constructions mathématiques produit également une réalité nouvelle, tangible et jusqu'alors inconnue, qui n'est pas seulement le domaine des physiciens, mais qui est également entrée dans la vie quotidienne. Ces développements démontrent la capacité des mathématiques,

"Le pouvoir des mathématiques est de créer la réalité" (Le Nouvel esprit scientifique, 1934).

 

- Nouvelle science : nouvelle épistémologie

Les opinions auxquelles il est parvenu, étaient différentes de celles de ses contemporains. Selon lui, la nouvelle science exigeait une nouvelle épistémologie, non cartésienne, une épistémologie qui s'adapte aux discontinuités (ruptures) dans le développement de la science.

Les scientifiques ne traitent pas avec des ensembles de faits donnés insérés dans la "nature" qui sont progressivement découverts et compris. Au contraire,
"Nous quittons la nature pour entrer dans une fabrique de phénomènes" (L'Activité' rationaliste de la physique contemporaine, 1951).

Pour un scientifique, les faits sont des constructions, ils commencent par une organisation des objets de la pensée, et progressent vers une "phénoménotechnique" collective qui crée des effets, fabriquant de nouvelles matières comme les isotopes artificiels, par exemple.

 

- la science n’est pas une explication du réel limité


Dans son évolution, la science se détache de plus en plus du monde tel qu'il est communément compris. La théorie de la relativité et la physique quantique se sont développées indépendamment d'une telle compréhension et finissent par contredire, violer notre compréhension.

Selon Bachelard, la marque de la raison qui gagne son autonomie, est sa capacité de se libérer du monde limité que nous apercevons. La science n'est plus une accumulation de "connaissances objectives", mais se développe à travers des ruptures, des corrections d'erreurs, qui sont le plus souvent induites par des habitudes, qui ont leurs racines dans les connaissances communes.

 

Bachelard  citation philosophie

 

Pour que la science progresse, elle doit se séparer du savoir commun. L'esprit scientifique doit subir une opération de purification. Il est nécessaire de se soumettre à un processus qui, à l'instar de la psychanalyse, découvre et éradique toutes les connaissances scientifiques. Quand la séparation entre les deux types de connaissances sera complète,

Les "intérêts de la vie sont remplacés par les intérêts de l'esprit" (La Formation de l'esprit scientifique, 1938).

 

Gaston Bachelard : la rupture épistémologique

Gaston Bachelard estime que l'histoire des sciences ne peut être considérée comme une transition de problèmes plus simples vers des problèmes plus complexes, et qu'il n'est pas possible de rechercher des origines historiques pour les théories et les concepts scientifiques.
En mathématiques, on appelle géométrie non euclidienne une théorie géométrique ayant recours à tous les axiomes et postulats posés par Euclide dans les Éléments, sauf le postulat des parallèles. En d’autres termes, c’est la géométrie sans parallélisme.

Bachelard souligne que ces constructions n'ont rien à voir avec " la réalité", elles commencent comme hypothèses mathématiques. Si des événements devaient se produire dans les espaces suggérés par les nouvelles géométries, ils violeraient les lois newtoniennes. Tel est en effet le monde tel que le conçoit la relativité d'Einstein, qui ne peut être compris dans le cadre de ces lois.
La physique d'Einstein ne trouve pas ses racines dans la physique de Newton, la physique de Newton ne trouve pas ses racines dans la physique de Galilée, chacune d'elles procède de différentes perceptions du monde et des approches différentes : « Les sciences naturelles nous conduisent vers de nouveaux domaines avec de nouvelles méthodes.
Bachelard dénonçait la vision du savoir scientifique comme un prolongement historique du savoir et comparait les anciennes lampes basées sur la combustion à l'ampoule d'Edison en disant : « L'ancienne technologie est une technologie de combustion et la nouvelle technologie est une non combustion".
Si technologie est une extension de la connaissance, Bachelard considère que le savoir ne peut pas se développer sans sortir de son expérience première. Il place le concept de première expérience parmi les obstacles épistémologiques qui empêchent le transfert des connaissances vers des connaissances scientifiques.


Quant aux autres obstacles, ce sont selon lui:
- la connaissance générale ou la tendance à généraliser,
- l'obstacle verbal,
- l'obstacle de la connaissance unifiée (comme rendre tous les acquis à principe unique),
- l'empêchement biologique,
- et l'obstacle intrinsèque.
La rupture épistémologique selon Bachelard s'oppose à l'obstacle épistémologique. La transformation s'opère par le conflit avec l'ancien, c’est le conflit de la chimie lavoisienne, la mécanique non newtonienne, et la géométrie non euclidienne, Selon lui "L'histoire de la science est l'histoire des erreurs scientifiques."
Bachelard estime que pour suivre le rythme du développement scientifique, il faut abandonner l'adhésion à une méthode, car chaque méthode doit être prouvée correcte et tout doit être clarifié.


Thomas Kuhn

Bachelard a mis en avant l'idée que la science ne s'occupe pas de la "nature", mais qu'elle crée son propre sujet dans un contexte collectif. Il a anticipé certains aspects des philosophes des sciences anglo-saxons, orientés vers l'histoire comme Kuhn, Feyerabend.
Thomas Samuel Kuhn, né le 18 juillet 1922 à Cincinnati, dans l'Ohio et mort le 17 juin 1996 à Cambridge, dans le Massachusetts, est un philosophe des sciences et historien des sciences, américain.
Kuhn estime que l'une des difficultés auxquelles sont confrontés les historiens est la distinction entre les connaissances scientifiques et ce qui a précédé, ou ce que nous pouvons appeler les mythes non scientifiques, comme la comparaison entre la science de Newton et la science d'Aristote, si les connaissances dépassées sont considérées comme des mythes, cela signifie que les mythes peuvent être produits par les mêmes méthodes et qu'ils ont été respectés pour les mêmes raisons.

 

kuhn citation paradigm

Selon Kuhn, Il n'est donc pas possible de différencier historiquement ce qui est une pratique scientifique ou non scientifique, et il n'est pas possible de les comparer.
Kuhn considère l'histoire des sciences comme l'histoire de l'art, de la politique et de la religion ; une histoire de changements, et de ruptures, et pas une histoire de progrès ou de retard. Les changements qui se produisent sous la forme d'une révolution contre un ancien paradigme scientifique vers un nouveau paradigme. Kuhn définit le terme paradigme par "l'ensemble de lois, de techniques et d'outils associés à une théorie scientifique, qui les guident, et par lesquels les chercheurs pratiquent leur travail, s'avèrent se transformer en science ordinaire. »
Si une erreur survient, elle est renvoyée soit à l'exécuteur, soit à l'outil, ou une solution est trouvée sous le même paradigme. Si l'échec persiste, c'est la période de crise qui finit par inventer un nouveau paradigme.
De nouveaux paradigmes commencent à apparaître pour résoudre le problème. A ce stade, il y a deux paradigmes concurrents jusqu'à ce que le nouveau paradigme se transforme en une science normale prouvée.
Kuhn prévient qu'il n'est pas nécessaire que le nouveau paradigme soit plus correct ou qu'il explique plus, mais qu'il peut être le produit de nouveaux problèmes qui nécessitent une explication qui n'était pas nécessaire dans l'ancien paradigme, et donne un exemple de la gravitation de Newton par rapport à la physique d'Aristote.

 

kuhn citation question


« La connaissance scientifique, comme le langage, dit Kuhn, est le bien commun profond d'un groupe ou de rien ; Pour le comprendre, nous aurons besoin de connaître les caractéristiques particulières des groupes qui existent. » C'est un indice important de la nécessité d'étudier la sociologie des sociétés savantes pour comprendre et évaluer le phénomène scientifique.
Kuhn refuse de considérer sa théorie du développement de la science comme une invitation au relativisme dans la connaissance scientifique ; Il voit que les membres de chaque communauté scientifique dans des environnements différents sont exposés à des problèmes différents, alors il compare sa théorie du développement de la science à la théorie de l'évolution biologique.

 

Feyerabend

Dans ses livres "La science dans une société libre », Feyerabend a défendu l'idée qu'il n'existe pas de règles méthodologiques immuables dont les scientifiques devraient se servir, et qui garantiraient la validité des. Selon lui, une "dose" d'anarchisme méthodologique ne pourrait être que profitable à la science.
Selon lui, la philosophie ne parviendra jamais à définir la science ni à distinguer entre le scientifique et le non scientifique, et que les prescriptions philosophiques doivent être ignorées par les scientifiques, s'ils visent le progrès en science.
Feyerabend attaque la compatibilité dans l'évaluation des théories scientifiques. Selon lui, une nouvelle théorie compatible avec une autre couvrant le même champ de recherche n'augmente pas sa validité.


Feyerabend rappelle qu'aucune théorie intéressante ne serait jamais en accord avec tous les faits. Il décrit la renormalisation en mécanique quantique : « Cette procédure consiste à rayer les résultats de certains calculs et à les remplacer par une description de ce qui est observé empiriquement. On admet ainsi, que la théorie est sujette à caution, en la formulant d'une manière qui implique qu'un nouveau principe a été découvert ».
La théorie de Copernic a été réfutée par le fait que les objets tombent verticalement sur terre. Il a fallu réinterpréter cette observation pour la rendre compatible avec la théorie de Copernic. Si Galilée a réussi à le faire, ce n'est qu'en se servant d'hypothèses et en procédant contre-inductivement. Les hypothèses ont de fait chez Feyerabend un rôle positif: elles permettent de rendre une théorie temporairement compatible avec les faits, en attendant que la théorie à défendre puisse être soutenue par d'autres théories.

 

Karl Popper

Karl Raimund Popper, né le 28 juillet 1902 à Vienne, en Autriche, et mort le 17 septembre 1994 à Londres, au Royaume-Uni, est un enseignant et philosophe des sciences du XXᵉ siècle. C'est un penseur anticonformiste qui, dans toutes ses œuvres, a invité à la réflexion, au dialogue et à la confrontation des idées.
Si Gaston Bachelard, khun et Feyeraband sont parmi les théoriciens les plus éminents de la rupture épistémologique. Tout cela soulève la question : Qu'est-ce que la science ?
Si les sciences, comme l'a dit Bachelard, « nous conduisent vers de nouveaux domaines avec de nouvelles méthodes », alors qu'est-ce qui distingue ce qu'on appelle la science ?
"Karl Popper", bien qu'il ne soit pas partisan d'une rupture épistémologique avec la science, ni partisan de l'accumulation quantitative, il voit que la science progresse cumulativement dans rejeter les erreurs les unes après les autres.

 

popper citation science hypothese


La vision de Popper peut représenter l'esprit de notre époque, une période de bouleversement scientifique ; Popper est mathématicien et physicien et une personne logique, il estime que la caractéristique logique des questions et des lois scientifiques est la possibilité de falsifier leurs énoncés et leur capacité à confronter des faits nouveaux. Les problèmes scientifiques sont des problèmes universels, pas des problèmes existentiels. Par exemple, tous les corbeaux sont noirs, il suffit à trouver un corbeau qui ne soit pas noir pour le réfuter.
Quant aux enjeux existentiels, ils sont comme « il y a un corbeau blanc ». Il décrit les enjeux existentiels comme non sujets au refus ou à l'expérimentation et les enjeux métaphysiques ; Mais la science évolue-t-elle ainsi ?

 

Conclusion

Gaston Bachelard est le fondateur du concept de rupture épistémologique, et il croit que l'histoire des sciences est fondée sur la rupture avec les anciens pour établir une voie nouvelle et différente.
Kuhn est d'accord avec lui, mais va plus; Bachelard explique le rôle des facteurs psychologiques dans la formation d'un nouvel esprit scientifique, Kuhn alerte sur le rôle des sociétés savantes dans le rejet ou l'acceptation des révolutions puis dans leur adhésion, et appelle à l'étude de la sociologie de la communauté scientifique. Feyeraband adopte le relativisme dans sa vision de la science et pense qu’il est impossible de décréter ce qui scientifique ou non scientifique .
Karl Popper considère la nature de la science, dont la forme diffère par une rupture épistémologique, pour trouver que la possibilité de falsification est le trait distinctif.

 

Références


Bhaskar, Roy, “Feyerabend and Bachelard: Two Philosophies of Science”, New Left Review, 94 (1975)
Chimisso, Cristina, Gaston Bachelard: Critic of Science and the Imagination, London: Routledge, 2001
Dagognet, Francois, Gaston Bachelard, sa vie, son oeuvre, avec un expose´ de sa philosophie, Paris: PUF, 1965
Lecourt, Dominique, Pour une critique de l’épistémologie (Bachelard, Canguilhem, Foucault), Paris: François Maspero, 1972
McAllester Jones, Mary, Gaston Bachelard, Subversive Humanist: Texts and Readings, Madison Wisconsin: University of Wisconsin Press, 1991
Therrien, Vincent, La Revolution de Gaston Bachelard, en critique littéraire, Paris: Klincksieck, 1970
Tiles, Mary, Bachelard: Science and Objectivity, Cambridge: Cambridge University Press, 1984

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L’attachement : du concept à la théorie

bowlby citation attachement

 

 

 

 

L’attachement : du concept à la théorie

Chaque petit enfant a besoin d’établir des relations significatives, chaleureuses et stables avec les adultes qui l’entourent. Pour cela, il doit pouvoir bénéficier de l’attention bienveillante (regard, écoute, gestes, paroles etc.) et permanente d’un nombre limité d’adultes connus comme d’une présence continue de ceux-ci auprès de lui.

 

Historique du concept d’attachement

Le domaine des soins et de l’éducation est grandement influencé par la représentation qu’a la société de l’enfant. Or, celle-ci a fortement évolué au cours des derniers siècles. Il convient donc de parler les conditions dans lesquelles s’est constituée la théorie de l’attachement.

En effet, elle naît au milieu du XX siècle, dans le contexte historique de la guerre. Il est  vraisemblable que l’expérience traumatisante des guerres généralisées et des génocides de la première moitié du XXe siècle ait provoqué un changement dans les préoccupations du public.

La perte, le deuil, l’abandon sont omniprésents dans l’esprit d’une humanité blessée. En regard de l’état de carence alimentaire va se forger la notion que la relation constitue une sorte d’aliment du psychisme, et que l’enfant peut aussi souffrir de carence affective.

La théorie de l’attachement est liée aux thématiques du manque et de la séparation.

Après la guerre, le chercheur René Spitz commence à s’intéresser à des nourrissons abandonnés dans une pouponnière autrichienne. Il étudie les effets de la séparation sur ces enfants qui reçoivent de la nourriture en suffisance et des soins dans de bonnes conditions sanitaires. Selon lui, «si les microbes sont exclus par l’hygiène, les relations le semblent également.»

Il découvre ainsi des symptômes dépressifs chez les enfants accueillis, tels que la perte de poids, les gémissements plaintifs ou l’arrêt du développement cognitif. Cela est réversible si la durée de la séparation n’est pas supérieure à cinq mois. Dans le cas où ces symptômes se prolongent, ils se muent en carence affective grave.
Les travaux de Spitz ont montré que l’enfant développe une vraie relation dans sa première année de vie.


Anna Freud et Winnicott ont repris cette théorie et mis en évidence l’importance de la continuité relationnelle. Ils se sont essentiellement préoccupés de la relation mère - enfant ce qui ne convenait pas au fondateur de la théorie de l’attachement, le pédopsychiatre John Bowlby. Ce dernier a voulu comprendre les raisons pour lesquelles la séparation entre l’enfant et sa famille entraînait chez ce dernier une telle détresse. Pour cela, Il fonde sa théorie sur les liens entre l’enfant et ceux qui l’élèvent.

 

Définition du terme attachement

Le terme d’attachement s’est enrichi au fil du temps.
Il se définit en terme d’attachement à quelqu’un. « Etre attaché à quelqu’un » signifie qu’en cas de détresse ou d’alarme, on recherche la proximité, et la sécurité de la figure spécifique à laquelle on est attaché.


Les comportements d’attachement sont destinés à favoriser la proximité. Ces comportements semblent de nature innée : ils ont comme fonction d’attacher l’enfant à sa mère et de favoriser le lien réciproque de la mère à l’enfant. Tout comportement qui permet à une personne, tout au long de la vie, de devenir proche ou de maintenir la proximité de quelques figures préférentielles et privilégiées peut être considéré comme un comportement d’attachement.»

Dès la naissance, l’enfant est dépendant de l’adulte. Il apprend à susciter l’apaisement par les cris ou les pleurs. L’apprentissage de cette démarche qui procure au nourrisson apaisement et sécurité est précisément ce que nous désignons par l’attachement de l’enfant.

De manière générale, l’attachement désigne une forte tendance chez l’enfant à entrer en contact avec une autre personne, de se sentir en sécurité en présence de cette même personne et en détresse quand il en est séparé.

L’attachement n’est pas une relation égalitaire, il existe un protecteur et un protégé. L’attachement est une connexion émotionnelle entre les personnes lorsqu’elles sont en relation d’intimité avec les autres. Le lien d’attachement est dirigé du plus faible vers celui qui protège : seul l’enfant est attaché à ceux qui l’élèvent. Les parents, eux, lui donnent protection et réconfort, mais ne lui sont pas attachés au sens de la théorie de l’attachement »

 

bowlby citation la vie aventure

 

 

 

L’attachement comme système

Tous les bébés humains arrivent au monde pourvus d’un certain nombre de systèmes qui contribuent à la survie de l’individu.
En ce qui concerne l’attachement, le but est de maintenir la proximité de l’enfant avec le protecteur en fonction de ses besoins et du contexte. Pour cela, l’enfant dispose d’un répertoire de comportements de trois types différents.


- Le premier type est constitué de comportements dits aversifs comme pleurer et crier; ils servent à attirer l’attention des adultes qui s’occupent de l’enfant.

- Le deuxième type est celui des comportements dits actifs qui apparaissent parallèlement au développement moteur du bébé. Ce sont par exemple le quatre - pattes ou le fait de ramper, puis plus tard la marche ; ils permettent à l’enfant de gérer avec ses propres ressources la distance entre sa figure d’attachement et lui-même.

- Le troisième type est composé de comportements dits de signal comme le sourire et la vocalisation ; ils apparaissent après la naissance et montrent l’intérêt que porte l’enfant à
la figure d’attachement.

Selon Bowlby, l’activation du système dépend de certaines des conditions suivantes :
1 - L’état de l’enfant : la fatigue, la faim, la mauvaise santé, la douleur, le froid
2- Où se trouve la mère par rapport à l’enfant et son comportement : la mère absente, la mère qui part, la mère qui décourage la proximité
3- D’autres conditions provenant de l’environnement : l’apparition d’évènements alarmants, le rejet provenant d’autres adultes ou d’enfants.

Ainsi pour l’enfant, la source de cette alarme est par exemple des émotions négatives comme la peur ou la colère qu’il ne peut réguler et qui le place dans un état de « chaos ».

Dès le 9è mois, les conditions d’activation sont principalement l’éloignement subi de la figure d’attachement, l’inconnu, la présence de personnes non familières et les stimuli effrayants tels que le noir par exemple.


Il est important de noter que l’entrée en crèche ou même à l’école dans certains cas expose l’enfant à la quasi-totalité de ces contextes de manière simultanée ! Il convient donc de le préparer progressivement à la séparation et au changement de milieu.

La proximité d’avec la figure d’attachement peut mettre au repos le système d’attachement puisque l’objectif du système est atteint. Le parent répondant en même temps par le réconfort et la protection, le bébé va progressivement associer à cette proximité un vécu émotionnel de sécurité qui est un état émotionnel de détente, et de calme. Cet état émotionnel va devenir l’objectif interne du système d’attachement de l’enfant, la proximité devient l’objectif externe »

Le besoin de proximité ou d’attachement va être variable en fonction de l’âge de l’enfant, de ses capacités cognitives, des réponses de l’environnement à ses essais d’obtention du réconfort, de son état physique (malade, fatigué) ou encore de l’environnement (familier ou pas, hostile ou amical)
L’attachement est un système d’interactions qui structure le cerveau du bébé, qui  organise son être, sa personne tant au plan moteur qu’affectif et intellectuel, et a des répercussions sur tout son développement affectif et social ultérieur.

 

Les modèles internes

L’enfant va créer des modèles de comportement selon ses expériences.
Les modèles internes ont été définis en majeure partie grâce au travail de la chercheuse Mary Main.

Ils sont expliqués de la manière suivante : « Ils traduisent la confiance dans les autres comme capables de répondre de manière adéquate, et proche en cas de difficulté, et donc de la confiance en soi comme personne digne d’être aimée et soutenue par les autres. Ils comportent aussi le sens de l’impact sur l’autre en cas de détresse ou d’alarme.
Ces modèles deviennent opérationnels vers 3 ans, ils sont stables car ils filtrent les perceptions et ne retiennent que celles qui confirment les attentes. Les enfants organisent leur compréhension des nouvelles expériences et des relations pour qu’elles soient en adéquation avec les représentations qu’ils ont déjà formées. Ce processus est inconscient.

Bowlby s’est intéressé à l’âge auquel se créent ces modèles ainsi qu’à leur processus de  constitution. Ils apparaissent selon lui vers l’âge de 6 mois. La capacité du bébé à reconnaître sa mère survient avant tout autre chose car c’est elle qui est la plus significative à ses yeux du fait de la variété et de la fréquence des échanges qu’ils partagent. Bowlby cite des expériences qui montrent qu’avant l’âge de 5 mois, un enfant manifeste une préférence pour sa mère par rapport à une personne inconnue et qu’à partir de 5 mois, il en a déjà une représentation élémentaire. Bowlby pensait que c’est dès le milieu de la première année de la vie qu’un modèle se forme, au moment où l’enfant est capable de reconnaître et de rechercher un objet disparu.

L’apparition de ces modèles serait liée à l’acquisition progressive de la permanence de l’objet développée par Piaget dans sa théorie sur le développement cognitif.

Si l’enfant change de milieu, il est important qu’il réadapte ses modèles, ce qui n’est pas toujours aisé surtout pour les enfants en bas âge qui n’ont pas encore acquis la représentation mentale. En lien avec ces différents milieux, nous pouvons dire qu’il existe vraisemblablement un modèle de relation d’attachement pour chaque figure d’attachement.

Dans un premier temps, les expériences vécues avec ses parents constituent une base solide pour appréhender le monde. La répétition dans le quotidien des soins que l’on donne à son enfant, ainsi que les réponses que l’on fait à ses appels, à chaque fois qu’il vit des moments d’inconfort, de tristesse, de crainte devant l’inconnu, conduit à la construction de ce sentiment de confiance et de sécurité ou de non confiance et d’insécurité si l’intervention tarde à venir.

Cette relation première, fondée sur cet ensemble d’interactions va servir d’exemple pour toutes les situations où l’enfant va se trouver dans une relation nouvelle à mesure qu’il grandit.
L’enfant peut s’appuyer sur cette construction interne, cette image de quelqu’un qui répond adéquatement ou non, pour juger cette nouvelle personne qui entre en relation avec lui.

 

La constitution du lien d’attachement

La constitution du premier lien d’attachement entre une mère et son enfant, s’effectue en une communication composée de regards, de sourires et de soins. Cela apporte du plaisir au parent (plaisir d’apaiser, de rassurer) et des liens spécifiques se tissent. Plus les réponses sont appropriées, constantes et prévisibles, plus le nourrisson est susceptible d’être sécurisé et apaisé.
La qualité de ce dialogue varie selon les interlocuteurs et les circonstances.
Les besoins du nourrisson sont permanents tandis que les réponses des adultes sont variables : en qualité, en constance et en permanence.
Ce lien n’apparaît pas de manière instantanée. La constitution d’une figure d’attachement prend neuf mois. Ce n’est pas parce qu’une maman est séparée à la naissance pendant deux semaines de son bébé, que cela va compromettre le développement de l’attachement de celui-ci. Il ne s’agit en aucun cas d’un phénomène d’empreinte immédiat mais d’une construction.

 

Les phases de l’attachement

Il existe une « phase innée » de l’attachement. Dès les premiers mois, le bébé possède un ensemble de capacités émergentes (réflexes, sens) qui lui permettent de communiquer avec l’adulte. Ces interactions se composent essentiellement des contacts quotidiens entre le bébé et sa mère : regards, vocalises, sourires, etc. Cela démontre un plaisir partagé et permet au bébé d’anticiper, d’attendre la poursuite ou la répétition des échanges comme s’il en était le moteur. Cette phase se nomme l’accordage, c’est une sorte de « communion » affective entre le nourrisson et sa mère. Les conditions préalables qui favorisent une bonne qualité des échanges sont la disponibilité des parents et la sensibilité de ces derniers à repérer les moments d‘éveils du bébé.

Cette partie innée mise à part, l’attachement semble se constituer en quatre phases.

1- La première dure de la naissance à trois mois : c’est la phase de l’orientation et des signaux sans discrimination d’une figure. Dès sa naissance le bébé est dépendant d’autrui c’est pourquoi il recherche le contact. Puisqu’il est limité du point de vue moteur et cognitif pour réguler la proximité, il utilise des signaux de trois types différents. Ces derniers sont plutôt orientés vers les êtres humains mais non envers une personne en particulier. Des études récentes montrent que dès sa naissance le bébé marque déjà des préférences discrètes pour ce qui lui est familier comme la voix de sa mère par exemple.

 

2- La seconde phase se déroule entre l’âge de trois et six mois. Elle se caractérise par le fait que les signaux du bébé sont dirigés vers une ou plusieurs figures individualisées et cela grâce à deux changements importants. L’enfant peut mieux contrôler ses actes donc il cherche plus activement la proximité de sa figure d’attachement.
Il distingue les individus familiers des inconnus. Ses comportements sont plus orientés vers sa mère, il la sollicite davantage car elle l’apaise mieux que les autres. A partir de trois à quatre mois, il est capable de sourire de manière sélective et fait une nette différence entre sa mère et les autres. C’est le début de la hiérarchisation des figures d’attachement. En fonction de la qualité de réponse des parents, il y a un effet de renforcement réciproque : ces figures particulières vont devenir ses figures d’attachement.

 

3- La troisième phase s’étend de l’âge de six - neuf mois jusqu’au début de la troisième année.
C’est l’établissement de la base de sécurité, l’enfant cherche le maintien de la proximité avec une figure en utilisant les signaux et les gestes. D’importantes modifications se produisent au niveau des capacités motrices, cognitives et de communication de l’enfant lui permettent d’être plus actif dans la régulation de la distance avec sa figure d’attachement principale. En lien avec ce phénomène apparaissent la peur de l’étranger et l’angoisse de séparation : l’enfant suspend ses activités quand il est confronté à une personne inconnue, s’en éloigne pour aller vers sa figure d’attachement en témoignant de l’activation de son système d’alarme. Après un certain temps, si l’étranger montre des affects positifs et n’est pas intrusif, l’enfant peut interagir avec lui, en maintenant un certain niveau d’alerte. Tout éloignement ou absence de la figure d’attachement active de manière spécifique l’attachement de l’enfant et déclenche les comportements comme  l’angoisse de séparation.

 

4- la dernière phase se produit entre l’âge de deux ans et demi et quatre ans : c’est le partenariat émergent. L’enfant acquiert de nouvelles compétences relationnelles et peut désormais négocier avec l’adulte. L’enfant de cet âge a beaucoup moins besoin de la réalité d’une proximité que de la conviction de la possibilité de maintenir l’attention de la personne protectrice.
Le développement du langage permet des conversations dans lesquelles l’enfant échange verbalement avec ses figures d’attachement sur ses affects et ses objectifs.
L’enfant, grâce à sa motricité, est capable d’une autorégulation de la distance optimale qu’il peut supporter avec sa figure d’attachement ; le développement de ses capacités cognitives lui permet de s’être construit une représentation mentale de la séparation, qu’il peut mieux tolérer.

bowlby citation enfants parents

 

Les figures d’attachement


La notion de figure d’attachement a été définie par Bowlby en 1969 : « C’est la personne vers laquelle l’enfant dirigera son comportement d’attachement. Howes (1999) propose de repérer dans le réseau social de l’enfant les figures d’attachement ayant une fonction de soins à partir des trois critères :
- il s’agit d’une personne prenant soin physiquement et émotionnellement de l’enfant,
- ayant une présence importante et régulière
- investissant émotionnellement »

Ainsi, il est important de savoir que les comportements du bébé sont toujours dirigés vers une ou des personnes vivantes dans son entourage proche.
Dans les circonstances habituelles, on s’attache à des personnes adultes. Dans des environnements plus hostiles ou marqués par la négligence, on peut s’attacher à un frère ou à une sœur aîné(e). Dans des circonstances de négligence extrême, on peut s’attacher à un animal comme un chien. Mais on ne s’attache pas à un objet inanimé.

Est il habituel pour l’enfant de diriger ses comportements d’attachement vers plusieurs figures, et dans ce cas, les traite-t-il de la même manière?
Bowlby répond à ces questions de la manière suivante : presque dès le début beaucoup d’enfants ont plus d’une figure vers lesquelles ils dirigent leur comportement d’attachement ; ces figures ne sont pas traitées de la même façon ; le rôle de la figure d’attachement peut être rempli par d’autres que par la mère naturelle.

 

Hiérarchie des figures d’attachement

Selon Bowlby, cette hiérarchie s’établit selon la force du sentiment de sécurité qu’apporte  chaque personne à l’enfant, en lien avec la qualité et la quantité des soins donnés.
Généralement, c’est la mère qui devient figure d’attachement principale car c’est elle qui est la plus présente durant les premiers mois. L’enfant a une tendance innée à s’attacher spécialement à une figure : dans un groupe stable d’adultes, une figure deviendra une figure d’attachement privilégiée.


Les personnes qui s’occupent du bébé dans les premiers mois de sa vie (père,  mère, substitut parental, grands-parents, nourrice) deviennent progressivement des figures d’attachement. Celui qui soigne est préféré. Le nourrisson apprend progressivement à se tourner électivement vers ces personnes, en cas de détresse.
On les appelle les figures d’attachement primaires. Une fois constituée, chacune devient spécifique, irremplaçable et donc non interchangeable.
En cas d’absence de ces figures privilégiées, l’enfant se tournera vers ce que l’on appelle les figures d’attachements subsidiaires. Selon Howes (1999), il existe deux grandes catégories de figures d’attachement subsidiaires ou alternatives :
- premièrement les pères, les grands-parents, le personnel des structures d’accueil ainsi que les enseignants
- deuxièmement, les familles d’accueil et les parents adoptifs, les pouponnières et les foyers dans les cas où la première relation d’attachement a été perdue.

 

bowlby citation indifference

 

La place du père

Il convient de s’attarder sur le rôle du père. Longtemps, il a été considéré comme une figure d’attachement subsidiaire. Cependant, celui-ci a un rôle de figure d’attachement privilégiée s’il assure une présence aussi continue que possible dans le quotidien de l’enfant. C’est dans le quotidien que se créent les liens d’attachement. Les repas, les jeux, l’endormissement et le réveil la nuit sont les moments où les interactions entre l’enfant et son père, même si elles sont moins fréquentes qu’avec la mère, construisent un attachement équivalent à celui de la mère.

Les auteurs actuels ont pour la plupart une vision nuancée en ce qui concernerait une hiérarchie d’attachement.

Par contre, l’activation plus ou moins forte de l’attachement. Principale ou subsidiaire ne veut pas dire que le bébé en aime une plus que l’autre ou que l’une est plus importante que l’autre. Cela signifie seulement que la figure qui donnera le plus le sentiment de sécurité au bébé est la figure d’attachement principale.

 

Les types d’attachement

Quatre types d’attachement sont décrits :

A- Anxieux évitant. Présent dans 22% des cas.
L’enfant parait peu perturbé, fait mine de ne pas avoir besoin de réconfort.
- fausse impression d’indépendance : il explore sans figure d’attachement comme base de sécurité.
- contact facile avec l’étranger.
- ignore ou évite le parent à son retour.

De point de vue du bébé : J’ai besoin d’être à côté de ma figure d’attachement pour me sentir
en sécurité mais elle peut rejeter mes avances. Je dois donc supprimer mes besoins, me débrouiller tout seul et rester à la périphérie émotionnelle des relations.

B- Sécurisé, présent dans 66% des cas
- proteste lors de la séparation mais manifeste sa joie lors du retour du parent, est soulagé et recherche la proximité.
- lors du retour, l’enfant repart explorer en se servant du parent comme base de sécurité.

De point de vue du bébé : Cela ne va pas mais j’ai le droit de ressentir cela. Je vaux la peine
d’aller mieux, je peux supporter de chercher pourquoi je souffre. Il existe des personnes à l’extérieur qui pourront supporter de me voir allant mal et m’apporter de l’aide.

C- Anxieux résistant dans 12% des cas
- très perturbé à cause de la situation, anxieux et agité lors du départ du parent.
- au retour, manifeste des comportements ambivalents : peut rechercher le contact puis d’un seul coup rejeter le parent avec colère et résister à être consolé.

De point de vue du bébé : J’ai besoin d’être à côté de ma figure d’attachement pour me sentir en sécurité mais elle peut échouer à me répondre. Aussi je dois m’accrocher à elle, insister pour qu’elle me réponde et s’occupe de moi. Cependant, je n’ai plus d’énergie pour m’intéresser à moi-même ou au monde qui m’entoure.

D- Insécurisant désorganisé
- réagit moins à la séparation que les autres.
- a des comportements contradictoires : va pour se faire consoler et en même temps semble craindre son parent.

Sécurité et attachement

Les deux éléments principaux de la théorie de l’attachement sont la notion de proximité et celle de la sécurité.
Ces deux systèmes sont interdépendants : lorsque l’un est activé, l’autre est éteint. Cela permet à l’enfant d’explorer en toute sécurité.
L’enfant s’éloigne de sa mère pour explorer et revient vers elle, de temps en temps, ou en cas de stress.

On repère la sécurité de l’attachement à la capacité de l’enfant à exprimer ses émotions, en particulier ses émotions négatives de manière ouverte, à rechercher l’une des figures et à se consoler alors rapidement. La sécurité de l’exploration se caractérise par l’intérêt curieux et prudent de l’enfant et la qualité de l’exploration. Ce sentiment de sécurité reflète une évaluation de l’environnement.

 

L’attachement n’est pas dépendance

Selon Bowlby, l’attachement n’est pas synonyme de dépendance. Le fait est qu’être dépendant d’une figure maternelle et être attaché à elle, sont des choses différentes. Ainsi dans les premières semaines de la vie, un enfant est sans aucun doute dépendant des soins de sa mère, mais il n’est pas encore attaché à elle. Au contraire, un enfant de deux ou trois ans qui est soigné par des étrangers peut manifester le plus clairement la preuve qu’il continue à être puissamment attaché à sa mère bien qu’à ce moment là il ne soit plus dépendant d’elle.

 

Conclusion


Bowlby est parmi les premiers auteurs à théoriser le concept d’attachement et ses mécanismes. Ses théories sont toujours valables et permettent de comprendre les liens parents enfants, et d’analyser ses liens dans les nouveaux modèles de couple. Ces théories peuvent aider le corps enseignant, le corps soignant et le corps social à mieux protéger la petite enfance.

 

John Bowlby,
- né le 26 février 1907 à Londres et mort le 2 septembre 1990 (83 ans) en Écosse,
- psychiatre et psychanalyste britannique, célèbre pour ses travaux sur l'attachement, la relation mère-enfant.

 

Références

Bowlby J. A secure base: Clinical applications of attachment theory. London: Routledge; 1988.

De Los Reyes A. Strategic objectives for improving understanding of informant discrepancies in developmental psychopathology research. Development and Psychopathology. 2013;25:669–682.

In-Albon T, Kossowsky J, Schneider S. Vigilance and avoidance of threat in the eye movements of children with separation anxiety disorder. Journal of Abnormal Child Psychology. 2010;38:225–235. doi: 10.1007/s10802-009-9359-4.

Kins E, Soenens B, Beyers W. “Why do they have to grow up so fast?” Parental separation anxiety and emerging adults’ pathology of separation-individuation. Journal of Clinical Psychology. 2011;67:647–664.

Perez-Olivas G, Stevenson J, Hadwin JA. The association between elevated maternal panic-like and depression symptoms and separation-related interpretive biases in offspring. Journal of Child and Family Studies. 2011;20:232–239

Ringoot AP, Jansen PW, Steenweg-de Graaff J, Measelle JR, van der Ende J, Raat H, Tiemeier H. Young children’s self-reported emotional, behavioral, and peer problems: The Berkeley puppet interview. Psychological Assessment. 2013;25:1273–1285.

 

 

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La somatisation

 

somatisation

 

Il s’agit des symptômes sans lésions identifiables après les examens réalisés.

Notre état d’esprit a une influence importante sur  la façon dont nous vivons la maladie physique.
Notre état d’esprit a un impact sur notre système immunitaire et sur les niveaux d’hormones telles que le cortisol dans notre corps.
Environ un quart des personnes consultant un médecin ne peuvent pas être immédiatement Sur une période de suivi d’un an, environ deux tiers des patients signalent une amélioration de  diagnostiqués.
Les symptômes médicalement inexpliqués sont le problème présenté par 35 à 53% des patients.

Les symptômes les plus courants sont les suivants : maux de tête, douleurs dorsales, articulaires, abdominales,
thoraciques et des membres, fatigue, vertiges, ballonnements, palpitations, sueurs chaudes ou froides, nausées,
tremblements ou secousses et sensations d’engourdissement ou de picotement.

La plupart des symptômes médicalement inexpliqués s’estompent avec le temps ; moins de la moitié persiste sur un an et deux tiers s’estompent sur une période plus longue.

Les symptômes douloureux médicalement inexpliqués peuvent persister pendant de nombreuses années chez environ 8 % de la population générale, principalement des femmes.

Table des matières
Symptômes médicallement inexpliqués 2
Somatisation : définition, généralités 5
La somatisation comme accompagnement d’une maladie physique 5
La somatisation comme présentation courante de la maladie dépressive 5
La somatisation comme élément central 5
La somatisation comme présentation courante de la maladie dépressive 6
La somatisation comme modèle de comportement 6
Somatisation : 7
Hypochondrie : 7
Conversion : 7
Dissociation : 7
Dysmorphophobie : 7
Somatisation douloureuse : 7
Prise en charge générale de la Somatisation 7
Évaluation des patients atteints de somatisation 8
Somatisation: fréquence, causes, symptômes 10
Causes possibles 10
Aspects cliniques 10
Du point de vue pratique : 11
Fréquence des troubles de somatisation chez l’enfant 12
Somatisation chez les enfants 12
Les symptômes 13
trouble somatoforme indifférencié : 13
trouble douloureux : 13
trouble de conversion 14
trouble dysmorphique corporel 14
Le diagnsotic 14
Prise en charge et traitement de somatisation chez l’enfant 15
Stratégies générales de la prise en charge 15
Stratégies spécifiques de la prise en charge 16
Somatisation douloureuse chez les enfants 16
1-Trouble de somatisation pure: 18
2- Trouble de somatisation indifférenciée: 18
3-Trouble de conversion : 18
Le trouble somatoforme 18
4- Trouble somatique douloureux 19
5- Hypochondrie : 19
6- Le trouble factice : 19
7-Trouble factice par procuration : 19
8- Trouble des fabricants de maladies (malingering) : 19
Aspects cliniques 21
Somatisation pure, clinique, traitement 21
Traitements 22
Aspects cliniques 24
Traitements 24
Somatisation indifférenciée 24
Traitements 26
Somatisation de conversion 26
Hypochondrie, trouble hypochondriaque 28
Définir l’hypochondire 28
Symptômes de l’Hypochondrie 29
Traitements 29
Hystérie ou somatisation? 31
Trouble factice par procuration 33
Négligence 33
Munchausen: Trouble factice par procuration 33
Traitements 34

Association avec troubles psychiatriques : 35
Association dépression - Somatisation : 35
Association anxiété - Somatisation : 35
Traitements 35 

 

Nombre de pages: 40
Année: 2022
Format : PDF 

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Le deuil dans la société occidentale actuelle

deuil papiion et fleures

 

 

 

C’est quoi le Deuil ?

L’ expérience du deuil est une expérience universelle à laquelle sont confrontés un jour ou l’autre la plupart des individus, souvent mêmes à plusieurs reprises. C’est une expérience inhérente à la condition humaine.

Quand on évoque les mots perte et deuil, on pense à la mort qui est assurément une des plus grandes pertes possible, irréversible et incontournable.

Au cours de sa vie, l’  être humain subit de nombreuses pertes, qui l’entraînent sur le chemin du deuil. Une voie que chacun vit à sa manière, qui passe par des étapes largement partagées par les personnes endeuillées.

Le deuil est une réponse à la perte d’une personne significative dans votre vie, d’un être cher, une réponse psychologique et culturelle  à cette  perte qui retentit sur de nombreux aspects de votre vie, sur le plan physique, émotionnel ou relationnel.

Le deuil peut affecter les émotions, la santé mentale, le bien-être, les croyances, les valeurs et  même les repères culturels. La santé physique peut également en souffrir.

Les endeuillés sont une population, dont la morbidité et la mortalité sont majorées. A. Sauteraud le rappelle : « les veuves et veufs ont un risque de mortalité qui double dans les 12 premiers mois. »

Sauteraud A : Vivre après ta mort : psychologie du deuil, Odile-Jacob, 2012

 

 

                            Nietzsche     " 

Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux formes ont tout à l’heure passé.
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.
Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux spectres ont évoqué le passé.
– Te souvient-il de notre extase ancienne ?
– Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ?
– Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ?
– Non.
– Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignons nos bouches ! – C’est possible.
– Qu’il était bleu, le ciel, et grand, l’espoir !
– L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.
Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Paul Verlaine, Fêtes galantes                  

                                                                                        

 "

 

Evolution du terme Deuil : plus de psychologie

Le mot deuil, ce terme dérive du mot latin « dolus », de « dolore » (souffrir) qui désigne au Xème siècle la douleur ou l’affliction.

Aujourd’hui, ce terme est utilisé dans le langage courant et par extension métaphorique. On l’applique à l’ensemble des pertes et des frustrations, réelles ou symboliques. La définition de ce terme a évolué au cours du temps avant d’arriver à cette définition populaire actuelle.

Au départ, il ne s’appliquait qu’au vécu d’une douleur physique et morale. Au moyen-âge, il désigne l’affliction provoquée par la disparition d’un être cher. Plus tard, Freud fait entrer dans le langage commun la notion de travail de deuil, développée par l’anthropologue Hertz, dans son ouvrage « Deuil et mélancolie » paru en 1917.

Hertz, donne la définition suivante :

« Le deuil est, d’ordinaire, la réaction à la perte d’un être aimé ou bien d’une abstraction qui lui est substituée, comme la patrie, la liberté, un idéal, etc. ».

Lagache, psychiatre et psychanalyste français, élargit en 1938, la notion de deuil à l’ensemble des rites de passage imposés par la vie collective.

Pour les anthropologues, le terme deuil se limite à l’expression publique du deuil. Les psychanalystes désignent le deuil comme l’ensemble des processus qui amèneraient à une diminution de l’intensité de la douleur liée à la perte dans une certaine limite de temps et de conséquences.

Le psychiatre anglais, J. Bowlby, en 1984, s’est opposé à cette définition en disant que le deuil désigne un grand nombre de processus psychologiques déclenchés par la perte d’une personne aimée, quel qu’en soit le résultat.

Bowlby  J., Attachement et perte/3 : la perte. Paris : presses universitaires de France ; 1984. p.32

 

Hanus souligne la transformation des usages, le deuil devient un évènement de plus en plus individuel alors qu’il était auparavant surtout un évènement social. À présent le terme deuil reflète l’aspect intérieur de la perte et le travail intime qu’elle entraîne. Le deuil devient synonyme de ce travail psychique nécessaire pour accepter la réalité de la perte et y faire face.

Hanus Les deuils dans la vie, 1994, Maloine p.20

 

Certaines langues ont gardé des vocables différents pour traduire ces significations multiples. Les anglo-saxons ont un terme pour désigner la perte elle- même « bereavement », un autre terme pour parler de la douleur « grief » et un terme pour parler du processus de deuil proprement-dit « mourning ».

En français, le mot deuil désigne l’événement aigu que représente le décès d’un être cher, les signes extérieurs du deuil consacrés par la coutume, la période aiguë après le décès (appelée « travail du deuil ») et les sentiments et les émotions.

En français, on utilise plusieurs termes pour désigner ce processus : affliction pour désigner la perte, le deuil pour désigner l’aspect social, culturel ou émotionnel. D’autres termes sont parfois utilisés comme la peine qui indique la douleur d’autres pertes que les êtres humains, ou le  chagrin.

 

deuil lumires

 

Le deuil dans la société occidentale actuelle

Chaque deuil est unique selon l’âge, selon les liens avec le défunt, selon les cultures.

 

                            Nietzsche   

 "

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo, «Les Contemplations» (1856)

 "     
                 

 

Pas de deuil  sans rites

La mort et le deuil ont toujours fait l’objet d’un traitement social. Les premières sépultures ont vu le jour avec la possibilité de symbolisation de l’individu autour de 100 000 ans avant J.C et les premiers squelettes ensevelis avec des fleurs remontent à 50 000 et 10 000 faisant remonter les premiers rites funéraires à cette période.

Au moyen Âge, on prône l’expression de la douleur ; les acteurs de la mort sont nombreux : clercs, crieurs, embaumeurs, dépeceurs, veilleuses, pleureuses, couturières de linceuls, médecins. On retrouve un abondant héritage de prières, de textes et de musiques tels chants et requiem.

Au XVe siècle, l’Église va limiter les manifestations du deuil pour prôner plus de discrétion en conseillant, de se cacher derrière un chaperon noir ou d’éponger ses larmes à l’aide d’un mouchoir. Les traditions religieuses assignent des rituels précis et des lieux précis pour les morts.

 

                            Nietzsche      "

L’enfant dont la mort cruelle
Vient de vider le berceau,
Qui tomba de la mamelle
Au lit glacé du tombeau ;
Tous ceux enfin dont la vie
Un jour ou l’autre ravie,
Emporte une part de nous,
Murmurent sous la poussière :
Vous qui voyez la lumière,
Vous souvenez-vous de nous ?

Lamartine, Harmonies poétiques et religieuses

 "                     

 

L’ évolution des rites

Le vocabulaire qui entoure la question de la mort s’est modifié au cours du siècle dernier. Les expressions comme « se faire tailler un costume en sapin », « se rendre au royaume des taupes » ou « remercier son boulanger»  ne sont plus des expressions courantes. Ce vocabulaire fleuri ne semble plus convenir à notre époque. 

Aujourd’hui on ne badine plus avec la mort. Notre culture ne cherche plus à apprivoiser ni à accepter la mort, On l’évite, on essaie de ne pas y penser, et on exprime volontiers le désir de l’expurger. Cette censure de la question de la mort se retrouve dans le discours culturel, et dans la simplification des rites.

Aujourd’hui, les rituels sont présents, mais de moins en moins dans notre société occidentale.

On retrouve encore certains rituels de levée du corps et des obsèques, un code vestimentaire respectueux avec des couleurs foncées, la possibilité socialement reconnue d’interrompre son activité professionnelle, un comportement réservé, mais plus de veilleuses, plus de pleureuses, les condoléances présentées à la famille sont  remplacées par un registre, les faire-part de décès ne sont plus systématiques, les funérailles se déroulent le plus souvent dans la stricte intimité.

L’Église s’est adaptée, en acceptant la cérémonie religieuse pour un défunt divorcé, remarié, homosexuel ou suicidé. En l’absence de prêtre, un membre laïque peut proposer une prière.

Les pompes funèbres sont de plus en plus présentes, remplaçant le noir traditionnel et imposant par des costumes bleu marine foncé s  et des véhicules gris ou bleu foncé.

Le religieux quitte les rites progressivement, remplacé par le profane, et la musique qui accompagne les cérémonies, est parfois une musique classique ou une chanson, on ne cherche plus l’apaisement dans les paroles d’un prêtre bienveillant,  ou  dans  l’écoute d’un requiem, mais chez  un  ami, chez le médecin ou le psychologue.

C’est également le cas pour les autres religions.

En occident, les rites funéraires sont destinés à soutenir les vivants et à leur permettre une expression respectée et partagée de leur douleur.

Une autre fonction du rite serait de permettre au sujet de dépasser plus facilement la première phase du travail de deuil à savoir le déni.

Les rites du deuil étaient plus rigides par le passé, d’aspect formel ne facilitant aucune expression émotionnelle ou affective. L’essoufflement de la ritualisation de la mort et du deuil s’accompagne d’une personnalisation grandissante.

 

deuil chadelle

 

 

Le rôle des rites

Les rites sont un ensemble de règles de caractère symbolique, une expression collective réglée par une mise en scène.

Pour les anthropologues, les rites funéraires ont essentiellement 3 fonctions :

1) Accompagner le corps et l’esprit du défunt durant ces périodes transitoires

2) Aider les survivants endeuillés dans l’expression de leur douleur

3) Ressouder la cohésion sociale mise en cause par la disparition d’un de ses membres

 

           
                   Nietzsche  "

Drapée en noir, la Mort
Cassant, entre ses mains, le sort
Des gens méticuleux et réfléchis
Qui s’exténuent, en leurs logis,
Vainement, à faire fortune,
La Mort soudaine et importune
Les met en ordre dans leurs bières
Comme en des cases régulières.
Et les cloches sonnent péniblement
Un malheureux enterrement,
Sur le défunt, que l’on trimballe,
Par les églises colossales.
La mort

Emile Verhaeren

       
        "  

 

Le deuil comme événement

Être endeuillé n’est pas seulement la tristesse ou le chagrin que tout sujet peut ressentir à l’annonce de la mort d’une personne, mais un processus qui survient lors de la perte d’un lien affectif, ce qui explique qu’au cours de sa vie chaque sujet sera amené à subir plusieurs deuils.

Le deuil est une blessure,  pour  certains une perte, pour d’autres une amputation d’une partie de soi. Il exige un long moment de cicatrisation et d’adaptation, car il est impossible de retourner à la situation antérieure.

Chaque personne vit l’expérience du deuil de façon unique, influencée par l’âge, la personnalité, la relation avec la personne défunte, les circonstances entourant la mort de l’être cher, le soutien ou le manque de soutien de l’entourage, les deuils antérieurs et les différentes expériences de vie.

Chaque individu vit le deuil différemment selon ses besoins pour faire face et s’adapter à cette perte, sans limite de temps.  

Un deuil peut durer des semaines, des mois ou s’étaler sur plusieurs années. Certaines personnes vont vivre toutes les réactions courantes du deuil, d’autres n’en vivront que quelques-unes. Ce sont des situations difficiles à vivre, particulièrement lorsqu’il s’agit de la perte de son conjoint, d’un parent proche ou d’un ami.

 

Être endeuillé

Être endeuillé, c’est vivre en dépit de l’absence, de la perte et du sentiment d’abandon. Absence de l’autre, de sa chaleur, de ses bruits, de ses conseils.

L’endeuillé est comme une personne anesthésiée qui se plaint d’une perte sensorielle, d’une sensation étrange.

Selon les personnes  , on parle de perdre un morceau de soi, d’un traumatisme difficile, d’une rupture qui exige une profonde adaptation.

Cette perte, cette blessure peut prendre un long moment de cicatrisation pour accepter que rien ne sera comme avant, l’impossibilité de retourner à la situation antérieure.

Le deuil peut provoquer un stress violent. Sur l’échelle des stress, la mort du conjoint arrive en tête. L’endeuillé peut se retrouver seul, sans protection, sans partenaire.

Ce stress peut révéler les points faibles de nos psychologies, mais aussi les points forts. Les réactions de la personne en deuil peuvent surprendre, ou déranger.

Après une perte de l’équilibre psychique liée au deuil, la personne met en place ses propres mécanismes de défense, et cherche ses propres points de repère dans une réaction légitime de survie.

L’endeuillé va suivre un processus de cicatrisation psychique, physique, sociale et émotionnelle, et une remise en cause spirituelle ou existentielle. Il faut tout ré organsier, le quotidien, les sentiments, les images et la mémoire en passant par des moments tolérables et par des moments sombres et tristes. Ce processus se termine un jour, mais la cicatrice sera toujours présente dans la mémoire, de moins en moins douloureuse.

Chaque individu vit le deuil différemment ; vous et vos proches pouvez avoir des besoins différents pour vous adapter à cette perte. Il n’y a pas de limite de temps pour faire son deuil. Il peut durer des semaines, des mois ou même s’étaler sur plusieurs années.

 

             
                            Nietzsche     "

Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d’étranges fleurs sur des étagères,
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.
Usant à l’envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.
Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ;
Et plus tard un Ange, entr’ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.

La Mort des amants- Charles Baudelaire

 "                           
             

 

Modification de la mort dans notre société

La modification principale du rapport au deuil et à la mort actuellement dans notre société irait dans le sens d’un glissement du caractère collectif du deuil vers un caractère individuel

- Nous sommes créatifs

Le rapport à nos proches ne s’est pas rationalisé après le recul des traditions religieuses, par contre, le vivant semble faire preuve d’une très grande inventivité au sujet des morts : Enterrement avec musiques et chansons, enterrement virtuel, etc.  Nous avons des idées nouvelles vis-à-vis de la mort influencée par notre vision de la mort, des soins palliatifs et de la fin de vie. La mort quitte le religieux, le vivant compte plus que le défunt, le souvenir devient plus important que le corps .

- Inventer des Rites

Les rites de deuil duraient longtemps dans le passé, suivant des règles rigides. En occident, l’expression émotionnelle et affective du chagrin n’était pas encouragée.

L’essoufflement de la ritualisation de la mort et du deuil a laissé place à une personnalisation des rituels, une disparition et simplification des rites d’hier. Cependant, les usages nouveaux restent peu codifiés, et culturellement mal assimilés. On aperçoit une fusion lente entre l’ancien et le nouveau.

- Questions d’époques

La simplification actuelle du deuil peut être une réponse au deuil pénible et rigide du XIXe siècle qui plaçait le mort avant les vivants et le social avant l’émotionnel.

- Professionnalisation de la mort

À notre époque, la mort n’est plus une affaire de famille, elle est sous l’influence d’institutionnalisation et professionnalisation : 70 % des décès en France ont lieu en milieu institutionnel après le développement des soins palliatifs. Par le passé, les médecins et le corps soignant avaient une relation brève avec la mort, ils se retrouvent maintenant en première ligne.

L’émergence des soins palliatifs témoigne de notre désir de supprimer au maximum la souffrance, la douleur physique et morale.

Le progrès de la médecine a fait croire à des progrès sans fin, le désir d’immortalité s’accompagne d’un rejet de la mort.

En face de l’impossible immortalité, la société médicalise, institutionnalise et professionnalise la mort, à la recherche d’une « bonne mort à défaut d’une belle mort».

 

deuil rose

 

- Moins de religieux

La baisse de l’influence de la religion change notre rapport à la mort, et entraine une diminution des rites funéraires.

L’absence de rites funéraires était autrefois réservée aux suicidés et aux criminels, il devient à notre époque un choix assumé et accepté. La religion ne joue plus un rôle déterminant dans les rites.

-  Individualisation de la société

L’individualisation a joué un rôle dans la modification de notre rapport à la mort. La société voit la mort comme un événement de plus en plus maitrisé.

Cependant, l’individualisme peut engendrer isolement, déresponsabilisation et même une relative rupture des solidarités familiales.

Nous voyons aussi  des solutions hybrides, cultiver l’individualisme et réagir « à l’ancienne » face à la mort, offrant sa solidarité et son empathie.

Impact de la perte du caractère social du deuil

Le sens de la vie  est une question existentielle, philosophique incontournable pour les endeuillés.

Cette confrontation à la mort pour l’endeuillé sans une prise en charge du groupe, peut compliquer le travail de deuil.

Par exemple, les deux jours de congé suite au décès d’un conjoint ou d‘un enfant, ou un seul jour pour le décès d’un parent sont en contradiction avec le temps nécessaire pour le deuil.

 

             
                            Nietzsche     "

Voici trois ans qu’est morte ma grand’mère,
La bonne femme, – et, quand on l’enterra,
Parents, amis, tout le monde pleura
D’une douleur bien vraie et bien amère.
Moi seul j’errais dans la maison, surpris
Plus que chagrin ; et, comme j’étais proche
De son cercueil, – quelqu’un me fit reproche
De voir cela sans larmes et sans cris.
Douleur bruyante est bien vite passée :
Depuis trois ans, d’autres émotions,
Des biens, des maux, – des révolutions, –
Ont dans les murs sa mémoire effacée.
Moi seul j’y songe, et la pleure souvent ;
Depuis trois ans, par le temps prenant force,
Ainsi qu’un nom gravé dans une écorce,
Son souvenir se creuse plus avant !

La grand’mère - Gérard de Nerval

"                         
             

 

Différents types de deuil

La manière dont la personne a disparu peut avoir une répercussion sur la manière de vivre le deuil. Il existe de nombreuses sortes de deuil.

 

La mort subite

La mort qui survient de façon subite est un événement particulièrement difficile. Les personnes n’ont pas eu le temps de s’y préparer ou de faire leurs adieux. Les réactions et les sentiments peuvent être intenses, et difficiles à vivre.

Ressentir de la culpabilité, se sentir inutile, en colère, pleurer, avoir le sentiment d’être désorganisé, se sentir engourdi.

De nombreuses familles qui ont vécu l’expérience de la perte soudaine

d’un être cher, ont confié avoir eu besoin de soutien de la part de leur famille, leurs amis et leur entourage.

Pouvoir partager ses sentiments avec une personne en qui on a entièrement confiance, ou pouvoir obtenir de l’aide supplémentaire [individuellement ou en groupe] peut faire toute une différence.

 

La maladie chronique

Après le décès d’un être cher au terme d’une maladie chronique, l’expérience du deuil sera différente.

Le deuil se fait sur une longue période au fur et à mesure que la maladie progresse : perte de l’idéal de santé, changements de l’image corporelle du malade, perte de la liberté et de l’indépendance.

Au fur et à mesure que la maladie progresse, l’entourage commence à accepter que la mort est inévitable. Parfois, le déni d’une fin inévitable peut s’installer, et lorsque la mort arrive, c’est alors tout de même un choc.

Mais le plus souvent, les familles sont surprises de ressentir un sentiment de libération lorsque l’être cher décède, accompagné d’un sentiment de solitude.

 

La mort d’un enfant

Perdre un enfant est l’une des pertes les plus difficiles à vivre. Les réactions et les sentiments sont d’une grande intensité.

De nombreuses familles qui ont vécu la perte d’un enfant ont fait part de leur besoin d’avoir un soutien de leur famille, leurs amis et leur entourage. Il n’y a sans doute pas d’expérience plus difficile pour un parent que de perdre un enfant, quel que soit l’âge de l’enfant, quelle que soit la cause de son décès, cela semble injuste, même irréel.

La perte d’un enfant dans notre société est perçue comme un événement des plus tragiques, et cette perte peut affecter tous les rapports avec l’entourage, que ce soit avec le conjoint, avec les autres enfants et aussi avec l’entourage.

 

Lhomicide

Perdre un être cher suite à un acte criminel ou violent est dévastateur. Dans de telles circonstances, le deuil peut être perturbé par un certain nombre de facteurs [par exemple, la couverture médiatique, les réactions des autorités responsables de l’application de la loi, la manière dont la famille et les amis réagissent].

Colère, frustration, incompréhension, injustice.

Dans le cas d’un homicide, il faut surmonter le deuil, et affronter des éléments qui rappellent constamment la manière dont l’être cher est décédé : procès, peine de prison ou libération conditionnelle du meurtrier, etc.

 

Le suicide

Le suicide d’un être cher peut être source d’un fardeau supplémentaire pour les amis et la famille.

Des émotions intenses surgissent comme la culpabilité, la honte, la colère, mais aussi de la frustration ; chacun cherche à comprendre les motivations de ce suicide. Il est difficile de se rappeler les bons moments vécus dans ce questionnement.

Pour beaucoup de personnes, le suicide est déshonorant ou un acte suspect, certains évitent les familles de suicidés, d’autres les blâment, ou les jugent.

 

Les pertes multiples

La personne peut être submergée par les émotions en cas de perte de  plusieurs êtres chers en peu de temps, ayant l’impression de ne pas encore avoir eu le temps de faire son deuil.

Les sentiments et les réactions semblent se confondre. Elle se sent vidée, incapable de se concentrer. Une deuxième perte devient difficile à comprendre.

 

             
                            Nietzsche   


Puisque je ne pouvais m'arrêter pour la Mort —
Ce Gentleman eut la bonté de s'arrêter pour moi —
Dans la Voiture il n'y avait que Nous —
Et l'Immortalité.
En réponse à sa Civilité ,

Nous passâmes l'École, où les Enfants s'efforçaient
De faire la Ronde — à la Récréation —
Nous passâmes les Champs de blé en nous dévisageant —
Nous passâmes le Soleil Couchant —

Ou plutôt — c'est Lui qui Nous dépassa —
Les Rosées tombèrent frissonnantes et Froides —
Car ma Robe n'était que de Gaze —
Mon Étole — de Tulle —
Nous fîmes halte devant une Maison qui semblait
Un Gonflement du Sol —
Le Toit était à peine visible —
La Corniche — Enterrée —
Depuis — ça fait des Siècles — et pourtant
Cela paraît plus court que le Jour
Où je me suis doutée que la Tête des Chevaux
Était tournée vers l'Éternité

Emilie Dickinson

"                         
             

 

Le processus de deuil

Les expériences du deuil ne sont pas toutes vécues de la même façon. Il n’existe pas de modèle unique, mais un processus propre à chaque individu. On peut esquisser schématiquement les étapes les plus présentes dans ces expériences douloureuses.

 

- Après le choc, la sidération

La sidération est l’impossibilité d’analyser l’information. La personne est figée par l’inattendu.

Elle est la première phase lors de l’annonce du décès. La personne reste comme hébétée, figée, incapable de présenter une quelconque réaction. À l’annonce de la nouvelle de la perte, la personne ressent un choc dont l’intensité sera liée à l’imprévisibilité de l’événement, à sa proximité avec le décédé. On est comme tétanisé ou on peut ressentir une sensation de froid et même être pris d’un rire ou d’une crise de larmesincontrôlables.

La sidération est un processus de sauvegarde pour échapper aux émotions et à la mort. Cette phase de sidération permet d’accueillir mentalement cette information au goutte-à-goutte.

 

- Le déni cognitif, le déni de la mort

Après l’effet paralysant du choc se met généralement en place, sur le plan psychologique, un processus de déni cognitif, qui protège l’endeuillé d’un envahissement émotionnel trop intense et se manifeste par la négation de la réalité de la perte, comme les blessés physiques graves (par exemple amputés d’un membre) : l’impact du traumatisme ne permet pas de ressentir la douleur immédiatement, et ce n’est que graduellement que la sensibilité revient.

Le déni s’apparente à une forme d’anesthésie émotionnelle qui permet de prendre les choses en main et de parer au plus urgent comme organiser les rites funéraires ou faire face aux conséquences immédiates.

C’est le refus complet de reconnaître la réalité d’une perception traumatisante.

 

- Incrudilité

L’incrédulité suit les deux premières phases, qui passent souvent très rapidement. La personne est partagée entre le réel et le fait de ne pas y croire (travail de ses affects qui refusent cette nouvelle)

 

- La colère

Progressivement, les émotions vont revenir, et c’est la colère [ou protestation] qui risque de se manifester en premier, induite par un senti ment d’abandon, de manque, d’injustice et de solitude.

La douleur créée par cette annonce devient de plus en plus intense. Beaucoup de personnes ressentent de la colère après la mort d’un être cher. Certaines sont en colère contre la personne décédée, surtout en cas de suicide ou de comportement risqué.

D’autres en veulent à Dieu, à un pouvoir d’une force supérieure ou à un être spirituel selon leur foi.

Certains vont exprimer leur colère à travers des mots, d’autres à travers des actes. Par exemple, ils peuvent s’en prendre aux amis, à la famille, aux professionnels de santé ou à d’autres personnes comme les survivants d’un accident.

 

- L’ agressivi

L’individu va réagir avec agressivité envers tout son environnement immédiat et particulièrement vis-à-vis de celui ou de celle qui vient annoncer le décès. Les premiers moments de stupeur passés, l’individu va essayer de repousser la réalité hors de lui par une réaction violente, espérant que cette information ne l’atteindra pas ou ne le submergera pas.

Il arrive que la personne ayant subi la perte cherche un bouc émissaire et dirige sa colère contre le responsable du décès, contre le médecin, ou contre soi-même. Elle peut aussi éprouver de la peur, voire une angoisse et un sentiment d’incapacité à affronter la situation, car son monde vient brusquement de se modifier.

 

Sentiments de culpabilité

La personne peut exprimer un sentiment de culpabilité vis-à-vis de la personne disparue, par des reproches adressés à elle-même ou des regrets. Je suis coupable du décès, je suis coupable de ne pas l’avoir empêché. Je me rends compte que je suis coupable, responsable.

Le sentiment de culpabilité est l’élément central autour duquel peut se fixer tout le travail de deuil. Ce sentiment peut être destructeur, car, dès qu’il survient, il se nourrit très facilement de tous les reproches entendus.

La personne peut se faire des reproches lorsqu’elle pense qu’elle est sortie de la règle morale imposée par l’environnement, intériorisée à travers les interdits culturels, religieux et sociaux.

Certaines personnes pourraient vouloir blâmer une personne [par exemple, un ami, un membre de la famille, un professionnel de santé] ou autre chose [comme le système de santé] pour tout ce qui est arrivé.

Le sentiment de culpabilité peut être créé par les reproches adressés par l’environnement, par des phrases accusatrices ou par des comportements.

 

La dépression réactionnelle

S’ensuit une période plus ou moins longue de dépression qui se caractérise par une réaction émotionnelle intense et profonde de tristesse, de chagrin, de désolation et d’impuissance, avec l’impression que le deuil ne finira jamais.

Humeur négative, inhibition de l’élan vital, anxiété exacerbée, labilité du caractère,  troubles du sommeil [insomnie ou hypersomnie], rêves, cauchemars, fantômes, idées bizarres, somatisation.

Cette étape est décisive, difficile à supporter tant pour la personne que pour l’entourage.

Dans ce type de dépression, l’état de tristesse est prédominant alors que le ralentissement psychique et physique est peu marqué, à la différence de la dépression ordinaire.

L’anxiété est intense, mais la réactivité aux événements extérieurs persiste. La dépression va durer de nombreuses semaines ou mois avec de grandes variations dans l’intensité.

Il s’agit d’accepter et d’intégrer la perte, d’accepter et de faire face.

Durant cette étape, la personne endeuillée a besoin de soutien, de l’affection de ses proches qui devraient l’écouter et de l’inciter à prendre soin de sa santé. Le stress provoqué par le deuil peut engendrer des complications graves.

 

Les changements physiques

Le deuil peut drainer toute votre énergie. Il peut modifier le sommeil, provoquant de l’insomnie, de la lassitude, de l’épuisement, et même des cauchemars. L’endeuillé peut perdre ou prendre du poids à cause de variation dans l’appétit. Certaines personnes peuvent souffrir de problèmes digestifs [nausées, vomissements, diarrhée ou constipation].

D’autres personnes se plaignent de maux de tête, de douleurs, ou de manque d’énergie.

 

Acceptation

S’installent d’abord une acceptation intellectuelle où l’endeuillé réalise que ce qui s’est passé est inéluctable, puis une acceptation globale au moment où la perte est complètement intériorisée. L’acceptation n’est pas une démission, mais le franchissement d’un seuil nouveau, se pardonner à soi-même ou aux autres de ne pas avoir pu empêcher la perte. C’est une création d’une identité différente, un lien nouveau permettant la  ré alliance avec le défunt et avec sa mémoire.

 

Fin du deuil

On identifie le terme ou fin du deuil quand des désirs de renouveau sont acceptés consciemment et même recherchés et que la personne est à nouveau disponible pour de nouveaux attachements ou de nouveaux projets.

Il n’existe pas réellement de fin du deuil. On peut parler d’étape nouvelle quand l’endeuillé a trouvé un nouvel équilibre sans trop de tristesse. Cette étape sera atteinte quand le sentiment de culpabilité sera levé. L’être perdu prendra une place nouvelle. Son souvenir s’intégrera dans la mémoire historique de la famille.

Une fois le processus de deuil achevé, la perte peut prendre sens à nouveau. C’est le fait de prendre conscience de tout ce qu’on a reçu de la relation avec la personne disparue.

Il peut arriver que certains deuils soient plus difficiles à réaliser.

 

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Dépression adolescente

depression adolecente

 

L’adolescence peut être une période difficile de la vie. La dépression affecte les adolescents plus souvent qu’on le pense. On estime qu’un adolescent sur cinq souffrira de dépression à un moment donné au
cours de son adolescence. Bien que la dépression soit traitable, la plupart des adolescents déprimés ne reçoivent jamais d’aide.

Il existe d’autres mythes autour de la dépression adolescente, qui cherchent à conceptualisé la dépression adolescente sont des symptômes genre : troubles de l’humeur, ou perte d’intérêt.

Les études cliniques confirment la présence de la dépression adolescente avec et sans ces symptômes, et que la dépression adolescente peut se manifester par de nombreux comportements comme par exemple les plaintes somatiques ou les problèmes d’école.
Il est donc utile de nuancer l’idée que la dépression adolescente est toujours masquée, et sans symptômes.

 

Table des matières
Dépression adolescente principale 2
Définition de l’humeur dépressive 3
Perte d’intérêt du plaisir pour toute activité 3
Changement d’appétit ou de poids 3
Changements de sommeil 3
Ralentissement des mouvements ou agitation 4
Fatigue et perte d’énergie 4
Sentiments d’insignifiance ou de culpabilité 4
Altération de la concentration 5
Pensées relatives à la mort et au suicide 5
La dysthymie 5
Ce qui est normal et ce qui ne l’est pas 5
La dépression chez les adolescents par rapport aux adultes 6
Humeur irritable ou colérique 6
Douleurs et douleurs inexpliquées 6
Sensibilité extrême à la critique 6
S’éloigner de certaines personnes 6
Quand consulter 7
Dépression ou de douleurs de croissance ? 7
Quand consulter un médecin 7
Quand demander une aide d’urgence 8
Signes annonciateurs de suicide 8
Signes avant-coureurs de suicide 9
Dépression de l’adolescent : clichés 10
Les adolescents ne dépriment pas? 10
La dépression adolescente n’a pas de symptômes 10
Adolescent en opposition ou en dépression ? 10
Dépression des adolescents : symptômes et causes 12
Ce qui favorise la dépression 12
Situation 12
La perte d’une relation 13
Un conflit avec une autre personne 13
Solitude 13
Mauvais résultats scolaires 13
Actions 13
Le retrait de la famille et des amis 13
Ne pas prendre soin de soi 14
Pensées négatives injustes à votre égard 14
Des pensées irréalistes sur l’avenir 15
Émotions 15
État physique 16
Manque de sommeil 16
Manque d’énergie 16
Déséquilibre de fonctionnement 16
Problèmes d’apprentissage 16
Les causes de la dépression adolescente 16
Intimidation 17
Problèmes de santé mentale et physique 17
Expériences stressantes passées et présentes 17
Manque de soutien social 17
Dépression et utilisation des réseaux sociaux 17
Types de dépression 18
Dépression sous forme de détresse anxieuse 18
Dépression mélancolique 18
Dépression atypique 18
D’autres troubles qui provoquent des symptômes de dépression 18
Troubles bipolaires I et II. 19
Trouble cyclothymique. 19
Trouble de l’humeur 19
Trouble dépressif persistant 19
Trouble dysphorique prémenstruel. 19
Utilisation de drogues récréatives 19
Médicaments 19
Reconnaître la dépression chez les adolescents 19
Les symptômes 20
Comment dépirme un adolescent ? 20
Evaluation de la dépression 23
adolescente 23
Maladie sous traitée 23
Diagnostic 23
Interventions 24
Choix de traitements 25
Consultation psychiatrique 25
Refus de diagnostic 25
Etablir le diagnsotic 26
Comment aider un adolescent dépressif 26
Comment agir avec un adolescent dépressif 26
Faire face aux pressions des adolescents 28
Traiter la dépression des adolescents 29
La psychothérapie 29
La thérapie cognitivo-comportementale 29
La thérapie interpersonnelle 29
Les médicaments 29
Adolescents d’aujourd’hui : 30
plus déprimés 30
Pourquoi tant d’adolescents sont-ils déprimés ? 30
Plus de filles déprimmées 30
Mal traités ou négligés 30
Maladies chroniques 30
Antécédents familiaux 31
Problèmes mentaux 31
Traumatismes 31
Les adolescents d’aujourd’hui : préparés aux défis de la vie ? 31
Pensées dépressives 32
Pourquoi les ados d’aujourd’hui sont-ils si stressés ? 32
Tout ou rien 32
Généralisation abusive 33
Auto dénigrement 34
Exagérer 34
Lire les pensées 35
Priorité aux événements négatifs 35

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Estime de soi

estime de soi

L’estime de soi est un concept psychologique qui renvoie au jugement global positif ou négatif qu’une personne
a d’elle-même.

Un des premIers auteurs à avoir influencé les travaux dans ce domaine fut William James (1892). Ce psychologue
américain a défini l‘estime de soi comme la cohésion entre les aspirations et les succès. Pour James, l’estime de soi est la conscience de la valeur du soi et elle se situe à l’intérieur de la personne.

Le poids de cette valeur repose sur l’importance que la personne accorde à ses différents types de Moi.
La formule que James propose pour définir l’estime de soi est la suivante:
estime de soi = réussites (réalisations )/aspirations (prétentions).

En d’autres termes, plus l’estime de soi est faible, plus les réussites d’une personne s’écartent de ses aspirations. À l’inverse, plus l ‘ estime de soi est forte, plus les réalisations d’un individu rejoignent ses ambitions .

Une estime de soi positive est associée au bien-être, à la réussite et à la satisfaction. Une faible estime de soi
peut augmenter les risques de développer des problèmes tels que la dépression, l’anxiété, et plusieurs autres
conditions psychologiques, en plus d’affecter le fonctionnement social.


Les spécialistes en santé mentale sont d’avis qu’une bonne estime de soi est l’un des meilleurs outils dont on
puisse disposer pour faire face aux difficultés.

L’estime de soi est une dimension fondamentale de notre personnalité. Pour nous sentir bien dans notre peau,
la plupart d’entre nous avons besoin d’être aimés et appréciés et de nous sentir compétents.

Table des matières
Estime de soi: signification 2
La disposition à affronter les défis fondamentaux de vie sans perdre le sens du bonheur.  3
Qu’est-ce que l’estime de soi? 3
Définition de l’estime de soi 4
Origine du concept de l’estime de soi 5
La différence entre la confiance en soi et l’estime de soi 5
Le concept d’estime de soi doit être distingué du concept d’orgueil 6
La fierté et le l’estime de soi 6
La construction de l’estime de soi 7
Durant la petite enfance 7
Influence des personnes significatives 8
Expériences de réussites et d’échecs 8
Relation avec les pairs 9
Après la petite enfance 9
Rejet et intimidation durant l’enfance et l’adolescence 9
Relations dans la vie adulte 9
Le contexte scolaire et l’estime de soi des étudiants 10
Les médias sociaux et la pression sociale 10
Les manifestations d’une estime de soi solide 12
La hauteur : 12
Estime de soi mise à l'épreuve 12
La stabilité 13
L’harmonie 13
L’autonomie 13
Le coût 13
Les manifestations d’une estime de soi fragile 13
Les comportements et les facteurs nuisibles à l’estime de soi : 14
Le passage du collectif à l'individuel altère nos repères : 15
Estime de soi et notre société 15
Les pressions culturelles 16
Les pressions économiques n'encouragent pas l'estime de soi 16
Les aspirations à une qualité de vie meilleure : 16
La solitude de chacun face à ses problèmes : 16
Estime de soi gouverne la qualité de vie 16
Encourager l’estime de soi de l’enfant 17
Eviter les restrictions 18
Offrer-lui la liberté 18
Encouragement 18
Ambiance pacifiée 18
Écouter et encourager 18
Estime de soi et honte toxique 20
La honte toxique et l’estime de soi 20
Estime de soi : 22
questions - réponses 22
1-Pas d'accord avec ce concept 22
1-Réponse 22
2-Estime de soi et compétition 23
2- Réponse 23
3-Estime de soi :accepter les compliments 23
3-Réponse 23
4-Définir l'estime de soi 24
4-Réponse 24
5-Définition simple de l'estime de soi 24
5-Réponse 24
6-Confiance et estime de soi 24
6- Réponse 24
7- Pourquoi l'estime de soi est utile 25
8- Estime de soi et comportement sexuel 25
8-Réponse 25
9- Les facteurs qui inluencent l'estime de soi 25
9- Réponse 25
10- Estime de soi et la réussite 26
10-Réponse 26
11-Estime de soi et relation amoureuse 26
11- Réponse 26
12- Estime de soi et rélaisation des projets 27
12- Réponse 27
14-Sexe, couple et l'estime de soi 28
14-Réponse 28
15-Réponse : 28
16-Réponse 29
Améliorer son estime personnelle 30

 

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Le sexe prudent

 

sexe prudent

Notre définition élargie le concept exclusivement sanitaire de « sexe prudent «.
Le terme sexe sûr est excessif et utopique, il n’existe aucune pratique sexuelle dénouée du risque sanitaire, psychologie, émotionnel ou sociétal. Il est préférable d’utiliser le terme sexe plus sûr ou sexe prudent.

Le point de vue sanitaire semble le plus discuté dans les publications et les sites internet concernant le sexe incluant les pratiques sexuelles accompagnées de risque d’infections sexuellement transmissibles, échange de liquides corporels ou le sens où le sperme, ou des infections liées au contact comme l’herpès.

- Le risque émotionnel et psychologique lié à l’activité sexuelle
L’activité sexuelle dépasse largement l’acte sexuel, il s’agit de partager la nudité, l’intimité, et d’échanger. L’activité sexuelle peut engendrer un risque important de déception, de remise en question, de dépression, et d’autres troubles psy- chologiques en cas de rupture.

- Le risque sociétal
. Les codes de la société exigent de chaque personne une adaptation en ce qui concerne sa vie personnelle et sa vie sexuelle. Ce risque sociétal  se traduit par l’hostilité des autres en cas de compor- tement sexuel non conforme aux règles établies, leur moquerie, et leurs agressions.

- Le risque juridique
La prévention concernant le risque juridique et pénal de la sexualité demeure insuffisante.
L’activité sexuelle peut être à l’origine de violence physique ou psychologique, d’harcèlement sexuel, ou du viol.

 

Table des matières
Safe sex ou sexe prudent: définition 3
Le risque émotionnel et psychologique lié à l’activité sexuelle 3
Le risque juridique 4
Les grossesses non désirées 4
Sexe prudent et risques sur la santé 5
Safe sex ou sexe prudent: définition 5
Certains facteurs augmentent le risque des infections sexuellement transmissibles : 5

Comment rendre activité sexuelle plus prudente sur le plan sanitaire 6
Sexe prudent et nature de la relation 7
Moins de risque sexuel dans les relations longues 7
Relation longue durée 7
Partenaires multiples et sexe prudent 9
Partenaires sexuels multiples : risque plus élevé 9
Contact sexuel oral : risques 11
Contact oral et sexuel 11
Secrétions vaginales et risque sanitaires 11
Secrétions vaginales et Risque Emotionnel 12
Secrétions vaginales :Normes sociales12

Secrétions vaginales : Normes juridiques 12
Contact avec le sperme : risques 12
Sperme : Risques sanitaires 12
Sperme; Risque Emotionnel 13
Sperme: Normes sociales 13
Sperme : Normes juridiques 13
Contact oral anal : risques 14
Contact oral anal : Risque sanitaire 14
Contact oral anal : Risque Emotionnel 14

Contact oral anal: Normes sociales 14

Contact oral anal :Normes juridiques 15

Moins de risque avec le cunnilingus 16

Risque sanitaire et cunnilingus 16
Sexe prudent et cunnilingus 16
Risque Emotionnel et cunnilingus 17
Normes sociales et cunnilingus 17
Normes juridiques et cunnilingus 18
Fellation : maitrisez le risque 19

Risque sanitaire de la fellation19
Présences d’autres MST ou IST : 19
Fellation et sexe prudent 19
Risque Emotionnel de la fellation 21
Normes sociales et fellation 21
Normes juridiques et fellation22
L’activité sexuelle dépasse largement l’acte sexuel 23
Sexe prudent : facteurs émotionnels 23
Sexe prudent et risques sur la santé 25
Sexe prudent: facteurs sanitaires 25
Comment rendre activité sexuelle plus prudente sur le plan sanitaire 26
Sexe prudent et risque sociétal 27
Sexe prudent et risque juridique 29
Sexe et risque juridique 29
La recherche du sexe prudent exige : 30

Sexe prudent et grossesse 31
Le risque sanitaire 31
Le risque émotionnel 32 La norme sociétale 33
La norme juridique 33

Sex toys et sex prudent 34
Sex toys, jouets sexuels : peu de risques 34

Les artifices anatomiques : 34

Les objets simulacres 34
Jouets sexuels et risque sanitaire 35
Jouets sexuels et risque émotionnel 35
Jouets sexuels et norme sociétale 36
Jouets sexuels et La norme juridique 36

Virginité et sexe prudent 37
La virginité n'est pas synonyme de sexe prudent 37
Virginité : Risques sanitaires 37
Virginité : Risque Emotionnel 38

Virginité : Normes sociales 39
Virginité : Normes juridiques 39
Sexe prudent et la défloration 40

 

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La rencontre

rencontre

 

Rencontrer une autre personne et transformer la rencontre en relation nécessite une bonne connaissance de ses propres besoins, et de ses propres projets. Connaître ses propres besoins et les valider permet de mieux choisir le (la) partenaire, et de mieux réussir la rencontre.

Parfois il ya plus d’attirance que de sentiment, parfois le contraire. Une femme à la recherche d’une rencontre ne peut savoir avec précision si elle cherche un compagnon de lit ou un compagnon de vie.

Les deux parcours commencent ensemble, encouragés par l’attirance sexuelle (beauté physique, attirance vers
la sexualité de l’autre) et par une attirance émotionnelle (envie d’être avec, envie de partager les émotions).
Ce n’est pas grave en soi, le désir fait partit de l’amour et vice versa, sauf en cas de répétition.
Quand un homme cherche une relation durable,  découvre après plusieurs échecs la brièveté et l’aspect éphémère de ces relations, il ne peut être déçu. Dans notre modèle de société, les rencontres se multiplient, les échecs
des rencontres aussi.

 

Table des matières
Rencontre : affaire personnelle 2
-Les besoins personnels 2
-Partager les mêmes valeurs 3
-Avoir confiance en soi 3
Rencontre entre amour, et désir 4
Amour ou désir, Sentiment ou attirance ? 4
Visibilité, le mot-clé 5
Rencontre : Privilégiez le réel 6
Comment se comporter pendant une rencontre 7
Arriver à l’heure 7
Étiquette de la rencontre 7
La galanterie n’est pas morte, mais... 8
Les compliments avec parcimonie 8
Le non-dit compte aussi 8
Questions d’argent 9
Savoir bien finir une rencontre 10
Comment terminer une rencontre 10
- Ne jamais être grossier 10
- soyez honnête 10
- Evitez de proposer l’amitié 10
- Restez ferme sans être extrémiste 10
- Evitez de rire 11
- Comprendre le poids de l’échec 11
- Toujours bien réfléchir et choisir 11
Comment faire 12
Pensée positive et optimisme 12
Rencontre et rejet 12
Dépasser ses craintes et son anxiété 13
Ce n’est pas vraiment vous 13
Savoir dire non, savoir comprendre le non 14
Comprendre avant d’accuser 14
Rencontre : Le rejet de l’autre 14
Le rejet : blessure narcissique et mauvaise estime de soi 15
Le rejet comme générateur d’hostilité 15
De la rencontre vers une relation 16
Rencontrer un homme ou une femme en 18
instance de divorce 18
Entre regret et culpabilité 19
Divorce en cours ou crise de couple 19
Quelques précautions 19

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Max Planck : révolutionnaire malgré lui de la physique quantique

Max_Planck_citation

Max Planck citation 

 

 

Le monde observable par les sens humains apparaît lisse, continu et bien défini.
En revanche, le monde quantique est discontinu, aléatoire et incertain. La physique quantique est le domaine qui décrit le comportement et l’activité à l’échelle des atomes.
Le physicien allemand Max Planck a proposé le concept de quanta d’énergie au début du 20e siècle. Sa découverte a jeté les bases de la théorie de la physique quantique et a révolutionné le domaine de la physique traditionnelle.

 

La physique à la fin du 19e siècle

À cette époque, les lois de la physique dite classique expliquent la majorité des phénomènes terrestres. Cette physique bâtie durant des millénaires par des générations de savants renommés, et selon des expériences de plus en plus sophistiquées, est confirmée par des concepts et des outils mathématiques parfaitement maîtrisés. Elle comporte trois grands courants qui expliquent l’ensemble des phénomènes perçus sur Terre et dans son environnement proche.
— Le premier concerne l’étude des corps en mouvement et celle des forces qui en sont à
l’origine.
— Le deuxième traite des phénomènes ondulatoires auxquels sont théoriquement assujettis l’électricité, le son, la lumière.
— Le troisième, initié par la machine à vapeur, implique tous les phénomènes physiques liés à la chaleur, d’où son nom de « thermodynamique » (chaleur en mouvement).


La physique classique s’appuie essentiellement sur deux piliers de raisonnement : d’une part la théorie de Newton de la gravitation (publiée 1687), qui a permis de calculer les différentes trajectoires des planètes les plus proches de la Terre ; d’autre part celle de James Clerk Maxwell (publiée en 1865) sur l’électromagnétisme, unifiant le magnétisme et l’électricité.


En 1900, cette physique semble tellement solide qu’aucun scientifique ne songe à la remettre en cause. La communauté scientifique déplore même qu’il n’y ait plus de théories à découvrir : tout nouveau phénomène est parfaitement expliqué par la physique classique, sûre d’elle et de son déterminisme.

Pourtant, des faits étranges apparaissent peu à peu. Les savants s’aperçoivent que la trajectoire de la planète Mercure n’est pas tout à fait conforme à la loi de Newton et que, sur Terre, il se passe des choses très étranges ; ainsi, la vitesse de la lumière, que tout le monde croyait instantanée, semble être limitée.

Encore plus extraordinaire, certaines expériences démontrent que l’on ne peut pas la dépasser, aussi n’aime-t-elle pas être additionnée à une autre vitesse.

Si, dans un TGV qui roule à la vitesse de la lumière (C), vous vous déplacez dans le sens de
la marche à une vitesse V, votre vitesse réelle ne sera jamais égale à (v+c), mais restera toujours égale à C.
Certains indices montrent que la lumière se propage non pas d’une façon continue, comme une onde, mais discontinue, par petits paquets.

Par ailleurs, les savants découvrent, grâce à des outils d’observation plus modernes, des phénomènes inexplicables impliquant de petites particules microscopiques, non perceptibles par nos sens, se déplaçant à une très grande vitesse sur des distances très petites. Si les lois de la physique classique expliquent les phénomènes du monde macroscopique où interagissent des corps dotés d’une masse conséquente, elles sont incapables d’expliquer certains phénomènes de l’infiniment petit (phénomènes photoélectriques, électromagnétiques)

 

 

Planck choisit la thermodynamique

Max Karl Ernst Ludwig Planck est né de Johann Julius Wilhelm von Planck et d’Emma Patzig le 23 avril 1858 à Kiel, en Allemagne. Johann avait déjà deux filles de son premier mariage, Max était son quatrième enfant de son second mariage.
Max a rejoint l’école primaire à Kiel, puis à Munich en 1867, lorsque son père accepta un poste de professeur de droit à l’université de l’université de Munich.
Max était un pianiste talentueux, il allait choisir une carrière dans la musique lorsqu’un musicien professionnel lui dit qu’il n’était pas assez doué. Il a gardé deux passions pour les loisirs : jouer du piano et escalader les montagnes.

 

La physique est finie

Planck est né dans la société conservatrice de la Prusse du 19e siècle, et à sa manière formelle et disciplinée. Il est resté toute sa vue attaché aux traditions prussiennes.
Sa foi en la physique, sa force et son intégrité intellectuelle, nous dit Einstein, sont nées d’un « état émotionnel » plus proche de celui d’un homme religieux ou d’un homme amoureux.
Dans une de ces ironies qui semblent faire partie d’un roman banal, Planck a été conseillé en 1875, alors qu’il avait 17 ans, de ne pas faire carrière dans la physique, en particulier la physique théorique, parce que les travaux significatifs étaient désormais finis. Il obtient son diplôme en 1874 et s’inscrit à l’université de Munich à l’automne pour commencer des études en mathématiques, mais il est plus intéressé par la physique.

 

Il se rend à l’université de Berlin pour passer deux trimestres en 1877 et en 1878. Planck va suivi son propre chemin, et a finalement étudié sous la direction de deux des plus célèbres physiciens allemands de l’époque, Hermann Helmholtz et Gustav Kirchhoff. Ces grands scientifiques ne sont pas très inspirants dans l’amphithéâtre : les cours d’Helmholtz sont mal préparés et ceux de Kirchhoff sont « secs » sur le sujet de la thermodynamique, mais Planck trouve ce qu’il cherche, « quelque chose d’absolu ».

Max a étudié la thermodynamique, science qui traite des relations physiques entre la chaleur et l’énergie.
Deux grandes lois naturelles régissent les transformations énergétiques de toute matière. La loi de la thermodynamique stipule que l’énergie est conservée ; l’énergie peut être transférée et transformée, mais elle ne peut ni être créée ni être détruite.

La deuxième loi de la thermodynamique stipule que les transferts ou les transformations d’énergie augmentent l’entropie. L’entropie est une mesure du désordre (trouble)du système qui reçoit la chaleur ou l’énergie.


La thermodynamique statique a signalé que plus l’entropie du système est élevée, moins ses éléments sont ordonnés, liés entre eux, capables de produire des effets mécaniques.
Par exemple, si vous mettez un glaçon dans un bol de soupe chaude, la chaleur de la soupe va passer au glaçon. L’énergie est transférée des molécules de la soupe chaude aux molécules d’eau du glaçon. Les molécules d’eau commencent à se déplacer davantage et le glaçon fond. L’énergie serait encore conservée si la chaleur était transférée du glaçon à la soupe, mais un glaçon ne resterait jamais congelé lorsqu’il est placé dans un bol de soupe chaude, car cela violerait la deuxième loi de la thermodynamique.


Max a été attiré par la généralité de ces principes et a choisi d’écrire sa thèse de doctorat sur la seconde loi de la thermodynamique. Le premier livre de Planck était une extension de ces études. Publié en 1897, Vorlesungen über Thermodynamik (Traité de la thermodynamique) comprenait des études des principes thermodynamiques et des concepts de pression osmotique, du point d’ébullition et du point de congélation.


Après avoir obtenu son doctorat à l’université de Munich en 1879, Planck y est resté en tant que maître de conférences de 1880 à 1885. Cependant, le salaire ne lui permettait pas de fonder sa propre famille et lorsqu’on lui proposa un poste de professeur associé de physique théorique à l’université de Kiel, il accepta.


Disposant de revenus suffisants pour fonder une famille, il se maria avec son amour de jeunesse, Mlle Marie Merck. Ils ont eu quatre enfants ensemble. A l’automne 1888, le professeur Kirchhoff meurt, l’université de Berlin invite Planck à lui succéder.
Nommé professeur adjoint et premier directeur du nouvel institut de physique théorique en novembre 1888, il est promu professeur titulaire en 1892. Planck reste à Berlin jusqu’à sa retraite en 1926.

 

Max Planck citation2 

 

Le professeur Planck


Avec son complet sombre, sa chemise blanche empesée et son nœud papillon noir, Planck évoquait le fonctionnaire prussien modèle de la fin du XIXe siècle, n’eût été « le regard pénétrant sous le dôme immense de sa tête chauve. Il se montrait d’une extrême prudence avant de s’engager sur des questions scientifiques ou sur quelque autre sujet que ce soit. Planck n’était pas homme à changer d’avis facilement.

De son propre aveu, il était d’un naturel pacifique et évitait toutes les aventures. Il admit qu’il manquait de réactivité face à la stimulation intellectuelle.
Planck, ardent défenseur de la physique classique, savant très conservateur, est totalement hermétique à la notion d’atome. C’est dire que pour lui, à cette époque, toute idée scientifique nouvelle revêt un caractère sacrilège.


Il lui fallut des années pour réconcilier des idées nouvelles avec son conservatisme, or ce fut Planck qui, à l’âge de quarante-deux ans, déclencha sans le vouloir la révolution quantique en 1900 quand il découvrit l’équation donnant la répartition du rayonnement émis par un corps noir.

 

 

Le four du boulanger qui explose selon Kirchhoff

Planck a pu entrer au panthéon de l’histoire de la recherche scientifique en démontrant que les échanges entre la matière et l’énergie qui en est issue se déroulent non pas de façon homogène et continue, mais de façon discontinue par petits paquets (ou quanta).

Dans les années 1860, la marche vers la découverte des quanta de lumière (ou photons) est ouverte, à son insu, par le physicien allemand Gustav Robert Kirchhoff (1824-1887).
Un soir d’hiver, devant sa cheminée, il s’interroge sur le fait que les braises émettent des lumières de couleur différente selon leur température. Pourtant c’est un phénomène bien connu des potiers, des verriers, des forgerons et des boulangers qui, depuis l’Antiquité, vérifient la température de leur four grâce à sa couleur : 750 °C pour le rouge vif, 1000 °C pour le jaune, 1200 °C pour le blanc.

 

Tous les objets, s’ils sont suffisamment chauds, émettent un mélange de chaleur et de lumière dont l’intensité et la couleur changent avec la température. Le bout d’un tisonnier en fer qu’on a laissé dans le feu commence à briller faiblement d’un éclat rouge terne ; quand sa
température augmente, il passe au rouge cerise, puis au jaune orangé vif et enfin au blanc bleuté. Une fois retiré du feu, le tisonnier se refroidit en redescendant la gamme de ces couleurs jusqu’à ce qu’il ne soit plus assez chaud pour émettre la moindre lumière visible. Même à ce stade, il émet encore un rayonnement thermique invisible. Au bout d’un certain temps,
ce dernier cesse lui aussi lorsque le tisonnier, en continuant de se refroidir, devient finalement assez tiède pour qu’on puisse le toucher.

Pour comprendre ce phénomène, Kirchhoff imagine le concept du “corps noir”. Celui-ci ressemble à un four idéal ayant la forme d’une boîte fermée absorbant la totalité du rayonnement qu’elle reçoit (d’où le terme “corps noir). En le chauffant progressivement, Kirchhoff peut analyser les fréquences du rayonnement électromagnétique, visible ou pas, qui sort d’un petit trou percé dans l’une des parois.

 

kirchhoff le corps noir

 

Au début du XIXe siècle, ce rayonnement se résumait à la lumière visible.
Peu à peu, les physiciens découvrent d’autres rayonnements de même nature, mais non perceptibles à l’œil humain (l’ultraviolet, l’infrarouge) puis à la fin de ce même siècle, la plupart des autres rayonnements (micro-ondes, ondes radio, rayons X et gamma). À la même époque, en 1864, Maxwell démontre qu’un rayonnement électromagnétique est composé d’une onde électrique et d’une onde magnétique se propageant à la vitesse de la lumière.

L’expérience de Kirchhoff confirme que les températures sont toujours liées aux mêmes rayonnements électromagnétiques (donc aux mêmes couleurs quand ils sont visibles), ce qui reste vrai, quelles que soient la matière brûlée (verre, charbon, bois...), la consistance des parois (brique, fer...) et la forme du corps noir.
Il en déduit que l’intensité du rayonnement est liée à la fréquence de ce dernier et à la température du four.

Il ne reste plus qu’à trouver la formule mathématique. C’est alors que les choses se gâtent : ni Kirchhoff ni aucun chercheur de l’époque n’y parviennent.

 

 

La catastrophe ultraviolette

Pendant son séjour à Berlin, Planck a commencé à analyser les corps noirs, objets théoriques qui absorbent le rayonnement électromagnétique. Les charbons noirs dans un barbecue deviennent rouge orange, la couleur change avec la température.


Planck a étudié la relation entre l’énergie électromagnétique émise par des corps noirs, et les températures pour conclure que ces phénomènes dépendent de la température uniquement. A des températures basses, l’intensité du rayonnement émis diminue. Les rayons rouges possèdent de plus grandes longueurs d’onde ; lorsqu’un objet est initialement chauffé, il devient rouge.


Au fur et à mesure que le corps se réchauffe, la couleur passe à l’orange ou au jaune et finalement au bleu.
Ainsi, lorsque le corps noir absorbe de plus en plus de chaleur, le pic d’intensité du rayonnement qu’il émet se déplace à travers le spectre électromagnétique vers des longueurs d’onde de plus en plus courtes, c’est-à-dire des fréquences de plus en plus élevées. La région des hautes fréquences du spectre correspond aux ondes courtes de la lumière ultraviolette. Les physiciens ont appelé cette énigme la catastrophe ultraviolette. Les formules mathématiques prédisent que l’intensité du rayonnement électromagnétique émis par le “corps noir”, au lieu de décroître, devient infinie lorsque les fréquences se situent au niveau de l’ultraviolet. Le boulanger qui regarde son four aurait les yeux brûlés, la cheminée risque d’exploser.

Max Planck citation3

 

 

Planck invente le quanta d’énergie


Les lois de la thermodynamique sont prises en défaut ? Aucune formule mathématique n’arrive, pour une température donnée, à reconstituer totalement l’ensemble de la courbe obtenue par l’analyse empirique de tout le spectre des fréquences du rayonnement électromagnétique (et plus particulièrement de la lumière : de l’infrarouge à l’ultraviolet) sortant par le trou du corps noir.


Planck s’intéresse à cette anomalie. Peu avant 1900, il se met à rechercher la formule qui doit corroborer toutes les observations de Kirchhoff, et notamment être indépendante de toute contingence matérielle du corps noir (volume, forme, matière brûlée...). En tâtonnant, il trouve finalement une formule mathématique qui permet de calculer, pour une température déterminée, l’énergie totale E dégagée par un rayonnement électromagnétique. A présent, il lui faut étayer par une théorie scientifique adéquate, cette formule découverte empiriquement. Bien qu’il soit un expert des lois de la thermodynamique, il n’arrive pas à élaborer de théorie convaincante.


Un génial physicien et mathématicien autrichien Ludwig Boltzmann (1844-1906) va le tirer de ce mauvais pas.

 

En effet, à la fin du XIX siècle, lui vient l’idée étonnante d’expliquer le comportement général d’un gaz enfermé dans une enceinte en tentant d’étudier celui de chacune des molécules le constituant. Il s’aperçoit que cela est impossible : il existe des milliards de molécules dans un simple centimètre cube de gaz. Il fait donc appel aux probabilités en prenant en considération la valeur moyenne de multiples paramètres attachés à une molécule (sa vitesse, la longueur et la direction de sa trajectoire, le nombre de collisions par seconde avec d’autres molécules ou contre les parois du récipient, le nombre de fois où il n’y a  aucune collision...) à partir desquels il peut expliquer le comportement d’un gaz.


Grâce à cette démarche innovante, Boltzmann réussit, en partant d’une étude effectuée au niveau microscopique (chaque molécule de gaz), à déterminer au niveau macroscopique les propriétés générales d’un gaz (pression, température, chaleur) et surtout à définir leurs valeurs de façon certaine.

Pour Planck, il s’agit d’un blasphème, une approche moléculaire et probabiliste !!
Quoi d’autre pour profaner encore les lois classiques de la thermodynamique.

Ludwig Boltzmann a interprété la deuxième loi de la thermodynamique comme une “loi de probabilité”. Si la probabilité relative ou le désordre de l’état d’un système est W, il conclut que l’entropie S du système dans cet état, est proportionnelle à la valeur de l’entropie.
Planck avait consacré des années à l’étude de l’entropie et de la seconde loi de la thermodynamique, et une relation fondamentale entre l’entropie et l’énergie a été cruciale dans la dérivation de la loi de la thermodynamique.


Les conclusions de Boltzmann semblaient fantastiques pour Planck, mais en 1900 il était de plus en plus désespéré, dans sa recherche d’un moyen acceptable pour calculer l’entropie du corps noir. Il avait pris plusieurs fois de mauvaises directions, fait une erreur fondamentale d’interprétation et épuisé son répertoire théorique.

Aucun des chemins théoriques qu’il avait connus jusqu’alors ne menait où il était certain de devoir arriver un jour.

Pour Planck, c’était un “acte de désespoir”, comme il l’a écrit plus tard à un collègue. « Par nature, je suis enclin à la paix et je rejette toute aventure douteuse », écrit-il, « mais à ce moment-là, j’avais lutté sans succès pendant six ans (depuis 1894) avec ce problème de l’équilibre entre le rayonnement et la matière et je savais que ce problème était d’une importance fondamentale pour la physique ; je connaissais également la formule qui exprime la distribution de l’énergie dans les spectres normaux (sa loi empirique du rayonnement). Il fallait trouver une interprétation théorique à n’importe quel prix, aussi élevé soit-il. »
La procédure de comptage utilisée par Planck pour calculer le désordre W dans l’équation a été empruntée à une autre technique théorique de Boltzmann. Il considérait — au moins à titre temporaire — que l’énergie totale des résonateurs était constituée de petits « éléments » indivisibles.


Son argumentation n’aboutirait pas à moins qu’il ne suppose que l’énergie des éléments était proportionnelle à la fréquence des ondes. Planck pouvait dériver sa loi de radiation et utiliser les données du corps noir pour calculer des valeurs numériques précises en joutant une constante théorique h.


La meilleure preuve de l’intelligence et de l’intégrité de Planck est qu’il a réussi contre lui-même, contre sa foi dans la physique classique.


Voulant démontrer le bien-fondé de sa formule, il teste la démarche probabiliste de Boltzmann. Tout comme lui, Planck applique sur les ondes ce que Boltzmann applique sur les Gaz. Il divise l’énergie E du rayonnement électromagnétique issu du corps noir en de très nombreuses quantités n très petites. Chacune d’elles étant dotée d’une quantité d’énergie e.
Il aboutit alors à la formule e = hf (i)
où f (i) représente les différentes fréquences du rayonnement correspondant, en partie, aux différentes couleurs composant la lumière visible et h est un facteur de proportionnalité dont la valeur, infiniment petite, est exprimée en joules/seconde : 6,55x 10-34 (très proche de la valeur connue de nos jours : 6,62 x 10 -34)

Cette constante sera appelée « constante h de Planck » et deviendra rapidement la clé de voûte de la physique quantique.


Planck vient donc de démontrer que les échanges d’énergie entre la matière incandescente (par exemple du bois qui brûle) et le rayonnement sous forme de chaleur (l’énergie) qui s’en échappe se font par petites quantités d’énergie, qu’il appela au début « quantité élémentaire d’action », qui seront baptisées « quanta d’énergie ».

Non seulement la formule était simple et précise, utile pour vérifier et corréler les données spectrales, et était, dans l’esprit de Planck, quelque chose de plus que cela. Ce n’était pas seulement une formule de radiation, c’était la formule de radiation, la loi finale faisant autorité, la loi régissant le rayonnement du corps noir. Et en tant que telle, elle pouvait être utilisée comme base d’une théorie et même, comme il s’est avéré, une théorie révolutionnaire. Sans hésitation, Planck s’est lancé à la poursuite de cette théorie.

Quand vous insérez une bûche dans la cheminée, les autres bûches qui brûlent déjà dégagent une énergie qui fait vibrer les atomes de la nouvelle bûche suivant une certaine fréquence. Cela permet à la matière (le bois qui brûle) de restituer une certaine quantité d’énergie sous la forme d’un rayonnement électromagnétique quantifié (c’est-à-dire discontinu) dont, on l’a vu, seule une très petite partie est visible.

 

energie quantique



A l’époque, il considérait les quanta simplement comme un dispositif mathématique pour compléter les calculs et obtenir les résultats que les expériences avaient montrés. Mais le concept quantique s’est avéré être une découverte révolutionnaire en soi. Non seulement les oscillations électromagnétiques dans le corps noir, ou n’importe quel corps sont quantifiées, comme Planck l’a proposé, mais Albert Einstein montre plus tard qu’un corps absorbe et émet aussi des ondes électromagnétiques en quanta d’énergie qui obéissent à cette règle.

Finalement cette idée conduit à la fondation d’une nouvelle branche de la physique, appelée la physique quantique, et à sa réalisation en tant que mécanique quantique. Ce nouveau concept a résolu le problème de la catastrophe des ultraviolets. Les corps noirs pouvaient facilement contenir (et émettre) des ondes rouges de basse fréquence puisque seule une petite quantité d’énergie est nécessaire pour former un quantum de basse fréquence.

Quand la température augmente, des quanta de plus haute énergie peuvent être créés comme les ultraviolets (ondes courtes), mais il sera difficile d’obtenir suffisamment d’énergie.

Le concept des quanta était radical, car il allait à l’encontre du thème séculaire de la continuité. L’énergie avait toujours été supposée exister transmise comme une onde selon les lois classiques de la thermodynamique affirmant que cette restitution d’énergie doit s’effectuer de façon continue.

Malgré la grande perplexité de Planck, tous ses calculs confirment que son résultat était juste. Il le démontre à Berlin, le 14 décembre 1900, devant ses pairs troublés de la Société allemande de physique.

Planck a initialement proposé sa solution au problème du rayonnement du corps noir lors du séminaire de Berlin en octobre 1900, mais n’a pas présenté de justification théorique qu’en décembre. L’article qui en résulte a été publié dans les Annalen der Physik est l’un des plus articles les plus importants de la physique du siècle Il a admis plus tard qu’il avait trouvé la formule correcte par chance. Un compte-rendu plus complet de ses idées a été publié dans son livre de 1906, Theorie der Wärmestrahlung (Théorie du rayonnement thermique).

 

 

Max Planck citation4

 

L’extraordinaire découverte de Planck

Planck vient donc malgré lui de découvrir la constante universelle h (certes très petite, mais non nulle, qu’il appela h par dérision pour rappeler la première lettre de Hilfe !, « au secours » en allemand).


Planck fut totalement effondré par sa découverte révolutionnaire, qu’il qualifia même d’« acte de désespoir » ! De fait, il s’est senti devenir un hérétique scientifique : il venait de démontrer la réalité d’un phénomène physique (le transfert d’énergie ne se fait pas de façon continue, sous forme d’onde, mais discontinue, par quanta, et la quantité d’énergie transportée par ces derniers ne peut absolument pas dépasser un certain seuil) par des arguments qu’il a toujours rejetés comme contraires à ses plus profondes convictions, et il a toujours conseillé ses étudiants de ne pas les admettre. Il ne pensait pas aboutir à cette conclusion mettant en échec les lois classiques de la thermodynamique, qu’il avait passé sa vie à enseigner et à approfondir.
Indirectement, il cautionnait aussi l’idée que la matière, à son niveau le plus intime, est constituée d’atomes, ce qu’il avait toujours combattu avec fougue.


Durant une grande partie de sa vie, il considérera avoir sciemment utilisé un artifice mathématique auquel il ne croyait pas, uniquement pour valider sa formule, qu’il savait exacte. Cela tenait pour lui plus de la supercherie scientifique que d’un véritable travail de chercheur.

Une décennie après la découverte de l’action quantique par Planck, l’application de cette découverte a conduit à résoudre de nombreux paradoxes entre la théorie de la physique classique et la physique expérimentale.

Einstein va étendre les idées de Planck à la dualité onde-particule, proposant que la lumière émise soit sous la forme de quanta individuels d’énergie, appelés photons. Plus tard, le physicien danois Niels Bohr a développé les liens entre la physique quantique et l’atome.

En 1918, Planck a été récompensé par le prix Nobel de physique pour sa découverte.

 

La vie personnelle de Max Planck

Planck était un père de famille dévoué, un conférencier compétent, un musicien talentueux, un alpiniste infatigable, un administrateur formidable, un mentor par ses jeunes collègues, et une source d’inspiration pour tous. Einstein, qui, par sa personnalité et ses antécédents, semblait être presque un anti-Planck énumère pour Max Born les plaisirs de son séjour à Berlin, concluant par : « Mais en premier, être près de Planck est une joie. »


Planck était le plus heureux des hommes en compagnie de sa famille. Comme c’est merveilleux de mettre tout le reste de côté, et de vivre sein de la famille, écrivit — il. « Sa seconde épouse, Marga, remarque : “Il ne montrait toutes ses qualités humaines qu’en famille.” Avec sa première épouse, Marie, qui décède en 1909, il eut deux fils, Karl et Erwin, et des filles jumelles, Emma et Grete.


Lise Meitner, une jeune femme talentueuse, déterminée et timide qui se rend à Berlin en 1907 pour faire carrière dans la physique, objectif quasi impossible pour une femme à l’époque, s’est liée d’amitié avec Planck, qui l’a accueillie au sein de sa famille.

Dans un souvenir de Planck, elle écrit : “Planck aimait la compagnie joyeuse, sa maison était un centre de rassemblements sociaux. Les étudiants les plus avancés et les assistants en physique étaient régulièrement invités dans la Wangenheimstrasse. Si les invitations tombaient pendant le semestre d’été, on jouait au chat dans le jardin, un jeu auquel Planck participait avec une joie enfantine et une grande agilité. Il était presque impossible de ne pas être attrapé par le professeur”.

Karl, le fils aîné, meurt de blessures à Verdun lors de la Première Guerre mondiale.
En 1917, Grete meurt peu de temps après un accouchement. Le bébé survit. Emma aide à s’occuper de l’enfant nouveau-né, et épouse son beau-frère veuf, mais elle meurt elle aussi en couches.


Planck est dévasté par ces pertes. Après la mort des jumelles, il écrit dans une lettre à Hendrik Lorentz :

Maintenant je pleure mes deux enfants chèrement aimés dans un chagrin amer et je me sens dépouillé et appauvri. Parfois, je doute de la valeur de la vie elle-même.


Mais il avait d’immenses ressources. Il s’évadait dans son travail, non seulement dans les études solitaires de la physique théorique, mais aussi dans la vie universitaire.
Pendant des décennies, Planck a influencé l’Académie de Berlin, et la Société allemande de physique, gardienne de la principale revue de physique, Annalen der Physik. En 1930, trois ans après sa “retraite”, Planck est élu à la présidence de la Société Kaiser-Wilhelm et à la tête de ses instituts de recherche.


Il était connu comme la voie de la recherche scientifique allemande. En même temps, il restait actif dans la Société de physique, et donnait des conférences à l’université.
D’une manière ou d’une autre, Planck trouve le temps de se divertir, mais rien de frivole. Il est un excellent pianiste et préfère les romantiques, Schubert, Schumann, et Brahms, à la musique intellectuelle de Bach.


Planck accompagnait parfois le célèbre violoniste Joseph Joachim, et une fois ils ont joué en trio : Joseph Joachim, Einstein et Planck.
Planck a été témoin des deux guerres mondiales. Il a vu l’apogée de la recherche scientifique allemande en physique qu’il avait aidé à construire, détruite par les politiques nazies raciales et antisémites. Il fut le témoin de la fuite des cerveaux européens chassés par le régime nazi, vers les USA qui allait offrir aux américains, les fruits d’une longue tradition scientifique de la physique.


En février 1944, sa maison est bombardée, détruite avec sa bibliothèque, sa correspondance, et ses journaux intimes. Un an plus tard, le dernier fils de Planck issu de son premier mariage, Erwin, est exécuté en tant que conspirateur dans un complot contre Hitler.
“Il était une partie précieuse de mon être”. Planck a écrit à une nièce et un neveu. “Il était mon rayon de soleil, ma fierté, mon espoir. Aucun mot ne peut décrire ce que j’ai perdu avec lui.”

Tard dans sa vie, Planck a écrit : “La seule chose que nous pouvons revendiquer pour nous avec une assurance absolue, le plus grand bien qu’aucun pouvoir au monde ne peut nous prendre c’est l’intégrité de l’âme.”


Des années après la mort de Planck à l’âge de quatre-vingt-neuf ans, son collègue et ancien étudiant James Franck se souvint d’avoir observé sa lutte désespérée “pour éviter la théorie des quanta, et s’il ne pourrait pas au moins, réduire son influence dans toute la mesure du possible”. Pour Franck, il était clair que Planck “était un révolutionnaire malgré lui” qui “était finalement arrivé à la conclusion : ‘Ça ne sert à rien. Nous allons être obligés de vivre avec la théorie des quanta. Et, croyez-moi, elle se répandra.”.

 

 

 

Références

Gamow, George. The Great Physicists from Galileo to Einstein. mineola, n.Y. : Dover, 1961.
Planck, max. The Philosophy of Physics. new York : norton, 1936.
———. The Theory of Heat Radiation. mineola, n.Y. : Dover, 1959.
———. Treatise on Thermodynamics. mineola, n.Y. : Dover, 1990.
segrè, emilio. From X-Rays to Quarks : Modern Physicists and Their Discoveries. San Francisco : W. h. Freeman, 1980.
Etienne Klein : Il était sept fois la révolution : Albert Einstein et les autres. Flammarion, 2005.
Manjit Kumar : Le grand roman de la physique quantique, Einstein, Bohr… et le débat sur la nature de la réalité, éditions Jean-Claude Lattès, 2011,

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Zénon raisonne par l’absurde

 

Zenon

 

 

 

« Zénon a sur le mouvement quatre raisonnements, qui ne laissent que d'embarrasser ceux qui tentent de les réfuter » écrivait Aristote il y a approximativement vingt-cinq siècles.
(La Physique VI:9, 239b10).

 

 

Zénon et les paradoxes


Quelques siècles avant Jésus-Christ, des philosophes grecs comme Héraclite, Parménide ou Zénon d'Elée s'interrogeaient déjà sur la nature du temps, de l'espace et du mouvement.

L’auteur présocratique Zénon d’Élée (c. -490 – c. -4301) est l’introducteur en philosophie de ce que l’on peut appeler « l’horizon infini des opérations ».
Zénon est connu pour deux choses :
1. Un livre d’arguments contre la pluralité, entreprenant de prouver que l’hypothèse de la pluralité oblige à affirmer ensemble des paradoxes, et dont Platon porte témoignage dans le Parménide (LM D4)

2. Un groupe de 4 arguments contre le mouvement, qui sont paraphrasés et réfutés avec soin et génie dans la Physique d’Aristote (LM D14-16, 18 ; BK A25).

Chez son maître Parménide (c. -515 – c. -440), on trouve la première utilisation philosophique rigoureuse du raisonnement par l’absurde ; mais Zénon utilise le raisonnement par l‘absurde systématiquement, non seulement dans la philosophie, mais aussi dans les mathématiques.
Pourrions-nous compter jusqu’à l’infini ? Comment raisonner en face d’une série d’événements qui ne prend jamais fin ?

Il applique ce raisonnement par l’absurde pour étudier la possibilité d’itérer sans fin des opérations.

Partant de l’hypothèse que la matière comme le temps constitue une grandeur continue, que toute grandeur continue se divise en d’autres grandeurs continues, hypothèse partagée par la géométrie grecque, il a produit un certain nombre d’arguments visant à prouver qu’il est impossible qu’il y ait du mouvement.

Les arguments de Zénon ont un sens bien déterminé, précisément. Il s’agit de
de bons arguments, concluant qui prennent la forme de preuves par l’absurde, et qui réfutent par l’absurde un avis contraire.

Il formule des paradoxes portant sur le mouvement, en particulier le paradoxe d’Achille » et le paradoxe de la Dichotomie : division en deux moitiés égales.

Ils nous enseignent que pour qu’un mouvement s’accomplisse, il faut que s’achève une série d’étapes théoriquement inachevables. Le mouvement est donc prouvé impossible.

La forme de ces paradoxes est bien connue, par exemple, pour qu’un objet accomplisse un mouvement, il doit parcourir la moitié d‘une distance, puis la moitié de la distance restante, puis la moitié de ce qui reste, etc. Ainsi, un objet mobile ne peut jamais arriver à sa destination, car il lui reste toujours une distance restante à parcourir.

 

Paradoxe d’Achille et la tortue

Dans le livre II de la Physique, Aristote rapporte ainsi l'explication donnée par Zénon :
« Le plus lent à la course ne sera jamais rattrapé par le plus rapide, car celui qui poursuit doit toujours commencer par atteindre le point d'où est parti de sorte que le plus lent a toujours quelque avance.»

Le paradoxe d’Achille est célèbre. Dans ce paradoxe formulé par Zénon d’ Elée, il est dit qu’un jour le héros grec Achille a disputé une course à pied avec une tortue. Comme Achille était réputé être un coureur très rapide, beau joueur, il accorde gracieusement à la tortue une avance de cent mètres.
Zénon énonce que le rapide Achille n’a jamais pu rattraper la tortue, comme le cite Aristote.

Achille ne saurait rattraper une tortue à la course, si la tortue a de l’avance. Car supposons qu’elle se trouve au début de la course au point P. Achille ne saurait la rattraper sans d’abord parvenir jusqu’au point P. Mais le temps qu’Achille y parvienne, la tortue aura continué d’avancer.
Achille ne peut donc pas rattraper la tortue.
Le temps qu’Achille parcoure les 100 mètres ; la torture parcourt elle 50 m
Achille parcourt les 50 m restant, mais la tortue parcourt 25 m.
Achille parcourt les 25 m restant, mais la tortue parcourt 12.5 m
Etc

 

Zenon paradoxe

 

Plus concrètement, le temps qu’Achille comble son retard de cent mètres, la tortue aura parcouru, disons 10 mètres. Achille doit, pour rattraper la tortue, parcourir ce nouveau mètre, mais une fois ce mètre atteint, la tortue aura encore une fois pris un peu d’avance, et ainsi de suite. Ainsi, Achille aux pieds rapides n’aura jamais pu rattraper la tortue. Le raisonnement de Zénon paraît impeccable et irréfutable; pourtant, nous savons tous que c’est Achille qui a gagné la fameuse course !

Selon la philosophie de Parménide, la réalité est une et immuable, sans changement, et tout changement ou mouvement ne sont que des illusions de nos sens.
En tant que disciple, Zénon a écrit un livre plein de paradoxes qui défendent la philosophie de Parménide. Ce livre a toutefois disparu, tout ce que l’on connait de ces arguments à l’encontre du mouvement nous est reporté par Aristote (IVe siècle avant J.-C.) dans le Livre VI de La Physique.

Dans cet ouvrage, Aristote dévoile ses propres arguments dans le but d’expliquer pourquoi « Zénon fait un faux raisonnement » et en quoi « constitue l'erreur de raisonnement de Zénon». Il ne présente pas les arguments de Zénon contre le mouvement comme étant des « paradoxes ». Et ce point de vue d’Aristote fut largement accepté jusqu’à la fin du XIXe.

Entre temps, des grands philosophes comme Descartes ont tenté de résoudre le paradoxe.
Au 19e siècle, on présente les arguments de Zénon en tant que « paradoxes », on valide la contradiction et on cherche de vraies solutions. Ces paradoxes continuent à être le sujet de plusieurs livres et thèses. Durant ces dernières décennies, ils ont été régulièrement le sujet de discussion dans des revues ou ouvrages académiques.

 

Le paradoxe de la flèche

Si toute chose, disait-il, doit toujours être en mouvement ou en repos, et si elle est au repos quand elle est dans un espace égal à elle-même, tout corps qui se déplace étant à chaque instant dans un espace égal à sa longueur, la flèche qui nous semble voler, est immobile.

Disons-le autrement : nous imaginons une flèche en vol. À chaque instant, la flèche se trouve à une position précise. Si l’instant est trop court, alors la flèche n’a pas le temps de se déplacer et reste au repos pendant cet instant. Maintenant, pendant les instants suivants, elle va rester immobile pour la même raison. La flèche est toujours immobile et ne peut se déplacer : le mouvement est impossible.
Ce paradoxe a connu un regain de popularité avec la physique quantique, qui montre une incompatibilité entre la détermination du mouvement et la détermination de la position des objets qu’elle étudie.

Selon Aristote :
Mais Zénon a fait un raisonnement faux : « (a) Si toute chose, dit-il, doit toujours être soit en mouvement, soit en repos quand elle est dans un espace égal à elle- même, et (b) si tout corps qui se déplace est toujours pendant chaque instant dans un espace égal (c) il s'ensuit que la flèche qui vole est immobile. » (d), Mais c'est là une erreur, attendu que le
temps n'est pas un composé d'instants, c'est-à-dire d'indivisibles. »

[Aristote, La Physique (fragments VI:9, 239b5 et 239b30); traduit par Barthélémy Saint-Hilaire (1862) : Tome 2, Livre VI: Chapitre XIV].

L’argument d’Aristote repose sur un concept du temps comme un élément indivisible.

 

 

Le paradoxe de la pierre lancée sur un arbre

Le premier paradoxe de Zénon, et peut-être bien le plus connu, concerne l’impossibilité qu’une pierre lancée contre un arbre puisse atteindre cet arbre. Il est exposé et commenté dans La Physique d’Aristote. Zénon se tient à huit mètres d’un arbre, tenant une pierre. Il lance sa pierre dans la direction de l’arbre. Avant que la pierre ne puisse atteindre l’arbre, il doit traverser la moitié des huit mètres qui le séparent de l’arrivée, en un temps non nul. Une fois ce trajet effectué, elle doit parcourir la moitié du trajet restant, et ceci se fait encore une fois en un temps non nul. Et ainsi de suite : la pierre doit, au fil de sa progression, parcourir la moitié du trajet restant en un temps non nul, Zénon en conclut que la pierre ne pourra frapper l’arbre qu’au bout d’un temps infini, c’est-à-dire jamais.

 

Zénon dans le monde antique

Ces problèmes, dans l’Antiquité, ont entraîné deux réponses : la réponse atomiste et la réponse « potentialiste ».

La réponse atomiste était celle de Leucippe (c. -460 – -370), Démocrite (c. -460 – -370), Épicure (-341 – -270), et Diodore Cronos (c. -340 – -284). Cette réponse atomiste consiste à nier l’horizon infini de l’opération. Les atomistes affirment, que la grandeur totale est composée de plus petites grandeurs indivisibles (des « atomes », des choses qui ne peuvent être coupées), et donc, Zénon ne peut diviser les distances à l’infini. Il existe donc une dernière étape après laquelle Achille a rattrapé la tortue, et la pierre a touché l’arbre.
La réponse potentialiste développée chez Aristote (-384 – -322), consiste à admettre la possibilité d’une division possible à l’infini. On pourrait toujours diviser un continu sans trouver fin à cette division, mais nous ne saurions le diviser toujours qu’un nombre déterminé de fois.
La course d’Achille est une et non divisée, bien qu’elle soit divisible, ce qui signifie qu’on peut trouver en elle un nombre arbitraire, mais toujours déterminé en acte de divisions.

Il y en a eu bien sûr des philosophes comme Diogène de Sinope, qui se sont levés et ont dépassé les tortues pour réfuter l’argument.

Ces réponses ne sont pas satisfaisantes.

La réponse atomiste est de refuser les conditions de départ du problème. Si la réponse atomiste et la méthode atomiste sont la bonne réponse et la bonne méthode, devrons-nous penser alors qu’Aristote, Galilée, Descartes, Newton, et les inventeurs de l’Algèbre au moyen âge n’ont rien compris en cherchant à analyser ce paradoxe ?

La réponse atomiste abdique d’emblée, et abandonne la bataille et se montre indifférente à la question du mouvement, et du temps.

La réponse aristotélicienne est originale, et efficace, mais difficile à prouver, et demeure un point de vue philosophique. Cette réponse est tombée en désuétude bien sûr.

 

Zénon et les solutions de notre époque

Bien sûr, Zénon pouvait vérifier par lui-même qu’une pierre peut frapper un arbre, ou qu’une flèche se déplace. Il serait naïf de croire qu’il contestait que ce soit possible.
Si on en croit Aristote, Zénon nie fondamentalement le mouvement. Il ne nie pas son apparence, puisqu’on peut tous le constater par nous-mêmes, mais sa réalité.
La question devient : pourquoi, alors que je vous prouve par la logique que le mouvement n’est pas possible, on peut malgré tout l’expérimenter ?

On peut voir, dans ces paradoxes, un doute sur la façon de manipuler l’infini, et le divisible. Dans le cas du paradoxe d’Achille, c’est l’infiniment petit qui est en cause... Pensée également partagée par Démocrite, l’inventeur de la notion d’atome.
Depuis que les paradoxes de Zénon furent énoncés, beaucoup de solutions ont été proposées, mais aucune n’a réellement réussi à résoudre tous les aspects paradoxaux des arguments de Zénon : soit la solution proposée résout un (ou plusieurs) argument(s), mais en laisse toujours (au moins) un de côté, soit la solution proposée mène vers d’autres paradoxes.

En 1913, le philosophe britannique Bertrand Russel écrit :
« Dans ce monde capricieux, rien n'est plus capricieux que la gloire posthume. Une des victimes les plus notables du manque de jugement de la postérité a été Zénon d’Élée. Ayant conçu quatre arguments, tous immensément subtils et profonds, la crasse des philosophes qui ont suivi
n’a guère jugé qu'il ne valait pas mieux qu'un ingénieux jongleur, et que ses arguments était plus qu'une série de sophismes. »

Après deux mille ans de réfutation ininterrompue, ces sophismes furent rétablis, et placés au fondement d'une renaissance mathématique, par un professeur allemand qui ne pensait pas à Zénon. Weierstrass, en bannissant les infinitésimaux, a finalement montré que nous vivons dans un monde immuable, et que la flèche, à chaque instant de son vol, est véritablement au repos. La seule erreur que fit probablement Zénon est de conclure (si vraiment il en a conclu ainsi) que, puisqu'il n'y avait aucun changement, il fallait que le monde fût dans le même état d'un instant à un autre. Cette conséquence n'est pas du tout valide, et c'est en ce point que le professeur allemand est en progrès sur le Grec ingénieux. »

Dans son étude des paradoxes de Zénon, Bertrand Russell supposait que le temps est u ne succession non pas d'instants de durée nulle, mais de petits intervalles de temps indivisibles, des "atomes" de temps.

Les paradoxes qui portent le nom de Zénon se basent sur une notion mathématique que notre philosophe ne pouvait connaître : celle des séries convergentes.
En mathématiques, la notion de série permet de généraliser la notion de somme finie.

En mathématique moderne, le paradoxe est résolu en utilisant le fait qu’une série infinie de nombres strictement positifs peut converger vers un résultat fini.
Ce paradoxe fonctionne en découpant un événement d’une durée finie (Achille rattrape la tortue) en une infinité d’événements de plus en plus brefs (Achille fait 99 % de la distance manquante).


Ensuite, l’erreur mathématique introduite dans le paradoxe consiste à affirmer que la somme de cette infinité d’événements de plus en plus brefs tend vers l’infini, c’est-à-dire qu’Achille n’arrive jamais à rattraper la tortue.

Admettons que la première étape a pris 10 secondes. Alors, la suivante a pris 0,1 seconde, puis l’étape suivante a pris 0,001 seconde, etc.
On obtient la série suivante : 10 + 0,1 + 0,001 + 0,00001 = 10,10101 secondes. Ce paradoxe montre donc simplement qu’Achille ne peut pas rejoindre la tortue en moins de 10,100 secondes, et non pas qu’il ne peut jamais rejoindre la tortue.
Ce paradoxe peut être résolu en appliquant le principe de série convergente.

La physique quantique va elle aussi dans ce sens en admettant l’existence d’une unité de temps et d’une unité de taille toutes deux indivisible. Les effets quantiques imposent, dans la théorie des cordes une taille minimale de l'ordre de 10-34 mètres. Ce quantum irréductible de longueur est une nouvelle constante de la nature, aux côtés de la vitesse de la lumière et de la constante de Planck (le seuil d'énergie minimum que l'on puisse mesurer sur une particule). Le Temps de Planck = 10-43 secondes. C'est la plus petite mesure de temps à laquelle nous puissions avoir accès, au-delà de cette limite, les lois physiques cessent d'être valides.
Selon ces approches, Zénon ne peut pas découper à l’infini.

La science a bien avancé depuis Zénon, mais ces paradoxes demeurent, car nous n'avons toujours pas de réponse à la question cruciale : le temps est-il discontinu ou continu?

 

 

Références

Dumont, Jean-Paul (éd.), Les écoles présocratiques, trad. par Daniel Delattre, Jean- Paul Dumont et Jean-Louis Poirier, folio/essais, Gallimard, 1991.

Aristote, Catégories. Sur L’interprétation, Organon I-II, trad. du grec, annot. et introd. par Michel Crubellier, Catherine Dalimier et Pierre Pellegrin, GF Flammarion,2007.

Brochard, Victor, Études de philosophie ancienne et de philosophie moderne, éd. établie et introd. par Victor Delbos, Félix Alcan, Paris 1912.
— « Les arguments de Zénon d’Élée contre le mouvement », Compte rendu de l’Académie des sciences morales, 29 (1888), p. 555-568.

McKirahan, Richard, « La dichotomie de Zénon chez Aristote », in Qu’est-ce que la philosophie présocratique ?, What is Presocratic Philosophy ?, sous la dir. d’André Laks et Claire Louguet, trad. de l’anglais par Claire Louguet, Presses Universitaires du Septentrion, Lille 2002, p. 465-496.

Cajori, Florian, « The History of Zeno’s Arguments on Motion. Phases in the Development of the Theory of Limits », The American Mathematical Monthly, 22 (1915),p. 1-6, 38-47, 77-82, 109-15, 143-49, 179-86, 215-20, 253-58, 292-97.

Badiou, Alain, L’immanence des vérités, L’Être et l’événement. 3, Fayard, 2018.

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Grossesse et Alimentation

nudite

 

Les études scientifiques tracent un lien entre le développement du foetus  et la santé de son environnement. Cet environnement inclut la bonne nutrition de la mère et sa bonne santé.
Durant chaque étape de la grossesse, le foetus dépend entièrement de sa mère pour assurer son alimentation, et sa survie. Cet environnement favorable au développement du fœtus est gouverné par la génétique, mais
également par la nutrition de la mère.
Dans certaines études, le terme nutrition foetale est employé pour désigner les besoins nutritionnels du foetus. Cela indique la nutrition fait partie des facteurs importants de la santé foetale, et du développement intra-utérin.
La nutrition joue un rôle déterminant dans la croissance avant la  naissance, comme après la naissance bien sûr.

Ce document traite le rôle de l'alimentation dans la grossesse, pour assurer une bonne santé  pour la mère et pour la grossesse 

 

Table des matières
Pourquoi parle-t-on de la nutrition pendant la grossesse comme un sujet important, surtout si on
mange bien avant et pendant la grossesse ? 3
Combien dois-je manger pendant la grossesse ? 4
Je suis enceinte de mon premier enfant, mais cette grossesse est compliquée par mon hypertension.
Dois-je suivre les conseils de nutrition proposés pour toutes les enceintes ou consulter pour des
conseils sur mesure ? 5
Comment la nutrition pendant la vie fœtale influence-t-elle notre santé à long terme ? 5
À quel moment de la grossesse l’alimentation commence-t-elle à avoir un impact sur la santé du bébé ? 6
On dit que l’alimentation de la mère influence le poids de bébé à la naissance. Qu’est-ce qu’un poids idéal ou optimal à la naissance ? 6
Comment l’alimentation de la mère pendant la grossesse influence-t-elle le risque d’obésité à l’âge adulte ? 7
Pourquoi la nutrition pendant la vie fœtale influence-t-elle notre risque de développer un diabète de
type 2 ? 8
Pourquoi devrais-je prendre une vitamine prénatale ? 8
Combien de vitamines prénatales dois-je prendre chaque jour ? 9
Pourquoi parle — t — on beaucoup de calcium et vitamine D pendant la grossesse ? 10
Pourquoi le fer est-il important pendant la grossesse ? 11
Combien de poids dois-je prendre pendant la grossesse ? 11
Comment puis-je planifier des repas sains pendant la grossesse ? 12
Allergies alimentaires pendant la grossesse 14
Enceinte : améliorer votre alimentation 16
Nutrition et foetus 18
Grossesse et alimentation : principes 19
Grossesses et nausées 20
Grossesse et alimentation 22
Bien manger pendant votre grossesse 23
La Choline et la grossesse 24
Fer alimentaire et grossesse 25
Enceinte : n’oubliez pas l’acide folique 27
Enceinte : n’oubliez pas les boissons 28
Enceinte : Pains et céréales 28
Enceinte : Sélectionner les graisses 29
Enceinte : le calcium 30
Grossesse : Fibres alimentaires 31
Grossesse : Fruits et légumes 32
Grossesse : café, thé, tisanes 33
Enceinte et végétarienne ? 33
Enceinte : les restaurants 34
Grossesse et Iode 35
Grossesse et Vitamine C 36
Grossesse et Vitamines B 37
Grossesse : risques alimentaires 37
La salmonellose 38

La listériose 38
Grossesse : votre poids 40
Obésité et grossesse 42
Facteurs favorisant l’obésité pendant la grossesse : 42
Complications chez la mère en cas d’obésité pendant la grossesse : 43
Complications de l’obésité maternelle sur le bébé : 43

 

 

Nombre de pages: 45
Année: 2021
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William Etty : le nu à l’anglaise

Etty-Sirenes-et-Ulysse-1837

Etty Sirenes et Ulysse 1837

Etty Sirenes et Ulysse 1837

 

 

 

 


Etty, William (1787-1849), est l'un des rares artistes britanniques à se spécialiser presque exclusivement dans le nu. Il est né et est décédé à York, mais a été actif principalement à Londres, où il a été formé dans les écoles de la Royal Academy et ensuite avec Lawrence, dont la grande influence a été modérée par les nombreuses visites d’Etty en Italie.
Etty est l'un des artistes les plus représentés dans les galeries d'art et les musées du pays. La plupart des grandes galeries régionales ont au moins un Etty, sinon plus.
Aujourd’hui, William Etty est célébré comme l'un des artistes les plus prolifiques et les plus prospères de la première moitié du XIXe siècle, considéré par certains de ses contemporains comme " l'un des plus beaux talents historiques que l'école anglaise ait jamais produit ". Et par d’autres comme le fondateur de l’école anglaise avec Turner et Constable.

 

Début de la vie à York


William Etty est né à York le 10 mars 1787. Il est le septième enfant de Matthew et Ester Etty. Son père était un meunier et boulanger prospère, célèbre localement pour son pain d'épices. Les récits des premiers efforts artistiques d'Etty font invariablement référence à son utilisation de la craie pour dessiner sur le sol de la boulangerie de son père lorsqu'il était un jeune enfant, ou sur le pavé de la rue ou sur les trottoirs de York lorsqu'il était envoyé pour livrer des produits de boulangerie.


A l'âge de onze ans, Etty a été mis en apprentissage chez un imprimeur à Hull, où il a commencé une période de sept ans d'apprentissage. Etty aurait été exposé à une grande quantité de culture visuelle et d'imagerie, ce qui est important pour quelqu'un qui allait plus tard gagner sa vie en tant qu'artiste. Pendant les années Hull, il a cristallisé son désir de devenir peintre. En 1805, il s'installe à Londres dans l'espoir d'entrer à la Royal Academy.

 

 

Royal Academy et les grands voyages

En tant qu'artiste, Etty était un produit de son époque. Le milieu artistique de la Royal Academy, avec sa formation rigoureuse et ses influences européennes, se manifeste profondément dans sa technique, mais il en va de même pour les dictats sociaux et les angoisses de l'Angleterre du début du XIXe siècle.
Sa pratique trahissait souvent le contexte de la moralité victorienne du 19e siècle.
La grande majorité de ses œuvres existantes ont été produites soit à la Royal Academy, soit à St. Martin's Lane (une entreprise privée, créée et dirigée par des artistes indépendamment de la Royal Academy) un lieu de formation, endroit où les artistes pouvaient perfectionner leurs compétences en matière de peinture du corps nu.


Etty, ses contemporains et la génération qui les a précédés ont tous été formés dans le cadre du système de Royal Academy, dans lequel les "stagiaires" étaient formés à la peinture de nus.
Pour devenir académicien associé, la reconnaissance du talent artistique d'un individu donnait lieu à une proposition qui était ensuite soumise à l'approbation de l'Académie. Le statut d'Académicien à part entière était obtenu par un système similaire, mais il exigeait la réalisation d'une œuvre conforme à des exigences préétablies, généralement une peinture d'histoire ou une œuvre similaire, qui était ensuite offerte à l'Académie.

 

La création d'une école nationale anglaise


La création d'une école nationale anglaise a marqué un tournant par rapport à la structure monopolistique de l'Académie royale de peinture et de sculpture française. Cette école était pluraliste, contrôlée par un corps professionnel.
En entrant dans les écoles de Royal Academy le 15 janvier 1807, la formation de Etty en tant qu'artiste a été façonnée par trois académiciens en particulier : John Opie, Henry Fuseli et Thomas Lawrence.


L'identification de la nudité académique spécifiquement anglaise a découlé de larges débats et se préoccupait de la meilleure façon d'aborder la nudité dans le cadre de l'histoire de l'art et de la morale.

 

Les tensions inhérentes à sa représentation ont été partiellement négociées à travers un processus d'appropriation, dans lequel les modèles du passé ont été adaptés pour répondre aux attentes contemporaines, pour aboutir à un style anglo-vénitien qui restera populaire jusqu'au milieu du XIXe siècle.


Etty a été grandement inspiré par les maîtres vénitiens lors des deux Grandes Tournées qu'il a entreprises en 1816 et en 1938. Il considérait Venise comme " l'espoir et l'idole de sa vie »
Il entreprend de domestiquer le nu vénitien pour le public anglais, en greffant les beautés de l'italien sur l'endurance de l'école anglaise.


L'objectif était d'atteindre la sensualité artistique des maîtres tout en respectant l'exigence victorienne selon laquelle un corps nu représenté doit avoir un but moral clair.
Dans la poursuite de ce mariage stylistique et en dépit de ses frustrations bien documentées à trouver l’équilibre entre ces exigences, Etty a prolongé son séjour à l'étranger pour suivre les cours de l'Académie vénitienne des Beaux-arts.


Ce dévouement infatigable à l'étude du nu académique commence à poser des problèmes. On dit qu’il est obsédé par le sexe d’autant qu’il était célibataire. Certains ont même suggéré qu'il entretenait une relation incestueuse avec sa nièce avec laquelle il vivait.
Cependant, il est bien établi qu'Etty était incroyablement timide et maladroit, et a travaillé avec un nombre limité de modèles selon les documents conservés par Royal Academy,
Une autre hypothèse peu convaincante a vu le jour : son attachement au nu aurait été une tentative de substituer l'art au sexe.


Si Etty se plaignait parfois d'être seul, cela n'explique pas sa dévotion pour le nu, qui était avant tout un exercice technique pour affiner son art.
L'historien de l'art Martin Myrone a utilisé la conception de "l'arriviste" de Pierre Bourdieu pour expliquer le surinvestissement dans le monde universitaire de celui qui était autrefois un marginal, ou un outsider.


L'obsession perçue d'Etty pour le nu académique est une lutte authentique pour utiliser la forme humaine comme un véhicule permettant de contribuer au développement d'une école de peinture spécifiquement anglaise.


L'appropriation de la tradition vénitienne de Titien et de Véronèse, dont certaines des plus grandes réussites techniques se manifestent dans les tableaux de l'école anglaise sous forme de grandes réalisations techniques dans la chair et le nu. Son dévouement pour le nu est le résultat de sont art et non le résultat de sa propre relation particulière avec le sexe.

 

 

Critiquer Etty

Bien sûr, dans le contexte de la moralité puritaine de l'époque victorienne, Etty devait suivre des règles strictes pour peindre ses nus. L'establishment n'autorisait la représentation de la nudité que si elle était déguisée en un sujet mythologique ou littéraire, servant d'exemple moral. Etty a commencé à acquérir la réputation d'utiliser ces thèmes comme prétexte pour la nudité, bien qu'il semble qu'il était inconscient du fait que ce qu'il trouvait beau était scandaleux pour les autres.


Sa transgression consistait à suivre les règles de l'Académie de trop près ; il a échoué parce que ses figures ressemblaient à des personnes réelles plutôt qu'à des personnages de mythe ou de l'histoire. Bien qu'il se soit plié à la convention de ne pas représenter les poils pubiens, par exemple, il était autrement préoccupé par la vérité de ses études pour la perdre au milieu de l'idéalisme que la bienséance exigeait.


En Angleterre, l'idéalisation du nu placé dans un cadre bucolique le purifiait et le rendait acceptable ; sans cohérence entre la figure anoblie et son environnement, « la toile de M. Etty n'est que de la chair sale" comme écrit le Times en 1822.


Privilégiant la figure nue, la plaçant au centre de chaque composition et en finissant en dernier l'arrière-plan, les œuvres d'Etty présentent souvent un traitement déséquilibré de la surface peinte. Sa méthode consistant à peindre les figures avant le fond ajoutait à cette disjonction compositionnelle. Ses nus semblent visiblement greffés dans les tableaux.
Cette incongruité dans ses peintures d'histoire est une raison importante du manque de succès commercial d'Etty, de même et que la morale victorienne austère.


Etty soutenait qu'il n'y avait rien d'indécent dans ses tableaux, "seulement dans les notions viles que les gens peuvent apporter avec eux, et pour lesquelles ils doivent se justifier".
Ce n'est pas qu'il manquait d'imagination, cependant, mais plutôt qu'il était un réaliste convaincu contraint à un faux idéalisme.
L'insistance d'Etty sur ce que Rembrandt appelait la "beauté de la vérité" a attiré l'attention sur l'hypocrisie de la frontière ténue entre "nu" et "nue" dans la société anglaise au 19e siècle.

 

Etre moderne trop tôt

Contrairement à Turner, dont la réputation et la popularité n'ont fait que croître après sa mort, l'œuvre d'Etty est rapidement tombée en disgrâce et n'a été réexaminée avec justesse qu'au cours du 20e siècle.


Fortement influencée par Rubens et les Vénitiens, pour beaucoup de personnes de l'époque, son art incarnait les idéaux d’un art trop moderne, trop libre, trop éloigné du style académique et de la culture dominante de l’époque victorienne.

Malgré sa loyauté envers les valeurs de la Royal Academy, où Il assistait aux côtés de son ami Constable, aux cours de la Royal Academy, mais il n’avait rien d‘académique dans les choix de ses modèles ni dans la narration de ses tableaux.

Au sommet de sa carrière de peintre d'histoire, longtemps après son élection comme académicien royal en 1828, il s'asseyait côte à côte avec des novices pour étudier des modèles nus, une pratique qu'il continua alors même que sa santé déclinait à la fin de sa vie. Qu'ils soient posés seuls ou en groupe, ces modèles ont servi de références pour les déesses, les grâces, les muses, les nymphes et les sirènes dans ses peintures achevées.


Contournant les conventions de son époque, Etty a abandonné la doctrine selon laquelle la figure doit être idéalisée selon la norme établie de la beauté basée sur la sculpture gréco-romaine. Ses nus ont tendance à avoir des seins, des cuisses, des fesses et d'autres traits du corps qui sont plus gros ou plus irréguliers que ce qui était habituel dans la peinture académique.

Alors que le public de l'art britannique augmentait régulièrement tout au long de sa vie, le mépris d’Etty pour les conventions irrita fortement le public et les critiques d’art.
Il y a plus dans l'art d'Etty qu'une évolution vers une esthétique plus naturaliste ou réaliste. Dans ses œuvres, le corps féminin reste mystérieux, opaque, recouvert de chair et de riches peintures, reflétant une sensualité ostentatoire.

En dépit de sa production abondante, de sa maîtrise remarquable, sa concentration sur la peinture du nu a donné lieu à de vifs débats sur la valeur morale de sa peinture. Après sa mort, de nombreux tableaux de ce peintre ont été stockés et rarement exposés.
Ce sont ces représentations du nu féminin, en particulier lorsqu'elles furent exposées à Royal Academy of Arts de Londres, qui ont provoqué le plus de débat et de consternation.

 

Pour ses contemporains, le travail d'Etty a transgressé les frontières entre l’idéal artistique, le nu académique et le monde réel. Ses nus n’étaient plus idéalisés, mais réels, trop réels.
Il célébrait la chair, homme comme femme, peignant des femmes nues aux proportions rubenesques. La glorification de la chair nubile surprend surtout quand Etty positionne les nus pour qu'ils dominent l'image. Les modèles ne rencontrent pas le regard du spectateur comme ils le feraient dans l'art de la Renaissance ou de l'art moderne. Ils regardent ailleurs, comme s'ils ignoraient le spectateur.


Répréhensible, offensant, sensualiste, voluptueux, les termes ne manquaient pas pour qualifier le travail d’Etty. Etty a été pauvre pendant une grande partie de sa vie et ses tableaux ont souvent été attaqués pour leur indécence présumée. Cependant, au moment de sa mort, il était une figure célèbre et ses œuvres ont commencé à atteindre des prix élevés.
Ces critiques et condamnations ont affecté Etty. Il était ambitieux, voulait changer la peinture britannique en peignant des figures héroïques, intellectuelles et morales d'une manière éblouissante et vivante.


Il résumait ainsi son attitude à l'égard de son sujet préféré : "Trouver que l'œuvre la plus glorieuse de Dieu était la femme, que toute beauté humaine avait été concentrée en elle, je me suis consacré à la peinture, et non pas au travail d'un dessinateur ou d'un modiste, mais à l’œuvre la plus glorieuse de Dieu, la plus finement réalisée. »

 

 

Pandore couronnée par les saisons (1824)

Etty Pandore couronnee par les saisons 1824

 

Dans la mythologie grecque classique, Pandore était la première femme créée par les dieux. Elle est connue pour avoir ouvert la boîte (de Pandore) qui a libéré tous les maux de l'humanité, ne laissant que l'espoir à l'intérieur du bocal. Etty montre Pandore au centre, après qu'elle est animée par les dieux, couronnée par les Saisons.

William Etty (1787-1849), Pandore couronnée par les saisons (1824), Leeds City Art Gallery, Leeds, Angleterre

Cette peinture a suscité beaucoup de critique, étant à la fois académique mais espiègle, et ouvertement voluptueuse.

 

Hero et Léandre (1827-1829)

 

Etty separation de Hero et Leandre 1827

William Etty (1787-1849), la séparation de Hero et Léandre (1827), Tate Gallery, Londres.


Etty a peint deux œuvres principales racontant l'histoire de Hero et Leander.
Une autre légende raconte la romance malheureuse de Léandre (un homme) et Hero (une femme). Elle était une prêtresse d'Aphrodite, vivant dans un temple. Léandre est tombé amoureux de Hero, et chaque nuit de l'été et de l'automne, il traverse les eaux dangereuses du détroit qui sépare l’Europe de l’Asie pour être avec elle. Pour le guider à travers l’obscurité, Hero a allumé une torche au sommet de la tour.


Une nuit, une tempête a éteint la lumière alors que Léandre nageait à travers les eaux agitées. Léandre s'est égaré et s'est noyé devant Hero. Voyant son cadavre, elle se jeta de la tour, pour mourir et le rejoindre.


Etty, dans la séparation de Héros et Léandre (1827) montre les deux amants s’embrassant, au moment où Léandre est sur le point de reprendre la traversée à la nage de l'Hellespont jusqu'à Abydos, la nuit. Par la suite, Hero, s'étant jetée de la tour, meurt sur le corps de Léandre.

 

Etty  hero morte son son corps 1829

William Etty : Hero morte sur le corps de Leandre 1829, Tate Gallery, London.


Malgré le choix particulier d'Etty pour les thèmes mythologiques, le deuxième tableau en particulier a été universellement loué pour son caractère poignant, évitant le côté macabre du sujet.

 

 

Candaules montre furtivement sa femme (1830)

 

Etty Candaules exhibant sa femme 1830

William Etty Candaules, roi de Lydie exhibant sa femme à (1830), Tate Gallery, London

Il s'agit d'une histoire étrange qui a été peinte par plusieurs artistes au cours des siècles, et qui suscite généralement la controverse.


Selon Hérodote, le roi Candaules de Lydie était fier de la grande beauté de sa femme Nyssia. Pour le prouver à son garde du corps, le général Gyges, Candaules invite Gyges à regarder Nyssia se déshabiller pour aller se coucher. Elle remarque que Gygès l'espionne et le met au défi de se tuer ou de tuer le roi et de monter sur le trône. Gygès choisit bien-sûr, la seconde solution.

Etty, à l'instar de Jacob Jordaens et d'Eglon van der Neer (dont il n'aurait vu aucun tableau), et de Jean-Léon Gérôme plus tard, a choisi de montrer le moment où Nyssia enlève le dernier vêtement, ce qui précède l'apogée ou le moment de péripétie. Il se produisit des réactions prévisibles, avec des affirmations selon lesquelles la peinture d'Etty était lascive.

 

Etty, cependant, fit valoir qu'il s’attaquait à la vision de l'épouse objet, de l’épouse trophée. Cela explique peut-être le sujet, mais difficilement le moment qu'il a choisi de montrer dans son tableau.

 

 

Jeunesse à la proue et le plaisir à la barre

 

Etty Jeunesse a la proue et plaisir a la barre

William Etty, Jeunesse à la proue et le plaisir à la barre, (1830) The Tate Gallery, London


Etty a commencé à travailler sur ce tableau dès 1818 et a fait une première tentative en 1822. C'est cette version qu'il a achevée et exposée en 1832, et qui se trouve aujourd'hui à la Tate.
Ce tableau est inspiré d'une métaphore du poème The Bard (1757) de Thomas Gray. Ce poème compare le début du règne du roi Richard II, d'abord radieux, qui est rapidement devenu sombre, à un navire doré dont les occupants sont parfaitement inconscients de l'approche d'une tempête. Il a dit qu'il voulait que ce soit un avertissement moral sur la poursuite du plaisir et, ce faisant, il a peuplé son navire de nus en goguette. Il montre cependant l'approche de la tempête à l'arrière-plan.

Les critiques de l'époque ont eu du mal à comprendre le point de vue d'Etty, certains affirmant qu'il avait mal interprété le poème, d'autres l'ont simplement accusé d'avoir un esprit lascif qui cherche à exciter le regard du spectateur.

 

Musidora: la baigneuse

 

Etty Musidora la baigneuse 1846

William Etty, Musidora: la baigneuse (1846), The Tate Gallery, London

Cette peinture d'une femme nue se baignant dans un ruisseau est un motif populaire, qu'Etty a relié au poème Summer (1727) de James Thomson. Dans ce tableau, Musidora se glisse dans la fraîcheur du ruisseau. Elle ne sait pas qu'un homme, Damon, est caché dans les buissons et l'observe. Damon est partagé entre le désir de rester et de se délecter de sa nudité, et celui de se retirer par pudeur respectueuse.

Bien que ce motif (et ses nombreuses variantes) soit généralement considéré comme une occasion de montrer une femme nue alors que l'opinion publique pouvait trouver cela répréhensible, Etty a peut-être été un peu plus subtil dans son approche. Il ne montre pas Damon, mais met peut-être le spectateur à sa place, face au même dilemme.

 

Marie-Madeleine : érotiser le religieux ?

 

etty Le Christ apparaissant a Marie Madeleine 1843  tate
Etty Le Christ apparaissant à Marie-Madeleine 1843 Tate collection, Londres

 

Du point de vue de l'exactitude selon l'évangile de Jean, hormis l'obscurité et la position des deux anges, tout autre détail n'existe pas dans l'Évangile de Jean. Il est étrange de voir Jésus à moitié vêtu dans le froid de l'aube. Marie-Madeleine agenouillée, également à moitié vêtue, agenouillée devant Jésus.
Marie-Madeleine est le seul et premier témoin, à la première apparition de Jésus après sa résurrection, dans Jean et Marc ; dans Matthieu, elle est avec d'autres femmes quand Jésus leur apparaît.

 

etty The Magdalen 1842 tate

Etty Marie-Madeleine pénitente, collection Tate, Londres

 

 

etty The Magdalen 1842 tate

 Etty, the Magdalen (Marie-Madeleine) 1842 Tate gallery, Londres.

 

L'identification de Madeleine comme prostituée pénitente est apparu au début du Moyen Âge, et cette identification semble avoir joué un rôle clé dans le regain d'intérêt pour Marie Madeleine (Magdalen en anglais).


Guider les "femmes déchues" vers le bon chemin a été une préoccupation culturelle majeure des réformateurs politiques et cléricaux au 19ème siècle en raison d’une prostitution galopante dans les grandes villes.
Etty était aussi connu pour sa focalisation sur les torses de ses modèles et son manque d'intérêt pour les membres et les visages. L'inspiration la plus proche pour les interprétations d'Etty de la Madeleine Pénitente peut être trouvée dans l'art vénitien, ce qui n'est pas surprenant étant donné qu’Etty a passé neuf mois heureux à Venise et était parfois qualifié de "Tintoret anglais".


Marie Madeleine est à peine vêtue, puisqu'elle a juste une fourrure drapée sur ses jambes. Pas de paysage, à l'exception du livre et du crucifix. Marie tourne le dos au spectateur et regarde le livre, tandis que le crucifix est tourné vers le livre.
Dans l’autre version, Marie regarde vers le ciel, est placée directement en face du crucifix. Cette fois, il y a un crâne qui détourne le regard de Marie, ainsi qu'un livre, comportant des enluminures qui attirent le regard de spectateur.
Marie est moitié vêtue et dans une pose qui dissimule en grande partie ses seins. Cette nudité n’est pas différente de la nudité dite naturelle trouvée dans de nombreux dessins religieux.

 

Conclusion

Une solide défense d'Etty, dans les lettres du peintre, parut en 1855 sous la plume d’ Alexander Gilchrist. Il défendait son héros sur des bases telles que le relativisme de la coutume morale, l'éternité de la nature, et l'affirmation que seules les personnes impures voient des choses impures.
La biographie de 1899 d'Etty par William Camidge voyait Etty comme un travailleur studieux qui venait d'un milieu modeste mais respectable :
"C'était un génie, à défaut d'être réellement talentueux, et le travail acharné a compensé ce que la nature n'avait pas généreusement fourni". Il était défendu comme dévot, pieux, modeste et chaste (il ne s'est jamais marié) et peu préoccupé par le gain commercial puisque "l'argent n'a jamais été son idole. Il était connu que "pendant six heures par jour, dans une salle de marbre froide, sans feu dans l'hiver le plus rigoureux, il peignait jusqu'à ce qu'il puisse à peine distinguer les formes »


Techniquement, Etty était un peintre accompli, mais la plupart de ses récits montrent des moments ordinaires, sans la puissance narrative des grands chefs d’œuvre, mais avec provocation qui évite l’indécence. Il représente l’école anglaise de la peinture au 19ème siècle, qui reprend les critères des nus académiques de l’école française, et la technique italienne et flamande.


Fasciné par les figures humaines nues, il était toujours là pour repousser les limites.
William Etty est reconnu comme l'un des plus éminents peintres de nus de Grande-Bretagne. Dans ses dernières œuvres, on découvre son intérêt pour les portraits réalisés avec une certaine modernité et son souci de moderniser l’approche des sujets religieux ; chez lui le religieux et l'érotique ne sont pas incompatibles. Etty doit être considéré comme un représentant des tentatives du XIXe siècle de créer des contextes de désir érotique moralement pur.

 

Il s’agit d’un tableau précoce de 1820, du début de la carrière du peintre. On voit une femme venue en face, avec les détails soignés de sa poitrine et de son thorax. Le regard du personnage ne fixe pas le spectateur. Les jeux de couleurs, ainsi que le fond de couleur foncée, rappelle l’école flamande.
Etty : nu féminin

Il s’agit d’un tableau précoce de 1820, du début de la carrière du peintre. On voit une femme venue en face, avec les détails soignés de sa poitrine et de son thorax. Le regard du personnage ne fixe pas le spectateur. Les jeux de couleurs, ainsi que le fond de couleur foncée, rappelle l’école flamande.

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Il s’agit d’un portrait tardif de 1840 ou 1845. Le peintre montre une belle maîtrise de l’art de portrait, sans influence italienne ou flamande. Le fond ne joue pas un rôle dans le portrait, centré par le visage expressif, et d’un regard tourné vers le côté droit du tableau. Encore une fois, le peintre choisit pour ce portrait une économie de détails, assez éloignée du style académique.
Etty : Mademoiselle Rachel

Il s’agit d’un portrait tardif de 1840 ou 1845. Le peintre montre une belle maîtrise de l’art de portrait, sans influence italienne ou flamande. Le fond ne joue pas un rôle dans le portrait, centré par le visage expressif, et d’un regard tourné vers le côté droit du tableau. Encore une fois, le peintre choisit pour ce portrait une économie de détails, assez éloignée du style académique.

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Il s’agit d’une étude de nu masculin concentrée essentiellement sur le dos, et ses particularités anatomiques. Ce genre d’étude confirme les déclarations de William Etty qu’il s’agit D’un travail artistique et non pas d’une recherche de l’érotisme, ou d’une exploitation du corps nu.
Etty : étude nu masculin vu du dos

Il s’agit d’une étude de nu masculin concentrée essentiellement sur le dos, et ses particularités anatomiques. Ce genre d’étude confirme les déclarations de William Etty qu’il s’agit D’un travail artistique et non pas d’une recherche de l’érotisme, ou d’une exploitation du corps nu.

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Dans cette étude de nu masculin, nous pouvons admirer la maîtrise de l’anatomie artistique du peintre, sa capacité à mettre en scène de particularité anatomique du Dos, et des jambes. Les muscles sont parfaitement réalisés. Généralement, le peintre s’intéressait peu aux membres de ses personnages. Ce n’est pas le cas dans ce tableau où les muscles et les tendons des membres inférieurs sont dessinés avec minutie et précision.
Etty : étude nu masculin

Dans cette étude de nu masculin, nous pouvons admirer la maîtrise de l’anatomie artistique du peintre, sa capacité à mettre en scène de particularité anatomique du Dos, et des jambes. Les muscles sont parfaitement réalisés. Généralement, le peintre s’intéressait peu aux membres de ses personnages. Ce n’est pas le cas dans ce tableau où les muscles et les tendons des membres inférieurs sont dessinés avec minutie et précision.

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Un nu féminin dominant le centre du tableau. Le regard du personnage est tourné vers la Lune qui brille au centre du tableau. Le fond montre un cours d’eau  et un ciel coloré. Le peintre réalise un tableau sans scénario, et sans narration.
Etty Nuit et lune

Un nu féminin dominant le centre du tableau. Le regard du personnage est tourné vers la Lune qui brille au centre du tableau. Le fond montre un cours d’eau  et un ciel coloré. Le peintre réalise un tableau sans scénario, et sans narration.

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L’art de portait chez Etty mérite d’être signalé. Il concentre son attention sur la chevelure de la jeune fille prouvant son talent de coloriste. Le portrait  non idéalisé, presque simplifié, les détails réduits à l’essentiel dans une touche de modernité.   
Etty Mlle Julia singleton

L’art de portait chez Etty mérite d’être signalé. Il concentre son attention sur la chevelure de la jeune fille prouvant son talent de coloriste. Le portrait  non idéalisé, presque simplifié, les détails réduits à l’essentiel dans une touche de modernité.   

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Etude de nu féminin, vu du dos.
Le corps féminin est parfaitement dessiné et coloré. Comme d’habitude chez Etty, le fond ne joue pas un rôle dans la narration ni dans la mise en scène.    
Etty Diane debout

Etude de nu féminin, vu du dos.

Le corps féminin est parfaitement dessiné et coloré. Comme d’habitude chez Etty, le fond ne joue pas un rôle dans la narration ni dans la mise en scène.    

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Un tableau qui rappelle l’école flamande. Dans ce tableau, Etty tente une approche différente. Deux femmes, sans nudité. Une femme regarde le spectateur dans les yeux.  Draperie et vêtements colorés rendent le tableau élégant, accompagné de détails soignés. Dans ce genre de tableau, Etty prouve sa maîtrise des lignes et des couleurs.     
Etty La Préparation pour le bal

Un tableau qui rappelle l’école flamande. Dans ce tableau, Etty tente une approche différente. Deux femmes, sans nudité. Une femme regarde le spectateur dans les yeux.  Draperie et vêtements colorés rendent le tableau élégant, accompagné de détails soignés. Dans ce genre de tableau, Etty prouve sa maîtrise des lignes et des couleurs.     

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Le nu chez Etty est un exercice de style, une performance artistique. Dan ce tableau, il dessine  un nu masculin avec quelques touches de modernité dans la réalisation et  dans l’aspect réel. Il est si éloigné de nu académique idéalisé et stylisé comme il est loin de  l’influence des écoles Italienne et flamande qui ont marqué une partie de son œuvre.       
Etty : nu masculin

Le nu chez Etty est un exercice de style, une performance artistique. Dan ce tableau, il dessine  un nu masculin avec quelques touches de modernité dans la réalisation et  dans l’aspect réel. Il est si éloigné de nu académique idéalisé et stylisé comme il est loin de  l’influence des écoles Italienne et flamande qui ont marqué une partie de son œuvre.       

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Comme Rubens, Etty réalise les trois Grâces, un sujet classique dans le nu féminin. Etty se concentre comme toujours sur le dos, ou tronc en général pour détailler ses proportions et ses muscles. Il a choisi de dessiner deux femmes du dos, et une femme de profil.  Visages peu expressifs, aucune narration.   
Etty: les trois Grâces

Comme Rubens, Etty réalise les trois Grâces, un sujet classique dans le nu féminin. Etty se concentre comme toujours sur le dos, ou tronc en général pour détailler ses proportions et ses muscles. Il a choisi de dessiner deux femmes du dos, et une femme de profil.  Visages peu expressifs, aucune narration.   

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Ref

Martin Myrone, “William Etty: ‘A Child of the Royal Academy,’” in Living with the Royal Academy (Farnham, 2013) p. 172.
The concise Oxford dictionary of ART and artists, Ed Ian Chilvers, Oxford University Press 1990
The Thames and Hudson Encyclopaedia of British ART, General Editor David Bindman Thames and Hudson Ltd, London 1985
Alexander Gilchrist, The Life of William Etty R.A. (2 vols, London, 1855) vol.1
Alison Smith, “The Nude in Nineteenth-Century Britain: ‘The English Nude,’” in Exposed: The Victorian Nude (London, 2001), p. 16.
Martin Postle, “From Academy to School,” in The Artist’s Model From Etty to Spencer, ed. by Martin Postle and William Vaughan (London, 1999), p. 20.

 

 

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La nudité

nudite

 

La nudité est un geste spectaculaire, ordinaire, ou banal selon le contexte. La relation entre l’intimité et la nudité indique le passage à la sphère privée, les vêtements, ses masques corporels sont destinés au regard public, sont abandonnés dans la sphère privée.
Cette distinction de la nudité intime se généralise progressivement à partir de la renaissance. La nudité intime exige une organisation savante de la vie quotidienne, une distinction précise, et un système de normes. Cette distinction signifie que la nudité intime corporelle n’a rien de naturelle. La nudité devient une construction culturelle.

L’intimité sexuelle est relation à l’autre. La sexualité suit les représentations culturelles, familiales personnelles et les scripts sociaux qui définissent le permis et l’interdit.

En occident, la sexualité est considérée comme un élément d’épanouissement, d’accomplissement. Dans d’autres cultures, la sexualité est un plaisir ayant d’autres buts comme la préservation de la famille.
L’intimité sexuelle exige une dimension physique et affective. L’acte sexuel comme l’intimité sexuelle exige un partage de la nudité.


Ce document traite la nudité dans le couple, et dans la société, ses formes et ses problèmes de gestion.

 

Table des matières
Nudité : geste personnel et social 2
Comment définir la nudité 2
Significations multiples de la nudité 3
Nudité tolérée? 5
L’exhibitionnisme n’est pas l’impudeur 5
Exhibition culturelle 5
Exhibition féminine 6
La nudité est réglementée par la culture 6
Pudeur: définitions et généralités 8
La pudeur et l’intimité 10
Pudeur et nudité 11
La pudeur influence l’image corporelle 11
Le couple et la pudeur 12
La pudeur dans le couple 13
Intimité 15
Le couple de l’intimité à la sexualité 16
Nudité et ses différentes formes 17
La nudité sociale 17
Rôles de la nudité sociale 18
La nudité sociale et la société 19
De l’intime au social : évolution permanente 19
Nudité sociale : certains problèmes 20
La nudité sociale et l’image du corps 21
La nudité sociale et la sécurité physique 21
Nudité sociale et harcèlement sexuel 22
La nudité intime 22
La nudité sexuelle 23
La masturbation mutuelle : 24
Sexe oral : 24
Les positions sexuelles : 25
Sexualité visible ou invisible 25
La nudité pornographique 25
La nudité pose des questions 25
- Problèmes liés à l’image du corps : 25
- Problèmes liés aux normes esthétiques : 25
- Problèmes liés à la pudeur : 26
- Problèmes liés à la réception : 26
Evolution récente de la nudité 26
Nudité dans les médias 28
Nudité féminité et féministes 30
La peur de la nudité ou gymnophobie 32
Nudité et honte 34
Références 36

 

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La pudeur

pudeur

La définition du terme pudeur est difficile en raison des liens de ce terme avec l'environnement culturel,
et son influence sur l'image du soit l'image de corps.

La pudeur est une propension à se retenir ou à cacher certaines parties de son corps, voire des
pensées. Elle permet de ne pas blesser ou de paraître indécent. Contrairement à l’exhibitionniste,
le pudique cache sa sexualité, son désir, ou son corps, pour des raisons morales, culturelles ou
religieuses par exemple.

L’évolution de la pudeur à notre époque est liée au changement de notre regard sur le corps et la
nudi- té et sur la nature de la rencontre sexuelle. La relation sexuelle ne suscite plus remords
ou de regrets, ne pose plus de questions sur la responsabilité ou sur l‘engagement. La relation
sexuelle n’est plus liée à l’amour, ni au mariage, devient une occasion de plaisir.

La pudeur comportait une part du blâme social associé aux comportements considérés comme déviés.
La honte sanctionnait les comportements inappropriés , la pudeur les évite.

 

 

Table des matières
Pudeur: définitions et généralités 2
La pudeur et l’intimité 3
Pudeur et décence 4
Pudeur et nudité 4
La pudeur n’est pas la honte 5
La pudeur dans le couple 5
Manifestations de la pudeur 7
Les manifestations physiologiques et organiques de la pudeur : 8
Il est utile de : 8
Pudeur et image corporelle 9
La pudeur influence l'image corporelle 9
Pudeur et besoins de sécurité 11
Pudeur et couple 13
Le couple et la pudeur 13
Pudeur et pudibonderie 15
Pudeur et pudibonderie 15
Pudeur : évolution actuelle 17
La pudeur à notre époque 17
Pudeur et honte sexuelle 19
Pudeur et honte sexuelle 20
Manifestation de la pudeur excessive et de la honte sexuelle 20
1. Insécurité avec soi 20
2. Moins d’expression physique et sexuelle 20
3. Dysfonctionnement sexuel et insatisfaction 20
4. Problèmes d’intimité et de relations 21
5. Considérer le sexe comme « mauvais » 21
6. Difficile de parler de sexe 21

 

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Les relations

relations

Le terme relation, bien que largement utilisé est difficile à définir en raison des multitudes de formes re- lationnelles. L'utilisation la plus fréquente semble indiquer un lien interpersonnel  entre deux personnes dépassant la relation sexuelle, incluant un certain partage d'activités de loisirs, ou d'activités sociales, avec ou sans projet à long terme.

La relation à notre époque est un processus évolutif, complexe, qui varie d'une façon considérable d'un couple à un autre, d'une personne à une autre. Il est parfois difficile de savoir précisément  à quelle étape se situe une relation, mais en général, les relations actuellement passent par des étapes successives.

Ce document traite les relations, leurs dynamiques, les critères de choix de partenaires et leur évolution dans le temps

 

Table des matières

Relation : définitions 2
Le terme de liaison 2
Relation à court terme : 2
Internet et rencontre 4
Sélection de partenaire et relation à court terme 4
Le contenu sexuel des relations à court terme 5
Le contenu social des relations à court terme 5
Relation à long terme : 5
La satisfaction sexuelle 8
Comment évolue une relation 9
Le contact 9
La rencontre 9
Les étapes d’une relation 9
L'étape de discussions 10
L'exclusivité 10
Le couple 10
Les conflits 10
Relation à long terme ou rupture 10
Relations : les buts recherchés 12
La recherche de la satisfaction sexuelle 12
La recherche d'un foyer à deux 13
La recherche d'intimité 13
Pourquoi la relation amoureuse est différente des autres relations ? 13
Attentes dans une relation 15
Relation, attirance, sex-appeal 17
L’attirance sexuelle est basée sur le sex-appeal 17
La relation et l'attirance sexuelle 19
Attirance sexuelle et relation 19
Amitié dans la relation 22
Empathie et relation 24
Relation : évolution dans le temps 26
Les conflits et la relations 26
Les valeurs 27
Relation : la durée 28
Faire durer une relation 28
La durée de la relation comme paramètre d'évaluation 29
Limites de la durée dans l'évaluation des relations 29
Argent, et crises du couple 30
Couple, relation et argent 30
Argent et couple, comment faire ? 31
De la rencontre vers une relation 32

 

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L'Anxiété : histoire d’une maladie

anxiete

 

 

 

 

 

Dans la société grecque classique, de nombreux mots ont été utilisés pour décrire des états émotionnels comme la manie, la mélancolie, hystérie, paranoïa. Chez les Grecs, il n'existe aucun mot pour décrire l'anxiété. Les Romains ont utilisé le terme anxietas pour désigner un état de peur. Ce mot avait une signification différente du mot angor, qui signifiait une crainte avec agitation.
En français, on utilisa des termes comme angoisse ou panique pour désigner ces états de peur

Pourquoi la définition de l'anxiété a été si difficile à établir ?


La définition actuelle de l'anxiété : il s'agit d’une inquiétude pathologique, une peur excessive isolée ou associée à d'autres maladies (dépression). L'anxiété est une souffrance mentale qui arrive par anticipation, peur anormale accompagnée généralement de manifestions physiques comme la transpiration, augmentation du rythme cardiaque, de la fréquence respiratoire, de douleurs musculaires et d'autres pour faire face à une menace.
L'anxiété est un pilier essentiel dans la psychiatrie moderne, la preuve de la capacité de la souffrance mentale à provoquer des symptômes réels comme l'augmentation du rythme cardiaque, l'insomnie, ou des maladies plus complexes comme l'hypocondrie où des douleurs réelles ont une origine psychologique comme par ex les douleurs de la somatisation.
Cela explique la difficulté de forger un tel concept, cela exige d'admettre le lien entre les émotions et le corps, entre la souffrance mentale et l'organisme. Il a fallu des siècles pour pouvoir faire le diagnostic par ex d'une jeune femme, qui consulte les services d'urgence pour des douleurs abdominales intenses, et dont le bilan clinique, biologique et radiologique ne révèle aucune anomalie. C'est un cas d'anxiété avec somatisation.

 

Anxiété : histoire ancienne et moderne

Le terme anxiété a été utilisé récemment. C'est un terme qui désigne à l'origine, un sentiment de pression sur le thorax ou sur l'abdomen (Littré et Robin 1858).
Berrios et Link (1995) ont précisé que les états anxieux sont présents dans de nombreux livres anciens, et comme "anatomies" de Burton (de la mélancolie) en 1621.
Les symptômes qui accompagnent l'anxiété étaient difficilement classables pour les médecins anciens car ces symptômes affectent plusieurs organes : difficulté à respirer, accélération du rythme cardiaque, douleur gastrique, vertige, etc.
La psychiatrie moderne identifie sans difficulté le lien entre l'anxiété et ces symptômes. Les médecins anciens n'arrivaient pas à trouver le lien entre la difficulté à respirer, les douleurs musculaires, et parfois les troubles de la personnalité. En 1621, Burton a suggéré qu'il existe un lien entre ces symptômes et une perturbation de l'esprit sans tracer un lien direct, sans mentionner le terme anxiété.


L'anxiété comme nous comprenons aujourd'hui, a été souvent associée au concept de mélancolie dans les périodes médiévales et pendant la renaissance. Le terme de mélancolie est utilisé aujourd'hui pour décrire des cas de patients ayant des troubles émotionnels légers.
La mélancolie au Moyen Âge représentait un grand chapitre des manuels de médecine et de psychiatrie, englobant un ensemble assez vaste de maladie et de symptômes. La passion, la maladie d'amour, était considérée comme une forme pathologique de mélancolie par exemple. La personne affectée par la passion était décrite comme fragile, agitée, ayant des troubles du sommeil avec manque d'appétit et perte d'envie de vivre.
Quand la personne affectée par la passion, la maladie d'amour, exhibe d'autres symptômes comme l'envie irrésistible de se laver les mains (désignée aujourd'hui comme troubles compulsifs), les médecins de la renaissance ne savaient plus s'il s'agissait d'une personne affectée par la passion, ou par la folie.


De même, les troubles liés à l'anxiété étaient inclassables, ou étaient étiquetés comme maladie à part, c'était le cas de la somatisation et de l'hypocondrie.
Au XVIIe siècle, d'autres termes ont été utilisés pour décrire l'anxiété, Younge (1638) a utilisé le terme de maladie mentale, (Flecknoe 1658) et Hunter et Macalpine (1963) ont préféré décrire la personne anxieuse comme une personne hésitante, sans volonté. En vérité, ils ont décrit ce que nous appelons aujourd'hui le comportement obsessionnel.

 

L'anxiété dans la littérature médicale

Les études sur l'anxiété n'ont jamais été le monopole de l'Occident. Par contre, les différences culturelles ont influencé la compréhension de l'anxiété à travers les sociétés, et son traitement. Cette influence culturelle continue à notre époque, même au sein du monde occidental : l'anxiété est vue différemment en Europe et aux États-Unis.


Le médecin arabe Avicenne (son nom arabe Ibn Sina d'Al-Husayn d'Ali 980-1037) a écrit au XIe siècle son encyclopédie médicale "les canons de la médecine". Dans ce fameux livre en trois tomes, les troubles mentaux sont traités, y compris la mélancolie et la manie.


Dans son étude, Hajal (1994) détaillait comment Avicenne était capable de diagnostiquer et de traiter les patients affectés par la dépression avec anxiété. Encore une fois, la passion amoureuse était considérée comme un cas pathologique nommé en arabe : ishk (passion). Avicenne a traité un jeune noble profondément amoureux d'une femme inaccessible. Il tombe malade d'une anxiété intense avec mélancolie. Avicenne décrit comment l'état mental de ce jeune patient influençait son corps, son rythme cardiaque, la fréquence de ces mouvements respiratoires. L'histoire se termine bien, les deux amoureux se marient, l'anxiété du jeune patient disparaissait progressivement. La description des symptômes ressemble plus ou moins à nos descriptions cliniques aujourd'hui de l'anxiété.


En Chine antique, l'accent était mis sur le lien supposé entre les émotions et les organes. La colère excessive était considérée nocive au foie, le bonheur excessif affecte le coeur, la crainte et l'anxiété étaient accusées d'altérer les fonctions rénales. La tristesse affectait les poumons.


Pour comparer, nous pouvons étudier la méthode chinoise de traitement de l'anxiété qui accompagne la passion amoureuse. On dénote déjà que les Chinois ont tracé un lien direct entre l'anxiété et la dépression. L'anxiété en Chine (yu-lü) s'écrit en associant deux caractères : le premier indique la peine, le deuxième indique l'anxiété. Il y avait plusieurs formes d'anxiété (lü-huan ) : ce qui signifie précautions contre une calamité (notion qui ressemble à l'anxiété par anticipation ) et blü-chi (pour prévoir).


Au Japon, l'anxiété ressemble dans ses définitions à l'anxiété en Chine. Le terme utilisé yu-ryo, signifiant impatience-pensée.


Les médecins chinois ont tenté, bien sûr sans succès, de traiter l'anxiété en traitant le rein, comme ils ont échoué à traiter la colère en traitant le foie.
Même de nos jours, la médecine chinoise traditionnelle utilise le terme générique neurasthénie. Ces mêmes patients qui consultent un médecin occidental sont diagnostiqués comme anxiété ou dépression.


Dans son étude, Zhang (1989) souligne la présence de variante importante de la neurasthénie en Chine contemporaine, celle appelée shenkui (littéralement : l'insuffisance de rein). Cette variante est censée être provoquée par une masturbation excessive accompagnée de lassitude et de faiblesse. Dans cette variante, l'anxiété est considérée comme à l'origine de cette maladie.


Une autre variété s'appelle toujours le neurasthenia du cerveau, provoqué par l'étude excessive accompagnée de vertige, insomnie et manque de concentration. Dans la description de cette variante, on découvre des symptômes d'anxiété accompagnés de symptômes somatiques qui ressemblent à l'anxiété classique des étudiants avant un examen.

En Corée, de nombreuses variantes d'anxiété ont été décrites, comme par exemple le hwa-byung. Dans cette variante (le terme signifie maladie du feu), la dépression s'accompagne de douleur de l'abdomen. Actuellement, avec l'occidentalisation de la Corée, le diagnostic et le traitement de l'anxiété suivent le schéma de la médecine occidentale.

 

L'anxiété au XVIIIe siècle

Le terme anxiété a été introduit dans la littérature médicale largement avant l'invention du terme psychiatrie par Johann Reil en 1808.
En Angleterre, Richard Blackmore (1653-1729), dans son traité sur les humeurs, a inventé le terme anxiété : « l'anxiété est une maladie, dont le traitement est l'apaisement et la tranquillité. » (Blackmore 1725).


Blackmore a souligné que les opiacés à doses modérées étaient utiles chez les patients affectés par l'hypocondrie, par l'hystérie, avec perte d'appétit.
Le premier manuel psychiatrique anglais a été écrit par William Battie (1703-1776). Son travail s'est concentré sur les troubles psychiatriques graves, cependant il a parfaitement distingué la folie de l'anxiété.


Sur le plan théorique, Battie pensait que l'anxiété devait être comprise en termes de corps plus que d'esprit, une sorte de sensations excessives.


James Vere (1700-1779) avait un point de vue différent, l'anxiété était pour lui un conflit entre l'ordre inférieur des instincts et l'ordre supérieur. Ce point de vue sera développé plus tard par Freud suggérant que l'anxiété peut être un conflit entre les désirs (libido), les besoins (le moi) et l'ordre moral (le surmoi).


Au XVIIe siècle, d'autres médecins vont tenter d'améliorer la définition et la conception de l'anxiété comme le neurologue écossais Robert Whytt (1714-1766) et John Bond en 1753.

En France, les états intenses d'anxiété ont été mentionnés dans le texte médical du médecin Sauvage de Boissier (1752), mais le terme anxiété ne figurait pas. À la place, il avait utilisé un autre terme : pantophobie pour décrire ce que nous appelons aujourd'hui le trouble d'anxiété généralisée.

 

L'anxiété au XIXe siècle

Encore une fois, l'état de passion amoureuse est l'exemple le plus populaire de l'anxiété, car cet état traduit l'influence de l'état mental sur le corps humain. Aujourd'hui, on appelle cela les symptômes d'une anxiété, ou la somatisation.


En 1774, Goethe publie les douleurs du jeune Werther, où il décrit l'état d'un jeune homme désespéré en raison de son amour pour une femme indisponible. Cet état de passion se termine par un suicide. Ce roman de Goethe a déclenché une vague de suicides en Europe. De nombreuses publications ont condamné Goethe.


Au début du 19ème siècle, les études sur l'anxiété étaient nombreuses :
De Spiess chrétien (1796) en Allemagne, John Haslam (1809) en Angleterre, , Karl Ideler (1841) à Berlin.
Le début du XIXe siècle coïncide avec l'entrée des États-Unis dans le concert des nations, sur le plan économique et scientifique.


Benjamin Cullen (1746-1813) publiait à Philadelphie ses ouvrages sur les maladies mentales, en citant pour la première fois que l'anxiété peut être raisonnable, comme la peur de la mort, et peu raisonnable comme la peur des insectes, des animaux ou de parler en public. Ainsi il a décrit ce que nous nommons aujourd'hui l'anxiété sociale, et les phobies.


Une année plus tard, Landre-Beauvais (1813) en France a préféré signer l'utilisation du terme très français de l'angoisse pour décrire l'anxiété en le définissant comme : « un certain malaise, une agitation excessive qui pourrait accompagner les maladies psychologiques ou les expressions somatiques. »


Durant la première moitié de XIXe siècle, l'école médicale allemande a dépassé l'empirisme français et anglais, pour décrire l'anxiété, et ces symptômes cardio-vasculaires, pulmonaires, musculaires d'une façon simple et scientifique, se débarrassant de la vague de romantisme et de l'influence des sciences humaines comme la philosophie ou la littérature ; ce sont les travaux d'Otto Domrich, et de Friedrich Beneke (1798-1854), Baron Ernst von Feuchtersleben (1806-1849).


Il est important de reconnaître également la contribution du français Jean-Etienne Esquirol (1772-1840). Dans sa description de l'anxiété en 1838, et sa description des symptômes surtout la description du trouble obsessionnel.


Durant la deuxième moitié du XIXe siècle, on peut dire qu'il existe une réelle description de l'anxiété, comme entité, comme maladie bien distincte. Mais les Français ont continué à refuser le consensus, à parler d'angoisse, et de phobies.


En Allemagne, Wilhelm Griesinger (1817-1868) a décrit l'anxiété comme une neuropathologie, c'est-à-dire une lésion affectant le système nerveux, et non pas comme une maladie d'origine émotionnelle. Ce fut le début de la psychiatrie moderne.


Une théorie semblable a été embrassée par Heinrich Wilhelm Neumann (1814-1884), un contemporain de Griesinger. Neumann (1859) a considéré la maladie mentale comme un processus dynamique où la personne peut parfois perdre sa capacité de se maîtrise pour laisser apparaître l'anxiété.


En vérité, la théorie de Neumann va préparer la théorie freudienne de l'anxiété publiée en 1923 ceci 50 ans plus tard.

En France, Benoît de Morelle (1809-1873), à qui nous devons le concept de démence précoce (Morelle 1860) pensait que les émotions qui provoquent l'anxiété peuvent mener à des changements pathologiques dans le système nerveux autonome. Par cette théorie, il voulait expliquer les symptômes de l'accélération cardiaque ou de la fréquence respiratoire. Les données scientifiques modernes lui donnent raison.


Parmi les psychiatres de l'hôpital Bicêtre à Paris, Grand de la Saulle (1878) a publié plusieurs études sur les phobies, il préférait parler de craintes. Il a donné également de bonnes descriptions des troubles maniaques que nous préférons nommer aujourd'hui trouble obsédant compulsif.


Il décrivit le cas d'une femme, hantée par l'idée qu'une personne puisse lancer sur elle une pierre d'une fenêtre, pendant qu'elle traverse la rue. Cette patiente avait une idée très précise de ce qu'il l'attendait : un homme ou une femme lance sur elle une pierre, elle sera tuée, il y aurait du sang sur le trottoir. Grand de la Saulle décrivit d'autres cas comme celui d'un patient de 30 ans hanté par les couleurs et les nombres, passant son temps à faire des calculs, et se demandant pourquoi les mariés portent des vêtements blancs, pourquoi il y a 44 livres sur le bureau du médecin, pourquoi il y a sept boutons au gilet du médecin etc.
Grand de la Saulle considérait l'anxiété comme une névrose, c'est-à-dire comme une exagération de conscience.


Dagonet (1876), professeur de psychiatrie à l'École de Médecine de Strasbourg a décrit plusieurs formes d'anxiété et a détaillé l'hypochondrie et ses symptômes :
Le patient est impatient, inquiet, préoccupé, exprime de nombreuses craintes au sujet de sa santé. Il inspecte régulièrement son corps, observe scrupuleusement toutes les règles d'hygiène, désire toujours consulter, discuter son cas avec les médecins.


Dagonet a discuté également la dépression impatiente, un terme désuet, synonyme de panphobie morale (humeur anguished en anglais, Gemütsbeklemmung en Allemand ou angoisse existentielle en français).

Au XIXe siècle, le concept de neurasthénie était si populaire que beaucoup de praticiens de santé mentale ont préféré le garder, en refusant le terme anxiété.


Sigmund Freud (1856-1939) s'est opposé à ces tendances en distinguant les symptômes de l'anxiété de ceux de la neurasthénie en insistant sur le fait que la neurasthénie peut être d'origine organique comme par ex une lésion intracrânienne.


Freud a continué à décrire l'anxiété comme une entité à part, comme un concept. Dans la description de Freud, l'anxiété comportait plusieurs variétés : irritabilité générale, espérance impatiente, anxiété rudimentaire, anxiété avec effroi, vertige, et phobies.
Nous pouvons remarquer que la description de l'anxiété de Freud englobe un ensemble de symptômes de maladies liées à l'anxiété et aux phobies.

 

L'anxiété au XXe siècle

La tendance était forte, pendant les premières années du 20ème siècle, de supposer que les facteurs étiologiques principaux de l'anxiété étaient héréditaires ou biologiques.

Maurice De Fleury (1897) a divisé les émotions en deux groupes : « Doute, humilité, paresse, peur, tristesse et pitié : témoin d'un épuisement cérébral, et fierté, sottise, colère, égoïsme, courage, héroïsme, et cruauté sont les manifestations de l'exaltation de l'esprit »


La contribution de Freud a changé radicalement le concept de l'anxiété. Le Freud a introduit le concept de la Libido, cette énergie qui s'accumule progressivement dans le système nerveux, provoquant l'anxiété. Cette approche de Freud était influencée par les idées répandues à la fin de XIXe siècle. 20 ans plus tard, Freud modifiera radicalement sa conception de l'anxiété, elle devient le témoin d'une menace à l'équilibre et au bien-être de la personne. Il a défini, à sa façon plusieurs formes d'anxiété, réalisant l'exploit de faire une approche freudienne à part entière de l'anxiété.


Dans les années 1890, Freud a amélioré plusieurs fois ses concepts et ses théories concernant l'anxiété. Au début, Freud pensait que l'anxiété était un moyen de soulager l'énergie de la libido. Au début de sa carrière, il pensait l'anxiété comme un symptôme de conflit essentiellement sexuel, lié à la libido. Curieusement, ces idées continuent à être présentes dans la culture ambiante, popularisé par le cinéma et par la littérature.
Selon Freud, l'anxiété est la traduction symptomatique d'une pulsion sexuelle inacceptable pour la personne (moi, ou ego) ou pour les codes moraux (surmoi, ou superego).
Curieusement, Galien, le grand médecin grec pensait presque la même chose au IIe siècle, en liant l'anxiété à des pulsions sexuelles bloquées.


20 ans plus tard, Freud revoit ses concepts en abandonnant le lien entre anxiété et libido. En 1936, il ajoute à ses théories le concept de transfert. L'anxiété serait selon lui la traduction de pensées désagréables, et la non-expression de ces pensées. Ainsi, l'anxiété devient une anxiété normale en cas de réponse à la menace identifiée, l'anxiété devient névrotique en cas de réponse à une menace non identifiée. Quand le patient réagit à un danger identifié comme par ex une maladie, il exprime selon Freud une anxiété normale. Quand le patient réagit par l'anxiété à une menace qu'il n'arrive pas lui-même à identifier, il s'agit d'une anxiété névrotique qui peut être le fruit d'un conflit entre des pensées désagréables, impulsions libidineuses, et les codes moraux du patient et de la société. Dans ce cas, le patient subit la punition de son surmoi, par un sentiment de culpabilité. (Kalat et Shiota, 2007).


La distinction entre la peur et l'anxiété a été initiée par le philosophe Kierkegaard [1813- 1855]), et améliorée par Karl Jaspers en 1913.


Ce que nous appelons la phobie sociale, ou la phobie d'évitement, c'est-à-dire le cas d'une personne qui évite quelque chose de bien précis, a été décrite depuis Hippocrate.

Par contre il a fallu attendre le début du XXe siècle pour distinguer la timidité, de la phobie sociale. Paul Hartenberg (1901) a défini la timidité, en distinguant d'une façon scientifique satisfaisante cette timidité de la phobie sociale, et de la phobie d'évitement. Hartenberg pensait que les troubles psychologiques favorisant la phobie sociale étaient essentiellement héréditaires.


L'école française apportera au XXe siècle une importante contribution en quittant l'empirisme, et en adoptant les méthodes scientifiques.
Pierre longévital Janet (1859-1947) est le fondateur de la psychiatrie dynamique. Janet, était moins intéressé par les méthodes expérimentales ou par les statistiques en préférant la clinique et les symptômes.

Dans sa pratique, Janet aidait ses patients à exprimer les idées fixes qui provoquent leur détresse psychologique. Les sentiments pour Janet étaient secondaires, simple expression comportementale d'une détresse psychologique.


Dans son livre, Janet (1926) a décrit « la tension psychologique est la tendance d'une personne à utiliser son énergie à un niveau plus ou moins élevé que la moyenne. »
Selon Janet, le « dynamisme » d'une personne dépend de la qualité et quantité de cette énergie plutôt que des conflits internes et de leurs forces respectives. Ainsi Janet propose un modèle différent pour comprendre l'anxiété, de celui du modèle freudien.


Dans son livre (1926), le grand Janet a discuté longuement le cas de « Madeleine, » une femme seule de 40 ans.
Madeleine représente un cas d'Anxiété sévère avec des épisodes de dépression. Madeleine était physiquement handicapée, elle avait eu une enfance difficile, avec des expériences douloureuses pendant l'enfance. Janet ne cherche pas à mettre l'anxiété de Madeleine sur le compte de sa libido, ou de sa sexualité, il abandonne définitivement l'approche psychanalytique en considérant l'anxiété de Madeleine comme le résultat de ses propres difficultés et ses propres expériences.


À son tour, Janet a influencé Jean de Retard (1907-1987), qui a accompli des travaux d'une importance majeure sur les corrélations entre la neurochimie et l'anxiété, entre la dépression et la neurochimie. Ces travaux ont largement contribué à développer les anxiolytiques et les antidépresseurs par Deniker en 1952.


Un autre psychologue français Ribot (1896-1911) a largement contribué à la description des troubles de l'anxiété généralisée, nommée en France pantophobie.


Le théoricien principal du traitement comportemental de l'anxiété a été Burrhus Frederick Skinner (1904-1990). En reprenant les conclusions de Janet, il considère l'anxiété comme la manifestation d'une réponse conditionnée à une situation crainte. Cela l'amène à proposer un traitement comportemental de l'anxiété ou comment lutter contrer cette réponse conditionnée.


L'anglais Wilfred Bion (1897-1979) a mentionné que l'enfant en bas âge souffre dès sa naissance de peurs, et d'anxiété. Ces anxiétés peuvent être réactivées pendant la vie adulte. Il reprend ainsi les théories de Mélanie Klein (1882-1960), qui a spéculé sur le fait que les dépressifs et les anxieux ont été des enfants anxieux et dépressifs.


La théorie de Mélanie Klein sur l'apparition de l'anxiété et la dépression pendant l'enfance a été populaire, puis abandonnée progressivement par manque de preuves.


Dans l'état actuel, l'origine de l'anxiété est méconnue. Par contre, il existe, au moins dans le monde occidental, un consensus sur les critères de diagnostic, sur les symptômes, et sur les modalités thérapeutiques relatives à l'anxiété.

 

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Kiprensky : célèbre portraitiste russe

kiprensky

Kiprensky Autoportrait

 

 

 

 

Vie et carrière

Oreste Adamovich Kiprensky est né le 24 mars 1782 dans le manoir Nezhinskaya, proche de St Peterbourg. Il semble être le fils illégitime du propriétaire terrien Alexei Dyakonov et de la serf Anna Gavrilova mariée au serf Adam Schwalbe.
En 1788, ayant obtenu sa liberté, à l’âge de 6 ans, Oreste quitte ses parents et est inscrit à l'école pédagogique de l'Académie des arts de Saint-Pétersbourg. Selon les documents, l'étudiant est entré sous le nom de Kiprensky (qui vient de chypre). En 1797, le jeune homme entre à l'académie elle-même, où les peintres Grigory Ugryumov et Dmitry Levitsky seront ses professeurs.


Au fil des années d'étude, Kiprensky a démontré son talent et a reçu des prix d'or et d'argent pour son travail. En 1803, Oreste a reçu un certificat de 1er degré et une épée.
En 1804, le peintre prépare sa première œuvre pour l'exposition de l'Académie des Arts - il peint un portrait d'Adam Schwalbe. L'auteur a utilisé la technique de glaçure comme technique principale. La peinture, exécutée dans un ton doré foncé, a suscité de nombreuses critiques enthousiastes.


Un an plus tard, pour le concours académique, Oreste a créé la toile "Dmitry Donskoy sur le champ Kulikovsky". Le travail sur une intrigue historique, dans le style classicisme français, est récompensé par la grande médaille d'or. Kiprensky a également participé à la peinture de la cathédrale de Kazan en construction dans la ville de la Neva - il a créé l'icône "La Mère de Dieu et l'Enfant".

 

Les portraits

Les portraits sont devenus un genre populaire parmi le grand public au début du XIXe siècle. À cette époque, non seulement les rois et les généraux, mais aussi les marchands et la bourgeoisie pouvaient se les offrir.
Le jeune artiste a de nombreux clients.


Mais c’est le portrait d'Alexandre Chelishchev, qui s'est avéré plus tard être un héros de la guerre patriotique de 1812, qui a fait la célébrité du peintre. Les traits psychologiques des personnages devinrent plus tard une partie intégrante de la peinture de portrait du peintre.
En 1809, Kiprensky quitte St Pétersbourg pour Moscou. Lors de son séjour à Belokamennaya, le peintre a peint des portraits des époux Rostopchins. Oreste représente le mari et la femme comme des gens ordinaires à la maison, ce qui donne humanité et profondeur aux tableaux.
Une œuvre frappante de cette période était le "Portrait du hussard le colonel Evgraf Vladimirovich Davydov". Un siècle plus tard on a cru que cette création représentait le célèbre hussard Denis Davyddov, célèbre héros et poète de la guerre de 1812.
En 1812, il reçoit le titre d'académicien, et en 1815 devient conseiller de l'Académie impériale des arts.
En 1816, le peintre se rend d'abord à l'étranger grâce au mécénat de l'impératrice qui apprécie beaucoup le talent du créateur. Oreste traverse l’europe.
L'Italie inspire Oreste avec de belles sculptures et peintures. Ici, l'homme s'est familiarisé avec des exemples d'art de l'Antiquité et de la Renaissance.
À Rome et à Naples, Kiprensky peint des portraits de commande et a également peint des résidents locaux. Le talent de l'auteur n'est pas passé inaperçu - l'artiste a reçu une offre de l'Académie florentine pour créer son autoportrait pour la Galerie des Offices. Oreste est devenu le premier peintre russe à recevoir un tel honneur.
Cette période italienne dura près de 10 ans avec de nombreuses commandes européennes.
Un évènement tragique survient pendant son séjour en Italie. Une jeune femme modèle est retrouvée morte dans son atelier, brûlée. Des rumeurs le désignent coupable l’obligeant à quitter l’Italie.


De retour en Russie en 1823, Oreste rencontre des difficultés en raison des rumeurs « italiennes », et de la concurrence suite à sa longue absence. Il est alors aidé par le comte Dmitry Sheremetyev, qui a invité l'artiste à travailler dans un atelier de son palais. Peu à peu, l'incident scandaleux est oublié. C'est là qu'en 1827 Kiprensky créa "Pauvre Liza" portrait représentant le personnage principal de l'histoire de l’écrivain Karamzine.

La peinture

Oreste Adamovich Kiprensky est connu comme l'un des portraitistes les plus doués du XIXe siècle. Il est l'un des rares peintres russes dont les talents ont été reconnus à l'étranger de son vivant. L'autoportrait de Kiprensky est conservé à la Galerie des Offices de Florence.
Il réalisa des centaines de portraits.


Ses professeurs furent GF Doyen (1726-1806) peintre émigré français élève de Van Loo nommé directeur de l’académie des beaux arts de St Peterbourg en 1793, Grigory Ugryumov (1726-1806) peintre de tableaux historiques, Dimitri Levitksy (1735-1822) portraitiste de style Rococo tardif puis classicisme.
Kiprensky est un peintre de la période romantique russe, excellent dessinateur et un grand portraitiste attaché à dévoiler l’âme de son sujet, les traits psychologiques de celui-ci.
Un des premiers portraits :

 

Kiprensky Adam Schwalbe


Adam Schwalbe 1804 musée russe de st Peterbourg


Dans un style classique fortement inspiré des maitres flamands, le peintre a utilisé la technique de glaçure comme technique principale, dans des tons foncés.
Sa technique et son style ont été comparés à ceux de Rubens, prenant parfois même l'œuvre de Kiprensky lui-même pour celle d'un artiste flamand. Les contemporains l'appelaient le Van Dyck russe.

 

Mais c’est le portrait d'Alexandre Chelishchev (1809), qui s'est avéré plus tard être un héros de la guerre patriotique de 1812, qui a fait la célébrité du peintre.
Dans le tableau romantique, il s’agit d’un adolescent, presque un enfant, avec une peau délicate et des yeux "attentifs".
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Kiprensky Alexandre Chelishchev

Alexandre Chelishchev (1809) galerie Tretiakov<