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« Reader, I married him » ou « Lecteur, je l’ai épousé » est l’une des lignes les plus célèbres de la littérature anglaise. Lorsque Jane Eyre dit directement au lecteur qu’elle a épousé M. Rochester, l’annonce de cette fin heureuse pour le roman de Charlotte Brontë demeure innovante, peu conventionnelle, et surprenante dans un roman écrit à la première personne.

 

 

La vie Charlotte Brontë

 

Elle est née le 21 avril 1816 dans le village de Thornton, West Riding, Yorkshire. Son père, Patrick Bronte était le fils d’un respectable fermier irlandais dans le comté de Down, en Irlande. La mère de Charlotte, Maria Branwell Bronte est morte alors que sa fille n’avait que cinq ans.


Elle avait donné naissance à six enfants : Maria (1813), Elizabeth (1815), Charlotte (1816), Patrick Branwell (1817), Emily (1818) et Anne (1820). Elle est morte d’un cancer à l’âge de trente-huit ans. Charlotte se souvient peu de sa mère. À l’âge adulte, elle lit les lettres que sa mère a adressées à son père. Charlotte écrit le 16 février 1850 : j’aurais aimé qu’elle vive et que je la connaisse ».


Alors qu’elle avait huit ans, Charlotte accompagnée de sa sœur Émilie a rejoint leur sœur aînée à l’école des filles récemment ouverte à Cowan. Les conditions de vie à l’école était pénible. Dans ce roman, Charlotte décrit dans la sombre « Lowood School » de Jane Eyre sa propre école.


Les rigueurs de la vie en internat, nourriture mal préparée, habitat insalubre, avaient favorisé la propagation des maladies. Le typhus a touché plusieurs élèves. Maria a développé la tuberculose. Charlotte s’inspire de cet incident pour décrire le martyre de son personnage Helen Burns dans Jane Eyre.


Le père Patrick Bronte n’était pas informé de l’état de sa fille aînée avant février 1825, deux mois après que Maria ait commencé à avoir des symptômes et lorsqu’il l’a vue, il l'a retirée de l’école, pour mourir à la maison trois mois plus tard.
Entre-temps, Elizabeth était tombée malade. À son tour, elle quitta l’école pour mourir deux semaines plus tard malgré les soins de ses sœurs Charlotte et Émilie.
Suite à l’expérience tragique de cette école, le père décida d’instruire ses enfants à la maison en faisant appel à des enseignants privés.
L’isolement relatif des enfants dans leur maison fit naître entre eux des liens forts. Le temps dans le Yorkshire ne permettait pas de jouer à l’extérieur. Les enfants comptaient sur leur imagination pour inventer leur propre monde et leur propre jeu.


En 1829, Charlotte commença à écrire de la poésie. Elle produit soixante-cinq poèmes et une pièce satirique sur l’écriture de la poésie entre 1829-1830.
Les différents poèmes écrits pendant cette période reflétaient un apprentissage proclamé par imitation de certains poètes, comme les nombreuses descriptions de paysages naturels répandus dans la poésie du XVIIIe siècle de James Thomson et William Wordsworth.


Cette vague de production poétique fut interrompue en janvier 1831. Les enfants étaient scolarisés à l’école Roe Head à Mirfield, près de Dewsbury. Roe Head était une petite école qui n’inscrivait généralement qu’environ sept élèves pensionnaires à la fois, toutes des filles de même âge.
Bien qu’elle ait eu le mal du pays au début, avec le temps, elle gagna le respect et l’affection de ses pairs et se sentit à l’aise dans son nouvel environnement scolaire.
Après son départ de Roe Head en mai 1832, elle devint responsable de l’instruction de ces jeunes sœurs, et de l’entretien du foyer. Ce fut un retour à l’écriture de la poésie également.


En décembre 1836, elle décida de faire de l’écriture son métier pour gagner sa vie en tant que poète. Elle sollicita l’avis de plusieurs personnes comme le poète anglais Robert Southey. Le découragement dans sa lettre du 12 mars 1837 est devenu tristement célèbre :
« La littérature ne peut être l’affaire d’une femme, et elle ne devrait pas l’être »
A l’époque, personne ne croyait aux capacités artistiques des femmes, on insistait sur la place réservée aux femmes dans la société, on les invitait à faire leurs devoirs comme épouse et mère. Une femme non mariée pouvait trouver un travail respectable comme enseignante ou gouvernante. Les autres carrières ne convenaient pas aux femmes.
Malgré l'absence d'encouragement de Southey, Bronte, entre janvier 1837 et juillet 1838, écrit plus de soixante poèmes et fragments de vers, y compris des ébauches qui allaient devenir ses meilleures productions poétiques. Sept ans plus tard, en 1845, elle révisa ses poèmes pour les préparer à la publication.


Charlotte et Émilie Brontë quittèrent l’Angleterre en février 1842 pour s’inscrire comme élève dans une école belge gérée par Madame Claire Zoe Heger et son mari, Constantin.
Charlotte et Émilie étaient anglaises et protestantes dans une école francophone, à majorité catholique. Les deux filles étaient isolées par la barrière de la langue, de la culture et de la religion, sans parler de la timidité naturelle de Charlotte et de sa sœur.


En dépit de ces difficultés, les deux jeunes femmes faisaient des progrès académiques remarquables à Bruxelles. Charlotte composa peu de poèmes pendant son séjour en Belgique.
Les sœurs, Mary, Charlotte et Anne décidèrent de publier leurs poèmes sous des pseudonymes masculins afin de surmonter les préjugés répandus sur la littérature féminine. Cette pratique était courante au XIXe siècle, les femmes publient leurs œuvres d’une façon anonyme, ou en utilisant des pseudonymes masculins comme Georges Eliot ou George Sand.
Charlotte Bronte s’était attelée à la tâche de trouver un éditeur pour les poèmes présentés sous le pseudonyme de Currer, Ellis et Acton Bell en 1846. Un petit éditeur londonien Aylott & Jones accepta de publier aux frais des auteurs, pratique courante pour des écrivains inconnus.


En dépit de cette publication, Charlotte Brontë n’écrit plus de poésie après 1845. Elle prépara déjà son premier manuscrit pour un roman « le professeur » publié en 1857 après avoir été refusé neuf fois. L’éditeur Smith Elder refusa de publier le livre, mais demanda d’examiner les autres textes de Charlotte Brontë. Elle venait de terminer Jane Eyre. Le roman fut imprimé immédiatement sous le pseudonyme de Currer Bell.
Après le succès de son roman, Brontë n’écrivit plus de poésie sauf pour des occasions comme les célébrations ou les décès. Attristée par la mort de son père, de ses sœurs, elle publia d’autres romans comme Shirley en 1849, et Villette en 1853.
Après les succès, elle accepta la célébrité. Elle fut saluée par des auteurs importants de son époque comme William Makepeace Thackeray.


À l’âge de trente-huit ans, Charlotte Bronte mariée avec le pasteur Arthur Bell Nichols, tomba malade d’une infection grave de l'appareil digestif et mourut le 31 mars 1855. Elle fut enterrée avec le reste de sa famille à Edith Saint Michael, en face de la maison du presbytère où elle vivait avec son mari.

 

 

Résumé de Jane Eyre


Le personnage principal est une orpheline de 10 ans qui vit avec la famille de son oncle ; ses parents sont morts du typhus. Outre la nourrice, la famille ostracise Jane. Elle est envoyée à l’austère Lowood Institution, une école de charité, où elle et d'autres jeunes filles sont éduquées et maltraitées. Face à une telle adversité, elle acquiert force et confiance.


Au début de l’âge adulte, après plusieurs années passées à Lowood comme étudiante puis comme enseignante, Jane doit avoir le courage de partir. Elle trouve un emploi de gouvernante à Thornfield Hall, où elle rencontre son fringant et byronien employeur, le riche et impétueux Edward Rochester. À Thornfield Hall, Jane s’occupe de la jeune Adèle, fille d’une danseuse française, et maîtresse de Rochester, qui se lie d’amitié avec la gentille gouvernante, Mme Alice Fairfax.
Jane tombe amoureuse de Rochester, on attend de lui qu’il épouse la snob et socialement importante Blanche Ingram. Mais Rochester finit par répondre à l‘amour de Jane et lui propose le mariage. Le jour de leur mariage, Jane découvre que Rochester ne peut pas l’épouser légalement, car il a déjà une femme, Bertha Mason, qui est devenue folle et est enfermée au troisième étage à cause de son comportement violent ; sa présence explique les bruits étranges que Jane a entendus dans le manoir.


Croyant qu’il a été piégé dans ce mariage, Rochester se sent en droit de poursuivre sa relation avec Jane. Il la supplie de le rejoindre en France, où ils peuvent vivre comme mari et femme malgré les interdictions légales, mais Jane refuse par principe et fuit Thornfield.
Jane est recueillie par des gens dont elle découvre plus tard qu’ils sont ses cousins. L’un d’eux est St John, un ecclésiastique. Il lui offre un emploi et lui propose bientôt de se marier, lui suggérant de le rejoindre comme missionnaire en Inde. Jane accepte d’abord de partir avec lui, mais pas en tant qu’épouse. Cependant, St. John la pousse à reconsidérer sa proposition, et Jane finit par faire appel au Ciel pour lui montrer ce qu’elle doit faire. C’est alors qu’elle imagine entendre l’appel de Rochester. Jane retourne à Thornfield pour trouver le domaine brûlé, incendié par la femme de Rochester, morte après avoir sauté par la fenêtre de sa chambre. Rochester, dans une tentative de la sauver, a été brûlé et devenu aveugle. Réunis, Jane et Rochester se marient. Rochester retrouve plus tard la vue, et le couple a un fils.

Jane eyre films

Publication et analyse du roman


Le livre a été publié à l’origine en trois volumes sous le nom de Jane Eyre : An Autobiography, avec Currer Bell comme éditeur. La partie Lowood du roman était largement considérée comme inspirée de la propre vie de Charlotte Brontë. Bien que certains se soient plaints qu’il était anti-religieux, l’ouvrage a connu un succès immédiat. L’attrait de Jane Eyre est en partie dû au fait qu’il a été écrit à la première personne et qu’il s’adresse souvent au lecteur, créant ainsi une grande immédiateté. De plus, Jane est une héroïne peu conventionnelle, une femme indépendante et autonome qui surmonte à la fois l’adversité et les normes sociétales. Le roman a mélangé divers genres. Le choix de Jane entre besoin sexuel et devoir éthique appartient très fermement au mode du réalisme moral. Cependant, son évasion proche d’un mariage bigame et la mort foudroyante de Bertha font partie de la tradition gothique.

 

Passions violentes, amour, colère, envie et férocité de l’esprit, on les trouve dans la figure d’une jeune femme frêle, simple et sans moyens : l’orpheline Jane Eyre. Célèbre pour sa romance avec Rochester, une grande aventure de cœur, le roman est l’histoire de sa lutte pour s’exprimer dans une société déterminée à briser sa volonté. Intimidée dans son enfance au domicile de sa tante Reed, brutalisée à l’école, méprisée en tant que gouvernante à Thornfield Hall, Jane reste remarquable par son attitude de défi, par sa sensibilité. Par-dessus tout, elle a le courage de défier les autres (et elle-même) sur les grandes questions du mal et de l’injustice.


L’intrigue, une série de secrets et de révélations, tourne autour de la question fondamentale d’identité. Quel genre d’homme est Rochester, si changeant et péremptoire ? Qui hurle dans le grenier et apparaît la nuit dans les couloirs de Thornfield Hall ? Et qui est vraiment Jane Eyre ? Une menteuse, comme l’insiste sa tante ; une elfe, comme elle apparaît à Rochester ; une travailleuse pieuse, femme d’un missionnaire ; ou une femme capable de donner et de recevoir un amour passionné ?


Le succès remarquable de Jane Eyre est en partie attribuable à l’évolution des goûts littéraires de l’époque.


Alors que le paysage littéraire anglais des XVIIe et XVIIIe siècles avait été dominé par les poètes, le public des lecteurs du XIXe siècle a exigé des personnages avec lesquelles ils pourraient s’identifier. Jane Eyre était une œuvre de genre : l’histoire d’une personne ordinaire qui vit des choses extraordinaires.


Si on accepte l’affirmation de Virginia Woolf que les romans de Bronté sont lus « pour sa poésie », on pourrait dire que Bronte n’a jamais complètement abandonné sa carrière de poète. En adaptant ses impulsions créatives aux exigences du public, Bronte a intégré des éléments poétiques dans la forme du roman.


Jane Eyre est influencée par les romans d’horreur gothique qui étaient populaires au début du XIXe siècle. Le lieu, le cadre sombre, le mystérieux M. Rochester, les étranges événements dans le grenier de la maison jouent sur les conventions de l’horreur. En même temps, le roman suit la structure de la progression, l’intrigue suit le parcours de Jane depuis sa jeunesse vers sa maturité vers la fin heureuse dans son château avec son mari et son enfant.


Narration à la première personne, les lecteurs victoriens furent troublés par la suggestion du roman que les femmes ne sont pas passives ni soumises, et par son traitement de l’amour jugé grossier et offensant. L’importance de l’amour romantique est un thème ancien dans la littérature, mais dans Jane Eyre ce thème est présenté avec franchise et intensité, digne d’un romancier français, mais nouvelle pour un écrivain anglais.


Cette intensité est rendue possible par la décision de Bronte de raconter l’histoire à la première personne, du point de vue de Jane Eyre qui domine son monde, chaque personnage vit à travers elle.
Jane Eyre a reçu un accueil populaire, plusieurs commentateurs admiraient la puissance et la fraîcheur de Bronte ; d’autres ont qualifié le roman de superficiel et de vulgaire. La première critique connue, est celle d’Elizabeth Rigby, qui a condamné catégoriquement Jane Eyre comme « une composition anti-chrétienne ».


D’autres critiques ont mis en doute la paternité du roman. Certains doutèrent qu’une femme soit capable d’écrire un tel travail, alors qu’un critique dans The Review a affirmé qu’un homme et une femme étaient ses coauteurs.
Dans une autre première évaluation, George Eliot a exprimé son admiration pour le roman, s’est plaint que les personnages parlaient comme des « héros et des héroïnes de rapports de police ».


Dans Jane Eyre, le personnage principal est sauvé grâce à l’amour, finit par quitter une vie de corvée et se retrouve heureuse mariée à son précédent employeur, Edward Rochester. Bien que ce genre de romance soit difficile à trouver dans le monde réel, sa présence dans la littérature a été une constante à travers les âges.
Brontë a créé une Jane Eyre passionnée et intelligente capable de prendre ses décisions, faire preuve d’empathie, et résister à l’adversité, contrairement à de nombreux auteurs masculins qui présentaient les personnages féminins comme figures de beauté, de séduction ou de moralité.


Brontë présente Jane comme un être complexe, en trois dimensions, qui évolue et s’adapte.
Ces aspects féministes du roman ne sont pas passés inaperçus auprès des contemporains de Brontë. Alors que de nombreuses études antérieures ont fait l’éloge du roman, certains ont critiqué son caractère radical et sa vision « non féminine » de la féminité. Jane Eyre est devenue l’une des héroïnes littéraires influentes de son époque.
Après la publication, un nouveau type de femme apparaît dans la littérature victorienne, des femmes rebelles et intelligentes.
Jane Eyre a ouvert la porte à d’autres femmes écrivaines pour explorer les limites, et le désir d’égalité.
C’est un thème qui est apparu dans de nombreux romans victoriens comme Middlemarch de George Eliot.

Références

Allott, Miriam, editor. The Brontes: The Critical HeritageLondon: Routledge & Kegan Paul, 1974.
Bayne, Peter. Two Great Englishwomen: Mrs. Browning and Charlotte Bronte. London : Clarke, 1881.
Crump, R.W. Charlotte and Emily Bronte, 1846–1915: A Reference Guide. Boston : G.K. Hall, 1982.
Gaskell, Elizabeth Cleghorn. The Life of Charlotte Bronte2 volumes, third edition, revised. London : Smith,
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Gilbert, Sandra M., and Susan Gubar. The Madwoman in the Attic: The Woman Writer and the Nineteenth
Century Literary Imagination. New Haven, Conn. : Yale University Press, 1979.
Nestor, Pauline. Female Friendships and Communities: Charlotte Bronte, George Eliot, Elizabeth Gaskell.
Oxford : Oxford University Press, 1985.

Woolf, Virginia. » Jane Eyre » and ’Wuthering Heights,’ in The Common Reader, first series. London :
Hogarth Press, 1925.