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Stress : définition, causes, solutions

  

honte toxique

Stress : définition et causes 

Le stress est un mot d'origine anglaise largement utilisé dans la langue française. Ce mot désigne un ensemble de perturbations physiques, biologiques, et psychiques provoquées par n'importe quelle agression sur l'organisme.

La langue française utilise un terme voisin : détresse qui désigne difficulté alarmante ou situation critique.

La traduction française exacte du mot stress est proche du terme : effort. Cependant, l'utilisation populaire en français de ce terme est synonyme de tension nerveuse.


Ainsi, le mot stress est devenu à l'origine de verbes, comme stresser et déstresser.

homme femme critique


abs11.5-orange Le terme stress est utilisé, hors du contexte psychologique, dans son sens premier, c'est-à-dire dans le sens de l'effort. En médecine, un terme comme test de stress cardiaque désigne un test d'effort durant lequel on mesure la réponse du coeur à l'effort demandé. Dans ce cas, la personne subite un test d'effort comme par exemple courir sur un tapis roulant pendant que l'équipe médicale examine les réactions du muscle cardiaque.

 



abs11.5-orange Le stress en général est un fait naturel, chaque personne répond aux pressions exercées sur elle par son environnement par un effort biologique et psychique, cette réponse est le stress.

Par conséquent, toutes les créatures vivantes sont dans un échange permanent avec leur environnement, un échange comportemental, physique et psychique. Les êtres vivants sont obligés de se défendre contre les agressions, de se protéger contre les perturbations de leur environnement pour assurer leur survie.

En raison de la surabondance de stress dans la vie quotidienne, nous avons tendance en Occident à considérer le stress comme une expérience négative et néfaste, cependant, le stress du point de vue biologique est une expérience neutre, négative ou positive.


abs11.5-orange Le stress est lié aux facteurs externes et internes, les facteurs externes incluent l'environnement physique comme le travail, les rapports avec les autres, les défis, compétition, les difficultés de la vie quotidienne. Les facteurs internes du stress sont liés à la capacité de notre corps à répondre à ces défis, et à s'adapter pour mieux assurer sa survie et son bien-être. Ces facteurs internes du stress influencent notre forme physique, notre sommeil et notre qualité de vie.



Sur le plan général, le stress joue un rôle dans la sélection naturelle, la capacité des créatures vivantes à s'adapter à répondre aux difficultés de leur environnement, à conditionner leur survie. L'approche évolutionniste suggère que ces modifications adaptatives ont joué un rôle dans le développement cérébral des êtres vivants.

Les facteurs internes du stress sont liés à la capacité de notre corps à répondre à ces défis, et à s'adapter pour mieux assurer sa survie et son bien-être. Ces facteurs internes du stress influencent notre forme physique, notre sommeil et notre qualité de vie.

 

Stress : étapes et progression

Le stress n'est pas toujours une réaction négative. Il existe un stress positif pour aider à relever le défi, à passer les épreuves, et à affronter l'adversité.
On peut schématiser l'apparition du stress selon le schéma suivant :

 

La réaction cognitive

Le terme cognition désigne l'ensemble des jugements, des événements mentaux, de la réflexion, de la mémoire, et du langage. La réaction cognitive est généralement présente au début du stress. Après notre perception de l'événement, nous comprenons le danger, nous évaluons le défi et ses conséquences. Le cerveau, par ses réactions cognitives, formule notre perception de l'enjeu, et du danger. Le corps réagit à ce stimulus en libérant des hormones capables d'améliorer nos performances. La réaction cognitive conditionne notre stress. Notre jugement peut être positif sous forme de défi, ou négatif sous forme de peur et de crainte.
Avant de passer un examen par exemple, notre cerveau prépare ce moment avec ses moyens cognitifs : mémorisation, préparation, délibération, recherche des meilleures solutions. Le stress serait la traduction physiologique de cette préparation. Le jour de l'examen, nous sommes tendus, attentifs, en état d'alerte cérébral et physiologique.
La réaction cognitive peut être longue, mais dans certains cas nous devons faire face à une stimulation inattendue. En face d'un événement imprévisible, le cerveau utilise ces moyens cognitifs, le plus rapidement possible, pour élaborer la réaction, et préparer l'organisme aux défis. C'est le cas d'un accident de voiture, d'un événement dramatique, nous devons agir vite.

 

La réaction physiologique

Ce terme désigne les réactions du corps humain quand il subit le stress. La stimulation extérieure entraîne des modifications du fonctionnement de l'organisme, où les fonctions sont mobilisées pour répondre aux défis et au danger. C'est une étape de résistance, et d'affrontement. De nombreuses substances participent à la réaction physiologique, des hormones comme l'adrénaline, et la cortisone. La dopamine est un neurotransmetteur impliqué dans la réaction corporelle face au stress. Ces substances maintiennent l'organisme dans un état de veille et d'alarme. Les endorphines sont impliquées pour alléger la souffrance, et améliorer la réaction de l'organisme.
Ces réactions physiologiques sont normales. Le problème peut apparaître après la disparition de l'événement stressant. Ces substances continuent à maintenir l'organisme dans un état d'alerte, produisant fatigue, augmentation de la tension musculaire, insomnie, hypertension artérielle, excitation et agitation. Ce sont les symptômes les plus fréquents du stress.

 

La réaction comportementale

Sous l'influence de ces hormones, le comportement devient tendu, parfois agressif. Si le phénomène s'installe et devient chronique, le comportement change aussi. La tension mentale et musculaire devient permanente, le comportement devient coléreux, témoin d'irritation et de surmenage. Pour combattre le stress, il est important de combattre les événements stressants, d'alléger les stimulations qui peuvent produire l'épisode stressant, de se relaxer, pour aider l'organisme à se détendre, et de se débarrasser des effets des substances hormonales, et les neurotransmetteurs secrétés pendant le stress.

 

Le stress : ses causes

En face d'un défi, une réaction en chaîne se déclenche pour chercher l'énergie nécessaire et la force, qui nous prépare à lutter en face de ce défi, ou à fuir pour assurer notre survie. Notre mode de vie se distingue par la multiplication des contraintes et des demandes, notre organisme est obligé de répondre à ces défis avec un coût plus ou moins élevé.

Le monde moderne engendre ses propres défis, et son propre stress. À la différence des siècles passés, les défis que nous devons affronter exigent plus d'effort mental et moins d'effort physique. Cela entraîne parfois des réponses inadéquates de notre organisme.
Lorsque nous sommes confrontés à des situations durables qui stimulent l'organisme, l'énergie dans notre organisme s'accumule, une sorte de tension physique et mentale s'installe comme une préparation préventive à ces défis, et à leur apparition. Cette tension physique s'accumule, peut parfois conduire à l'épuisement, et à la présence de certaines maladies. Il est donc utile pour éviter cette accumulation, de savoir se reposer, de relâcher cette tension, et de maîtriser son organisme.
Le stress est une réaction d'adaptation, une réaction physique et mentale qui s'accompagne de vrais changements dans le fonctionnement de notre organisme.
Une stimulation contrôlable positive ne peut nuire à l'organisme, ni à la qualité de vie, mais au moment où la stimulation se transforme en stress, cela signifie une stimulation non contrôlée. Notre personnalité et notre comportement, ainsi que notre mode de vie ont une influence primordiale sur nos réponses vis-à-vis du stress.
Le stress trouve ses causes dans l'agressivité, l'impatience, la colère, l'anxiété et l'angoisse. D'autre part, un mauvais régime alimentaire peut augmenter le stress ou fragiliser notre organisme pour contrôler les réactions engendrées par le stress. De même que le fait de fumer, de boire ou de se droguer augmente la tension physique.
Le stress peut apparaître n'importe où, peut être le résultat d'une adaptation exigée dans la vie personnelle ou professionnelle, peut être le résultat d'un conflit émotionnel, d'un régime alimentaire mal adapté, d'une maladie, ou d'une anxiété.
Nous ne sommes pas égaux devant le stress, certaines personnes s'adaptent parfaitement dans ces situations, d'autres avouent être terrifié par cette tension prolongée et par le stress. Le stress devient nuisible à la santé mentale et physique quand nous ne parvenons plus à contrôler les réponses qui se déclenchent dans notre organisme et dans notre cerveau.

 

Les signes physiques du stress

Le corps transmet le stress par différents canaux. Les réflexes nerveux inconscients et conscients déclenchent des signaux physiques. Certains signaux sont familiers, comme fatigue, lassitude, d'autres signaux sont plus graves prenant la forme de maladies liées au stress, qui se diffèrent sur l'organe ou le système affecté.

 

Les réflexes nerveux :

Le stress peut se manifester par de tics nerveux comme se ronger les ongles, serrer les poings, serrer les mâchoires, tapoter avec les doigts, grincements de dents, hausser les épaules, se gratter, frapper le sol du pied, s'arracher les cheveux, se mordre les lèvres et autres.

 

Les maladies liées au stress

Ces maladies sont nombreuses, provoquées ou encouragées par le stress. Les maladies liées au stress les plus fréquentes sont : l'asthme, mal de dos, troubles de digestion, douleurs gastriques, maux de tête, céphalées de tension, migraine, douleurs musculaires, problèmes sexuels comme l'éjaculation précoce, ou la perte de libido, problèmes cutanés comme l'eczéma, ou aggravation de certaines maladies cutanées comme le psoriasis.

 

 

stress au travail

Stress : réponse à un défi

 Avant de passer un examen, on se motive, on se prépare. Cela veut dire que nous demandons à notre organisme de préparer la réponse à ce défi. Cette réponse aura une partie physique et physiologique, et une partie mentale et psychologique. Le stress en réalité est synonyme de réponse au stress, à l'effort.

Le stress : réponse et adaptation

La réponse engendrée par le stress consiste en une chaîne complexe de modifications physiologiques et biochimiques pouvant affecter une grande partie de l'organisme et de ces organes, dont le but est de mettre le corps en alerte. Que nous soyons à la veille d'un examen, de compétitions sportives, le stress est une ordonnance mentale qui invite l'organisme à se défendre, et à relever le défi.
Le stress commence dans le cerveau comme un état de menace, de défi, la stimulation commence dans un groupe de cellules situées à la base du cerveau dans une zone précise l'hypothalamus.


Le cerveau ordonne la libération de substances chimiques et de neurotransmetteurs comme l'adrénaline qui augmente la tension artérielle, le rythme cardiaque, la fréquence respiratoire, et l'apport de l'oxygène vers les muscles pour assurer à l'organisme des moyens adéquats à sa survie. L'augmentation de la fréquence respiratoire et l'accélération du rythme cardiaque améliorent l'oxygénation du cerveau cherchant une meilleure clarté d'esprit, et de meilleures dispositions du système nerveux.


Le système digestif se crispe, pouvant parfois être victime d'ulcères, la peau transpire, les muscles se contractent pour se préparer à l'action. Le rythme cardiaque chez un homme en bonne santé hors activité physique, peut varier de 60 à 75 pulsations à la minute. En cas de stress, le système nerveux réagira, en élevant ce rythme cardiaque à 190 ou à 200 pulsations à la minute pour assurer l'oxygénation de l'organisme et l'énergie nécessaire. On nomme cela la réaction du système nerveux sympathique responsable de la libération de l'adrénaline. À la fin du stress et donc à la fin du défi, un autre système nerveux prend la commande de l'organisme. C'est le système nerveux parasympathique qui va diminuer progressivement l'action de l'adrénaline, permettant à l'organisme se relâcher, en ralentissant le rythme cardiaque pour le remettre à son niveau de repos, de même pour la fréquence respiratoire et pour la rigidité musculaire.

 

 

Le schéma du stress

Le système nerveux autonome (sympathique) réagit aux défis de la même façon, c'est-à-dire d'une façon non graduée. La réponse à un défi ou à une menace est une chaîne de réactions. Cette réponse est utile à condition de savoir utiliser ces avantages, par ex pour échapper à un danger imminent comme le feu où il faut réagir et se protéger. Quand la réaction engendrée par le stress devient chronique, l'organisme continue à être inutilement en alerte, avec les méfaits sur la santé d'une tension artérielle augmentée, d'un rythme cardiaque accéléré et de muscles contractés. Parfois, notre système nerveux ordonne à notre corps d'être en état d'alerte d'une façon inconsciente, c'est le cas du stress engendré par les émotions incontrôlables comme l'impatience, angoisse, ou l'anxiété. Dans ces cas, l'hypothalamus continue à préparer l'organisme à l'action par anticipation, entraînant ainsi une accumulation de substances chimiques liées au stress, accompagnées d'une tension artérielle élevée, et d'une tension musculaire.


La réponse engendrée par le stress devrait donc s'estomper et disparaître avec la disparition du défi. Il est donc indispensable d'utiliser l'énergie libérée dans notre organisme pour se débarrasser de cette tension. Le meilleur exemple est l'activité physique ou les techniques de relaxation qui permettent à l'organisme de se reposer, d'apaiser le rythme cardiaque et la tension musculaire. Quand l'organisme n'arrive pas à se débarrasser de ces traces de stress, il est utile de faire du sport, ou d'écouter de la musique, ou de pratiquer une activité relaxante.

 

 

Stress et événements de vie


On peut dire d'une façon générale que la vie est un événement stressant. Être agressé ou pas dans une situation donnée varie selon nos réactions et de notre capacité à faire face à cette agression. Il est vrai que nous sommes généralement incapables d'empêcher la survenue de certaines agressions qui font partie par ailleurs des événements de la vie elle-même.

 

 

Stress et la vie quotidienne

Les crises inévitables de l'existence sont toujours là : divorce, séparation, deuil, problèmes financiers et conflits. Notre mode de vie a multiplié les événements stressants : le temps qui manque, les déplacements, la compétition professionnelle, etc. Dans la vie quotidienne, certains changements provoquent particulièrement des situations stressantes. Ces situations englobent angoisse, peur, ennui ou chagrin, mais le facteur déterminant demeure la satisfaction personnelle. Nous sommes plus menacés par le stress en cas d'insatisfaction personnelle, par exemple quand on a l'impression d'être piégé dans une vie sans sens, ou quand on perd la capacité d'adapter notre mode de vie.

 


Les causes les plus fréquentes de stress

 


Le changement
Le changement est un facteur stressant, exigeant une adaptation rapide, provoquant une peur de l'inconnu, pouvant engendrer un excès de stress surtout quand le changement exige une prise de risque. Une bonne santé physique et mentale aide à affronter le stress lié au changement.
Le stress lié au changement est plus présent chez les personnes rigides ayant des habitudes de vie strictes, ayant des difficultés d'adaptation. Ce stress est présent dès l'enfance, au premier changement d'école, et dans la vie adulte.

 

Les performances
Le stress devient positif, une réaction saine, pour affronter les défis correspondants à la performance comme le stress qui précède les examens, ou les compétitions. Ce stress est positif à condition de rester confiant, de savoir canaliser la tension pour assurer une meilleure réponse à ces défis.

 

Angoisse et peur
Les émotions anticipatrices et négatives peuvent prolonger et augmenter le stress. Ces émotions nous préparent à affronter des situations rares et menaçantes. Le stress dans certains cas peut augmenter nos peurs, et affecter la qualité de vie. La réponse nécessite l'autocontrôle, la relaxation, et la recherche d'une réaction raisonnée.

 

L'ennui
Le manque de stimulation, l'absence d'intérêt, l'isolement, le chômage, la retraite, la solitude peuvent engendrer l'ennui et le stress. Ce manque de stimulation peut affecter l'estime de soi, favoriser la dépression, engendrer stress et anxiété. Il est important de lutter activement contre l'isolement, et rechercher l'intérêt au quotidien.

 

Le chagrin
Le décès du conjoint par exemple est le premier facteur de stress selon les études. Le deuil, la perte d'un partenaire suite à un décès, ou suite à un divorce peuvent avoir un effet psychologique profond et durable. Le chagrin engendre un stress qui provoque des angoisses que la personne tente de réprimer. Ces situations favorisent également la dépression. En cas de deuil, il est important de chercher de nouvelles stimulations et de nouveaux projets.

 

 confiance

Stress : des solutions

Personne ne peut avoir la maîtrise totale de son temps, surtout dans une société qui exige de chacun, adaptation et organisation.

 



Le stress : gestion du temps


La manière dont vous divisez les heures de votre journée dépend essentiellement de la nature du travail, et de la structure de votre vie personnelle. L'équilibre consiste à passer environ huit heures de travail, huit heures de sommeil et de repos, et le reste du temps pour la distraction et la relaxation. En cas de pression, ou de stress, on perd le sens des priorités, certaines tâches prennent des proportions excessives. Se reposer, bien dormir et se relaxer sont des fonctions vitales, et non pas un luxe. Sans les heures de repos et de distraction, sans la relaxation, vous serez envahis par le stress, suivi par la fatigue, la démotivation, ou la dépression.


— Ne sous-estimez pas l'importance des passe-temps pour changer les idées, des pauses entre les tâches. L'organisation de votre temps influence votre santé, votre qualité de vie, votre optimisme, et votre vie personnelle.

— Il est important de trouver l'équilibre entre le temps de travail et le temps personnel. Commencer par réduire le temps consacré à une seule activité, pour éviter lassitude, et stress. Si vous avez un emploi de temps chargé, chercher une meilleure organisation, pour vous reposer, pour vous relaxer, pour faire de l'activité physique. Profiter du temps disponible à la maison pour faire des activités antistress comme la lecture, la peinture, écouter la musique, faire la cuisine, ou la méditation.

— Essayez d'avoir une programmation globale de votre temps. Insérer vos loisirs dans votre programme, insérer le temps de repos dans votre programme de travail.

— Si vous êtes débordé, prenez le temps pour changer l'organisation. Ne perdez pas votre énergie à chercher le moyen de rattraper le retard de travail. Ne cherchez pas à vous adapter, chercher à adapter le travail à votre rythme et à vos besoins. Cela s'applique également à la vie personnelle.

— Dans votre foyer, cherchez à équilibrer le temps consacré aux autres, et le temps consacré à vous-même. Il est important d'avoir un temps pour soi, pour lutter contre le stress, contre la fatigue.

 

— Éloignez-vous de temps en temps, durant la journée ou la semaine, de votre conjoint, ou de vos enfants, pour consacrer ce temps à vous-même, cela permet de soulager le stress, d'éviter les conflits, de garder le sens de l'humour et l'optimisme.

 

— Quand vous organisez votre temps personnel, n'oubliez pas l'importance du temps et la disponibilité dans la vie du couple, l'intimité est un besoin, est une nécessité dans le couple. Dégager le temps nécessaire pour animer votre vie de couple, votre vie sexuelle, et pour améliorer votre vie émotionnelle.

 

— Cherchez toujours à créer l'équilibre entre les besoins professionnels, familiaux, et vos besoins personnels. Donner la priorité à ce qui est urgent, puis changer cette priorité.

 

— Mieux vaut prévoir votre emploi de temps à l'avance, cherché à programmer votre emploi de temps à différents niveaux, vous pouvez changer au fur et à mesure. Programmer votre temps globalement, c'est-à-dire, programmer ce que vous allez faire dans un mois, dans six mois, et dans une semaine. Quand vous avez une tâche complexe, vous pouvez insérer cette tâche dans une programmation à long terme.

 

— De nombreuses professions requièrent des emplois du temps rigides. Dans ce cas, votre organisation du temps devrait être stricte. Pour contrer cette rigidité du temps professionnel, chercher à équilibrer votre temps familial ou votre temps personnel.

 

Changement : meilleure réponse au stress


Bien que nous soyons conscients des possibilités disponibles, nos inhibitions nous empêchent d'agir librement pour améliorer notre qualité de vie. Par exemple, les femmes sont conditionnées dans notre société pour jouer le rôle de femme dévouée, oubliant parfois leurs propres besoins.

La peur d'être rejeté ou jugé par la société ou par la communauté, l'incapacité d'exprimer ou d'identifier nos besoins finira par nous faire perdre notre estime de soi, et notre capacité à modifier notre comportement, et notre environnement.

 

Le changement : étape après étape

La première étape de tout changement consiste à mettre en question les idées et les jugements qui sont les références dans votre vie. Ce n'est pas une étape simple, il s'agit de chercher à modifier nos échelles de valeurs, pour sélectionner les plus importantes pour nous, pour nos besoins, et abandonner les valeurs imposées par les autres.
La deuxième étape exige le courage et la détermination pour réaliser les divers changements nécessaires, pour payer le prix de ces changements, et affronter les difficultés qui peuvent accompagner tout changement.
La troisième étape serait de développer les facultés d'affirmation de soi, de ses besoins, et de ses attentes. Ces facultés d'affirmation de soi peuvent vous aider à prendre le contrôle de vos émotions, et parfois de votre environnement.
Stress : se calmer
Le stress, une tension mentale et physiologique qui cherche à répondre à une urgence, à une agression, ou à formuler une adaptation avec une situation nouvelle. La force et le calme du mental accompagnés de la tranquillité permettent de se libérer du stress.

 

 

Le stress : savoir se reposer


En arrêtant la tension mentale, les idées stressantes, l'organisme se détend progressivement, et le stress disparaît. Se calmer, avoir la maîtrise sur vos pensées est la meilleure façon pour se relaxer.
Face à une situation stressante, vous avez des choix à faire pour affronter cette situation. Si vous êtes calme, si vous aimez la maîtrise de votre mentale, vous allez prendre le recul nécessaire, pour être plus objectif, et pour rationaliser la situation.
Si vous êtes en colère, si vous êtes frustré, si vous avez peur, il vous sera difficile de parvenir à une sérénité indispensable pour formuler une réponse adéquate. Par contre, si vous considérez le changement comme synonyme de vie, que les émotions négatives font partie de l'existence, vous êtes déjà en train de rationaliser, et vous aurez plus de facilité à surmonter votre stress.
Le plus important est d'essayer de valider ses besoins, de les accepter, d'exprimer ouvertement vos sentiments chaque fois que cela vous est possible, éviter de les étouffer et de les intérioriser, les transformant en idée fixe, stressante. En exprimant vos sentiments, vous serez mieux armé pour les dissiper, et pour les affronter.
Une fois ces sentiments exprimés, vous pouvez passer à l'étape suivante, le recul. Vous pourrez pratiquer le laisser tomber en face de vos pensées négatives et vos émotions chargées de colère. Laisser tomber finira par rendre ces émotions moins importantes et moins stressantes. Progressivement, vous pouvez comprendre le mécanisme de votre stress, et intercepter les pensées responsables de cet état pour les relativiser, pour les mettre à leur juste place.
Il s'agit en réalité de briser les schémas de stress. Malheureusement, il n'existe pas de méthode globale. La réponse est individuelle, chacun sa recette selon son schéma de stress. Certains pratiquent la méditation, d'autres préfèrent une activité artistique comme jouer de la musique ou participer à une activité de chant. Dans d'autres cas, la relaxation et ses méthodes sont des réponses adoptées.
Dans certains cas, les personnes choisissent des exercices de diversion. Une activité sportive ou physique peut débarrasser le cerveau de ses idées stressantes, et baisser le niveau de tension dans l'organisme en ajustant les taux des hormones de stress comme l'adrénaline ou la cortisone. Ces techniques de diversion peuvent être physiques, ou mentales, et parfois les deux. Il est possible de chercher la relaxation, dans l'obscurité, dans le silence, en réalisant une activité physique pour se détendre, en cherchant dans cet isolement de calmer le cerveau, et de chasser les idées stressantes de leur place prioritaire pour les mettre à leur juste place.

 

 

Le changement comme réponse au stress


Il est parfois difficile d'expliquer aux personnes stressées qu'il faut changer, d'autant que le changement est toujours une source de stress. Le changement peut engendrer effectivement une dose de stress, mais à la fin du processus, va diminuer le stress, et améliorer notre qualité de vie. Ces changements peuvent modifier l'image que nous avons de nous-mêmes, par exemple maigrir, changer de style vestimentaire, ou changer d'habitude. Dans certains cas, le changement est souhaitable pour des raisons logiques : cesser de fumer, réduire sa consommation d'alcool, faire un régime alimentaire ; ces changements sont souhaitables pour des raisons sanitaires hygiéniques. D'autres changements sont plus discutables, comme lutter contre vos phobies, faire du sport pour se détendre, essayer de dominer vos craintes, ou dépasser vos inhibitions.
Pour savoir si le changement est souhaitable ou non, remettez en question les idées que vous vous faites de vous. Vous êtes stressé, fatigué, posez-vous quelques questions : votre travail vous convient, la peur de l'échec vous empêche de prendre des risques, votre environnement personnel vous convient, votre couple améliore votre qualité de vie, etc.
Les réponses à ces questions peuvent vous aider à identifier les changements souhaitables. Par exemple, si vous savez quand et comment il faut dire non, vous êtes conscient de votre valeur et de vos capacités, sinon, vous allez découvrir qu'il y a un changement souhaitable à faire.

Essayez-vous constamment de plaire ? La réponse à cette question conditionne votre changement, évitez de vous épuiser à séduire les autres pour se concentrer sur ses propres besoins, et non pas sur les besoins désirés par les autres.

Généralement, la personne stressée est une personne perfectionniste, parfois hésitante. Le changement serait donc d'être moins perfectionniste, d'accepter ses propres défauts, en les mettant en comparaison avec ses propres qualités.
Cette évolution n'est pas toujours simple à faire, n'est pas toujours aisée à réaliser. Vous pouvez apercevoir dès le premier jour la difficulté de changer ce qui fait notre comportement, et nos systèmes de valeurs. Mais si vous êtes cohérent, vous pouvez remarquer dès les premiers jours que les nouvelles habitudes que vous cherchez à acquérir sont plus confortables, plus adaptées à vos besoins, moins stressantes. Le changement commence par le diagnostic, par le questionnement, puis par un petit geste jour après jour.
Pour sortir du stress, le changement est un mot clé, parfois un changement sans trop d'importance. Vous êtes stressé, car votre chambre n'est pas éclairée, vous pouvez tout simplement augmenter l'éclairage. Vous pouvez également améliorer le rangement de vos affaires si vous êtes stressé en raison du désordre. Si vous êtes stressé en raison de votre comportement, il est temps d'acquérir d'autres comportements. Si vous êtes stressé à cause de votre travail, il est temps d'ajouter une dose de loisirs, des passe-temps agréables, etc.

 

 

Stress : changeons de rôle


Le stress est un problème d'adaptation, un effort permanent. L'image que nous avons de nous, marque tout ce que nous faisons, l'estime que nous avons de nous-mêmes, influence nos décisions et notre confiance, et influence le stress que nous subissons.

 

 

Stress : se rendre compte

Sandrine se plaint régulièrement du stress, qui se manifeste par de la fatigue, >un sentiment de tension, des troubles du sommeil, et par des palpitations cardiaques. Le travail ne semble pas être à l'origine de ce stress. Par contre, la vie personnelle de Sandrine est « compliquée » selon ses termes. Une relation difficile avec ses parents divorcés. Bien qu'elle soit âgée de 28 ans, Sandrine n'a jamais pu admettre le comportement de son père, qui est parti avec une autre femme. Cette « trahison » selon Sandrine l'a rendue amère et méfiante vis-à-vis des hommes. Elle a vécu à 25 ans, la rupture d'une relation qui avait duré 18 mois. Son partenaire est parti après lui avoir dit qu'elle est étouffante, hésitante, trop fusionnelle. Aujourd'hui, Sandrine parle de l'amour de sa vie, Alex. Alex propose le mariage, elle hésite. Alex insiste, mais Sandrine se sent piégée, stressée, incapable de décider. L'image de son père, le divorce de ses parents, sa méfiance vis-à-vis des hommes, ses besoins émotionnels d'être avec un homme s'entremêlent dans sa tête.
Si vous avez confiance en vous, en votre valeur et en votre capacité de réussir. Vous aurez d'autant plus le sentiment de maîtriser vos actes, de savoir évaluer les risques. Le stress est rarement un problème majeur dans la vie, sauf quand vous n'avez pas le sentiment de maîtriser votre destinée, quand vous avez le sentiment d'être la proie de décisions prises par les autres ; le stress devient un ressentiment, angoisses, et peur.

Quand la vie devient stressante, on a tendance à blâmer les influences externes sur nos vies. Nous subissons de nombreuses influences extérieures, gouvernées par des relations personnelles, professionnelles et par des intérêts. Quand nous ne parvenons pas à maîtriser notre vie, nous sommes souvent les premiers responsables et les premières victimes.

Nous sommes responsables de notre façon de communiquer, et d'établir les liens avec les autres. Pour pouvoir établir des relations équilibrées et enrichissantes avec les autres, nous devons être nous-mêmes équilibrés, satisfaits, et autonomes. Il est important de comprendre nos motivations, nos besoins, de nous accepter comme nous sommes. C'est le seul moyen pour forger une personnalité qui répond à nos vrais besoins. Les perfectionnistes qui s'imposent des objectifs impossibles à tenir, les personnes trop altruistes qui donnent toujours la priorité aux besoins des autres en ignorant les leurs, sont souvent en échec, subissent rejet après rejet. Les personnes qui n'ont pas réussi à forger une autonomie personnelle et émotionnelle risquent d'être toujours en dépendance affective vis-à-vis des autres.

Se connaître soi-même, c'est apprendre à évaluer ses possibilités, son potentiel, et de ses besoins. Personne n'est éternellement piégé dans l'état présent, ou dans un environnement hostile. Nous avons toujours un choix possible pour modifier notre environnement, et pour forger une personnalité capable de répondre à nos besoins relationnels et émotionnels. Cela ne se fait pas en un jour. C'est un apprentissage pour reprendre le contrôle sur nos actes, ce qui nous transformera en êtres plus forts, et plus autonomes.

Évoluer n'est pas un processus aisé, au contraire, sortir d'un rôle est parfois pénible et douloureux, nécessitant de se défaire de ses habitudes, de certaines certitudes. Les aspects bénéfiques de ce genre de changement méritent l'aventure : nous sortons de ces changements avec plus d'assurance, plus d'estime de soi, plus de compréhension de nos motivations, et par conséquence moins de stress. N'exigez pas l'impossible de vous-même, ni des autres, vous risquez d'être déçu.

Soyez réaliste, en acceptant l'échec comme faisant partie de la réussite, en considérant le temps comme un allié, et non pas comme un ennemi.


Référence:
Michael H. Ebert, Peter T. Loosen, Barry Nurcombe , Current Diagnosis & Treatment in Psychiatry, Lange editor, 2009

 Elizabeth Des Chenes, ; Anxiety disorders, 2010 Greenhaven Press, a part of Gale, Cengage Learning

 

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Kawabata : Les belles endormies

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Kawabata : Les belles endormies

 

Dans son introduction du roman «les belles endormies», une grande figure de la littérature japonaise, Yukio Mishima souligne l’importance de ce roman, le considérant comme un véritable chef- d’oeuvre.

“Il n’y avait là, non pas une conscience humaine, mais rien qu’un corps de femme”

Mishima écrit :

“Un tel travail est dominé pas l’ouverture et la clarté, par une étanchéité jusqu’à l’étranglement. À la place de la limpidité et de la pureté, nous avons une densité. À la place d’un monde ouvert, nous avons une pièce fermée. L’esprit de l’auteur abandonne toutes les inhibitions, et se montre dans sa forme la plus audacieuse.”

Sur la quatrième couverture de la traduction française, Les belles endormies (Albin Michel 1970) on lit:

«Dans quel monde entrait le vieux héros de ce roman lorsqu’il franchissait le seuil de la maison des belles endormies ? Ce roman publié en 1961 décrit la quête d’une personne âgée en mal de plaisir, en s’adressant à une mystérieuse demeure où il peut passer la nuit avec une fille endormie sous l’effet de puissants narcotiques.»

La belle endormie est une jeune femme qui dort, qui ignore même avec qui elle a passé la nuit. Des vieillards riches passent la nuit dans l’illusion d’une jeunesse, d’une vitalité perdue.

Dans ces moments d’une volupté impossible, d’une solitude, le vieux héros de ce roman va se souvenir des femmes de sa vie. Dans ce lit où une belle endormie est offerte sans s’abandonner, le vieux héros va méditer, va organiser les dernières pages de son existence.

C’est un roman étrange, inhabituel. On peut imaginer que Kawabata va entraîner le lecteur dans un monde de souvenirs. Comme Proust, l’écrivain va accompagner son lecteur dans un monde où des fragments d’être humain construisent une mémoire, et comme chez Joyce, la vie est un ensemble de moments conscients et inconscients.

Comme d’autres romans de Kawabata, il a été initialement publié en feuilleton dans les revues littéraires, puis publié sous forme d’un livre. Ce roman fut édité de janvier à juin 1960, puis de janvier à novembre 1961 dans la revue littéraire Shincho.

Cette interruption coïncidait avec deux voyages de l’auteur aux États-Unis, au Brésil.
Le roman va être édité en 1961 par l’éditeur Shinchosha. En français, le roman a été publié en 1970 chez Albin-Michel, traduit du japonais par R. Seifert sous le titre les belles endormies.

Dans sa traduction anglaise, la première édition était traduite par E. Seidensticker sous le titre The House of the Sleeping Beauties.

 

Pourquoi entrer dans la maison des belles endormies?

 

Il nous invite à passer cinq étranges nuits dans une mystérieuse maison en bord de mer en compagnie du vieil Eguchi où l’on propose aux vieillards d’éprouver d’ultimes plaisirs sensuels et spirituels aux côtés de jeunes filles plongées dans un sommeil profond «un abîme sans fond».

Délivrés de toute honte, ils pourront jouir de leur beauté et de leur présence avant de s’endormir à leur tour à coup de somnifères.
Sordide, pathétique, dérangeant, immoral? L’expérience s’avère avant tout fascinante aussi bien
qu’hors norme.

Chaque nuit passée aux côtés de ces Shéhérazades muettes et inertes, est l’occasion d’une évocation sensorielle et de réminiscences amoureuses ou familiales.

Dans cette intimité, le dialogue n’est pas entre la fille et l’homme mais entre l’homme et lui-même.

Dans une chambre aux rideaux cramoisis, des jeunes femmes livrent leur corps à la contemplation. Des hommes viennent trouver une illusoire consolation et un moment de beauté.

C’est avant tout la curiosité qui pousse Eguchi à frapper à la porte de cette maison, mais il ne percera aucun de ses mystères. Lui qui pourtant ne ressemble pas aux “clients de tout repos” qui fréquentent la maison, il se pliera comme eux à ses règles étranges: on regarde, on touche, et c’est tout. Aucune intimité physique, aucun attachement, simple présence inanimée. Peu à peu, le vieil Eguchi se prend au jeu. Chaque nuit passée est l’occasion de refaire le voyage de sa vie sans tristesse ni nostalgie.

 

« Le vieil Eguchi en était venu à penser dans cette maison que rien n’était plus beau que le visage insensible d’une jeune femme endormie. N’était ce pas la suprême consolation que pouvait offrir ce monde ? »

Dans cette maison des belles endormies, on pourrait craindre l’ennui ou le caractère répétitif, mais il n’en est rien.

En suivant Eguchi, on est au centre d’un tableau riche en allégories sur la beauté, la vieillesse, la mort, le désir et la jeunesse. Chaque nuit est l’occasion d’une découverte d’une jeune fille endormie.

 On passe rapidement du plaisir à la gravité, de l’érotisme aux souvenirs.

Les descriptions commencent charnelles, émoi provoqué par la texture, la finesse, la douceur, la fraîcheur, l’éclat de la peau, l’arrondi juvénile d’une épaule, les longs cheveux noirs qui contrastent avec la blancheur de leur peau immaculée sans grain de beauté, les petits seins à l’aréole rose.

Après cette description de la beauté lascive, chaque fille entraîne Eguchi vers une expérience érotique, platonique, à sens unique qui se termine par une réflexion sur lui-même, sa vie, ses amours.

 

 

 

Comme toujours, l’image entraîne la réflexion chez Kawabata.

On entre la maison des belles endormies pour partager des pages écrites avec pudeur et tendresse, un jeu entre un vieillard et des jeunes femmes endormies, un jeu entre la vie et de la mort, entre le présent et le passé.

Il va admettre que le temps des amours anciennes ne reviendra pas, sauf en rêve.

La fille secoua l’épaule et de nouveau s’étendit sur le ventre. Il semblait que ce fût là sa position préférée. Le visage toujours dirigé vers Eguchi, de la main droite elle serrait légèrement le bord de l’appuie-tête et son bras gauche reposait sur le visage du vieillard.

Cependant, elle n’avait rien dit. Il sentait le souffle chaud de sa respiration paisible. Le bras, sur son visage, remua comme pour retrouver l’équilibre ; il le prit de ses deux mains et le posa sur ses yeux. La pointe des ongles longs de la fille piquait légèrement le lobe de l’oreille d’Eguchi.

L’attache du poignet s’infléchissait sur sa paupière droite, de sorte que la partie le plus étroite de l’avant- bras recouvrait celle-ci. Désirant rester ainsi, le vieillard pressa la main de la fille sur ses deux yeux.

L’odeur de la peau qui se communiquait à ses globes oculaires était telle qu’Eguchi sentait monter en lui une vision nouvelle et riche.

À pareille saison tout juste, deux ou trois fleurs de pivoine d’hiver, épanouies dans le soleil de l’automne tardif au pied du haut mur d’un vieux monastère du Yamato, des camélias sazanka blancs épanouis dans le jardin en bordure du promenoir extérieur de la Chapelle des Poètes Inspirés, et puis, mais c’était au printemps, à Nara, des fleurs des glycines, et le Camélia effeuillé

 «Ah ! j’y suis !.. À ces fleurs était lié le souvenir de ses trois filles mariées [...]

Au fond de ses yeux que recouvraient la main de la fille, il voyait tantôt surgir, tantôt s’effacer des visions de fleurs, et tout en s’y abandonnant, il revivait les sentiments qu’il avait éprouvés au jour le jour quand, quelque temps après avoir marié ses filles, il s’était intéressé à des jeunes personnes étrangères à sa famille. Il en venait à considérer cette fille- ci comme l’une des jeunes personnes de ce temps-là.”

 La beauté de ce récit tient beaucoup à la façon dont Kawabata réussit à le faire progresser sur la ligne ténue entre les sentiments et les sensations, entre l’amour éthéré et le sexe.

Ces jeunes femmes nues et dociles qui dorment contre lui sont l’illustration douloureuse de la beauté et de la jeunesse qu’il a lui-même perdues, et leur profond sommeil devient l’illustration de sa propre mort à venir.

«Qu’elle fût vivante, il n’en avait jamais douté, et il avait murmuré cela qui signifiait qu’il la trouvait charmante, mais à peine proférées, ces paroles avaient pris une résonance inquiétante. La fille, endormie sans qu’elle ne se doutât de rien, avait perdu conscience, mais encore que le cours de son temps vital n’en fût point suspendu, n’en était-elle pas moins plongée dans un abîme sans fond ? Cela ne faisait pas d’elle une poupée vivante, car il n’existe point de poupée vivante, mais l’on en avait fait un jouet vivant afin d’épargner tout sentiment de honte à des vieillards qui déjà n’étaient plus des hommes. Ou mieux encore qu’un jouet, pour des vieillards de cette sorte, elle était, qui sait, la vie en soi. »

kawabata les belles endormies livres

 

Le roman est chargé d’un érotisme latent porté par le regard d’Eguchi sur ces belles endormies. Les postures et les mouvements inconscients des endormies nues deviennent des chorégraphies aguicheuses.

Eguchi observe, partage cette étrange intimité limitée à la nudité.

Kawabata revisite le fantasme de la femme endormie, de la belle au bois dormant, des vénus assoupies, de la femme objet, de la femme offerte, de la femme sans retenue.

Il associe le regard à d’autres sens. Eguchi voit la fine sueur qui perle à la lisière des cheveux les flux sanguins qui colorent la pointe des doigts, et il est entouré des odeurs parfois douces, parfois âcres.

L’odeur du lait de la première fille fera surgir les souvenirs d’un passé amoureux, d’un père de famille, des enfants, des moments où son épouse allaitait ses enfants.

Des réflexions sur les évènements qui déterminent toute une vie.

Le désir charnel disparaît, le vieil homme éprouve d’autres émotions comme à la compassion et la tendresse pour la belle qui dort dans son lit.

Cette technique d’évocation (ou de synesthésie) à partir des images est présente dans la poésie de Beaudelaire, et utilisée par Proust. Chez les écrivains anglophones, on trouve cette technique chez D H Lawrence et chez Joyce.

Dans ce roman, le personnage central est le vieillissement. Eguchi va revoir sa vie, faire le bilan de son existence pendant ses soirées à la maison des belles endormies, où il passe la nuit avec une femme sous sédation.

Eguchi partage avec ses femmes endormies une sorte d’intimité sans la possibilité de communiquer.

Kawabata ajoute une certaine communication visuelle. Il est difficile de parler de voyeurisme dans le cas d’Eguchi, car le voyeurisme suppose une certaine distance entre le regard et le sujet visualisé. Dans la maison des belles endormies, il y a une communication tactile.

Eguchi peut toucher, explorer, entrer dans l’intimité physique de la femme endormie.

Aucune femme, ne peut dissimuler son âge quand elle dort”

 Dans ce roman, Kawabata décrit une intimité philosophique où Eguchi pense à d’autres réalités que sa propre réalité, c’est une intimité problématique qui répond aux questions posées par l’âge: la solitude, le vieillissement, le désir.

En dépit d’une situation dérangeante, un homme âgé qui observe des jeunes femmes endormies, Eguchi comme les autres héros chez Kawabata, comme Kikiuji dans Nués d’oiseaux blancs, il est immobilisé dans la vision, à la recherche d’un accès au sentiment et aux émotions.

L’odeur du lait de la silhouette endormie lui rappelle les moments passés avec ses enfants, les moments où il était assis sur la véranda pour observer le coucher du soleil.

L’odeur provoque des souvenirs, les personnages s’opèrent dans la beauté du monde, et dans ses propres pensées. Il y a dans ce jeu d’associations libres un parfum de Proust, James Joyce, et de la littérature psychanalytique.

Dans l’introduction du roman, Yukio Mishima écrira :

“ses beautés endormies étaient caressées par les mots et les pensées.” L’amour, la mort, la beauté, le désir, la solitude... Voilà le monde de Kawabata.

  “Je dormais comme si j’y étais mort “, dit Eguchi à propos d’une de ses relations passées. Kawabata nous décrit une forme d’intimité qui ne réside pas dans la communication, mais dans le contact, dans l’enchevêtrement des corps, dans le partage du sommeil, et de l’inconscient.

Le vieil homme arrive, la fille est endormie, il partage une partie de son intimité à travers une communication tactile et visuelle, puis il prend à son tour un somnifère, il partage avec elle le sommeil, et le contact corporel.

Les personnages chez Kawabata apprécient la méditation et la réflexion, par contre, ces personnages sont passifs, rarement engagés.

Ils préfèrent de ne pas s’exprimer, et d’avoir une vie solitaire. On peut dire que ses personnages sont négatifs car ils n’agissent pas sur le monde. Kawabata définit le monde d’une façon différente, selon lui, la pensée humaine, les émotions, les craintes, la solitude, et la mort font partie du monde.

Un monde limité à la vie extérieure ne semble pas séduire Kawabata, il y trouve peu d’intérêt, et demande comment peut-on exclure du monde la moitié de la vie, c’est-à-dire les rêves et le sommeil?

Comment peut-on exclure les émotions, nos attachements aux objets et aux autres?

Comment peut-on exclure nos peurs et la mort, qui conditionnent notre existence ?

Il est inutile de chercher chez Kawabata les techniques de narration utilisées par Balzac, Dickens ou Flaubert.

Ces écrivains décrivaient un environnement, puis un personnage ayant des caractères, un destin dans cet environnement.

Kawabata va décrire un environnement, avec un personnage parfois immobile mais grand voyageur dans sa tête.

Dans la maison des belles endormies, Eguchi va voir des « points blancs dans la lumière”.

C’était la saison pour passer des robes sans manches. L’épaule de la jeune fille, récemment mise à nu, avait l’éclat de la tige humectée à l’abri du printemps, et pas encore ravagée par l’été.

Eguchi pense, à un moment, de se tuer dans la chambre d’une belle endormie.

“Ne serait- il pas l’endroit le plus souhaitable pour mourir? Pour éveiller la curiosité, pour finir sa vie dans l’apogée d’une bonne mort »?

Il y a clairement un côté Proustien chez Kawabata, le personnage quitte le réel pour vivre dans un autre monde qui prend en compte l’humain avec ses émotions et ses conditions.

Eguchi pense, que:

ses connaissances seraient surprises. Quelle blessure pour la famille ? Mais mourir dans son sommeil à côté des deux jeunes filles, n’est-ce pas le désir ultime d’un homme dans ses dernières années ?

L’imagination, les motivations, les désirs, les craintes, l’environnement et la présence de ces deux jeunes filles, sa condition humaine et les années qui passent.

La passivité des personnages n’est pas neutre.

Les personnages n’agissent pas sur le monde, mais leurs pouvoirs ont un réel impact sur les autres. À la fin d’un chapitre peuplé d’interrogations sur sa propre mort, une belle endormie meurt dans la maison, allergique aux somnifères.

Eguchi n’a commis aucun crime, mais il se sent impliqué dans la mort de cette jeune femme.

Chez Kawabata, les hommes sont éthiques, indécis, et passifs quand il s’agit de l’impact de leur action sur les autres.

De nombreuses adaptations cinématographiques ont été réalisées à partir de roman, comme l’adaptation
2008 par Vadim Glowna, Das Haus der Schlafenden Schönen ou le film australien 2011 Sleeping Beauty réalisé par Julia Leigh.

 

Ref 

Jean Mercos, Kawabata, Une Biographie, Ed  Causam, 2016

 

 


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Kandinsky Chmap d’improvisation

Kandinsky chmap improvisation abstraction

Huile sur toile, 110 x 110 cm, Munich, Galerie de la ville de Lenbachhaus

Kandinsky Clamp d’improvisation

Les années de 1911 à 1914 sont probablement la phase la plus passionnante dans la carrière de Wassilly Kandinsky où il poursuit inlassablement ses essais d’abstraction.

 Kandinsky disait que l’impression reflétait selon lui une expression extérieure, alors que l’improvisation reflétait une expression intérieure. En d’autres termes, l’impressionnisme ne peut refléter que le monde extérieur, visages, nature, objet. L’improvisation exprime les états d’âme du peintre, ses émotions, et ses interrogations.

Durant toute sa carrière, Kandinsky a réalisé peu de peinture figurative, et dans les dessins figuratifs, il a changé les formes et les couleurs.

En 1914, Kandinsky expliquait :

« Dans la même image, j’ai plus ou moins dissous les objets, de sorte qu’ils puissent être reconnus, et que ces connotations spirituelles puissent être vécues par le spectateur. Les formes abstraites sont apparues aux dépens des formes pour devenir un caractère à effet pictural »

Dans son tableau champ d’improvisation, la signification des objets devient une nuance dans une structure.

Le tableau a été inspiré par une excursion avec Gabriele Munter dans une vallée connue

sous le nom de Hollentalklamm, près de Garmisch-Partenkirchen, le 3 juillet 1914.

Dans la partie supérieure, nous pouvons détecter des échelles et des cordes. En bas à gauche, un bateau à rames, et en bas à droite, une chute d’eau. Entre ces deux parcours, une passerelle avec un couple debout dessus, apparemment en costume bavarois.

En regardant ce tableau, nous n’avons pas l’impression que Kandinsky a simplement peint une excursion dans un pays idyllique.

Des diverses humeurs s’opposent les unes aux autres, prêtant à l’ensemble un caractère turbulent et conflictuel, comme si les mouvements des couleurs de la peinture étaient en train d’engloutir les derniers vestiges de l’objectivité et de la figuration.

Conformément au langage symbolique qui a dominé le travail de Kandinsky durant ces années, la suggestion d’un « cavalier apocalyptique » apparaît dans la partie gauche de l’image, une caractéristique fréquente de ses compositions. Cette figure représente la lutte contre le dragon de la mondanité, la bataille de l’avant-garde contre les conventions, le spirituel contre la superficialité de la société moderne.

Sur ce point, Kandinsky a été influencé par l’anthropologue Rudolf Steiner et par les théories de Madame Blatavsky, qui cultiva les tendances de Kandinsky vers le mysticisme.

Il était convaincu à l’époque que le positivisme et le matérialisme seraient dépassés, remplacés par le nouvel idéal de la spiritualité, utopie poursuivie et appréciée par les romantiques allemands comme Friedrich et Runge.

Kandinsky a entrepris de transmettre des significations symboliques non seulement par des motifs, mais par les lignes et les couleurs, leurs contrastes et leurs harmonies, leur harmonie et leurs synthèses.

Ce tableau, le champ de l’improvisation, n’est pas une abstraction d’un paysage paradisiaque, mais la suite des essais esthétiques, des tentatives d’incursions en territoire inconnu. Ces tendances caractérisent la période de Munich dans la carrière de Kandinsky en dépit des dangers qui s’accumulent dans le monde réel en Europe, à la veille de la Première Guerre mondiale.

Kandinsky a quitté l’Allemagne, quatre semaines après avoir achevé son tableau, pour retourner en Russie. Pendant son séjour en Russie, il allait jouer un rôle important dans le développement de la peinture avant-gardiste russe, et dans la peinture russe qui allait accompagner la révolution de 1917.

 

 

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Causes des troubles alimentaires

repas-comportement-alimenrtaire

Troubles du comprtement alimentaire : les causes 

L'analyse de l'hystérie par Freud demeure un excellent exemple des liens entre la culture et les réactions psychopathologiques. On peut dire que les interventions de Freud ont permis d'analyser et de comprendre ce trouble qui affectait déjà les femmes à cette époque.

Dans les années 80, le public américian découvre les troubles du comportement alimentaire : la chanteuse Karen Carpenter décède après une utilisation excessive de laxatifs (pour se débarrasser de la nourriture).

 

Et dans les années 90, le grand public découvre que Diana Spencer (Lady Di) souffrait d'une boulimie accompagnée d'une profonde dépression avec des épisodes de purges et de vomissements. Il est possible que cette maladie ait existé depuis des siècles, mais sous des dehors non médicaux : spirituels ou sacrés ; actuellement , la mort spectaculaire d'une jeune adolescente se privant de nourriture ne se passe plus dans les couvents comme par le passé mais dans les cours d'écoles, et dans les hôpitaux.

 

Facteurs psychologiques

Rôle de l'adolescence

Facteurs culturels

Rôle de la dénutrition

Psychopathologie: troubles psychologiques

     Psychopathologie individuelle

     Pathologie de la personnalité

     Troubles de l'image du corps

Importance du conflit dépendance-autonomie

Psychopathologie familiale

      Les mères

      Le père

      La famille  

Ce qu'elles pensent d'elles mêmes

  La pensée

  Culpabilité

  Pouvoir

  Deception

  Dépression

  Le corps

  L'estime de soi

 

A. Facteurs psychologiques :

A. La personnalité : difficultés alimentaires durant la petite enfance. Quasi-constance d'une enfance sans histoire. Souci principal : correspondre à l'attente de la mère.
B. Facteurs familiaux : Absence d'autonomie des individus. Enchevêtrement des liens. Empiètement des générations. « Parentification » des enfants. Dérive incessante des relations triangulaires vers des relations duelles. Crainte des conflits.





 B. Rôle de l'adolescence

Le traumatisme essentiel demeure la puberté et le processus de l'adolescence lui-même. Rôle des changements physiologiques de la puberté. Pression psychosociale. Possibilité de réalisation sexuelle concrète. Conflits d'identification. Sexualisation des liens et des activités. Cet effet traumatique potentiel de la puberté peut se moduler très différemment selon les évènements et l'action de l'entourage.





 C. Facteurs culturels :

Impact du modèle de la femme mince sur un narcissisme fragile ?
Idéal de civilisation qui prône l'affirmation de soi à travers un corps modelé, maîtrisé et contrôlé pour en faire un instrument de puissance et de conquête, d'avantages plus que de plaisir. Rôle du repas comme rite familial : seul moment où la famille est réunie. Les tensions familiales et les conflits de hiérarchie et de territoire s'y jouent préférentiellement.

Inscription de l'anorexie dans l'ensemble des conduites masochistes : augmentation de cette conduite dans une civilisation où les interdits sont limités.



 

 Rôle de la dénutrition

Il ne s'agit pas d'un facteur étiologique mais son impact est important sur le plan somatique et physiologique : une bonne partie des troubles hypothalamiques et endocriniens peut lui être attribuée.

Sur le plan psychologique : la famine entraîne le développement de conduites alimentaires bizarres avec transformation du goût. Propension des sujets à être absorber par leur apparence, à centrer leurs intérêts sur l'image d'eux-mêmes et sur la nourriture. Modification de la perception du temps. Aggrave  les phénomènes de dépersonnalisation, les sensations de perdre le contrôle de soi. Rétrécissement du champ des intérêts avec centrage exclusif sur quelques préoccupations obsédantes. La vie imaginaire et les rêves s'appauvrissent et disparaissent.

 

 La Psychopathologie : troubles psychologiques 

- Psychopathologie individuelle
Le conflit pulsionnel : Evitement de la sexualité génitale, érotisation des conduites alimentaires. Un double mouvement affecte la sexualité : déplacement sur l'oralité conflictualisée faisant l'objet de dégoût, d'inhibition et de refoulement. Réactivation d'un érotisme qui appartient au stade antérieur de la libido anale et orale (rites alimentaires, pensées obsédantes, conduites de vérification, surinvestissement de la maîtrise, relations d'emprise et manipulations sur les objets).

- Pathologie de la personnalité
Existence d'un profond sentiment de désespoir et d'abandon. Le conflit essentiel se situe au niveau du corps et non au niveau des fonctions alimentaires sexuellement investies. L'Anorexie exprime une incapacité à assumer le rôle génital et les transformations corporelles propres à la puberté.

- Troubles de l'image du corps
Ces troubles sont liés à un défaut de reconnaissance des sensations et des besoins du corps. Ce défaut est secondaire à des troubles des premiers apprentissages au cours desquels la mère impose ses propres sensations, ses propres besoins à l'enfant au lieu de l'aider à percevoir et à reconnaître les siens propres. L'identité de l'enfant est fragilisée et il reste profondément dépendant de son entourage.

La lutte pour l'autonomie et la reconquête d'un moi déficient, exercée par le contrôle du corps est le trait essentiel de l'Anorexie. Sensation de faim : sensation d'exister qui constitue une réassurance narcissique et rétablit un sentiment de continuité de soi en permanence menacée. La problématique de l'identité est au cœur de l'Anorexie mentale.

 

Importance du conflit dépendance-autonomie

L'anorexique se détruit pour s'assurer de son « existence » (ce n'est pas une conduite suicidaire). Se développe chez l'anorexique une sensation mégalomaniaque liée à la maîtrise de ses besoins, aux sentiments d'autosuffisance et à la satisfaction d'auto engendrer une image idéale de soi. Au travers de la maîtrise du besoin c'est le corps qui est visé : corps machine, corps fétiche, écran qui protège l'anorexique des affects envahissants et incontrôlables qu'il est susceptible de provoquer.
Le regard occupe une place importante chez l'anorexique, et se nourrit de l'effet provoqué chez les autres par son corps exhibé. Parfois, au contraire, se dérobe au regard d'autrui.

 

 Psychopathologie familiale

a. Les mères : Elles sont décrites d'une façon qui peut apparaître contradictoire : Personnage fort, rigide, dominant et même tyrannique, peu chaleureux évitant l'expression de sentiments positifs et les manifestations réactionnelles. Fréquence des manifestations dépressives. La future anorexique occupe dans les fantasmes de sa mère une place particulière: nature narcissique de l'investissement maternel avec valorisation des performances reconnues socialement au détriment des formes d'expression plus personnelles (d'ordre pulsionnel et affectif).

b. Le père : Généralement décrit comme ayant un caractère effacé, soumis à la domination de sa femme, incapable de faire preuve d'autorité. Parfois au contraire, trop proche de sa fille.

c. La famille : Elle cherche à apparaître comme parfaite dans une caricature de normalité alors qu'elle montre des signes de retrait et d'isolement. Le repas est le temps organisateur de la vie familiale. Il s'y joue l'essentiel des échanges avec la recherche active de complicité et d'alliance de chacun des parents avec un des enfants. Ces familles sont aussi caractérisées par l'enchevêtrement entre les membres d'une même famille, la surprotection, la rigidité et l'intolérance aux conflits.

 

 

 Ce qu'elles pensent d'elles mêmes

Je suis obèse, horrible, c'est ma faute, je ne suis pas comme les autres. Les patients  anorexiques et boulimiques ont une perception déformée d'eux-mêmes, et ne sont pas indulgents envers eux-mêmes. Un bon exemple de perception déformée est la façon de juger, avec balancement d'un extrême à un autre. «Quand je mange je suis une personne affreuse horrible et je mérite de mourir ! » Une conversation, une personne quitte la table pour aller à la salle de bain, la patiente peut penser «il part parce que ma conversation est stupide, tout le monde me hait, ils sont là par pitié. » Les compliments sont vus comme gestes polis sans plus. Les patients peuvent sentir responsable de refaire le monde, et quand ils ne peuvent pas, ils se punissent, se haïssent. Il y a un besoin fort de contrôler leurs vies et la vie de gens autour eux. Tout semble négatif d'une manière ou d'une autre. La distorsion majeure de la perception s'exprime en des mots tels : « la vie sera meilleure et je serai heureux quand je perdrai du poids.»

 

 

La pensée : L'obsession de la nourriture, l'image dégradée de soi ; les gens souffrant de l'anorexie et de la Boulimie obtiennent souvent un sentiment de pouvoir en se privant. Il n'est pas rare de voir une Anorexique «fière» après des périodes de jeûne.

 

 

Culpabilité: Parce qu'ils déçoivent les autres, et ils sont moins brillants que les autres, ils sentent une culpabilité.

 

 

Pouvoir : Un besoin de contrôler les aspects émotionnels et physiques. Ils ont une fragilité devant les émotions, et jugent plus facile de penser à la nourriture que de gérer leurs émotions.

 

 

Deception. Mentir après manger, mentir pour ne pas manger, mentir pour vomir en cachette ou pour se faire des lavements ou prendre des laxatifs. La déception accompagne les mensonges et aide le patient à entretenir une sensation de contrôle.

 

 

Dépression. L'humeur balance, manque de motivation, désespoir, anxiété ou panique, claustrophobie, isolement, solitude, et suicide.

 

 

Le corps : Céphalées, tension artérielle basse, frilosité. La tension artérielle est basse par manque de potassium (surtout après laxatifs ou lavements). Picotement des mains, pieds, visage. vertige. Problèmes Dentaires : détérioration, décalcification, corrosion par l'acidité du vomissement, Ostéoporose, Aménorrhée, Problèmes cardiaques, Problèmes de sommeil, et Epuisement.

 

 

L'estime de soi : La perception de l'image de soi est médiocre avec sentiment de culpabilité : «je ne fais jamais rien de correct. Mes pensées sont stupides ». Il est fréquent chez les anorexiques et les boulimiques d'être perfectionnistes. Quand ils ne peuvent pas réaliser la perfection désirée, ils se détestent. Dans leur besoin d'affection ils remplissent le vide avec la nourriture.

 

Le trait commun des troubles du comportement alimentaire est le manque d'amour propre et d'estime de soi. Les patients pensent qu'ils ne méritent ni d'être heureux, ni les bonnes choses. Certaines patientes peuvent vivre une histoire d'amour mais à chaque difficulté émotionnelle, ces patientes ne peuvent pas voir les points positifs « la beauté que les autres aperçoivent en elle » et recommencent à nourrir de la haine vis à vis elles mêmes.

 

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James M. Cain : Le facteur sonne deux fois

La naissance du polar est située au milieu du dix-neuvième siècle, aux États-Unis et en Europe.

facteur sonne deux fois livre

James M. Cain : Le facteur sonne deux fois

La naissance du polar est située au milieu du dix-neuvième siècle, aux États-Unis et en Europe. L'arrivée de ce genre nouveau répond à un contexte socio-économique lié à la naissance des grandes métropoles. À Paris, à Londres ou à New York se côtoient les catégories sociales les plus diverses dans un espace urbain en pleine mutation: naissance des faubourgs, des quartiers pauvres en marge du centre-ville et des ghettos ethniques.
L'expansion rapide et la diversification de la population urbaine auront de fortes répercussions sur la littérature et la presse. Si la grande littérature, est l'apanage des catégories aisées de la bourgeoisie, les classes populaires ont désormais accès à une alphabétisation de masse et cherchent leurs romans.
La génération précédente a connu James M. Cain à travers les films réalisés à partir de ses romans comme  le facteur sonne deux fois, ou Mildred Pierce. Des critiques le qualifient d'écrivain facile et commercial de roman noir.  Les analyses de ses romans avaient permis d'apprécier la valeur de ses textes. Dans ces dernières années de vie, Cain a connu un regain d'intérêt. Il devient un des grands écrivains américains du roman noir avec Hammett , Chandler et Macdonald, un écrivain enseigné et étudié dans les lycées et les universités aux États-Unis.


Une rapide biographie

Journaliste, écrivain et scénariste américain, James Mallahan Cain est né le 1er juillet 1892 à Annapolis (Maryland, États-Unis). Après avoir envisagé de devenir chanteur professionnel comme sa mère, bien que son amour de la musique reste vif,  il embrasse la carrière de journaliste et débute dans la presse de Baltimore.
Pendant la Première Guerre mondiale, James M. Cain sert dans le corps expéditionnaire américain en France et rédige le journal de la 79e division : Lorraine Cross. De retour à Annapolis, il donne des cours de journalisme à Saint John College et commence à écrire articles et nouvelles pour le journal de H. L. Mencken, The American Mercury. Il collabore au New York World, dirigé par Walter Lippman, devient, pour une brève période le directeur du New Yorker, avant de se rendre à Hollywood où il écrit des scénarios, comme beaucoup de romanciers de l'entre-deux-guerres y compris Fitzgerald et Faulkner.
James M. Cain, romancier de mélodrames violents, sexuels et implacablement incarnés dans de personnages forts, il représente un écrivain de l'école américaine des romans noirs des années 1930 - 1940 avec d'autres maîtres du genre. Trois classiques de l'écran américain ont été réalisés à partir de ses romans : Double Indemnité (1936, 1944), Mildred Pierce (1941, 1945, TV miniséries 2011) et le facteur sonne toujours deux fois (1934, 1936, 1946, 1981).
À l'époque, James M. Cain fut poursuivi en justice pour " obscénité ". Le facteur sonne toujours deux fois sera plusieurs fois porté à l'écran, entre autres par Tay Garnett (1946, avec Lana Turner et John Garfield) et Bob Rafelson (1981, avec Jessica Lange et Jack Nicholson). Parmi ses autres livres, citons notamment Assurance sur la mort (1936) et Sérénade (1937), dont le héros est chanteur d'opéra.
James M. Cain rédigeait son autobiographie lorsqu'il est mort le 27 octobre 1977 à University Park (Maryland, États-Unis), à l'âge de 85 ans.

 

Le facteur sonne toujours deux fois


Son premier roman," The Postman Always Rings Twice" , publié à l'âge de 42 ans, a connu un succès spectaculaire. Son milieu sordide, personnages qui cherchent à atteindre leurs fins par la violence, dans un style de prose tendue et rapide. Ce roman sera le modèle d'autres romans de Cain comme Serenade (1937) où il avait osé traiter la bisexualité, Double Indemnity et The Magician " s Wife (1965)


À sa parution en 1934, ce roman reçut de nombreuses critiques élogieuses. Novateur par son écriture concise et rythmée, le livre l'est tout autant par le choix de son sujet. Cette passion banale entre deux êtres communs débouche sur un crime dont les mobiles sont l'argent et le sexe. D'un regard distancié, sans porter le moindre jugement moral sur ses personnages, James Cain met en évidence leurs motivations et montre comment l'obsession de la réussite aboutit au naufrage d'individus fascinés par le rêve américain. Ce récit a donné lieu à nombreuses adaptations cinématographiques, notamment en 1946 avec Lana Turner, puis en 1981, avec Jack Nicholson et Jessica Lange.
Ce roman décrit un beau jeune vagabond chômeur à vingt-quatre ans. Frank Chambers arpente les routes, à la recherche d'un emploi. Il s'arrête à une station-service restaurant. Le patron, Nick Papadakis, qui exploite l'établissement avec son épouse Cora. Après avoir apprécié la beauté de la jeune femme, Frank accepte de rester et devient rapidement son amant. Ils décident de se débarrasser du mari.

 

 


Cora vit aux côtés de Nick qu'elle trouve puant.  Ayant travaillé pendant deux ans dans une cantine de Los Angeles, Cora a gagné un concours de beauté organisé par l'école. Cora réalise que Franck peut lui offrir de nouvelles perspectives. Elle séduit Franck et le décide à l'aider à se débarrasser de Nick en l'assommant avec un sac à sucre chargé de roulements à billes pendant son bain dominical dans la baignoire puis lui plonger la tête sous l'eau, le noyer, se débarrasser du sac, appeler un docteur et faire constater le décès par noyade accidentelle

 

facteur sonne deux fois lang


Le Grec en réchappe avec un traumatisme crânien. Cora et Franck organisent un faux et banal accident de la route. La police mène l'enquête. Franck et Cora répètent entre eux,  plusieurs fois, les réponses qu'ils doivent donner aux enquêteurs, mais ceux-ci les opposent. Franck ne sera pas accusé d'homicide par imprudence, ce sera un accident. En contrepartie, il n'y aura pas de dommages et intérêts. Cora et Franck s'en tirent par un non-lieu. Mais Cora enceinte depuis plusieurs semaines, se sent mal alors qu'elle sort d'une baignade prolongée en mer : Franck l'emmène aux urgences. Paniqué, il roule trop vite et tente un dépassement malheureux : c'est l'accident. Franck en réchappe par miracle, mais Cora est tuée. Franck est condamné pour le meurtre de Cora.
Cain décrit une relation perverse que les personnages entretenaient avec la morale et la religion. Leur intimité est marquée par la profanation. Par exemple, quand

Cora essaie de défendre l'idée que le meurtre de son mari est juste, elle dit :
" Qui va savoir si c'est bon ou pas, sauf toi et moi. "
" Toi et moi ? "
" C'est tout ce qui compte, n'est-ce pas ? "
Ce relativisme est le fondement moral de leur relation. Les deux amants passent leurs temps à discuter comment éviter les soupçons des autorités, tout en restant indifférents à ce qu'ils ont fait. Cora refuse de reconnaître un moral universel en dehors d'elle et de son amant. Le meurtre devient la seule option pour le couple. Le passage final de cette scène se termine sur une note particulièrement intéressante :
" C'est ce que nous allons faire. Embrasse-moi, Frank. Sur la bouche. "
Je l'ai embrassée. Ses yeux brillaient sur moi comme deux étoiles bleues. C'était comme être à l'église.
Cette référence à " être dans l'église " au moment où ils échafaudent leur plan pour tuer Nick est une profanation supplémentaire qui était à l'origine de l'interdiction de ce roman à Boston.
Ils vont rompre leur pacte, se trahissent, " comme des animaux sauvages " quand ils sont jugés pour le meurtre de Nick. Ils sont finalement exonérés grâce à la cupidité de compagnies d'assurance. Ils étaient sur une " montagne " intouchable :
" Regarde-nous maintenant. Nous étions sur une montagne. Nous étions si haut, Frank. Nous avons tout eu, là-bas, cette nuit-là. Je ne savais pas que je pouvais ressentir quelque chose comme ça. Il n'existe que deux personnes dans ce monde. Nous sommes ici ensemble. "
Cora voyait dans l'assignat de son mari, un pacte avec son amant béni par Dieu. Elle continue :
" Dieu nous a embrassés sur le front cette nuit-là. Il nous a donné tout ce que deux personnes peuvent avoir. "

 

facteur sonne deux fois turner

 


Dieu devient la justification de leur bonheur et de leur amour dans l'immédiat après le meurtre dans une vision faussée de tout ordre moral. pendant le procès. Le mal n'a rien à voir avec la mort de Nick, mais avec leur trahison pendant le procès. Le meurtre n'est pas source de tourments psychologiques comme la culpabilité ou la honte. La capacité de Frank et Cora de se défaire de ce genre d'émotions représente l'élément le plus surprenant de ce roman noir.
Comme d'autres œuvres de Caïn, l'histoire suit le cheminement de personnages vers l'autodestruction, motivée par de désirs profonds. La luxure et la cupidité mènent au meurtre. Pas le meurtre organisé, mais désordonné et inefficace de meurtriers sans talents, mais d'une funeste détermination.

 


La sexualité directe dans ce roman était choquante à l'époque, un mélange novateur dans le roman noir entre le sexe banalisé, immoralité et violence. Caïn ne s'éloigna pas de ces thèmes : crime et l'obsession sexuelle abondent dans ses romans.
Cain modernise le genre en sortant les criminels de leurs mondes pour indiquer aux lecteurs que n'importe qui peut être coupable. Le crime devient une entreprise qui implique n'importe quelle personne. Assassins et victimes sont des gens banals. Les enquêteurs aussi.   
Le style narratif de Caïn implique une histoire simple, un triangle d'amour présenté à un rythme rapide. Son économie d'expression dépassait celle des écrivains de son époque. Ses personnages et ses situations exprimaient des thèmes sociologiques et philosophiques nouveaux pour l'époque. Inévitabilité du malheur humain, destructivité du rêve.


Ce premier roman, le facteur sonne toujours deux fois, connaît un succès immédiat après avoir été refusé par deux éditeurs. Un style direct comme celui d'Ernest Hemingway qui offre à ce roman dominé par la violence et le désir sexuel un ton. Pureté de structure, économie de narration, aucune sentimentalité, discussion sur la condition humaine, qui a valu à Caïn un public fidèle et aux USA et en Europe et l'admiration des grands écrivains comme Albert Camus qui déclara s'en être inspiré pour son chef d'œuvre : L'Étranger

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Néo classicisme : retour aux idéaux classiques

neo classicisme Jean louis David sapho paon et l amour 1809

Sapho, paon et l’amour  David 1809 musée de l’ermitage

 

Néo classicisme : retour aux idéaux classiques

 Le néo classicisme est un courant artistique qui influença la peinture, l'architecture, le design en Europe et en Amérique du Nord entre 1750-1850, caractérisé par une admiration actualisée et modernisée des valeurs classiques et des styles grecs et romains.

Le mouvement voit le jour à Rome, par une passion renouvelée pour l'antiquité et les idéaux antiques de la beauté. Il remplace le style rococo en France, s'inspire des trouvailles lors des fouilles de Pompéi et d'Herculanum (style romain) et des théories et les études culturelles de l'historien d’art allemand Winckelmann qui fit revivre le style grec.

On voit le néo classicisme pur la première fois en France en 1760 dans le "style Pompéien" de Joseph Marie Vien.

 

neo classicisme Joseph Marie Vien la marchande d amours

 

Joseph Marie Vien, la marchande d’amours.

20 ans plus tard, le néo classicisme trouve en David le peintre capable de le porter en école d’art, et une mode à suivre.
Le mouvement naît en France en réaction au style « Rococo » du XVIIIème siècle. Il culmine pendant la période napoléonienne, l’empire chercha à exalter les valeurs civiques, morales, et le bien-être familial.

 

 

neo classicisme Jean louis David les amours d Helene et de Paris


Jean louis David, les amours d’Hélène et de Paris 1792

 

L’admiration pour l’Antiquité et le goût croissant pour son étude, alimentent le travail et la réflexion des artistes à cette époque. Ces derniers mettent en place le retour à la simplicité et à la pureté, un idéal esthétique fondé sur la théorie du beau absolu où les artistes recherchent la clarté, l’équilibre et le naturel des formes.
Les personnages sont précis sur le plan de l’anatomie, des vêtements, le drapé des costumes. La recherche de l’idéal classique apparait dans des tableaux de scènes historiques exaltant la grandeur universelle et l’héroïsme des personnages. Ceux-ci ne doivent représenter personne en particulier, mais valoriser un caractère ou un comportement.

On supprime l’ornement considérant que l’art doit être symbolique pour être utile et servir d’exemple. L’art devient éloquence.

neo classicisme Jean louis David la mort de seneque 1783


Jean louis David, la mort de Sénèque 1783

 

 

Schématiquement, le néo classicisme se caractérise par :
- Utilisation d’une gamme de couleurs sobres.
- Exaltation de la fonction symbolique de l’art.
- Exaltation des sentiments héroïques.
- Pureté de la ligne et des formes.
- La raison comme valeur absolue
- Exactitude historique
- Exactitude des lignes et des détails

Les Principaux représentants de ce mouvement en France, Jean Auguste Dominique Ingres (1780 - 1867) et Jacques Louis David (1748 - 1825)

 

neo classicisme Anton Raphael Mengs la famille sainte et saint Jean baptiste

 


Anton Raphael Mengs, la famille sainte et Saint Jean baptiste

 

 

En Europe, l'architecte Robert Adam, le peintre Mengs, les sculpteurs Canova, Flaxman, et Thorvaldsen et les designers Wedgwood, Hepplewhite, et Sheraton.

Le néo classicisme au 20ème siècle


Il n’existe pas d’arts visuels pouvant correspondre à cette définition au 20ème siècle, par contre, en musique, ce terme est utilisé pour décrire une combinaison de formes baroques ou classiques comme la forme sonate, la fugue, etc. par exemple le " Symphonie Classique no 1" de Prokofiev en 1917, le ballet de Stravinski « Apollo » en 1927-28, et l'opéra « docteur Faust » de Busoni.

 

 

Références
Bean jacob : 15th-18th century french drawings, 1986, Metropolitan museum of art
Laclotte Michel: French Art from 1350 to 1850 , 1965, Grolier ed

 

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Vita sexualis de Mori Ogai

 vita sexualis mori ogai

Vita sexualis de Mori Ogai


Banni peu de temps après sa publication en 1909, VITA SEXUALIS  n'est pas un roman érotique selon nos critères d'aujourd'hui . Aucune description érotisée, aucune sensualité exprimée, aucune nudité affichée. C'est un livre sur la conscience sexuelle, sur l'apparition du désir dans la vie d'un adolescent, sur la lutte entre le désir, les idées et les traditions dans un Japon bouleversé durant les années de l'ère Meiji.

 

Mori Ogai (1862-1922)

Médecin, haut fonctionnaire, traducteur de littérature allemande, historien et écrivain, Mori Ogai est l'une des figures majeures avec Natsume Sôseki de la littérature moderne japonaise. Marqué par les influences occidentales (il fera un séjour d'études en Allemagne), il ne cesse de s'interroger sur la " Japonité " et opérera à partir des années 1910 un retour vers des valeurs plus traditionnelles.

Après la restauration de Meiji, il part apprendre l'allemand à Tokyo avant d'entrer à l'Université de Tokyo en 1873. En 1884, il voyage en Allemagne en tant que boursier du ministère des Armées. Il travaille pendant quatre ans dans des laboratoires réputés à Berlin où il poursuit ses recherches sur la prophylaxie. Il découvre la société occidentale et ses œuvres : Sophocle, Halévy, Dante, Hartmann, sa peinture et son théâtre.
En 1888, de retour au Japon, il décide d'établir les bases d'une science japonaise moderne. Il crée des revues de médecine. Désireux d'introduire la littérature occidentale au Japon, il traduit et publie des auteurs tels que Calderón, Lessing, Daudet ou Hoffmann. Il publie Shosetsuron (des romans) pour présenter les théories naturalistes d'Émile Zola. Pendant la guerre sino-japonaise (1904-1905) et la guerre russo-japonaise, Ogai Mori subit les conséquences d'une politique de censure.
D'un autre côté, il s'interroge quant au développement de son pays, au malaise social naissant dû à la vague d'industrialisation accélérée et à la place de l'individu au sein de la société.


Mori a été le premier romancier japonais à étudier la littérature occidentale à sa source, et comme on peut le deviner, ces productions littéraires et académiques étaient fortement influencées par ses études en Occident, et surtout par la langue allemande.
Son roman La fille raconte l'histoire d'un étudiant japonais en Allemagne, qui tombe amoureux d'une fille allemande, l'abandonne pour retourner travailler dans l'administration Meiji.


Le romantisme, qui a influencé beaucoup de romanciers et de poètes jusqu'à la guerre russo-japonaise, va laisser place au mouvement naturaliste. Les écritures de Zola et de Maupassant, le positivisme d'Auguste Comte vont influencer les écrivains japonais. On lit des romans riches en observation soignée et détaillée du comportement humain, des descriptions presque cliniques associées à une narration généreuse. Ce naturalisme japonais  a été fortement critiqué pour plusieurs raisons : à la différence du naturalisme européen, le naturalisme japonais était concentré sur l'individu sans s'intéresser à la société, produisant un sentiment d'égoïsme. En dépit des critiques, les auteurs japonais de l'école naturaliste se sont passionnés pour un thème majeur qui va marquer la littérature japonaise moderne : la vie psychologique et émotionnelle de chaque individu.

Dans son roman le Jeune homme, son héro  Koizumi Junichi, jeune étudiant, aspire à devenir écrivain. Il se trouve plongé dans les discussions intellectuelles et artistiques de l'ère Meiji, qui portent notamment sur la modernisation de la culture nippone. Parallèlement, le jeune homme fait son initiation sentimentale par l'intermédiaire de trois figures féminines : la jeune femme, la geisha, la femme mariée.

 

Vita sexulais : roman événement

Intrigué par le sujet du désir sexuel et son rôle à l'ère moderne, Mori a commencé à écrire une œuvre dans laquelle son personnage principal, Shizuka Kanai, professeur de philosophie, tente d'écrire l'histoire de son développement sexuel. La chronique qui en résulte, depuis une rencontre d'enfance avec une estampe érotique, à une soirée passée à l'âge adulte avec une courtisane, est racontée à la manière d'une enquête sérieuse et sans détails. Ce sont les idées et les discussions qui comptent.
Ce roman devient avec le temps un témoignage de son époque, de ce japon qui n'existe plus.  Pour les lecteurs contemporains, le roman de Mori fournit des passages descriptifs précieux de l'ère Meiji à Tokyo.


En visitant Asakusa, un quartier connu pour son association avec le sacré, Kanai observa les vieux hommes et femmes aux genoux pliés, leurs corps "comme les homards, ils murmuraient leurs prières incompréhensibles". Dans un quartier de plaisir, il rencontre des ateliers d'archers, où il est frappé de "trouver dans chacune de ces boutiques une femme dont le visage était couvert de peinture blanche". Ces stands de tir ont disparu laissant place à des  maisons closes.
Ogai Mori publie son roman en 1909. Il est interdit trois semaines après sa publication. Pourtant, ce livre ne comporte rien de sexuel, ou d'érotique.
Vita Sexualis a beaucoup en commun avec l'autre roman d'Ogai, les oies sauvages. Les deux deux romans se concentrent sur de petits moments d'intuition et de révélation pour expliquer le développement du personnage et la progression du  récit.
Dès la première page, nous sommes informés sur le narrateur: "Monsieur Shizuka Kanai est un philosophe de métier." Le première chapitre est à la troisième personne, puis le livre se déplace vers la première personne ".  Ogai suit un format où chaque chapitre commence à une tranche d'âge différente du professeur, à partir de l'âge de six ans. Les chapitres sont courts, et racontent de petites scènes qui peuvent éclairer le personnage sans influencer le récit.
Il y a des moments humoristiques comme quand le professeur atteint l'âge de dix ans, et décrit en regardant plusieurs dessins érotiques :

 

"Alors que je les regardais encore et encore, des doutes se sont produits. Une partie du corps a été dessinée avec une exagération extrême. Quand j'étais beaucoup plus jeune, il était tout à fait naturel pour moi de penser que cette partie du corps était une jambe mais ce n'était pas le cas. "

 

Le narrateur ne cite jamais le nom de parties spécifiques du corps qui font l'objet de sa curiosité. Il obtient son diplôme sans avoir eu de relations sexuelles avec des femmes, le héros continue à parler des femmes et de ce qu'elles représentent d'une manière distante sans sentiments et sans s'intéresser à la sexualité.  

 "Je ne crois pas qu'une œuvre d'art puisse échapper à l'étiquette" autojustification" Car la vie de chaque créature vivante est une autojustification ".  


Le livre se termine par ses réflexions, il juge sévèrement ce héro trop passif qui ne sait pas embrasser la passion, homme trop cérébral :


" M. Kanai a définitivement renoncé à écrire. Mais il a longuement réfléchi. Les gens diront, en considérant l'homme qu'il est devenu à présent, que c'est parce qu'il a vieilli et que toute passion l'a quitté. Mais les années n'y sont pour rien. Petit garçon déjà, M. Kanai avait une trop parfaite connaissance de lui-même, et c'est cette connaissance même qui a desséché la passion naissante. "

 

" M. Kanai n'était pas impuissant. Il n'était pas non plus impotent. Les gens laissent en liberté le tigre de leurs désirs et, le chevauchant parfois, sombrent dans la vallée de l'anéantissement.  M. Kanai a dompté le tigre de ses désirs et l'a terrassé.
Bhadra était l'un des disciples de Bouddha. Un tigre qu'il avait apprivoisé dormait à ses côtés. Ses jeunes disciples craignaient l'animal. Bhadra signifie " sage ". Le tigre était probablement le symbole de ses désirs. Or, le fauve avait été dompté, mais son pouvoir de terroriser les gens n'était nullement amoindri. "


Vita Sexualis n'est pas un roman exceptionnel sauf dans le contexte de son époque. Ogai entre la littérature japonaise dans la modernité , ouvre la voie à d'autres romanciers comme Tanizaki  pour pénétrer le monde de l'intime dans une société qui refuse l'individualisme.


Vita Sexualis est considéré comme un roman autobiographique du développement sexuel de l'auteur Mori. Il a été considéré comme audacieux au moment de sa publication. Vita Sexualis a osé parler de manière ouverte de l'activité homosexuelle des jeunes garçons au Japon, et aussi de l'initiation sexuelle des garçons par les prostituées. On peut penser que ce livre fut interdit, car il a révélé cette vie des garçons, future élite au Japon, et dévoilé un monde intime de désir et de questions que la société cherchait à marginaliser.
Le livre se termine par une belle réflexion :


" Un vers que le poète Dehmel écrivit pour son fils dit ceci : " N'obéis pas à ton père ! Ne lui obéis pas ! " Le narrateur prend sa plume et, en latin, trace en grosses lettres sur la couverture : Vita sexualis.  "


Vita Sexualis explore les questions morales et sociétales pendant le déclin de l'ère Meiji, et le début de la modernité. Vita Sexualis est un roman sur l'inhibition et l'observation, la passivité sans action ni exploration.
Nous pouvons mesurer combien Ogai a influencé par ses romans les grands écrivains postérieurs comme comme Tanizaki et Kawabata

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Expressionnisme : émotions et états d’âme de l’homme moderne

Expressionnisme Oscar kokoschka Pieta Affiche 1908 vienne

Oskar Kokoschka, Pietà (Affiche pour le Théâtre d'été) 1908, collection Léopold – Vienne

 

Expressionnisme : émotions et états d’âme de l’homme moderne

Le peintre Norvégien Edvard Munch reçut une lettre de l’importante exposition du Sonderbund à Cologne. Il fut choisi de son vivant, avec Van Gogh à titre posthume, comme invité d’honneur de l’exposition 1912 consacrée aux expressionnistes. Il y répondit positivement.

 

A son arrivée à Cologne, il nota que le terme expressionnisme est utilisé pour désigner les récentes productions de la peinture allemande. Les organisateurs comme les critiques soulignaient l'affinité de l’expressionnisme avec les peintures de Van Gogh.

Cette exposition célébra Edvard Munch avec respect comme un grand peintre expressionniste.
Après avoir fait le tour de l’exposition, il fut stupéfait et écrivit à un ami :
"Ici, c’est une collection de peintures les plus sauvages d'Europe, il me semble que les fondations de la cathédrale de Cologne tremblent.

 

Expressionnisme en quelques mots

Si l’impressionnisme admet qu’une œuvre ne copie pas la nature, mais reflète les impressions et les émotions, l’expressionnisme cherche un autre chemin, en suggérant qu’une œuvre d’art est un rejet de toutes les contraintes ; elle est irrationnelle et incarne un rapport libre aux couleurs et aux formes.
L’expressionnisme est un mouvement conscient de soi et des autres, un individualisme dans le collectif.

 

 

Expressionnisme : une réaction contre l’impressionnisme

L’expressionnisme est un art qui donne forme à l’expérience vécue qui se trouve au plus profond de soi. Les nuances de style n’ont pas d’importance, tant que toute imitation de la nature est rejetée.
L’œuvre ne prend plus en considération la réalité extérieure, mais préconise une autre réalité, à savoir, celle de l’artiste.
L’expressionnisme a donc pris de l’ampleur en tant que réaction anti naturaliste.
La violence d’Oskar Kokoschka ou d’Egon Schiele, est une subjectivité, une extériorisation expressive, ou une défense de soi.

 

Expressionnisme Egon Schiele la mere morte1910



Egon Schiele, la mère morte, 1910, crayon sur bois, Léopold Collection, Vienne.

Wassily Kandinsky peint des tableaux dont l’objet est de laisser libre cours à l’imagination à travers les couleurs et les formes, pour exprimer ses émotions comme un compositeur.

 

Expressionnisme Amazon 1918 Wassily Kandinsky

 


Wassily Kandinsky, Amazon, 1918. Peinture sur verre, musée de St Petersburg.

L’expressionnisme a signifié différentes choses à différents moments. Dans le sens où nous utilisons le terme aujourd’hui, on parle d’expressionnisme allemand, ce vaste mouvement culturel qui a vu le jour en Allemagne et en Autriche au début du vingtième siècle. C’est un courant culturel, qui englobe l’art, la littérature, et la musique. Les écrivains expressionnistes comme Riegl et Worringer, discutent comment associer le subjectif, le spirituel à l’empathie.

Expressionnisme Emil nolde le christ et les enfants 1910

 

Emil Nolde, le christ et les enfants, 1910, Museum of Modern Art, New York.

L’expressionnisme est complexe, englobe la libération du corps autant que l’exposition de la psyché. Dans ses rangs hétéroclites, on peut trouver de l’apathie politique, voire du chauvinisme, ainsi que de l’engagement révolutionnaire, des discours enthousiastes et des productions déprimées, des couleurs vives et des plages de noirceur.

 

Expressionnisme Edvard Munch, midi dans la rue Karl Johan 1892. musee Bergen


Edvard Munch, midi dans la rue Karl Johan, 1892. Bergen Art Museum.

 

 

Sources culturelles de l’expressionnisme

L’essence de l’expressionnisme est de donner une forme visible au sentiment intérieur, il s’ensuit que styles et techniques individuels utilisés pour cette forme visible varient beaucoup.
Les racines de l’expressionnisme remontent loin dans l’histoire et s’étendent sur de vastes zones géographiques. Deux de ses sources les plus importantes ne sont ni modernes ni Européennes : l’art du Moyen Âge et l’art des peuples tribaux dits » primitifs ».
Une troisième source : la philosophie de Friedrich Nietzsche.


L’expressionnisme n’est pas un « style » artistique, mais un courant culturel qui a mis en évidence les qualités expressionnistes de l’homme, non pas dans des moyens novateurs de décrire le monde physique, mais dans la communication d’une perception sensible et parfois névrotique comme dans l’œuvre de Van Gogh et Munch.
Les expressionnistes sapent le lien conventionnel entre la couleur et la poly¬chromie naturelle de l’objet. Coupée de sa référence à la réalité, la couleur devient expressive, sans importance de lumière, ni de contrastes. Les tona¬lités sont criardes, dans des teintes lumineuses.

 

L’expressionnisme s’est largement répandu dans les arts en Allemagne et en Autriche ; peinture, sculpture, puis littérature, théâtre et danse. Si l’impact de l’expressionnisme sur les arts visuels a eu le plus de succès, son impact sur la musique fut radical, impliquant des éléments comme la dissonance et l’atonalité dans les œuvres de compositeurs (surtout à Vienne) comme Gustav Mahler et Arnold Schoenberg. L’expressionnisme s’est infiltré dans l’architecture, le cinéma.


De nombreux artistes classés aujourd’hui comme expressionnistes ont eux-mêmes rejeté cette étiquette. Étant donné l’esprit anti académique et individualiste féroce qui caractérisent l’expressionnisme, c’est n’est pas surprenant.
L’expressionnisme n’est pas une entité cohérente. Contrairement aux petits groupes de peintres « Fauves et cubistes » en France, les expressionnistes furent nombreux dans l’histoire culturelle allemande, faisant partie d’une « génération expressionniste ».

L’expressionnisme a été une période d’aventure intellectuelle, d’idéalisme passionné et de désirs profonds pour un renouveau spirituel. Certains artistes louaient l’engagement politique et la lutte pour des réformes sociales, d’autres exprimaient des aspirations utopiques, certains formulaient un immense désespoir, désillusion et névrose.
Dans ses œuvres les plus marquantes ; l’expressionnisme reflète le corps et la nature, les émotions et les états d’âme, la psychologie, l’être humain dans les métropoles, et la violence des guerres. On trouve dans certains tableaux une bonne dose de nombrilisme sentimental.


L’ère de l’expressionnisme allemand s’est éteinte avec la dictature nazie en 1933 qui lutta contre toute expression individuelle, par la guerre.
Les conflits et les traumatismes de cette période sont inséparables des formes qu’a prises l’expressionnisme et, finalement, de sa disparition.

Après la deuxième Guerre mondiale, l’expressionnisme abstrait apparait à New York (connue sous le nom de New York School) et a duré jusqu’à la fin des années 50. En s’éloignant de la représentation contemporaine du monde, l’expressionnisme abstrait a été une réaction aux horreurs de la guerre. Plusieurs de ses artistes (p. ex., Jackson Pollack), associaient la crainte d’un cataclysme nucléaire, à la peur de l’inconnu vécue par les peuples préhistoriques et amérindiens. Ce mouvement a engendré des catégories allant jusqu’au mouvement du pop art dans les années 60.

 

Expressionnisme Paul Klee Tale a la Hoffmann 1921 NY


Paul Klee, tale à la Hoffmann, 1921. peinture à l’eau sur papier, avec crayon, Metropolitan Museum of Art, NY

 

L’expressionnisme et la France

Loin des Anglo-Saxons, le mot « Expressionnisme » en France demeure peu utilisé. Selon certaines références françaises, ce terme n’existe pas.
En France, au début du 20e siècle, on parle d’anti-impressionniste comme pour Gauguin, Cézanne, Matisse et Van Gogh, on préfère parfois utiliser des termes comme post impressionnisme pour décrire l’art de la première moitié du 20e siècle, ou décrire séparément le fauvisme, ou le cubisme sans les intégrer dans d’autres courants. Pour d’autres, le terme Art Nouveau, un terme générique couvre l’ensemble de ces mouvements sans distinction.
Si cette approche permet d’éviter la confusion d’un terme imprécis, elle n’arrive pas à dissimuler un mouvement culturel européen important.


Les critiques allemandes à l’époque soulignent que les expressionnistes ont hérité leurs techniques de Cézanne, Van Gogh et Matisse, dans la peinture et dans la perception.


Cette distinction lie les peintres français de l’Art nouveau aux artistes expressionnistes. Tous ceux qui ont réagi contre l’impressionnisme ont été étiquetés comme expressionnistes. Dans un livre écrit en 1914, l’écrivain autrichien Hermann Bahr cite parmi les expressionnistes : Matisse, Braque, Picasso, les fauvistes, les membres des groupes allemands Die Brucke et le Viennois Oskar Kokoschka, et Egon Schiele.
À l’exception de quelques noms, cette image de l’expressionnisme reste valable et répandue en Allemagne et dans l’Europe du nord.

 

 

Références :
Ashley Bassie: Expressionism , Parkstone Press International, New York, 2006
Lionel Richard: The Concise Encyclopedia of expressionism, Chartwell books Inc, 1978

 

 

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Habitudes alimentaires et santé

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Nos habitudes alimentaires

Nous avons tous des habitudes alimentaires et sanitaires parfois utiles à notre bien-être, et parfois moins utiles et qui méritent que le changement.

 

Mauvaises Habitudes

-Ne pas prendre le petit déjeuner
-Négliger sa santé dentaire
-Ne pas boire assez d'eau

-Oublier l'exercice physique
-Tabagisme
-Négliger les périodes du repos

 

 

Bonnes habitudes

-Savoir choisir l'alimentation adéquate
-Contrôler les calories
-Choisir les aliments riches
-Savoir choisir un régime équilibré
-Alimentation et modération


Ne pas prendre le petit déjeuner: mauvaise habitude

un petit déjeuner équilibré nous permet d'avoir l'énergie nécessaire pour commencer la journée en ayant une bonne concentration mentale et intellectuelle. Ne pas prendre le petit déjeuner risque de vous faire souffrir d'une sensation d'une faim intense et de vous inviter à manger n'importe quoi pour apaiser la faim. il est important de varier son petit déjeuner aussi, si vous n'avez pas le temps nécessaire le matin, il est possible de choisir les aliments faciles à transporter pour un petit déjeuner rapide au bureau.

 

Négliger sa santé dentaire: mauvaise habitude 

L'utilisation régulière d'un brossage minutieux des dents, un fil dentaire, et une visite annuelle chez le dentiste permettent de garder une santé dentaire parfaite. Cela vous évite les douleurs dentaires, mauvaise haleine, et vous aide à conserver votre dentition. La santé dentaire dépend réellement de vos habitudes sanitaires et de votre hygiène au quotidien.

 

Ne pas boire assez d'eau: mauvaise habitude

Parfois, nous oublions de boire, au travail, dans les moyens de transport, ou en voiture. Le manque d'eau peut provoquer une déshydratation, une fatigue, troubles de concentration, et irritation. Il est possible de garder une bouteille d'eau auprès de soi boire régulièrement, pour vous hydrater.

 

Oublier l'exercice physique: mauvaise habitude 

L'élément le plus important dans l'exercice physique est sa régularité, l'intégration de l'exercice physique dans nos latitudes est d'une Utilité sanitaire indiscutable. Négliger de temps en temps l'exercice physique affaiblit le système osseux, le système musculaire et le système cardio-vasculaire sans oublier l'éventuelle accumulation de graisse. la clef est d'intégrer l'activité physique dans votre quotidien en choisissant une activité sur mesure, disponible et facilement praticable.

 

Tabagisme: mauvaise habitude

Le tabagisme est une habitude, une addiction qui peut provoquer des maladies graves, et altéré progressivement votre santé. Le point-clé dans la lutte contre le tabagisme et de ne pas commencer. Abandonné le tabagisme et arrêter de fumer est une tâche difficile, parfois un défi. Il est important de demander l'aide à son médecin pour arrêter le tabagisme. Si vous trouvez que l'arrêt total est très difficile, une réduction de la consommation tabagique peut être également utile pour votre santé.

 

Négliger les périodes du repos : mauvaise habitude

Le repos physique est un élément important à l'équilibre de notre organisme. Il est conseillé de savoir aménager des moments de repos physique et mental pour permettre à notre organisme de retrouver son équilibre. Se reposer avec un livre ou devant un film est un moyen efficace pour surmonter la fatigue et retrouver l'équilibre nécessaire pour le lendemain.

 

Savoir choisir l'alimentation adéquate : bonne habitude

C'est le choix de l'alimentation qui fournit suffisamment d'énergie et de nutriments pour répondre aux besoins d'une personne en bonne santé. Les nutriments essentiels devraient être présents dans les menus. Le fer est un exemple de ces nutriments essentiels. Le corps perd un peu de fer chaque jour, on doit le remplacer en mangeant des aliments qui contiennent du fer. Une personne dont le régime alimentaire ne fournit pas d'aliments riches en fer peut développer les symptômes de l'anémie ferriprive (anémie par manque de fer) et souffrir d'une fatigue, des maux de tête et d'une faiblesse musculaire. Une alimentation adéquate devrait répondre à ces besoins

 

Savoir choisir un régime équilibré : bonne habitude

Un régime équilibré consiste à consommer suffisamment de quantité, et de variétés. Un régime équilibré devrait inclure des vitamines, et les minéraux comme le calcium et le fer, en s'appuyant sur un ensemble de choix concernant les viandes, les légumes, les fruits. Les produits laitiers par exemple sont riches en calcium et pauvre en fer, les viandes sont riches en fer et pauvres en calcium. Cet exemple démontre l'importance du choix éclairé en ce qui concerne l'alimentation, pour arriver à un régime équilibré et sain.

 

Contrôler les calories : bonne habitude

Le contrôle des calories est une bonne habitude alimentaire, à condition d'être raisonnable, éclairé, et informer. Un régime alimentaire adéquat sans suralimentation, sans consommation excessive de calories nécessitent une planification intelligente à la recherche d'un équilibre entre la quantité de calories, la composition des aliments, leur richesse en nutriments pour maintenir l'organisme en bonne santé. Un contrôle sévère et hasardeux des calories peut entraîner un gain de poids à long terme, une perte de poids à court terme, et parfois des problèmes alimentaires. Si vous cherchez à réduire les calories, il est important de bien manger, de vérifier la richesse de votre alimentation en éléments nutritifs essentiels. Il est possible de réduire les calories en respectant les besoins de l'organisme, par exemple le lait écrémé est moins riche en lipides (matières grasses) mais riche en calcium.


 

Choisir les éléments riches, éviter les calories vides : bonne habitude

Un verre de Coca-Cola, une poignée de raisins peuvent fournir le même nombre de calories, mais les raisins peuvent offrir de nombreux nutriments indispensables à notre organisme. Les fruits sont par exemple des aliments pauvres en calories, riche en éléments nutritifs, ces fruits peuvent remplacer facilement les aliments vides de calories comme les bonbons ou les glaces. C'est une bonne habitude de de choisir les calories utiles, et d'éviter les calories vides.

 

 

Alimentation et modération : bonne habitude

Nous choisissons chaque jour nos aliments selon nos désirs, selon la disponibilité, Is où l'on aux traditions culturelles. Cependant, la modération au sujet de la nutrition est une question essentielle. La modération signifie de ne pas exagérer la consommation en quantité, de ne pas exagérer la consommation d'une variété d'aliments. Prenons l'exemple des fruits. Si vous aimez les fraises par exemple, ce sont des fruits délicieux, peu caloriques, riches en vitamine C. Si vous consommez ce fruit excessivement et sans modération, vous risquez d'accumuler dans votre organisme les résidus toxiques des pesticides et des polluants atmosphériques stockés dans le fruit. La modération conseille de manger plusieurs variétés de fraises, et de consommer d'autres fruits de saison comme l'abricot riche en fibres et en vitamines A.

 

 

 repas

 

Habitudes alimentaires à modifier

 

Nous pouvons toujours améliorer les habitudes de consommation alimentaire.
Notre style de vie, surchargé, rapide et anxiogène nous invite à négliger nos habitudes alimentaires, et à adopter de mauvaises habitudes qui risquent en définitive par nous causer des problèmes sanitaires  : l'obésité, ou les maladies cardio-vasculaires.

Voici certaines habitudes méritent d'êre remises en question.

 


1- Apprécier le petit déjeuner
Ne pas prendre votre petit déjeuner, est une mauvaise habitude alimentaire. L'absence de petit déjeuner ralentit le métabolisme, préservant ainsi les calories, et vous obligera à manger un peu plus au déjeuner.
Cherchez le petit déjeuner que vous appréciez, prenez 10 minutes chaque matin pour savourer un petit déjeuner où vous associez à un œuf à une tranche de pain, ou aux fruits frais.

 

2- Ne pas manger avant l'heure du coucher
Cette idée n'est pas absolument confirmée par les études scientifiques. Cependant si vous mangez avant de dormir, vous risquez une difficulté de digestion. Si vous prenez un repas pouvant augmenter l'acidité de votre estomac, vous risquez de vous réveiller la nuit avec des douleurs gastriques. Il n'existe aucune évidence que le fait de manger avant de dormir favorise l'obésité.


3- Éviter l'excès
Manger cinq ou six petits repas par jour est plus conseillé que de manger un seul repas copieux. La multiplication des petits repas limitera votre consommation en répondant au besoin de votre appétit. Manger plusieurs repas invite l'organisme à faire fonctionner le métabolisme longuement, brûlant ainsi des calories.

 

4- Ne pas se priver de nourriture
Se priver de nourriture est la pire stratégie alimentaire. La restriction calorique ne devrait pas perdurer, car l'organisme va s'adapter à cette privation en augmentant l'absorption alimentaire. Ce que vous gagnez au début de la semaine, vous allez le récupérer une semaine plus tard. Si vous voulez perdre du poids, changer de style alimentaire, changer de produits, changer de recettes.

 

5- Éviter de manger pendant que vous êtes occupé
Il s'agit d'une mauvaise habitude alimentaire. Manger la nourriture pendant que vous lisez, vous travaillez, ou regarder la télé ne vous permet pas de savoir combien de nourriture vous avez mangée, ne vous permet pas de savourer la nourriture. Ce genre d'habitudes alimentaires perturbe l'appétit.

 

6- Prendre du temps pour manger
Notre tradition en France concernant le repas, son rythme, et le temps consacré à l'alimentation mérite d'être préservée. Prenez le temps nécessaire à manger, pour apprécier votre nourriture, pour permettre à votre organisme de bien réagir pour la digestion et l'absorption alimentaire. 15 à 20 minutes est une durée raisonnable pour prendre et savourer votre repas.

 

7- Boire de l'eau
Notre corps a besoin de l'eau pour assurer le bon fonctionnement de l'organisme. Ne pas boire de l'eau peut favoriser le ralentissement de métabolisme, et parfois l'obésité. Boire de l'eau plusieurs fois par jour, et éviter les boissons sucrées ou gazeuses.

 

8- Fruits et légumes
Intégrer les fruits et légumes dans vos recettes alimentaires est une bonne chose. Les fruits et légumes sont riches en fibres alimentaires, en micro nutriments, et sont peu caloriques.

 

9- Éviter les achats alimentaires quand vous avez faim
C'est une stratégie simple et utile. En évitant de faire les courses quand vous avez faim, vous pouvez restreindre vos achats alimentaires, éviter les achats impulsifs, et faire des choix plus raisonnables.

 

 

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Manger en Beauté

Les aliments sont notre source principale d'énergie, bien assimilé, il assure le bon fonctionnement de notre organisme.
Ce que nous absorbons, la manière de le faire, influence directement notre santé et par conséquent notre beauté, puisqu'elle en le reflet.


L'organisme n'est pas un entrepôt. Ses capacités à stocker et assimilé sont limitées, tout excédent se transforme en éléments néfastes. Parfois en ne voulant manquer de rien, on se prive de l'essentiel, Parfois nous avons la fâcheuse habitude de tout mélanger, alors que certaines combinaisons alimentaires perturbent notre digestion.


La qualité des aliments est bien entendu essentiel. Pour votre nourriture, il est conseillé de choisir des produits sains qui offrent toutes les garanties, les produits les plus frais. Rien ne vaut le produit frais cultivé naturellement. N'oublions pas, les légumes et les fruits débordent de vitamines, des minéraux, des oligo éléments et des enzymes qui dynamisent les fonctions vitales.
La consommation des fruits et les légumes crus, par ses enzymes, stimule la digestion. C'est pour cela que les salades se consomment au début des repas.


Prenons l'habitude de mâcher et de manger tranquillement sans nous presser, de consommer de produits sains et frais, sans excès en quantité. La beauté sera au rendez-vous.

 

 

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Réalisme : l’objectivité amène la classe laborieuse aux musées

 

 

realisme Jean Franacois Millet Les Glaneurs 1857

Jean-François Millet, Les Glaneurs, 1857. Musée d’Orsay, Paris.

Réalisme : l’objectivité amène la classe laborieuse aux musées

Le réalisme est une expression où l’artiste tente de donner une représentation réelle, vraisemblable ou convaincante d’une forme ou d’une scène sans les détails qu’on associe à la photo.

 

Réalisme et peinture en France

Le réalisme dans les arts visuels s’est épanoui en France à partir des années 1840 jusqu’aux années 1880. Gustave Courbet est le plus connu des défenseurs de ce style.


En 1868, Castagnary définit trois écoles de peinture : l’école classique (néoclassicisme), qui préconise l’idéalisation de la nature ; l’école romantique (romantisme), qui prône la liberté sociale, politique et artistique, et l’imaginaire sur la réalité ; et le naturalisme, une forme de réalisme qui se concentre sur les classes sociales et les détails de la nature.

Comme les réalistes, les naturalistes croient que l’art doit dépeindre tous les aspects de la vie, et la réalité de la nature. Leurs images, comme des photographies, avaient tendance à être plus statiques que celles des réalistes.

 

Les Classicistes, selon Castagnary, a produit la pureté dans l’art français ; les romantiques, avec leur appel à l’imagination, a conduit l’art dans un état d’anarchie et encouragé la marchandisation de l’art ; et les naturalistes ont placé l’artiste dans son monde contemporain, unissant l’homme et la nature, décrivant la vie urbaine et rurale telle qu’elle est vécue.
Le réalisme est marqué par la Révolution de 1848, par l’industrialisation, le mauvais traitement collectif des zones rurales, la thématique sociale, et la modernité. Le paysan, le citoyen, le travailleur deviennent une figure clef.

 

 

Distinguer réalisme et naturalisme


Une scène de Daumier ou de Courbet peut avoir les formes nécessaires pour transmettre au spectateur la réalité essentielle d’une situation.
Ceci est en contraste avec la méthode appelée naturalisme, dans laquelle l’artiste s’oriente vers la restitution photographique de la scène telle qu’elle se présente dans la nature.
Ainsi, un tableau de Vermeer, de Chardin ou de Bouguereau peut être considéré comme naturaliste plutôt que réaliste. Des artistes comme William-Adolphe Bouguereau (825-1905) représentent ce goût académique naturaliste.
En France, le réalisme est inspiré par les efforts déployés pour se débarrasser de la tyrannie de l’Académie, et du néoclassicisme.

 

Jean-François Millet


Lorsque Jean-François Millet a exposé "les glaneurs " dans le salon de 1857, il a suscité la critique des classes moyennes et supérieures françaises, alarmées par son apparente sympathie et même sa glorification des classes inférieures, et des travailleurs ruraux, considérés comme la marée montante du socialisme.


La peinture représente trois femmes ramassant (glanant) ce qu’il reste d’un champ déjà récolté. Cette activité accordée aux indigents dans la France du XIXe siècle met l’accent sur leur pauvreté.
Mise en évidence par une lumière jaune douce, des tiges de blé, les glaneurs dans l’obscurité, placés au premier plan, invitant le spectateur à s’identifier à eux.


L’œuvre est un exemple du Réalisme, ce mouvement qui a commencé en France après la Révolution de 1848.
Le réalisme ne signifie pas « réel » ou illusionnisme en trompe-l’œil. Il s’agissait d’une tentative audacieuse de la part des artistes à produire des images selon une « vérité » dérivée de leurs propres expériences et leur observation du monde. L’art devient le miroir du temps sans idéaliser, sans mythe ni allégorie.


Le XIXe siècle a été par la Révolution industrielle, une augmentation de la population urbaine, les habitants des campagnes migraient vers les villes à la recherche de travail.
Comme les artistes romantiques, certains réalistes se sont engagés dans des causes sociales et politiques et ont produit un contenu dépeignant les classes laborieuses sous un angle sympathique.

 

Honoré Daumier


La Révolution de juillet 1830 met fin à la monarchie de la Restauration de Charles X, remplacé par Louis Philippe. La Monarchie de juillet a duré jusqu’en 1848.
Pendant les dix-huit années de son règne, l’influence de la classe moyenne en France s’est accrue, l’alphabétisation, et la diffusion de l’impression des lithographies rendant l’image plus populaire.


Le caricaturiste et peintre Honoré Daumier (1808-1879) a protesté contre les abus de Louis Philippe dans plusieurs tirages qui ont été publiés dans la presse. Sa célèbre estampe de juillet 1834 intitulé Rue Transnonain, le 15 avril 1834 était une réponse à une scandaleuse injustice commise sous Louis Philippe quand les soldats ont tué une vingtaine d’innocents, dans un immeuble ouvrier de la rue Transnonain.

 

realisme Honore Daumier rue Transnonain 15 avril 1834

Honoré Daumier, rue Transnonain, 15 avril 1834, Collection privée.


Le père gît mort dans sa chemise de nuit, sa pose rappelant la peinture de la Renaissance du Christ mort. En mettant en évidence le père, Daumier l’associe à la mort du Christ, une métaphore pour l’assassinat de personnes innocentes. Sous le cadavre du père, on voit son fils, dont le sang, comme celui de son père, tache le parquet.

Un vieil homme gît mort à droite, bien que nous ne voyions qu’une partie de sa tête.

À gauche, dans l’ombre, on distingue le cadavre de la mère. Une famille martyrisée, semble dire Daumier.
Le message de Daumier a provoqué la colère du roi qui interdit la publication.

 

Jean-Louis-Ernest Meissonier

Le réalisme est associé aux idées socialistes, qui se répandent avec l’augmentation de la pénibilité du travail, et la pauvreté des zones rurales.
Au cours des années 1840, les intellectuels et les ouvriers de la classe moyenne s’agitent pour une plus grande représentation dans le gouvernement. En 1848, le Manifeste communiste est publié à Londres. En France, la révolution de 1848 éclate alimentée par le mépris de Louis Philippe pour la classe laborieuse.
Le règne du Roi Citoyen s’est terminé par son abdication après quatre jours de combat du 23 juin au 26 juin 1848, où 15 000 rebelles sont morts et 12 000 sont arrêtés.

 

realisme Jean Louis Ernest Meissonier Barricade, Rue de la Mortellerie, Juin 1848

Jean-Louis-Ernest Meissonier : Barricade, Rue de la Mortellerie, Juin 1848. Musée du Louvre, Paris.

 

La représentation de Meissonier est plus réaliste que romantique, elle est différente du fameux tableau " La Liberté guidant le peuble " de Delacroix.

Exposé pour la première fois au Salon de 1850-1851, le tableau montre les morts couchés dans une rue de Paris au milieu des décombres de la barricade. Une rangée de maisons sur la droite, toujours debout après les combats, silencieuses et fermées, sans habitants, en contraste avec les cadavres jonchant la rue. Des vêtements tachés de sang, membres déformés, expressions grimaçantes des cadavres gisant à l’endroit où ils sont tombés occupent le premier plan.


Les bleus et les rouges de Meissonier, en contraste avec le tricolore de la victoire idéalisée de Delacroix, sont fondus dans les bruns, ne sont plus les couleurs d’un drapeau tenu triomphalement, mais font partie d’une image de vêtements déchirés et du sang des morts après la bataille.
Vingt ans plus tard, en 1877, Meissonier allait peindre son tableau, les Ruines du Palais des Tuileries, après la Commune de 1871.

 

Gustave Courbet

Baudelaire conseilla aux peintres de représenter la vie quotidienne telle qu’elle était vécue à l’époque, peindre la société moderne et les événements contemporains au lieu de l’histoire ancienne ou mythologique.

 

realisme Gustave Courbet un enterrement a Ornans 1849

Gustave Courbet, un enterrement à Ornans, 1849, Musée d’Orsay, Paris.

De 1849 à 1850, Courbet réalise une peinture monumentale qui incarne le réalisme, intitulée un enterrement à Ornans. Cette œuvre enregistre un moment précis dans un cadre contemporain et elle fit scandale lors de sa première exposition au Salon 1850-1851. Il confronte les spectateurs parisiens à la morosité des bourgeois de province et leur rappelle que la France ne se résume pas à Paris.


La sépulture est au centre d’un panorama de personnages, dont la sœur de l’artiste, vivant à Ornans — village natal de Courbet — en Franche-Comté. Un groupe de la classe moyenne en deuil, encadré par des collines qui s’élèvent progressivement dans le lointain. Au-dessus des figures se trouve un crucifix solitaire tenu en l’air par un prélat.
À droite, les femmes en deuil vêtues de noir et blanc répètent les noirs et les blancs des figures religieuses à gauche.
Au premier plan, un chien se tourne brusquement vers les femmes. La morne palette n’est soulagée que par le rouge des costumes des prélats, le garçon à gauche, et l’homme en bleu. À gauche du fossoyeur se trouvent le maire d’Ornans, un juge de paix et deux enfants de chœur.

 

realisme Gustave Courbet les casseurs de pierres 1849

Gustave Courbet, les casseurs de pierres 1849–1850 Dresde, Allemagne   (tableau détruit pendant la Deuxième Guerre mondiale).

La peinture montre la monotonie implacable du travail manuel répétitif et pénible. Deux hommes absorbés par le travail ne communiquent pas entre eux ni avec le spectateur. Ils effectuent des tâches physiques. Leur environnement est sec, avant-plan rempli de pierres, les couleurs du paysage sont répétées dans les vêtements des travailleurs.
Jules Antoine Castagnary (1830-1888), déclare Courbet comme le premier peintre socialiste.

 

 

Rosa Bonheur

realisme Rosa Bonheur Labourage nivernais ou habillage des Vignes 1869,


Rosa Bonheur, Labourage nivernais ou l’habillage des Vignes, 1869,  Musée National du Château de Fontainebleau, Fontainebleau, France.

Contemporaine de Courbet, Rosa Bonheur (1822-1899) a été élevée par un père socialiste qui croyait en une forme utopique de socialisme basée sur : aime ton prochain comme toi-même. Bonheur a été la première femme à recevoir la Légion d’honneur française. L’intérêt de Bonheur pour la puissance et l’énergie des animaux est évident dans son tableau Labourage dans le Nivernais, exposé pour la première fois au Salon de 1850-1851.

 

Comme l’enterrement de Courbet, on voit la campagne française, mais Rosa préfère les couleurs vives, le ciel bleu limpide. Le champ labouré est composé de motifs répétitifs et traverse horizontalement la toile pour arriver à nous ouvrant l’espace, les bœufs en procession se déplacent lourdement sur la colline en tirant leurs fardeaux. Les figures humaines sont éclipsées par la puissance des animaux.

Bonheur dépeint avec réalisme l’effort physique dans les détails, la terre retournée, les plis de la peau des bœufs, pour évoquer la lutte pour la survie.

 

 

Jean-Baptiste-Camille Corot

Corot (1796-1875) considère le paysage comme un sujet à part entière, et non pas comme un cadre pour la classe ouvrière comme chez Millet. La vision de la nature de Corot est conforme à la vision réaliste : observation et représentation fidèle et naturaliste.
Corot est influencé par l’Italie, par les paysagistes du XVIIe siècle comme Nicolas Poussin et Claude Lorrain. Il s’est concentré sur les lumières changeantes à la campagne.
Corot partage avec les impressionnistes la spontanéité dans la capture de ses premières impressions sur la toile.

realisme Camille Corot Ville d Avray 1867


Camille Corot, Ville d’Avray, 1867. Musée des beaux-arts of Art, Washington, D.C.


Ce tableau illustre une scène du village où ses parents avaient une maison de campagne. On note son goût pour les couleurs strictes, les textures douces, fluides illuminées par le ciel clair. Un grand arbre au premier plan filtre la lumière, créant un reflet argenté sur les feuilles. Le tableau est divisé horizontalement par une rivière tranquille que traverse une vache immobile.

 

 

Le réalisme en Europe : les Pré-Raphaélites


Mais, comme pour le Romantisme, les artistes européens ont travaillé dans des styles différents, et apparentés, comme les préraphaélites en Angleterre, Wilhelm Leibl en Allemagne et William Sidney Mount, Winslow Homer, et Thomas Eakins aux États unis.

En Angleterre, certains idéaux du Réalisme ont été repris par un groupe d’artistes connus sous le nom de préraphaélites — parce qu’ils croyaient que le seul art « vrai » est antérieur à Raphaël, mort en 1520. Selon eux, seule une observation attentive de la nature les rend capables de peindre la « vérité » dans leurs peintures. Leur travail est caractérisé par une couleur riche et pure sur fond blanc (une combinaison qui met en valeur la luminosité), des détails minutieux et des formes claires.

En 1848, Louis Philippe abdique en France, Marx et Engels publient le Manifeste communiste à Londres, les Pré-Raphaélites font leur première réunion. Le groupe est composé de jeunes artistes et poètes protestant contre le déclin de l’art et le goût conservateur prôné par le Royal Academy ; ses trois fondateurs étaient William Holman Hunt (1827-1910), Dante Gabriel Rossetti (1828-1882), et John Everett Millais (1829-1896), qui se sont bientôt rejoints par quatre autres artistes.
En 1849, les préraphaélites ont eu leur première exposition publique. En 1848, John Ruskin publie deux premiers volumes de ses cinq volumes de son livre « Les Peintres modernes. »
John Ruskin prône la « vérité à la nature », une qualité dont il loue Turner qui allie romantisme et réalisme, il défend les préraphaélites, leur style précis, linéaire, riche en détails.
Les préraphaélites se tournent souvent vers la littérature pour leurs sources iconographiques, Shakespeare, légendes arthuriennes et la Bible.
Le réalisme existe également en Allemagne et aux USA.

 

Le réalisme dans la culture

L’opéra Verismo (réaliste) est devenu un style dominant dans l’opéra de la fin du XIXe siècle. Les compositeurs ont a dépeint les aspects « réalistes », parfois difficiles de la vie quotidienne et ont rejeté les sujets mythologiques du Romantisme.
En France, Carmen de Georges Bizet (1875) raconte l’histoire d’une gitane espagnole exprimant librement ses émotions et son attachement à l’amour. Giacomo Puccini emmène le public dans la vie quotidienne des classes inférieures comme des classes supérieures. Dans la Bohème (1896), Puccini traite des artistes menant la vie de bohème à Paris et raconte une héroïne qui meurt de tuberculose.
Les auteurs réalistes tels Balzac, Zola et Flaubert en France, Dickens, Eliot, Shaw en Angleterre, Tolstoy en Russie, Ibsen en Norvège, ont épousé la cause des pauvres et des classes laborieuses.

 

Conclusion:


Parmi les principes et les caractéristiques du Réalisme, on trouve :
— la seule source d’inspiration est la réalité.
— la seule beauté valide est celle qui est donnée par la réalité, l’artiste représente sans embellir.
— chaque être où objet a une beauté particulière.
— représentation de la vie ouvrière et paysanne.
— ce qui est vrai est beau.
— exaltation des sujets sociaux.
— effort, fatigue, pénibilité comme sujets
— influence du positivisme philosophique, et des idées socialistes dans le travail des artistes.
Le réalisme sera progressivement oublié, l’impressionnisme, le cubisme et l’abstraction allaient mettre en cause la représentation du réel. Les sujets de la justice sociale et du destin humain seront présents mais sous des formes différentes.

Référence :
John Julius Norwich : Oxford illustrated encyclopedia the arts 1990, oxford press university
Hauser, Arnold: Social History of Art. 1999, Taylor & Francis Routledge

 

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Volonté : définition et généralités

 

volonte

Volonté : définition et généralités

Contrairement à d'autres concepts, la volonté est difficile à définir. Il s'agit d'une résolution, décidée après réflexion, accompagnée de prise de conscience des conséquences.


La décision volontaire peut être provoquée par des facteurs principaux : facteurs extérieurs comme par exemple une invitation à un dîner, et facteurs intérieurs comme l'état psychologique, la fatigue, le désir d'être avec d'autres invités, ou le contraire : le désir d'éviter les autres.
La décision volontaire n'est pas toujours aisée, parfois c'est une décision laborieuse, prise après longue hésitation, après avoir calculé les conséquences, les avantages et les inconvénients. Par exemple pour aller chez le dentiste, la présence de la douleur facilite cette décision. Une personne qui doit aller chez le dentiste pour faire un examen préventif hésite plus facilement qu'une personne qui souffre. La volonté dépend de nos tendances, de nos besoins, de nos passions, et également de nos craintes.
Beaucoup d'actes volontaires sont décidés pour des raisons personnelles, parfois inavouables, comme des désirs inappropriés, ou des comportements mal jugés. Un homme peut se rendre à la piscine pour nager, mais peut-être, il a choisi cette piscine, à cette heure précise pour tenter de séduire sa voisine mariée qui fréquente la piscine à la même heure. Il s'agit d'un acte volontaire, d'une justification sociale acceptable, alors que les motivations profondes sont moins avouables.

 

La volonté en philosophie

 

La notion de volonté désigne un phénomène psychologique difficile à distinguer du désir, et de l'intention. Le désir peut être considéré comme un facteur favorisant l'action volontaire. L'intention peut être considérée comme un événement mental pouvant aider à l'action sans le déterminer. Dans ce sens, la volonté peut être conçue comme une cause mentale distincte des effets physiques qu'elle provoque, mais aussi comme un événement cérébral entraînant une succession d'événements physiques. Il existe de longues discussions philosophiques pour trancher la question suivante : est-ce que la volonté est synonyme de l'action ? Il est impossible de trancher cette question, celui qui a décidé et qui n'a pas fait, est-il volontaire ? Celui qui essaie de faire, l'a-t-il fait ?
Pour sortir de cette aporie, certains philosophes suggèrent que le terme volontaire doit englober un ensemble d'événements mentaux, et comportementaux. C'est-à-dire, la volonté c'est : décider et faire.

Le concept de volonté occupe de longs chapitres en philosophie, et en psychologie. Ce concept est présent également dans les études judiciaires, et dans la littérature médicale. Ce terme est utilisé pour décrire les actes motivés, réalisés avec préméditation et détermination.
Il n'existe pas un consensus sur la nature de la volonté. Dans certaines écoles philosophiques, psychologiques, le concept de volonté est refusé, remplacé par la doctrine du déterminisme qui nie la réalité de la volonté. D'autres écoles acceptent partiellement la volonté comme synonyme de libre arbitre, c'est une approche philosophique occidentale qui a développé les principes de Platon et d'Aristote. On retrouve ce courant dans les écritures de René Descartes et d'Emmanuel Kant. Dans d'autres écoles philosophiques, volonté est considérée comme les résultats des interactions d'éléments contradictoires par exemple le désir et la raison, on retrouve ces tendances dans l'écriture philosophique de Spinoza, et de Hume. À l'opposé, d'autres philosophes ont considéré la volonté comme la manifestation d'une personnalité accomplie, d'un raisonnement performant, on retrouve ce courant philosophique développé par Arthur Schopenhauer et Frédéric Nietzsche.

 


Avoir la volonté, être volontaire

 

Généralement, être volontaire signifie la capacité à prendre des décisions, d'assumer les conséquences. L'image de la personne volontaire serrant les points et mâchoires fonçant dans les obstacles avec témérité, insouciance est un cliché.
Pouvoir dire non, quand je veux, qui veut peut surmonter les obstacles, vouloir avec férocité, etc. voilà d'autres clichés qui perturbent notre perception de la volonté.
Agir volontairement, c'est agir avec conscience, pour des raisons conscientes, en assumant les conséquences. Celui qui utilise le verbe je veux devrait savoir pourquoi, et connaitre les conséquences qui suivent. Quand on dit : je veux, il est important de pouvoir justifier cette volonté à soi-même. Quand la personne agit sans pouvoir expliquer ses choix par des raisons conscientes, il s'agit plutôt d'un automatisme inconscient, et non pas de la volonté. Les décisions provoquées par un instinct ne sont pas volontaires, mais relèvent de l'inconscient.
Agir involontairement, c'est d'être gouverné par des motivations inconscientes. Les exemples sont nombreux dans notre vie quotidienne : un enfant qui veut être médecin ou avocat, il exprime une volonté, mais en réalité, il cherche à imiter ses parents, ou à devenir comme le médecin de la famille, ou se conformer aux désirs de ses parents. Dans ce cas il s'agit d'une fausse volonté.

En réalité, nos actions mêmes les plus volontaires sont influencées par notre inconscience, et par des besoins et des désirs. La volonté augmente quand les raisons conscientes augmentent. La volonté diminue quand les raisons inconscientes augmentent. Dans ce cas nous entrons dans une expérience humaine si banale si fréquente : l'hésitation.

 

 

 

 

 volonte

 

Volonté : décider et faire

Le monde parle de volonté, on nous sert la volonté toute la journée, enrobée dans de multiples contextes. Le terme perd progressivement de son importance, dilué et parfois déformé.

Un acte volontaire dépend de beaucoup de choses, de nos tendances, de nos besoins, de nos passions. Quand on dit : on veut, on désigne déjà un désir.
Ce désir peut naître d'une ambition personnelle ou sociale, comme le désir de réussite, ou le désir de ressembler à quelqu'un. Le désir peut naître d'un besoin, comme fonder une entreprise pour créer son emploi et vivre mieux.
Continuons avec l'exemple d'un créateur d'entreprise. À cette étape, ce qui compte dans le désir exprimé est son caractère conscient. La personne qui cherche à créer des entreprises devrait se demander s'il désire cette entreprise pour travailler, pour gagner sa vie, ou pour dominer ses employés et répondre à des besoins d'affirmation. Ce n'est pas un acte de volonté de faire l'entreprise pour des raisons inconscientes. C'est une réponse coûteuse, condamnée à l'échec, des instincts inconscients. La personne n'a pas exprimé une volonté, elle est poussée par un désir inconscient.

En deuxième temps, ce désir se transforme en projet, avec plein de détails, des inconvénients et les avantages. C'est le moment de la décision et de la délibération. Le désir se transforme en idée réalisable, selon un schéma bien précis. Chaque détail exige de la personne une décision réfléchie, raisonnable, accompagnée de sa propre liste d'arguments et de justification.
Après l'idée, à la personne passe à la conception, c'est-à-dire, trouver le schéma idéal pour réaliser ce désir. La délibération examinait les raisons pour et contre la réalisation de ce désir, la décision est le jugement qui termine la délibération par l'acceptation, par le refus.

La délibération peut ici être troublée par des motifs inconscients comme l'héritage culturel, les peurs, les angoisses, les complexes. Il est important de comprendre qu'une délibération fondée sur des motifs inconscients n'est pas un acte volontaire, mais une réponse à des besoins inconscients.

En troisième temps, après la décision, on passe à l'action. L'exécution suit généralement la décision. La réussite de l'action exige une détermination, c'est-à-dire, donner la priorité à cette action, pour garantir sa réussite, en acceptant les inconvénients qui accompagnent la réalisation de cette action.
Pendant l'exécution, il est important que la personne soit déterminée à aller vers son but, sans céder au pessimisme, sans céder aux tendances contradictoires.
Dans cet exemple, la volonté devient une succession d'étapes, toujours conscientes et justifiées. Le désir est le début, la décision cherche à réaliser ce désir, par une action consciente et résolue.


Dans le cas de notre créateur d'entreprise, certains facteurs peuvent altérer sa volonté comme : l'inhibition (la personne n'exprimera pas son désir), l'impulsivité (cela peut nuire à sa décision et à son action), le manque d'énergie (fatigue, émotivité, manque d'organisation), raideur mentale, préjugés, crispation.

Par contre, certains facteurs peuvent encourager la réalisation de son projet comme trouver l'équilibre entre l'impulsivité et l'inhibition, avoir de l'énergie, la maîtrise de soi, l'enthousiasme accompagné d'un esprit positif, souplesse, harmonie entre besoins conscients des besoins inconscients.

Dans ce cadre la volonté devient : décider et faire.
Les philosophes, comme les psychologues, ne font qu'éclaircir, à leur façon, ces facteurs qui influencent la volonté, et sa traduction réelle : l'action

 

 

 

 

noir blanc

Volonté : ses expressions

La volonté est un concept philosophique important, peu utilisé en psychologie en raison de son caractère imprécis, et en raison de la difficulté d'utiliser ce concept dans la pratique.

En réalité, la volonté est synonyme de nombreux comportements importants en psychologie. Le soignant pourra travailler sur ces comportements pour répondre aux besoins de ses patients.

 

Volonté ou pas


On agit volontairement quand on agit pour des raisons conscientes bien définies, bien précises. Nous savons dans ce cas pourquoi nous avons fait ce choix, mais pourquoi nous avons pris cette décision. Dans de nombreux cas, nous prenons des choix par automatisme inconscient, et non pas par choix. C'est l'exemple des choix et des décisions prises par instinct, ou par le besoin d'avoir raison, ou par le désir de dominer.

Agir involontairement, c'est généralement être gouverné par des besoins inconscients.
Combien de personnes aiment dire : je veux, mais leur action reste involontaire, même en croyant le contraire. Les besoins conscients et inconscients, avoués ou non, sont à l'origine de cette situation.

La volonté augmente quand les raisons conscientes augmentent. La connaissance profonde de soi est indispensable à l'exercice de la liberté, et de la volonté. Nous pouvons trouver de nombreux exemples dans le monde des relations, et dans le monde des couples. Certaines personnes se plaignent de rechercher toujours le même type de partenaire, de se trouver dans des situations inconfortables qui se répètent. Pourtant, ces personnes sont libres, elles agissent avec une volonté apparente. Progressivement, avec le temps, la maturité et l'âge, ces personnes identifient mieux leurs motivations, arrivent à déceler les besoins conscients et inconscients, pour mieux faire leur choix.

La volonté diminue quand les motifs inconscients augmentent. Beaucoup de personnes peuvent donner les marques extérieures d'une forte volonté. La vraie volonté se traduit dans les actes, et dans les conséquences de ses actes, et non pas dans le discours.
Nous savons que l'alcool augmente le risque d'accidents de circulation. Un homme volontaire va éviter de boire avant de prendre le volant. Un autre homme, pour de multiples raisons, risque de boire avant de prendre le volant. Les deux comportements sont libres, et d'apparence volontaire. Nos raisons conscientes sont parfois mélangées à des forces intérieures : instinct, impulsion, émotion, besoin. La volonté ne dépend pas toujours de raisons conscientes, elle est soumise à la connaissance de soi, à la connaissance de ses propres besoins et ses propres motivations.

 

La volonté comme résolution et ténacité

Quand on parle volonté, on parle parfois de ces hommes résolus à aboutir, capables d'employer tous les moyens disponibles pour y arriver, acceptant tous les sacrifices, admettant les difficultés, cherchant toujours une solution. La ténacité est une puissance équilibrée, une réponse maîtrisée à une difficulté ou à un défi. Le sportif peut montrer une ténacité en acceptant le stress et l'effort de l'entraînement pour améliorer son niveau. Nous devons distinguer la ténacité en sa qualité de réponse équilibrée et dosée en face d'une difficulté, de l'obstination (comportement d'apparence, dissimulant impuissance et faiblesse).

 

La volonté comme maîtrise de soi


Dans le langage populaire, on utilise le terme « volonté » comme synonyme de « maîtrise de soi ». C'est une aptitude à dominer ses sentiments et ses instincts, pour garder le contrôle sur ses réactions, pour mettre cette maîtrise de soi au service d'un but précis.

 

La volonté comme décision


Nous utilisons le terme volonté pour désigner un comportement où des personnes sont capables de prendre des décisions, rapides, parfois graves. En réalité, nous nous désignons ainsi un système de décision et de délibération. Chez certaines personnes, la délibération est rapide avec peu d'hésitation, sans rumination mentale. Ces personnes évaluent rapidement le risque, admettent et maîtrisent les conséquences de leurs décisions. Ainsi, la prise de décision est rapide. Il est important de distinguer la rapidité maîtrisée de la décision, de l'impulsivité qui entraîne la prise de décisions rapides, mais mal maîtrisées. L'impulsivité traduit parfois l'anxiété, le stress, prendre une décision pour ne pas subir les ruminations mentales.

 

La volonté comme esprit d'initiative


Nous utilisons le terme volonté pour décrire une aptitude à entreprendre une tâche nouvelle, à accepter le risque. L'esprit d'initiative est un voyage sans carte précise, mais qui se dirige vers un but bien précis, sans détailler la totalité du parcours . L'esprit d'initiative exige la capacité à tolérer le stress engendré par la nouveauté, d'avoir l'endurance nécessaire pour atteindre le but. Pour avoir l'esprit d'initiative, il est préférable d'avoir une bonne estime de soi, une bonne santé mentale, et une résolution satisfaisante.

 

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Détermination et volonté

La volonté nécessite la capacité de formuler des idées, de les étudier, de les transformer en projet, de le réaliser. La détermination et peut-être la qualité la plus importante dans la réalisation des projets.

La volonté nécessite la capacité de formuler des idées, de les étudier, de les transformer en projet, de le réaliser. La détermination et peut-être la qualité la plus importante dans la réalisation des projets.
La détermination est un processus mental, conscient, raisonnable, qui entraîne un comportement conditionné au service d'une idée transformée en projet.

 

 

Etre déterminé, être volontaire  
La détermination conditionne la réussite de votre entreprise, afin que l'idée ne se transforme pas en simple discours.
La détermination est considérée par certains comme synonyme de la volonté. La détermination exige une confiance en soi, une capacité de décider, un positivisme capable d'engendrer un optimisme indispensable pour la réussite.
La détermination est indispensable dans les deux dernières étapes de chaque projet : la décision, et l'exécution. La confiance en soi, et l'esprit positif conditionne la réussite de ces deux étapes pour éviter l'hésitation, et l'interminable délibération avant de prendre la décision, et pour avoir la capacité psychologique pour réaliser le projet.


Si vous avez des difficultés à décider, changez vos stratégies de décision. Posez-vous certaines questions :
Quels sont les avantages de prendre telle décision, quelles sont les récompenses possibles en cas de réussite ? Quel plaisir ce projet peut me procurer ?  Quelle souffrance ce projet peut engendrer ? Est-ce que je suis capable de mener le projet à terme, ou je suis capable de renoncer ?

Dans ces questions, vous avez noté la présence de plusieurs composantes indispensables à toute décision une composante matérialiste : les récompenses en cas de réussite, les inconvénients en cas d'échec, une composante émotionnelle et psychologique sur le plaisir attendu, et la souffrance ou les difficultés éventuelles, et une composante personnelle sur la capacité de chacun à mener ses projets jusqu'à leur réussite.

Après avoir décidé, souvenez-vous qu'aussi longtemps vous maintenez dans votre esprit les avantages éventuels de votre réussite, le plaisir attendu, votre détermination ne peut être que plus solide et plus forte.
Rester positif pendant les décisions et les réalisations de vos projets. Éviter les personnes qui encouragent la passivité, ou le pessimisme. Vous n'avez pas besoin d'entendre des phrases sur l'échec de tout projet, ou le commentaire des gens pessimistes, fondé sur un état d'esprit, et non pas sur une réalité.


Éviter les personnes conformistes, qui ne cherchent qu'à continuer l'ordre établi dans leur vie personnelle et professionnelle. Un projet est par définition une modification plus ou moins importante d'une situation donnée. Acheter une maison, fonder une entreprise sont des changements réels dans votre vie. N'attendez pas les gens conforme à l'encouragement quand il s'agit d'une modification.

 

Dans votre entourage, certaines personnes peuvent exprimer un doute sur votre réussite. Parfois, ces personnes vous préfèrent comme vous êtes, et redoutent tout changement. Si ces personnes vous intéressent, vous pouvez leur expliquer vos motivations, la rassurer sur la portée de ces changements. Changer de travail ou de pays ne signifie pas un coup d'état dans votre existence, ni une rupture définitive avec vos racines, ou avec vos parents.

De temps en temps, citez les avantages que vous cherchez en réalisant votre projet, citez deux ou trois au début, puis progressivement, cherchez les autres avantages. Cela consolide votre détermination, et améliore votre optimisme. Dans ces avantages, ne restez pas seuls, imaginer les autres dans votre projet est dans les avantages espérés. Changer de région pour fonder une entreprise ailleurs, peut procurer à votre famille et à votre entourage certains avantages. Vous pouvez transformer votre entourage en allié précieux en impliquant dans votre projet dès le début.


Si vous avez des doutes ou des difficultés, citez les raisons pour lesquelles cette entreprise vous semble impossible à réussir puis analyser ces difficultés, l'une après l'autre, en cherchant à les surmonter. Pour augmenter votre détermination, diviser les difficultés, séparez les pour tenter de les surmonter.

 


Insistez sur les récompenses de votre réussite, et non pas sur les difficultés, ou la souffrance qui accompagne le projet. L'optimisme n'est pas un point de vue plus idiot que le pessimisme.

 

Pendant la réalisation de votre projet, contentez-vous des petites réussites, célébrez la petite réussite comme faisant partie de la réussite globale de votre entreprise. Cultivez ces petites réussites comme un fondement de votre confiance, cela vous permet de consolider à nouveau votre détermination.
Pourquoi ne pas imiter les exemples positifs, ces personnes qui ont réussi leur projet en dépit de leurs difficultés, de leur maladie, de leurs conditions humaine ou sociale. Les histoires de réussite peuvent renforcer votre optimisme.


Pendant les étapes de décision et d'exécution, distinguez nettement la détermination de l'entêtement. La détermination est un processus mental, qui entraîne un comportement positif pour réussir un projet, l'entêtement est une réaction qui traduit une sorte de raideur. L'entêtement n'est pas signé de volonté ou de confiance, les enfants peuvent être entêtés, les adultes devraient être déterminés.

 

 

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Aleksei Venetsianov : romantisme russe et insurrection du moi

Aleksei Venetsianov romantisme russe Le berger endormi

Le berger endormi (1823-1824)

 

Aleksei Venetsianov : romantisme russe et insurrection du moi

Calme paisible, couleurs pastel, position du dormeur, ces éléments nous invitent à la contemplation empathique de ce jeune homme à la paume de la main ouverte, repos dans une campagne verdoyante au bord d’une rivière calme sous un ciel clair. Le tableau fait partie du romantisme russe, l’individu est au centre du tableau, dans une nature réaliste.

 

Biographie d’Aleksei Venetsianov

Rome était le centre d’attraction pour les peintres russes. Le romantisme russe allait reléguer la peinture italienne. Le vrai tempérament russe trouve l’expression dans la peinture de genre. Alexis Venetsianov (1780-1847) était le meilleur représentant de ce style avec le calme et la douceur de ses tableaux peuplés de paysans dignes, dans un mélange de naturalisme, et de romantisme


Venetsianov Aleksei né à Moscou dans une famille de modeste marchand descendant d’immigrés grecques, commence sa vie comme fonctionnaire. Il apprend seul la peinture puis se forme auprès du portraitiste Borovikovski. En 1807 il sert comme officier à St Petersbourg.


Il est admis en 1812 à l’académie des Arts. En 1820, l’artiste se retire avec sa famille, dans sa propriété de Safonkovo, près de Tver, et se consacre sa peinture d’après nature, à la vie paysanne. Désormais, son activité picturale, doublée d’un enseignement dans l’école qu’il fonde en 1822 est orientée vers l’identité nationale russe et la peinture de paysage. Sous l’influence de poète Vassili Joukovski (1753-1852), il devient un des peintres du romantisme russe.
La Grange (1823, Saint-Pétersbourg, Musée russe), premier de ses travaux, suivront la série des saisons (au labour, le printemps ; À la moisson, l’été, v. 1830, Moscou, galerie Tretiakov).


Il forme plus de 70 artistes sur 20 ans. Les œuvres de l’école Venetsianov sont marquées par la poésie de la vie quotidienne. La créativité des artistes de l’école représente une étape importante dans le développement du réalisme dans la peinture russe de la première moitié du XIXe siècle.
Les travaux des élèves sont exposés en même temps que les siens lors des expositions.


À son initiative et sous l’impulsion des intellectuels de l’époque, la peinture russe prendra son essor reléguant la peinture d’inspiration et de style italien au second plan.
Le poète et musicien A. Oulybychev, exhortait les artistes de l’époque : « Il n’y a rien de plus gracieux que la femme russe ; les chansons russes sont les plus touchantes et les plus expressives ».
Venetsianov meurt en 1847, son école de peinture laisse sa famille ruinée. Il est enterré dans le cimetière du village de Doubrovskoïe (aujourd’hui Venetsianova) du district d’Oudomeski.

 

Le romantisme russe


La Russie de la première moitié du XIXe siècle fut saisie comme le reste de l’Europe par le romantisme, la mélancolie des ruines, le lyrisme du moi, l’exaltation de l’amour, la fascination par la nature.


Malgré un régime autocrate, les artistes ont su ajouter à la peinture à un haut niveau d’inspiration et de technique, dans les œuvres intimes, les portraits et les scènes de genre, réalisées avec un réalisme sincère, et délicat. Dans l’art du portrait, l’intérêt romantique se manifestait dans l’expression individuelle liée à la pureté d’esprit néoclassique. Cette double promotion de l’individu et de son environnement allait correspondre, sur le plan littéraire, à l’émergence d’une littérature russe flamboyante symbolisée par Pouchkine et Gogol.


Cependant le romantisme russe ne fut pas une copie du romantisme européen. Pour Pouchkine, la situation romantique russe est particulière, car la Russie, séparée du monde catholique romain par la tradition byzantine, est restée longtemps étrangère à l’Europe. La Renaissance, de même que l’esprit de la chevalerie et des croisades, n’y trouva aucun écho.
Le romantisme russe est un retour vers la nature, les couleurs des saisons, vers la terre et ses traditions. Si Pouchkine exaltait l’amour et les émotions de l’individu, Tolstoi appréciait les gens du peuple, la terre, les paysans et pas seulement les émotions ou l’individualisme d’une élite culturelle ou économique.


Les étapes de l’individualisation en Europe occidentale (Renaissance, Réforme, siècle des Lumières) ne sont apparues dans l’histoire russe que sous des formes indirectes et affaiblies. Les pratiques « autobiographiques » en Russie étaient mal considérées. Au moment où le romantisme est à l’ordre du jour partout en Europe, l’art et la littérature russes inventent d’autres moyens d’expression du Moi. L’époque romantique est un moment crucial pour l’affirmation de la subjectivité dans la culture russe.
En Russie, où la culture est traditionnellement plus holiste (la pensée qui tend à expliquer un phénomène comme étant un ensemble indivisible) qu’individualiste, les processus d’individualisation sont différents de ceux qui ont eu lieu en Europe occidentale, et ils ne suivent pas les mêmes étapes chronologiques

 

L’époque romantique constitue pour toute l’Europe et pour la Russie un moment « d’une immense affirmation du Moi » pour voir émerger une nouvelle subjectivité dans la littérature et dans l’art. Cependant, si le Moi russe tente de s’affranchir du collectif officiel (État, communauté, social, religieux ou politique) et de ses contraintes morales, il reste fondamentalement attaché à l’ensemble de son environnement naturel ; patrie, émotions, famille, etc.
plus tard, la critique soviétique considéra l’époque du romantisme en Russie comme une simple étape vers le réalisme, minimisant ainsi l’importance de cette naissance du moi, et le surgissement de l’intime et de l’individu.

 

La peinture d’Aleksei Venetsianov


Sa peinture, deux siècles plus tard, est toujours admirée par sa fraîcheur et sa grande spontanéité.
« Berger assis » (entre 1823 et 1826), « Aire de battage » (1821), « labour », « Été. Récolte » (début 1820), « Moissonneurs » (deuxième moitié de 1820). Il y crée une image poétique et idéalisée de la vie rurale. Les œuvres d’art Venetsianov séduisent les spectateurs par une perception innovante pour l’époque.
Travaillant en plein air, l’artiste a subtilement reproduit les effets de la lumière du jour. Sa palette est riche des teintes jaune-brun, vertes, bleuâtres, jouant rôle important dans les peintures de paysage et dans le jeu d’intérieur.

 

 

Aleksei Venetsianov romantisme russe portrait La jeune fille au fichu


La jeune fille au fichu 1820

Ce portrait met en scène une jeune fille au regard latéral et interrogateur, sa tête est couverte d’un fichu à carreaux qu’elle retient de la main, apparait d’une grande fraîcheur. Le buste n’est pas détaillé, le fond non plus. Seul le visage aux joues roses et au regard gris-bleu encadré par le tissu joliment coloré retient l’attention, elle va nous parler, nous dire son nom…
Le portrait est dans la peinture russe était réservé à une élite économique et politique. Dans ce portrait, il s’agit d’une jeune personne du peuple, belle, en bonne santé, habillée d’une façon modeste et qui ressemble à tout le monde, tableau fidèle aux principes du romantisme russe, et qui prépare calmement le réalisme à venir.
Dans d’autres parties de l’Europe, les peintres dessinaient également l’individu, comme le faisait Ingres en France, en choisissant des gens ordinaires, dans un environnement réaliste.

 

Aleksei Venetsianov romantisme russe Au labour le printemps 1820

 Au labour, le printemps 1820

Tableau romantique et réaliste, et allégorique du renouveau de la nature et des beaux jours, renouveau de la terre russe mère patrie.
La paysanne tire des chevaux, vêtements de fête comme c’était le cas pour les premiers labours, elle semble voler au-dessus du sol fait d’une terre meuble, fraichement retournée surveillant un bambin qui joue au premier plan, l’action se détache sur un ciel calme et serein qui occupe la moitié du tableau.

 

Aleksei Venetsianov romantisme russe A la moisson1830

À la moisson, l’été 1830

Le premier plan est occupé par une terrasse sur laquelle trône une faucille, la mère semi-assise nous tourne le dos tenant serré contre elle un enfant (allaitement ?), le deuxième plan montre le champ en partie fauché parsemé de meules et d’ombres de personnages, ici comme dans d’autres représentations le ciel occupe la moitié du tableau laissant le regard se perdre dans le lointain infini, donnant un sentiment de tranquillité sereine au spectateur.

 
Parmi les disciples de Venetzianov, deux peuvent être cités :

 

Grigori Soroka  romantisme russe Pecheurs

 Grigori Soroka (1823-1864) : Pêcheurs (1840)

 

Reprenant la même composition que son maitre, l’artiste nous montre l’immobilité paisible de la rivière où glisse silencieusement une barque près d’un pêcheur à la ligne, sur un ciel dégagé où se perd le regard.

 

Nikifor Krylor  romantisme russe Hiver russe 1827

 

Nikifor Krylor (1802-1831) : Hiver russe (1827)

Dans un style réaliste, ce tableau nous interpelle par cette vue d’une campagne figée dans la blancheur de l’hiver et le temps suspendu de l’immensité glaciale du ciel.

 

Réf

Huyghe: Larousse encyclopedia of modern art, Prometheus press, New York, 1961
David Cottington: modern Art, Very Short Introduction, Oxford press, 2005
Evgueny Kovtun : russian avant-garde, Parkstone Press International, New York, 2007

 

 

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Fausses idées sur la perte de poids

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Le régime alimentaire,  mythes et de fausse idées ??

Un régime alimentaire équilibré avec une activité physique adaptée à l'âge sont les meilleurs moyens pour lutter contre le surpoids et l'obésité.  Un régime alimentaire restrictif visant la perte de poids nécessite une association entre la restriction alimentaire, le comportement, le soutien psychologique et motivation.

Les régimes alimentaires restrictifs sont nombreux dans les magazines et les médias, certains sont efficaces et utiles, d'autres nocifs diffusant de fausses idées sur le régime, sur la perte de poids, sur la minceur.

abs11.5 bleu1 La pilule magique, le régime magique

Cette idée est scientifiquement fausse. Il n'existe aucun régime restrictif spécial, aucun exercice, aucun traitement médicamenteux ou psychologique capable de faire perdre du poids. Les consommateurs subissent un matraquage publicitaire sur des moyens supposés les aider à perdre du poids. Les annonces du type "perdre 3 kilos en six jours" ou perdre cinq kilos avant d'aller à la plage sont fallacieuses. Les annonces positives du genre "manger autant que vous voulez et perder du poids" sont des annonces mensongères.
Ce genre d'annonce peut parfois être dangereux incitant les gens à sous-estimer le risque du surpoids, et le danger de l'obésité.
Une étude à grande échelle publiée en 1999 a confirmé déjà que la plupart des personnes pratiquant des régimes n'appliquent pas les conseils concernant la réduction de l'apport calorique et l'augmentation de l'activité physique, et se disent découragés après un certain temps, et cherchent des solutions plus simples, plus miraculeuses.

 

abs11.5 bleu1 Le régime diététique est mauvais pour la santé

Dans la confusion générale qui entoure les sujets relatifs au poids et à l'obésité, l'idée qu'un régime diététique restrictif peut être mauvais pour la santé circule toujours, présentant le régime comme un danger en raison de troubles de nutrition, et comme un élément favorisant l'obésité à long terme.
Cette confusion est répandue, s'appuyant sur les régimes diététiques abandonnés, sur les résultats des régimes mal pensés, comme par exemple les régimes accompagnés de jeûne, d'exercices excessifs, les régimes de privation sévère, ou les régimes folkloriques.
Les études scientifiques confirment, avec certitude, qu'un régime diététique équilibré ne peut nuire à la santé, et peut être suivi à long terme, sans trouble de nutrition, et sans reprise du poids.
 

abs11.5 bleu1 Les hydrates de carbone : à éviter 

Les régimes qui fleurissent dans les magazines et dans les médias ne sont pas toujours fondées sur des bases scientifiques, mais plutôt sur la demande des consommateurs. Quant un régime diététique prétend que les hydrates de carbone sont mauvais, d'autres régimes vont faire de même pour plaire aux consommateurs, convaincus de cette idée.
Les régimes sans hydrates de carbone sont notoires, répandus, varient selon les modes et sont les moyens médiatiques utilisés pour la promotion de ce genre d'origine.
Dans les années 2000, ces régimes pauvres ont hydrates de carbone étaient légendes aux États-Unis, et en Europe. Le pain est devenu un aliment suspect.
L'effet de mode est passé, ces régimes sont moins à la mode actuellement.
La réponse scientifique est simple : les hydrates de carbone ne sont pas nécessairement bons ou mauvais. La perte ou le contrôle du poids s'effectue en consommant des hydrates de carbone ou en limitant leur consommation, selon le désir de chaque personne.

abs11.5 bleu1 Le grignotage est mauvais

Les études scientifiques confirment que les personnes qui mangent hors des heures de repas ont plus de problèmes de poids que les personnes qui ne grignotent pas. Cette évidence scientifique ne doit pas cacher le fond de la question. Ce qui compte n'est pas le fait de grignoter, mais ce que la personne consomme pendant ces moments de grignotage.
Le grignotage peut être un élément stratégique important dans un régime alimentaire diététique pour empêcher la sensation de faim. Dans ce cas, le grignotage devrait être orienté vers la consommation des fruits à basse calorie comme les pommes, ou des légumes comme les carottes et les concombres.

abs11.5 bleu1 L'obésité est un signe de maladie de la thyroïde

C'est une vieille idée héritée du temps où l'insuffisance thyroïdienne était répandue dans certaines populations, accompagnée d'un excès de poids, ou parfois d'un œdème (accumulation de liquide dans les organes).
L'hypothyroïdie épidémique est devenue rare depuis de nombreuses années. La consommation de certains micro nutriments comme l'iode présent dans le sel et dans les poissons a réduit nettement le nombre des personnes atteintes par l'hypothyroïdie.

abs11.5 bleu1 Les produits allégés sont peu caloriques

C'est également une fausse idée. Les produits allégés ne sont pas obligatoirement peu caloriques. Afin d'alléger un produit de ses composantes grasses, il faut parfois ajouter des sucres, des épaississants, ou des hydrates de carbone.
D'autre part, les produits biologiques ne sont pas moins caloriques les produits non biologiques.
Il est utile de savoir ce que vous recherchez. Il est judicieux de consommer des produits allégés en matière grasse pour éviter le cholestérol, mais cela ne s'applique pas si vous cherchez à réduire les calories consommées.

abs11.5 bleu1 Manger la nuit est plus mauvais que manger le jour

C'est une fausse idée, qui vient de loin, quand les médecins pensaient que l'activité physique « brûlait » la nourriture. On sait depuis longtemps que le métabolisme de la nourriture est complexe, et que la consommation de la nourriture par l'activité physique n'est pas immédiate.
Les études confirment que les repas pendant la nuit n'augmente pas le poids plus que les repas consommés
durant le jour. Ce qui compte réellement est le nombre des calories consommées durant la journée.

abs11.5 bleu1  L'activité physique est suffisante pour contrôler le poids

C'était une idée des années 80, accompagnée de son cortège de livres sur l'activité physique, sur le sport au quotidien, et sur les exercices capables contrôler le poids.
La réalité scientifique est différente. En général, la personne augmente son apport calorique après une activité physique.
Les études démontrent que l'activité physique seule ne peut contrôler le poids, cependant, l'activité physique accompagnée des changements de style de vie, d'une réduction modérée d'apport calorique peuvent être efficaces pour lutter contre le surpoids.

abs11.5 bleu1  L'eau augmente la perte du poids

La publicité incitant à consommer l'eau minérale insiste sur ce fait. C'est une idée fausse. L'eau ne peut qu'accentuer ou faciliter la perte de poids. L'eau sera absorbée dans l'estomac, et envoyée ensuite vers les reins. Cependant, l'eau peut temporairement augmenter le sentiment de plénitude, de bien-être.

abs11.5 bleu1  Un régime diététique c'est compliqué

Cette idée est généralement véhiculée par les personnes ayant essayé plusieurs régimes diététiques trouvés dans les magazines ou dans les livres médiatisés.
Ces personnes décrivent le régime diététique ou comme un système complexe de calcul de calories et de recettes impossibles à manger.
La réalité est plus simple, un régime diététique est un geste simple et sans prétention, remplacer le dessert par une assiette de fruits est en soi un geste important dans n'importe quel régime diététique, sans calculer les calories, sans chercher des recettes impossibles à faire.

abs11.5 bleu1 L'échec d'une fois c'est pour toujours

La relation avec la nourriture est parfois émotionnelle. Certaines personnes suivent un régime diététique pendant un moment, puis abandonne ce régime par ennui, ou par désir. Le retour vers le régime diététique s'accompagne parfois de culpabilité ou de frustration.
Un régime abandonné pendant un certain temps n'est pas un régime sans efficacité. Il est toujours possible de revenir à un régime diététique abandonné pendant un certain temps, et retrouver toujours la même efficacité.
Un aliment restreint consommé ne détruit pas l'efficacité de votre régime. Il peut arriver qu'une personne en régime diététique hypocalorique consomme une grande quantité de calories pendant une invitation, ou une fête. Ce fait ne changera pas l'efficacité théorique du régime. Il suffit simplement d'équilibrer l'apport calorique à long terme.

 

 

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Manger moins? Fait-il mincir ?

Cette question peut sembler banale ou d'une réponse évidente,  mais en réalité, la réponse est difficile. Restreindre l'ingestion de la nourriture pour réduire le poids du corps, pour la prévention et pour le traitement de l'obésité est un point essentiel et important dans tout régime.

De nombreuses études ont suggéré que le fait de moins manger est lié à la perte de du poids à long terme, d'autres études semblent prouver le contraire, mettant en évidence que le fait de réduire l'alimentation n'a aucun lien avec la perte de poids à long terme.

care6 D'autres études soulignent que le fait de moins manger n'est pas le facteur essentiel dans le traitement de surpoids ni de l'obésité et insistent que les habitudes alimentaires et leurs cortèges émotionnels et rituels jouent un rôle important.

care6 Ces données expliquent l'importance d'adopter une approche graduée  et progressive dans n'importe que régime restrictif et de prendre en compte le comportement et les émotions qui gouvernent les rituels alimentaires.

care6 Ces études démontrent un lien négatif entre le degré de la restriction et le l'index de la masse corporelle ; suite à des régimes trop restrictifs, les personnes risquent d'avoir un poids plus élevé que le poids avant le régime.   Cela permet de penser que le degré de contrainte est lié à la réussite d'un régime alimentaire restrictif.
Il existe de nombreuses évidences scientifiques suggérant que le modèle occidental riche en viande rouge, en nourriture grasse, avec desserts est associé un risque sensiblement plus élevé de visiter et de diabète de type 2, et de maladies cardiaques.

care6 Le problème posé par le modèle occidental est fondé sur une contradiction : continuation de ce modèle alimentaire avec changement de modèle de vie, les personnes continuent à consommer la nourriture de la même façon que leurs grands-parents, mais elles sont devenues sédentaires, citadins, avec moins d'activités physiques.
Ainsi, de nombreuses propositions circulent pour adapter ce modèle, des propositions de prudence invitant les gens dans le monde occidental à manger plus de fruits, légumes, poissons, et des produits laitiers à faible teneur en matières grasses.

care6 Les études confirment que les modifications de style de vie peuvent avoir les mêmes résultats, voire plus de résultats, dans le traitement de diabète que les médicaments.

 

achat-aliments

 

 

Quel régime choisir ?

 Suivre un régime diététique et restrictif n'est pas un geste banal.  Si le régime diététique est un traitement parfois prescrit pour traiter dans l'obésité, suivre un régime diététique est fréquent, voire à la mode, avec des modalités variables selon les personnes et les buts recherchés.
De nombreuses études ont tenté de savoir si un régime diététique influence la santé physique et mentale. Ces études sont parfois contradictoires dans leur approche et dans le résultat en raison de la multitude de modèles de régime.

Il existe plusieurs façons de choisir un régime. Certains cherchent un régime alimentaire en consultant le corps médical, D'autres choisissent un régime commercial sous l'influence de la publicité ou de la promotion, et d'autres préfèrent suivre un régime auto prescrit, et autoguidés.

 

abs11.5 Régimes prescrits par le corps médical 

En général, consulter le corps médical pour avoir un régime alimentaire diététique est un geste plus fréquent chez les personnes ayant des problèmes sanitaires graves: obésité sévère, dépression, troubles de comportement alimentaire, mais aussi à la fin  d'une longue histoire d'échec de régimes commerciaux ou personnels pratiqués sans réussite.

En général, les régimes conseillés par le corps médical favorisent la perte de poids à travers le changement de l'alimentation comme la réduction du nombre des calories, accompagnée d'activité physique.

Dans ces régimes médicaux, le traitement comportemental peut jouer un rôle également pour améliorer l'autocontrôle, et pour faciliter les changements du comportement en face du stimulus responsable de la sensation de faim.

En général, après ces régimes, on observe un résultat moyen de 10 % de réduction du poids par rapport au poids initial dans une durée de 30 semaines. Cependant l'entretien de cette perte de poids demeure un défi difficile en dépit d'un traitement comportemental. La majorité de poids perdu est regagné dans un délai de trois à cinq ans.

Ainsi, l'obésité devrait être conceptualisée comme un trouble du comportement alimentaire chronique, qui nécessite un traitement à long terme.

 

abs11.5 Les régimes commerciaux

Les études ont souligné également l'efficacité des régimes diététiques commerciaux suivis par des millions des personnes aux États-Unis et en Europe. Les résultats moyens de ces régimes commerciaux indiquent une perte de deux 10 à 20 % du poids par rapport au poids initial, cependant l'entretien de cette perte et sa préservation semblent moins importantes que dans les régimes prescrits par le corps médical. La substitution des repas par des repas diététiques  (par exemple, SlimFast) peut favoriser l'entretien du poids perdu. D'autres stratégies sont disponibles également pour préserver le poids perdu. À l'arrivée, les résultats indiquent que 5 % du poids sera perdu à long terme.

 

abs11.5 Les régimes auto prescrits, auto guidés

Les régimes auto prescrits ou auto guidés sont les régimes les plus fréquents,  c'est l'approche la plus répandue pour perdre du poids,  pour lutter contre l'obésité. L'évaluation de ce genre de régime est difficile car il s'agit parfois de régimes personnels. D'ailleurs, dans la plupart des cas, les personnes qui suivent les régimes auto prescrits et autoguidés déclarent que leur but premier est d'empêcher le gain de poids.

En général, dans une population donnée, les personnes qui s'auto identifient comme adoptant un régime restrictif et diététique suivent en réalité ce régime pour empêcher de gagner le poids, ou pour entretenir une perte de poids.

Les études démontrent que certaines personnes apprennent à ignorer les signaux de la faim et arrive à réguler leur appétit.  En d'autres termes, dans certains cas,  des personnes pratiquant des régimes auto guidés arrivent à ne plus avoir faim, et de ne plus avoir besoin de faire un régime restrictif.

Un tiers des personnes engagées dans un régime auto guidé ne pratiquent aucune restriction calorique, ni aucune activité physique. Sans conseil, ni soutien, nombreuses personnes vont gagner du poids en appliquant un régime auto guidé, et finissent par consulter le corps médical après plusieurs échecs successifs de leur supposée régime.

Un certain nombre de régimes proposés par les non-spécialistes, journalistes, les vedettes,  hommes des médias, finissent par entraîner les personnes qui suivent ces régimes auto proclamés dans une spirale d'échec.

En cas de réussite de perte de poids dans les régimes autoguidés, les personnes déclarent avoir appliqué des règles comparables à celles appliquées dans les régimes prescrits par le corps médical. Dans une étude portant sur 5000 personnes ayant perdu du poids en suivant un régime auto guidé, une grande majorité de ces personnes a suivi un régime diététique faible en matières grasses, pauvre en calories, accompagné d'une activité physique.

Ce genre d'étude démontre d'une façon scientifique que le succès à long terme pour perdre du poids est possible, en utilisant n'importe quel régime, à condition d'appliquer une restriction de calories accompagnées d'activité physique. D'autre part, ce genre d'étude confirme la difficulté d'entretenir la perte du poids à long terme.

 

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Régime ou diète ?

De nombreux livres et de nombreuses pages consacrés aux régimes dans les médias ne distinguent pas diète et régime, proposent des recettes miracles qui fonctionnent toujours à court terme, avec un risque de provoquer de prise de poids à long terme. La question est donc posée pour le long terme car n'importe quel régime minceur peut fonctionner durant les premières semaines.

Pour multiples raisons, l'utilisation de mot diète dans la langue française devient synonyme des régimes.

Le régime alimentaire s'est défini par un ensemble d'habitudes, de rituels, et des choix alimentaires. Ce modèle alimentaire est généralement influencé par de nombreux facteurs comme le revenu financier, la culture, la religion, la géographie, et les styles de vie. Ainsi nous pouvons parler de régime alimentaire crétois, réputé pour ses vertus comme régime alimentaire pauvre en cholestérol, capable de favoriser une longévité exceptionnelle.

Et dans ce cas, l'utilisation de terme régime désigne les habitudes alimentaires, les choix d'aliments, une façon de préparer les repas, et une façon de consommer la nourriture au sein de la population crétoise.

Ainsi chaque culture possède son propre régime alimentaire. Dans la plupart des cas, le régime alimentaire local est équilibré dans son ensemble, adapté aux produits locaux, et répond aux exigences culturelles. Le régime alimentaire en France varie selon les régions, influencé par les produits locaux, avec large place aux produits laitiers comme le beurre et fromage, avec l'intégration du vin rouge.

Le régime alimentaire végétarien est un autre exemple d'un régime alimentaire global.

Chaque régime alimentaire, s'est adapté avec le temps, pour répondre aux besoins nutritionnels et diététiques de la population. En général, il existe un tronc commun dans tous les régimes alimentaires du monde : équilibre, variation de l'alimentation, et la modération.

Les récentes évolutions de nos sociétés, accompagnées de la globalisation, ont favorisé le transfert des repas préparés dans d'autres pays. La consommation de ce genre de repas devrait être modérée, prudente, car ce genre de repas sont adaptés à un modèle alimentaire précis, et ne devrait pas être consommé massivement dans un autre modèle.

La diète est un régime alimentaire restrictif. C'est-à-dire un régime alimentaire qui favorise certains aliments, au détriment d'autres aliments. La diète est utilisée de plus en plus dans la langue française comme synonyme de régime.

La restriction alimentaire est un moyen utilisé par le corps médical pour soigner certaines maladies depuis l'Antiquité. Les sciences modernes de la nutrition ont permis de mieux comprendre le fonctionnement de l'organisme et ses besoins nutritionnels. Les régimes diététiques prescrits par les médecins nutritionnistes dans le cas de diabète par exemple visent à réduire le taux de glycémie en modérant la consommation d'alimentation sucrée.

 

 care1 Les régimes alimentaires diététiques sont devenus populaires depuis la deuxième guerre mondiale en raison de l'apparition de la minceur comme un critère esthétique et sanitaire. Progressivement ces régimes diététiques ont fleuri partout, faisant la fortune de certains, répondant à une demande grandissante de la population.

Des années après l'apparition de ces régimes dans le monde du grand public, l'obésité devient un sujet sanitaire et sociétal préoccupant.

Depuis quelques années, nous vivons un retour en arrière. Nous parlons à nouveau de mincir et de ne pas maigrir, de régime alimentaire comme la règle (c'est-à-dire la recherche d'un modèle alimentaire global à long terme) et en réservant les régimes alimentaires restrictifs et diététiques pour le traitement à court terme d'un excès de poids, d'une obésité.

 

 

abs11.5-bleu1 References :

  • Brown, Judith (2002). Nutrition through the Life Cycle. Belmont, CA: Wadsworth.
  • Shils, Maurice E.; Shike, Moshe; Ross, A. Catharine; Caballero, Benjamin; Cousins, Robert J.: Modern Nutrition in Health and Disease, 10th Edition. 2006 Lippincott Williams & Wilkins
  • T. Eskenazi, “Dietary Restraint and Disinhibition are Associated with Increased Alcohol Use Behaviors and houghts in Young Women Social Drinkers,” Eating Behaviors, 7, 2, 2006.
  • Olendzki, BC, Ma, Y, Schneider, KL, et al. A simple dietary message to improve dietary quality: Results from a pilot investigation. Nutrition 2009; 25:736.

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Françoise Sagan: anti romance

 

Sagan   anti romance

 

Françoise Sagan: anti romance

En 1954, Simone de Beauvoir publie son roman les mandarins et décroche le prix Goncourt. Elle s'interroge sur la possibilité de concilier désir et responsabilité sociale, épanouissement personnel et couple.

Même année, le premier roman d'une jeune de 17 ans, habilement commercialisé par son éditeur, retient l'attention du public et de la critique, et remporte en mai le prix des Critiques.

 

 

sagan  francoise bonjour tristesse

 

Bonjour tristesse 1954

Bonjour tristesse de Françoise Sagan devient un best-seller en France puis aux États-Unis. Le roman est une romance familiale plutôt qu'une romance proprement dite.

Le roman a choqué et ravi les lecteurs par sa représentation de l'adolescence sexualisée, amorale, absorbée par les plaisirs et le confort égoïste plutôt que par le devoir ou par la recherche du véritable amour.
Cécile, jeune parisienne de dix-huit ans, sort et fréquente en compagnie de son père Raymond, un quadragénaire veuf séduisant, frivole et libertin. Cécile va d'un garçon à un autre, elle s'ennuie, est triste.
«Paris, le luxe, la vie facile. Je crois bien que la plupart de mes plaisirs d'alors, je les dus à l'argent : le plaisir d'aller vite en voiture, d'avoir une robe neuve, d'acheter des disques, des livres, des fleurs. Je n'ai pas honte encore de ces plaisirs faciles, je ne puis d'ailleurs les appeler faciles que parce que j'ai entendu dire qu'ils l'étaient..

Avec son père et sa maîtresse Elsa âgée de vingt-neuf ans, elle passe l’été sur la Côte d’Azur, insouciants et légers, existence hédoniste, luxe, nonchalance et plaisirs. Cécile flirte avec Cyril, un jeune voisin, étudiant.
Avec lui elle découvre la sexualité :

"À deux heures, j’entendis le léger sifflement de Cyril et descendis sur la plage. Il me fit aussitôt monter sur le bateau et prit la direction du large. La mer était vide, personne ne songeait à sortir par un soleil semblable. Une fois au large, il abaissa la voile et se tourna vers moi. Nous n’avions presque rien dit :
« Ce matin…, commença-t-il.
– Tais-toi, dis-je, oh ! tais-toi… »
Il me renversa doucement sur la bâche. Nous étions inondés, glissants de sueur, maladroits et pressés ; le bateau se balançait sous nous régulièrement. Je regardais le soleil juste au-dessus de moi. Et soudain le chuchotement impérieux et tendre de Cyril… Le soleil se décrochait, éclatait, tombait sur moi. Où étais-je ? Au fond de la mer, au fond du temps, au fond du plaisir… J’appelais Cyril à voix haute, il ne me répondait pas, il n’avait pas besoin de me répondre.
La fraîcheur de l’eau salée ensuite. Nous riions ensemble, éblouis, paresseux, reconnaissants. Nous avions le soleil et la mer, le rire et l’amour, les retrouverions-nous jamais comme cet été là, avec cet éclat, cette intensité que leur donnaient la peur et les autres remords ?…
J’éprouvais, en dehors du plaisir physique et très réel que me procurait l’amour, une sorte de plaisir intellectuel à y penser. Les mots « faire l’amour » ont une séduction à eux, très verbale, en les séparant de leur sens. Ce terme de « faire », matériel et positif, uni à cette abstraction poétique du mot « amour », m’enchantait, j’en avais parlé avant sans la moindre pudeur, sans la moindre gêne et sans en remarquer la saveur. Je me sentais à présent devenir pudique."

Raymond reçoit la visite d'une ancienne amie de sa femme, Anne Larsen, femme de quarante-deux ans, directrice d’une maison de couture. Raymond s’éprend d’elle. Anne s’installe à la villa qu’Elsa quitte, puis Raymond annonce à Cécile sa décision de renoncer aux amours éphémères et d'épouser Anne.
D'abord heureuse à cette nouvelle, elle découvre cependant peu à peu que ce mariage risque de mettre de l'ordre dans son existence, de menacer son bonheur et son style de vie.

Elle obtient que Cyril et Elsa feignent d’être amoureux, devant Raymond qui ne tarde pas à s’offusquer et finit par revenir à Elsa. Anne le découvre, et furieuse quitte la maison. Un peu plus tard, elle se tue dans un accident de voiture.
Cécile et son père reviennent à Paris, reprennent leur existence insouciante. La vie de Cécile sera toujours teintée de tristesse
"Aujourd'hui, quelque chose se replie sur moi comme une soie, énervante et douce, et me sépare des autres

 

Sagan   un certain sourire

 

 

Un certain sourire 1956

Sagan devient une figure iconique des années 1950 et 1960. Elle représentait la jeunesse, l'insouciance, et le côté immoral assumé. Elle est plus célèbre que sa littérature, sa biographie intéresse plus que ses romans. Ses romans ne sont toujours pas mentionnés dans les manuels scolaires en France.

Après Bonjour tristesse, les romans de Sagan appartiennent au genre de la romance : récits légers d'amour et de séparation se déroulant dans les classes aisées, dans le milieu raffiné des arts et des médias parisiens.

Dominique, une jeune fille qui mène sa vie entre des études en droit à la Sorbonne, et l'amour de Bertrand. Elle s’ennuie :
«Il me fallait quelqu'un ou quelque chose. Je me disais cela en allumant ma cigarette, presque à voix haute : quelqu'un ou quelque chose et cela me paraissait mélodramatique.»
Elle rencontre Luc, l’oncle de Bertrand, un charmant quadragénaire, séduisant et marié. Elle désire aimer sans penser sans se soucier du temps, veut vivre au présent, «J'étais jeune, un homme me plaisait, un autre m'aimait. J'avais à résoudre un de ces stupides petits conflits de jeune fille ; je prenais de l'importance. Il y avait même un homme marié, une autre femme, tout un petit jeu de quatuor qui s'engageait dans un printemps parisien. Je me faisais de tout cela une belle équation sèche, cynique à souhait


Françoise, épouse de Luc, prend Dominique sous son aile, et ne voit rien. Bertrand s’indigne et rompt avec la jeune femme.


«Le bonheur est une chose plane, sans repères. [...] Peut-être le bonheur, chez les gens comme moi, n'est-il qu'une espèce d'absence, absence d'ennuis, absence confiante. À présent je connaissais bien cette absence, de même que parfois, en rencontrant le regard de Luc, l'impression que tout était bien, enfin. Il supportait le monde à ma place. Il me regardait en souriant. Je savais pourquoi il souriait et
J’avais aussi envie de sourire. [...] Je me surpris dans la glace et je me vis sourire. Je ne m'empêchai pas de sourire, je ne pouvais pas. À nouveau, je le savais, j'étais seule. J'eus envie de me dire ce mot à moi-même. Seule. Seule. Mais enfin, quoi? J'étais une femme qui avait aimé un homme. C'était une histoire simple ; il n’y avait pas de quoi faire des grimaces.»
En 1958, le roman fut adapté au cinéma par Jean Negulesco, avec Christine Carrère, Rossano Brazzi, Joan Fontaine.

 

Sagan   Dans un mois dans un an


Dans un mois, dans un an (1957)

Fanny et Alain, éditeur à Saint-Germain-des-Prés, tiennent salon une fois par semaine, recevant leurs jeunes amis écrivains, artistes et mondains agréables.
Alain se demande s'il ne s'est pas trompé de vie, en étant au côté d'une femme terne alors qu'il aime en secret la belle Béatrice, comédienne en quête d'un grand rôle. Un de leurs amis, Bernard, journaliste et romancier encombré d’une épouse fidèle, mais fade, Nicole, est l'heureux amant de Béatrice, mais tente vainement de séduire Josée, une fille libre et insaisissable. Alcool, plaisirs parisiens, futilités, ces personnes sont à la recherche du sens de la vie sociale et de la vie tout court, et font le malheur de leurs proches.
Quand Alain, Bernard ou Béatrice auront atteint leur but, que restera-t-il de leurs succès ou de leurs échecs, quelques moments de bonheur, un peu d'amertume et beaucoup de tristesse. C'est tout.

 

Sagan, sexe sans sentiment et sans culpabilité

L'univers de Sagan est peuplé de lassitude chic du monde, de cafés et de soirées où journalistes, directeurs de théâtre, mannequins et actrices se rassemblent pour flirter, parler, boire et tomber amoureux. Elle suit son public, car elle captait une atmosphère ambivalente d'attirance, et de répulsion face à la superficialité de la nouvelle France consumériste. Les personnages de Sagan prennent pour acquis les plaisirs matériels: voyages, vacances sur la Côte d'Azur, loisirs, bonne nourriture et boissons. Ils sont aussi désorientés, conscients parfois avec complaisance du vide qui entoure leur existence et notent avec douleur qu'ils vivent dans un vide moral.

Les héroïnes des deuxième et troisième romans de Sagan, Un certain sourire (1956) et Dans un mois, dans un an (1957), partagent la liberté sociale et sexuelle de Cécile de Bonjour tristesse, et son sentiment résigné, doux amer qu'il n'y a rien de significatif à faire de cette liberté. L'ennui comble le vide.

Elles tombent amoureuses, affrontent les conflits entre amour et autonomie personnelle, entre sentiments et société, entre devoir et désir.

Le monde de Sagan refuse les valeurs transcendantes, c’est un monde sans Dieu, sans vérités morales absolues, sans sens, la liberté est la condition inconfortable de l'existence de ses protagonistes plutôt que leur but.

L'influence de l'existentialisme est remarquée par les critiques, et reconnue par Sagan elle-même, bien que Sagan n'ait jamais partagé le sens de la responsabilité personnelle et politique, ni l'éthique de l'engagement proposés par Sartre.

L'impact de Simone de Beauvoir est présent. Simone de Beauvoir formule son rejet des modèles proposés d'épanouissement féminin : le mariage et la maternité, cherche une alternative : indépendance financière, autonomie, et engagement sociopolitique. Les héroïnes de Sagan, dont le champ de réflexion et d'action ne s'étend pas plus loin que les relations personnelles et les loisirs ne partagent pas les opinions de De Beauvoir.

Dans ce monde sans absolu, des rencontres sexuelles agréables et occasionnelles devraient suffire à certains moments de bonheur, la liberté est un moyen, mais de quoi? Le couple est incertain, et ne peut être la solution.

Ni passion, ni romance, les héroïnes assument leur propre liberté sexuelle et la valeur qu'elles attachent à l'autodétermination. La relation idéale proposée à Dominique, l'héroïne étudiante d'Un certain sourire, par Luc, homme séduisant, marié et plus âgé, est "une aventure sans lendemain et sans sentimentalité" (Sagan 1956 : 79) dans lequel le désir et l'intérêt mutuels permettront à chacun de suspendre brièvement l'ennui qui ronge la vie. Une relation sans conséquences sur le reste de la vie. Dominique accepte. Dans le roman Dans un mois, dans un an, Josée emmène Jacques chez elle pour répondre à une attirance désinvolte :


" Il était assez beau, mais vulgaire et sans intérêt" (Sagan 1957 : 16), et passe ensuite trois jours à l'hôtel avec son ex-amant Bernard, pour ne pas le décevoir, car il l'aime toujours:
" Un vrai bonheur, une fausse histoire d'amour " Dans un mois, dans un an 1957 : 105).

Ces héroïnes sont antisentimentales, traitent le sexe et l'amour de la même manière que les personnages masculins chez Sagan. Leur liberté n'invente pas un modèle, mais copie le modèle masculin dans les relations : le lien n'est pas essentiel, l'amour est aléatoire, transitoire, une menace pour l'indépendance.

Dominique, malgré ses efforts, tombe amoureuse de Luc, le "certain sourire" avec lequel elle termine son récit marque la fin de cet amour et de son plaisir, une fin teintée de résignation, de solitude retrouvée, et de détachement affectif retrouvé.

"Je ne m'empêchai pas de sourire, je ne pouvais pas. À nouveau, je le savais, j'étais seule .... Seule. Seule. Mais enfin, quoi ? J'étais une femme qui avait aimé un homme. C'était une histoire simple ; il n'y avait pas de quoi faire des grimaces." Certain sourire, 1956, 35 (125)

Josée termine son histoire en aimant Jacques, mais en reconnaissant la vérité de la prophétie de Bernard : "Un jour vous ne l'aimerez plus et un jour je ne vous aimerai sans doute plus non plus. Et nous serons à nouveau seuls et ce sera pareil"
Dans un mois, dans un an 1957, (188).

Cécile dans Bonjour tristesse savoure un moment de bonheur dans le lit de Cyril, le quitte pour un autre, défend un monde de futilité sans pour autant échapper à sa tristesse.

Les histoires d'amour de Sagan sont aux antipodes des scénarios classiques de la romance, où la solitude est finalement remplacée par le bonheur avec un véritable amour.

Les récits de Sagan sont construits sur l'intrusion dans ce monde dépassionné des émotions intenses et maladroites, de sentiments qui perturbent la teneur "civilisée, adulte, raisonnable" (Sagan 1956 : certain sourire, 1956, 87) de ses relations.

Dans le roman Dans un mois, dans un an, Josée cherche Jacques dans le Quartier Latin, dans un besoin désespéré de l'avoir avec elle
" Même pour être battue ou repoussée "
Dans un mois, dans un an 1957, 129

L'amour, chez Sagan, par opposition au simple désir, signifie vouloir être avec l'autre même si cela n'apporte aucune gratification.

Dominique se rassure : "Nous nous plaisions, tout allait bien"

Luc décrit "cet effort bouleversant qu'il faut accomplir pour aimer quelqu'un, le connaître, briser sa solitude"

Si les romans de Sagan sont antisentimentaux et antiromantiques, lorsque ses protagonistes tombent amoureux, ils entrevoient un mode de relation plus empathique et attentif, les rencontres sont agréables, mais provisoires. Le bonheur est éphémère, la sexualité est une consommation partagée.

Pour les femmes chez Sagan, la tentative de vivre une romance durable se solde par la souffrance et même, dans le cas d'Anne, par la mort, comme si l'idéal de fidélité et de complicité n'avait pas sa place dans un monde dépourvu de sens, résigné aux plaisirs passagers et au vide permanent.

Le portrait que fait Sagan de la société d'après-guerre souligne le non-sens de la modernité, la liberté par rapport aux anciennes conceptions morales s'accompagne d'un sentiment désolé d'un vide éthique. Ses jeunes héroïnes assument leur liberté sociale et sexuelle, mais leur sphère d'action reste dans des domaines féminins liés aux relations et aux émotions.

Les héroïnes de Sagan démontrent leur capacité à adopter des modèles masculins de détachement émotionnel, d'autonomie et de vie indépendante, mais ne semblent pas résoudre le dilemme de la relation, de la solitude et du sens de la vie.

Dans les romans de Sagan, les femmes ne proposent aucune critique, ne formulent aucune proposition. Les héroïnes rejettent les modèles maternels pour s'identifier aux figures paternelles masculines (Bonjour tristesse est un bon exemple) qui encouragent l'engagement dans la vie publique, la liberté sexuelle, le détachement émotionnel. Le modèle du désir sexuel masculin est sublimé au détriment de l'amour féminin, et de la maternité.

 

 

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Max Ernst, le tableau Femme oiseau

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Max Ernst, le tableau Femme oiseau

 Max Ernst (1891-1976) était un artiste d'avant-garde, allemand, prolifique. Max Ernst était un provocateur, un artiste innovant qui a exploité son inconscient pour créer des images oniriques qui se moquaient des conventions sociales.

Soldat de la Première Guerre mondiale, Ernst est sorti profondément traumatisé et critique de la culture occidentale.
Ces sentiments ont alimenté sa vision du monde moderne comme irrationnel, une idée qui est devenue la base de son œuvre. Ernst était un pionnier des deux mouvements, Dada et surréalisme et à développé de techniques artistiques inventives.
Ernst avait la capacité de rendre l'incroyable crédible à travers son art. Pour cette raison, il reste à ce jour l'un des artistes surréalistes les plus complexes.
Max Ernst a également développé une fascination pour les oiseaux qui se manifeste tout au long de son travail. Cette étrange fixation est venue après un incident plutôt sombre qu'il a vécu dans son enfance. Selon lui, son oiseau de compagnie préféré est mort au moment où sa petite sœur est née.

 

L'art de Max Ernst peut-il être expliqué ?

Max Ernst a attaqué les conventions et traditions de l'art, tout en possédant une connaissance approfondie de l'histoire de l'art européenne. Il a remis en question le caractère sacré de l'art en créant des œuvres non représentatives sans récits clairs pour exprimer la condition moderne.

Ernst a été l'un des premiers artistes à appliquer les théories du rêve de Sigmund Freud pour enquêter sur sa profonde psyché. Tout en se tournant vers lui-même, Ernst exploitait également l'inconscient universel avec son imagerie onirique.

Ernst a tenté de peindre librement à partir de sa psyché intérieure et de ses émotions primaires et ses traumatismes personnels, pour créer de ses peintures et ses collages.

Ce désir de peindre à partir du subconscient connu sous le nom de peinture automatique était au cœur de ses œuvres surréalistes et influencera plus tard les expressionnistes abstraits .
Pour les surréalistes, l'art est « une codification avouée non seulement de la façon dont les artistes voient le monde, mais aussi de la façon dont ils se voient. Pour rendre explicite la nature personnelle de leur art, ils ont créé des personnages individuels qu'ils ont inclus dans leurs œuvres ». Les artistes surréalistes ont utilisé les techniques nouvellement développées du domaine de la psychologie pour mener des recherches sur leur propre passé et découvrir une combinaison unique de symboles visuels.


Les artistes surréalistes voulaient que leur art pose plus de questions qu'il n'y répond. Ainsi, il ne peut pas vraiment y avoir de conclusion concrète à l'art surréaliste. Cela n'a jamais été censé être un mystère résoluble.

Dans le vidéo suivant, une description rapide de son tableau le monde ou la femme oiseau.

 

 

 

 

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Aliments : conservation

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Aliments : conservation

Depuis l'antiquité, il a fallu élaborer des techniques permettant de conserver les aliments afin de préserver leur comestibilité et leurs propriétés gustatives et nutritives, et surtout pour assurer la disponibilité alimentaire.

La conservation des aliments est également un facteur important de la sécurité alimentaire.

La conservation alimentaire exige de lutter contre les facteurs qui altèrent la qualité  de l'aliment ou sa comestibilité et implique d'empêcher la croissance de micro-organismes (bactérie, champignons), de retarder l'oxydation des graisses qui provoque le rancissement,  la lyse des tissus riches en protéines, et d'allonger la durée de vie des produits.

Certaines méthodes de conservation sont très anciennes, d'autres sont plus récentes. La conservation alimentaire reflète les connaissances scientifiques, les expériences, et les moyens disponibles.

En règle générale,  le traitement des aliments par la chaleur demeure  la technique la plus utilisée pour la conservation de longue durée.
-          Pasteurisation et stérilisation pour réduire le nombre des bactéries dans les aliments

-          Séchage, déshydratation osmotique afin de réduire l'humidité et empêcher  la prolifération bactérienne.

-          Réfrigération et congélation : retarder la prolifération bactérienne.

-          Cuisson : modifier l'aliment et neutraliser les bactéries.

-          Fermentation : modifier la nature de l'aliment pour le rendre plus résistant pendant sa conservation.

-          Préservation dans le sucre, le sel, huile ou autre.

Les méthodes de conservation ne préservent pas l'aliment de la même façon, la viande séchée ne possède  par exemple ni les mêmes nutriments, ni les mêmes qualités gustatives que la viande congelée, cuite ou préservée dans le sel.


Aliments : méthodes de conservation

La conservation des aliments est une méthode utilisée pour préserver  et empêcher une altération possible par des facteurs chimiques (oxydation), physiques (température) ou biologiques (microorganismes ou enzymes). La vitesse d'altération dépend des caractéristiques « intrinsèques » de chaque aliment et aux conditions  qui sont liées à l'environnement.


Les techniques de conservation

Ces techniques  peuvent être classées en trois groupes :

abs11.5-orange Physique, : Les techniques utilisées sont des procédés physiques  comme la température, la pression, les rayons ionisants et les champs électriques.

abs11.5-orange Physico-chimique :  Les techniques utilisées se basent sur la modification des caractéristiques intrinsèque de l'aliment comme le pH, la quantité d'eau ou l'incorporation d'additifs pouvant aider à la conservation.

abs11.5-orange Microbiologique : C'est l'utilisation des microorganismes capables de modifier les  caractéristiques physiques ou chimiques de l'aliment ; la technique la plus utilisée est la fermentation.

En général, plusieurs techniques sont utilisées selon des recettes ou des procédures industrielles pour conserver les  aliments, ces techniques varient selon l'aliment, et le but recherché ( durée , préservation de caractéristiques gustatives et  nutritives.)
Dans la vie courante, au quotidien, nous utilisons ces moyens de conservation sur le plan collectif et individuel afin de préserver notre santé et éviter les intoxications alimentaires en stockant des produits laitiers et les viandes par exemple dans le réfrigérateur pour une conservation de courte durée ( utilisation d'une procédure physique : le froid) ou pour une conservation de longue durée en utilisant le congélateur.

Transformer les fruits en confiture applique l'utilisation de plusieurs procédures : la température, et la diminution de quantité d'eau présente dans les fruits, et l'utilisation du sucre à haute dose pour empêcher toute prolifération microbienne. La conservation des fruits dans l'alcool, certains légumes dans le vinaigre ou dans l'huile d'olive est une conservation assez courante.

Nous consommons également de nombreux aliments conservés selon des procédures industrielles ou domestiques. Certains produits conservés possèdent des qualités gustatives particulières. On consomme ces produits comme le jambon ( viande cuite, salée, légèrement séchées) ou le saumon fumé ( séchage, fumaison, salage) pour savourer leurs qualités gustatives et non pas seulement pour assurer notre sécurité alimentaire.

 

Aliments : conservation par la chaleur

Le traitement des aliments par la chaleur est un traitement thermique capable d'assurer une bonne conservation de nos aliments à courte et à longue durée. Ce traitement est capable de détruire partiellement ou entièrement les bactéries et les micro-organismes capables d'infester nos aliments, les enzymes présents dans les aliments responsables de leurs putrifications et de leur autolyse.

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L'utilisation de la chaleur dépend du but recherché, et de la nature de l'aliment. En règle générale, la température élevée est associée avec une conservation de longue durée, cependant le traitement thermique des aliments devrait prendre en compte la préservation des éléments nutritifs, et la résistance de certains micro-organismes.

La cuisson domestique est la méthode la plus répandue pour conserver les aliments, au-delà de cette conservation dont le but est d'assurer notre hygiène alimentaire, la cuisson est un art, une culture associant un héritage culturel et social.

Il existe de nombreuses techniques de conservation alimentaire utilisant la chaleur : stérilisation, cuisson, pasteurisation, thermisation, et blanchiment.

abs11.5-bleu1 La stérilisation par la chaleur : exposer les aliments à une température  supérieure à 100°C, pendant une durée suffisante pour inhiber les enzymes et les microorganismes.

abs11.5-bleu1 La cuisson : traitement thermique des aliments selon des recettes simples variables et dont le but est de rendre l'aliment agréable à consommer, comestible, et d'assurer une conservation de courte durée.

abs11.5-bleu1 L'appertisation : stériliser par la chaleur des denrées périssables dans des contenants (boîtes métalliques, bocaux, etc.)  hermétiquement fermés. C'est le principe des conserves domestiques.

abs11.5-bleu1 La pasteurisation : traitement thermique modéré et suffisant pour détruire les micro-organismes les enzymes pour une conservation d'une durée moyenne.

abs11.5-bleu1 La thermisation : traitement thermique particulier appliqué au lait cru, en l'exposant à une température dépassant le 63ºC pendant au moins 16 secondes. Ce traitement est capable d'assurer l'hygiène alimentaire,  la bonne conservation et une qualité gustative et nutritionnelle acceptable.

abs11.5-bleu1 Le blanchiment : exposer l'aliment à un traitement thermique de 70 °C à 100 °C pendant quelques minutes.  Le blanchiment est utilisé comme premier étape pour la conservation des légumes et des fruits avant leur surgélation ( congélation) ou leurs séchages.

 

Appertisation

Le mot "appertisation" vient du nom de l'inventeur de ce procédé, Nicolas Appert

abs11.5-orange Histoire de l'appertisation

La conserve, ou appertisation est une méthode de conservation alimentaire par la chaleur et dont le principe  est de mettre les aliments dans des récipients étanches que l'on chauffe pour détruire les bactéries capables d'altérer l'aliment ou d'empêcher sa consommation. Cette méthode développée par Appert répond à deux exigences : la conservation des aliments et la réduction des risques d'intoxication alimentaire.

La méthode d'Appert utilisait des récipients en verre étanches, ressemblant à des bouteilles de champagne, plongées de l'eau bouillante. Les récipients sont généralement chauffés de 110 à 120° C.

Pierre Durand a fait breveter en Angleterre un procédé utilisant des boîtes en fer-blanc. Plusieurs améliorations de ce procédé ont suivi dans les années 1860 et ont permis sa diffusion à grande échelle.  En 1860, Pasteur apporte l'explication scientifique du procédé d'Appert : la destruction des bactéries par le traitement thermique.

De nombreux aliments peuvent être conservés de cette façon : légumes, viandes, fruits de mer, volaille. Les aliments acides peuvent être conservés sans subir un traitement thermique élevé c'est le cas de certains fruits.

 

abs11.5-orange Les conserves appertisées aujourd'hui

L'utilisation de cette méthode améliorée par les techniques modernes continue à être répandue pour la conservation à long terme des denrées alimentaires d'origine animale ou végétale pendant une durée allant de quelques mois quelques années.

En France, les conserves domestiques appertisées font partie de la cuisine locale. Sur le plan collectif, la consommation des boîtes de conserve est constante assurant à la fois la conservation des aliments pendant la récolte, la facilité de distribution et une bonne sécurité alimentaire.

Afin d'améliorer la qualité nutritionnelle, il est important de réduire le temps entre à la récolte le traitement du produit, cela favorise la conservation des vitamines et des nutriments. Les conserves appertisées préservent également d'une façon satisfaisante la qualité nutritionnelle des poissons et des viandes.

Aujourd'hui, cette méthode fait partie des procédés utilisés dans la conservation alimentaire avec de nombreuses améliorations rendues possibles par le progrès scientifique. Dans certains cas le produit alimentaire est stérilisé ou pasteurisé, enfermé dans un contenant stériliser à son tour par traitement thermique ou par d'autres procédés comme les rayons ultraviolets.

Les aliments conservés peuvent être, au départ, crus ou traités selon la procédure utilisée : rôtis, blanchis, cuisinés ou autres avant d'être renfermés dans un récipient étanche qui subira à son tour un traitement thermique.

Les boîtes métalliques ont remplacé largement les bouteilles en verre utilisés par Nicolas Appert.

Inconvénients :


abs11.5 Ce procédé de conservation altère les qualités gustatives des aliments bien qu'il permette une bonne préservation des qualités nutritionnelles.

abs11.5 En cas de manque d'hygiène ou de mauvaise application de la procédure, le risque alimentaire peut être sérieux. L'intoxication alimentaire par le botulisme peut mettre la vie en danger.

abs11.5 L'utilisation des récipients devrait éviter l'intoxication par certains métaux comme le plomb.

abs11.5 L'étanchéité de l'emballage est indispensable à la bonne conservation de l'aliment. 

 

Pasteurisation

La pasteurisation est un procédé de conservation des aliments, découvert par Louis Pasteur au  19ème siècle. La pasteurisation a pour but la destruction des microorganismes pathogènes et les enzymes responsables de l'autolyse.

abs11.5 orange Avantages

Elle permet de préserver les caractéristiques des produits, notamment sur le plan gustatif.

La pasteurisation préserve la consistance, l'apparence (par exemple la couleur) et le goût des aliments traités, ce qui n'est pas  le cas d'autres procédés tels que la stérilisation. La pasteurisation permet également de préserver  les protéines, les vitamines, et les sels minéraux, mais la durée de conservation est courte.

abs11.5 orange La technique

La pasteurisation est un traitement thermique modéré qui tue la plupart des microorganismes sensibles à la chaleur mais pas les spores des champignons. Les aliments pasteurisés ne sont donc pas stériles et contiennent encore des germes en petite quantité. Les aliments pasteurisés sont conservés au froid (+4°C). En dehors de la réfrigération, d'autres moyens de conservation peuvent être utilisés contrer le développement des microorganismes survivants : ajout d'agents chimiques de conservation, emballage sous vide.

Les aliments pasteurisés se conservent plus longtemps que des aliments frais mais pas indéfiniment.

La technique utilisée consiste à soumettre les aliments à une température comprise entre 65 et 100° pour une courte durée avant de les refroidir rapidement.

Le traitement thermique est  suivi d'un brusque refroidissement puisque tous les microorganismes ne sont pas éliminés et qu'il est nécessaire de ralentir le développement des germes encore présents.

On distingue la pasteurisation lorsque le chauffage est inférieur à 100°C et la stérilisation lorsqu'il est supérieur à 100°C (La pasteurisation entre 65°C et 100°C, la stérilisation entre 115°C et 120°C.)

abs11.5 orange La pasteurisation et les aliments

La pasteurisation s'utilise pour de nombreux aliments : lait, conserves de légumes,  jus de fruits.

S‘il existe des températures normées pour la pasteurisation du lait et d'autres aliments liquides, les températures ne sont pas soumises à des règles pour celle des aliments solides, par exemple des conserves, sans dépasser 100 °C.

La pasteurisation du lait sert à détruire les microorganismes nuisibles, les bactéries et les ferments lactiques, qui contribuent à faire tourner le lait frais. De plus, elle rend le lait plus digeste.

Il existe deux procédés de pasteurisation du lait :

 

Pasteurisation basse:

méthode autrefois utilisée,  abandonnée presque partout, qui consiste à amener le lait à une température de 62-65 °C pour une durée de 30 minutes.

 

 Pasteurisation haute ou Ultra-pasteurisation:

Cette technique est utilisée par l'industrie laitière. La pasteurisation détruit partiellement les agents pathogènes et  les bactéries. Quelques bactéries peuvent survivre à la pasteurisation, classique pouvant provoquer  la détérioration de lait comme  Streptocoques lactis, Lactobacil1es casei et L. cremoris, et transformer les protéines en lait caillé. Le lait est soumis à des températures  élevées pendant un laps de temps plus court : 15-30 secondes à 72-75 °C, ou  4-10 secondes à 85 °C.

    abs11.5 orange La Pasteurisation et le traitement thermique

    La température du traitement est généralement inférieure à 100 °C et la durée est de quelques secondes à quelques minutes. Ces données varient selon la nature de l'aliment. Par exemple, pour un jus de fruit, c'est 30 min à 65 ° c, ou 1 min à 77 °C ou 15 secondes à 88 °C.  Pour le lait, la durée est de 30 min à 63 °C ou 15 secondes  à  72 °C.

    Tous les microorganismes n'étant pas éliminés par la pasteurisation, ce traitement thermique doit être suivi d'un brusque refroidissement. Les aliments pasteurisés sont alors conservés au froid (+4 °C) afin de ralentir le développement des germes encore présents. Leur durée de conservation est ainsi limitée.

    En dehors de la réfrigération, d'autres moyens de conservation peuvent être utilisés parallèlement pour contrer le développement des microorganismes survivants, comme l'ajout d'agents chimiques de conservation, la réduction de l'activité de l'eau, l'acidification, etc

     

    Conservation par stérilisation

    La stérilisation est une méthode de conservation des aliments par la chaleur pour détruire entièrement les bactéries et préserver ainsi l'aliment, et permettre comme dans le cas du lait, une  longue conservation.

    La stérilisation fait appel à des températures supérieures à 100°C,  ce qui permet d'obtenir un produit alimentaire stérile.

    La stérilisation de l'aliment (et de son contenant) peut être réalisée de deux façons : La première consiste à une stérilisation simultanée du contenant et du contenu. Cette méthode se nomme appertisation. La deuxième méthode est fondée sur une stérilisation séparée du contenant et du contenu suivie d'un conditionnement stérile  (sans germes).

    Technique

    La stérilisation peut utiliser plusieurs techniques selon la température et la durée d'exposition:

    - Stérilisation  classique : 115° C pendant 15 à 20 minutes. (Perte de 30 % de vitamines)

    - Stérilisation  Haute Température : 140° C pendant quelques secondes (perte de 10 % de vitamines, meilleur goût). . Ce procédé met en œuvre soit le chauffage indirect soit le chauffage direct par contact entre le  produit et de la vapeur d'eau sous pression. Le produit stérilisé est ensuite refroidi puis conditionné aseptiquement. Ce processus est utilisé pour la stérilisation des produits liquides (lait, jus de fruits, …) ou de consistance plus épaisse (desserts lactés, crème, jus de tomate, soupes,…).

    Les produits stérilisés sont des conserves, et devraient être consommés avant une date limite.

    Semi-conserves
    Les semi-conserves sont des aliments périssables, conditionnées en récipients étanches  et ayant subi un traitement thermique pour assurer une conservation limitée. Elles sont conditionnées en récipients étanches, stockées au froid,  et devraient être consommées avant une date limite.


    abs11.5-bleu1 L'utilisation de la stérilisation alimentaire est fréquente dans notre consommation comme bouillir l'eau (avant de la consommer,  bouillir le lait cru ou stériliser les bouteilles utilisées dans l‘alimentation des  nourrissons.

    abs11.5-bleu1 La stérilisation est la méthode utilisée pour faire les conserves domestiques ou industriels ; cette méthode est rarement utilisée seule.

     

    Thermisation du lait

    La thermisation est un traitement thermique, une  forme allégée de pasteurisation, un chauffage de 45 °c pendant 30 minutes, 63ºC pendant 16 secondes, ou 72°c pendant 1 seconde pour détruire les bactéries pathogènes  comme la listéria en essayant de préserver la flore bactérienne naturelle du lait (des bactéries qui ne provoquent pas des maladies chez les humains comme les bactéries lactiques, bactéries d'affinage).

    C'est une technique qui exige des équipements spécifiques, cela explique que la thermisation est une technique répandue dans les structures industrielles.

    Il est impossible de pasteuriser le lait dès sa réception, le lait sera stocké dans des cuves pendant plusieurs heures ou plusieurs jours. La réfrigération ne suffit pas à éviter une détérioration de la qualité et une prolifération bactérienne. Ainsi, certaines structures industrielles optent  pour la thermisation : un  chauffage du lait à une température inférieure à la température de pasteurisation, pour inhiber provisoirement la prolifération bactérienne, à 63°C pendant 15 secondes.

    La thermisation reprend les principes de la pasteurisation. Afin de réduire la prolifération de certains éléments comme les champignons, le lait est refroidi rapidement à 4°C.

    La thermisation est actuellement une procédure de conservation provisoire, de courte durée, réservée au lait et aux structures industrielles en cas de leur incapacité de traiter toute la quantité du  lait reçu.


    Le but de ce procédé est l'élimination des bactéries pathogènes avec une altération du lait moindre qu'avec la pasteurisation. Néanmoins, il cause une importante réduction de la flore lactique naturelle. Pour  la fabrication de fromages,  il faut ajouter des bactéries cultivées en laboratoire.


    Fromage cru ou thermisé

    De nombreux pays ont voté des lois imposant l'utilisation du lait thermisé pour la fabrication des fromages. La thermisation est un traitement thermique, une  forme allégée de pasteurisation , un chauffage de 45 °c pendant 30 minutes, 63ºC pendant 16 secondes , ou 72°c pendant 1 seconde pour détruire les bactéries pathogènes  comme la listéria en essayant de préserver la flore bactérienne naturelle du lait ( des bactéries qui ne provoquent pas des maladies chez les humains comme les bactéries lactiques, bactéries d'affinage).

    La thermisation des laits destinés à la fabrication fromagère détruit les bactéries pathogènes, et  aussi la flore naturelle des laits (bactéries lactiques, bactéries d'affinage) ce qui exigent d'ajouter des bactéries cultivées en laboratoire pour fabriquer des fromages.

    Le but de ces réglementations est de lutter contre les intoxications alimentaires et surtout celles provoquées  par les  «listeria monocytogène » responsables d'un certain nombre d'avortement.

    Cette réglementation ne peut résoudre la question des intoxications alimentaires d'autant que la consommation des fromages au lait cru ne peut expliquer toutes les intoxications alimentaires.

    Mais ce genre de règlement peut  faire disparaître de nombreux fromages au lait cru faisant partie de notre héritage gastronomique, et de notre terroir.

    Il est légitime de critiquer la qualité gastronomique de nombreux fromages , cette qualité altérée par des procédures de production industrielle négligeant les paramètres liés à l'héritage culturel et au terroir afin d'améliorer leur qualité sanitaire.

    De nombreuses études semblent confirmer que les fromages au lait cru ont par ailleurs certains avantages nutritionnels.

    Concernant la question sanitaire, dans l'état actuel des choses,  il est prudent de conseiller les femmes enceintes d'éviter tout produit capable de transmettre la listériose : les produits au lait cru, les produits mal conservés, les produits décongelés et recongelés,  les viandes crues, les poissons crus, surtout pendant les premiers mois de grossesse.

     

    Réf
    Ellie Whitney, Sharon Rady Rolfes, Understanding Nutrition, Eleventh Edition, 2008
    Shils, Maurice E. :  Modern Nutrition in Health and Disease, 2009, 11th Edition

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    Simenon : Fiançailles de monsieur Hire : Analyses

     

     

    monsieur Hire

     

    Simenon : Fiançailles de monsieur Hire : Analyses

    Simenon décrit le paysage délétère qui se dessinait dans les années 30 à la suite de la montée en puissance des nazis et des extrémistes. Ce livre a été écrit entre 1932 et 1933, sa parution chez Fayard date de 1933.

    Quartier du Villejuif des années 30. Un banal carrefour entre grande ville et campagne.
    Femme violée, laissée pour morte sur un terrain vague, sac à main disparu, argent envolé.
    Les soupçons rapidement portés par une concierge se dirigent vers un locataire, car il ne rentre jamais si tard, et elle a aperçu chez lui une serviette de bain ensanglantée. 


    Dans le voisinage, tous les soupçons se portent sur monsieur Hire, de son nom Hirovitch, juif d'origine russe, taciturne et austère, différent des autres et mal aimé. Monsieur Hire est le juif, l'étranger, le migrant, la médiocrité et le suspect chassé par la foule en meute

    Commence alors pour cet homme sans défense, victime de la complicité d'une foule haineuse, une lente et inexorable descente aux enfers. Il sait en effet, pour son malheur, que le véritable meurtrier est Emile, l'amant d'Alice, une femme dont il est secrètement amoureux et qu'il épie depuis longtemps de sa fenêtre.

     

    Un jour, accomplissant enfin un de ces gestes qui le relient au désir et à la vie, sur un signe d'Alice, il la rejoint dans sa chambre. Fragile, avide d'amitié et de tendresse, ébloui par cet amour qui semble s'offrir à lui, leurré par une promesse de fiançailles, il jure d'abord de taire le nom du coupable, puis écrit une lettre de dénonciation, si confuse et comme lui si anodine qu'elle ne sera pas crue. Dès le lendemain, de retour chez lui, le piège tendu par Alice se referme sur lui: les preuves l'accablent. Manquant de se faire lyncher par la foule,
    Il se réfugie, terrorisé, sur le toit de sa maison, glisse et trouve la mort.

    M. Hire mort, la foule regrette son attitude. Elle espère que le défunt ait parvenu à poster au Procureur de la République une lettre révélant la véritable identité de l’assassin.
    Puis la foule oublie, jusqu'à la prochaine fois.


    La vie de M. Hire est bouleversée par le meurtre d’une femme et par son amour/ désir, pour Alice, la jeune servante, qui lui fait entrevoir la possibilité d’échapper à la vie triste et malheureuse qu’il mène. M. Hire croit pouvoir commencer une nouvelle étape de sa vie grâce à Alice, mais, naïf et inexpérimenté, il a mal interprété les sentiments de la serveuse et donc sa fin sera tragique.

     

     monsieur Hire film

     

    Éric Bonnefille décrit le livre ainsi :

    « Les fiançailles de M. Hire, de Simenon, est un roman terrible, à l’atmosphère particulièrement déprimante. M. Hire est un personnage dont le comportement, solitaire et marginal, attire les soupçons des voisins lorsqu’un meurtre est commis dans le quartier. »

    E. BONNEFILLE, Julien Duvivier. Le mal aimant du cinéma français (19401967), Paris, L’Harmattan, 2002,Vol II, p 41.

     

     

    Analyses du roman: les Fiançailles de Monsieur Hire

    Simenon nommait « durs » ses romans, le plus souvent policiers, où Maigret n'apparaissait pas. Il y en eut, 117 entre 1931 et 1972. « Les Fiançailles de Monsieur Hire » est l'un d'eux et date de 1933.

    Sous cette appellation, « romans durs » sont classés les romans postérieurs à l’apparition du commissaire Maigret dans lesquels Simenon tente de s’adresser à un public littéraire plus exigent, en cherchant à entrer dans le domaine de la vraie littérature.
    Les romans durs de Simenon se ressemblent dans leurs structures. Jacques Dubois propose un schéma typologique:

    - un événement, le héros rompt avec ses habitudes, ses fonctions et les normes de son milieu
    - sa rupture est consacrée par son crime ou un crime autour de lui
    - il connaît l’évasion, l’aventure et un certain envers des choses dans un monde trouble
    - sa libération est consacrée par une rédemption;
    - il échoue, il devient fou, soit qu’il revient au départ avec une impression de néant;
    - le héros a conquis, en cours d’expérience, une sorte de lucidité et il a adressé un bilan de soi, de sa vie

    GOTHOT-MERSCH, C.- DUBOIS, J.- KLINKENBERG, J-M.- RACELLE-LATIN, D.- DELCOURT, C., Lire Simenon. Réalité/ Fiction/ Ecriture, Paris-Bruxelles, Nathan/Labor, 1980.

     

    Pour mieux comprendre la particularité de cette nouvelle, il est utile de comprendre il faut comprendre quelles sont les composantes de cet univers fictif.


    Comme le souligne Danielle Racelle-Latin :

    « Selon un schéma romanesque bien connu, il ne commence à y avoir de l’histoire chez Simenon qu’à partir du moment où le héros rompt avec un ordre de vie fait de mille et une habitudes ritualisées, lesquelles garantissent son intégration au milieu (familial ou professionnel) ou, du moins, aidaient à le définir de façon conforme au rôle qui lui reconnait son entourage. »

    GOTHOT-MERSCH, C.- DUBOIS, J.- KLINKENBERG, J-M.- RACELLE-LATIN, D.- DELCOURT, C., Lire Simenon. Réalité/ Fiction/ Écriture, Paris-Bruxelles, Nathan/Labor, 1980.

    La rupture peut amener le héros simenonien à deux parcours différents: la désillusion et l’échec ou la libération définitive.

    « La rupture, amorce d’un devenir singulier, d’une destinée ou de l’Aventure proprement dite, peut s’accompagner d’une valeur affective positive et se présenter comme une libération.
    À l’inverse, elle peut être subie négativement comme l’effet d’une force fatale, délétère. Il n’empêche, dans l’un et l’autre cas, elle prend une signification qui, par-devers les personnages, dépasse le seul registre psychologique. »


    M. Hire, un homme marginal, maladroit, à l’air louche, qui, soudainement, se trouve au centre de l’attention dans un cas de meurtre. Mais avant de procéder, il faut définir qui sont les protagonistes des romans de Simenon, à cet égard Jacques Dubois dresse un portrait clarifiant des petites gens :

    « Simenon se réclame volontiers d’un intérêt et d’une sympathie pour les petites gens. Tout laisse voir qu’il entend par là non les prolétaires qui sont, en gros, absents de son univers de représentation, mais une certaine fraction de la classe moyenne, celle où dominent les isolés, les humiliés, les vaincus. Si ceux-ci ne sont pas toute la petite bourgeoisie, ils en sont une composante typique dans la mesure où l’évolution du capitalisme tend à isoler cette classe et à la réduire au silence, dans la mesure surtout où elle déclasse certains de ses agents et les laisse en arrière du mouvement de l’histoire. L’attention de Simenon à l’égard des petites gens, pour légitime et généreuse qu’elle soit, n’en relève pas moins d’un effet idéologique bien défini: elle fait d’un type social singulier l’humanité commune, le représentant de tout l’homme. »

     

    La vision de la société est parcellaire chez Simenon, il n’offre pas une vision globale de la société, de ses dynamiques et ses liens, il éclaire une zone, un personnage, en insistant sur le fond. Il dessine une vie et non pas des vies. Dubois affirme :

    « Certaines incapacités à saisir l’ensemble des composantes de la société et leurs relations. Il n’est pas étonnant dès lors que Simenon se dise volontiers indifférent à la politique et à l’histoire. Il n’a pas choisi cette indifférence; elle lui est imposée par sa position et elle empêche le tableau social que propose son œuvre d’avoir, faute de base socio-politique, la dimension balzacienne que l’on pouvait attendre.»

    GOTHOT-MERSCH, C.- DUBOIS, J.- KLINKENBERG, J-M.- RACELLE-LATIN, D.- DELCOURT, C., Lire Simenon. Réalité/ Fiction/ Écriture, Paris-Bruxelles, Nathan/Labor, 1980.

    L’enquête policière est présente dans les fiançailles de M. Hire aussi, comme dans la série des Maigret, sans constituer la partie la plus importante de l’intrigue. L’enquête est un prétexte pour montrer la crise d’un innocent soupçonné d’avoir tué une femme. Les policiers sont éloignés de la figure immense du commissaire Maigret. Ils sont plus réels, moins héroïques, et moins intelligents. Ils boivent pendant le service, dorment dans le lit de M. Hire, lorsqu’ils l’attendent pour l’interroger.

    « Dans la loge, près de la table couverte d’une toile cirée brune, ils s’impressionnaient l’un l’autre. Ils n’étaient pas à deux cents mètres du terrain vague où, quinze jours plus tôt, un dimanche matin, on avait découvert le cadavre d’une jeune femme tellement mutilé qu’on n’avait pas pu l’identifier.»

    M. Hire, dans la description du narrateur

    « Il n’était pas gros. Il était gras. Son volume ne dépassait pas celui d’un homme très ordinaire, mais on ne sentait ni os ni chair, rien qu’une matière douce et molle, si douce et si molle que ses mouvements en étaient équivoques. »

    Cette représentation souligne sa différence par rapport aux autres. Ses actes et ses mouvements sont conditionnés par son embonpoint. La description vise aussi à introduire l’ambiguïté de sa figure qui suscite méfiance et attire les soupçons des habitants des lieux.

    « Dans la rondeur de son visage se dessinaient des lèvres bien rouges, de petites moustaches frisées au fer, comme dessinées à l’encre de Chine et, sur les pommettes, des roseurs régulières de poupée.»

    Ses actions quotidiennes sont les mêmes, il observe une routine monotone, presque sans variation jusqu’au meurtre et à la rencontre avec la jeune fille, qui apparaît dans toute sa fraîcheur et sa vitalité.

    Le mystère entoure M. Hire. Personne ne sait à quel travail il se dédie, mais la réalité est plus banale que l’imagination

    « C’est un de ces types qui promettent je ne sais combien par jour pour un travail facile et qui, moyennant cinquante ou soixante francs, envoient aux gens une boîte d’aquarelle qui en vaut vingt et six cartes postales à colorier. La concierge en était déçue. »

    La femme Alice est une jeune bonne aux caractéristiques physiques et psychologiques opposées à celles de M. Hire; belle, sensuelle maligne et astucieuse.

    La concierge est un personnage important, une figure légendaire dans la vie sociale française entre les deux guerres, figure de mensonges, de délations, et d’intrusion. Elle dénonce à la police ce locataire qui l’inquiète sans fondement ni preuve.
    C’est elle qui soupçonne M. Hire d’avoir commis le meurtre et le dénonce à la police

    « Je lui ai monté un catalogue et, pendant que la porte était entrouverte, j’ai aperçu une serviette pleine de sang… »

    Elle donne aussi au lecteur la première description sommaire du protagoniste :

    « Un petit, un peu gros, avec des moustaches frisées, qui porte toujours une serviette noire sous le bras. »

    Ce portrait suggère les éléments qui distinguent M. Hire des autres personnages: physique arrondi, moustaches noires et frisées avec sa serviette toujours sous le bras. Mais la concierge introduit aussi un autre élément qui deviendra un thème constant et croissant dans le roman, celui de la peur

    « Je n’oserais plus le rencontrer dans l’escalier, haleta la concierge. D’ailleurs, j’ai toujours eu peur de lui. Et tout le monde !»

    « Tenez, quand il passe, il a l’habitude de caresser la tête de ma petite. Eh bien, cela me fait peur, comme si.. »

    Alice est la jeune serveuse que M. Hire espionne, mais elle sait qu’il la regarde

    «Il y avait un miroir devant elle, au-dessus d’une toilette en bois tourné. C’est ce miroir qu’elle regardait, qu’elle continua à regarder en tirant de bas en haut sur sa robe pour la faire passer par-dessus sa tête. »

    Elle est le contraire de M. Hire, jeune et pleine de vie, et voluptueuse.

    Émile est l’amoureux d’Alice, il connaît M. Hire et le regarde avec mépris :

    « L’amoureux était maigre, mal portant. Son regard ne se posait jamais sans ironie sur M. Hire »

    Alice est dépendante de son petit ami :
    « L’amoureux avait les mains dans ses poches, le pardessus ouvert. Et la bonne se suspendait à son bras comme une gosse qui craint de se perdre. »

    Émile ne pense qu’à lui-même et ne s’occupe pas d’elle
    «Tout près d’Alice aussi, il y avait Émile, les mains dans les poches, le visage maladif et froid. Elle le regardait, mais il ne la voyait pas. Il y avait de la fièvre dans ses yeux.»


    Un autre personnage important : la foule, qui pense comme un seul Individu, qui apparaît effrayant quand elle est sous le coup de la colère. La fin du livre est emblématique, l’auteur s’intéresse au destin de M. Hire tandis qu’il laisse de côté le sort des vrais coupables.

    Le commissaire suspecte M. Hire à cause de ses origines étrangères, de ses activités précédentes et de ses fréquentations; il en arrive à inspirer à M. Hire de la crainte :

    « C’en était fini de l’audace, des explications d’homme à homme. Il répondait désormais aux questions avec l’humilité effrayée d’un écolier qu’on interroge »
    Le commissaire fait aussi des insinuations à propos de la vie privée du protagoniste

    « Rien ne prouve que la pauvre femme a été assassinée pour son argent. Et l’on voit de temps en temps certains messieurs solitaires se livrer soudain… »

    Le commissaire et ses agents sont loin de la grandeur du Commissaire Maigret, ne possèdent ni son intelligence ni son humanité, ils se comportent comme les gens ordinaires

    « Il n’était qu’une heure du matin. Le commissaire dormait, tout habillé, sur le lit de M. Hire. »

     

    Monsieur Hire et Alice

    Les deux personnages s’opposent par leur aspect physique et par leurs attitudes. M. Hire est gros, petit, aux moustaches noires, aux lèvres rouges et aux pommettes roses, impassible, sans expression. Il a une façon de marcher assez caractéristique

    « M. Hire, la serviette sous le bras, se faufilait en se dandinant […] M. Hire courut comme ceux qui ne sont pas habitués à courir, et comme les femmes, en jetant les jambes de côté »

    « M. Hire pressait le pas, la poitrine en avant, la serviette sur le flanc, finissait par courir comme il courait toujours pour les dix derniers mètres. »

    « M. Hire marchait vers la porte d’Italie, sa serviette sur le bras, de son pas sautillant, se faufilant entre les passants, il était précédé par le petit nuage gris que formait sa respiration. »

    Sa première description physique est faite par la concierge; elle compare son visage à celui d’une poupée, à cause de ses pommettes roses, insiste surtout sur sa chair qui molle et sur son visage de cire.

    Alice est la seule qui réussit à rompre ce masque, quand elle entre dans sa chambre :

    « Lentement, si lentement que la progression était imperceptible, le visage de cire de M. Hire s’animait, devenait humain, anxieux, pitoyable. »

    La routine quotidienne est une constante chez M. Hire; il répète les mêmes gestes et tout le monde connaît ses habitudes et ses horaires, puisqu’ils sont fixes; jamais d’imprévus dans la vie de M. Hire, jusqu’à la découverte du cadavre et au soupçon jeté sur cet homme à l’apparence bizarre et qui n’a pas de femme ni d’amis dans le quartier.

    Par contre, Alice est jeune, sensuelle et pleine de vitalité.

    « Son premier mouvement fut pour libérer ses cheveux qui roulèrent, pas très longs, mais abondants, d’un roux soyeux, sur ses épaules. Et elle se frotta la nuque, les oreilles, dans une sorte d’étirements voluptueux. […] Elle était jeune, vigoureuse […] La tête était un peu penché et cela soulignait le dessin des lèvres charnues, cela raccourcissait encore le front, alourdissait la masse sensuelle des cheveux roux, gonflait le cou, donnait l’impression que la femme tout entière était faite d’une pulpe riche, pleine de sève. »

    Elle est pulpeuse comme un fruit. Il y a une scène dans laquelle Alice mord une orange :

    « Une orange glacée dont elle arrachait la pelure avec les ongles. Le jus giclait, astringent.
    Les petites dents pointues mordillaient la pulpe, la langue raidie s’enfonçait, les lèvres aspiraient, l’odeur du fruit se répandait à plusieurs mètres. »

    Simenon décrit sa façon sensuelle de fumer :
    « Elle la fuma en arrondissant les lèvres sur le rouleau du tabac, comme tous ceux qui fument pour la joie pittoresque et non pour le goût du tabac. Les odeurs se mélangeaient. C’était à la fois aigre et fade et cela semblait émaner de cette nuque de rousse qui était ronde et droite comme une colonne».

    La sensualité de la jeune bonne enchante M. Hire :

    « Et il sentait de tout près l’odeur de la servante [...] C’était une odeur chaude où il y avait des fadeurs de poudre de riz, la pointe plus aiguë d’un parfum, mais surtout son odeur à elle, l’odeur de sa chair, de ses muqueuses, de sa transpiration. »


    Alice sait qu’il la regarde et en plus elle connaît son pouvoir de séduction :
    « Elle jouait son rôle. Elle feignait de ne pas le voir, d’être à son aise, indifférente. Deux fois, elle se poudra et se mit du rouge. Deux fois aussi, elle tira sur sa robe comme si elle eût surpris M. Hire à regarder ses genoux. »

    « Elle frémissait. Tout son être frémissait, tout était vivant et chaud. »

    « Son corps lourd, charnu, dégageait une chaleur intense et il était étalé là, dans la chambre, dans le lit de M. Hire, comme un foyer de vie exubérante. M. Hire regardait le plafond. Il lui semblait que toute la maison devait entendre les échos, sentir les palpitations de cette vie. »

    Quand elle essaie de le séduire, elle se rend compte avec étonnement que

    « C’était impossible de tendre la main à un homme aussi immobile, aussi lointain. »

    Simenon détaille la chute et la stigmatisation d’un innocent, l’histoire d’un homme timide, naïf marginal, d’origine étrangère, la foule haineuse, et une femme qui se sert de son charme pour dissimuler le crime d’un amant qui la domine, en impliquant un innocent. Un jeu de rapport force dont Monsieur Hire ne possède aucune carte.

    Monsieur Hire est un homme que tout exclut de la vie : le vide, dont il semble issu et auquel tout semble le condamner à retourner.
    Ce roman révèle la cruauté latente d'un destin qui inverse toutes choses en leur contraire. Tout conspire contre monsieur Hire, la foule, les circonstances.
    La force du livre résulte du sentiment de malaise dès les premières pages, devine et pressent nécessairement ce
    que le héros semble vouloir ignorer.

     

    Deux films : Panique et Monsieur Hire

    Deux films à deux époques historiques différentes ont interprété ce roman ; le premier, au titre éloigné de celui du livre: Panique a été tourné en 1946 par le réalisateur Julien Duvivier qui avait précédemment participé à l’adaptation d’un autre livre de Simenon. L’acteur qui incarne le protagoniste est Michel Simon, à la longue barbe noire et à l’aspect effrayant, et qui lançait déjà son regard dans les affiches. Viviane Romance, la femme fatale par excellence, joue le rôle de la jeune servante.

     



    Quarante ans après, une autre adaptation est sortie au cinéma avec beaucoup de succès, celle tournée par Patrice Leconte en 1989. Le protagoniste masculin était interprété par Michel Blanc et sa partenaire féminine était Sandrine Bonnaire.

     

     


    Deux adaptations, deux conceptions du cinéma et de la mise en scène d’un roman difficile à rendre à l’écran.

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    Esthétisme, l‘art pour l‘art

    L’esthétisme français était théorisé par Théophile Gautier dans son affirmation que l'art est inutile, en refusant l'engagement de l'écrivain, et en déclarant que la beauté est la seule fin de l'art.

    Dans son traité latin intitulé Aesthetica (1750), le philosophe allemand Alexander Baumgarten a appliqué le terme "aesthetica" pour les arts, dont
    «La fin de l’esthétisme est la perfection de la connaissance sensible, de la beauté".
    Dans l'usage actuel, l'esthétique (du grec : se rapportant à la perception sensorielle) désigne la recherche de la beauté dans les beaux-arts, et dans objet, naturel ou artificiel.

    olympia manet

    Le mouvement esthétique


    Le mouvement esthétique, était un phénomène européen répandu au cours de la dernière partie du XIXe siècle. Il est né en France par opposition à la domination de la pensée scientifique, et au mépris et à l'indifférence voire l'hostilité de la société de classe moyenne de cette époque à tout art jugé inutile ou sans valeurs morales.
    Les écrivains français ont pensé que l'œuvre d'art est la valeur suprême parmi toutes les productions humaines, l’art est autonome, sans but moral ou autre en dehors de sa propre existence. La fin d'une œuvre d'art est tout simplement d'exister pour être beau.
    Un cri de ralliement de l’esthétisme est devenu l'expression « l'art pour l'art ».
    On trouve les racines historiques de l’esthétisme dans les écrits d’Emmanuel Kant dans sa Critique de la raison pure (1790), où il analyse que l'expérience esthétique consiste en une contemplation «désintéressée» d'un objet qui peut plaire sans référence à la réalité, à une utilité ou à une valeur morale.

    L’art pour l’art

    L’esthétisme français était théorisé par Théophile Gautier dans son affirmation que l'art est inutile, en refusant l'engagement de l'écrivain, et en déclarant que la beauté est la seule fin de l'art.

    Théophile Gautier dans la préface de Mademoiselle de Maupin annonce : « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien, tout ce qui est utile est laid. » L’art est gratuit est inutile. Certains pourraient se demander quel est son intérêt : l’intérêt de l’art est l’art lui-même...
    Cette préface fit scandale quand il affirme que « penser une chose, en écrire une autre, cela arrive tous les jours, surtout aux gens vertueux.» Il établit le droit de l'artiste à traiter n'importe quel sujet, en mettant de côté la morale bourgeoise.
    Benjamin Constant note dans son Journal le 11 février 1804 : « L'art pour l'art, et sans but ; tout but dénature l'art. »
    Gautier proclame le culte d'une beauté pure ne renvoyant qu'à elle-même, reflétant dans ses formes le triomphe du créateur. Il exprime ainsi son refus de la poésie politique ( l'art est indifférent au progrès social), de la poésie philosophique (l'art n'a pas à transmettre des idées ou une morale ) et de la poésie sentimentale à la façon de Lamartine, car le lyrisme est un laisser-aller qui peut altérer forme.

    Après le romantisme, l'éclatement de l'écriture chez Lautréamont et Rimbaud, le courant esthétique de l’art pour l’art inspire Baudelaire où la poésie devient un exercice et le poème un objet précieux, un produit de virtuosité et de maîtrise.

    L’esthétisme était cultivé par Baudelaire dans sa revendication, dans le Principe poétique de 1850, que l'œuvre suprême est un «poème en soi », un «poème écrit uniquement pour l'amour de la poésie». Ces principes ont été repris par Flaubert, Mallarmé, et par d'autres écrivains.
    Dans sa forme extrême, la doctrine l'art pour l'art devient chez Flaubert «la religion de la beauté."

    Les points de vue français sur l’esthétisme ont été introduits en Angleterre par Walter Pater, qui conseillait de vivre avec des sensations exquises, et par  son plaidoyer en faveur de la beauté comme valeur suprême et de «l'amour de l'art pour la beauté de l’art."

    Les points de vue artistiques de l’esthétisme ont été exprimés par Charles Swinburne, par Oscar Wilde, Arthur Symons, et Lionel Johnson.

    Ces idées vont engendrer d‘autres concepts importants comme l’autonomie d'une œuvre d'art, un poème, un roman ou un tableau devient une fin en soi, sa valeur est intrinsèque. Ces concepts vont être présents dans la littérature et la critique au 20ème siècle.

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    Brève biographie d’Albrecht Dürer

    Durer autoportait

    Brève biographie d’Albrecht Dürer

     

    Albrecht Dürer (1471-1528) dessina dès qu'il a pu tenir un crayon. Un dessin de lui-même, réalisé lorsqu'il avait treize ans, le montre avec des longs cheveux et portant un bonnet, pointant son image dans un miroir.

    Le jeune garçon dessinait depuis de nombreuses années, probablement depuis l'âge de trois ans, qui est l'âge où la plupart des artistes naturels commencent. Il est difficile de croire qu'il ait laissé passer une seule journée de sa vie sans créer quelque chose, même lorsqu'il était en voyage. Ses aquarelles topographiques ont été les premiers paysages réalisés d’un pays du nord de l'Europe et la première utilisation de l'aquarelle en dehors de l'Angleterre ; et compte tenu de la nouveauté du sujet et du médium, elles sont extraordinairement accomplies.

     

    Les autoprtraits

     

    Durer autoportait2

     

    L'initiation de Dürer à l'adoption du nouveau médium, l'aquarelle, pour enregistrer ses voyages et ne jamais perdre une journée, était caractéristique à la fois de son industrie intense et ininterrompue et de son appétit vorace pour les nouvelles expériences artistiques. Sa production comprenait 346 gravures sur bois et 105 gravures.

    Le Musée de l'histoire de l'art de l'Union européenne (UEO) a conservé un grand nombre d'œuvres d'art, dont des dizaines de portraits en divers médiums, plusieurs retables massifs, des gravures et 970 dessins (sur plusieurs milliers).
    Il semble avoir travaillé à la limite de ses capacités toute sa vie. Il a toujours repoussé les frontières de l'art. Le nombre de premières expériences réalisées en matière d'innovation technique est frappant. Le Léonard de l'Europe du Nord, Dürer avait un esprit scientifique qui l'obligeait à se demander pourquoi faire, et à chercher des moyens de faire et d’améliorer par des recherches incessantes.

    Durer autoportait1

     

    Dürer est un grand individualiste, qui virtuellement inventé l'autoportrait, non pas parce qu'il était égoïste, mais parce que le fait de commencer une esquisse de lui-même remplissait des sentiments étranges avant qu'il ne commence une nouvelle tâche. Ces esquisses, une fois commencées, ont tendance à acquérir un élan artistique propre et à se transformer en peintures à l'huile élaborées de sorte que nous connaissons mieux son physique et son apparence que ceux de tout autre artiste avant Rembrandt.

    Durer autoportait3

     

    Il a dessiné sa famille : il reste plusieurs portraits réalisés de son père, un portrait émouvant de sa jeune épouse, Agnès, et un dessin au fusain de sa mère âgée, qui avait donné naissance à huit enfants adolescents, dont quinze sont morts avant d'atteindre l'âge adulte.

     

    Durer epouse

    Pour lutter contre la contrefaçon, Dürer a été le premier à concevoir son propre logo, AD.
    Dürer a vécu à une époque où les artistes allemands, suivant la pratique italienne, commençaient à passer rapidement de l'anonymat médiéval à la célébrité. Cela vaut en particulier pour les quatre grands artistes allemands qui ont été ses contemporains : Matthias Grünewald, Lucas Cranach l'Ancien, Albert Altdorfer et Hans Holbein. Ces hommes doués et déterminés ont porté l'art allemand à un bon niveau.

     

     

    Gravures et impressions

    Dürer était de loin le plus productif en tant que créateur indépendant, il laissé un corpus substantiel d'écrits imprimés sur l'art et les sujets connexes, un certain nombre de lettres personnelles, tableaux et gravures.

    Dürer est issu d'une époque où l'art était une production collective presque industrielle selon les nomes de notre époque, se déroulant dans des ateliers où des spécialistes exerçaient leurs fonctions côte à côte, où les tâches étaient partagées et où les parties les moins responsables étaient attribuées selon une stricte hiérarchie des compétences et de l'expérience.
    Il y avait les apprentis, les ouvriers-artisans formés, et les Meister. Le nombre, la taille et la complexité de ces ateliers avaient énormément augmenté avant Dürer en raison de l'accroissement rapide de la richesse, en Europe, mais particulièrement notable des deux côtés des Alpes.
    L'impression peut être décrite comme la production en masse d'images sur des surfaces planes, en particulier du papier. Ce fut une révolution technologique qui a accéléré la vitesse à laquelle l'humanité se précipita vers l'avenir, et presque la plus importante, car elle a touché tous les aspects de la vie. L'impression à partir de caractères mobiles est l'œuvre de Johann Gutenberg et Johann Fust en 1446-1448, vingt ans avant la naissance de Dürer. En 1455, Gutenberg avait achevé et publié le premier livre imprimé au monde, une Bible. L'importance de l'événement fut immédiatement reconnue. L'impact fut énorme, la première encyclopédie fut publiée en 1460, suivie par la première Bible en allemand.
    Avant l'impression, la possession de manuscrits était le privilège des riches ou des institutions ; seules les plus grandes bibliothèques possédaient jusqu'à 600 livres, et le nombre total de livres en Europe en 1450 était bien inférieur à 100 000.

    Né à Nuremberg, une ville du sud de l'Allemagne prospère et sophistiquée, connue pour ses artisans qualifiés, Dürer a été au cœur de la révolution de l'imprimerie. La ville a reçu sa première presse à imprimer en 1470, l'année précédant sa naissance, et elle est rapidement devenue non seulement la première ville de l'industrie allemande du livre, mais le centre du commerce international de l'imprimerie.

    Le maître imprimeur Anton Kolberger, le parrain de Dürer, a fait tourner vingt-quatre presses à plein régime, a employé 150 ouvriers et a entretenu un réseau de relations avec les commerçants et les universitaires de toute l'Europe. Les parents de Dürer avaient réussi à obtenir un parrainage pour leur fils parce que Dürer senior, comme Gutenberg, était orfèvre.
    La famille était originaire de Hun-Gary (où Dürer signifie « porte »), parrainée par les citoyens prospères de Nuremberg au moment de la naissance de Dürer. L'orfèvrerie était proche de l'imprimerie pour toutes sortes de raisons techniques, y compris la reproduction. La production en masse d'images avait précédé l'invention des caractères mobiles. Les objets les plus courants étaient les cartes de prières religieuses et les cartes à jouer. Les orfèvres faisaient le commerce de la production en masse de bijoux peut coûteux. Les orfèvres ont presque inventé la gravure dans le fer et le cuivre une génération avant l'invention de l'imprimerie.
    Entre 1425 et 1440, les orfèvres d'Allemagne du Sud ont imprimé du papier sur des plaques gravées dans leurs ateliers pour produire un grand nombre d'exemples de dessins imprimés afin de faciliter le transfert d'éléments répétés ou symétriques, pour la formation et la tenue de registres, et pour la vente. Tous les centres de gravure ancienne — Colmar, Strasbourg, Bâle ont évolué à partir de l'orfèvrerie, et le premier graveur-imprimeur qui a produit suffisamment pour signer son travail avec son monogramme « ES » en 1460 était un orfèvre. Au moment de la naissance de Dürer, le plus grand des graveurs, Martin Schongauer, travaillant dans son atelier d'orfèvrerie à Colmar, produisant des estampes, un nouvel art également né en 1471.


    Dürer était naturellement en apprentissage dans l'atelier de son père. Après trois ans, il a dit à son père qu'il souhaitait se spécialiser en tant qu’artiste designer.


    Son père n’a pas pu être surpris, étant donné les compétences graphiques de son fils. L'orfèvrerie était la voie royale vers les beaux-arts dans l'Europe du XVe siècle. Des centaines de peintres et de sculpteurs allemands et italiens étaient des fils et des filles d'orfèvres. Dürer, un adolescent attentif et studieux a peut-être demandé à son père de le former comme graveur chez Schongauer, pour maîtriser la production. Lorsqu'il arrive à Colmar, Schongauer venait de mourir. Dürer fit l'apprentissage de son fils auprès d'un artiste de Nuremberg, Michael Wolgemut, spécialisé dans la gravure sur bois.
    Le nouveau procédé de gravure sur métal permettait un travail plus fin. L'impression de gravures sur bois ou de livres illustrés de gravures sur bois était moins chère et occupait une place centrale dans le marché de la consommation de livres en pleine expansion.

    Les gravures sur bois ont finalement fait de Dürer l'artiste le plus connu d'Europe du Nord, et le plus riche. Les blocs sont fabriqués à partir de planches bien assaisonnées, d'un pied d'épaisseur, coupées à la longueur d'arbres tendres, tels que le hêtre, l'aulne, le poirier, et le noyer. Il s'agit d'une technique d'impression en relief dans laquelle un stylo, un crayon ou un pinceau est utilisé pour dessiner un motif. Le dessin est découpé par un couteau tranchant pour faire deux incisions de chaque côté de la ligne dessinée. Une fois ces lignes établies, la surface de bois excédentaire est enlevée à l'aide de ciseaux, de pelles et de gouges.

    Les meilleures gravures sur bois ne sont pas seulement dessinées par l'artiste, mais aussi taillées par lui. Cependant, la gravure sur métaux a toujours été plus précise que la gravure sur bois.

    Wolgemut et son brillant apprenti ont travaillé ensemble pour rendre la gravure sur bois plus sophistiquée et plus fine. Lorsque Dürer a terminé ses années d’apprentissage en 1489, il est parti aux Pays-Bas et dans d'autres parties de l'Allemagne pour rencontrer des artistes et acquérir des connaissances.

    Avec Wolgemut, et à partir de 1490 dans son propre atelier, Dürer a créé sept immenses séries de gravures sur bois, que son parrain a publiées : un petit groupe de Passion, qui est devenu l'équivalent d'un best-seller ; un volume de contes moraux avec quarante-cinq gravures sur bois de Dürer ; et une série de 116 illustrations à succès d'un Livre de mensonges populaires (1494) de Sebastian Brant.

    Durer apocalypse

    Le premier véritable chef-d'œuvre de Dürer en matière de gravure sur bois fut sa série Apocalypse de 1496-1498, qui fut suivie de plusieurs superbes estampes individuelles, dont Sampson et les Lions et Le Chevalier du Landsknecht.

    Durer Sampson tuant les Lions

     

    Il a continué à produire des œuvres sur bois toute sa vie, et il est probable qu'il a gagné plus d'argent de cette source que de toute autre, car les tirages étaient multiples.

     

    Durer vie de la vierge

     

    Il a ensuite réalisé une magnifique série, Vie de la Vierge, et une œuvre spéciale pour l'empereur Maximilien.
    Ce dernier comprend un portrait gravé sur bois (1578) qui a fait le tour de l'Europe et est devenu une image emblématique, ainsi qu'un énorme arc de triomphe assemblé à partir de 192 grandes gravures sur bois imprimées en 1517-1518.

    Durer empereur Maximilien

     

    Dürer n'a pas renoncé à son objectif initial, qui était de maîtriser le nouvel art de la gravure, il a perfectionné la technique de la gravure, en soulignant le contour, et par l'utilisation de la perspective. Pour la première fois, il fait de la gravure à grande échelle une œuvre d'art. En 1500, il utilise des tons gris, composés de petites taches et lignes, qui lui permettent de créer des illusions de la profondeur. En 1514, il a produit ce qui est sans doute les trois plus belles gravures jamais réalisées : Chevalier, la mort et le diable, Saint-Jérôme dans son étude et Mélancolie.

     

    Durer melacolie

     

    La mélancolie, représentée comme une femme qui symbolise l'art et l'intellect, semble être un commentaire sur la nature de la créativité et la tristesse (ainsi que la joie) qu'elle apporte inévitablement.

     

     

     

    La peinture et l'Italie

    Dürer était à la fois érudit et artiste, accumulant une importante bibliothèque, avide d'apprendre davantage sur le monde. Son ami le plus proche et le plus ancien était l'humaniste allemand Willibald Pirckheimer. En 1494, alors qu'il a vingt-trois ans, Dürer est obligé par son père de prendre une épouse convenable, Agnès, fille d'un maître artisan prospère, Hans Frey. Agnès était intelligente et jouait bien de la harpe. Il y a des preuves qu'ils ne vivaient pas heureux, et Pirckheimer, qui détestait Agnès, dit qu'elle était cruelle. Il se pourrait bien que le mari et la femme aient eu des différends religieux, car Dürer a vécu les premières phases de la Réforme et était un admirateur et un partisan de Martin Luther.

    Agnès apporta avec elle une dot de 200 couronnes d'or, et avec cela, Dürer finança un voyage en Italie, à Venise en particulier, le premier de deux voyages (1494-1495 et 1505-1507).
    Ces voyages ont produit des aquarelles de voyage. Ils lui ont fait découvrir la lumière et la chaleur du sud. En Allemagne, il a beaucoup souffert des hivers froids de Nuremberg, des printemps glacés et des étés incertains. Il écrivit à Pirckheimer depuis l'Italie, se réjouissant du soleil : « Ici, je vis comme un prince, en Allemagne comme un mendiant en haillons, frissonnant. »
    À Venise, il rencontre la famille Bellini qui a des copies de gravures de Mantegna et d'Antonio Pollaiolo, ainsi que de dessins de Lorenzo di Credi. Il a vu les œuvres — et peut-être rencontré — Giorgione, fondateur de la deuxième phase de la révolution vénitienne en peinture, maître du Titien. Dürer se lie d'amitié avec Giovanni Bellini, le plus raffiné des peintres vénitiens, qui partage sa dévotion pour la représentation réaliste et sa passion pour le paysage.

    Lorsque Dürer revint à Venise, il s'y trouva aussi célèbre qu'en Allemagne, tant ses livres de gravures sur bois étaient admirés et copiés. Pendant les pauses entre ses grands projets de gravure et de gravure sur bois, Dürer dessinait et peignait, à l'aquarelle, à l'huile et sur d'autres supports une variété d'êtres vivants : plantes, oiseaux et surtout animaux, comme les écureuils, les renards et les loups. Le réalisme avec lequel il dépeint la fourrure étonne les Italiens.

     

    Durer lapin

     


    Giovanni Bellini demande à emprunter l'un des « pinceaux spéciaux » que Dürer utilise pour la fourrure. Dürer lui donna une brosse. « Mais j'en ai déjà une », dit Giovanni. « Ah ! » dit Dürer.
    Le secret était dans la main et non pas dans le pinceau.

     

    Lorsqu'il installa un atelier à Venise lors de sa deuxième visite en Italie, il reçut la visite de peintres et de collectionneurs, mais aussi du doge Lorenzo Loredan, qui offrit à Dürer 200 florins par an pour qu'il reste dans la ville et l'embellisse. C'est dans cet atelier que Dürer a peint, à la demande des marchands allemands de Venise, sa merveilleuse œuvre La Vierge au Siskin (1507).

     

    Durer La Vierge au Siskin

     

    il a créé son tableau le plus beau et le plus ambitieux, La Fête de la guirlande de roses (1506).

     

    Durer  La Vierge de la fete du rosaire


    Cette œuvre dans laquelle la Vierge à l'Enfant trône au milieu d'une vaste collection de saints, de monarques, d'anges, de musiciens et de spectateurs — dont Dürer lui-même — est un résumé de tout ce qu'il a appris jusqu'à présent sur l'art, un tour de force de formes et de couleurs, un simple plaisir et une exquise virtuosité. C'est aussi un mélange frappant de tout ce que Dürer avait appris en Italie (surtout de Bellini) et de l'âme mystique allemande si étrangère à la vision italienne.

    Il se rendit à cheval à Bologne, puis à Florence et à Rome. Il fit ses propres copies d'œuvres d'art italiennes. En Italie, Dürer a commencé à créer sa propre encyclopédie de l'art. Il établit un contraste fondamental entre les connaissances allemandes et italiennes en matière d'art.

    Lorsque Dürer revient d'Italie après sa deuxième visite en 1507, il commença à travailler sur une série de traités sur l'art qui étaient à la fois théoriques et pratiques, et qui furent les premiers à être écrits sur le sujet en allemand.

    Au cours de la troisième décennie du siècle, Dürer était si connu, par ses gravures sur bois, ses gravures et ses imprimés, qu'il était une célébrité européenne de la même envergure qu'Erasme. En 1520-1521, il partit pour les Pays-Bas, voyageant avec un certain style et emmenant sa femme Agnes et sa servante. La raison apparente de ce voyage était de rendre hommage au nouvel empereur, Charles Quint, qui était en train d'être couronné à Aix-la-Chapelle. Il resta d'abord chez l'évêque de Bamberg, lui offrant une belle Madone, en échange de lettres le recommandant aux puissants qu'il n'avait pas encore rencontrés. Mais ces lettres n'étaient guère nécessaires. Dürer fut reçu partout avec les éloges de ses collègues artistes et les commandes de l'élite. La ville d'Anvers, capitale artistique des Pays-Bas lui offre 500 florins d'or par an pour qu'il y travaille. Dürer était accompagné d'un atelier et d'assistants itinérants, et il a réalisé vingt portraits pendant le voyage, ainsi que plus de 100 dessins.

     

    Dès 1512, alors que Dürer avait encore seize ans à vivre, la Cosmographia de Cochlaus indiquait que des marchands de toute l'Europe achetaient les gravures sur bois et les gravures de Dürer et les rapportaient chez eux pour que les artistes indigènes les imitent.

    Vers la fin du XVIe siècle, il y a eu un phénomène dans les régions germanophones, connu sous le nom de « renaissance de Dürer », au cours duquel ses œuvres ont été rééditées et les collectionneurs, menés par l'empereur Rodolphe II à Prague et l'empereur Maximilien Ier à Munich, ont rassemblé ses peintures, gravures, livres et dessins.

    Sa renommée s'est accrue au XVIIIe siècle, et il est devenu un symbole artistique, faisant partie du romantisme (Goethe par exemple) puis sous Bismarck comme symbole de nationalisme allemand. Le matin du 6 avril 1828, jour du tricentenaire de sa mort, 300 artistes se sont réunis sur sa tombe pour lui rendre hommage.

     

     

    Références

    1. C. White, Dürer : The Artist and His Drawings (London, 1971).
    2. F. Piel, Albrecht Dürer: Aquarelle und Zeichnungen (Cologne, 1983). Notes 289
    3. W. L. Strass, The Complete Drawings of Albrecht Dürer, 6 vols. (New York, 1974 ; with suppléments 1977, 1982).
    4. W. M. Conway (trans. and ed.), The Writings of Albrecht Dürer (New York, 1958).
    5. G. Bott et al. (eds.), Gothic and Renaissance Art in Nuremberg 1300–1550 (New York, 1986).
    6. D. C. McMurtrie, The Gutenberg Documents (New York, 1941) ; E. P. Goldschmidt, The Printed Books of the Renaissance (Cambridge, 1950); C. H. Bühler, The Fifteenth-Century Book (Philadelphia, 1960).
    7. R. Hirsch, Printing, Selling, and Reading 1450–1550 (Wiesbaden, 1967).
    8. R. Lightbown, Medieval Jewellery in Western Europe (London, 1991).
    9. A. Shestack, The Complete Engravings of Martin Schongauer (New York, 1969); Le Beau Martin: Gravures et Dessins de Martin Schongauer (Colmar, 1991).
    10. From a Mighty Forest: Prints, Drawings, and Books in the Age of Luther (Detroit, 1983).
    11. A. M. Hind, An Introduction to a History of Woodcut, with a Detailed Survey of Work Done in the Fifteenth Century, 2 vols. (London, 1935).
    12. W. L. Strauss (ed.), Albrecht Dürer : Woodcuts and Woodblocks (New York, 1980).
    13. M. Geisberg, The German Single Leaf Woodcut 1500–1550 (Washington, 1974) ; C. Dodgson, Catalogue of Early German and Flemish Woodcuts in the British Museum (London, 1903), especially pp. 259–347.
    14. C. Dodgson, Albrecht Dürer: Engravings and Etchings (New York, 1967) and Albrecht Dürer: Master Printmaker (Boston, 1971); W. L. Strauss, Albrecht Dürer: Intaglio Prints, Engravings, Etchings, and Drypoints (New York, 1975).
    15. For Dürer’s paintings see F. Anzelevosky, Albrecht Dürer: Das Malerische Werk, 2 vols. (Berlin, 1991).
    16. See W. L. Strauss (ed.), The Human Figure by Albrecht Dürer: The Complete Dresden Sketchbook (New York, 1972).
    17. Dürer’s work is called Etliche Underricht, zu Befestigung der Stett, Schosz und Flecken (Nuremberg, 1527); see J. R. Hale, Renaissance Fortifications : Art or Engineering (London, 1977).

     

     

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    Suzan Minot: Lust (luxure) et relations hommes femmes

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    Suzan Minot: Lust (luxure) et relations hommes femmes

     

    Susan Minot est née à Boston aux États-Unis en 1956, romancière diplômée en 1983 de l'université Columbia en création littéraire.

    Lust and Other Stories est un recueil de 12 nouvelles publié en 1988, traitant les relations hommes femmes. Les personnages affrontent les problèmes provoqués par une relation compliquée où un partenaire est plus investi dans la relation que l'autre partenaire. Cet autre partenaire n’est pas mis en évidence dans les nouvelles, il est indifférent, son manque d'intérêt pour la relation est présenté comme un point de discorde dans les récits.

    Les nouvelles de ce recueil sont intimes et personnelles. Les personnages sont sympathiques, parfois attachants dans des situations crédibles.

    Certaines nouvelles décrivent une ambiance, sans intrigue, d'autres utilisent les pensées ou le flux de conscience à la première ou à la troisième personne. Les nouvelles manquent d'intrigue et de fins. Les actes importants sont décrits comme des généralités, les événements les plus importants de la vie, comme la mort, sont relatés avec distance, de manière détachée.

    Les deux nouvelles sont divisées en trois sections. Les premières traitent les relations dans leur premier stade, les suivantes traitent les relations en crise, et les dernières traitent les fins et les conséquences des relations.

    Suzan Minot a créé dans sa nouvelle Lust (luxure) un personnage devenu emblématique pour toute une génération dans les pays anglophones.

    « Lust» est une histoire profonde qui décrit une adolescente, sans visage et sans nom, qui erre, sexuellement, pendant trois ans, ayant des relations sexuelles avec plus de quinze garçons et plusieurs autres sans nom.
    La fille pense qu'elle donne de l'amour aux garçons alors qu'ils sont là pour le plaisir sexuel. La relation de la protagoniste avec les autres personnages de l'histoire fait ressortir son caractère unique, contrairement à son apparence physique.

    La narratrice de Lust est adolescente, fréquente une école religieuse située loin de chez elle. Elle est active sexuellement, comme elle décrit :


    « Il embrasse ma paume et dirige ma main vers sa braguette » (page6).

     

    Ses escapades sexuelles avec différents garçons déterminent l'intrigue de l'histoire. Le lecteur peut deviner son comportement et ses relations, ce qui met en lumière les jeux de pouvoir entre les hommes et les femmes, en particulier lorsqu'il s'agit de sexe.

    La narratrice utilise la première et la deuxième personne tout au long de l'histoire. Dans certains cas, elle utilise le « je » lorsqu'elle parle de ses expériences de vie.


    « J'avais goûté la langue de Bruce» (page 3),

     

    Dans d'autres, elle utilise « vous », qui représente toutes les femmes en général ; par exemple, elle dit :


    « Vous commencez à vous sentir comme un morceau de veau pilé» (page 16).

     

    La narratrice expose ses rencontres sexuelles, chaque rendez-vous est détaillé comme une liste d'achats émotion. Elle prend ses distances avec ses 15 rencontres sexuelles, en essayant d'imiter le comportement sexuel masculin.

    Elle admet que le fait de coucher à droite et à gauche est une chose normale qui ne l'inquiète pas du tout. Elle révèle plus tard ses craintes en avouant :


    « Le lendemain, on est dans un brouillard total, on délire, on est distrait, on traverse le stress et on manque de se faire écraser» (page 10).

     

    Malgré l'intention de garder ses distances, la narratrice entre subtilement dans l'autoréflexion. Le ton devient honnête révélant sa douleur et sa solitude.

    Elle poursuit en disant que pour un garçon, coucher avec plusieurs filles est une bonne chose, alors que pour une fille, c'est un mauvais présage. Ce n'est qu'à la fin de l'histoire que la narratrice fait ressortir ses peurs et ses inquiétudes.

    La narratrice met en évidence le détachement émotionnel du personnage principal vis-à-vis des figures d'autorité, comme ses parents. Il n'existe aucun lien émotionnel entre elle et ses parents.

    Elle écrit :

     

    « Mes parents n'avaient aucune idée... les parents ne savent jamais vraiment ce qui se passe, surtout quand vous êtes à l'école la plupart du temps » (page 5).

     

    Ses parents l'ont inscrite dans un pensionnat éloigné pour ne pas faire face aux problèmes provoqués par leur fille adolescente. Savoir que sa famille n'est pas dans le coin lui permet d'avoir toute liberté d’action.

    Le médecin de l'école donnait aux élèves la pilule d'urgence sans poser de questions comme le note la narratrice :


    « La blague était que le médecin de l'école donnait la pilule comme de l'aspirine » (page 8).

     

    La plupart des filles de l'école utilisent la pilule, pour prévenir les grossesses non désirées lorsqu'elles s'engagent dans des escapades sexuelles. Elle pouvait prendre la pilule le matin, juste avant de se rendre à la chapelle de l'école.

    La narratrice montre que même si elle voulait mettre fin à son comportement, elle ne trouvera ni soutient ni conseils. La directrice de l'internat Mme Gunther ne fournit aucune instruction sur la vie sexuelle des adolescentes, et préfère formuler des conseils sur les façons de trouver le véritable amour, car elle était tombée amoureuse de son seul petit ami, M. Gunther, avant de se marier avec lui

    La narratrice n'a pas confiance en elle-même, elle se sent faible avec les hommes qu'elle fréquente, obligée de dire oui aux avances sexuelles.


    Elle admet :


    « Donc, si vous flirtiez, vous deviez être prête à aller jusqu'au bout » (page 9).

     

    Elle déclare ensuite que les garçons se mettaient en colère si une fille refuse de céder aux avances sexuelles. Minot dessine un personnage comme quelqu'un qui souffre d’une faible estime de soi, qui se déguise en faisant la fête, en buvant l'alcool ou prenant des drogues.

    C'est un personnage social, extraverti, agréable à côtoyer, mais en réalité, elle est fragile. Elle est consciente de son comportement problématique, et de ses conséquences :


    « Après le sexe, vous vous recroquevillez comme une crevette, quelque chose de profond en vous est détruit » (page 16).

    « Je pensais que la pire chose qu'on pouvait dire de vous était un suceuse de bites» (page 9).

     

    Minot décrit les difficultés des jeunes filles occidentales à l'adolescence, en raison de la pression exercée sur elle par la société, par les garçons et par les autres filles.
    Elle montre comment les filles cèdent aux avances sexuelles des garçons au début de leur apprentissage, avant de distinguer l'amour du sexe :


    « on ouvre ses jambes, mais on ne peut pas, ou on n'ose plus, ouvrir son cœur » (page 17).

     

    « Lust» se concentre sur la difficulté des jeunes de la société moderne à nouer des relations saines.
    L'adolescente parle principalement des hommes qu'elle rencontrait plutôt que de se concentrer sur ses propres pensées et sentiments.
    Elle décrit une rencontre sexuelle avec un personnage nommé Roger. Elle dit :


    « Roger était rapide. Dans sa voiture,  la radio retentissait, parlant vite, vite, vite. Il recherchait toujours ma fermeture éclair. Il a été expulsé de sa deuxième année » (page17).

     

    Au début, on a l'impression qu'elle se vante, mais de temps en temps, elle glisse des commentaires tels que :


    « À la seconde où un garçon a mis son bras autour de moi, j'ai oublié de vouloir faire quoi que ce soit d'autre, ce qui a d'abord été un soulagement jusqu'à ce que cela devienne comme s'enfoncer dans la boue (page 6) ».

    « Vous distinguez la forme floue des fenêtres et vous vous sentez devenir une grotte, absolument remplie d'air, ou d'une tristesse qui ne voulait pas s'arrêter (page 6) ",

    « Si vous sortez avec eux, vous devez en quelque sorte faire quelque chose (page 6) ».

    L'adolescente reçoit une satisfaction émotionnelle temporaire, mais comme elle le dit :


    « Mais alors vous commenceriez à vous échapper et l'obscurité entrerait et il y aurait une caverne » (page 7).

     

    Cette référence de caverne est la réalisation qu'elle n'est rien de plus qu'un objet, que sa place avec ces garçons n'est rien ; ils la voient comme un objet sexuel.

     

     "...Tout se remplit finalement de mort. Après la vivacité de l'amour, l'amour s'arrête... tu ne demandes même pas quelque chose ou tu n'essaies pas de lui dire quelque chose parce que c'est évidemment ta propre foutue faute. »
    « Tu es partie. Leur regard vide vous dit que la fille qu'ils baisaient n'est plus là. On dirait que tu as disparu (11). »

     

    Minot décrit brièvement les actes sexuels des filles avec chaque garçon.


    « Vous feriez des promenades pour sortir du campus. Il pleuvait comme un enfer, mon pull trempé comme un mouton mouillé. Tim m'a serrée contre un arbre, les bois bruns clair et brun foncés, une maison blanche à moitié cachée avec des lumières déjà allumées. L'eau était aussi bruyante qu'un sifflement de foule. Il a fait certains commentaires sur mon front, sur mes joues. »

     

    Dans un autre passage, elle passe la nuit avec un homme trop timide pour faire des avances jusqu'à ce que, lorsqu'ils s'endorment, il met son bras autour d'elle, et c'est tout. Un autre passage décrit une romance lors d'un voyage en camping, les sacs de couchage étant fermés ensemble. Dans une autre section, notre protagoniste parle sans détour de tous les types de pénis qu'elle a vus, en remarquant :


    « Tim a la forme d'une banane, avec une courbe gracieuse. Ils sont tous différents. Willie est comme un tas de noix quand il ne se passe rien, un autre est aussi mince qu'un hot-dog mince. Mais c'est comme des visages ; on n'est jamais vraiment surpris ».

    C'est à travers ces différentes histoires, qui font partie de la même histoire, que « Lust» progresse. Il se termine à un endroit différent de celui où il a commencé.

     

    Technique de Suzan minot

    Suzan minot utilise un langage précis, bien maîtrisé, minimaliste, préférant les mots simples et les phrases courtes. Les nouvelles sont atypiques, manquent de nombreux éléments de la fiction traditionnelle comme le développement des personnages, la description des lieux, ou l'évolution de l'intrigue.

    Cette écriture minimaliste est devenue dans une certaine mesure un modèle stylistique courant dans la fiction courte américaine moderne.
    Ce texte de Minot demeure populaire, il témoigne du dénigrement émotionnel que les femmes subissent malgré les progrès de la condition féminine.

     

    Les années 80

    C’est une nouvelle des années 80. À notre époque, la sexualité féminine est plus libre, moins stigmatisée, de même que la contraception.
    Par contre, ce texte de Minot relate une autre vérité sur la différence entre l’amour et le sexe:


    « C'est comme si un pétale était arraché à chaque fois. »

     

    Les années de libérations sexuelles n’ont pas changé les règles de l’attirance, du désir sexuel. Les besoins sexuels des femmes ne sont pas toujours satisfaits dans un comportement sexuel féminin qui copie le comportement masculin. La liberté sexuelle devrait être modérée par la conscience, par identifier ses réels besoins.
    Cette histoire traite du silence et le manque de respect, implicite et explicite ressenti par certaines femmes dans leurs relations amoureuses avec les hommes. Minot ne parle pas des hommes, n’explique pas leurs motivations ou leurs difficultés. Elle se concentre sur les femmes.
    Dans ce sens, c’est un texte féministe des années 80 qui garde son intérêt pour comprendre le point de vue féminin des ces années sur les relations sexuelles.

     

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    Henry Bordeaux : raconter une France rurale

     

    henry bordeaux citation

    Henry Bordeaux : raconter une France rurale

    Henry Bordeaux est un romancier presque oublié de nos jours, sauf des spécialistes.

    Né en Savoie, Henry Bordeaux y demeurera toute sa vie, et cette province sera le cadre de la plupart de ses nombreux livres.

     


    Dès ses débuts, avocat et romancier en Savoie, passant par le Figaro, puis à l'Académie Française en 1919, il marque la littérature française de la première moitié du siècle dernier. Rétrospectivement, on peut dire qu'il a décrit une France en train de disparaitre, la France de la terre, de la foi catholique, du destin national, des traditions familiales, du destin collectif avant le destin individuel. Il appartenait à une France traditionnelle et conservatrice.

     

    Henry Bordeaux est issu d'une famille catholique et royaliste qu'il décrit dans son roman La Maison (1912) et dans Le Pays sans ombre (1935).  
    À l'âge de 16 ans, après avoir obtenu son baccalauréat à Chambéry, Henry Bordeaux part pour Paris pour suivre des études de droit et de littérature. Il y rencontre Alphonse Daudet et son fils Léon, François Coppée, Verlaine, Léon Bloy.
    Henry Bordeaux s'inscrit, au barreau de Thonon (1889), mais il ne tarda pas à se tourner vers l'écriture. Sa carrière d'écrivain commence à 1887 (premier poème publié Rebecca, récompensé par l'Académie de Savoie) à 1960, année de son dernier livre (Le Flambeau Renversé).

     

    À la suite du ralliement officiel de l'Église à la République (1892) et de l'édification de la doctrine sociale de l'Église, Henry Bordeaux devient républicain.

    Les idées politiques d' Henry Bordeaux  sont proches du catholicisme social.
    En 1894, il publie son premier livre, " Âmes modernes ", qu'il adresse à tout hasard à ses écrivains préférés.

    Après quelques œuvres de jeunesse, Henry Bordeaux s'oriente vers des types de personnages (hommes ou femmes) dont les positions morales traditionnelles et chrétiennes trouvent leur expression dans un engagement concret comme dans son roman La Peur de Vivre (1902).

     

    Henry Bordeaux, élu membre de l'Académie française en 1919, fut témoin de la première guerre mondiale, des mouvements sociaux des années 30,  de la seconde guerre mondiale, des évolutions des mœurs, des changements de la condition féminine dans le couple et dans la société, et de l'amélioration des conditions de vie des ouvriers.

    À la fin des années 1930 (années du Front populaire), Henry Bordeaux, toujours inspiré par le catholicisme social, prend clairement position pour l'amélioration des conditions de vie des plus pauvres (logement, hygiène, santé, alimentation), conditions de vie qu'il met en parallèle avec l'hypocrisie de la noblesse et de la grande bourgeoisie.

    La fin de la Seconde Guerre mondiale marque une rupture dans sa carrière ayant pris position pour le maréchal Pétain, ami depuis la Première Guerre mondiale. En septembre 1945, Henry Bordeaux est inscrit sur une liste d'Épuration du Comité national des écrivains avant d'en être rayé en octobre 1945.  
    Bordeaux publie pendant la guerre un roman traitant d'Hitler " L'homme qui détient à lui seul le pouvoir de déchaîner le malheur d'une guerre inutile et insensée sur le monde, l'homme qui exerce ce pouvoir sans hésitation quand il est en présence de sa responsabilité, se classe lui-même parmi les monstres."

     

    En octobre 1954, le général de Gaulle lui écrit une dédicace sur un exemplaire de son livre Mémoires de guerre : L'Appel, 1940-1942 en ces termes : " À M. Henry Bordeaux dont l'œuvre a tant nourri mon esprit et mon sentiment ".

     

    Henry Bordeaux, à partir de 1951, commence la rédaction de ses Mémoires. En 1959, il raconte ses souvenirs d'académicien (Quarante ans chez les quarante).

    Ses romans étaient parmi les livres les plus lus de la première moitié du XXe siècle ; plusieurs de ses romans se vendaient à plus de 500 000 exemplaires, traduits en de nombreuses langues, y compris en japonais.

    L'édition américaine du livre Le Chevalier de l'air. Vie héroïque de Guynemer a été préfacée par le Président Théodore Roosevelt : "Nous sommes heureux en vérité d'avoir sa biographie écrite par vous, Très fidèlement votre."

    Henry Bordeaux fut inhumé au cimetière de Cognin (près de Chambéry) et dont le collège porte le nom.

     

     

     

    Le romancier, la famille d'abord   

    Régnier le romancier le 27 mai 1920 sous la Coupole dit : Bordeaux connaît bien son Balzac. Comme le père de la "Comédie Humaine", il produit beaucoup, une soixantaine de romans, des "voyages", une vingtaine d'essais historiques et littéraires, des mémoires. Comme lui, il prend le temps, dans chacun de ses opus, d'exposer longuement l'intrigue. Le temps de humer la saison, de peindre les joues roses de jeunes-filles de la campagne, de visiter les pierres qui seront le cadre, d'illustrer le personnage principal de l'œuvre. "

    Il fut un écrivain provincial, attaché à la terre et aux traditions, un conservateur éclairé qui cherche à faire revivre les anciennes coutumes et à cultiver le pittoresque et le romantisme de la campagne.

    Chez lui, la famille est la cellule sociale fondamentale, régie par l'éthique. Chez lui, les des drames domestiques finissent par laisser l'ordre traditionnel soumettre les individus même récalcitrants, à préserver le couple et la famille. La religion et l'éthique finissent par convaincre chacun de sauver l'essentiel et de se sacrifier pour la famille.

     

    Dans son roman la maison, dans une demeure en pierre où naissent et meurent les grands parents, puis les parents, dans le foyer où se jouent dans l'intimité de minces drames familiaux. Au sein de cette maison, la morale protège la famille pour laisser grandir les enfants et pour vivre sa vie d'adulte au service des autres.

     

    Dans son roman mariage de guerre 1942, il s'agit d'une histoire d'amour entre une femme qui admire les héros, et un homme qui finira par prendre le risque de sauver un soldat blessé et ainsi de mériter l'amour de sa future épouse.

    Bordeaux n'innove pas ses techniques romanesques : dialogues simples pour présenter les protagonistes, narration chargé, citations de manuscrits et lettres.  Il sait raconter la vie de personnages attachants et agréables à suivre dans un style savoureux.



    Les auteurs d'après guerre écrivaient sur des sujets plus actuels comme la conscience de soi, la vie individuelle, la politique, ou la justice sociale.  D'autres styles vont également séduire le public, styles du roman nouveau si éloignés de romans publiés entre les deux guerres.  

    Ses romans avaient perdu progressivement leurs publics dans une France si différente, une France moins rurale, plus citadine, moins familiale, et moins religieuse.  
    Il est presque difficile d'imaginer combien il faisait partie des écrivains influents et respectés du siècle dernier.

     

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    Romantisme : Oui, l’individu existe

    romantisme Eugene Delacroix bouquet de fleurs

    Eugène Delacroix , bouquet de fleurs

     

    Romantisme : Oui, l’individu existe

     

    Le romantisme est avant tout, une crise de la conscience européenne au moment du basculement dans un Nouveau Monde.

     

    Origines du romantisme européen

    Les idées de philosophe irlandais Burke et de Rousseau ont alimenté l’art d’un nouveau mouvement, le romantisme.

    Comme le néoclassicisme, le romantisme a commencé à la fin du XVIIIe siècle, mais, contrairement au néoclassicisme, il n’était pas un style avec ses règles et ses formes, il s’agissait d’un vaste mouvement culturel des arts visuels, de la philosophie, de musique et la littérature. Le terme romantisme reflète la nostalgie pour littérature médiévale et chevaleresque.
    Les efforts de l’art romantique se concentraient sur la primauté de l’émotion sur la raison, la psychologie, l’imaginaire, mystères, paysage, rêves, un engagement en faveur de la justice sociale et de la liberté politique, et un attrait pour les temps anciens et pour des lieux lointains et exotiques.

     

    Il commence au 18e siècle dans la peinture, en rejetant le néoclassicisme et l’influence de l’antiquité gréco-romaine dans les travaux des artistes. Le romantisme est une rupture avec les idées du passé en proclamant la prééminence de l’individu, sa personnalité, sa sensibilité, sa passion et son imagination.

    À la Renaissance, la culture gréco-romaine était émancipatrice, aidant à modérer la théologie catholique.
    La Révolution française s’accomplit au nom de la raison, sur des modèles républicains qui copiaient les dieux grecs et romains, dans un style classique. Le néoclassicisme fut un plaquage qui exaltait l’État, la raison, et les héros, il allait devenir un carcan.

    Les guerres de la période révolutionnaire et de l’Empire, la culte de la nation, et la culte de personnalité prirent un tour autoritaire. En France, la mobilisation générale en faveur de la République, puis de l’Empire, refoulèrent le romantisme et l’individualisme jusqu’à Waterloo.

     

    romantisme Theodore Gericault La retraite de la Russie

     

    Theodore Géricault : La retraite de la Russie

     

    Progressivement, les abus de la Révolution, et de Napoléon, ses violences, ses déceptions allaient offrir au romantisme un caractère politique orienté contre les excès des idées des Lumières.

    Antibourgeois, le romantisme n’est ni aristocratique ni catholique. Il chérit l’absolu, l’idéal. Les extrêmes de la droite à la gauche furent contre le romantisme, et contre l’individualisme naissant s’accompagnant d’une valorisation de la sensibilité, et du désir.
    Le romantisme allait réévaluer la sensibilité et de l’authenticité à travers les œuvres de Diderot, de Rousseau, de Bernardin de Saint-Pierre et d’autres.

     

    romantisme Theodore Gericault L epave


    Theodore Géricault : L’épave

     

    En Allemagne et en Angleterre, ce courant prit une tournure antifrançaise, devint un instrument de lutte contre la domination de la culture classique française sur l’Europe entière.

     

     

    Le romantisme dans la littérature

    Le romantisme dans l’art a produit ses chefs d’œuvre, mais la vrai révolution a été dans la littérature. Des chefs d’œuvres littéraires parlent de gens, de justice, d’individus et d’émotions.


    Les artistes romantiques ont cherché dans l’isolement et dans l’imagination des thèmes nouveaux, qui peuvent mener au bord de la folie et du mystère (les poètes maudits et les artistes maudits). Les sujets sont parfois pittoresques ou sublimes, pour établir une relation avec la nature, pour créer une émotion. La présence humaine n’est plus indispensable, le paysage devient un « état d’âme ».


    Au tournant du siècle se développa en Angleterre, en réaction à une industrialisation plus précoce qu’en France, une littérature inquiète à tendance tantôt sociale (Blake, Wordsworth, Shelley), tantôt gothique (A. Radcliffe, Scott, H. Macpherson). Le moi s’exalte chez Keats ou dans la révolte comme chez Byron.

    En Allemagne : Le mouvement « Sturm und Drang » (Tempête et stress) a souligné la primauté du sentiment et de l’imagination sur la raison et l’ordre adoptés par les académiciens.
    Les principaux représentants allemands du Sturm und Drang furent ; Johann Wolfgang von Goethe 1749-1832 traitant les thèmes de l’existence et le sens de la vie, Friedrich Schiller 1759-1805 (sur les thèmes de la naïveté et de la poésie sentimentale, Johann Gottfried Herder 1744-1803 sur les thèmes du langage

    En Angleterre : Les principaux poètes romantiques étaient William Wordsworth [1770-1850] et Samuel Taylor Coleridge [1772-1834]. Leurs Ballades lyriques, publiées en 1798, peuvent être considérées comme un manifeste du mouvement romantique européen. Leur poésie transmettait l’attrait romantique de la nature et des lieux lointains et exotiques. Les œuvres de Lord Byron [1788-1824] comme Don Juan, de John Keats [1795-1821] [La Belle Dame sans Merci], Percy Bysshe Shelley [1792-1822] [Ozymandias] ont exprimé la nostalgie romantique du passé et des ruines de la justice politique et sociale [Byron : Les îles de la Grèce], une fascination de la beauté et de la cruauté [Shelley : Sur la Méduse de Léonard de Vinci dans la Galerie Florentine).

     

    romantsime Caspar David Friedrich Un homme et une femme contemplant la lune


    Caspar David Friedrich : Un homme et une femme contemplant la lune.

     

     

    En France :
    Le plus important précurseur français du Romantisme était François-René de Chateaubriand (1768-1848), qui a évoqué l'esprit médiéval dans son Génie du christianisme de 1802.
    Les principaux poètes romantiques français du XIXe siècle sont Alfred de Musset (1810-1857), Gérard de Nerval (1808-1855), Alphonse de Lamartine (1790-1869) et Théophile Gautier (1811-1872).
    Victor Hugo (1802- 1885) a été le chef de file du romantisme dans la France du XIXe siècle, et croyait que la liberté littéraire était aussi importante que la liberté politique et sociale.

     

    Aux États-Unis
    Les romans de James Fenimore Cooper (1789-1851) (le dernier des Mohicans) ont exprimé la notion, développée par Jean-Jacques Rousseau , de " nobles sauvages ", surtout dans son des histoires fictives d'Amérindiens.
    Les contes gothiques obsédants de Nathaniel Hawthorne (1804-1864) (The Scarlet Letter) et Washington Irving (1783-1859) (Tales of the Alhambra) transmettent le goût pour un passé médiéval et partager avec Edgar Allan Poe (1809-1849) (Le Corbeau) un penchant pour le macabre et le surnaturel

     

    Le romantisme dans l’art


    On parle d’une mutation générale du goût et de la pensée qui bouleversa les esprits et la culture.
    Le romantisme est si varié dans ses manifestations qu'une seule définition est
    impossible, mais son discours principal est la croyance en la valeur de l'expérience individuelle, en réaction au rationalisme des Lumières qui refuse de considérer les émotions des individus.
    Le romantisme est communément vu comme l'antithèse du néoclassicisme.
    Le romantisme et le néoclassicisme partagent la préoccupation de l'idéal plutôt que du réel. Certaines œuvres du romantisme expriment une réponse romantique à l'antiquité.
    Le romantique envisage l'inatteignable, au-delà des limites de la société et de l'adaptabilité humaine.

    Le héros classique accepte le destin sur lequel il n'a aucun contrôle et triomphe noblement dans cet acquiescement, sinon il ne saurait pas être un héros. Le héros romantique s'est mis en tête de lutter contre un environnement hostile, et ne peut jamais se satisfaire même quand il atteint son but, car il cherche l’absolu.

    Le romantisme représente une attitude plutôt qu'un ensemble d'éléments particuliers et implique l'expression d'une idée qui a tendance à avoir une approche verbale plutôt que visuelle. Il se prête plus facilement à l'expression par la musique et la littérature qu'à travers les arts visuels comme un sens de l'infini et le transcendance.

    Les principaux artistes romantiques diffèrent largement les uns des autres : Blake et Turner en Grande-Bretagne, Delacroix et Géricault en France, Friedrich et Runge  en Allemagne.

    Le mouvement s'est éteint dans le milieu du 19e siècle, mais dans un sens plus large l’esprit romantique a continué à vivre, représentant une révolte contre le conservatisme, la modération, le manque de sincérité insistant sur l’importance des rêves et de l'imagination dans l’expression culturelle.

    romantisme Eugene Delacroix le sultan du Maroc et son entourage

     


    Eugène Delacroix, le sultan du Maroc et son entourage

     

    Le romantisme est une expression de l’inconscient, de ce qui est personnel, d’où la nécessité d’accepter la différence et d’affirmer la personnalité de chaque artiste.
    En affirmant son statut dans la société, il travaille de moins en moins sur commande, car il veut choisir ses sujets lui-même.

    Ce mouvement favorise l’idée d’une œuvre d’art autonome et unique, il entraine la création indépendante des grandes théories et réclame le droit à « l’art pour l’art ».

    Ainsi l’art se débarrasse de toute dimension morale pour devenir création, et recherche plastique. Baudelaire définit ainsi l’œuvre d’art comme la production du beau.

    romantisme William Turner un ange debout sur le soleil


    William Turner, un ange debout sur le soleil

     

    Nous pouvons schématiquement citer quelques caractéristiques du romantisme dans l’art :
    - inspiration à partir des œuvres littéraires romantiques.
    - importance de l’imagination.
    - perte de contrôle et rôle de l’inconscience.
    - sujets nouveaux comme la liberté, le hasard, la mort, la solitude, le mal.
    - évocation de la souffrance humaine, du vide, du silence, de l’infini.
    - vision lyrique de la nature.
    - un traitement particulier des couleurs grâce à une réflexion sur ses effets psychologiques.
    - apprécier le goût exotique, et les choses différentes ( orientalisme )

     

    romantisme Francisco de Goya Tempete de neige


    Francisco de Goya : Tempête de neige

     

    Références
    Lee Johnson: Delacroix,1963, Norton company, NY
    Laurie Schneider Adams : 19e century art, 2014, Oneworld Publications
    Ina Chilvers: The Concise Oxford Dictionary of Art and Artists, 1990, Oxford University press

     

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    Déprimé, triste, ou anxieux ?

      femme detente reflexion anxiete

    Déprimé, triste, ou anxieux ?

     

    Dépression, anxiété

    L'anxiété est liée également à l'interrogation que chaque humain porte sur son origine, son devenir et ses projets de vie.
    Ces deux formes d'anxiété, l'anxiété relative à ce qui nous entoure et l'anxiété relative à nos vies sont des anxiétés adaptatives, nécessaires à la survie humaine.


    La tristesse normale est un état émotionnel douloureux, réversible, qui se manifeste en face à une situation négative de l'existence. Il existe une différence entre anxiété et tristesse.
    La tristesse se manifeste lorsque la personne est confrontée à des événements douloureux comme la mort d'un proche ou une déception amoureuse. Il s'agit d'un état émotionnel peu fréquent dans la suite ou succédant à des événements dramatiques. Alors que l'anxiété est une situation banale et fréquente répondant aux changements de vie et d'environnement.

    Il existe cependant une tension anxieuse qui accompagne la tristesse et vice versa. L'anxiété peut générer des doutes en mettant en question les certitudes, et peut entraîner une dévalorisation de soi qui se rapproche de la dépression.

     

     

    Triste ou déprimé

    C'est une question fréquente... Chaque personne peut subir des épisodes de tristesse, de découragement, qui s'accompagnent de pertes d'envie. Ces coups de déprime sont fréquents dans toute société. Deuil, absence, rupture font partie de la condition humaine.
    La  différence entre tristesse, et dépression réside dans la sévérité des symptômes, dans la durée de ces symptômes. En général, le diagnostic de dépression est évoqué quand les symptômes durent plus de deux semaines, s'accompagnent de détresse, et influencent la capacité de la personne à suivre la routine de sa vie quotidienne.

     

    La tristesse après un deuil ou une séparation peut être sévère au début, puis s'atténue progressivement avec le temps. Pendant cet épisode, la personne est affligée, incapable de poursuivre les rituels de sa vie quotidienne, puis retrouve son équilibre et ses capacités. Pendant cet épisode de tristesse ou de deuil, les symptômes ressemblent aux symptômes dépressifs, avec une sévérité moindre. L'insomnie par exemple peut être présente, de même que la fatigue ou les souffrances morales, l'insomnie est moins sévère dans un épisode de tristesse ou de deuil que dans la dépression, moins présente et moins durable.

     

    La dépression est une maladie grave qui peut altérer profondément la qualité de vie. La dépression peut se présenter comme une maladie progressive, qui affecte jour après jour la qualité de vie du patient, en le privant de ses désirs puis de son enthousiasme, de ses plaisirs. En deuxième temps, les symptômes deviennent douloureux, caractérisés par insomnie, irritation, fatigue chronique, et parfois plus.

     

    La dépression peut compliquer un épisode de tristesse ou de deuil, peut se déclencher après un divorce, ou une séparation. Dans ce cas, le diagnostic devient plus difficile.

     

    Dans tous les cas, la durée des symptômes et leur sévérité devraient alerter le patient ou son entourage sur la possibilité d'une dépression. Après un deuil, un divorce, un échec scolaire, la personne peut être affectée par un épisode de tristesse, un moment de deuil, qui s'exprime selon chaque personne, son histoire, et selon sa culture : colère, agitation, abattement, retrait. Si cet épisode dure plus de deux semaines, s'il altère profondément la qualité de vie du patient, il est temps de consulter.

    N'oublions pas que la dépression touche les femmes deux fois plus que les hommes. Il est important d'être plus attentif en cas d'épisode de tristesse prolongée chez une femme.

    Les épisodes de tristesse et d'euphorie sont plus fréquents chez les adolescents qui passent par des oscillations d'humeur plus prononcées que chez les adultes. Il est important que l'entourage familial surveille attentivement ces épisodes de tristesse chez les adolescents, de les accompagner, pour détecter la présence d'éventuelle dépression.

    La tristesse se manifeste lorsque la personne est confrontée à des événements douloureux comme la mort d'un proche ou une déception amoureuse. Il s'agit d'un état émotionnel peu fréquent dans la suite ou succédant à des événements dramatiques.

    Alors que l'anxiété est une situation banale et fréquente répondant aux changements de vie et d'environnement.
    Il existe cependant une tension anxieuse qui accompagne la tristesse et vice versa. L'anxiété peut générer des doutes en mettant en question les certitudes, et peut entraîner une dévalorisation de soi qui se rapproche de la dépression.

    Chez les hommes, c'est plus difficile. Les hommes expriment leurs sentiments dépressifs d'une manière " comportementale ". Un homme attristé ou dépressif peut s'impliquer de façon intense dans une activité sportive, ou professionnelle. Dans ce cas, si un homme après un épisode de tristesse ou de deuil se consacre à une activité particulière, sportive, artistique ou professionnelle en excluant les autres activités quotidiennes, cela devrait alerter l'entourage sur un éventuel risque dépressif. Chez les hommes, la fureur ou la colère peuvent être également les symptômes d'une dépression.
    La bonne réponse en cas de suspicion de dépression est d'encourager le patient à consulter le plus vite possible, pour soulager sa souffrance et pour améliorer sa qualité de vie.

     

    homme deprime

     

    La tristesse pathologique et l'anxiété 

    De nombreux signes d'anxiété se retrouvent dans la dépression et vice versa. Nous pouvons utiliser des noms différents pour qualifier les aspects normaux ou  pathologiques de ces deux composantes émotionnelles.
    Le terme médical utilisé pour définir l'anxiété pathologique est le trouble anxieux, le terme médical utilisé pour désigner la tristesse pathologique est la dépression.

    L'anxiété pathologique ou le trouble anxieux n'est pas une exagération de l'anxiété normale adaptative, la dépression n'est pas, non plus, une exagération d'une tristesse ou une tristesse plus profonde et plus durable.

    Le trouble anxieux et la dépression sont deux groupes de maladies différents, mais difficiles à distinguer l'une de l'autre en raison :

    - La présence de certains nombres de symptômes communs. Par exemple la difficulté de dormir, la difficulté de s'alimenter, la difficulté à réfléchir sont des symptômes communs pour l'anxiété et la dépression. Il est donc nécessaire d'analyser avec minutie les symptômes décrits par le patient.

    -  Ces troubles sont fréquemment présents en même temps, d'ailleurs certaines écoles en psychiatrie suggèrent qu'il s'agit réellement de la même maladie avec des expressions différentes, et symptômes qui varient selon les personnes.

    -  La présence d'un des deux troubles favorise l'apparition de l'autre. Il existe une relation entre le trouble anxieux et le trouble dépressif. Dans un grand nombre de cas de dépression, l'anxiété existe sous forme de tension ou d'inquiétude diffuse. Parfois l'anxiété se manifeste par une phobie ou une peur non justifiée. L'anxiété peut apparaître comme un symptôme corporel comme l'accélération du rythme cardiaque, vertige, boule dans la gorge. Parfois les personnes dépressives souffrent d'anxiété, et cherchent à traiter leurs symptômes par des médicaments contre l'anxiété comme les anxiolytiques ou par l'alcool. En règle générale, les symptômes d'anxiété disparaissent lorsque la dépression s'améliore.

    En cas de symptômes anxieux accompagnant la maladie dépressive, le traitement antidépresseur est le moyen le plus adapté pour traiter les symptômes d'anxiété. Les anxiolytiques sont peu efficaces dans ce cas.

    Dans un grand nombre de cas de dépression, l'anxiété existe sous forme de tension ou d'inquiétude diffuse. Parfois l'anxiété se manifeste par une phobie ou une peur non justifiée. L'anxiété peut apparaître comme un symptôme corporel comme l'accélération du rythme cardiaque, vertige, boule dans la gorge. Parfois les personnes dépressives souffrent d'anxiété, et cherchent à traiter leurs symptômes par des médicaments contre l'anxiété comme les anxiolytiques ou par l'alcool. En règle générale, les symptômes d'anxiété disparaissent lorsque la dépression s'améliore.


    En cas de symptômes anxieux accompagnant la maladie dépressive, le traitement antidépresseur est le moyen le plus adapté pour traiter les symptômes d'anxiété. Les anxiolytiques sont peu efficaces dans ce cas.

     


    Références
    * Michael H. Ebert, Peter T. Loosen, Barry Nurcombe , Current Diagnosis & Treatment in Psychiatry, Lange editor, 2009
    * Michael G. Gelder, Juan J. Lopez-Ibor, Nancy Andreasen , Jaun J. Lopez-Idor : Oxford Textbook of Psychiatry, September 2003, Oxford University Press

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    Jean Dominique Ingres, réformateur ou conservateur ?

    Ingres autoportrait

    Ingres a 24 ans lorsqu’il peint un premier autoportrait conservé au musée de Chantilly (France).

     

    Jean Dominique Ingres, réformateur ou conservateur ?

    Imaginer vous rendre à Paris pour une exposition de peinture au XIXe siècle. Vous allez discuter avec plusieurs artistes, ils vous diront tous que Dominique Ingres est un tyran, un conservateur qui défend sa propre carrière, la domination de la peinture officielle, et qu’il cherche à travers sa fonction de porte-parole de l’école et de l’académie, à combattre l’innovation, le changement et la nouveauté dans la peinture française.

    Car pour de nombreux chercheurs, Dominique Ingres représente la fin d’une période dominée par Jacques Louis David, ce classiciste implacable, qui s’acharne à ressusciter sur la toile, les gloires disparues de la Grèce antique et des Romains, dans un style académique, figé.


    Avec le recul, de nombreux chercheurs admettent qu’à bien des égards, les critiques vis-à-vis d’Ingres sont injustes. D’autres chercheurs plus récents aiment classer Ingres comme un peintre révolutionnaire. Un fait ironique, le peintre se considérait lui-même comme un « révolutionnaire innovateur ».


    Voici ce que mentionne Gombrich dans son histoire de l’art : « Dans la première moitié du XIXe siècle, le chef de file des conservateurs fut Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867). Il avait été l’élève et un fidèle partisan de David, admirant comme lui l’art héroïque de l’Antiquité classique. L’enseignement d’Ingres soulignait l’importance d’une précision absolue dans l’étude du modèle vivant ; il méprisait l’improvisation et le désordre. On comprend que beaucoup d’artistes aient été séduits par cette technique infaillible et impressionnés par la personnalité d’Ingres, même quand ils ne partageaient pas ses idées. »

    En dépit de sa formation rigide et classique, à l’école de David, il s’est finalement libéré de l’adhésion obsessionnelle au néoclassicisme figé des maniéristes du XVIIIe siècle. Son attitude envers les sculptures antiques, envers les écrits d’Homère, la peinture de Raphaël, et les règles de la perspective de la renaissance italienne, fut malgré tout différente du néoclassicisme et de la majorité des peintres son époque lui permettant de revendiquer sa place d’avant-gardiste avec d’autres talents comme Delacroix, Courbet et Géricault. Mais il a fallu un siècle pour admettre l’aspect innovant de sa peinture, d’autant que la qualité et l’intensité de son travail se sont manifestées progressivement.

     


    Brève biographie d’Ingres dans ses œuvres


    Jean Auguste Dominique Ingres est né à Montauban, dans le sud de la France, en 1780. On retrouve dans sa vie, le schéma classique d’un père sérieux ne comprenant pas le désir de son fils d’apprendre la peinture et de
    consacrer sa vie à dessiner, une préoccupation futile et inutile.
    Cependant, la relation entre le père et le fils semble joyeuse, ils dessinent et chantent ensemble, ils jouent du violon, se promènent ensemble l’été. Le père choisit de laisser la liberté à son enfant, croyant en son talent.
    Selon Guégan, 2006 : « Ingres était l’aîné d’un clan déchiré entre un père
    instable, mais protecteur à son égard, et une mère souvent aux abois. Après les années de nourrice, on le plaça chez les Frères des écoles chrétiennes, jusqu’à la fermeture de l’établissement de Montauban en décembre 1791. Bien que volage, son père lui avait donné l’amour des lettres et enseigné très tôt les premiers rudiments du dessin. »

    À l’âge de huit ans, le garçon se produit en public et à neuf ans, il réalise un remarquable dessin (encore conservé) inspiré d’un buste classique.
    Le voilà à 11 ans à Toulouse, étudiant à l’Académie des beaux-arts, commençant sa formation dans la peinture et dans la sculpture. En même temps, il suit des cours privés de dessin au crayon et à l’encre. Il devient, grâce à son talent musical, membre d’un orchestre local.
    De ces années d’enfance, il gagne des prix pour son travail artistique jugé d’une qualité inhabituelle. Il quitte Toulouse avec les louanges de ses maîtres. Un de ses professeurs a prophétisé qu’un jour, le jeune Dominique ferait honneur à son pays, par son talent d’artiste.

     

    Ingres chez David

     

    À l’âge de 17 ans, le jeune Dominique arrive à Paris, pour étudier chez David, le grand maître, le chef incontesté de l’Académie française de la peinture, détesté par certains, adulé par d’autres. Sous le patronage du grand maître, Ingres va découvrir le caractère ombrageux exclusif et dictatorial de celui-ci.


    Selon Vigne, 1995 : « Chez David : Les fréquentations du jeune élève à cette époque sont certainement à chercher parmi les nombreux apprentis sculpteurs, souvent étrangers, que comptait l’atelier de David, on connaît au moins deux croquis représentant l’espagnol Alverez dessinant au Louvre (musée Ingres) et son meilleur ami fut alors le Florentin Lorenzo Bartolini. David s’attachait plus particulièrement à certains de ses élèves, les préparant tout spécialement à l’épreuve du Prix de Rome. Les dons naturels d’Ingres ne pouvaient pas ne pas être rapidement remarqués. »

    À l’école des beaux-arts de Paris, Ingres reçoit plusieurs prix et plusieurs récompenses pour son talent et son travail.
    Selon (Vigne, 1995) : « La grande nouveauté de ces années d’études est évidemment le passage à la couleur et à la peinture. En effet, Ingres ne semble pas avoir réalisé de tableau véritable avant son arrivée à Paris. »
    Ingres, poussé par David, va concourir pour le Prix de Rome. Il l’obtiendra lors de la session de 1801 avec son tableau sur les Ambassadeurs d’Agamemnon.

     

    Ingres les Ambassadeurs d'Agamemnon  neoclassique 1801

    Les Ambassadeurs d’Agamemnon.


    Dans ce tableau, l’influence de David est sans appel, néoclassicisme, maîtrise, sens des détails et sujet antique.
    Ingres fréquente une école artistique informelle, la Swiss Academy. Dans cette école, il peint à partir de modèles vivants, loin des fastidieux moulages de Grecs et de Romains. À cette époque, il commence à réaliser de charmants croquis au crayon, de modèles vivants. Le public reçoit ces croquis, pleins de vie avec enthousiasme. Plus tard, ces esquisses vont devenir pour Ingres une source de revenus.

    Puis un événement majeur couronne son talent, il reçoit le très convoité prix de Rome. Les coffres de l’académie sont vides, Ingres ne peut partir immédiatement pour l’Italie. Il doit attendre cinq ans pour trouver les fonds nécessaires à son départ. Entre-temps, il travaille, il gagne sa vie en réalisant des portraits.

     

    Ingres Napoleon Ier sur le trone imperial


    Napoléon Ier sur le trône impérial


    À l’âge de 23 ans, sa célébrité grandit, même Napoléon lui accorde sa confiance pour un portrait, actuellement préservé à Liège.
    Guégan, 2006 : « Mais pour un portraitiste de ce temps-là, il n’était pas de modèle plus prestigieux et plus délicat que Bonaparte.
    Dès l’époque du Consulat, la rivalité était grande entre les artistes susceptibles de donner une image flatteuse du général impétueux comme de l’homme d’État, héritier à la fois de la Révolution et des vieilles monarchies. »
    Ce tableau est néoclassique, Ingres applique à la lettre les conseils de son maître David, à l’exception du fond foncé.

    Ingres s’intéresse en premier aux lignes, au dessin. Un jour, Ingres dit : « Si je devais diriger une école, je serais une école de dessin ».


    Pour Ingres, la couleur est un élément secondaire dans la peinture, un élément utile pour remplir les espaces définis par la ligne tracée. Il n’avait aucune théorie sur les couleurs, ou sur les relations entre les tons et les nuances comme les impressionnistes plus tard. Il se limite au temps réel des vêtements et des objets, sans chercher à créer des couleurs nouvelles, ou des nuances surprenantes.
    Son style est constant, et a peu changé au cours de sa carrière, en dépit de l’évolution des théories artistiques, et des changements spectaculaires de la technique.

    Il y a très peu d’autoportraits du peintre. Le portrait est un des genres qu’il va développer. Son auto portrait met en exergue la clarté de ses compositions, une rigueur dans la représentation du corps, et ce, dès la fin des années 1790.

    Il peut reprendre une toile délaissée, inachevée, plusieurs années plus tard pour la compléter sans souffrir d’un changement ou une divergence.

     


    Ingres en Italie

    En arrivant en Italie, il est ébloui par les ruines romaines et le travail de Raphaël. Il a déjà vu quelques exemples de l’œuvre de Raphaël au Louvre, et à présent, il peut contempler au Vatican les prodigieuses peintures murales de Raphaël comme « la Disputa : la dispute du Saint-Sacrement » ou l’école d’Athènes, et à la villa Farnesina à Rome, les dieux et déesses de Raphaël à côté de Cupidon et Psyché.

    Cette rencontre avec Raphaël est décisive pour Ingres. On retrouve l’influence de Raphaël dans les nus féminins idéalisés d’Ingres, dans les dessins des déesses ou des mortels. Le nu chez lui est classique, idéalisé, une sorte d’icône chargée toujours de beauté sans excès ni vulgarité.


    Vigne, 1995 : « Les années passées par Ingres à la villa Médicis furent très studieuses et presque exclusivement consacrées à ses devoirs de pensionnaire. ».


    Guégan, 2006 : « Ce séjour en Italie, Ingres l’avait attendu cinq ans ! Il aurait dû en durer quatre. Mais le pensionnaire de la villa Médicis, fin 1810, décida de ne pas rentrer. Paris l’avait malmené, Rome était riche de perspectives plus heureuses.

    Que va-t-il peindre en Italie ?


    Il va choisir un modèle féminin, rompant avec les usages, défiant les règles de l’académie considérant les figures masculines plus chastes et plus nobles.
    Ainsi, il ose exposer la Baigneuse, une tonalité d’érotisme particulière, évidence charnelle, distance souveraine, un parfum de langueur orientale déjà. » (Guégan, 2006).

     

    Ingres La Baigneuse Valpincon 1808

     

    La Baigneuse Valpinçon, Ingres, 1808


    Ce tableau donne une idée sur l’évolution du peintre, un sujet contemporain, un modèle vivant, un contexte réaliste. Nous sommes loin de son étape néoclassique.
    Ingres a quitté Paris pour l’Italie avant l’ouverture du Salon de 1806. Les critiques ont mal reçu le travail d’Ingres, en le qualifiant de bizarre, et de gothique.

     


    Dans son livre sur la vie de l’Ingres, Walter Pach, cite un extrait d’une lettre d’Ingres écrite à propos de ces critiques :
    « Le Salon est donc le théâtre de ma honte. Du jour au lendemain, je suis passé d’un être distingué à un homme dont les œuvres suscitent la fureur et ne méritent pas d’être regardées. Tout Paris parle de mes œuvres d’une manière épouvantable ».


    Plus tard, il devient le porte-parole de la peinture française, un membre respecté et influent de l’académie. À cette époque il écrit :
    « Oui, il y a un grand besoin de réforme dans l’art, et je devrais être très heureux d’être le révolutionnaire qui encourage ses réformes. Je donnerai des coups de pied et mordrai jusqu’à ce que, un jour, le changement arrive.
    Je concentre mon ambition sur la réalisation de ce changement. »


    Parallèlement à ces travaux qui préfigurent l’orientalisme, Ingres va travailler sur l’Antiquité grecque, un sujet qu’il maîtrise bien, revisitant des scènes mythologiques. Il va notamment réaliser d’Oedipe :

    Ingres oedipe

     

    Selon Guégan, 2006
    « L’Oedipe d’Ingres est hanté par la violence sans frein et les désirs interdits, autant que le texte homérique de l’Odyssée, et le théâtre grec dont le peintre avait bien connaissance. Afin de se conformer à la saveur archaïque du mythe, Ingres s’est sans doute tourné vers ce que l’on appelait les vases étrusques. Le profil parfait de jeune héros, qui dérangea l’Institut, semble se détacher d’une coupe attique. »

    Dans ce tableau d’un style néoclassique allégé, Ingres s'inspire de l'art antique, en modifiant les visages pour apporter sa vision personnelle. La représentation n’est pas conforme aux «lois» de l'académie.

    Guégan, 2006 : «les académiciens réservèrent à l'Oedipe leurs traits les plus acérés. Ingres, ce faisant, exécutait un vrai tableau d'histoire et non pas l'exercice anatomique qu'on attendait de lui. »

    Ce type de réaction de la part des académiciens est une des raisons pour laquelle Ingres refusa de quitter l'Italie après les quatre années prévues à la villa Médicis.

     

    Ingres  La Grande Odalisque 1814 Paris, musee du Louvre

    La Grande Odalisque,1814, Paris, Musée du Louvre

    Ingres a transposé dans un Orient imaginaire le thème du nu mythologique, hérité de la Renaissance. Le plus célèbre nu du maître est une com¬mande de Caroline Murat, soeur de Napoléon et reine de Naples. Ingres peint un nu aux lignes allongées et sinueuses sans tenir compte des exigences anatomiques. Les détails comme la texture de la peau, le velouté des tissus sont rendus avec une grande précision. Cette oeuvre a été violemment critiquée lors de son exposition au Salon de 1819.

     

    Ingres continue à travailler et à apprendre en Italie. En 1813, ses amis pensant qu'il manque de compagnie féminine,ils le mettent en relation avec une jeune et séduisante fille : Madeleine Chapelle.

    Étrange et heureuse rencontre, car Dominique Ingres et Madeleine Chapelle vont tomber amoureux, ils se marient et vont vivre heureux jusqu'à ce que la mort les sépare.
    Pendant son séjour en Italie, Ingres envoie régulièrement des photos destinées au salon. En même temps, il gagne péniblement sa vie en réalisant des portraits. Madame Ingres décrit cette époque comme difficile, le couple manque de ressources, elle parle des jours passés sans pain quand le boulanger refuse de leur accorder un crédit supplémentaire.

     

    Ingres rentre en France

    Mais Ingres revient en France en 1824, avec un tableau exceptionnel qu’il présente lors du salon de la même année : le Voeu de Louis XIII.

    Ingres Voeu de Louis XII  1824


    Vœu de Louis XIII, Ingres, 1824

    Vigne, 1995 « Ainsi, au travers d’un classicisme apparemment orthodoxe, certains avaient su reconnaître dans le Voeu de Louis XIII tout le cheminement du Montalbanais sur les marges du préromantisme : la couleur chaude du tableau, ses nuées dansantes d’angelots, le caractère théâtral de son apparition divine n’appartient pas, en effet, au vocabulaire strict de la peinture classique. »

    Tout change en 1825. Les honneurs arrivent enfin à Ingres, il est élu membre à l’Académie des beaux-arts, on lui offre des commissions importantes, ses œuvres se vendent à nouveau. Il enseigne à l’école des beaux-arts, et il ouvre une école privée.


    Ingres sera professeur à l’École des Beaux-Arts à partir de 1829.
    Lors de la Révolution de 1830, la révolution de juillet, voyant notamment la fuite de Charles X, Ingres s’implique, s’engage pour protéger le palais du Louvre, seul « fait d’armes » de toute sa vie.

    Ingres devient directeur de l’Académie de France à la villa Médicis. Mais, lors de cet emploi, « il faut reconnaître que le travail du maître connaît un ralentissement évident pendant la durée de son séjour romain, même si chacun des quatre tableaux qu’il y exécutera représente un jalon important de sa carrière. » (Vigne, 1995).

     

     

    Ingres décide de revenir en France.


    Selon Bajou, 1999 : « Ingres approuvait le concept que Louis-Philippe avait de la royauté, et sa fidélité à la famille d’Orléans ne fut jamais remise en cause. Mais son adhésion au régime était un choix privé sans rapport avec la politique artistique de la monarchie de juillet. » (Bajou, 1999).

    Ingres l Age d Or


    Le peintre accepte un travail titanesque : l’Âge d’Or, une demande du duc de Luynes qui possède le château de Dampierre. Le duc demande à Ingres la réalisation des peintures murales de ce château : « Inspiré de Raphaël par son format et ses dimensions, et de Watteau par son caractère sylvestre, l’Âge d’Or fut la grande aventure de toute la décennie, dont témoignent plus de quatre cents dessins au musée Ingres » (Vigne, 1995).


    Ingres reçoit les critiques acerbes de ses rivaux parmi ceux-ci Delacroix.

    En raison de ces critiques, Ingres devient irrité, caractériel, arrogant, cruel, n’admettant ni critique ni concurrence.
    Austère et exigeant, il est craint pour sa langue caustique, et pour ses crises de colère. Étrangement il finit par ressembler, quelque peu, à son maître David.


    En 1849, Madame Ingres tombe malade, et meurt quelques mois plus tard
    laissant son mari désemparé. Emporté par le chagrin, il ne travaille plus, il fait plusieurs voyages, pendant un an et rentre à Paris en 1850.


    Après la deuxième République (1848-1852), et l’avènement de Napoléon III, « avec l’âge, Ingres doit réduire sa production et adopter son mode de vie à une nouvelle situation ; passé 70 ans, l’artiste souhaitait changer d’état » (Bajou, 1999.
    Il a 72 ans en 1852 quand il tombe amoureux d’une femme presque 30 ans sa cadette, Delphine Ramel. Le couple se marie, Ingres retrouve son appétit il s’enthousiasme à nouveau pour la peinture.


    Lors de l’Exposition universelle de 1855, soixante-dix photos de lui sont accrochées dans une pièce séparée : «Salle Ingres» le point culminant de l’exposition.

     

    Ingres La Source 1856


    En 1856, Ingres peint La Source, probablement le tableau le plus aimé
    de toutes ses peintures.

    L’artiste poursuit ses travaux parisiens et termine son chef-d’œuvre : le bain turc en 1862.

     

    Ingres  Le Bain turc 1862  paris  musee du Louvre

    Jean-Auguste-Dominique ingres,  Le Bain turc, 1862, Paris, Musée du Louvre

     


    À la fin de sa vie, Ingres crée la toile la plus érotique de son œuvre avec cette scène de harem associant le motif du nu et le thème de l’Orient. Des dizaines de femmes turques nues sont assises dans des attitudes variées sur des sofas, dans un intérieur oriental s’organisant autour d’un bassin. Beaucoup de ces baigneuses juste sorties de l’eau s’étirent ou s’assoupissent. D’autres discutent en sirotant leur café. Au fond une femme danse, au premier plan une autre, vue de dos, joue de la musique. L’érotisme de la toile réside dans la caresse que prodigue une des femmes au sein de sa voisine. Cette toile de 1862 associe le nu et le thème de l’Orient, chers au peintre depuis plus de cinquante ans. Contrairement à Delacroix, il n’est jamais allé en Orient : il a rêvé ces contrées lointaines à partir de lectures et de gravures.

     

    Ses lettres de l’époque révèlent qu’il est heureux de son travail, plus qu’à tout autre moment de sa vie. En 1862 Napoléon III le nomme sénateur de l’Empire.


    Jusqu’à la fin de sa vie, ses journées sont remplies de rendez-vous et de travail. En retrouvant le bonheur, il change d’attitude vis-à-vis des autres peintres. Delacroix est mort, Ingres ne le critique plus, au contraire, il formule des louanges sur son travail, essayant de mettre en valeur les tableaux et les dessins de son rival disparu.


    Juste avant sa mort, un visiteur le trouve en train de copier une peinture du XIVe siècle de Giotto. Perplexe, il demande pourquoi le maître se donne la peine de faire une copie d’un tableau ancien. Ingres lui répond en souriant : pour apprendre, pour apprendre.
    Il décède en 1867.
    Entre révolutions et contre-révolutions, depuis son enfance Ingres va devenir l’une des figures du néoclassicisme, du romantisme et de l’orientalisme. Il impose son style de son vivant, un style fondé sur l’art grec, actualisé.

     

    Réf :
    - Bajou V., 1999, Mr Ingres, Adam Biro
    - Gombrich E.H., 1998, Histoire de l'art, Gallimard, Paris,
    - Guégan S., 2006, Ingres, « ce révolutionnaire-là », découverte Gallimard, Musée du Louvre, Paris.
    - Vigne G., 1995, Ingres, Citadelle et Mazenod, Paris
    - Dictionary oh the Art,1994, Helicon Publishing Limited
    - Norbert Schneider 2002, the Art of the portrait, Taschen Edition

     

     

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    Freud : la création artistique est un jeu d’enfants

    Chagall deux pigeons

    Chagall : deux pigeons

     

    Freud : la création artistique est un jeu d’enfants

    Freud, dans son texte de 1908 « Le créateur littéraire et le rêve éveillé », associe la psychanalyse à une certaine dose de philosophie pour s’interroger sur l’art, sur la création, la valeur et le sens profond de l’art.

    Par quels moyens l’art parvient-il à remonter jusqu’aux sources inaccessibles de notre vie affective ? Quels sont les moyens de l’art pour rendre possible notre « éveil des affects » ? Comment l’art stimule-t-il nos émotions ? Qu’est-ce qui permet à l’œuvre de susciter notre intérêt ? Qu’est-ce qui fait que celui qui regarde un tableau ou admire une autre œuvre d’art éprouve des sentiments, découvre des relations, et mobilise dans son esprit des questions nouvelles ?
    Comment parvient l’artiste, le poète, l’acteur ou le peintre à « provoquer en nous des émotions dont nous ne nous serions peut-être même pas crus capables ? »

    Selon Freud, l’artiste n’est pas censé savoir ce qui fait de lui un poète, un sculpteur ou un peintre. Les raisons de son génie lui sont obscures. Il ne peut exposer les raisons qui le font parvenir à ce résultat ni la recette de son art.
    Quant à son intention, de ce qu’il peut exprimer par son œuvre, il ne peut en savoir que peu de chose ou rien du tout.
    Le spectateur essaye d’interpréter l’intention de l’artiste à travers l’œuvre, de dégager le sens, d’analyser à travers l’œuvre les sources des émotions et intentions de l’artiste. Cette analyse ne peut épuiser le mystère de l’œuvre ni rendre intelligible l’émotion du spectateur.

     

    Matisse tristesse du roi 

    Matisse : tristesse du roi

     

    Que signifie l’œuvre, que veut-elle représenter ? Qu’est-ce que l’auteur nous donne à voir ?
    Freud dit : « l’artiste peut aller jusqu’à l’extrême limite de ce que l’art peut exprimer. »
    Le spectateur identifie dans l’œuvre même les limites de ses analyses. L’œuvre ne peut informer plus que ce qu’elle dit, ne peut exprimer au-delà de ce qu’elle est.

    L’art se révèle en partie par l’analyse et déchiffrement, mais dans l’art, il reste quelque chose qui échappe à l’univers du sens.
    Freud dit que l’œuvre nous saisit quand l’artiste a pu matérialiser en elle sa pensée et ses émotions.
    Freud explique que le lecteur ou le spectateur ne peuvent élucider l’énigme du talent de l’artiste, ni par l’analyse de la vie de l’artiste ni par sa biographie.

    Une autre affirmation de Freud « les meilleurs aperçus sur l’essence de l’art ne contribueraient en rien à faire de nous-mêmes des créateurs »

    Freud rompt avec la croyance d’un déterminisme, d’une continuité entre ce que pense l’artiste et ce qu’il peut créer. L’œuvre reflète la pensée de l’artiste, elle ne peut être réduite à cela. L’œuvre est capable d’excéder toutes les intentions de l’artiste. C’est dans cette bifurcation, que la création artistique prend droit à l’existence.

    Enfin, Freud pense qu’il est impossible de tout savoir, impossible de saisir tout que l’œuvre veut dire, car l’œuvre peut dépasser son créateur et la capacité d’analyse du spectateur.

     

     munch le cri

    Munch : le cri

     

    Pour expliquer la nature de la création artistique, Freud écrit : « L’occupation la plus chère et la plus intense de l’enfant est le jeu. Chaque enfant qui joue, se
    comporte comme un artiste poète, dans la mesure où il se crée un monde propre, ou il arrange les choses de son monde suivant un ordre nouveau, à sa convenance. Ce serait un tort de penser qu’il ne prend pas ce monde au sérieux ; au contraire, il y engage de grandes quantités d’émotions.

    L’opposé du jeu n’est pas le sérieux, mais la réalité. L’enfant distingue très bien son monde ludique, en dépit de tout son investissement affectif, de la
    Réalité. Il aime étayer ses objets et ses situations imagées sur des choses
    palpables et visibles du monde réel. “

    Selon Freud, le créateur fait la même chose que l’enfant qui joue ; il crée un monde de rêves éveillés qu’il prend au sérieux, qu’il dote de grandes quantités d’émotions tout en le séparant nettement de la réalité.

    Il y aurait selon Freud une ressemblance entre le jeu de l’enfant et la création artistique qui se trouve dans la prévalence donnée au désir sur la réalité. Dans les deux cas, un monde s’organise sur les rails de la fiction et des émotions. Dans le jeu de l’enfant et dans l’art, l’intensité de la vie se fait mouvement, les objets sont disposés pour leur restituer le pouvoir de dire quelque chose de réel, mais différent de la réalité.
    L’enfant qui joue construit un monde. Le jeu n’est pas une imitation ni le
    reflet d’une réalité, mais appropriation, transformation de quelque chose
    qui dépasse la réalité. Le jeu ouvre une dimension de l’inconnu, du
    nouveau. Ce jeu devient moyen de connaissance du monde, une expérience de création. Le jeu n’évoque pas la réalité, mais nous fait voir au-delà de la réalité.

    La création artistique et le jeu de l’enfant ne visent pas l’adaptation aux
    contraintes de la réalité, mais sa transformation.
    Le jeu et l’art au-delà de tout emploi, de toute fonction, nous mettent face à la vérité d’Aristote : ‘les hommes aiment jouer par nature.’ En quelque sorte, c’est le jeu qui nous apprend la vie.

    Il ne suffit pas toujours d’avoir joué dans son enfance pour être poète, peintre, sculpteur ou acteur. La relation entre le jeu de l’enfant et la création artistique s’arrête à une origine commune. Pour qu’il y ait création artistique, l’objet crée est élevé à la dignité de l’art. La nature esthétique distingue l’art d’un jeu d’enfant.

    L’auteur de l’œuvre d’art rend l’œuvre désirable, l’arrache à l’anonymat pour le rendre unique, et le détache à son intimité pour la rendre transmissible.
    Quand un portrait ne représente pas la personne, il devient une œuvre.

    Freud fait à nouveau de la psychanalyse quand il pense que l’artiste seul est capable de nous faire dépasser nos préjugés, notre inhibition, notre répulsion face à nos désirs refoulés. Il nous révèle nos propres désirs, il nous fait vivre nos refoulements les plus intimes.
    Selon Freud, l’œuvre artistique doit s’accompagner d’une subjectivité qui se dévoile et se transcende. L’artiste a voulu dire quelque chose qui est à la fois singulier et universel.

    L’artiste nous ouvre à une autre expérience avec nos propres rêves, nos propres désirs, notre propre regard sur le monde. Par la création artistique, le créateur parvient à dépasser les barrières de notre conscience, de nos préjugés, de notre inhibition, notre complicité, notre héroïsme, et notre paresse de penser. Par les moyens de l’art, nous serons capables d’un autre rapport, d’une autre expérience, d’un autre jugement avec nos propres désirs.
    Selon Freud, l’art nous fait vivre quelque chose qui émane de sources psychiques profondes, mais qui ne peut nous être restitué que par la forme artistique, quelque chose qui nous sentir comme faisant partie de la communauté des hommes.

     

     

    botticelli madonne

    Botticelli : madonne

     

     

    Réf

    S. Freud, ‘Prix Goethe 1930’, in Résultats, idées et problèmes II, P.U.F., Paris, 1992, p.184
    S. Freud, la création littéraire et le rêve éveillé” 1908) : https://classiques.uqac.ca/classiques/freud_sigmund/essais_psychanalyse_appliquee/04_creation_litteraire/creation_litteraire.html

     

     

     

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    Alimentation: comment nous choisissons?

    repas-exterieur

    Alimentation: comment nous choisissons?

    Ils existent  de multiples facteurs qui influencent nos choix alimentaires et nos comportements vis-à-vis de la nutrition. Ces facteurs sont  sous l'influence de préférence sociale, sanitaire, goût personnel, et habitudes culturelles.
    En dépit de l'influence culturelle, certaines préférences alimentaires semblent universelles : préférer les aliments riches en graisses semble être une habitude alimentaire partagée. Il existe également des préférences majoritaires influencées par la culture ou la géographie, comme la préférence des aliments épicés dans certains pays d'Amérique du Sud, ou dans la cuisine indienne.
    Généralement nous choisissons nos aliments selon les règles suivantes :

    abs11.5 bleu1 Les habitudes  familiales 

    Les personnes qui choisissent de prendre des céréales le matin répondent parfois à une habitude alimentaire sans justification sanitaire ou culturelle. Il s'agit d'un choix simple, motivé par l'habitude familiale. L'alimentation familiale joue un rôle important dans la formulation du goût et des préférences alimentaires. La cuisine de l'enfance demeure un facteur puissant dans les habitudes alimentaires des adultes.


    abs11.5 bleu1 Héritage et tradition

    L'héritage et traditions sont des facteurs importants dans les choix nutritionnels. Chaque pays et chaque région possède ses propres nourritures, ses propres manières de préparer et ses propres recettes.

    Les habitudes alimentaires varient selon la composition ethnique. Il existe par exemple en France plusieurs régimes alimentaires influencés par les habitudes alimentaires de la Méditerranée dans le sud, et par les habitudes alimentaires du nord. Le régime américain par exemple inclut de nombreuses nourritures ethniques à l'image des populations qui composent ce pays.

    abs11.5 bleu1 Les interactions sociales

    Les liens sociaux influencent également les choix alimentaires. La plupart personnes apprécient de manger en compagnie des autres. Partager le repas est une tradition presque universelle même si la signification sociale varie selon les cultures. La convivialité est une habitude de vie appréciée en France par exemple, et dans de nombreuses cultures de la Méditerranée. Ce repas, pris avec les autres, invite les personnes à partager la nourriture proposée par le groupe.

    abs11.5 bleu1 La disponibilité, la convenance, et l'économie

    En général, nous mangeons ce qui est présent, disponible, facile à préparer, et accessible économiquement. La majeure partie du budget alimentation est dépensée dans une alimentation facile à préparer.  La durée moyenne de la préparation d'un repas est de 15 à 20 minutes, incluant moins de six ingrédients, utilisant généralement des aliments partiellement préparés. L'exemple type est la soupe  préparée, et qu'il faut chauffer ou cuire pendant quelques minutes. La nourriture varie également selon des convenances personnelles, certaines personnes n'aiment pas les crèmes glacées à la fin d'un repas riche en matières grasses. Certaines personnes détestent carrément certains aliments.

    abs11.5 bleu1 Les émotions

    Les émotions jouent un rôle important dans nos habitudes alimentaires. L'alimentation peut jouer le rôle d'une réponse à certains inconforts émotionnels comme l'ennui, la dépression, ou pour calmer une certaine anxiété. Une personne déprimée peut choisir de manger pour ne pas appeler un ami.  Une personne anxieuse peut se servir de la nourriture ou de l'alcool pour apaiser son anxiété. La consommation alimentaire comme réponse aux émotions peut engendrer des troubles comportements alimentaires et provoquer une obésité.

    abs11.5 bleu1 Les valeurs culturelles

    Les choix alimentaires sont influencés par les idées politiques, éthiques, et par les croyances religieuses.

    Les chrétiens renoncent à la viande et aux produits dérivés de l'élevage animal pendant leur carême avant Pâques, les juifs ont également des périodes où la consommation de certains aliments est déconseillée, les musulmans pratiquant se privent de toute alimentation du lever au coucher du soleil pendant le Ramadan.

    La nourriture peut refléter également des croyances éthiques ou sociales, comme les personnes qui refusent de consommer la viande pour des raisons relatives à leur conception de la vie animale. D'autres personnes boycottent les produits pour des raisons politiques, écologiques ou économiques.

    abs11.5 bleu1 Le poids et l'image corporelle

    Dans le choix des produits alimentaires, nous cherchons à adapter notre consommation alimentaire à nos besoins, à notre poids, et à l'image que nous avons de notre corps. Parfois, certaines personnes consomment certains aliments dans l'espoir d'améliorer leur aspect physique, pour maigrir, pour grossir, etc.  L'alimentation sportive est l'exemple d'un choix alimentaire visant à l'amélioration de la capacité physique de l'athlète.

    abs11.5 bleu1 La santé

    L'alimentation est un élément important de la santé humaine. De plus longtemps, les fabricants et  l'industrie alimentaire tentent de s'aligner sur  les résultats scientifiques liant la santé à la nutrition. Ainsi nous avons des produits vitaminés, du sel riche en iode, et des produits alimentaires adaptés pour baisser le taux de cholestérol.

     

     

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    Kawabata : Pays de neige

     

    kawabata pays de neige

    Kawabata :  Pays de neige

    Pays de Neige (yukiguni), écrit entre 1935 et 1948. Traduit par Bunkichi Fujimori et Armel Guerne, 190 pages .

    Ce roman est souvent considéré comme le chef d'œuvre de Kawabata.
    Pays de neige raconte l'histoire de Shimura, un spécialiste de l'art chorégraphique, qui habite Tokyô , qui vient par trois fois  séjourner dans une région montagneuse. Il y noue une relation avec une geisha du nom de Komako, il est troublé par une autre jeune femme, Tokyô. Entre elles deux existe une relation mystérieuse autour d'un jeune homme malade, Yukio. La trame est simple racontée de manière assez sophistiquée puisque le livre commence sur le deuxième séjour, le premier étant raconté en flash-back.
    Il s'agit du livre de Kawabata qui a été l'objet du plus grand nombre d'études.
    Le livre est d'une simplicité trompeuse qui cache de nombreux symboles, non dits et autres phrases sibyllines comme toujours chez Kawbata.
    Sur la quatrième couverture de l'édition française on lit  :


    " Dans les montagnes du nord, la neige est, plus qu'un décor, le symbole de la pureté perdue. Elle pétrifie le temps et l'espace, et délimite le champ clos où va se nouer le drame entre Shimamura, un oisif originaire de Tokyo venu dans le Pays de Neige pour retrouver Komako, une geisha, et Yôko, une jeune femme rencontrée dans le train. Étrange relation triangulaire où Shimamura pourra croire qu'il a trouvé l'unité qu'il cherche, unité du corps et du coeur, entre les jeux sensuels de Komako et les jeux de regards de Yôko.

    Ce Pays de neige du Prix Nobel 1968 est une incantation, un chant harmonieux et pur, qui se finit dans le rouge sang de l'incendie. On y retrouve l'art de la peinture des sensations à petites touches pudiques et la musique des sens qui, du Grondement de la montagne à Tristesse et beauté ou Les Belles Endormies, imprègnent l'œuvre de Kawabata (1899-1972), ainsi qu'un dépouillement qui pourrait s'apparenter au Zen s'il n'était hanté par le bruit souterrain de la mort. "


    Kawabata écrit lui-même :
    " Parmi mes romans et mes essais, on compte énormément de textes interrompus dès le début, ou plus exactement il vaut mieux dire qu'il est exceptionnel que je puisse publier un texte achevé."


    C'est le cas de Nuée d'oiseaux blancs, Kyôto, Le Lac, Tristesse et beauté, etc. Pays de neige appartient aux textes à conclusion ouverte ou problématique.


    Il s'en explique :
    " Les récits inachevés ne sont pas seulement dus à ma manière qui est de suivre le cours de mes associations d'idées, et si bien sûr ils proviennent de ma paresse, il faut dire que lorsque je commence à écrire, je suis au terme d'un renoncement complet. Je veux dire par là que j'abandonne complètement l'idée d'écrire quelque chose de bien.
    Dans la mesure où l'on publie essentiellement des nouvelles dans les revues mensuelles, tout écrivain est peu ou prou sujet à cette mauvaise habitude."


    L'étape de la conclusion est essentielle chez Kawabata : elle sert à finir un texte en laissant au lecteur la latitude d'achever l'histoire. C'est le mode optimal de ce type particulier de conclusion que l'écrivain cherche à élaborer au travers de ses multiples versions.

     

    Pays de Neige, le chef d'œuvre


    "Le train est sorti du long tunnel vers le pays de la neige. La terre était blanche sous le ciel de la nuit ".

    Ceci est l'une des plus célèbres ouvertures de la littérature japonaise, comme ne français la fameuse ouverture de Proust dans la recherche de temps perdu : " longtemps, je me suis couché de bonne heure ".
    "Pays de neige" évoque des images de vacances de ski, des sources délicieusement chaudes, le saké de haute qualité brassées avec des eaux de fonte des neiges et petites auberges traditionnelles de restauration en automne et en d'hiver pour les touristes.
    C'est un roman relativement court de 200 pages qui racontent la complexité des relations humaines, l'isolement, la solitude de deux personnes qui tentent de d'avoir lien, et qui échouent.
    Dans ce roman, Kawabata envoie son regard aigu sur un petit village de montagne dans le "pays de neige" de la préfecture de Niigata, une région sur la côte ouest des " Alpes japonaises" appréciée en raison de l'abondance de sa couche neigeuse.
    Pour les hommes japonais d'une certaine génération, le pays de la neige est associé à la geisha. Contrairement à la geisha aux talents artistiques des zones urbaines, ces "geisha de sources chaudes" sont connues pour utiliser leur formation minimale en musique et la danse comme couverture pour des spectacles plus intimes.


    Shimamura est un riche homme d'affaires de Tokyo. Il est attiré par Yoko, et par Komako, une apprentie geisha qui tombe amoureuse de Shimamura. Sa forte personnalité attire Shimamura. La relation entre les deux femmes est mystérieuse, intime ou amicale.

    L'histoire commence dans un train qui se dirige vers cette station balnéaire. Shimamura remarque dans le train deux passagères, Plus tard dans le roman, on découvre que cette rencontre n'est pas une coïncidence.

    Shimamura se dirige vers cette station dans l'espoir de raviver sa relation avec Komako, une geisha il a rencontré lors d'une visite précédente. Il est obsédé par son aspect physique. Komako est geisha, elle vend ses services aux hommes sans s'impliquer émotionnellement, Shimamura, en raison de ses sentiments ambigus envers Komako, hésite à y participer. Il modifie la nature de la relation. Les deux personnes vont s'impliquer, chacune à sa manière, dans une relation tumultueuse et sensuelle.


    Yoko est présente à quelques reprises dans le roman. Shimamaura la remarque dès la première scène du roman et tombe amoureux d'elle. En fait, il fantasme sur elle et sur Yoko.

    Quand il voit Komako pur la première fois, Kawabata décrit sa beauté comme une partie de la beauté d'un paysage, d'un monde  :

    "Couper par le visage, le paysage du soir se déplace autour de ses courbes. Le visage semblait transparent, mais était-ce vraiment transparente  ? Shimamura avait l'illusion que le paysage de la soirée a glissé sur le visage, mais ses pensées étaient incertaines".


    " Il y avait une telle beauté dans cette voix qui s'en allait, haute et vibrante, rouler comme un écho sur la neige et dans la nuit, elle possédait un charme si émouvant, qu'on en avait le cœur pénétré de tristesse "


    Shimamura est un individu qui s'ennuie, "vit une vie d'oisiveté," il vient aux sources chaudes dans une tentative pour essayer de se reposer et récupérer des forces. Il préfère vivre dans les fantasme de son propre esprit, que et non pas dans le réel.
    Plus tard, le paysage est utilisé pour évoquer son humeur, lorsque le narrateur mentionne une fois de plus l'idée d'un "monde lointain", dont Shimamura ferait partie :


    "Toujours prêt à se livrer à la rêverie, il ne pouvait croire le caractère réel du miroir flottant sur le paysage du soir et l'autre miroir de neige sont réels. Ils faisaient partie de la nature, d'un monde lointain.
    Et la chambre, devint durant ce moment une partie de ce même monde lointain".


    Komako de son côté commence à éprouver des sentiments nouveaux pour Shimamura, celui-ci refuse d'admettre ce qu'il se passe quelque chose entre eux. Cette contradiction va provoquer une série d'éruption et de tension initiées par Komako qui cherchent à faire évoluer cette relation.

    Shimamura devient plus intime avec Komako, sans pouvoir s'abandonner, sans pouvoir l'aimer. Il lui est difficile d'aimer, il n'a jamais aimé. Shimamura omet de construire une relation avec Yoko, amie et rivale de Komako, pour laquelle il éprouve une forte attirance.

    Un des moments marquants dans le livre est quand Komako tient Shimamura dans ses bras, le bercer comme un enfant, et Shimamura va lui dire "une bonne fille" avant de se rattraper  : "vous êtes une bonne femme."

    Komako veut savoir ce que signifie être bonne, Shimamura est incapable de lui fournir une explication. Au début, elle rit, quand il lui dit qu'elle est une bonne femme, elle lui repose la question. C'est un homme incapable d'admettre ou de valider son propre plaisir.

    Kawabata utilise à nouveau le paysage pour évoquer l'ambiance, où les montagnes sont "plus lointaines chaque jour" et maintenant, avec le passage de l'automne à l'hiver, les cèdres, sous une mince couche de neige couleur rose pure sur fond blanc étendu vers le ciel, semblent être coupés du reste".
    Cette description d'être "coupé" traduit le choc émotionnel entre Komako et Shimamura.


    La fin du roman est mémorable, ambiguë. Un incendie se produit à l'entrepôt, entrepôt utilisé comme salle de cinéma. Shimamura et Komako arrivent ensemble pour voir la chute de Yoko du balcon du local en flammes.
    Komako se dirige courageusement pour tenter de sauver Yoko des flammes. Shimamura se retrouve inutile, incapable d'offrir une aide réelle. Quand il tente de bouger, il est poussé de côté par les hommes qui aident Komako à porter le corps de Yuko. Quelques instants avant, malgré le feu, Shimamura était encore dans son monde imaginaire, émerveillé par la Voie lactée qui plane au-dessus.


    Quand il est poussé par les hommes, il tombe à la renverse. La dernière phrase du roman est la suivante :


    " Il fit un pas pour se reprendre, et, à l'instant qu'il se penchait en arrière, la Voie lactée, dans une sorte de rugissement formidable se secoua en lui."

    Dans l'introduction de sa traduction anglaise, Edward G. Seidensticker souligne qu'il est impossible de savoir si Yoko est vivante ou morte à la fin du roman, mais Kawabata nous donne quelque indice :


    "Son visage était tendue et désespérée, comme au moment de la fuite de l'âme".

    Le style de Kawabata dans ce roman est hors du commun.
    Dans la version originale, quand le train de Shimamura émerge du tunnel, il traverse une kokkyo (frontière entre les pays,). En entrant ce pays de neige, "le fond de la nuit devient blanche" (yoru pas Soko ga Shiroku Natta). C'est ainsi qu'on a décrit le style de Kawabata de "  haïku like  " ou style ressemblant à la poésie haïku.

    Kawabata est intéressé à décrire les sensations de son époque en utilisant les moyens disponibles à son époque.


    La poésie est là, mais ne suffit plus pour décrire le paysage moderne et sa complexité. Il va incorporer et emprunter des méthodes utilisées en photographie et en cinématographie dans son écriture.


    Shimamura est dans le train qui va plus profondément dans le pays de la neige, il regarde l'image d'une femme réfléchie sur la surface de sa fenêtre.


    Voici une description façon cinéma  :


    "L'obscurité s'était faite dehors ; la lumière avait été donnée dans le train ; et les glaces des fenêtres jouaient l'effet de miroir. Il qui masquait la glace l'avait empêché, le chocolat, de jouir des phénomènes qui s'étaient révélés avec le tri il y avait tiré."


    " Sur le fond, très loin, et définit le paysage du soir qui servit, en quelque sorte, de trains mouvants à ce miroir ; les figures humaines qu'il réfléchissait, plus clair, si découper un peu comme les images en surimpression dans un film. Il n'y avait aucun lien bien sûr, entre les images mouvantes de l'arrière-plan et celle, plus net, et de personnages ; et pourtant tout se maintenir en une unité fantastique".

    Kawabata fait référence aux films directement dans sa description, dans son jeu de lumière et de miroirs et d'images.

     

     


    Kawabata utilise un style poétique qui ressemble au poème Haïku pour capturer un moment unique, en ajoutant des techniques cinématographiques, à la façon dont un réalisateur utilise les plans d'ensemble, pour suggérer des choses à propos de ses personnages.

    Pays de neige, où Kawabata décrit un Japon traditionnel, utilisant les images de la nature, en étant conscient du monde moderne, des techniques littéraires modernes utilisées par Joyce en Angleterre, et par Proust en France. Il construit dans sa narration des plans d'ensemble pour éclairer les personnages et leurs motivations. La tristesse devient la nuit tombe, qui noircit un pays blanc.

    Ce roman est influencé par la vie personnelle de Yasunari Kawabata.
    Un thème majeur dans ce roman est le besoin des autres, le besoin d'amour. Jeune, Kawabata a connu quelques relations qui l'ont rendu émotionnellement insécure.


    Le train représente le seul chemin pour entrer et sortir du pays de neige. Les habitants du pays de neige sont un peu isolés.
    Les autres, l'isolement...

    La Geisha représente le gaspillage de la beauté. Le terme geisha est synonyme de prostituée. On trouve des réflexions sur le désir irrationnel de perfection, sur l'incapacité à vivre dans le monde actuel.


    Shimamura souffre également de l'impossibilité de se lier avec les gens de son monde. Cette distance douloureuse avec les autres n'est pas seulement un fait romanesque, c'est aussi le vécu de Kawabata. Selon certaines biographies, Il est probable que Kawabata a eu une liaison avec une geisha et qu'il a a tout fait pour dissimuler ce fait.
    La narration englobe des réflexions surprenantes et irrationnelles, produisant une sorte de beauté. Dans ce roman, Kawabata révèle le caractère de ces héros à travers leurs reflets dans les vitres du train, ou à travers les pensées de son héros en observant, pendant son ennui, l'index de sa main gauche plié.
    Kawabata, à travers l'étrange et le surprenant, à travers l'incertitude des pensées et de la mémoire, tente de dessiner la fragilité de la condition humaine.
    Dans ce train allant vers le pays de neige, le héros sera séduit par l'image d'une femme, sur la vitre du train. Il ne savait pas s'il avait rêvé pendant ce long et ennuyeux voyage ou il s'agissait d'une vraie image.
    Dans ce pays froid, les vapeurs d'eau transforment les vitres des fenêtres en miroirs, les paysages du soir et les figures réfléchies sur ses miroirs se fusionnent dans un monde transparent et immatériel. Les visages des passagers défilaient sur ses fenêtres miroirs, se superposaient sur les paysages nocturnes. Nous pouvons ainsi imaginer le visage souhaité d'une femme entre deux montagnes, ou l'oeil d'un enfant endormi flottait sur la surface d'un lac gelé.
    En utilisant cette technique, Kawabata répondait magistralement à plusieurs exigences  : cultiver les traditions littéraires japonaises en utilisant les techniques occidentales de narration, pour produire un roman compatible avec la culture ambiante, et probablement avec les limites de la censure qui régnait sur le Japon et sur ses maisons d'édition.

    pays de neige film

     

    Pays de neige (yukiguni), 1957, film réalisé par Shiro Toyoda.

     

    kawabta pays de neige film

     

    Photo de Kawabata sur le tournage du film Pays de neige en 1957.

     

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    Alain ou la philosophie simple et utile

    Alain citation bonheur

    Alain ou la philosophie simple et utile 

     


    ÉMILE-AUGUSTE CHARTIER, dit Alain

    Alain est un philosophe peu conventionnel en ce qui concerne le style et le contenu. Il a choisi son pseudonyme en hommage à un grand poète normand du 15ème siècle Alain Chartier.
    Au delà du nom de famille, Alain était lui-même natif de Normandie. Il écrivit longtemps dans la Dépêche de Rouen des essais sous le titre " Propos d'un Normand " entre 1952-1960.

     

    La brièveté et la perspective humaniste de ces propos dénotent de ses filiations philosophiques et littéraires : Montaigne, Pascal, et Descartes.
    Cinq volumes de propos furent publiés et rassemblés après sa mort sous le même titre : propos d'un normand.

    Émile Chartier, dit Alain (1868-1951), est né dans la petite ville de Mortagne-au-Perche, qui lui consacre aujourd'hui un musée.
    Le jeune Émile, boursier d'Alençon débarque à la rentrée d'octobre 1886 dans un Paris agité par le boulangisme, ayant pour seule ambition : entrer à l'École normale supérieure dont il venait de préparer le concours au lycée de Vanves. Il se retrouva en classe de philosophie, en face d'un homme qui eut sur lui une influence importante. L'enfant de Mortagne-au-Perche dit de son professeur : " Jules Lagneau, philosophe profond mais qui n'a guère écrit ". De ce maître il gardera une pensée : " Il n'y a qu'un fait de penser qui est la Pensée. "

     


    Le futur Alain part philosopher en gardant à l'esprit le mot de Lagneau, " il n'y a qu'une vérité absolue, c'est qu'il n'y a pas de vérité absolue ".

    Il se fit connaître en son temps comme journaliste, puis comme philosophe atypique mais aussi comme professeur. Emile Chartier dit Alain (1868-1951) est nommé en 1909 professeur de rhétorique supérieure au lycée Henri-IV. Il y enseignera jusqu'en 1933.
    Après des travaux publiés dans la Revue de Métaphysique et de morale en 1900, Alain se tourne vers le journalisme. Il n'en continue pas moins d'enseigner la philosophie. Les premières chroniques signées Alain dans La dépêche de Lorient, paraissent en 1900.
    Il est dans l'histoire littéraire le créateur d'un genre particulier : le " propos ", forme applicable à tout contenu dans une forme de développement de la pensée et dans une écriture précise. Le propos n'est pas la maxime ni l'aphorisme, le Propos chez Alain est concis, affirmatif, porteur d'une pensé et d'une réflexion. On peut classer Alain comme essayiste et moraliste de la pure tradition française.

     


    La notoriété historique d'Alain dans la littérature française est fondée sur sa capacité de traiter les sujets et les thèmes majeure de la pensée de son époque comme le pacifisme de Mars ou la Guerre jugée, le radicalisme (résistance dans l'obéissance) du citoyen - " contre les pouvoirs ", l'optimisme éthique dans la peinture, le matérialisme des Entretiens au bord de la mer, l'interprétation humaniste de l'art et de la religion, etc.
    Son influence tient aussi à sa capacité personnelle d'attirer les autres et de se faire accepter comme un modeste maître à penser, en particulier dans sa chaire au lycée Henri-IV, sur des générations de lycéens, de khâgneux et d'élèves de l'École normale supérieure comme Jean Prévost, Simone Weil, André Maurois et Georges Canguilhem.
    Dans ce sens, il est un pur produit du système universitaire français avec ses doubles racines : égalitaire dans ses concours et élitiste dans sa formation.        

     

     

    A partir de 1906, il met au point le genre qui le fera connaître, les " Propos ", courts articles publiés dans La dépêche de Rouen de 1906 à 1914 puis dans les " Libres propos " de 1921 à 1936.
    Professeur de Khâgne à Henri IV à partir de 1909, Alain lutte activement contre la guerre qu'il voit se profiler. Quand celle-ci éclate, sans renier ses engagements pacifistes, conscient de ses devoirs de citoyen, il s'engage comme volontaire et part au front dans l'artillerie. Ce fut pour lui, comme l'explique Raymond Aron, " la grande, la tragique expérience ".
    La guerre de 1914, fait de lui, par son engagement volontaire à quarante-quatre ans, un artilleur des tranchées, témoin des gestes les plus meurtriers de l'être humain.

     


    La guerre change l'homme. Il en revient blessé, un pied broyé qui le laisse boiteux, il perd à tout jamais une certaine insouciance caractéristique du Chartier d'avant-guerre.
    La guerre, épreuve de la servitude absolue, expérience du mensonge, théâtre de la mort, cette guerre allait libérer l'auteur. Avant guerre n'avaient paru sous son nom que quelques recueils de Propos. A partir de 1917, Alain publie de grands traités d'esthétique et de métaphysique : 81 Chapitres sur l'esprit et les passions en 1917, Le système des beaux-arts en 1920, et Mars ou la guerre jugée, un violent pamphlet contre la guerre ensuite.
    De la guerre s'est nourri son pacifisme parfois mal compris. Ce pacifisme fut glorieux en 1918, honteux en 1945, crédité et discrédité au gré de l'histoire, était avant tout de la philosophie et non pas de la politique.

     

     

    Jusqu'à la fin des années 30, il poursuit une œuvre riche, marquée par la lutte politique en faveur de la paix, contre les fascismes qui montent en Europe et pour une République libérale contrôlée par le pouvoir du peuple. La seconde guerre mondiale brise ses espoirs pacifistes, et c'est essentiellement dans son Journal qu'il finit par consigner sa réflexion, de plus en plus orientée vers la littérature, et à mesure de plus en plus éloignée de la politique.
    Plusieurs propos d'Alain offrent un conseil pratique, souvent sous forme de maximes et d'aphorismes moraux ou psychologiques comme quand il identifie le bonheur à l'auto-maîtrise et à l'absence de douleur. Ces propos encouragent l'action de chacun à améliorer sa qualité de vie et à échapper autant que possible à sa détresse personnelle.

     

    Alain citation morale


    Le stoïcisme eut une influence importante : " C'est pluie et tempête, ce n'est pas une partie de moi " (sur de Propos le bonheur, révisé 1928 ; Alain sur le bonheur, 1973).
    Comme plusieurs de ses contemporains (notamment Henri Bergson), Alain défend une philosophie de devenir, une philosophie opposée aux systèmes philosophiques fermés.
     Pour lui, le vrai serait l'expérience vécue. La vérité pour Alain n'est pas une question de collaboration de l'esprit avec la nature : " La Science ne tient aucun brevet où  la vérité est concernée.  1931, conversations par le bord de la mer ".

     



    Il cultive son scepticisme cartésien, comme dans propos de 1924 : "

     

    Penser est de dire non " ; le doute " est attaché comme une ombre à toutes nos pensées. "

     

    L'approche d'Alain sur la religion semble au début mettre en parallèle son analyse d'activité morale et artistique : la doctrine, le fait religieux, la prière, le rituel sont des formes de réponses aux besoins des humains mais ne comportent aucune implication de transcendance.  Pour lui, la religion est un besoin, un moyen de rechercher le bonheur et la sérénité.
     " La religion... est une histoire, qui, comme toutes les histoires, est plein de signification. Et on ne demande pas si une histoire est vraie " (Les Dieux).

     

    La philosophie d'Alain, comme en témoignent ses citations ne forme pas un système, mais désigne plutôt une méthode intellectuelle : il s'agit de soumettre le réel et l'existence à l'ordre de la réflexion et de la pensée.
    Selon lui, penser c'est d'exercer une activité intellectuelle ou rationnelle, dire non aux préjugés, avoir le souci de se référer à la réflexion lucide, à la conscience.


    La morale selon lui est un ensemble de principes aboutissant à la reconnaissance de l'esprit et de la dignité humaine.
    Selon lui l'idée de destin n'est pas une idée morale.
    La philosophie se définissant chez Alain comme un effort pratique, une évaluation des biens et des maux sans lesquels il n'est pas d'existence possible.


    Philosopher, c'est, pour Alain, échapper aux préjugés, dire non à ce qui fut jugé antérieurement à la réflexion. Alain, bien qu'il soit peu lu de nos jours, a exercé une influence considérable sur sa génération et sur son époque.

     

     

    Réf
    T. Leterre, Alain, le premier intellectuel, Stock, Paris, 2006
    Alain, Propos, 2 vol., coll. Bibl. de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1970 ; Les Arts et les dieux, ibid., 1958 ; Les Passions et la Sagesse, ibid., 1960 ; Les Propos d'un Normand, éd. intégrale en 10 vol., Institut Alain, Klincksieck, Paris, depuis 1990 ; Mythes et fables, ibid., 1985.

     

     

     

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    Histoire de l’abstraction dans la peinture

     

    Cezanne paul abstraction

    Paul Cézanne 

     

    Histoire de l’abstraction dans la peinture

    L’art abstrait a persisté tout au long du 20e siècle principalement dans l’art contemporain. L’abstraction est présente dans tout art, car l’art est le résultat d’une perception individuelle d’un artiste individuel. Lorsqu’une image ou une scène est capturée à un moment précis, un certain nombre d’éléments peuvent être omis ou modifiés, de sorte que l’image créée devient abstraite de la réalité.

    L’abstraction dans l’art a commencé à la fin du 19e siècle. À cette époque, les impressionnistes avaient choqué le monde de l’art par leurs tentatives de donner une impression de leur sujet plutôt que de le représenter. À cette époque, l’invention récente de la photographie a imposé aux artistes le défi de transmettre des images qui ne pouvaient être réalisées par l’appareil photo. S’intéressant aux effets de la lumière et du mouvement, les impressionnistes ont dépeint des paysages et des événements quotidiens. Abandonnant l’atelier, ils peignaient à l’extérieur à différents moments de la journée afin de capturer la lumière naturelle à ses différents stades. En se concentrant sur l’effet visuel global plutôt que sur les détails, leur travail était caractérisé par de rapides coups de pinceau courts et épais ainsi que par la juxtaposition de couleurs pures qui leur permettaient de créer des ombres afin d’accentuer les véritables effets de la lumière.

    C’est au peintre impressionniste Paul Cézanne que l’on attribue souvent le titre de père de la peinture moderne. Par un désir de décomposer la réalité en formes élémentaires et en prenant en considération l’instabilité du point de vue de l’artiste, Cézanne avait commencé à pousser la peinture plus loin vers l’abstraction.

     

    Fauvisme, expressionnisme et cubisme

    Le début des années 1900 a été marqué par une activité florissante. Le fauvisme est l’un des nombreux mouvements qui émergent à cette époque ; ces œuvres s’inspirent de l’art primitif, notamment de la sculpture africaine.

     

    Matisse la joie de vivre

    Matisse, la joie de vivre

     

    L’artiste principal du groupe, Henri Matisse, a peint en mettant l’accent sur la couleur, l’utilisant d’une manière non réaliste, la libérant ainsi de ses objets associatifs habituels afin de représenter l’expression d’une manière brute grâce à une imagerie simplifiée. Matisse a basé ses couleurs sur le sentiment et l’expérience, car il visait à « atteindre cet état de condensation des sensations qui constitue un tableau » (Honour et Flemming, 2005, p776).

    Anxieux et frustrés par les changements du monde moderne, les artistes allemands ont cherché à s’exprimer dans leur travail et, comme les Fauves, ils ont considéré l’art primitif comme émotionnel et spirituel (Honour et Flemming, 2005). Le premier groupe expressionniste organisé s’est formé à Dresde sous le nom de Die Brücke. Bien que leurs œuvres contiennent des représentations à des degrés divers, c’est le groupe Der Blaue Reiter qui, plus tard, a « créé certaines des premières œuvres d’art complètement abstraites » (Honour et Flemming, 2005, p.778).

     

    Der Blaue Reiter  la singuliere chevauchee Franz Marc

    Der Blaue Reiter , la singulière chevauchée de Franz Marc

    Les artistes Pablo Picasso et Georges Braque, devenus les pionniers du mouvement cubiste, ont exploré l’intérêt des Fauves pour l’art primitif et se sont inspirés de Cézanne. Le cubisme s’intéressait surtout à la forme et limitait l’utilisation de la couleur en adhérant à des tons neutres qui mettaient l’accent sur l’ombre et la lumière (Read, 2006).

     

    Paysage mediterraneen Picasso

    Paysage méditerranéen, Picasso

    Le cubisme donnait au spectateur un effet tridimensionnel sur une surface bidimensionnelle grâce à la décomposition nette et opposée des formes (Stangos, 2006).

     

    Fantomas Juan Gris

    Fantômas, Juan Gris
    Le cubisme s’est ensuite développé en ce que l’on a appelé le cubisme synthétique ; il a mis en œuvre l’utilisation de collages qui se chevauchaient en formant différentes textures. Le sujet est resté important pour l’artiste, devenant plus « l’exploration de la tension entre l’abstraction apparente et la représentation suggérée » (Moszynska, 2004, p.13).

    L’aspect couleur du cubisme a été développé par ce que l’écrivain Apollinaire a appelé l’Orphisme, dans lequel les structures sont créées par les artistes eux-mêmes et non tirées des visuels qui les entourent, il s’agit, selon Apollinaire, d’un « art pur ».

     

    Robert Delaunay Hommage a Bleriot 1914

    Robert Delaunay, Hommage à Blériot, 1914

    Des artistes tels que Robert Delaunay ont étudié les théories de la couleur de Michel-Eugène Chevreul et ont créé une nouvelle imagerie abstraite qui dépeint les effets illusoires des couleurs contrastées, ce qui a conduit les artistes à s’intéresser aux effets optiques du mouvement (Moszynska, 2004).

     

     

    Futurisme, suprématisme et De Stijl

    Les futuristes Italiens ont adopté la notion d’optique et de mouvement. Leur désir était de débarrasser l’art des vieilles traditions et des icônes de l’influence religieuse et de dépeindre le nouveau dynamisme né des progrès de la machinerie de l’époque. L’utilisation du collage et des matériaux par les cubistes a libéré l’usage de la peinture dans l’attente de la sculpture abstraite.

     

    Umberto Boccioni, Elasticite (Elasticita)

    Umberto Boccioni, Elasticité (Elasticità)

    Les futuristes défient la sculpture en essayant d’évoquer le mouvement à l’intérieur de l’objet. En 1912, Umberto Boccioni le reflète dans son manifeste technique de la sculpture futuriste :

    « Ce que le sculpteur futuriste crée est en quelque sorte un pont idéal qui relie l’infini plastique extérieur à l’infini plastique intérieur. C’est pourquoi les objets n’ont jamais de fin, ils se croisent avec d’innombrables combinaisons d’attraction et d’innombrables chocs d’aversion ».  (https://www.docstoc.com/docs/60879150/Technical-Manifesto- of-Futurist-Sculpture)

     

    Le suprématisme est un mouvement fondé en Russie par Kasimir Malevich qui visait à « mettre en place un véritable ordre mondial, une nouvelle philosophie de la vie » (Chipp, 1968, p.346). Là encore, rejetant la religion et l’illustration de l’histoire, Malevitch déclarait que ce que nous voyons dans le monde objectif n’est plus important, c’est l’expression d’un sentiment que nous devons regarder (Chipp, 1968, p.341).

     

    Malevitch carre noir

    Malevitch, carré noir

    L’art suprématiste est apparu très minimal, composé de formes simples, géométriques composées pour donner un sentiment de profondeur et de dynamisme. Croyant que l’art avait été accablé par l’accumulation de « choses », le suprématisme était la recréation de l’art à l’état pur (Chipp, 1968, p.342). Malevitch l’a exprimé en peignant
    son carré noir en 1913, affirmant que le carré était le sentiment et le
    l’espace blanc au-delà était « le vide au-delà de ce sentiment » (Chipp, 1968, p.343). Le tableau ne contenait aucune image reconnaissable, seulement « l’esprit de la sensation non objective » (Chipp, 1968, p.342-343).

    Le groupe néerlandais De Stijl formé en 1917 partageait une vision utopique similaire. Comme Malevitch, ils cherchaient à débarrasser l’art du désordre et à réduire les choses à leur forme et à leur couleur de base. L’essentiel se caractérise par l’utilisation de lignes horizontales et verticales accompagnées de blocs de couleur primaire.

     

    Piet Mondrian Composition A

    Piet Mondrian. Composition A

     

    Pour ses précurseurs, Theo Van Doseberg et Piet Mondrian, De Stijl, également connu sous le nom de néoplasticisme, « était un modèle de l’harmonie parfaite qu’ils croyaient possible pour l’homme en tant qu’individu et pour la société dans son ensemble » (Chipp,
    1968, p.314). Ce mouvement ne s’est pas limité à l’art de la peinture et de la sculpture, il a également eu une influence sur le design et l’architecture (Stangos, 2006, pp.144-145).

     

     

    Dada et surréalisme

    Lorsqu’en 1916, le Cabaret Voltaire a été fondé par Hugo Ball à Zurich, personne n’était conscient de l’impact qu’il aurait sur l’art. C’est là qu’est né le mouvement Dada, dont le nom reflète « le premier son de l’enfant exprimant la primitivité, le début à zéro, le nouveau dans l’art » (Stangos, 2006, p.110).
    Le Dada est devenu un mouvement anarchique. N’adhérant à aucun style, il s’appuie sur la situation politique désordonnée qui émerge pendant la Première Guerre mondiale. Hugo Ball « voyait dans le Dada un requiem pour cette société et aussi les prémices d’une nouvelle société » (Stangos, 2006, p.111-112).

    Le style de travail des dadaïstes est devenu très absurde et la provocation destructrice est devenue essentielle pour eux. Les artistes se sont éloignés des moyens d’expression artistique traditionnelle en utilisant la performance, les mots, le photomontage, l’idée et le hasard. L’aspect le plus important qui est né de ce mouvement est l’idée de « la non-supériorité de l’artiste en tant que créateur » (Stangos, 2006, p.119).

     

    Marcel Duchamp Suzanne

    Marcel Duchamp, Suzanne

    Ce concept a été largement exploré par Marcel Duchamp qui a attribué « une valeur esthétique à des objets purement fonctionnels par un simple choix mental plutôt que par tout exercice de création manuelle » (Stangos, 2006, p.119). Ce faisant, il a apporté avec lui la notion de ready-made, qui jugeait la main des artistes inutile.

     

    Marcel Duchamp fontaine ready made 

    Marcel Duchamp, fontaine ready-made


    Le mouvement Dada s’est ensuite déplacé en Allemagne où il est resté fort, mais lorsqu’il a atteint New York, il s’est épuisé.

    Le surréalisme est né de la destruction de Dada. Max Ernst et André Breton ont pris la notion dadaïste de hasard et l’ont poussée vers l’automatisme.

     

    Max Ernst le lit du fleuve

    Max Ernst, le lit du fleuve

     Ils ont défini leurs actions comme « un pur automatisme psychique par lequel il est destiné à exprimer, soit verbalement, soit par écrit, le véritable fonctionnement de la pensée » (Stangos, 2006, p.124). Bien que largement figuratif, leur travail juxtaposait le réel à l’impossible de l’imaginaire de l’inconscient. Leur utilisation de l’automatisme a joué un rôle majeur dans l’expressionnisme abstrait.

     

     

    Expressionnisme abstrait

    À la fin des années 1930, l’abstraction a commencé à être acceptée, mais c’est le mouvement ultérieur des expressionnistes abstraits américains qui a amené l’abstraction à une acceptation plus mondiale. Influencé par la notion surréaliste de représentation de l’esprit inconscient, l’expressionnisme abstrait a émergé de manière existentialiste au cours des années 1940.
    Avant cela, l’art américain qui s’intéressait au réalisme social et à l’abstraction était un domaine de création relativement nouveau et peu exploré (Moszynska, 2004). Les artistes formant ce groupe ont été classés dans la catégorie des peintres d’action ou des peintres de champ de couleur, dont les œuvres étaient très contrastées en termes d’apparence. Le plus célèbre des peintres d’action était probablement Jackson Pollock.

    Jackson Pollock tableau bleu


    Jackson Pollock, tableau bleu

    Connu pour son action spontanée consistant à faire couler de la peinture sur de grandes feuilles de toile non tendue alors qu’elle était posée sur le sol, sa méthode de travail a rompu avec les méthodes traditionnelles de peinture dans une proportion bien plus importante que celle des mouvements précédents. L’acte de peindre devenait le sujet et était d’une importance primordiale pour l’artiste. Le critique Harold Rosenberg a déclaré que « ce qui devait aller sur la toile n’était pas un tableau, mais un événement » (Honour et Flemming, 2005, p.834). Cet « événement » est devenu la mise en œuvre des émotions de l’artiste plutôt que leur représentation.
    Avec les tragédies de la Seconde Guerre mondiale et les catastrophes d’Hiroshima et de la guerre froide, les artistes ont examiné le malaise et l’horreur de ces catastrophes dans leur travail. Les artistes, Mark Rothko, Clyfford Still et Barnet Newman, ont été parmi les précurseurs de la peinture en champ coloré.

     

     

    Clyfford Still sans titre

    Clyfford Still , sans titre

     

    Préférant « l’expression simple de la pensée complexe » (Honour et Flemming, 2005, p.837), ils ont également peint des toiles de grand format, mais leur travail a été dominé par une utilisation intense de la couleur et de la forme plate. Dans cette forme plate, ils cherchent à détruire toute illusion, ne révélant ainsi que la vérité. Barnet Newman reconnaît qu’ils ont cherché cette vérité dans l’art primitif :
    L’artiste primitif, comme le nouveau peintre américain, utilisait une forme abstraite, orientée par une « volonté ritualiste » vers une « compréhension métaphysique ». Par conséquent, la forme abstraite était une « chose vivante », un véhicule pour les complexes de pensée abstraits, un porteur des sentiments impressionnants qu’il ressentait devant l’inconnaissable". (Moszynska, 2004, p.164)

     

    Pop Art, Op Art, Minimalisme et Conceptualisme

    À la suite du mouvement expressionniste abstrait, l’art abstrait a semblé se séparer de la psyché humaine et est devenu « dominé par une attitude plus froide et plus impersonnelle » (Moszynska, 2004, p.173).
    Dans les années 1950, l’abstraction s’inspire à nouveau des développements de la science et de la technologie en devenant « construite plutôt que créée » (Moszynska, 2004, p.174).
    Elle a adopté une vision extérieure des choses, s’efforçant d’atteindre « la beauté et la vérité absolue » (Moszynska, 2004, p.174). Ces développements ont apporté avec eux la sculpture cinétique qui a supplanté l’utilisation de la peinture, la rendant non pertinente à cette époque.
    L’abstraction semble s’effacer à la fin des années 50. Les années 60 sont les années du succès du Pop Art, et le mouvement Op Art qui, comme les futuristes, désiraient exprimer l’illusion du mouvement dans leur travail. Formé par Joseph Albers, un ancien professeur et artiste de l’école allemande du Bauhaus qui a beaucoup enseigné sur l’utilisation de la couleur, le Op Art a incorporé « des rythmes syncopés et des motifs géométriques » (Stangos, 2006, p.240) ainsi qu’une utilisation trompeuse de la couleur pour fournir un art qui donne au spectateur des sensations visuelles fortes.

     

     

    Bridget Reilly specimen chatoyant clignotant

    Bridget Reilly, spécimen chatoyant, roulant et clignotant

    L’artiste britannique Bridget Reilly y est parvenue en exprimant comment, dans son approche mathématique de son travail, elle voulait offrir un espace où « les esprits regardent, ou plutôt, les yeux l’esprit peut se déplacer » (Heartney, 2008, p.80).

    Coïncidant avec l’Op Art et dérivant de l’expressionnisme abstrait, les peintres en couleurs de Washington ont produit une œuvre connue sous le nom de Post-painterly Abstraction.

     

    Kenneth Noland sans titre

     

    Kenneth Noland, sans titre

    Des artistes tels que Kenneth Noland et Morris Louis semblaient s’orienter vers « une ouverture physique de la conception » et une « qualité linéaire » (Moszynska, 2004, p.197). Par l’utilisation expérimentale de la toile brute et de la peinture acrylique nouvellement développée, ils ont exploré l’esthétique de la couleur pure « sans aucune référence subjective ou symbolique » (Moszynska, 2004, p.197). Il en résulte un ensemble d’œuvres d’apparence assez minimale, poussant ainsi jusqu’aux années 1970 où le minimalisme s’est épanoui.

    En utilisant des matériaux industriels tels que le bois, le plexiglas et le béton, des artistes comme Donald Judd et Carl Andre ont cherché à « dévier l’art vers des méthodologies plus précises, mesurées et systématiques » (Stangos, 2006, p.245).

     

    Robert Morris installation view

     

    Robert Morris, installation view

    On peut se souvenir du ready-made de Duchamp, lorsque l’artiste Robert Morris a insinué l’importance de « détacher l’énergie artistique de l’artisanat de la production fastidieuse » (Stangos, 2006, p.248). L’utilisation de l’espace réel et le placement de ce que Judd appelait des « objets spécifiques » à l’intérieur, manipulaient l’approche et la perception des objets par les spectateurs. Les artistes ne se préoccupaient pas de la perception immédiate de l’objet, mais d’une perception progressive. À mesure que le spectateur se déplaçait autour des objets, il devenait évident que la simplicité de ces objets n’était pas à la hauteur de la simplicité de l’expérience (Moszynska, 2004).

     

    La tendance post-minimaliste précédente a permis de libérer l’utilisation des matériaux industriels pour en faire une forme plus organique. Soulageant l’art de son expression propre, ces progrès ont conduit à l’art conceptuel, transformant la notion d’« art pour l’art » et en imposant l’utilisation de « l’art comme idée » (Stangos, 2006, p.257).

     

    Les journaux les livres et les publicités, l’utilisation du mot et du langage sont devenus la forme principale de ce mouvement ; cependant, il a également englobé l’art de la performance, le body art, la photographie et la narration, donnant lieu à un ensemble d’œuvres largement éphémères qui véhiculent les idées existant dans l’esprit de l’artiste (Stangos, 2006). Ses actions reflètent celles du précédent mouvement Dada et de la déclaration de Marcel Duchamp selon laquelle l’idée et les intentions de l’artiste étaient plus importantes que ce qu’il ou elle créait. Par ses « ready-mades », Duchamp avait suggéré qu’une activité ou un objet pouvait être de l’art Stangos, 2006, p.257). Dans le même esprit, Donald Judd a déclaré que « si l’artiste dit que c’est de l’art, alors c’est de l’art » (Stangos, 2006, p.261).

     

     

    Références

    • Chipp, H.B. (1968) Theories of Modern Art, C.A, University of California  Press.
    • Heartney, E. (2008) Art and Today, London, Phiadon Press Ltd.
    • Honour, H. and Flemming, J. (2005) A World History of Art, Seventh edition, London, Laurence King Publishing Ltd.
    • Moszynska, A. (2004) Abstract Art, London, Thames and Hudson Ltd.
    • Read, H. (2006) A Concise History of Modern Painting. London, Thames and Hudson Ltd.
    • Stangos, N. (2006) Concepts of Modern Art. London, Thames and Hudson Ltd.

     

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    Constable le romantique peint ses nuages

     

    Constable John cathedrale de salisbury 1829

    Constable, cathédrale de Salisbury 1829, National Gallery, London

    Constable le romantique peint ses nuages

    C’est en France que le réalisme, en tant que mouvement artistique, a atteint sa forme la plus cohérente et la plus élaborée avec des parallèles et des variantes sur le continent, en Angleterre et aux États-Unis.

     

    Passage du romantisme vers le réalisme

    Si le romantisme encourage le beau, les émotions, et les expressions de soi, le réalisme cherche à refléter le réel.
    Le réalisme est une manifestation contemporaine d’une longue tradition philosophique faisant partie de la pensée occidentale depuis Platon, qui oppose la « vraie réalité » à la « simple apparence ».
    Au 19e siècle ces concepts sont traités par les philosophes. Hegel écrit : « la réalité se situe au-delà de la sensation immédiate et les objets que nous voyons chaque jour ».

    Précédé par le Romantisme, suivi par l’impressionnisme et par le symbolisme, le réalisme était un mouvement dominant sur la période entre 1740 et 1780. Cependant, dans chaque tableau, on voit la transition progressive et constante d’un mouvement artistique vers un autre.

     

     

    Les nuages de John Constable


    John Constable est originaire du comté de Suffolk. Il a été plus célèbre de son vivant en France qu’en Angleterre, célébré comme un grand peintre paysagiste romantique.
    Au début des années 1820, il se consacre à l’étude des nuages, des couleurs et des lumières qui se dessinent dans le ciel. Il considère le ciel comme primordial à la peinture de paysage.
    Ces études de nuages ont laissé une superbe collection de tableaux à la fois romantiques et réalistes. Nous voyons fréquemment les nuages dans ses tableaux, comme élément important de n’importe quel paysage.

    Constable John (1776 — 1837), contrairement à son grand contemporain Turner, a eu tardivement la reconnaissance de ces pairs, et ce n’est qu’en 1829 qu’il a été élu par une majorité d’une seule voix, comme membre de l’Académie royale.
    Comme Cézanne, Constable s’est concentré sur un nombre limité de scènes de paysage. Au lieu de les abstraire ou de les idéaliser, comme les romantiques, il a choisi d’observer le même arbre, la même terre de Hampstead, la même cathédrale de Salisbury, la même rivière Stour, encore et encore, cherchant à pénétrer sous la peau de l’apparence jusqu’à un noyau intérieur de la réalité.


    Fils d’un meunier aisé d’East Bergholt, dans le Suffolk, après des études secondaires, où il acquière une certaine connaissance en latin, en français, il devient un autodidacte en peinture.


    Constable John Ferme de Glebe 1830

     

    Constable : Ferme de Glebe 1830

     


    Le père de Constable, avec la prudence de la classe moyenne, tente de détourner son fils de la carrière d’artiste. Il lui propose de travailler avec lui. Le jeune Constable dut apprendre à observer le vent et les conditions météorologiques pour faire fonctionner le moulin de son père.
    Tiraillé entre son amour de l’art et son respect pour les souhaits de son père, il commence progressivement la peinture, auprès d’un peintre local.
    Dans ses premières années, il s’inspire de la peinture hollandaise du XVIIe siècle, mais il ne tarde pas à développer un style original basé sur l’étude directe de la nature, représentant en peinture les effets changeants de la lumière et l’atmosphère.

    Constable John Etude de nuages, matin a l est de Hampstead 1821

    John Constable – Étude de nuages, matin à l’est de Hampstead – 1821

     

     

    Pour capturer le scintillement changeant de la lumière, il abandonne la finition traditionnelle des peintres de paysage, pour capter la lumière du soleil dans des nuances de blancs ou jaunes et montrant les tempêtes par des vigoureux coups de pinceau. Il travaille en plein air, dessine dehors ou fait des croquis à l’huile, mais ses grands tableaux sont peints en atelier.

     

    Constable John Tempete sur la mer 1824

    John Constable : Tempête sur la mer 1824-28

     

    Il est encouragé par Sir George Beaumont, peintre amateur, connaisseur. Il copie des paysages de Poussin dans une forme d’autoapprentissage.
    Alors que son premier amour était le paysage, afin d’acquérir une indépendance financière, il peint quelques portraits et réalise deux commandes pour des peintures d’autel d’église.
    Ses plus belles œuvres sont des endroits qu’il connait le mieux : Suffolk et aussi Hampstead, où il a vécu à partir de 1821.

     

    Constable John The Hay Wain 1821


    Constable : The Hay Wain, 1821, National Gallery, Londres

     


    Le célèbre tableau, The Hay Wain (1821) est l’un des préférés de Constable. Cette esquisse a probablement été faite en 1820 au cours d’une visite qu’il a rendue à son ami proche Fisher. Ce tableau est exposé au Salon de Paris de 1824 ; il a eu une influence majeure sur les peintres romantiques comme Delacroix qui déclare qu’il est impressionné par ce travail, et aussi sur certains impressionnistes.

     

     

    Constable John Paysages avec nuages gris Yale Center for British Art
    Constable John paysage avec nuages gris Yale Center for British Art

     

    Malgré ses efforts pour satisfaire le goût officiel, Constable n’est nommé associé au Royal Academy qu’en 1829, huit ans avant sa mort. A titre de comparaison, Turner est devenu un membre de l’académie royale à 24 ans, quant aux efforts de Cézanne pour être admis au Salon, ils n’ont jamais abouti. Encore un point de ressemblance avec Cézanne.
    À sa mort en 1837, Constable est connu pour ses images romantiques et luxuriantes des terres agricoles de son Sussex natal.
    Plus tard, il devient célèbre pour sa collection de peintures de formations nuageuses, minutieusement annotées et observées, réalisées en extérieur. Leur caractère improvisé et leur concentration dans l’atmosphère, la couleur et la texture ont été considérés comme une sorte de réalisme, et de modernisme précoce. Il a dessiné cette collection comme un apprentissage au début de sa carrière.

     

     

    Constable John etude de nuages Yale Center for British Art Paul Mellon Collection
    Constable : étude de nuages, Yale Center for British Art, Paul Mellon Collection

     

    Les études de nuages de John Constable fournissent un exemple intéressant sur plusieurs points.
    Le sujet de la nature est un sujet partagé entre le romantisme et le réalisme. Si le romantisme encourage la découverte de la beauté dans le monde, le réalisme a joué un rôle important dans l’observation du monde. Les études de John Constable sur les nuages en sont un exemple. Constable fixe ces images dans ses tableaux profitant de ces propres observations et des études disponibles sur les nuages à son époque.

    Constable John Etude des nuages arbres a droite  Hampstead 1821

     Étude des nuages, arbres à droite, Hampstead, 1821

     

    Constable ne visait pas uniquement la beauté, mais il cherchait l’exactitude scientifique. En acceptant les phénomènes naturels comme objet artistique, sans interprétation ni expression d’état d’âme, il représente la peinture réaliste du XIXe siècle.
    Les paysagistes français comme Corot et Huet tombèrent en admiration devant ce travail unique en son genre de Constable dans les années 30 — 40.

    Constable John etude nuages


    John Constable – Étude nuages

    Références
    Newton Eric : european painting and scumpture, 1961, pelican book
    Wilton Andrew : Five Centuries of British Painting From Holbein to Hodskin, 2001, Thames & Hudson
    Shields and Parris: John Constable 1776— 1837, 1985, Cmthe Tate gallery

     

     

     

     

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    Bacon Francis, emblème de la peinture expressionniste

    Bacon Francis Armistice 1918

    Armistice 1918

    Bacon Francis, emblème de la peinture expressionniste

    "Si quelque chose est fort, les gens pensent que c’est douloureux. En fait, je ne crois pas que mes tableaux aient quelque chose à voir avec la douleur. Mais ils n’ont surtout rien à voir avec la séduction. La réalité émeut, fascine, effraie, émerveille ou excite, mais elle ne séduit pas."

    "Ma peinture est le reflet de ma vie."

    L’armistice du 11 novembre 1918 sonne la fin de la première guerre. Le tableau illustre le visage d’un survivant : Grands aplats, cercles entourant les orbites, bouche fendue, menton ouvert, regard oblique et fuyant d’une gueule cassée. Le regard du soldat rescapé nous évite, face à la monstruosité de la grande guerre. Comme dans les autres tableaux de Bacon, on observe une certaine influence marquée au cubisme. Aucune abstraction dans sa peinture. Il reconnait par ailleurs admirer Duchamp, Picasso et Vélasquez.

     

    La vie de Francis Bacon


    Né à Dublin en 1909 de parents anglais, il est un enfant maladif, maltraité (fouetté et abusé) et jeté hors du domicile familial à 16 ans pour son homosexualité.


    Il gagne Londres en 1925, travaillant en tant que décorateur d'intérieur, autodidacte il dessine et peint. En 1927 il voit l’exposition Cent dessins de Picasso à Paris, et peint ses premières toiles Crucifixion.


    En 1944 il crée un triptyque étude pour des personnages au pied d’une crucifixion oeuvre inspirée de Picasso, exposée à la Galerie Lefevre, devenant ainsi le peintre anglais le plus controversé de son époque, de par sa grande violence picturale.
    Plus tard le peintre réalise les fameuses séries de « Têtes », et s'inspire de Velasquez pour la série des « Papes". Francophile, il rencontre à Paris Giacometti, Picasso, mais aussi Leiris et l’écrivain George Bataille.


    Il expose dans de nombreuses galeries en Europe et aux USA et est considéré l'un des géants de l'art contemporain (Tate Gallery retrospective en 1985).


    Sa peinture montre le corps humain déformé, personnage agité hurlant ou grimaçant, amputé ou dédoublé au visage meurtri, ou écorché, aux membres tordus. Sa peinture témoigne avec une force , de la peur, de la douleur, de l’isolement ou du désespoir. Son thème de prédilection est la représentation du corps humain sous la forme de personnages écorchés, agités et déformés. Largement influencé par l’art classique, Francis Bacon bâtit une oeuvre violente et déchirante, triturant la figure humaine qu’il peint pourtant exclusivement, sans jamais chercher l’abstraction.


    Certain y voit l’influence du norvégien Edvard Munch Le cri : symbole de l'homme moderne face à la crise existentielle.
    Pour Bacon : « Rien ne peut être plus horrible que la vie ».


    L'impact émotionnel qu'évoque le travail de Bacon ne dépend pas seulement de ses images, des figures uniques caractéristiques de l'isolement et le désespoir, mais aussi de sa technique en dessinant des visages et des corps tordus dans un enchevêtrement mal défini, informe, des créatures de cauchemars fantastiques. Ces figures sont présentés dans des cadres vide, irréels.


    La façon dont il appliquait la peinture était en accord avec l'angoisse qu'il exprimait, sous forme de taches rugueuses, mal limitées, parfois vaporeuses. Ses couleurs pourraient être lumineuses rappelant les couleurs de Vélasquez .


    Les sujets de Bacon, ou ses formes, sont déformés, des corps amputés, bouches sanglantes émettant des cris, des hommes nus dans des conditions sadomasochistes.

    Certains critiques ont analysé le travail de Bacon en prenant en compte sa biographie ou sa préférence homosexuelle.

     

     

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    La morale entre hommes et femmes

    couple-telephone 

    Femme et homme, la morale selon les sexes

    Certaines études comme celles de Carol Gilligan qui a étudié l'idée morale chez les femmes ou comme celles de Kohlberg qui a tenté d'étudier l'idée morale chez les hommes et de vérifier si les réponses des femmes et des hommes à des questions relatives aux valeurs sont semblables ou pas,  sont relativement contradictoires.

    Freud pensait que les femmes sont moins « morales » que les hommes selon sa définition de la morale, d'autres auteurs ont partagé également son point de vue.

    Le développement de la condition féminine, et les changements de statut des femmes ont modifié profondément  cette vision.

    Les études confirment qu'il existe une différence dans le développement de la morale entre les sexes ; ces différences ne sont pas négligeables.

     

    Kohlberg a noté que les garçons cherchent pendant leur enfance à satisfaire les autres en étant dans le sens du devoir. Gilligan a noté que les filles cherchent, pour satisfaire les autres, le gain personnel : faire plaisir, et obtenir le plaisir.

     

    La morale des femmes semble se développer différemment  que celle des hommes.

    Dans la société occidentale, les hommes continuent à être plus impliqués dans les questions concernant la justice collective, en discutant religion, lois et politiques, alors que les femmes privilégient majoritairement le règlement de divergences de points de vue par les arguments logiques, et par l'intermédiaire des structures légales comme les tribunaux. En d'autres termes, les hommes aiment agir pour régler un problème même en dehors des règles établies, les femmes préfèrent régler le même problème selon les règles établies.

    Les hommes semblent évoluer pour être indépendants, pour avoir la liberté de faire ce qu'ils ont envie de faire.

    Les femmes évoluent majoritairement dans le sens logique pour assurer à chacun ses droits et ses besoins. Quand un homme parle de droits à acquérir, la femme risque dans une majorité des cas de parler des moyens pour acquérir ces droits.

    Par exemple, hommes et femmes sont pour la justice et la compréhension dans 90 % des cas, cependant 93 % des hommes sont pour la justice et 7 % seulement pour la compréhension, alors que 62 % des femmes sont pour la compréhension et 38 % seulement pour la justice, selon l'étude de Carol Gilligan.

    Les études que dénotent les hommes et les femmes voient le monde d'une façon différente dès leur première enfance, et leurs réactions varient en face des dilemmes moraux.

     

     

    Dans une salle de classe, les garçons de onze ans ont répondu majoritairement qu'un père peut parfaitement voler un médicament si la vie de sa fille est en danger quand il n'a pas les moyens de payer ce médicament. Les filles ont répondu que le pharmacien devrait avoir plus de sensibilité, mais en même temps, le père n'a pas le droit de voler de médicaments.
    Les théoriciens de la morale ont considéré longtemps ce genre de réponses féminines comme  « subordonnées », expliquant ainsi l'incapacité des femmes à avoir une morale collective.

    Cependant, les études récentes voient les choses autrement : les deux réponses sont valables car les garçons utilisent la force et la puissance  (ils ont la force physique), alors que les filles tentent de trouver les intermédiaires et les moyens d'arriver au même but (car elles ne possèdent pas la force physique.)

     

     

    D'autre part, les garçons semblent considérer cette idée morale comme une question de besoins personnels. Le père a besoin de ce médicament pour sauver sa fille. Les filles voient ce dilemme moral comme un conflit impersonnel de droits individuels, et cherchent des solutions qui ne heurtent personne.
    D'autres facteurs semblent jouer un rôle dans le développement de la morale entre les deux sexes.  Les garçons gagnent leur identité masculine en se séparant de leurs mères, alors que les filles gagnent leur identité féminine en imitant leurs mères.

    Cela peut expliquer que les garçons voient le lien et l'attachement comme un danger, alors que les filles voient le danger dans la solitude, l'isolement et la déconnexion d'avec les autres.
    L'intimité est effrayante pour les garçons, sécurisante et vitale pour les filles. De même, l'autonomie est une fierté pour les garçons, effrayante pour les filles.

     


    L'accomplissement et le succès font partie de l'identité masculine, alors que les relations et le succès au sein du groupe sont appréciés par les filles pour leurs caractères sécurisants.


    Les hommes valorisent plus ouvertement leur interdépendance aux autres, jugent le pouvoir comme moyen pour consolider leurs relations avec les autres, les femmes voient le pouvoir comme la capacité de commander les autres.


    En dépit des modifications parfois spectaculaires de la condition féminine, la différence de réaction, en face d'un dilemme moral, entre les hommes et les femmes demeure visible. Cependant, la société moderne semble avoir besoin de points de vue, masculin et féminin, car si le père vole le médicament , la société entre dans un monde violent où les besoins personnels sont prioritaires, et si nous ne trouvons pas ensemble une solution pour que le père puisse avoir le médicament et sauver sa fille, il finira par voler le médicament et déclencher un cercle de violence.

     

    En conclusion, il existe une différence dans l'évolution de l'idée morale chez les garçons et chez les filles. Cette différence ne devrait pas être instrumentalisée pour formuler des conclusions sur la supériorité ou l'infériorité de la morale des femmes ou des hommes, mais plutôt pour avoir un point de vue englobant les deux moitiés de la société.

    D'autre part, il est difficile d'expliquer la différence de l'évolution de la morale chez les garçons et les filles, sans oublier la grande variété des réactions individuelles influencées par l'expérience, le vécu, l'héritage culturel, et les besoins personnels.

     

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    Avons-nous besoin de valeurs morales ?

    couple au salon

     

    Avons-nous besoin de valeurs morales ?


    Il est important de considérer soigneusement nos valeurs pour plusieurs raisons. Ces valeurs pourraient guider notre vie vers des buts nobles, plutôt que nous guider vers un parcours de vie égoïste ou gouverné  par les impulsions, ou par les émotions.

    Les valeurs morales peuvent nous inspirer et vous motiver pour atteindre les buts de nos ambitions et de notre existence. Le manque de valeurs dans la vie peut engendrer une culpabilité ou un mécontentement durable.Les valeurs aident aussi à consolider l'estime de soi. Les valeurs nous offrent des références et des repères pour affronter les problèmes et formuler des solutions et  modeler nos réactions. Ainsi, l'échec peut devenir une expérience, la réaction à une agression peut devenir moins violente, les objectifs recherchés plus adaptés à nos besoins.

     

    Les valeurs morales nous aident à accepter nos devoirs et nos responsabilités avec philosophie et bonne humeur, nous évitent de nous sentir coupables en face d'une contradiction entre l'idée morale dominante et notre comportement.

     

    Les valeurs peuvent également donner un sens à notre quotidien, en mettant les étapes de la vie dans un objectif plus général.

     

    Les valeurs partagées varient dans le temps. Nous sommes peut être plus matérialistes que nos parents,  plus individualistes mais chaque génération a ses valeurs et ses idées morales.

     

    Les valeurs jouent un rôle important dans notre vie, dans nos relations vis-à-vis des autres et vis à vis de nous-mêmes. Il est difficile de comprendre la fidélité dans un couple après plusieurs années sans prendre en compte les valeurs de chaque partenaire. Cet exemple peut s'appliquer sur le dévouement des parents, l'engagement dans les relations inter personnelles, ou sur les  efforts consentis dans les structures d'aides aux autres sans attendre récompense ou reconnaissance.  

     

     

    femme tlphone sol

    Quand nous commettons un acte en opposition à nos idées morales, nous souffrons d'une mauvaise estime de soi et d'un pénible sentiment de culpabilité.

     

     

    Nos immoralités et ses justifications
    Pour éviter ce sentiment inconfortable, culpabilité ou regret, nous adoptons de nombreux mécanismes intermédiaires, pour nous réconcilier avec nos valeurs, avec nous-mêmes. Ces comportements varient selon les personnes, leurs cultures et leur idée morale.

     

    Justification morale
    Nous utilisons parfois une justification morale pour disculper la trahison de notre propre morale, en pensant que nos actes sont justes. Après avoir triché à un examen, la justification peut être : j'ai triché car j'ai besoin de réussir cet examen. Après avoir agressé une personne, la justification utilisant la morale peut être : j'étais obligé de l'agresser pour défendre un ami. Ce genre de justification ne modifie en rien dans la nature de l'acte, mais nous permet d'échapper à la culpabilité.

     

     Relativiser nos actes
    Parfois nous utilisons des parades qui jouent avec les limites et avec la sévérité de nos actes, pour les rendre plus justifiables. En refusant l'aide à un voisin, la justification peut être : je n'ai pas les moyens d'aider un voisin, mes enfants d'abord. Dans ce genre de justification, on joue sur des priorités, ou sur des limites, ou sur des nécessités.

     

    Comparaison
    Dans d'autres cas, nous justifions nos actes immoraux par comparaison avec les actes des autres. Ce n'est pas grave de tricher dans ma déclaration d'impôts, beaucoup de gens trichent aussi leur déclaration. J'ai accepté la corruption car tout le monde est corrompu autour de moi.

     

     Nos faiblesses
    Parfois nos actes immoraux sont justifiés par notre prétendue faiblesse, par notre incapacité à résister. Ils m'ont obligé de le faire. Je fais cet acte car la loi m'oblige à le faire. Je n'ai pas assez de force pour refuser l'ordre d'exécuter un tel acte.

     

     Déni de responsabilité
    Le déni de responsabilité est un mécanisme pour justifier les actes immoraux également. J'étais parmi les autres. Je ne pouvais pas l'aider, d'ailleurs personne ne l'a aidé. Je ne peux rien faire pour l'écologie, car une personne seule ne peut rien faire.

     

    Déni de conséquences
    Le déni des conséquences est également un mécanisme pour justifier des actes jugés immoraux. On relativise les conséquences de nos actes pour les rendre plus acceptables : j'ai juste transmis le message. J'ai seulement téléphoné. J'étais seulement un intermédiaire dans cette affaire.

     

    Déshumanisation
    La déshumanisation est une technique parfois cruelle, justifiant des actes immoraux. Pourquoi épargner telles personnes ? Ils sont de simples sauvages. Pourquoi respecter telle personne alors qu'elle est moins que rien. Ce n'est pas grave ce que j'ai fait, cette personne est handicapée. Il ne faut pas en faire une affaire, ce n'est qu'un animal.
    Dans ces cas, on réduit l'humanité de l'autre, ou refuse la souffrance de l'animal, ou on invalide les besoins des autres.
    D'autres justifications cherchent à rendre la victime responsable. Un SDF ne mérite aucune aide, il est responsable de son sort. Pourquoi aider les pauvres alors qu'ils sont paresseux.

     

    Les dangers de trop justifier  
    Ces justifications affaiblissent notre système moral et nous entrainent vers une relativisation dangereuse car ces mécanismes peuvent être utiles pour sortir de la culpabilité d'un acte commis, mais aussi peuvent être utilisés pour justifier des actes à commettre. Agresser un handicapé en déshumanisant sa personne, ou en prétendant que tout le monde agresse les handicapés finit par justifier l'agression, nous mettant dans une position immorale vis-à-vis de nos valeurs, et dans une position délicate vis-à-vis de la société et de ses outils judiciaires.


    Attention danger, l'utilisation de ce genre de mécanismes pour justifier un acte immoral n'a aucune valeur juridique ou sociale. Un acte immoral va être jugé selon un consensus social ou juridique, et non pas selon nos justifications ou nos dénis.

     

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    Comment décider

    decision

    Comment décider

     

    L'action après délibération ou l'action délibérée commence par une idée qui incite au mouvement. Cette idée sera modérée par des idées opposées, pour obtenir une décision, ou un consentement volontaire engendrant le mouvement, l'action, ou interdisant l'action.

     

     

    De la délibération à la décision

    Cinq types de décision

       -la décision de type raisonnable

      -deuxième type : délibération rapide, avec indifférence

      -troisième type : détermination accidentelle

      -quatrième type de décision : délibération rapide, expérience ou émotions

      -cinquième type de décision : pure volonté

     

     

     

     

     

    De la délibération à la décision
    Le processus de la délibération contient des complications innombrables. Parfois un nombre important de facteurs joue un rôle dans cette délibération prolongeant la durée de cette délibération sous forme d'hésitation, ou rendant la décision impossible.
    Dans la vie humaine, il existe de nombreux modèles de décision. Chacun prendra ses décisions à sa façon, selon ses propres modèles de décision, selon son évaluation des conséquences.

     


    La décision est plus difficile en cas de conséquences importantes ou redoutables, et en cas de critères de décision ambigus.
    L'hésitation est également mal comprise en psychologie. Il n'existe pas de raisons physiologiques ou psychiques pouvant expliquer l'hésitation temporaire ou permanente. Nous savons seulement que les personnes qui hésitent multiplient les considérations alternatives pendant leur délibération.

     


    Chez certaines personnes, les décisions sont prises rapidement. Cette délibération rapide peut être une forme d'insouciance, ou un apprentissage. Dans ce dernier cas, la personne décide en prenant en considération les éléments principaux, négligeant les détails moins risqués.

     

     

    Cinq types de décision
    Nous pouvons classer les décisions humaines selon le processus de la délibération, pour arriver à la décision et déclencher l'action.

     

    1- La décision de type raisonnable
    C'est une décision prise selon des arguments pour et contre, après une délibération progressive offrant des alternatives avec marge de sécurité. Dans certains cas, la décision raisonnable est simple, les arguments sont clairs, les raisons, qui nous aident à décider, semblent évidentes. Dans ce cas, la décision est rapide sans aucune hésitation.
    On peut dire, qu'en général, une grande partie de chaque délibération consiste à argumenter et à contre argumenter. Les personnes qui exercent une autorité, utilisent des échelles et des classements insistant sur les priorités et sur les expériences précédentes pour raccourcir le temps de délibération et pour éviter l'hésitation.

     

     

    2- deuxième type : délibération rapide, avec indifférence
    C'est une décision prise après une délibération rapide, accompagnée d'une certaine indifférence. Les risques sont peu importants. Ainsi, la délibération prend en compte le risque le plus important, assumant les autres risques. C'est le cas également dans les décisions stéréotypées, où les risques sont connus et évalués à l'avance.

     

     


    3- troisième type : détermination accidentelle
    Dans ce type de décision, la détermination est accidentelle. C'est le cas de décision plus ou moins importante, et dont les critères semblent insuffisants pour prendre une décision raisonnable fondée sur le pour et le contre. Dans certains cas, ce genre de décision est attirant en raison de son caractère incertain.

     

    Dans le langage populaire, ce sont les décisions de genre : fonce et on verra, ou va vers l'avant. Cette décision est généralement motivée par des caractères volontaires, et parfois instables. Les émotions jouent un rôle déterminant également dans ce genre de délibération. Certaines décisions militaires ou politiques prises par Napoléon sont un exemple de ce genre de décision provoquée par la détermination, et non pas par la délibération. La réussite des actions suscite l'admiration des autres, les échecs peuvent être importants, et coûteux.

     

     

    4- quatrième type de décision : délibération rapide, expérience ou émotions
    C'est une décision prise après une délibération rapide, sans argument solide, fondée sur une certaine expérience extérieure, ou sur une motivation émotionnelle. Nous prenons du genre de décision quand nous hésitons entre nos valeurs nos motivations, et nos impulsions.
    Dans ce cas, la décision peut être prise rapidement, ou abandonnée avec la même rapidité. Cela se traduit par un changement subit d'opinion, ou un revirement.

     

     

    5- cinquième type de décision : pure volonté
    C'est une décision où la raison ne joue aucun rôle, la volonté est la seule motivation de l'acte, le libre arbitre est la seule justification. Cette décision peut motiver par des besoins conscients ou inconscients, mais aussi par une idéologie, par une culture, par croyance matérialiste ou métaphysique. La délibération ne joue pas un rôle dans ce genre d'action.

     

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    Agatha Christie : secrets d’un immense succès

     

    Agatha christie Poirot Marple

    Agatha Christie : secrets d’un immense succès

    Agatha Christie est l’auteur le plus vendu de tous les genres et de tous les temps. Ses livres se sont vendus à plus de deux milliards d’exemplaires en langue anglaise, en langue française et en 103 langues étrangères.

    Elle a publié plus de quatre-vingts romans et pièces de théâtre, dont beaucoup mettent en scène l’un ou l’autre de ses personnages principaux de sa série — Hercule Poirot ou Miss Marple. La plupart de ses livres et de ses nouvelles ont été filmés, sa pièce The Mouse trap (la souricière). Mouse trap détient le record de la plus longue représentation à Londres.

    Après la lecture de plusieurs romans ou nouvelles de Christie, il est possible de détecter certaines similarités, une sorte de marque de fabrique.

     

    Simplicité de technique


    Le crime reflète sa société, dévoile les valeurs d’une communauté, se déroule dans un milieu précis gouverné par des règles et des valeurs.
    Dans les romans policiers d’Agatha Christie, Miss Marple et M. Poirot, ses deux détectives les plus populaires, sont là pour résoudre l’affaire à la fin du livre et pour conclure leurs interventions par une réflexion intellectuelle qui dénonce le mal et consolide l’ordre. Christie tente comme d’autres auteurs à offrir aux lecteurs l’espoir de la justice.

    Pendant l’âge d’or du roman policier, le cadre typique est la campagne anglaise et sa société, surtout la classe supérieure et la classe moyenne supérieure. Agatha Christie connaissait bien ces classes et a dépeint certains caractéristiques : fort sentiment de possessivité, préjugés profonds sur les autres et sur la différence, ethnocentrisme et hypocrisie.

    Dans le roman policier à son sommet (entre les deux guerres), l’énigme est l’élément le plus important. Le lecteur reçoit de nombreux indices à partir desquels le meurtrier peut être identifié avant que la solution ne soit révélée dans les dernières pages du livre. Le personnage du grand détective et le mystère qu’il résout constituent le motif central du roman policier, le reste est réduit au minimum.

     

    Humour et ironie dans des lieux inventés


    Elle aimait placer ses personnages dans la campagne anglaise, qui devient un élément caractéristique de ses romans. La campagne britannique évoque des lieux éloignés de l’influence des grandes villes : village typique, église, gens du pays qui s’intéressent aux ragots, gentleman anglais typique habillé de tweed, grands champs verts, lacs et bois.
    Il va de soi qu’il s’agit d’une vision romancée, imaginaire. La description de la campagne anglaise est presque à l’opposée de la vision des romans d’autres grands écrivains de la même époque comme D.H. Lawrence.

    Dans son roman The Moving Finger ( titre francais : la Plume empoisonnée), elle décrit :

    « Lymstock était un lieu important à l’époque de la conquête normande. Au vingtième siècle, c’était un lieu sans aucune importance. Elle se trouvait à trois miles d’une route principale — une petite ville de province avec une lande s’élevant au-dessus d’elle. Little Furze était située sur la route menant à la lande. Il s’agissait d’une maison blanche, basse et primitive, avec une véranda victorienne inclinée peinte en vert délavé. (p. 8)

    La société qui y vit est typique des romans de Christie, sa description correspond à notre image de la société de la haute bourgeoisie et de la vie à la campagne. La comparaison entre les habitudes de la campagne et celles de la ville est souvent drôle, mais probablement vraie.

    Dans The Moving Finger, le narrateur quitte Londres pour s’installer dans une petite ville, Lymstock, afin de se remettre d’un mauvais accident d’avion avec sa sœur Joanna, qui représente la jeune femme moderne de la ville, mais déterminée à s’assimiler. Mais il est influencé par les clichés sur la vie de la campagne. Les manières des gens de Lymstock sont totalement inattendues :

    Dès que nous avons eu quelques jours pour nous installer, Lymstock est venu solennellement nous rendre visite. Tout le monde à Lymstock avait une étiquette comme disait Joanna. Il y avait M. Symmington, l’avocat, mince et sec, avec sa femme qui jouait au bridge. Dr Griffith, le médecin sombre et mélancolique, et sa sœur grande et chaleureuse. Le vicaire, un vieil homme érudit et distrait, sa femme erratique et enthousiaste. Le riche dilettante M. Pye de Prior, et enfin Mlle Emily Barton elle-même, la parfaite vieille fille de la tradition villageoise.”
    (p. 9)

    Non seulement le comportement que l’on attend d’elle est étrange pour Joanna, mais son apparence ne convient pas non plus. Elle s’efforce de s’assimiler, mais comme elle a toujours vécu en ville, elle est influencée par les magazines à la mode. Son frère se moque d’elle :

    Joanna est très jolie joyeuse, aime la danse, les cocktails, les aventures amoureuses et les courses dans des voitures puissantes. Elle est définitivement et entièrement citadine.
    — En tout cas,” dit Joanna, “j’ai l’air bien.”
    Je l’ai étudiée d’un œil critique et je n’ai pas pu être d’accord avec elle.
    Joanna était habillée (par Mirotin) pour le sport. L’effet était tout à fait charmant, mais un peu surprenant pour Lymstock.
    — Non ai-je dit. Vous avez tout faux. Vous devriez porter une vieille jupe en tweed délavée avec un joli pull en cachemire assorti et peut-être un cardigan ample, et un chapeau en feutre, des bas épais et de vieilles broques bien usées. Ton visage est tout faux, aussi.
    — Qu’est-ce qui ne va pas avec ça ? J’ai mis mon maquillage Country Tan n° 2.
    — Exactement », ai-je dit. Si vous viviez ici, vous auriez juste un peu de poudre pour enlever l’éclat du nez et vous porteriez presque certainement tous vos sourcils au lieu d’un seul quart. (p. 9)

     

     

    La description de la vie de village peut sembler amusante, mais elle recèle une vérité : la campagne est moins gâtée que la ville. Dans les histoires de Christie, cette paix villageoise est parfois troublée par un crime, qui est ensuite révélé par un détective qui, au fond, rétablit l’ordre public.

    Lorsqu’un doigt bouge, la ville est envahie par les lettres anonymes, par les rumeurs, et par les accusations.
    Dans les romans de Maigret, Simenon raconte parfois, à sa façon, cette vie à la campagne, à la fois paisible et éruptive.

     

    Détectives bien identifiés


    Miss Marple a été le deuxième détective créé par Agatha Christie, apparu pour la première fois dans le roman The Murder at the Vicarage (en français : l’affaire Protheroe) en 1930. A travers son intelligence, son bons sens et sa connaissance de la nature humaine, elle a réglé les énigmes de onze autres romans et de vingt et une nouvelles.
    Elle est décrite comme une grande dame âgée, mince, au visage rose et ridé, aux yeux bleus et aux cheveux blancs, toujours en train de tricoter. Son allure est déroutante qui induit en erreur les personnes qui ne la connaissent pas, car elle utilise son stéréotype de vieille fille à son avantage. Elle vit dans le petit village de St. Mary Mead, où elle mène une vie qui lui donne l’occasion d’observer les mauvais traits de la nature humaine.
    Agatha Christie a dit un jour qu’en la créant, elle avait utilisé pour certains personnages, les traits des amis de sa grand-mère, ainsi que de sa grand-mère elle-même. Elle a dit d’elle :


    « Elle s’attendait au pire de tout le monde et de tout ce qui existait et, avec une précision presque effrayante, on lui donnait généralement raison ».
    Miss Marple établit des parallèles entre les histoires de vie dont elle a été le témoin et le crime sur lequel elle enquête. Son apparition sur le lieu du crime est généralement expliquée par une phrase, elle rend souvent visite à ses nombreuses connaissances ou amis de famille.
    « Notre après-midi au presbytère fut vraiment l’un des plus paisibles que nous ayons passés. C’était une vieille maison attrayante, avec un grand salon confortable et délabré, orné de cretonne rose fané. Les Dane Calthopes avaient une invitée chez eux, une dame âgée et aimable qui tricotait quelque chose avec de la laine blanche et molletonnée. Nous avons eu de très bons scones chauds pour le thé. Le vicaire est entré et nous a regardés placidement tout en poursuivant sa conversation érudite. C’était très agréable.
    Je ne veux pas dire que nous nous sommes éloignés du sujet du meurtre, car ce n’est pas le cas.
    Miss Marple, l’invitée, était naturellement excitée par le sujet. Comme elle l’a dit en s’excusant :
    — Nous avons si peu de sujets de conversation à la campagne !
    Elle avait décidé que la fille morte devait être exactement comme son Edith. “Une si gentille, petite, bonne, et si volontaire, mais parfois un peu lente à comprendre les choses.”
    Miss Marple avait aussi un cousin dont la belle-sœur ou la nièce avait eu beaucoup d’ennuis et de problèmes à cause de certaines lettres anonymes, ce qui, là aussi, intéressait beaucoup la charmante vieille dame. »

    Affaire Protheroe (p. 135)

    Les femmes détectives n’étaient pas du tout courantes. Le premier détective de Christie fut un M. Poirot bien connu, c’est-à-dire un homme. Il a été présenté dans son tout premier roman policier, The Mysterious Affair at Styles (en français : La Mystérieuse Affaire de Styles) publié en 1920, tandis que Miss Marple a été créée dix ans plus tard.
    La raison peut être l’obligation de respecter le stéréotype d’un détective masculin ou la prise de conscience du peu de succès des romans policiers avec une femme.
    Il est remarquable que Christie se soit vraiment lassée de M. Poirot et ait voulu s’en débarrasser, mais les lecteurs l’ont aimé et elle a donc continué à écrire sur lui.
    Hercule Poirot n’est pas un homme ordinaire : il n’est pas anglais, mais Belge, il n’est pas un détective de type héros, mais petit, presque âgé, il n’utilise pas ses muscles, mais ses « petites cellules grises ».
    Avant de s’enfuir en Angleterre pendant la Première Guerre mondiale, Poirot était un policier belge à la retraite, et un célèbre détective privé en Europe. Au cours de ces années, il fait la connaissance d’Arthur Hastings, un Anglais qui deviendra plus tard son ami de confiance et le narrateur occasionnel de ses enquêtes, l’équivalent du « Dr Watson ».

    La description qu’il en fait, donnée par Hastings lui-même dans La mystérieuse affaire de Styles est remarquable :

    « Poirot était un petit homme à l’allure extraordinaire. Il ne mesurait guère plus de cinq pieds et quatre pouces, mais se comportait avec une grande dignité. Sa tête avait exactement la forme d’un œuf, et il la penchait toujours un peu sur le côté. Sa moustache était très raide et militaire. La propreté de ses vêtements était presque incroyable. Je crois qu’un grain de poussière lui aurait causé plus de peine qu’une blessure par balle. Pourtant, ce petit homme pittoresque et dandy qui, j’ai eu le regret de le constater, boitait maintenant gravement, avait été en son temps l’un des membres les plus célèbres de la police belge. En tant que détective, son flair avait été extraordinaire, et il avait remporté des triomphes en élucidant certaines des affaires les plus déroutantes de l’époque. Il me désigna la petite maison qu’il habitait avec ses compatriotes belges, et je lui promis d’aller le voir au plus tôt. Puis il a levé son chapeau en l’honneur de Cynthia et nous sommes partis.
    — C’est un petit homme adorable », a dit Cynthia. « Je ne savais pas que vous le connaissiez.
    — Vous avez diverti une célébrité à son insu, ai-je répondu. Et, pendant le reste du chemin du retour, je leur ai récité les divers exploits et triomphe d’Hercule Poirot. » page 11 La Mystérieuse Affaire de Styles

     

    Enquêtes simples, affaires compliquées


    Bien que les personnages de Miss Marple et de M. Poirot puissent sembler différents, leurs méthodes comportent des éléments similaires : poser beaucoup de questions, observer les gens et leur comportement. Une profonde connaissance de la pensée et de la nature humaine les aident à trouver de liens entre ce qui a été dit et ce qui a été fait. Poirot est un étranger, utilisant ses connaissances en psychologie et son mode de pensée analytique, Miss Marple est un membre intégré de la communauté, et résout les crimes avec sagesse populaire, compréhension de la nature humaine, parce que tous les crimes sur lesquels elle enquête ressemblent aux événements et aux commérages de son entourage, ou de son village.

    Les romans se déroulent souvent à la campagne, dans la société de classe moyenne supérieure, ou des gens riches et privilégiés de la classe moyenne. Christie étant elle-même issue de cette classe, elle la connaissait fort bien et pouvait en donner une image vivante.

     

     

    Décrire les gens, et non pas la société


    Le roman policier est une affaire commerciale, un genre littéraire pour distraire. Les sujets graves n’ont pas leur place : l’augmentation du chômage, la grève générale de 1926, la Grande Dépression des années 1930, la montée des dictatures européennes ou les relations sexuelles entre des personnages, sont des sujets exclus.

    Même si le but des romans policiers est de vendre des livres, le contexte de ces histoires est diversifié selon chaque société, ses relations et le réseau invisible de consensus et de règles à respecter pour le vivre ensemble. Dans ce cadre, le caractère et le tempérament des personnages complètent le tableau d’un roman policier.

    Dans les romans de Christie, la société est réduite, village, famille, localité. Il s’agit de la société nécessaire au roman. La société dans son ensemble n’y apparaît pas.

    En Angleterre, la richesse personnelle n’est pas un critère nécessaire pour appartenir à la classe moyenne supérieure, mais l’accent, la langue, l’éducation, le milieu familial et certains comportements et goûts attendus sont devenus les caractéristiques de cette classe.
    Le membre de cette classe peut être décrit comme un gentleman, bien qu’il ne soit pas issu d’une famille de propriétaires terriens. Ses membres exercent une profession scientifique, juridique ou médicale, mais ils peuvent aussi exercer une profession non traditionnelle, comme celle d’écrivain ou de peintre. La ressemblance entre la classe moyenne supérieure et la classe supérieure en Grande-Bretagne est évidente, mais si l’on peut effectivement devenir membre de la classe moyenne supérieure, il est presque impossible en Grande-Bretagne d’atteindre le statut de classe supérieure, sauf par mariage ou par l’octroi d’un titre.

    L’exemple d’une famille de la classe supérieure est donné par l’avocat des Crale dans Cinq petits cochons publié en 1942 :

    « Notre cabinet, bien sûr, a connu de nombreuses générations de Crale. J’ai connu Amyas Crale et son père, Richard Crale, et je me souviens d’Enoch Crale, le grand-père. Les Crale, tous, pensaient plus aux chevaux qu’aux êtres humains. Ils montaient droit, aimaient les femmes, et n’avaient rien à faire des idées. Ils se méfiaient des idées. Mais la femme de Richard Crale était pleine d’idées, plus d’idées que de sens. Elle était poétique et musicale, elle jouait de la harpe, vous savez. Elle avait une santé fragile et avait l’air très pittoresque sur son canapé. Elle était une admiratrice de Kingsley. C’est pourquoi elle a appelé son fils Amyas. Son père s’est moqué de ce nom, mais il a cédé. Amyas Crale a profité de son héritage. Il tient sa tendance artistique de sa mère, et son pouvoir d’entraînement et son égoïsme impitoyable de son père. Tous les Crale étaient égoïstes. Ils n’ont jamais, par hasard, vu d’autre point de vue que le leur. » Cinq petits cochons (p. 39)

    La haute société n’aimait pas que la bourgeoisie exprime ses préjugés à l’égard des nouveaux venus et sa réticence à les accepter.
    Dans There Is a Tide (en français Le Flux et le Reflux), publié en 1948, la fille qui revient après la Seconde Guerre mondiale est confrontée au fait que son vieil oncle a épousé une jeune femme, ce qui était totalement inattendu, importun et inacceptable pour le reste de la famille :


    « Lynn sourit. D’aussi loin qu’elle se souvienne, les secrétaires, les gardiens et le personnel de bureau de Gordon Cloade ont toujours été soumis à un examen minutieux et à la plus grande suspicion.
    Elle a demandé avec curiosité : elle est belle, je suppose ?
    — Eh bien, ma chère, a dit Adela, je pense moi-même qu’elle a un visage plutôt stupide.
    — Tu n’es pas un homme, maman !
    — Bien sûr », poursuivit Mme Marchmont, la pauvre fille a été frappée et choquée par le souffle de l’explosion, elle était vraiment très malade et tout cela, et je pense qu’elle ne s’en est jamais vraiment remise. Elle est une masse de nerfs, si vous voyez ce que je veux dire. Et parfois, on dirait qu’elle n’a pas toute sa tête. Je ne pense pas qu’elle aurait pu être une bonne compagne pour ce pauvre Gordon.
    Lynn sourit. Elle doutait que Gordon Cloade ait choisi d’épouser une femme de plusieurs années plus jeune que lui pour sa compagnie intellectuelle.
    — Et puis, ma chère, Mme Marchmont a baissé la voix, je déteste le dire, mais, bien sûr, ce n’est pas une dame !
    — Quelle expression, maman ! Qu’est-ce que ça peut faire de nos jours ?
    — C’est toujours important à la campagne, ma chère, dit Adela d’un ton placide, signifiant simplement qu’elle n’est pas exactement l’une des nôtres ! Le Flux et le Reflux (p. 23)

    La possessivité, caractéristique typique de la classe moyenne supérieure, peut être facilement illustrée dans les œuvres de Christie. L’argent est considéré comme quelque chose d’insignifiant quand on le possède, quelque chose dont il n’est pas poli de parler, mais dès qu’il s’agit de le partager, il devient important et peut devenir un puissant motif de haine. Dans Crooked House (en français : la maison biscornue) publié en 1949, après la lecture du dernier testament du grand-père de la famille Leonides, le conflit survient immédiatement :

    « Et moi ? » dit Eustache.
    J’avais à peine remarqué Eustache jusqu’à présent, mais j’ai perçu qu’il tremblait de violente émotion. Son visage était cramoisi, il y avait, je crois, des larmes dans ses yeux. Sa voix tremblait en s’élevant hystériquement.
    C’est une honte ! dit Eustache. C’est une sacrée honte ! Comment Grand-Père a-t-il osé me faire ça ? Comment a-t-il osé ? J’étais son seul petit-fils. Comment a-t-il osé me laisser tomber pour Sophia ? Ce n’est pas juste. Je le hais. Je le hais. Je ne l’oublierai jamais, aussi longtemps que je vivrai. Vieil homme bestial et tyrannique. Je voulais qu’il meure. Je voulais sortir de sa maison. Je voulais être mon propre maître. Et maintenant, je dois me faire malmener par Sophia et passer pour un idiot. Je voudrais être mort... » (p. 181) La maison biscornue.

     

    Le talent des grands peintres


    Le secret le plus important réside dans le talent de Christie à observer les gens, leurs réactions et à comprendre leurs motivations.
    La maîtrise est une clé constante dans les romans de Christie, maîtriser le sujet, ne pas alourdir le style, ne pas encombrer le récit par des détails inutiles.

    En face de cet immense succès, il est utile de mentionner la modestie d’Agatha Christie, qui écrivait des livres pour distraire, et pour amuser avec fidélité, sans tenter de mélanger les genres pour passer un message politique ou social, sans tomber dans le piège de « faire de la grande littérature ».
    Il suffit de lire un roman de Christie pour comprendre son succès, un talent dans la description, une ironie, une humeur, et une intelligence remarquable pour saisir les personnages. Elle dessine des caricatures si humaines que le lecteur finit par s’y attacher. Pourtant tout est imaginé et romancé : la campagne anglaise, les personnages, et les histoires. Par contre, comme un grand peintre, l’humain présent sur la toile est si réel.

     

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    Arthur Miller : all my sons, Ils étaient tous mes fils

     

    All my sons

     

    Arthur Miller : all my sons, Ils étaient tous mes fils

    Le dramaturge Arthur Miller est né en 1915 et mort en 2005. Ses pièces célèbres : Ils étaient tous mes fils (All My Sons), Mort d’un commis voyageur (Death of a Salesman), Les Sorcières de Salem (The Crucible) sont devenues des textes classiques

    Grand nom du théâtre et du cinéma américain, auteur de pièces toujours jouées dans le monde entier, Arthur Miller décrit une Amérique déchirée entre l’exigence d’efficacité et de rentabilité, le matérialisme effréné, l’espérance de liberté, le conflit entre homme et femme, la famille, la loyauté, le mal : tels sont, parmi tant d’autres, les thèmes de son œuvre, ancrée dans la modernité.
    Arthur Miller est un dramaturge américain majeur, qui a remporté de nombreux prix comme le prix Pulitzer.

     

     

    Résume de la pièce « ils étaient tous mes fils » (all my sons)


    Joe et Kate Keller ont eu deux fils, Chris et Larry. M. Keller possède une usine de fabrication métallurgique avec Steve Deever, et leurs familles sont proches. La fille de Steve, Ann était la petite amie de Larry. Quand la guerre est arrivée, les garçons Keller et George frère d’Ann ont été enrôlés.
    Pendant la guerre, l’usine de Keller et Deever obtient un contrat très rentable avec l’armée américaine, fournissant des pièces d’avion. Un matin, des pièces défectueuses sont produites et prêtes à être livrées. Sous la pression de l’armée à maintenir la production, Steve Deever appelle Keller chez lui ce matin-là, pour lui demander ce qu’il devait faire. Keller lui recommande de souder les fissures des pièces et de les expédier. Keller a déclaré plus tard qu’il avait la grippe et qu’il ne pouvait pas travailler ce jour-là. Steve a expédié lui-même les pièces défectueuses et réparées sommairement.
    Plus tard, on découvre que les pièces défectueuses avaient causé le crash de vingt et un avions et la mort de leurs pilotes. Steve et Keller ont été arrêtés et condamnés, Keller a réussi à gagner en appel et à faire annuler sa condamnation. Il a affirmé que Steve ne l’avait pas prévenu ni appelé et qu’il n’était absolument pas au courant de l’envoi. Keller rentre chez lui libre, tandis que Steve est resté en prison, méprisé par sa famille.
    Pendant ce temps, Larry a été informé de la première condamnation. Rongé par la honte et le chagrin, il écrit une lettre à Ann lui disant qu’elle ne devait pas l’attendre. Larry est ensuite parti en une mission, au cours de laquelle il a écrasé son avion. Et Larry est porté disparu.
    Trois ans plus tard, l’action de la pièce commence. Chris a invité Ann à la maison Keller. Ils sont restés en contact au cours des dernières années quand Ann vivait à New York. Ils doivent faire attention, car la Mère de Chris insiste sur le fait que Larry est toujours en vie. Sa conviction est renforcée par le fait que l’arbre commémoratif de Larry a explosé dans une tempête ce matin-là, ce qu’elle considère comme un signe positif. Sa superstition l’a également amenée à demander au voisin de faire l’horoscope de Larry afin de déterminer si le jour de sa disparition était un jour astrologiquement favorable. Tout le monde a accepté que la disparition de Larry, sauf elle. La Mère exige de son mari qu’il croie que Larry soit encore vivant.


    Le frère d’Ann, George, arrive pour arrêter le mariage entre Ann et Chris. Il était allé rendre visite à son père Steve en prison pour lui dire que sa fille allait se marier, puis il est parti convaincu que son père était innocent. Il accuse Keller. George écoute Keller encore une fois et se rappelle l’amitié de leurs deux familles. Mais Mme Keller dit accidentellement que son mari n’a pas jamais été une seule fois malade depuis quinze ans. Keller essaie de couvrir ce lapsus en ajoutant « à l’exception de sa grippe pendant la guerre », mais il est trop tard. George est certain de la culpabilité de Keller.


    La confiance de Chris dans l’innocence de son père est ébranlée. Lors d’une confrontation avec ses parents, la mère lui dit qu’il doit continuer à croire que Larry est vivant. Si Larry est mort, affirme la Mère, cela signifie que Keller l’a tué en expédiant ces pièces défectueuses. Chris crie sa colère à son père, l’accusant d’être inhumain et meurtrier.
    Chris dévasté s’enfuit pour éviter une deuxième confrontation avec son père. La mère dit à son mari qu’il devrait avouer, se porter volontaire pour aller en prison, si Chris le décide. Elle parle à Ann, lui dit qu’elle devrait attendre Larry et ne pas se marier. Ann est forcée de montrer la lettre que Larry lui a écrite avant sa mort, où il annonce son intention de se suicider. La lettre confirme la conviction de la Mère que si Larry est mort, alors son mari est responsable, non pas parce que l’avion de Larry avait des pièces défectueuses, mais parce que Larry s’est suicidé en réponse à la responsabilité familiale et à la honte due aux pièces défectueuses.


    La mère supplie Ann de ne pas montrer la lettre ni à son mari ni à son fils, mais Ann n’obéit pas. Chris revient et dit qu’il n’enverra pas son père en prison, parce que cela n’apporterait rien. Il dit qu’il va partir sans Ann, car il craint qu’elle ne lui demande un jour de dénoncer son propre père aux autorités.
    Keller entre pendant que la mère tente d’empêcher Chris de lire la lettre de Larry à haute voix. Keller comprend enfin qu’aux yeux de Larry, tous les pilotes morts étaient ses fils. Keller dit qu’il va chercher sa veste, pour se rendre et aller en prison. Un instant plus tard, un coup de feu se fait entendre. Keller s’est suicidé.

     

     

    Ils étaient tous mes fils : analyses rapides


    All My Sons est une pièce qui affronte l’histoire américaine de la réussite, du rêve américain à n’importe quel prix et la dévastation du succès qui détruit tout y compris les humains et les relations. Cette pièce traite du pouvoir, de la famille, du rêve américain, de l’argent, et des limites de l’individualisme. Ils étaient tous mes fils (All My Sons) est une pièce de théâtre écrite par Arthur Miller en 1947.
    Avec cette pièce, Miller s’est imposé comme un dramaturge américain majeur du 20e siècle, comme une voix critique de la conscience.
    La pièce est une étude sur l’échec de la famille, sur la responsabilité sociale, sur la responsabilité morale.
    C’est une pièce importante, remarquable par la rigueur de sa structure et par l’honnêteté avec laquelle elle aborde le problème de l’action de l’homme dans le monde moderne.
    Dans certaines études, on la décrit comme une pièce ibsénienne. La méthode d’Ibsen consiste à montrer d’abord une scène domestique ordinaire, dans laquelle, par infiltration progressive, le crime et la culpabilité pénètrent et s’accumulent jusqu’à l’éruption critique.
    Ce processus de cette infiltration destructrice est soigneusement élaboré par Miller pour mettre en lumière les conséquences et la culpabilité.

    Le drame réaliste de Miller, All My Sons, implique son concept fondamental de responsabilité morale au sein de la famille, en le reliant à la lutte intérieure.
    La famille, pendant la guerre.
    À travers le cas d’un dirigeant qui a permis que des pièces d’avion défectueuses soient envoyées à l’armée plutôt que de ruiner son entreprise et de perdre un contrat, le dramaturge a cherché à montrer les conséquences d’un acte justifié par l’amour de son entreprise, et du bien-être matériel de sa famille.

    Miller est connu pour la qualité de ses dialogues. Il n’y a pas beaucoup de poésie dans la langue, mais un ton naturel de gens ordinaires.

    Joe Keller était un profiteur de guerre, avec son associé Steve Deever, il a créé sa propre entreprise pour expédier des cylindres pour les avions de chasse. Steve Deever, père d’Ann Deever (fiancée à Chris, le fils de Joe) est en prison, après avoir été reconnu coupable d’avoir expédié des pièces défectueuses pour des avions de chasse, ce qui a entraîné la mort de 21 pilotes. Les pièces ont été expédiées en l’absence de Joe Keller, qui était malade et en congé ce jour-là. Son associé Steve affirma qu’il avait expédié les cylindres sur les ordres de Joe lors d’un appel téléphonique.

    Lorsque George (le fils de Steve) va à sa rencontre pour lui parler du mariage d’Ann et de Chris, Steve Deever affirme encore une fois à son fils qu’il est innocent. Cela suscite des sentiments de malaise et de suspicion dans l’esprit de George, devenu avocat.
    Ann montre à Kate la dernière lettre de Larry. Chris condamne le comportement de son père. Chris lit à haute voix la lettre de Larry et Joe apprend que son acte a poussé Larry à se suicider. Acceptant enfin le fardeau de sa culpabilité, Joe se tue.

    Chris s’impatiente avec son père : « Tu n’as pas de pays ? Tu ne vis pas dans le monde ? Qu’est-ce que tu es ? Tu n’es même pas un animal, aucun animal ne tue le sien, qu’est-ce que tu es ? »

    Arthur Miller a délibérément essayé de destiner cette pièce à un large public.
    Il était préoccupé par la relation entre l’individu et les grandes forces de la politique et de l’industrie.
    L’écriture d’Arthur Miller dans All My Sons témoigne d’un respect pour les grandes tragédies grecques. Dans ces pièces, le héros commet une faute, souvent à son insu, faute qui revient le hanter, parfois de nombreuses années plus tard. Le protagoniste se rend compte de sa faute et en souffre, voire en meurt.

    L’action d’All My Sons se déroule en vingt-quatre heures. Ann Deever, la fille du condamné Steve Deever, peut être comparée à un messager, car la lettre qu’elle apporte est une preuve de la mort de Larry.
    Kate, la femme de Joe, mi-émue, mi-terrifiée, annonce : « Tout ce qui s’est passé semble revenir ».
    Chez Miller comme chez Ibsen, le présent interroge le passé et le passé infiltrant le présent progressivement.

     

     

    Une pièce de gens ordinaires


    Contrairement aux tragédies grecques et shakespeariennes, il ne s’agit pas de question de loyauté ou de pouvoir. Arthur Miller qualifie la pièce de « tragédie de l’homme ordinaire », de la même manière que les fantômes d’Ibsen (Miller était un grand fan d’Ibsen). Les deux auteurs utilisent la famille nucléaire pour explorer des problèmes sociaux beaucoup plus importants. Dans All My Sons, Miller enquête sur la myopie de la classe moyenne à travers l’histoire de Joe Keller.

    Joe semble avoir réalisé le rêve américain. Selon lui, ses seules réalisations sont ses fils et son entreprise. Il a lutté et a nourri l’entreprise pendant la Grande Dépression, puis l’a bâtie pendant la guerre. Mais le seul but de son travail a été de bien faire vivre sa famille et de faire un cadeau à ses fils. Joe a déjà perdu un de ses garçons pendant la guerre et donc, pour Joe Keller, tout dépend de Chris.

    On peut voir Joe Keller comme diabolique, même si le public doit ressentir une certaine sympathie pour lui. Il a fait ce qu’il fallait pour protéger sa famille et les années investies dans l’entreprise. À la fin de la pièce, Joe Keller se révèle un homme cynique qui ment, triche, échappe à ses responsabilités, joue la victime et détruit la vie des autres, afin de se protéger et protéger l’argent qu’il transmettra à ses fils.

    Miller laisse ouverte la question de savoir pourquoi Keller se tue.
    Il aurait pu se suicider à cause de son angoisse d’être la cause de la mort de son fils Larry. Il aurait pu se suicider parce que ses deux fils ont rejeté sa vision de la vie. Joe aurait pu se suicider parce qu’il ne pouvait pas souffrir de la honte et de la perte de son statut. Il aurait pu se suicider parce qu’il a réalisé l’énormité de son crime. Ou cela aurait pu être une combinaison de tous ces facteurs empilés les uns sur les autres.

    L’insistance de la mère sur le fait que Larry est vivant reflète sa conviction que Larry ne peut pas être mort, car si Larry est mort à la guerre, il y a un lien entre le crime de Joe et la mort de Larry. Elle a ressenti cela avant de connaître le suicide de Larry. D’une manière intuitive, la mère comprend que si la guerre peut toucher sa famille et emporter son fils, les gens ont la responsabilité, envers la société au sens large, d’agir de manière éthique afin que cela arrive le moins possible. Et en acceptant le crime de Joe, elle abandonne son fils.

    La meilleure façon de comprendre le personnage de la mère est d’analyser ses conflits psychologiques. Elle est liée à son mari par amour, et complice de son crime. À plusieurs moments de la pièce, elle aide son mari. En même temps, Kate déteste Joe pour son crime et elle se déteste pour sa complicité en l’aidant à s’en sortir. Elle sait que Larry est mort, une partie d’elle se déteste, et méprise son mari et l’autre a besoin de pleurer son fils mort. Elle peut pleurer pour son fils et mettre sa mémoire au repos.

    Arthur Miller a qualifié la mère d’une force sinistre et puissante dans la pièce, une femme utilisant la vérité comme une arme contre un homme qui a fait du mal à leur fils. La mère est un personnage tragique, qui à la fin de la pièce, est obligé de reconnaître la mort de Larry.

    Comme suggérée précédemment, la mère joue le rôle du chœur dans cette tragédie. Regardez l’Acte III, page 150, « . . . Asseyez-vous, arrêtez d’être fou. Tu veux vivre ? Tu ferais mieux de comprendre ta vie. C’est une autre double affirmation, car elle montre qu’elle se soucie de l’homme dont la relation avec son fils, relation la plus importante de sa vie, vient d’être détruire. Cela préfigure également ce qui arrivera à Joe.

    Le fils chéri Chris Keller est plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. Il a trente-deux ans, solidement bâti, un homme capable d’une immense affection et loyauté. Chris est un homme bien et un bon fils. Il pense toujours au meilleur des gens. Quand la pièce commence, Joe est le héros de Chris. Après avoir appris la culpabilité de son père, Chris dit à Joe : “Je sais que tu n’es pas pire que la plupart des hommes, mais je pensais que tu étais meilleur. Je ne t’ai jamais vu comme un homme. Je t’ai vu comme mon père”. (Acte III)

    Chris a toujours soupçonné que son père était coupable, mais l’a ignoré. Son amour pour son père l’empêche de décider. La rage de Chris contre son père est en partie dirigée contre lui-même pour avoir trahi la mémoire des hommes morts à la guerre.

    Certains critiques considèrent Chris Keller comme le héros tragique de la pièce. Son défaut serait son incapacité à reconnaître la vérité quand il la voit. Il devient un hypocrite et perd son père. Dans cette pièce, Chris a perdu son innocence et a appris à connaître son père comme un homme imparfait.

    Ann représente ce qui est gracieux dans la vie. Elle est la beauté dans la vie que les enfants Keller, Larry et Chris, recherchent. Ann représente la “nouvelle femme”. Elle est indépendante, volontaire et brillante.

    La présentation des femmes par Miller dans “All My Sons” est montrée à travers la relation entre Kate et Ann. Kate, contrôle, exerce son pouvoir sur Ann, et la manipule. Elle veut s’accrocher au passé, car elle a peur d’oublier son fils Larry. Ann la jeune génération est l’avenir.

    Le passé et le futur divisent Kate et Ann. Dans le passé, Larry est mort, mais Kate croit qu’il est toujours vivant. Quant au futur, Ann doit aller de l’avant et épouser Chris. Kate et Ann sont les victimes de la famille Keller. Ces deux femmes cherchent à survivre dans un monde de conflits entre hommes à la réalisation de la réussite et du rêve américain.

    Ann, comme Kate, est présentée comme une personne sans méchanceté et sans sentiment de fragilité. La relation entre Kate et Ann commence à devenir tendue, car leurs personnalités et leurs émotions s’opposent, alors que la vérité sur Joe commence à surgir. Miller est intelligent, il présente des individus forts et à l’esprit opposé, à une époque où les femmes subissent les conséquences de la guerre.

     

     

    Références
    Raymond Williams, Drama From Ibsen to Bretch (London: Chatta and Windows,
    1968) 268.
    C.W.E. Christopher Bigsby ed., Arthur Miller’s All My Sons : A Drama in three Acts
    (NY : Penguin Classics 1971) 9.
    Robert A. Martin, ed., “Introduction” Arthur Miller : New Perspectives. (Prentice Hall
    Inc., 1982) 34.
    Samuel York’s. Modern Critical Interpretations. : Arthur Miller’s All My Sons ed.,
    Harold Bloom. (New York : Chelsea House Publishers, 1988)
    Harold Clurman, “Thesis and Drama” Modern Critical Interpretations. : Arthur Miller’s
    All My Sons ed., Harold Bloom. (New York : Chelsea House Publishers, 1988)

     

     

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    ABE Kobo

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    ABE Kobo

    Pseudonyme d'Abe Kimifusa, romancier japonais et dramaturge reconnu par son utilisation de situations bizarres et allégoriques pour souligner l'isolement de l'individu. Avant gardiste, sa familiarité avec la littérature occidentale, et avec les courants philosophiques de 20ème siècle comme l'existentialisme, le surréalisme, et le marxisme a influence ses œuvres et son traitement des problèmes liés à l'identité japonaise après la deuxième guerre mondiale

    Kôbô Abé est né en 1924. Après des études de médecine, il se tourne vers la littérature. Auteur de poèmes, de plusieurs pièces de théâtre et d'ouvrages de science-fiction, il est surtout connu pour ses romans. Kôbô Abé est mort le 22 janvier 1993.


    Fils aîné d'un professeur de médecine à l'université de Moukden. École primaire de Chiyoda, Mukden, séjour en Mandchurie (maintenant Shen-yang, Province de Liaoning, Chine) entre 1930-36.  Collège secondaire à Mukden de 1936-40. Etudes au Lycée Seijo à Tokyo entre 1940-43 interrompues pendant plusieurs mois à la fin de 1940 à cause d'une pneumonie. Etudes universitaires à l'Université impériale (université de Tokyo) de 1940 à 1948.  ABE Kobo n'a jamais pratiqué la médecine.  


    En 1947, il se marie à Yamada Machiko (pseudonyme Abe Machi, artiste graphique). Après la défaite du japon, il abandonne la médecine et se consacre à la littérature. Au début, il était influencé par Rilke, Edgar Poe, Kafka, l'existentialisme et le surréalisme.
    De retour au Tokyo du général MacArthur, Abe gagnait sa vie comme vendeur ambulant, vendant des légumes et du charbon de bois.


    Il publia en 1947 à ses frais Mumei shishu ("Poèmes d'un inconnu"), et l'année suivante, son roman Owarishi michi no shirube ni ("Le panneau routier à la fin de la rue").
    Il a obtenu le plus grand prix littéraire japonais, Akutawa - sorte de "Goncourt de découverte" -  en 1951 pour son roman "Les Murs" (Kabe) puis le "Prix de Littérature de l'Après-guerre" - ou "Goncourt des Jeunes" - avec Akaï Mayu, "Le Cocon Rouge".


    En 1951, il publie aussi "Le Blaireau dans la tour de Babel", en 1952 "L'Arche de Noé", "La ville au milieu des Eaux", en 1956 "La chasse aux Esclaves", en 1957 "Les Bêtes tournent les Yeux vers le Lieu où elles sont nées", en 1962 "La Femme des Sables", en 1964 "Le Visage d'un Autre" et en 1965, "Enomoto Buyô".


    Ses années d'enfance en Mandchourie peuvent explique les images fréquentes dans son œuvre du sable et du désert et le mélange entre l'urbain et le rural et le caractère irréel du Japon et de sa culture reçus à distance dans un pays étranger, la quête d'identité, le sentiment d'étrangeté qui caractérisent ses personnages.


    Il s'inscrit au Parti communiste. En 1956, il est invité à Prague par l'Union des écrivains tchèques. Son roman de science-fiction InterIce Age 4 (1958) démontre comment la rigueur scientifique prend l'insolite pour point de départ,  l'angoisse du présent en face du future.
    Son roman "La Femme des Sables" ( Suna no onna) est un grand succès de librairie ; il a obtenu la consécration au Japon, en obtenant le prix du Yomiuri - ou "Goncourt d'apothéose" -. Ce roman a été classé par l'UNESCO parmi les oeuvres représentatives du patrimoine littéraire universel. Le cinéaste, Teshigahara, en a tiré un film qui a été reçu comme un message des temps actuels et couronné au festival de Cannes. Ce même livre a été couronné en France du prix du Meilleur Livre Étranger.


    Il connaît une consécration internationale à partir de 1962 grâce à la  femme dans les dunes.  Le film du même nom, dont il écrit le scénario, est primé en 1964 au festival de Cannes. À la même époque, il est exclu du Parti communiste pour déviation trotskiste.
    Dans le japon après guerre, Abe Kobo est l'auteur du modernisme à la façon de nouveau roman français, du théâtre de l'absurde, ou le réalisme magique latino-américain.
    Son travail a trouvé un écho dans l'ouest capitaliste et  dans les pays socialistes, aidé par son fond communiste et la politique de détente sous Khrushchev.


    Il poursuit parallèlement une carrière de romancier et d'homme de théâtre. Ses romans traduits à l'étranger, La Face d'un autre (1967), Le Plan déchiqueté (1967), L'Homme-boîte (1973), Rendez-vous secret (1977), et sa pièce Friends (1967), jouée à Paris en 1981 sous le titre Nos Merveilleux Amis,  témoignent, d'une grande constance dans la thématique et dans l'écriture.


    Ses personnages sont en fuite ou à la recherche d'un fuyard, mais si grande est la fascination qu'exerce le fuyard que parfois le chasseur s'évanouit à son tour à la fin du récit.
    La fuite peut surprendre, ces personnages sont solidement ancrés dans une vie familiale et professionnelle, qui rejettent le confort, et souffrent de l'absence de communication avec les autres. Les conditions les métamorphosent lentement  et progressivement. L'auteur exprime ces changements à travers un mouvement incessant du monologue intérieur, des marches dans les couloirs d'hôpitaux, dans les rues de la métropole ou des banlieues.


    Chez ABE Kobo, l'espace est circulaire, le caractère obsessionnel d'un retour vers des lieux clés réels et mythiques. Cette fuite n'exclut pas la poursuite  d'un but. La trajectoire est relativement claire pour le protagoniste de La Femme des sables qui trouve, au terme du récit, une réelle communication avec la femme, avec le travail et au sein de la communauté sociale.

    L'écriture unit, selon un mode tout à fait étranger à la tradition japonaise, la sécheresse scientifique du compte rendu aux métaphores surréalistes, les distorsions chronologiques que le narrateur fait subir au récit, le jeu ambigu sur les noms propres, sur les initiales ou sur le pronom personnel je, souvent dédoublé.  Il s'agit d'une construction en miroir et des substitutions de personnalité.

    La femme des sables marque un point de départ dans la carrière d'Abe malgré un langage analytique riche en vocabulaire technique.
    On trouve chez lui les influences de Franz Kafka et d'Edgar Allan Poe, dans un style imprégné de surréalisme.

    Au contact avec l'avant-garde des artistes à Tokyo d'après-guerre, Abe est fortement influencés par la philosophie existentialiste, par Rilke et dans
    Les années 50 par les enseignements Marxistes sur le matérialisme.

    Dans ses textes des années 60, Abe explique qu'il voit le langage comme un moteur de l'histoire, une libération, et une aliénation à la fois. Le langage selon lui met un écran entre la perception humaine et les choses matérielles.

    Après que son contact avec le surréalisme, Abe ait commencé à employer des jeux de mots illustrant le pouvoir du langage. Le pouvoir du langage est dépeint sa pièce le collaborateur anonyme est ici). Le personnage principal est un homme mort existant seulement par ses mots.

    Après le surréalisme des années 50, Abe s'intéresse aux sciences-fictions pour profiter de leurs capacités à spéculer, et à sortir du réel.
    Son premier roman des sciences-fictions période glaciaire inter4, raconte comment un ordinateur commence à manipuler l'évolution humaine.
    Dans la femme dans les dunes, il décrit une société d'allure réelle mais de contenu riche en science fiction, une société du merveilleux

    Les années 50 étaient des années de radicalité politique.
    Les grandes espérances, bientôt déçues, d'changement social vers une égalité espérée après la fin de la deuxième guerre mondiale.  Abe était parmi les artistes qui ont cru à l'importance de la lutte politique et à la radicalité.
    Après son expulsion du parti communiste en 1962, il critiquait comme d'autres écrivains les pratiques antidémocratiques du communisme.

    Après cette rupture avec les communistes, il produit plusieurs textes pour le théâtre, comme (la face d'un autre). Dans cette pièce, le premier narrateur, au visage défiguré réalise un nouveau visage pour lui-même, et s'enferme ainsi dans une personnalité - masque. Il finit en tant qu'étranger méprisé par la société.

    Pendant cette période,  Abé est de plus en plus retiré et pessimiste. Il produit deux romans importants (le cadre Homme) et Mikkai (rendez-vous secret).  Son roman des années 80, Hakobune Sakuramaru (l'arche Sakura), est riche des idées originales, mais Manque d'intensité.

    Son dernier roman fut couronné de succès,  noto de Kangaru (kangourou Cahier).  Le narrateur se déplace vers un hôpital près d'une Source thermale et réussit une succession de rêves dans des rêves.
    Le livre est autobiographique selon l'éditeur, mais il est surtout une illustration sur le métier d'écrire,  sur la condition humaine, entre Aliénation et isolement.

    Abe a formé l'Abe Kobo Studio, une compagnie de théâtre, en 1973. Il a régulièrement écrit une ou deux pièces par an pour la compagnie. Le plus connu de ses pièces, Tomodachi (1967, amis), a été interprété aux États-Unis et en France. Au théâtre, comme dans le roman, il a défendu l'avant-garde et l'expérimentation.


    Il meurt en 1993, à l'âge de 68 ans. C'est alors un écrivain mondialement reconnu, traduit dans une vingtaine de langues, dont les thèmes fétiches sont l'aliénation et la perte d'identité.

     

    La femme des sables, œuvre d'une force exceptionnelle


    Ce roman de Kobo Abe, La Femme des sables a été traduit en 20 langues et adapté pour un film primé de Cannes en 1964 dirigé par Hiroshi Teshigahara.


    Ce roman exceptionnel, traduit dans le monde entier, a été couronné au Japon par le Prix Akutagawa en 1962 et le Prix du Meilleur Livre Etranger en France en 1967.
    Roman insolite d'une extraordinaire richesse, dur et angoissant qui, sous l'exactitude et la précision des détails d'une fiction réaliste, retrouve la dimension des mythes éternels. Il ne s'agit de rien d'autre que de la condition humaine avec ses limites désespérantes, ses illusions et ses espoirs.

     

     

     

     

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    Émilie Dickinson série, la poésie en images

    emily dickinson

     

    Émilie Dickinson série, la poésie en images

    Émilie est une poétesse américaine du début du siècle (1830- 1886), un personnage qui serait resté oublié sans la publication de ces textes retrouvés par hasard et qui révélèrent une grande valeur poétique. Dickinson, la femme aux 1775 poèmes, dont à peine une dizaine de poèmes seront publiés de son vivant, est une véritable légende, une institution américaine. Tous les lycéens anglophones, surtout américains et canadiens connaissent ses poèmes à travers leurs manuels scolaires.


    La poésie d'Emily Dickinson a intrigué et captivé des générations depuis sa mort en 1886. Les poèmes d'Emily Dickinson couvrent un large éventail de sujets. Elle est considérée comme une poète innovante et pré-moderniste. Ses poèmes sont uniques, contiennent des lignes courtes, manquent de titres et utilisent souvent des rimes obliques ainsi que des majuscules et des signes de ponctuation non conventionnels. Beaucoup de ses poèmes traitent des thèmes de la vie et l'immortalité, deux sujets récurrents dans les lettres à ses amis.


    Cette femme vécut toute sa vie dans la petite ville d’Amherst (Nouvelle-Angleterre) dans une communauté protestante peu ouverte sur le monde extérieur. Elle passa sa vie entre son père, un homme autoritaire et sa mère invalide dont il fallait s'occuper. Elle finit par réduire sa vie sociale à sa correspondance à ses amis refusant de recevoir des visites.
    Emily se décrit elle-même comme une femme sensible, pleine de vie, spontanée et parfois éruptive.


    « Et quand je souris, une lumière aussi cordiale
    luit sur la vallée
    que c'est comme si le visage du Vésuve
    laisser sourdre son plaisir »

    Elle sera en opposition à son père, à la religion puritaine et à son milieu social.
    Elle écrivait des lettres et des poèmes pour elle-même et de ce fait elle était libre et voyait la vie avec lucidité et profondeur.


    « L'espoir porte un costume de plumes, se penche dans l'âme et chante inlassablement un air sans paroles. Mais c'est dans la tempête que son air est le plus doux. »

    Les poèmes d'Emily Dickinson ont été qualifiés de métaphysiques, philosophiques. On a inventé de nombreuses formules pour décrire son style de pensée : ses ellipses cryptiques, sa compression, ses sujets énigmatiques, ses centres absents et son abstraction.


    Il y a une autre qualité qui est tout aussi intrinsèque à ses vers, et c'est l'invention par Dickinson de structures poétiques qui imitent la structure de la vie telle qu'elle la conçoit à chaque instant.


    Elle écrivait chaque jour au gré de son humeur devant sa fenêtre sur la nature, l’amour, la vie, la mort ou l'immortalité. Cet isolement fournit une approche de méditation sur le monde et sur soi même.


    « Ce monde n'est pas conclusion
    Un ordre existe au-delà -
    Invisible, comme la musique
    Mais réel, comme le son
    Il attire, et il égare »


    Vivant dans une communauté religieuse rigoureuse, et au sein d’un milieu familial bourgeois (son père fut représentant à la chambre) elle refusa la vision du monde imposée par la religion avec un scepticisme moderne pour l'époque et pour son entourage.
    Elle publia anonymement quelques poèmes mais son style avec majuscules et tirets, jugé peu conventionnel, déconcerta les lecteurs.

    "La Nuit est mon Jour préféré - j'aime tant le silence - et je ne parle pas d'une simple trêve (cessation) du Bruit - mais de ceux qui parlent de rien à longueur de journée et prennent cela pour de l'allégresse..."


    Elle écrivit sur la mort, elle perdit de nombreuses personnes de son entourage de maladie, notamment la tuberculose sévissait à l’époque et pendant la guerre civile de sécession. Elle ne voyait pas la mort comme une fin.

    « J’étais morte pour la Beauté – mais à peine
    M’avait-on couchée dans la Tombe
    Qu’un Autre – mort pour la Vérité
    Etait déposé dans la Chambre d’à côté –
    Tout bas il m’a demandé « Pourquoi es-tu morte ? »
    « Pour la Beauté », ai-je répliqué
    « Et moi – pour la Vérité – C’est Pareil –
    Nous sommes frère et sœur », a-t-Il ajouté –
    Alors, comme Parents qui se retrouvent la Nuit –
    Nous avons bavardé d’une Chambre à l’autre –
    Puis la Mousse a gagné nos lèvres –
    Et recouvert – nos noms -»

     

    emily dickinson  serie


    Série Émilie Dickinson Apple TV


    Il fallait oser, s'attaquer au monument que représente Emily Dickinson, et parler de la poésie, en ajoutant une dose de comédie et de musique, il faut une sacrée dose d'audace pour filmer le mythe de la poétesse, caricaturée en vieille fille recluse. La biographie de Dickinson relate une autre vie, de création, de méditation et de rébellions contre son milieu social, et contre dogme de l'Église calviniste.


    La série, créée par Alena Smith, se déroule dans et autour de la maison de la famille Dickinson à Amherst au milieu du 19e siècle. Emily est une adolescente, irritée par le refus d'Edward de la laisser publier sa poésie, et sa mère (également nommée Emily, interprétée par Jane Krakowski) la poussant à maîtriser les tâches ménagères comme sœur Lavinia (Anna Baryshnikov), tandis que leur frère Austin (Adrian Blake Enscoe) s'en tire avec tout.


    Cette série nous parle de sa vie entre ses parents, son frère Austen et sa sœur Vinnie.
    Elle nous montre comment elle s’affirmera une grande poétesse malgré l'absence de public, de notoriété car la plupart de ces nombreux textes et poèmes (1700) ne seront publiés qu'après sa mort.

     


    La série d’Apple TV, tente d’expliquer le génie souvent incompris d’Emily, la première saison insiste l’enfance, sur l’opposition au père et sur la relation avec sa belle soeur et amie intime Sue.


    On se doute que l’Emily imaginée et interprétée par la jeune actrice Hailee Steinfeld est loin de l’Emily originale mais le but est de transmettre ce qu’elle exprimait dans ses textes.


    A sa sortie, la série essuie de nombreuses critiques surtout pour la première saison où les anachronismes choquent les littéraires et les fans de la poète. La relation supposée intime avec son amie Sue est longuement exposée.
    Par ailleurs certains épisodes manquent de rythme laissant le spectateur dubitatif sur les intentions du réalisateur.

    Alena Smith la réalisatrice nous expose une Emily adolescente rebelle et fantasque incomprise de sa propre famille dans un environnement léger et plein de gaiété. L’actrice, Hailee Steinfeld qui a joué dans le film New York melody, réinvente une Emily à la fois sauvage et exaltée.


    Dans la deuxième saison, la réalisatrice améliore le scénario et ce sont des épisodes rythmés, plus joyeux, musicaux autour de ses textes. Chaque épisode présente un thème, Emily à l’opéra, se rend à un concours de pâtisserie, Emily en cure thermale, Emily rencontre le directeur du Journal etc. En cela, «Dickinson» a choisi de ne pas changer, en soi, mais d'approfondir. Si la saison 1 était prometteuse, mais inégale, la saison 2 est divertissante, mais inégale.


    Au début de la saison 2, Emily se sent découragée, Sue - son ancienne amie intime, puis belle-sœur la pousse à élargir son champ de lecture et à poursuivre la publication de poèmes via un journaliste prometteur Samuel. Le frère d'Emily (mari de Sue) Austin cherche un sens à sa vie de jeune marié, la sœur Lavinia repousse l'hypothèse qu'elle se mariera bientôt et réévalue sa vie. Le changement est à l'horizon pour tous, et pas seulement parce qu'une guerre civile se prépare dans le sud.

     


    Chaque épisode s’ingénie, à présenter un poème, et son contexte d’une façon joyeuse, comique, musicale et pleine de charme. Cette série cible la jeunesse, et les excentricités qui s’y rattachent, affichant l’opposition des jeunes aux aînés rigides et gardiens des mœurs, et fait découvrir d’une manière joyeuse, l’art la poésie dont la valeur s’est un peu perdue ; seuls quelques chanteurs et mélodistes nous en rappellent parfois l’existence si précieuse et en même temps si douce à nos oreilles et à notre esprit.


    Malgré ses défauts, «Dickinson» a du charme à revendre. C'est inégal, oui, mais la série mérite l’attention par son univers délicieusement bizarre. Nous entrons dans le monde d’Emilie qui n’aimait ni la célébrité, ni les louanges.


    «J'habite le Possible-
    Maison plus belle que la Prose-
    Aux plus nombreuses Fenêtres-
    Et mieux pourvue -en Portes-»

     

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    Oreste Adamovich Kiprensky

    kiprensky tableaux et biographie

    Oreste Adamovich Kiprensky

    Les peintures d'Oreste Adamovich Kiprensky sont connues bien au-delà des frontières de la Russie. Sa peinture est de style classique imprégné du romantisme russe, montrant dans ses portraits la personnalité de l’individu représenté.
    L'artiste a peint de magnifiques portraits de commandants, de marins, de décembristes. Kiprensky possédait un don unique de dépeindre une personne dans des moments joyeux de la vie, des moments d'illumination spirituelle.
    L'Académie de Florence lui demande de peindre un autoportrait pour la célèbre galerie des Offices - Oreste Kiprensky a été le premier peintre russe à recevoir un tel honneur.

     

     

     

     

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    Inoubliable : la Wally d’Alfredo Catalani

    Wally Alfredo Catalani

     

    Inoubliable : la Wally d’Alfredo Catalani

    Cet air est le fil conducteur du film de JJ Beinex Diva (1981).
    L’arrivée de l’air de La Wally dès le début du film laisse le spectateur stupéfait, interloqué devant une telle intensité et beauté musicale interprétée par la chanteuse Wihelmnia Wiggins Fernandez.


    Cet air est tiré de l’opéra du même nom composé par l’italien Catalani (1854-1893), drame cornélien d’un amour non partagé, opéra du XIX è influencé par Wagner (l’action se situe dans le Tyrol) et par Massenet.
    Les paroles sont inspirées d’un poème (poème scandinave) de Jules Verne présent dans le livre « Le pays des fourrures ».

    Ce compositeur a fait une tentative de renouveler le genre « héroïque » de l’opéra italien après Verdi. Il meurt de tuberculose dans les mois qui suivent la composition.
    Toscanini son contemporain, le soutient et inscrit cette ultime œuvre néo-romantique au Metropolitan opéra en 1909 qui fut un grand succès.


    Chanson groënlandaise (scandinave) de Jules Verne :

    Ange rêvé,
    Ton amour, qui fait vivre,
    M'enivre
    Et j'ai bravé
    Pour te voir, pour te suivre
    Le givre.
    Hélas! Sous mes baisers et leur douce chaleur
    Je n'ai pu dissiper les neiges de ton cœur

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    La peinture n’est pas morte : de Balthus à Fischl

    Fischl tragic

     Eric Fischl: tragic 

     

    La peinture n’est pas morte : de Balthus à Fischl

    La peinture nous accompagne depuis l’apparition des hommes.
    Le visiteur d’un musée peut avoir l’impression que la peinture occidentale a déjà atteint ses sommets et ne peut que reculer, ou mourir en devenant une peinture pour les musées sans lien avec la vraie vie. Pourtant, la peinture en occident a toujours vécu à travers le quotidien et aussi l’intérêt des gens pour cet art.

    Le progrès et les développements à partir de la fin du XIXe siècle avec les impressionnistes jusqu’aux minimalistes semblent épuiser la peinture. Dans les années 1960, le spectateur regardait des toiles n’offrant aucun élément reconnaissable, uniquement de la couleur, sans symbole ni contenu expressif.

    Les impressionnistes ont créé des objets nouveaux dans leur peinture, des couleurs et des formes. Van Gogh est allé plus loin, en utilisant la magie de ses coups de pinceau pour ajouter un contenu nouveau à ses toiles. Les mouvements artistiques suivants ont poussé le processus plus loin jusqu’à que la peinture soit réduite à une surface plane : la toile, représentant des formes plates avec rien d’autre que de la couleur.

     

    Au début des années 60, de nombreux artistes ont commencé à discuter la fin de la peinture, la mort de la peinture dans la culture occidentale, face aux mouvements et productions artistiques les plus récentes.

     

    Balthus et la peinture vivante

    Non , la peinture occidentale n'est pas morte. Elle évolue. 

    Dans les années 60, avec le renfort de la publicité, et de certaines critiques complaisantes, certains artistes ont cherché une peinture facile ou simplement conceptuelle, les écoles d’art enseignaient aussi ce genre de peinture sans contenu ni forme, peinture qui n’a jamais réussi à attirer le public.

    On lisait par ci et par là que la peinture était morte. D’autres artistes pensaient que la peinture n’était pas morte, elle attendait simplement de renaître entre les mains d’artistes associant le contenu et la forme, artistes capables d’appliquer le pigment sur la toile d’une manière habile et intelligente. La peinture figurative retrouva ses lettres de noblesse. De plus il y a toujours eu une peinture réaliste, l’avant-garde en ignore la présence.

     

    Blathus peinture figurative therese revant

    Balthus, thérèse rêvant


    Balthus travaille loin des vagues avant-gardistes.
    Dans ses premiers travaux, il dessine des jeunes filles en compagnie de chat, dans des poses provocantes, ou extravagantes. Son tableau Thérèse rêvant est un bon exemple de la vague figurative qui allait sortir la peinture de son coma. Pendant que les surréalistes façonnent des montres déformées et des figures sinistres en utilisant un haut niveau de compétence technique dans leur travail consacré à un monde imaginaire comme Dali, Balthus lui utilise la même compétence dans un cadre réaliste. Là où le surréaliste faisait fondre des objets sur des formes géométriques, la robe de Thérèse coule de façon réaliste sur le bord d’une chaise banale dans un environnement tout à fait crédible.

     

    Blathus peinture figurative la rue

     

    Balthus : la rue 


    Plus tard, la provocation érotique de Balthus est devenue plus symbolique. Dans son tableau la rue, l’érotisme n’est qu’un élément secondaire d’un tableau d’un contenu onirique, dans un style classique.

    Dans un article du New York Times : il déclare : « J’ai l’habitude de vouloir provoquer, mais maintenant, ça m’ennuie. »

     

     

     

    Eric Fischl, encore une peinture vivante

    Eric Fischl, est né à New York en 1948 et a grandi en Arizona. Dans des conférences, à partir des années 1980, Fischl analyse la mort de la peinture.
    Fischl est un artiste réaliste figuratif, qui insiste sur le fait que la peinture moderne ne possède pas toujours la capacité de communiquer avec le public et ne reflète aucune idée ni aucune réalité.
    Depuis toujours Fischl défend l’art figuratif en restant critique vis-à-vis des tendances postmodernes qui prétendent qu’il n’est pas nécessaire de savoir dessiner ou peindre pour être un artiste. Selon lui, la peinture est morte. Il critique en premier la façon d’enseigner l’art, d’insister sur les techniques et sur le modernisme.

    Depuis le début des années 1980, Fischl tente de trouver un moyen de réengager le public avec ses œuvres figuratives, ajoutant la sculpture réaliste à son répertoire. Il a rencontré un succès non négligeable, mais c’est une bataille difficile. Il a rencontré une controverse majeure avec sa sculpture, Tumbling Woman (femme tombante) (2002) qui a été retirée du Rockefeller Center parce que les gens la trouvaient offensante.

     

    Fischl femme tombante

    Fischl  : femme tombante Tumbling Woman 2002

    Conçue comme une commémoration affectueuse à tous ceux qui ont perdu la vie lors des attentats terroristes du 11 septembre, la statue montre simplement une femme plongeant dans l’espace. Les épaules de la statue reposent sur le sol et supportent le poids de la silhouette massive. L’impact émotionnel de voir une femme en chute libre, s’ecrasant sur le sol, se tordre et connaître un destin tragique, était trop important. Si Tumbling Woman avait été une œuvre abstraite, la réaction aurait été bien différente ; ce qui est vraiment le point de l’argument de longue date de Fischl selon lequel les œuvres d’art non figuratives ne peuvent pas fournir le même impact émotionnel puissant que les œuvres figuratives.

     


    Dans une interview accordée en 2002 au New York Times, Fischl a déclaré : « Le monde de l’art a formé de jeunes artistes de plus en plus jeunes, il y a eu un manque de formation en histoire et en techniques que l’on pourrait appliquer pour rendre la forme humaine, par exemple. Beaucoup de jeunes enfants sont capables de dessiner des figures pour dessins animés. Mais un dessin animé peut exprimer le vécu de l’année dernière par exemple. Quand quelque chose de terrible, de puissant ou de significatif se produit, vous voulez un art qui parle de cela, qui nous ferait avancer, qui nous rassemble. Je pense que le 11 septembre nous a montré qu’en tant que monde de l’art, nous n’étions pas qualifiés pour faire face ni assez formés.

     

    Fischl bad boy

    Bad Boy », 1981

     

    Dans ses conférences, Fischl fait l’éloge de vieux maîtres comme Caravage et de modernistes comme Vincent Van Gogh et Edvard Munch, et s’interroge sur les post modernistes. Fischl est conscient des difficultés inhérentes à la revitalisation de la peinture figurative dans le monde de l’art d’aujourd’hui. Pour certains, il déteste les vaches sacrées postmodernistes, d’une pratique artistique dépourvue de conscience politique. Pour d’autres, Fischl a raison, car retirer le corps ou la forme de l’expérience supprime l’émotion et l’empathie.



    Fischl Nourrir la tortue


    Nourrir la tortue (2016) Eric Fischl, de
    https://www.artsy.net/article/artsy-editorial-eric-fischls-paintings-trumps-america-daddys-trouble.

     

    Fischl papa est parti

     

    Fischl, Papa est parti, fille (2016),  de
    https://www.artsy.net/article/artsy-editorial-eric-fischls-paintings-trumps-america-daddys-trouble

     

    Il est impossible de dire que la peinture occidentale est morte. Les styles et les mouvements vont et viennent par cycles, par modes et par vagues.

     

    Le style de Fischl, est un mélange savant d’un style presque néo expressionniste figuratif associant avec talent avec la forme, la maitrise et le contenu.
    Nous constatons un intérêt croissant du public pour la peinture figurative comme si les spectateurs cherchent la maitrise, l’émotion, et le contenu. Ce n’est pas la peinture figurative figée qui ressemble à la photographie, mais une peinture qui reflète notre époque, nos questions et nos chagrins, à titre d’exemple.

     

    La lettre jack  Vetrriano 2019  peinture figurative recente

     


    La lettre de jack Vetrriano 2019 (https://www.amazon.fr/Jack-Vettriano-Impression-artistique-lettre/dp/B003JS2L9S)

     

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    Coup de foudre : attirance ou engouement ?

    amour premier regard

    Coup de foudre : attirance ou engouement ?

     Vous regardez, votre cœur s’accélère, des feux d’artifice explosent dans votre esprit. Vous êtes victime du coup de foudre si loué par les films romantiques, et par les livres de romance. Le coup de foudre est difficile à expliquer. Certains jurent qu’ils ont été victimes de son pouvoir mystique (parfois plus d’une fois), tandis que d’autres l’attribuent au folklore et au fait d’avoir trop lu Roméo et Juliette ou les romans d’Austen.

    Aussi romantique que cela puisse paraître dans la culture ambiante, cette expérience semble selon les études être peu susceptible d’être un véritable amour, il s’agit plutôt d’une attirance physique selon les résultats d’une étude publiée dans le numéro de décembre 2017 du Journal of the International Association for Relationship Research.

    Les chercheurs ont demandé à 400 participants de dire s’ils avaient vécu l’expérience du coup de foudre, de l’amour au premier regard, et de noter à quel point ils trouvaient physiquement attirantes les personnes qui ont provoqué ce coup de foudre, puis de faire-part de leurs sentiments concernant des concepts tels que l’intimité, l’attirance, l’engagement et la passion.


    32 participants ont vécu le coup de foudre sans lier cet amour au premier regard, avec engagement ou intimité.
    L’attirance physique était le facteur commun dans ces expériences. La personne en face était désirable, répondant aux critères de beauté physique souhaités.
    L’étude suggère que le coup de foudre n’est pas une forme d’amour, mais une forte attirance initiale parfois réciproque.

     

    Différence entre amour et désir

    Sous la pression de la culture dominante, de nombreuses personnes attachent l’étiquette « coup de foudre » à leur relation réussie après coup. Après quelques années de mariage, une rencontre progressive et construite se transforme dans leur mémoire en coup de foudre qui
    sera interprété comme un amour au premier regard, pour répondre aux normes culturelles louant le romantisme de ce genre de rencontre.

    Tout le monde cherche le romantisme, mais les scientifiques décrivent une réaction biologique d’attirance physique qui libère certaines hormones dans le cerveau.
    L’alchimie et la connexion qui mènent à un amour à long terme exigent un certain temps pour se développer, le coup de foudre est une réaction fulgurante.
    L’attirance physique et l’amour grandissent au fur et à mesure que l’on apprend à connaître une personne.

     

    coup de foudre

     

    Une étude de Stephanie Cacioppo intitulée Neuroimaging of Love : MRI Meta-Analysis Évidence Toward New Perspectives in Sexual Medicine, 2010 a examiné ce qui se passe dans le cerveau lorsqu’on tombe amoureux et qu’on est en proie à l’attirance. 12— zones de cerveau travaillent ensemble pour libérer des substances chimiques et des hormones qui induisent le sentiment de tomber amoureux, tout cela se produit en seulement en un cinquième de seconde, provoquant un sentiment de « flottement sur un nuage », et d’euphorie.

    Une étude de 2017 de l’université de Groningue donne d’autres indications. 92 % des personnes qui déclarent avoir vécu l’expérience ont développé une relation amoureuse longue. Il s’agit de projeter leurs sentiments actuels sur le moment de leur première rencontre. Nous avons tendance à considérer le passé à la lumière du présent, en sous-estimant les changements qui se produisent au fil du temps.

     

    L’attirance physique comporte en soi une dose d’engouement, nous attribuons des traits de personnalité plus positifs aux personnes que nous trouvons physiquement attirantes.

     

    route de madison

     

    Amour, attirance et engouement

    Pendant l’adolescence, le jeune adulte apprend, avec plus ou moins de difficulté à distinguer l’amour de l’engouement, l’amour de l’attirance. Les adultes peuvent avoir du mal à bien explorer leurs sentiments aussi.


    Après une attirance physique, l’engouement apparait comme une sensation fulgurante, qui comble l’esprit de merveilleuses rêveries, qui pousse la personne à se lier avec l’autre, être à proximité, et à avoir des relations sexuelles avec elle. Beaucoup de relations amoureuses commencent par un engouement que les gens peuvent interpréter rétrospectivement comme un coup de foudre.
    L’amour se développe progressivement. Il peut durer longtemps, devient plus profond et plus puissant au fil du temps.

    L’engouement se produit presque instantanément, puissant, sans nuance, et court. Il disparait après une relation sexuelle ou en cas de refus de l’autre de s’impliquer.
    L’amour accepte la personne dans sa totalité, valide ses besoins et ses projets. L’engouement s’épanouit dans la perfection, dans l’image idéalisée du partenaire. L’engouement se concentre sur le physique.

    L’amour s’accompagne de sentiment d’engagement, de sécurité, alors que l’engouement s’accompagne d’anxiété, et de fatigue.

    L’amour est le fait d’être amoureux d’une personne. L’engouement est le fait d’être amoureux de l’amour.
    Les romances et les films romantiques montrent généralement le coup de foudre ou l’engouement. Des gens beaux et aisés se rencontrent, ont une forte attirance physique immédiate. Ces films décrivent rarement l’évolution de cesrencontres et les difficultés de construire une relation adulte de longue durée.

     

    Conclusion :

    Il semble que le coup de foudre soit simplement une forte attirance physique, ou une interprétation rétrospective influencée par la culture dominante. Mais ce n’est peut-être pas une si mauvaise chose. Les personnes qui déclarent avoir eu un coup de foudre avec un partenaire (qui ont créé ce souvenir ensemble) ont tendance à éprouver plus d’amour et de passion dans leur relation. C’est une façon d’embellir le souvenir du début pour compléter le tableau de leur amour et leur engagement.

     

    Références
    Naumann, E. 2004 : Love at first sight: The stories and science behind instant attraction. Sourcebooks, 2004

    Ortigue S, Bianchi‐Demicheli and al: Neuroimaging of love: fMRI meta‐analysis evidence toward new perspectives in sexual medicine. J Sexe Med 7:3541 –3552, 2010.

    Florian_Zsok and al: What kind of love is love at first sight? An empirical investigation, Personal_Relationships November 2017

     

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    Numérique, virtuel et notre réalité

     

    realite virtuelle

     

    Numérique, virtuel et notre réalité

    En philosophie occidentale, la connaissance de la vérité et de la réalité est une problématique centrale. Vérité et réalité sont des notions qui se recoupent sans se confondre : la vérité touche à la logique et à la raison, la réalité touche aux choses, c’est-à-dire au matériel. La réalité est ce qu’un individu perçoit et comprend. Et le numérique ? Et le virtuel ?

     

    Virtuel et réel : question philosophique au début


    Selon Lacan, le virtuel n’est pas une forme du réel. Lacan considère une actualité non représentative comme une plénitude absente qui figure dans la langue comme un excès et un manque, mais qui ne peut jamais être représentée. Selon lui, le virtuel est un phénomène qui perturbe l’autorité, et altère les représentations de l’identité de soi.
    Certains s’inquiètent de l’importance croissante du virtuel et de l’excès d’abstraction, qui pourraient entraîner une perte de la créativité de l’imagination (Baudrillard, 2000).
    Hegel discute le retentissement de l’abstraction dans l’esprit collectif indispensable au maintien de l’État-nation politique. Selon lui, l’identité se réalise à travers un processus de négation des autres identités. Dans l’état nation, l’identité collective dépassant les autres identités est indispensable pour la survie d’une nation. L’abstraction est « indifférente » à tout autre objet, et ne prend en compte aucun autre élément. Il fournit une identité nouvelle et par définition individualiste. (Hegel, 1977).
    Deleuze a suggéré que la virtualité inexistante est une impossibilité. Badiou pense que le réel inclut à la fois les formes et les objets concrets (Badiou, 2000). L’abstrait n’existe que dans le concept, mais pas dans la réalité.
    Ce résumé affirme que l’évolution numérique a dépassé avec brio certaines critiques formulées par les philosophes et les sociologues, le modèle inventé ne ressemblait pas aux modèles pré existants.



    Pour les personnes : Le média est le message

     

    Il y a plus d’un demi-siècle, le canadien Marshall McLuhan Herbert, (1911 – 1980), professeur canadien de littérature anglaise et théoricien de la communication, a écrit l’un des livres les plus importants sur la théorie des médias « comprendre les médias » où il a forgé des concepts toujours actuels comme « le village global » et « le média est le message ».
    Selon McLuhan, les termes « medium », « technologie », « médias » sont interchangeables. Le sous-titre de son livre, The Extensions of Man, postule que toute technologie est une extension de notre corps et de notre conscience. Quand vous prenez votre voiture, elle devient une extension de vous-même : ses limites sont vos limites, et votre conscience doit prendre en considération sa taille, ses angles, et sa puissance.
    Selon McLuhan, le contenu du support n’est pas aussi important que le support lui-même, c’est le support qui change les sociétés, et non pas le contenu.
    Nous pouvons noter l‘importance de Google et Facebook comme médium capable de changer nos sociétés. L’indexation des fichiers dépasse par son importance, le contenu des fichiers. Les liens de facebook sont plus déterminants que les textes et les images publiés. Dans le monde virtuel, les clics remplacent les briques, et les liens remplacent les bureaux.
    Comme l’écrit de McLuhan, « le “contenu” de tout média nous aveugle sur le caractère du média ». On pourrait penser que la technologie progresse sans cesse, mais ce n’est pas nécessairement le cas. Remarquez l’autre terme que McLuhan attribue à nos créations quand il écrit : « Toute invention ou technologie est une extension ou une amputation de notre corps physique, qui exige de nouveaux rapports et nouveaux équilibres entre les autres organes et extensions du corps. »
    Le GPS est une technologie qui modifie progressivement notre mémoire et nos systèmes visuels. Nous regardons une carte virtuelle pendant que nous roulons sur une route réelle. Notre cerveau agit autrement pour s’adapter. C’est le virtuel qui guide et non plus le réel.
    Dans les domaines numériques, le réseau, son informatique, ses télécommunications et son infrastructure précèdent l’espace, et deviennent plus déterminants. C’est le sens de cette jolie phrase de Baudrillard (1990) : « La carte précède le territoire ».
    Nos technologies définissent nos réalités. Ces outils permettent le meilleur et le pire, défendre la liberté et la démocratie ou s’isoler dans une réalité individuelle sans liens avec les autres.

     


    Pour les sociétés : un modèle de liens

     

    Comme les pages d’internet, le modèle numérique est un modèle de liens. Il dépasse les critiques philosophiques en créant des liens nouveaux dans le monde réel. Les clics ne remplacent pas les briques, mais orientent le public vers telle, ou telle brique. Avec le numérique, les annonces immobilières deviennent aussi rentables que les services de négociation. Le numérique devient l’intermédiaire indispensable pour la vente, la rencontre, le tourisme et les voyages. Il ne s’agit pas de réalité virtuelle, mais de liens entre des personnes réelles, et des biens matériels.
    Ces liens permettent le développement d’un modèle nouveau. Les constructeurs automobiles ont compris que la voiture est un produit et une plate-forme de prestation de services. En fournissant les services de relation avec la clientèle tels que la navigation embarquée mise à jour, l’assistance routière d’urgence, les télécommunications, ou le partage des données peuvent approfondir leurs liens avec leurs clients et générer plus de revenus. C’est dans la combinaison des produits et du service que ce génère des revenus et des profits. Le produit est important, le service aussi. Les pages des sites web de E-commerce sont transformées en liens de comparaison, d’évaluation et un forum d’opinion, une sorte de mosaïques d’informations personnalisées
    encore une fois, cette technologie change notre réalité.
    Lorsque le produit est un objet matériel ou un service avec des résultats concrets, les marques sont virtuelles. Le virtuel devient réel, il n’a pas la tangibilité du réel, mais il existe. Les clients n’achètent pas une abstraction, mais un bien.
    Les modèles commerciaux en ligne qui ont du succès sont axés sur les relations et non pas sur la transaction. Plutôt que de se concentrer sur la réduction des prix pour conclure une seule transaction, les relations et les collaborations et la valeur ajoutée pour les clients sont la clé pour fidéliser la clientèle.

     

    Gestion du virtuel et du réel : société d’évaluation

     

    La gestion de ce modèle repose sur des rapports complexes. L’absence de contact réel élimine tout compromis.
    — L’éthique est indispensable
    Ce modèle exige des devoirs éthiques indispensables. En cas de produit de mauvaise qualité, les critiquent font chuter les ventes ou décribilisent le vendeur.
    — les services
    Les relations avec le client impliquent des services continus, comme l’accompagnement, l’explication, le service après-vente, etc.
    — Les services virtuels en ligne doivent bénéficier d’une relation de confiance, de courtoisie, d’économie, échange et certaine exclusivité.
    — Les services doivent avec vitesse et justesse. Le temps est un facteur important dans ce modèle.

     

    Virtuel et réel : Les briques comptent plus que les clics


    Le modèle virtuel est créatif. Remplacer le réel par le virtuel est une absurdité, mais se lier au réel et imposer de nouvelles règles dans la gestion de ce réel a permis à ce modèle virtuel d’exister.


    — Le réel d’abord
    La crise du Covid 19 a démontré que le virtuel n’existe pas en cas de perturbations du monde réel, et a offert un éclairage sur les limites du modèle décrit par McLuhan. Si la technologie modifie notre réalité, elle est moins déterminante qu’on le pensait. Pendant la crise Covid 19, de nombreux produits manquaient. On découvre ce que la virtualisation tentait de faire oublier : la production réelle est indispensable à la survie individuelle et à la survie des nations. Les briques comptent plus que les clics.
    Le public a découvert que l’économie virtuelle, bien que représentée comme un ensemble de lois réelles ne peut remplacer l’économie réelle. Si le média compte plus que le contenu, que vaut Google sans le contenu des sites et youtube sans les productions artistiques ?


    Certains modèles tentent de répondre à ce dilemme, Netflix produit une certaine quantité de ces diffusions, associant le réel et le virtuel. Sa réussite peut indiquer le début d’un modèle fiable ?
    C’est aussi le cas d’Amazon et de youtube qui commencent à produire un contenu.
    La propriété intellectuelle et la valeur des connaissances accessibles continuent à être un problème important.
    Lacan suggérait que le virtuel est un phénomène qui perturbe l’autorité, et altère les représentations de l’identité de soi.

     

     

    Quand Hegel écrivait que l’abstraction altère l’esprit collectif indispensable au maintien de l’État-nation politique en cultivant des identités individuelles. Certains voient ces dangers apparaître déjà dans leurs sociétés, le Japon peut être un exemple de l’isolement et du retrait encouragés par le monde virtuel.

     

    Références

    Badiou, A. (2000) Deleuze (trans. L. Burchill). Minneapolis : University of Minnesota Press.
    Baudrillard, J. (1990) The Precession of Simulacra. New York : Zone Books.
    Baudrillard, J. (2000) The Vital Illusion. New York : Columbia University Press.
    Beineix, J-J. (1999) Otaku : Les Enfants du virtuel. Paris : Denoel.
    Blackwell, T. (2002) « Net hotline will allow wives to report “concerns” ». National Post, 27 February, p. 7.
    Cappeliez, S. (2001) « McDonaldization » ? Food in a Globalized Culture. Ottawa
    Deleuze, G. (1981) Difference and Repetition. New York : Columbia University Press.
    Hegel, G. W. F. ((1977) Phenomenology of Spirit. trans. A. V. Miller. Oxford : Oxford University Press.
    Lefebvre, H. [1981] La Production de L’Espace [2nd edn]. Paris : Anthropos.

     

     

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    Pluton : Difficile naissance d’une vérité scientifique

    pluton  surface

    Surface de Pluton

     

    Pluton : Difficile naissance d’une vérité scientifique

    C’est officiel depuis 2006. Pluton n’est pas une planète. Comme l’a décrété en août 2006 l’assemblée générale de l’Union astronomique internationale, Pluton est désormais un astéroïde.


    Au début, l’Union astronomique internationale ne semblait pas avoir de mauvaises pensées pour Pluton. Le 16 août, les sept membres du comité de définition des planètes ont publié un projet de résolution sur la définition des planètes, qui stipule que les objets ronds en orbite autour du soleil sont des planètes. Pluton étant un objet rond en orbite autour du soleil, il était donc une planète. Le problème de cette définition est de donner le même titre à Pluton qu’à Jupiter 250 000 fois plus grand.

     

    Cette définition aurait ouvert la porte à l’octroi du statut de planète à au moins trois objets qui avaient, jusqu’à récemment, été considérés comme des non-planètes.
    Les astronomes reviennent de leur délibération avec un autre avis. Selon la définition finale, une planète doit être ronde et, aussi dominer la masse de sa zone orbitale.

     

    En d’autres termes, une planète ne doit avoir aucun concurrent dans sa zone d’influence. Pluton est encombrée par des milliers d’autres corps glacés dans le système solaire externe, dont certains sont plus gros qu’elle. L’union astronomique internationale a choisi de l’appeler, une planète naine.

     

     

    pluton

     

    Longue histoire de Pluton dans notre système solaire


    Le terme « planète » n’avait pas été défini précisément depuis la Grèce antique. Le mot désignait un corps « errant » et faisait référence aux sept objets célestes qui se déplaçaient sur un fond d’étoiles. Il s’agit de Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne, le soleil et la lune. Pour les anciens, ces voyageurs célestes ont eu grande influence sur la culture classique, sur les noms des dieux, sur le calendrier et sur la vie culturelle et artistique.


    En 1543, Nicolaus Copernic a subitement compliqué les choses e