Amour et sexualité à la renaissance

Enfant prodigue chez les courtisanes

 

 

La renaissance, en Europe, fut lente et progressive. L'Europe continua pendant le XVe et le XVIe siècle à bénéficier de données scientifiques et médicales héritées de l'empire gréco-romain et de la médecine arabe. Ces données médicales influencent à leur tour le jugement sociétal sur les femmes, sur le couple, sur la contraception, et sur la sexualité en général. En même temps, ce continent européen de XVe siècle est un continent chrétien, profondément influencé par le discours religieux de l'Église catholique.

 

 

Amour et couple en 1500

L'amour au XVe et au XVIe siècle était bien différent de notre conception actuelle de ce sentiment. Notre jugement actuel sur l'amour est influencé par notre profond individualisme, l'amour actuellement pour notre génération est une affaire privée entre deux personnes. L'amour au XVIe siècle était une affaire publique, privée, collective, individuelle, sociétale, religieuse, profane et divine à la fois.


L'amour au XVIe siècle était un contrat, accompagné de sacrifice, pour l'amour de la famille, pour le bien et le pire. Le couple était synonyme de mariage dans les classes aisées, et aussi synonyme de concubinage dans les classes défavorisées. Les états européens tentaient d'organiser autant que possible le couple sur le plan économique et juridique, le discours religieux organisait les relations intimes et personnelles dans le couple, la filiation, et l'éthique au sein de la famille.


La famille en 1500 était élargie, aux servantes et autres domesticités dans les classes aisées. La cellule familiale était un lieu de vie, un lieu d'éducation, et d'instruction en raison de manque ou de l'absence d'écoles. La famille était également un lieu de contrôle social ; le comportement social était codifié, surveillé. Le bien-être de la cellule familiale exigeait des époux, sacrifice et loyauté. Les grandes familles en Europe avaient leur éthique et leur tradition. L'honneur de la famille était plus valorisé dans les cultures de la Méditerranée. Cet honneur exigeait sacrifice, hospitalité, vertu et générosité.

Le rôle de la femme dans le couple était complexe, le discours religieux l'invitait à la chasteté, à la vertu, à maîtriser son désir sexuel, à ne pas séduire, alors que le discours sociétal exigeait d'elle de satisfaire son mari, de faire de son mieux pour engendrer. Après la maternité, le rôle principal devient l'éducation et les soins des enfants.

La famille était également un lieu de protection, chaque famille devrait assurer sa sécurité dans un siècle de voleurs, de bandits, et des guerres.


La sexualité féminine était à la fois reconnue, encouragée par un discours relatif à la procréation, considérant le désir sexuel féminin comme un élément favorable à la fertilité, et contrôlée par un discours religieux popularisé par les textes de Saint-Augustin sur la chasteté même au sein du mariage.


En dépit d'un discours mettant l'accent sur l'amour ou sur l'attirance sexuelle, le mariage et le couple étaient essentiellement une affaire économique, principalement dans les familles aisées. Le couple étant avant toute une organisation des biens, de leur transmission et de leur protection.


Le sentiment amoureux au XVIe siècle n'est pas apprécié, mais plutôt redouté, car considéré comme une maladie ou une souffrance. L'amoureux est décrit comme un malade qui perd sa santé, et son appétit, son esprit, il souffre par manque et par jalousie. Ainsi on favorisait le couple de raison et le mariage arrangé. Il faudra attendre la moitié du XVIIe siècle, l'apparition des lumières pour commencer à discuter le rôle des sentiments dans le couple et dans le mariage.

 

Le couple : plusieurs formes

À la renaissance, le mariage n'est pas la règle en dépit des conseils d'église encourageant les fidèles à célébrer leur union devant Dieu. Le concubinage est largement présent dans les classes populaires sous forme de relations conjugales accompagnées d'habitat commun, sans officialisation de cette union devant l'église ou devant les autorités civiles. Ce système de concubinage était bien toléré comme un système alternatif au mariage. Le statut de la concubine variait d'une région à une autre.

La courtisane est une prostituée exclusivement ou presque, mais bien éduquée, belle, maîtrisant une certaine forme d'art, jouissant d'une indépendance économique et personnelle dépassant l'indépendance des autres femmes célibataires ou mariées. Les courtisanes étaient plus présentes en Asie qu'en Europe. Elles jouaient un rôle qui dépassait le rôle de la prostituée ordinaire, un rôle à la fois sexuel et émotionnel, une sorte de " compagne " raffinée et compréhensive.

La nature du mariage au XVIe siècle distinguait l'amour de la sexualité, invitant ainsi les hommes dans les bras de femmes en dehors du couple. L'essor économique modifia profondément la société et favorisa le les contacts avec d'autres cultures.


À la renaissance, la courtisane avait plus d'indépendance que les épouses, avec plus d'habilité sexuelle et de culture que les femmes mariées. Les hommes puissants exhibaient leurs courtisanes. Ces dernières avaient la même aisance financière que les femmes mariées.
La courtisane va disparaître progressivement en Europe puis plus tardivement en Asie au XXe siècle.

La maîtresse était présente comme dans les autres civilisations. Les maîtresses étaient nombreuses dans les classes dirigeantes. Il s'agissait de relations conjugales sans lien de mariage, une sorte de relation extraconjugale exclusive. La maîtresse avait une place différente de la courtisane, était parfois mariée, et partageait une fidélité sexuelle entre son mari et son amant.

En France, on utilisait le terme " la favorite " quand il s'agit de la maîtresse du roi. On peut citer l'exemple de Diane de Poitiers (1499-1566) qui fut la maîtresse du roi Henri II à l'âge de 15 ans, épouse Louis de Brézé, 40 ans son aîné et époux à qui elle donna deux fils. Après le décès de son mari, à l'âge de 31 ans elle a une relation avec le prince d'Orléans qui va épouser Catherine de Médicis et va devenir Henri II. Diane de Poitiers avait 38 ans quand elle devient la maîtresse du roi, alors âgé de 19 ans. On rapporté que le roi de France passait le tiers de sa journée chez Diane de Poitiers. Il a été vu plusieurs fois assis sur ses genoux en train de caresser les seins de sa favorite.

On pouvait dire que l'Europe de la renaissance est peuplée de relations polygames semi-officielles. On retrouve les mêmes formes de relation dans l'Europe du Nord comme dans l'Europe du Sud, dans le harem oriental, comme dans le système de concubinage en Asie.
Il est difficile d'évaluer l'importance de la multiplication de ces formes de couple sur l'expression ou sur la validation du désir sexuel masculin ou féminin dans une Europe tiraillé entre la chasteté avec les écritures de Saint-Augustin, et la frivolité des relations sexuelles avec les maîtresses, les courtisanes ou les prostituées.


Le corps et le sexe à la renaissance

Les manuels de conseil sexuel n'étaient pas rares en Europe pendant le XVIe siècle, des manuels anciens comme celui d'Aristote conseillaient le mari d'amuser sa femme, de trouver les mots et les gestes pour augmenter son désir, pour améliorer la vie sexuelle du couple, comme le manuel sexuel d'Ovide. L'utilisation de Manuels sexuels si anciens révèle la stagnation du discours général sur la société, sur le couple, sur la sexualité. L'Europe de la renaissance reste fidèle aux acquis scientifiques et médicaux de l'empire gréco-romain.

À cette époque, avant l'imprimerie, bien que les connaissances en médecine soient rares, elles étaient réservées à l'usage des classes aisées, et instruites. La diffusion de ces manuels sexuels anciens confirme la présence d'une sexualité ludique et récréative dans l'Europe de la renaissance, une sexualité où l'expérience sensorielle avait sa place, où la confiance dans la nature et dans l'humain était le mot clé. Il faut attendre les siècles de lumières pour sortir de ce schéma, pour acquérir d'autres connaissances médicales et scientifiques, et pour changer d'approche, pour que le l'humain domine la nature et non pas de la subir.

La vie intime au XVIe siècle est influencée par plusieurs discours, par le discours scientifique et médical, par le discours religieux formulé par l'église, et par un discours sociétal insistant sur le rôle de la famille.
En 1417, Poggio Bracciolini va publier pour la première fois en Europe les poèmes de Lucrèce, sur la nature des choses, révélant pour la première fois la présence d'une philosophie épicurienne dans la Grèce antique. Les trois lettres d'Épicure vont être publiées en 1533. La philosophie épicurienne insistant sur l'importance du désir et des plaisirs dans la vie influencera progressivement la renaissance.


Lorenzo Valla publie son livre " de voluptate " pour défendre les idées épicuriennes. La philosophie épicurienne sera un prétexte pour discuter l'importance des plaisirs dans la qualité de vie, et dans la société par rapport à la vertu. Les poèmes de Lucrèce consacrant les plaisirs sensuels furent l'occasion de critiquer la philosophie épicurienne, car rejetant le divin et l'immortalité de l'âme.

 
En dépit de discours religieux austères à la renaissance, la sexualité continuait à être débattue et discutée. L'arrivée en Europe des travaux de la médecine arabe va révéler aux Européens de la renaissance l'existence de grands médecins comme Galien, Hippocrate, ou de grands médecins arabes comme Avicenne ou Averroès.  Cette modernité médicale va modifier profondément la sexualité à la renaissance, on parle ainsi de double semence, la rencontre entre la semence féminine et la semence masculine comme l'explication de la procréation humaine. Ainsi, le plaisir physique engendré par la sexualité fut validé et encouragé, selon le texte de Galien et d'Avicenne, car ce plaisir sexuel, surtout féminin, était supposé améliorer la fertilité, et la procréation.
On discuta longuement le désir sexuel masculin, et la jouissance féminine.  Hildegarde de Bingen a insisté que les hommes ont un plaisir concentré, tandis que les femmes ont une expérience plus diffuse.

L'adultère

Dans l'Europe de la renaissance, l'adultère était considérée comme une corruption, une faute grave, une agression contre la famille, et contre la société. Cependant, si l'église et les moralisateurs considéraient l'adultère comme un crime, la société était plus indulgente. Les punitions ne dépassaient pas une amende, ou une demande publique de pardon. Mais il est important de distinguer l'adultère féminine, de l'adultère masculine.

L'infidélité des femmes était lourdement punie, surtout quand il s'agit des femmes épouses de puissants comme les deux épouses du roi d'Angleterre Henri VIII. Le divorce étant non possible, l'adultère était utilisée comme un moyen efficace d'annulation du mariage. Cela pourrait expliquer la multiplication des affaires d'adultère en Europe à la renaissance.

 

La prostitution

Au XVIe siècle, il est fréquent que chaque municipalité assure la gestion de ses bordels, de Paris à Toulouse, de Francfort à Londres. Le désir sexuel masculin était considéré comme un élément de trouble. La prostitution était considérée comme une solution acceptable.

Ces bordels à la renaissance étaient gérés par des hommes d'affaires, organisés, surveillés par les autorités sanitaires, pour lutter contre les maladies vénériennes d'autant que le XVIe siècle fut le siècle de la syphilis. L'apparition de cette maladie a réduit nettement le nombre des bordels en Europe à l'époque, a accentué la surveillance sanitaire. Cependant les états européens étant faibles, les bordels illégaux étaient fréquents.

 

La chasteté

Le terme chasteté était synonyme de personnes vierges ou célibataires, se référant spécialement à une abstinence sexuelle. La chasteté était encouragée même au sein du couple et au sein du mariage. C'était l'époque des moralisants néoplatoniciens qui ont eu leur succès à la renaissance. Le corps traduit l'état d'esprit selon Saint-Augustin, la chasteté était aussi bien une affaire d'actes qu'une affaire d'idées.

Selon Saint-Augustin, la chasteté traduite une vertu de l'esprit, c'est une exigence morale à l'intérieur de l'église, à l'intérieur du couple et à l'intérieur de la société. La théorie médicale de l'époque pensait que la femme était plus chaude que l'homme, plus disposée à tomber malade et à devenir hystérique. Le désir sexuel féminin devrait être encouragé selon les idées de l'époque pour améliorer la fertilité de la femme. En face de qui, les idées moralisantes encourageaient une chasteté qui évite la parole déplacée, les idées impures, le maquillage, et les yeux trop flâneurs. Il s'agit d'une tendance moralisante interdisant toute expression sexuelle, même au sein du couple.

 

La sexualité à la renaissance

Il est possible de dire que le plaisir sexuel féminin pendant l'acte sexuel était devenu un sujet important et valorisé, même recherché durant la renaissance européenne, sous l'influence des travaux médicaux et philosophiques diffusés à l'époque.


Les croyances au Moyen Âge s'alignaient sur croyances de l'empire gréco-romain, et les théories médicales et philosophiques de Galien et d'Hippocrate. La théorie de double semence était incontournable pour expliquer la procréation, l'embryon était le résultat d'une semence masculine et d'une semence féminine. Le sperme masculin était facilement identifiable, les spéculations allaient bon train sur la nature de la semence féminine.


1- Le plaisir féminin

L'héritage médical de l'Empire romain a lié progressivement la procréation au désir sexuel féminin. Les époux étaient conseillés de rechercher le désir sexuel autant que possible, pour améliorer leurs chances d'avoir un enfant. La médecine arabe, bien que brillante sur de nombreux points, ne pouvait modifier réellement la théorie d'Hippocrate et de Galien. Le lien entre le plaisir sexuel féminin et la procréation était admis, validé. Au XIIIe siècle, des livres médicaux confirmaient qu'une prostituée, ou qu'une femme violée ne pouvait tomber enceinte, car coucher pour de l'argent ou par la force ne pouvait produire un désir sexuel, ne pouvait produire une grossesse. En cas de viol, une femme qui tombe enceinte était considérée comme non violée. Le plaisir sexuel féminin et surtout l'orgasme avaient deux fonctions précises dans les documents scientifiques de l'époque : émettre la semence féminine, et recevoir la semence masculine.
Hildegarde de Bingen (1179) a largement discuté l'importance des jeux sexuels préliminaires sur les cuisses, sur les seins, le périnée, sur le nombril pour améliorer l'excitation de la femme, et faciliter, par conséquent, la grossesse. La notion des zones érogènes était inconnue, on parlait plutôt de zones sensibles.

Plusieurs anatomistes de la renaissance ont découvert le clitoris, on peut même parler d'une redécouverte, Charles Estienne a identifié le clitoris en 1545 ; Gabriele Fallope avait décrit le clitoris en 1550 ; Realdo Colombo a publié une autre description en 1559. La question n'était plus la description du clitoris, mais ses fonctions. On pensait que le clitoris est un pénis miniature et sans fonction, ou que les femmes sont hermaphrodites.

La théorie d'Aristote sur la conception par une seule semence celle de l'homme, trouve assez d'adeptes parmi les philosophes, ou les penseurs, mais la théorie de double semence était la plus admise parmi les médecins.
À la renaissance, on jugeait l'orgasme bénéfique pour la santé féminine. On pensait que les vierges et les veuves étaient exposées au risque de suffocation de l'utérus. Les sages-femmes massaient la vulve des femmes stériles pour améliorer leurs chances d'avoir un enfant. Le droit des femmes au plaisir sexuel était admis, reconnu par les canons de l'église, et dans les lois. Ce droit était parfois un motif de rupture du mariage à l'église en cas d'impuissance masculine par exemple. À Londres, les prostituées se chargeaient d'éduquer les futurs mariés sur la sexualité des hommes, et sur leurs droits à la satisfaction sexuelle dans le couple.

 
2 - le pénis d'abord

En dépit d'indéniables avancées scientifiques et médicales, l'Europe de la renaissance ignorait plus ou moins tout sur le désir sexuel féminin, par manque de données précises sur l'anatomie et sur la physiologie du corps féminin. La sexualité en général était été axé sur le pénis, l'érection et l'éjaculation,  des phénomènes faciles à identifier à l'oeil nu. On pensait que les femmes ne pouvaient pas avoir de désir sexuel sans le pénis. Cela explique l'approche de l'Europe de la renaissance vis-à-vis de l'homosexualité féminine. Le lesbianisme ne pouvait avoir un intérêt quelconque pour une femme, car, entre deux femmes, il manque le pénis, l'instrument principal du désir et du plaisir sexuels.

Au-delà de ces discussions philosophiques et médicales, la littérature populaire était en avance, comme d'habitude, sur le discours officiel. Cette littérature s'amusait à mettre en scène des amants sans culpabilité, dans des jeux sexuels impliquant la vulve et le clitoris. Si la littérature médicale doit attendre encore cinq ou six siècles (la littérature populaire parlait déjà de cunnilingus, fellation) pour comprendre l'importance du désir féminin et masculin.

 
On retrouve dans la littérature populaire, comme celle des fabliaux (déformation en argot picard du mot fabuleux) des passages érotiques pour décrire les sensations féminines et masculines pendant l'acte sexuel. Ces passages dépassaient largement par leurs précisions les textes médicaux de l'époque.

 

Hystérie : maladie présente à la renaissance

Le XVIe siècle a bénéficié des avancées scientifiques et médicales élaborées par des médecins talentueux comme André Vésale et comme le chirurgien français Ambroise Paré (1510-1590). Ces études scientifiques sont le fondement de la science moderne, associant une approche philosophique nouvelle formulée par des philosophes importants comme René Descartes (1596-1650). Il s'agit d'une avancée spectaculaire de la pensée scientifique et médicale.

 Cependant, en dépit de ces avancées, des médecins brillants comme Thomas Willis (1621-1675) continuaient à théoriser sur l'hystérie. Willis pensait que l'utérus jouait un rôle important dans le fonctionnement du cerveau et du système nerveux.


En 1680, un autre médecin anglais, Thomas Sydenham (1624-1689), a édité un traité : une dissertation épistolaire sur les affections hystériques qui prétend que les symptômes hystériques peuvent simuler n'importe quel symptôme de maladie organique. Sydenham démontre que l'utérus n'est pas la cause primaire de la maladie, mais il existe une composante psychologique nommée hypocondrie. La sexualité féminine a  un lien avec l'hystérie à la renaissance.

 
References:  

Roy Porter and Lesley Hall, The Facts of Life: The Creation of Sexual Knowledge in Britain, 1650- 1950, New Haven, CT: Yale University Press, 1995, pp. 33-64, discusses the textual history of Aristotle's Masterpiece.


Lorenzo Valla, On Pleasure. De voluptate, trans. A. Kent Hieatt and Maristella Lorch, intro. Maristella de Panizza Lorch, New York: Abaris Books, 1977. Originally published in 1431 and reworked under different titles and with variations thereafter.

 

Jacqueline Holler, 'The Spiritual and Physical Ecstasies of a Sixteenth-Century': Oxford University Press, 1999, pp. 77-100.

Hildegard of Bingen, Causae et curae, ed. Paul Kaiser, Liepzig: Teubner, 1903, pp. 76-77.


Theo van der Meer, 'Tribades on Trial: Female Same-Sex Offenders in Late Eighteenth-Century Amsterdam', Journal of the History of Sexuality 1:3, 1991, pp. 424-45.


Tasca. C and all: Women And Hysteria In The History Of Mental Health. Clin Pract Epidemiol Ment Health. 2012; 8: 110-119.

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Couture

Infidelite

Ne laissez jamais l'amour vous fermer les yeux sur de petites choses. Si vous êtes dans une relation à distance ou avez des doutes... Lire la suite
dimanche 29 mai 2022 13:17
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Amour : maladie, folie ou addiction ?

amour passion

 

Amour : émotion, sentiment ou addiction ?

Isaac singer disait que l'amour est plus fort que les convictions d'un homme.
Omar Khayyâm disait : "L'amour qui ne ravage pas n'est pas l'amour." On peut disserter sur l'amour pendant des heures, on finira par admettre que l'amour, et surtout l'amour romantique fait partie des mystères de la vie, de l'humanité.

L'amour est un sentiment plus complexe qu'une émotion. Il est difficile à définir, il est différent d'une personne à autre.

On reconnait facilement ce sentiment par ses conséquences et ses symptômes. On identifie le sentiment amoureux comme on identifie la grippe ; après le début des symptômes, on cherche la cause, on se questionne avant d'admettre qu'on est amoureux. L'amour est le sujet poétique par excellence. L'amour est un sujet philosophique également.

Aucun livre de poésie, de philosophie n'échappe à ce sujet. Cependant, la philosophie, la poésie ou les chansons ne peuvent pas aider réellement une personne qui souffre d'un amour non partagé ou non satisfait. Malgré des siècles de vaines tentatives à définir l'amour, la médecine et aussi la psychologie admettent l'existence de ce sentiment, admettent que l'amour est un besoin naturel et essentiel aux humains pour avoir une bonne qualité de vie, tout comme le besoin de se reposer, de dormir, ou de se divertir.

 

Par le passé, le sentiment amoureux était rattaché au "coeur". Le coeur des gens amoureux bat plus vite etc... réagit avant la rencontre amoureuse, ou après la déception ou la rupture. Progressivement, la relation entre le coeur et le sentiment amoureux devient métaphorique plus qu'organique, cette relation traduit combien le sentiment amoureux est vital et profond dans la vie humaine, aussi essentiel que le battement du coeur.

Dans l'amour romantique surtout, il existe au début de la rencontre une période d'euphorie et un sentiment profond de manque. La personne amoureuse exprime des sentiments étranges comme l'incapacité de vivre sans l'autre, des jugements excessifs et irréels sur les qualités de l'autre, et aussi des attentes déraisonnables vis à vis de l'être aimé. On retrouve ces moments d'euphorie surtout dans les amours des adolescents, avec des réactions parfois excessives, et parfois aussi dangereuses.


amour sexualiteLa passion comme folie-dépendance

Tu me rends fou. Elle me rends folle. Voila des phrases banales entre amoureux. Je suis fou de toi, traduit un comportement déraisonnable, un comportement de gens malades. L'amour peut rendre une personne incontrôlable, euphorique, et étrangère. L'adolescent amoureux peut devenir malade ou violent, peut négliger ses activités, peut avoir un comportement à risque. L'amour passionné était redouté au Moyen-âge.

 

La passion était une maladie, une folie en soi. Dans le passé, la passion amoureuse était nommée le mal d'amour, avant de devenir la maladie d'amour. Cette maladie d'amour était considérée comme une folie, une aliénation. Dans ces termes, on retrouve la maladie mentale sous une forme ou sous une autre. L'état amoureux peut faire surgir de chacun des faits étranges qui rappellent le comportement des malades mentaux. La personne euphorique en raison d'une attirance sexuelle débutante, ou en raison d'un amour romantique puissant perd sa capacité à être raisonnable, la passion devient l'ennemi de la raison, et de la sagesse. Dans la passion amoureuse, il y a la folie de l'attirance, la folie du manque.

Jean de la Croix écrivait :

 

"Je vis, mais sans vivre en moi-même, Et mon espérance est si haute, Que je meure de ne pas mourir."

 

Dans la passion, comme dans l'amour romantique, comme dans l'attirance sexuelle, il y a une euphorie, l'absence de limites, un manque cruel, une souffrance, et un comportement étrange. Curieusement, on a toujours noté que la séparation augmente ses symptômes, l'absence de la personne aimée et de sa sexualité aggrave les symptômes, et la souffrance de la personne.

 


baiser jeune coupleL'amour et le cerveau

L'évolution scientifique a permis une approche supplémentaire pour comprendre l'amour, pour comprendre précisément la biologie de l'amour. Le sentiment amoureux active des zones précises dans le cerveau humain identifiées par l'IRM (imagerie par résonance magnétique). D'autres approches scientifiques utilisant la neurobiologie permettent de cartographier les zones cérébrales activées pendant l'attirance, l'excitation sexuelle et l'épisode d'amour romantique.

Ces études ont suscité beaucoup d'intérêt à leurs débuts. Dans un journal de neurophysiologie, les chercheurs ont suivi l'activité cérébrale de 15 personnes (10 femmes et 5 hommes) auto-déclarées amoureuses. Les chercheurs ont comparé l'activité cérébrale de ces personnes après un contact avec le bien-aimé, un contact réel ou contact visuel par l'intermédiaire d'une série de photographies.

Les résultats montrent que le sentiment amoureux intense entraîne l'activation des régions riches en dopamine dans le cerveau comme le noyau strié qui abrite le centre du plaisir. Le sentiment amoureux entraîne l'activation de zones cérébrales associées à la motivation et à la recherche d'une récompense.

À partir de ces résultats de ce petit échantillon, les chercheurs ont formulé les premières conclusions : l'amour romantique est un état de motivation cérébrale à la recherche d'une récompense, l'amour romantique n'est pas une émotion, n'est pas un sentiment, mais une motivation.

La personne amoureuse est fortement motivée pour être avec son bien-aimé, à la recherche d'une récompense neurologique, c'est-à-dire à la recherche d'une satisfaction. La personne amoureuse se sent mieux, et plus satisfaite avec son bien-aimé.

 

Dans d'autres études publiées dans le journal de médecine sexuelle, l'activité cérébrale a été examinée chez 20 personnes, en utilisant l'I.R.M., après avoir visionné les photographies des personnes aimées ou désirées. Les auteurs ont dessiné une carte précise des ondes cérébrales activées pendant cette visualisation : le désir sexuel et l'amour romantique activent le noyau strié. L'amour romantique active une zone cérébrale nommée l'insula (ou le cortex insulaire) située au fond du sillon latéral.

Ainsi, on peut dire que le noyau strié est responsable de l'attirance initiale, du désir sexuel, alors que le cortex insulaire est responsable de transformer ce désir en amour, en associant les besoins inconscients aux comportements conscients.

 

couple champagneAmour dépendance

Cette découverte de la participation du noyau strié dans le sentiment amoureux entraîne une question simple : on sait déjà que ce noyau est responsable de la dépendance et de l'addiction chez l'être humain, par un processus d'anticipation du désir et de la récompense. Est-ce que l'amour romantique, ou l'attirance sexuelle sont une addiction ?

Dans les études récentes, aucune conclusion définitive n'est possible, par contre, on peut considérer l'amour comme une habitude constituée du désir sexualisé qui cherche une récompense.

Cette découverte de similitudes entre l'amour romantique et l'addiction comportementale (addiction sexuelle, addiction au jeu), entre l'amour romantique et l'addiction chimique (drogue, alcool) peut aider à expliquer certains comportements amoureux excessifs, voire obsessionnels. Dans certains cas, on retrouve dans le comportement amoureux un harcèlement, de la violence, suicide et dépression. L'amour romantique peut être considéré comme une forme de dépendance similaire à la dépendance aux sports, ou à l'exercice physique. En cas de manque, un sentiment d'inconfort surgit. En cas de manque sévère, un comportement agressif, violent ou dépressif peut apparaître.


En pratique

L'expérience amoureuse n'est pas une maladie, n'est pas un état pathologique. Pour la plupart des gens, on peut comparer le sentiment amoureux au plaisir du sport, au plaisir artistique, c'est un comportement joyeux, optimiste, sain, qui s'accompagne d'euphorie, de motivation et de projets. Ce sentiment amoureux est indispensable pour la survie de notre espèce comme les autres besoins essentiels de l'être humain.

Comme d'autres comportements, l'addiction peut surgir. En cas d'amour romantique, d'une attirance sexuelle forte, certaines personnes peuvent apparaître obsessionnelles, confuses, addictes ou même en état second car le contrôle cérébral raisonnable s'affaiblit, alors que d'autres personnes vont vivre la même expérience, les mêmes pensées et les mêmes sentiments d'une façon différente, avec motivation et esprit positif.

Schématiquement, en prenant l'approche neurobiologique, la relation amoureuse ou l'attirance sexuelle active des zones bien précises dans le cerveau, les mêmes zones responsables de la dépendance et de l'addiction, utilisant la même procédure : anticiper le désir, rechercher la satisfaction. Cet état amoureux évolue vers une relation modérée pour le reste du cerveau humain, s'accompagne d'émotions, de raisonnements, d'une construction consciente à la recherche de l'intimité, et de la relation durable.

 

Mais chez certaines personnes, surtout les personnes affectées d'anxiété, victimes de traumatismes pendant l'enfance, personne dépressive, ou souffrant d'une phobie sociale, l'amour romantique ou l'attirance sexuelle devient une addiction à la recherche d'un soulagement du stress, de l'anxiété, de la dépression ou de la phobie.

Ces personnes prolongent l'amour romantique, l'amour fusionnel, retarde autant que possible, la transformation de l'attirance sexuelle en intimité. La phobie sociale, la peur de l'intimité et ou la dépression invitent ces personnes, à la façon des toxicomanes, à rechercher leur soulagement sans aller plus loin. Dans ce cas, l'amour romantique et l'attirance sexuelle n'évoluent pas vers une relation, mais plutôt vers amour-dépendance, une dépendance affective.

On retrouve le même schéma en cas de rupture amoureuse. En cas de dépendance affective ou d'amour dépendance, la rupture amoureuse devient un sevrage, la personne souffre, refuse d'admettre ce sevrage, et peut manifester vis-à-vis de son partenaire un comportement de harcèlement, de chantage, ou parfois même un comportement violent et dangereux.

Cette approche théorique permet d'aider les personnes en souffrance après une rupture amoureuse ou en difficultés relationnelles. La personne serait invitée, avec l'aide de la thérapie, à comprendre déjà la nature du problème. L'amour n'est pas un problème en soi, l'attirance sexuelle n'est pas un état pathologique, mais peuvent devenir problématiques en dévoilant une dépression, une anxiété, ou une phobie sociale, etc. Le traitement pourra aider à soulager l'anxiété ou la dépression, l'amour romantique peut évoluer vers une relation durable apaisée, de même la rupture amoureuse peut être ainsi mieux acceptée, et rapidement oubliée.

Il s'agit d'un schéma de neurobiologie pour conceptualiser l'amour romantique et l'attirance sexuelle. Ce schéma ne peut tout expliquer bien sûr, mais il a sa place avec les autres schémas qui traitent le sentiment amoureux, y compris les schémas philosophiques ou poétiques.

 

"Je ne veux à l'union de deux ames sincères admettre empêchement.

L'amour n'est point l'amour s'il change en trouvant ailleurs le changement ou s'éloigne en trouvant en l'autre l'éloignement...."

Sonnet 116 de W. Shakespaere

 

Réf

A. Aron, H. Fisher, D. Mashek, G. Strong, H. Li, and L. Brown, "Reward, Motivation and Emotion Systems Associated with Early-Stage Intense Romantic Love," Journal of Neurophysiology, 2005, 93 : 327-337.
J.G. Pfaus, T.E. Kippin, G.A. Coria-Avila, H. Gelez, V.M. Afonso, N. Ismail, and M. Parada, "Who, What, Where, When and Maybe Even Why? How the Experience of Sexual Reward Connects Sexual Desire, Preference, and Performance," Arch Sex Behav, 2012, 41(1) : 31-62.
H. Fisher, L.L. Brown, A. Aron, G. Strong, and D. Mashek, "Reward, Addiction and Emotional Regulation Systems Associated with Rejection in Love," Journal of Neurophysiology, 2010, 104 : 51-60.
Cazenave Michel : histoire de la passion amoureuse, éditions du félin, Paris, 2001

 

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