autobiographie

 

 

L’autobiographie est la biographie, l’histoire de la vie de la personne qui écrit, parfois sous la forme d’un récit à la première personne, ordonné chronologiquement ou sur d’autres formes.

 

Genre mal considéré

En France, ce genre littéraire était dévalorisé, bien plus que dans d’autres cultures. Certains critiques pensaient qu’il s’agissait d’une forme de nombrilisme sauf rares exceptions, comme les Confessions de Rousseau (1760) qui méritent un examen critique ou sérieux et une lecture attentionnée.

Faute de légitimité intellectuelle, l’autobiographie est restée en disgrâce auprès des écrivains et des critiques pendant une bonne partie du XXe siècle. Le surréalisme, par exemple, repose sur un ensemble de valeurs qui font appel au lyrisme et rejettent l’autobiographie populaire.

Après la Seconde Guerre mondiale, c’est avec l’avènement de l’existentialisme, qu’un groupe d’écrivains et d’intellectuels a fini par découvrir dans l’autobiographie, une forme compatible avec leurs préoccupations théoriques.

Dans les années 1950 et 1960, le structuralisme a pris le relais de l’existentialisme en tant que courant de nouvelles idées et méthodes dans les sciences humaines et sociales, l’autobiographie a été de nouveau écartée de l’agenda intellectuel.

Dans le dernier quart du vingtième siècle, la disparition du structuralisme a ouvert la voie au phénomène culturel connu sous le nom de « retour du sujet », l’autobiographie a finalement commencé à attirer l’attention des écrivains et des critiques contemporains.
Ni autodéterminé ni entièrement déterminé, le sujet ou le soi refiguré est continu et relationnel (par opposition à l’autonomie chez les structuralistes).

Dans ce nouveau contexte, l’autobiographie est étudiée à la fois comme un genre spécifique, synonyme de narrativité progressive, une écriture de la vie, un registre omniprésent, dispersé et diversement appelé « écriture de soi », « autographie » ou « autobiographique ».

 

Le Retour du sujet

L’apparition de l’autobiographie comme genre littéraire fréquent et accepté reflète le tournant post-moderniste vers des formes hybrides, on retrouve de nombreuses formes d’autobiographie en tant que mode et discours sur l’identité et la vie, nourris d’un large éventail d’intérêts théoriques et méthodologiques, linguistiques, psychanalytiques, et ethnographiques.
Le « retour du sujet » dans la culture a entraîné une révision de l’histoire littéraire, et une réévaluation de tout ce qui est autobiographique.

 

Définir l’autobiographie

L’autobiographie pouvait être considérée comme le récit d’un voyage interne pendant lequel le sujet s’interroge sur le sens de sa vie.

L’autobiographie apparaît comme un genre consacré à « l’écriture de soi-même ». Cette forme d’écriture dite « intime » a une histoire qui remonte au 18e siècle à la suite des œuvres biographiques du recueil de mémoires personnelles, le biographe a pris conscience de raconter sa propre personnalité de manière à écrire et décrire sa vie.

Ce nouveau point de vue fait naître le roman autobiographique à la première personne.
En France, les œuvres d’autobiographie religieuse comme les Confessions de Saint-Augustin sont admises comme des œuvres appartenant à la préhistoire du genre. Lejeune écrit :

« C’est à cette époque qu’on commence à prendre conscience de la valeur et de la singularité de l’expérience que chacun a de lui-même. On s’aperçoit aussi que l’individu a une histoire, qu’il n’est pas né adulte. »

Jean-Jacques Rousseau dans ses Confessions utilise les techniques romanesques lors de la structuration du récit rétrospectif, mais il ne
raconte pas son vécu, il attend de son écriture un renouvellement de la connaissance qu’il a de lui — même. Rousseau ne propose pas une théorie de l’autobiographie, mais il la pratique dans ses Confessions.

Philippe Lejeune définit l’autobiographie comme :


« Un récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu’elle met l’accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité.
L’autobiographie est avant tout un récit rétrospectif qui tend à la synthèse, alors que le journal intime est une écriture quasi contemporaine et morcelée qui n’a aucune forme fixe. »

Les trois genres qui se chevauchent ici, à savoir l’autobiographie, les mémoires et le journal intime nous poussent à réfléchir sur ce genre de littérature.

Il est utile de distinguer « qui parle ? » lors de la lecture du récit autobiographique, vu qu’il existe au moins trois « je » occupant trois positions : le protagoniste, le narrateur et l’auteur.

Les mémoires sont une représentation de la vie individuelle ainsi que de la vie l’époque où se passe l’histoire.

 

 

 

Un regard nouveau : le sujet est accepté

Parmi les auteurs français de la première moitié du vingtième siècle dont l’œuvre a été revisitée André Gide, Colette.
Longtemps considéré comme une source documentaire pour ceux qui s’intéressent au parcours de l’auteur, le livre « Si le grain ne meurt » (1926) de Gide est aujourd’hui considéré comme une œuvre d’une ambiguïté et d’une complexité qu’elle exige d’être traitée sur un pied d’égalité avec sa production fictionnelle la plus admirée.

 

André Gide : Si le grain ne meurt

 


Les ambiguïtés découlent de la manière dont Gide négocie la question de sa nature homosexuelle, a conduit les spécialistes à souligner la valeur de cette autobiographie en tant qu’œuvre pionnière de littérature de confession qui suggèrent au départ un esprit sexuellement refoulé, passant par les diverses facettes de l’homosexualité de Gide, pour finir par une identité homosexuelle uniforme, facilement stéréotypée.

 

Colette : La Naissance du jour

 

Colette fait partie des femmes écrivaines dont l’œuvre n’a pas été prise au sérieux jusqu’à ce qu’elle soit revisitée par des critiques récentes et les critiques féministes. Des œuvres autobiographiques telles que La Naissance du jour (1928) et Sido (1929) de Colette ont bénéficié des études féministes contemporaines. Le féminisme des années 1970 et 1980 réagissait contre la négligence du structuralisme à l’égard du sujet sexué et incarné. Le féminisme a été l’un des principaux moteurs du retour du sujet dans la culture.

Appréciée pour la franchise avec laquelle elle décrit les déguisements et les identités fictives du désir bisexuel, l’écriture autobiographique de Colette a été lue, comme celle de Gide, comme une autre affirmation exemplaire d’une identité dispersée.

 

Michel Leiris : L’Âge d’homme

 

L’Âge d’homme (1939) de Michel Leiris est décrit par l’auteur comme un « collage », un ensemble esthétique, tiré du surréalisme, de l’existentialisme, de l’ethnographie et de la psychanalyse.
Par le biais d’une confession essentiellement sexuelle, Leiris cherche à « liquider » son passé. L’Âge d’homme anticipe l’intérêt contemporain pour le genre de l’auto-ethnographie, et s’avère convaincant pour un public familier de la pensée déconstructionniste où il reconnaît l’espace ambigu entre l’écrivain et le lecteur, l’écriture de soi et la lecture de soi. 

Après L’Âge d’homme, Leiris a écrit, entre 1948 et 1976, les quatre volumes de La Règle du jeu, reconnus comme l’une des grandes œuvres autobiographiques du XXe siècle.

 

André Breton : Nadja

 

Le surréalisme, rarement considéré comme un mouvement défendant l’autobiographie, a participé à l’autobiographie. Partant de la question « Qui suis-je ? Nadja (1928) d’André Breton annonce l’intention de l’auteur : “Je suis un homme, je suis un homme” pour explorer certains des fonctionnements les plus irrationnels dont beaucoup sont incorporés dans le récit d’une histoire d’amour.

L’ambition de Breton d’écrire sur lui-même est complétée par des modèles hybrides entre roman et autobiographie : Les Vases communicants (1932), L’Amour fou (1937), et Arcane 17 (1944).

 

Sartre : Les mots

 

Entre le milieu des années 1940 et le milieu des années 1960, des œuvres telles que le Journal du voleur de Jean Genet, Le Traître d’André Gorz (1958), les Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir (1958) et La Bâtarde (1964) de Violette Leduc ont démontré de multiples façons la nécessité d’une réévaluation de l’autobiographie en tant que telle.

Parmi ce groupe d’écrivains, le principal promoteur de l’autobiographie sur le plan théorique était Jean-Paul Sartre. Dans son essai influant, Questions de méthode (1957), Sartre remplace la notion traditionnelle de fil conducteur d’une vie par celle de projet, caractérisé comme l’orientation dynamique par laquelle une conscience cherche à affronter et à surmonter les contraintes de son environnement. Il a appliqué à lui-même sa propre théorie dans une œuvre qui s’est avérée être le point culminant de l’autobiographie existentialiste. Dans Les Mots (1964), Sartre se livre à une démystification impitoyable de l’enfance, de l’enfant qu’il a été, des membres de sa famille et de toute la société bourgeoise dont l’idéologie lui a été imposée par son grand-père.

Rarement l’enfance a été traitée dans le contexte de l’autobiographie avec une telle verve intellectuelle et un aussi brillant style, par un narrateur distant et « dissonant ». L’ironie de Sartre dans Les Mots va jusqu’à englober l’autobiographie elle-même.

 

Marcel Pagnol : La Gloire de mon père

 

En 1957, Marcel Pagnol publie deux romans autobiographiques qui allaient devenir un succès populaire, où l’enfance témoigne du temps, des lieux, et des mouvements de la société. Le cycle « Souvenirs d’enfance » est composé de quatre romans : La Gloire de mon père (1957), Le Château de ma mère (1957), Le Temps des secrets (1960) et Le Temps des amours (1977, posthume).
Pagnol propose un roman familial, La Gloire de mon père, dès sa parution, en 1957, est salué comme marquant l’avènement d’un grand prosateur. Joseph, le père instituteur, Augustine la timide maman, l’oncle Jules, la tante Rose, le petit frère Paul, deviennent immédiatement aussi populaires que Marius, César ou Panisse. Et la scène de la chasse de la bartavelle se transforme immédiatement en dictée d’école primaire.


Barthes : Roland Barthes par Roland Barthes

 

Le structuralisme a constitué un paradigme intellectuel qui s’est avéré inhospitalier à l’autobiographie. Alors que le structuralisme commençait à s’effondrer au milieu des années 1970, le « retour » du sujet a été annoncé par un groupe d’intellectuels étroitement liés à la pensée structuraliste, comme Roland Barthes.

Dans son célèbre essai « La Mort de l’auteur » (1968), Barthes critique le principe de « sujet fondateur » imposé par le structuralisme. Quelques années plus tard, il surprend ses lecteurs avec un autoportrait, Roland Barthes par Roland Barthes (1975).
Composé de fragments, le texte prend la forme de ce que Barthes lui-même appelle un « patchwork ». Cet autoportrait s’écrit sur le fil du rasoir entre « retour » à l’autobiographie et critique de l’autobiographie.

 

Patrick Modiano : Livret de famille

 

Année charnière, 1975 voit la publication de W ou le souvenir d’enfance de Georges Perec, une œuvre novatrice où l’autobiographie d’enfance alterne avec la reconstitution d’une fiction écrite pour la première fois par l’auteur à l’âge de treize ans.

Publié en 1975, Le Pacte autobiographique de Philippe Lejeune devient l’étude qui a presque à elle seule relancé l’intérêt critique pour le genre. Ce que Lejeune n’a sans doute pas su anticiper, c’est le virage vers des formes hybrides d’écriture autobiographique déjà signalé par les expériences révolutionnaires de Barthes.

Deux ans plus tard, la publication du Livret de famille de Patrick Modiano, à la fois une autobiographie, une série de croquis biographiques et un recueil de nouvelles, livre hétéroclite et agréable mélange de genres.

En France, la plupart des autobiographies produites à partir de la fin des années 1970 par les anciens nouveaux romanciers, notamment Enfance de Nathalie Sarraute (1983), L’Amant de Marguerite Duras (1984) et les trois volumes des Romanesques d’Alain Robbe-Grillet (1985-2001), peuvent être considérées comme des ‘autofictions’.

 

Duras : l’amant

 

 

Le terme ‘autofiction’ est une approche postmoderne de l’autobiographie, qui apparait à la fin du 20e siècle. Les modèles contemporains mettent l’accent sur les incertitudes du ‘moi’, sur l’identité, l’expérience et la mémoire ; on retrouve L’Ecriture ou la vie de Jorge Semprun (1994), et La Traversée des lignes (1997) de Béatrice de Jurquet. La fiction ne s’impose plus comme le contrepoids de l’autobiographie, mais plutôt comme la seule possibilité pour témoigner de notre propre vie et de celle des autres.

 

 

Conclusion

Le succès populaire de certaines autobiographies comme celle de Marcel Pagnol, littéraire et commerciale comme celle de Duras ou critique de celle de Sartre ou Mondiano confirme que ce genre si décrié par le passé a trouvé ses lettres de noblesse et sa place dans la littérature.

Les distinctions académiques en dépit de leur importance sont dépassées, on retrouve actuellement des textes hybrides associant une structure d’autibiographie à l’autofiction, aux lettres ou aux blogs.

Ce résumé historique montre combien le roman en France a changé, sous l’influence de nombreux courants de critiques et d’analyse, des romanciers modernistes et surtout sous l’influence des lecteurs français qui recevaient mieux des romans qui parlent de la vie personnelle voire intime.

 

Références

Philippe Lejeune, Le Pacte autobiographique, [1975], Paris, Éditions du Seuil, 1996, (Coll.Points Essais)

Philippe Lejeune, L’Autobiographie en France, [1971], Paris, Armand Colin, 2004, (Coll.Cursus)

Philippe Gasparini : Roman autobiographique et autofiction. Paris, Éditions du Seuil, 2004