Analyse d’un tableau : Le portrait d'Arnolfini par Jan Van Eyck

Jan van Eyck Portrait de Giovanni Arnolfini et sa femme

 

 

 

Jan Van Eyck (vers 1390-1441) un peintre des Pays-Bas, aujourd'hui considéré comme l'un des artistes les plus importants de la Renaissance du Nord au XVe siècle. Une vingtaine de tableaux conservés sont attribués avec certitude à Van Eyck, tous datés entre 1432 et 1439.

 

Le tableau Le portrait d'Arnolfini, est célèbre pour son iconographie complexe et son utilisation novatrice des conventions qui inspireront les générations suivantes d'artistes.
Le Portrait d'Arnolfini (1434) de Jan Van Eyck est sans aucun doute l'un des chefs-d'œuvre de la collection de la National Gallery de Londres.


Avec un travail au pinceau si fin que l'effet semble photographique, des détails cachés et des effets visuels ludiques, cette peinture est aussi visuellement intrigante que célèbre. C'est aussi un document sur la société du XVe siècle, à travers l'utilisation intensive du symbolisme par van Eyck.

 

La technique

Van Eyck a développé la technique consistant à appliquer couche après couche de minces glacis translucides pour créer une peinture d'une grande intensité de ton et de couleur. Ses compositions sont remarquables pour leurs couleurs éclatantes et leur réalisme aigu.

L'artiste a profité du temps de séchage plus long de la peinture à l'huile, par rapport à la détrempe, pour mélanger les couleurs en peignant humide sur humide afin d'obtenir de subtiles variations d'ombre et de lumière, renforçant ainsi l'illusion des formes tridimensionnelles.

La peinture à l'huile permet également à van Eyck de saisir l'apparence des surfaces et de distinguer les textures avec précision.

 

Jan van Eyck Arnolfini et sa femme fenetre

Il a également rendu les effets de la lumière directe et diffuse en montrant la lumière de la fenêtre de gauche réfléchie par diverses surfaces. Certains historiens de l'art pensent qu'il a utilisé une loupe pour peindre les détails les plus infimes, comme les reflets individuels sur chacune des perles d'ambre suspendues à côté du miroir.

 

Le sujet du tableau

Le sujet est domestique. Il s’agit d’un double portrait de Giovanni Arnolfini, et de son épouse Giovanna Cenami, portrait en pied, présentés côte à côte dans la chambre nuptiale, face au spectateur. Un homme et une femme se tiennent la main dans un décor intérieur, avec une fenêtre derrière l’homme et un lit derrière la femme dans le symbolisme des rôles sociaux du XVe siècle.


Giovanni Arnolfini était l'un des marchands prospères d’origine lucquoise, de la ville de Bruges. On sait qu'il a vendu à plusieurs reprises des tissus luxueux et des tapisseries précieuses au duc de Bourgogne (à partir de 1423) et à ses courtisans. Il a prêté de l'argent au duc en 1446.
De 1446 à 1460, il fut autorisé par le duc à percevoir des droits de douane sur les marchandises importées d'Angleterre.

Grâce à ce privilège, Arnolfini fit fortune. Il a tellement impressionné le dauphin de France alors qu'il était en résidence à la cour de Bourgogne que lorsqu'il est devenu roi, il a fait d'Arnolfini son conseiller et gouverneur des finances en Normandie.

Arnolfini est naturalisé français en 1464. Il a été enterré à Bruges. Il était un émigré italien ambitieux, originaire de la ville de lucques, célèbre pour son commerce de la soie.

 

Symboles du tableau

Le mari tient fièrement la main de sa femme, tandis que le couple est entouré dans l'espace d’une chambre restreint par une série de symboles. Le fruit à gauche, placé sur une table basse, fait allusion à l'innocence originelle avant le péché, représentant la tentation de la connaissance et la chute de l'homme.

 

Jan van Eyck Arnolfini et sa femme fruits

 

Au-dessus des têtes du couple, la bougie brûle en plein jour sur l'une des branches d'un lustre de cuivre orné, suggérant la force de la flamme nuptiale. Le petit chien au premier plan est un symbole typique de la fidélité et de l'amour. Le lit conjugal, avec ses rideaux rouge vif, évoque fortement l'aspect physique de l'union.

 

Jan van Eycki Arnolfini et sa femme lustre


La fourrure était un luxe coûteux autorisé par la loi uniquement aux échelons supérieurs de la société, les clients de Van Eyck semblent faire une déclaration consciente de leur richesse et de leur statut en ayant des vêtements garnis de fourrure (d'autant plus que l'arbre en fleurs à l'extérieur de la fenêtre suggère que la journée était chaude).

Jan van Eyck Arnolfini et sa femme mains

 

Van Eyck s'est assuré d'inclure de minuscules et beaux détails - tels que les manchettes assorties en or et en argent sur les poignets du couple, de nombreux détails autour du bord du voile de la femme et quelques oranges fruits très chères sous la fenêtre. Il réalise un travail habile et complexe, pour dessiner un couple aisé et instruit qui sait comment dépenser son argent.

 

Jan van Eyck Arnolfini et sa femme miroir


Le point central du tableau est le miroir, qui reflète deux personnages invisibles qui franchissent le seuil de la pièce. Il s'agit du peintre lui-même et d'un jeune homme, qui arrive sans doute pour servir de témoins au mariage. Le miroir convexe permet de voir à la fois le sol et le plafond de la pièce, ainsi que le ciel et le jardin à l'extérieur, qui sont à peine visibles par la fenêtre latérale. Le miroir agit donc comme une représentation visuelle alternative.

 

Jan van Eyck Arnolfini et sa femme miroir detail

 

L'artiste utilise le miroir pour élargir les limites de l'espace. Cette technique sera utilisée par Velázquez dans son célèbre portrait de la famille royale espagnole ou Manet.

Comment savons-nous que ce couple était riche? Le lustre, les vitraux, les tapis finement tissés, les sandales, les robes bordées de fourrure, le miroir, le chien et les oranges sont tous des symboles d'une richesse incroyable dans la Flandre du XVe siècle. Beaucoup de ces images remplissent également une double fonction, indiquant non seulement la richesse, mais véhiculant également des allusions à des motifs religieux et de fertilité.


Le lustre a une bougie allumée, qui représente l'œil voyant de Dieu ; le miroir est décoré de scènes de la Passion du Christ. Il y a des chapelets suspendus à côté du miroir. Les oranges représentent la fécondité dans l'art, tout comme le lit cramoisi.

 

Jan van Eyck Arnolfini et sa femme visage
Le haut chapeau à larges bords d'Arnolfini était un symbole de statut inhabituel et coûteux. Les couleurs sombres des vêtements de l'homme, pourpre foncé, brun et noir, reflètent de manière appropriée le goût du duc de Bourgogne. La teinte pâle de la femme est dûe à un maquillage largement utilisé de la cour pour donner une impression de raffinement. Sa robe, bien qu'elle ne soit pas faite d'un tissu particulièrement coûteux, a une élégante doublure en fourrure blanche et des manches décorées.

 

Jan van Eyck Arnolfini et sa femme le chien

Le chien de salon est le compagnon constant des femmes nobles, et le tapis anatolien près duquel elle se tient, témoigne de la richesse du couple. Ce couple, sans être ostentatoire, ne laisse guère de doute au spectateur sur son statut social.

Au cœur du portrait une décoration de la chaise à proximité des mains jointes du couple. Elle fait penser aux rictus obscènes que les contemporains appréciaient lors des fêtes de mariage. Le cadre du tableau comportait une citation d'Ovide moqueuse ou ironique sur la fidélité. Le duc de Bourgogne possédait plusieurs exemplaires de l'Art de l'amour et appréciait l’humour d’Ovide : "Ne soyez pas timide dans vos promesses ; par les promesses les femmes sont trahies" ; "Faites beaucoup de vœux, et tous à haute voix".

 

De l'autre côté du miroir du tableau, se trouve une brosse ou balai à épousseter. La femme serait retenue par des dévotions pieuses pour occuper son esprit et par des tâches domestiques pour occuper ses mains. Cette signification religieuse domestique jette peut-être une autre lumière sur la statue sculptée au-dessus du plumeau. Certains ont suggéré qu'elle pourrait représenter Sainte Marthe, la patronne des femmes au foyer.

Van Eyck a inclus un fruit dans une forme particulièrement intrigante. Sur le rebord de la fenêtre et le coffre en dessous se trouvent quatre oranges, symbolisent la tentation ou la fertilité, un fruit rare et très couteux à l’époque témoigne de l’aisance du couple.

 

Le réalisme du tableau

Le réalisme de l'imagerie de Van Eyck doit être évalué en tenant compte de ce mélange d'observation, de convention et de propagande.

Jan Van Eyck est là en tant que conteur, conscient de tous les détails. Certains pourraient penser que, dans un tableau, une orange ne peut pas évoquer simultanément la fertilité, la tentation et la noblesse. Dans ce cas, il semble qu'un artiste doté du pouvoir d'observation et de synthèse comme van Eyck devait être capable de comprendre que, dans le contexte de la vie des gens, les objets pouvaient avoir de multiples associations.

 

Dans le double portrait de l'Arnolfini, Jan Van Eyck était certainement présent. Artiste et commentateur social, il nous a laissé une vision fascinante de la relation complexe et entrelacée entre sexualité, religion et statut social dans l'Europe du Nord du XVe siècle.

Peut-être que la chambre que Van Eyck a imaginée dans son tableau est différente du monde réelle. En surface, l'artiste et le mécène cultiveront une piété et une formalité aristocratiques, mais ils se laisseront aussi aller à leur sens de la comédie courtoise et de l'ironie romantique.
L'artiste a clairement écrit sur le tableau, en latin orné, "Jan Van Eyck était ici 1434."

Cependant, la femme de Giovanni était décédée en 1433, ce qui présente l'hypothèse possible : Van Eyck avait commencé l'œuvre en 1433 alors que la femme de son client était vivante mais elle est décédée au moment où il l'a terminée, ou il s'agissait simplement d'un portrait posthume. Les portraits posthumes n'étaient pas rares.

 

Jan van Eyck Arnolfini et sa femme robe


Il existe une autre possibilité, qu'il s'agisse d'une représentation d'un deuxième mariage, dont les enregistrements ont été perdus. Le visage de la femme apparaît jeune. Son apparence est très à la mode, avec un front haut et des cheveux coiffés. Certains ont pensé qu’elle est enceinte, mais d’autres pense qu'elle soulève des tissus lourds et plissés afin de montrer son cher jupon bleu.

Le miroir sur le mur du fond pourrait être une œuvre d'imagination, car il est plus grand que les miroirs de l’époque. Dans la surface en verre polie et convexe, entourée de belles scènes miniatures de la Passion du Christ, le dos du couple se reflète - mais aussi, la figure l'artiste lui-même.


Une théorie a été avancée que l'œuvre était l'équivalent d'un contrat de mariage : l'union a été attestée par l'inclusion visuelle d'un troisième personnage, qui a signé l'image en gros caractères évidents au-dessus du miroir pour prouver sa présence. Personne ne peut prouver ou réfuter cette théorie.


Arnolfini ne prend pas la main de sa femme dans sa main droite. Certains ont pensé qu’il s’agissait d’un "mariage de la main gauche", une union d'inégaux, dans laquelle la femme était obligée de renoncer à tous les droits habituels de propriété et d'héritage. Ainsi il est probable que les deux témoins soient présents pour valider le contrat financier établi lors d'un tel mariage.

A Bruges au XVe siècle, ni prêtre ni témoins n'étaient nécessaires. Un couple pouvait se marier, puis confirmer l'arrangement en assistant à la communion ensemble, le lendemain matin, la présence d’un membre du clergé ne sera obligatoire qu’à la fin du XVIè.


D'autres historiens de l'art pensent que le tableau pourrait représenter le mariage de Giovanni di Nicolao Arnolfini et de sa première épouse Costanza Trenta.


Les mystères du portrait d'Arnolfini, ainsi que la technique magistrale de Van Eyck, continuent de fasciner les spectateurs et de les inviter à étudier les détails du tableau.

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