Libertin et Libre : Diderot publie la religieuse

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Au 18e siècle, la première révolution sexuelle secoue la société européenne, la galanterie devient sexualité, la liberté inclut le libertinage, la religion est critiquée, l’austérité est combattue. Le plaisir épicurien est recherché, la jouissance est un but en soi.

 

 

Libertinage comme liberté

 

 

Le libertinage est un courant à cheval sur le 17ème et le 18ème siècle. La France connaît une situation politique sans précédent. Monarchie absolue, tout est centralisé à  Versailles, la politique étrangère du Roi installe le pays au centre de l’Europe, lui procurant un rayonnement culturel inégalé pendant un demi-siècle, Paris devient la capitale de la culture et du bon goût.

Louis XIV impose un état autoritaire, et un climat d’uniformité. La France est gouvernée par un seul homme, fidèle à une seule religion. L’Edit de Nantes est révoqué, prétendu mettre en péril cette uniformité.  Des flots de littérature de propagande sont diffusés, produits par les membres de l’église catholique romaine visant à soutenir cette conformité sociale, des ouvrages prônant l’intolérance religieuse et la conversion forcée des protestants. C'est dans cette uniformité sociale imposée que le libertinage va naître, dès les premières persécutions protestantes qui précédent la révocation de l’édit de Nantes, et durent jusqu’à la révolution française. La politique de Louis XIV associée aux universités, aux églises et à l’état a fini par créer un conservatisme social et intellectuel, et une vérité officielle dogmatisante. Ce conservatisme englobe les questions religieuses, les questions liées à l’homme, à la nature et à la société.

Le libertin du 17ème s’oppose à l’idéologie dominante en réhabilitant un système de pensée stigmatisé ou combattu, jugé honteux ou néfaste pour le pays,  mettant en cause la politique royale et les agissements du clergé. Les libertins au 17e siècle tentent de sortir des vérités officielles ; les vérités autorisées ne permettent pas aux sciences et à la culture de s’adapter avec l’évolution  scientifique, (à l’exemple de Gassendi) et d’appeler à la tolérance en insistant sur la différence entre tolérance et laxisme comme écrivait Bayle. La relation entre l’homme et Dieu, entre l’homme et la nature sont des questions largement discutées  au 17e siècle.

Un nouveau siècle arrive, escorté de nombreux bouleversements scientifiques et culturels. Les mentalités changent. La  nécessité  de  la  monarchie est discutée en raison de ses excès et de ses échecs, une remise en cause du régime politique, l’apparition des notions comme le contrat social, la revendication d’une nouvelle approche de la nature, tant en science qu’en philosophie.

Le libertin au 18ème siècle utilisera sa raison pour comprendre, pour critiquer et maîtriser les idées et les mœurs de son temps, alors que ses contemporains s’y soumettent sans les comprendre. Le 18e siècle milite pour une démarcation nouvelle entre la science et la religion, le religieux et le dogmatique doivent être écartés de la connaissance scientifique, car ils lui sont néfastes. 

L’esprit critique prend une importance capitale,  on voit apparaître un nouveau genre d’ouvrage : le roman libertin qui traite les traits de la société d’une façon plaisante légère ou caustique, en la travestissant lorsque les attaques contre le pouvoir en place sont sévères.

Le plaisir prend un nouveau statut, s’inscrit dans la nature de l’homme, et acquiert une nouvelle justification. Les thèses épicuriennes deviennent de moins en moins scandaleuses. Les pratiques amoureuses et voluptueuses sont décrites comme naturelles, et se trouvent réhabilitées.

Le libertinage au 18e voit un jour nouveau, s’appuyant sur de nouvelles thèses, se permettant des arrangements avec Dieu, refusant les dogmes de l’église et critiquant la monarchie absolue. La négation de la morale entraîne une justification de bon nombre d’actions scandaleuses aux yeux de la religion. La plus criante, car touchant le plus la nature, est cette idée que le meurtre est louable, car s’inscrivant parfaitement dans le cours de l’univers.

Dans son roman, les Bijoux indiscrets, Diderot écrit une fable sensée se passer au Congo. Il décrit le règne d’un roi du Congo, qui cache en fait la figure de Louis XIV, un roi despotique, dépensier, autoritaire, incompétent, aux mœurs perverties, avec un passage où est critiqué la révocation de l’Édit de Nantes, ainsi que le rôle de l’église catholique dans cette affaire.

 

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Boucher , sommeil de vénus

 

Erotisme littéraire et artistique  

 

 

Le 18ème siècle est un siècle d’aisance, de spéculation financière et d’une  mondialisation débutante. L’érotisme au 18e  siècle est littéraire et artistique.

Ces publications mettent en cause les deux pouvoirs en exposant les débauches du monde ecclésiastique et l’immoralité des certains aristocrates. L’écrit érotique comprend le roman libertin, mais aussi des chansons ou encore des poésies, parfois même des pièces de théâtre. Le XVIIIe siècle apparaît comme un « âge d’or » de cette littérature.

Pour expliquer cette croissance de produits culturels érotiques au XVIIIe siècle, certains évoquent la libéralisation des mœurs comme conséquence du développement d’une idéologie des Lumières.

Le roman érotique devient un genre avec des formes et codes qu’on retrouve plus ou moins dans la peinture.

Les thèmes abordés sont également variés, avec des effets de « mode ».

Ce genre s’adresse à un spectateur « voyeuriste » et curieux. Le lecteur est pris en compte dans la conception du récit, et la narration tente de  provoquer l’émoi du spectateur. Le but recherché est le plaisir.

Cette culture érotique met en scène la découverte du corps, l’initiation aux pratiques sexuelles, dans une utilisation récurrente de la raillerie et de la dérision. Le ton est souvent moqueur espiègle. Le pouvoir interdit ces livres selon des critères peu précis qui varient d’une époque à une autre, d’un livre à un autre. Les mesures de censure et de répression sont néanmoins jugées inefficaces par les historiens. 

Si le livre érotique est aussi pourchassé, c’est indéniablement pour son traitement de la sexualité, mais également pour ses critiques sociétales et politiques.

Ces romans peuvent inclure des dissertations philosophiques associées à des passages virulents à l’encontre du système.  Une des cibles privilégiées des romans et des chansons au XVIIIe siècle est la maîtresse du roi ; les mœurs dissolues du roi, madame de Pompadour puis la comtesse du Barry.

 

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Boucher, Diane sortant de son bain

La religieuse, et l'homosexualité féminine 

 

Le Siècle des lumières va profondément modifier d'une manière progressive le continent européen. Cette mutation sera longue et pénible en ce qui concerne le sociétal. Les idées progressistes sur le plan juridique ou économique ne s'étendaient pas toujours à la vie privée.
Pendant ce siècle, la libération de la sexualité de l'emprise religieuse sera longue et conflictuelle entre libertins et moralisants, entre libertaires et conservateurs.

L'homosexualité féminine n'était pas considérée comme un facteur de risque ou de troubles sociaux. Ni encouragement, ni répression, mais une indifférence dictée par l'idée que la sexualité sans pénis n'est pas une sexualité, et que la femme ne peut avoir de plaisir sexuel sans l'homme.

Au 17e siècle, l'homosexualité féminine était rarement punie. Nous connaissons l'histoire de la sœur Benedetta dans un couvent à Nantes, qui a eu une relation sexuelle et romantique avec une autre sœur. La sœur Benedetta fut punie, légèrement, pour avoir désobéi aux règles du couvent, et non pas pour avoir eu des relations romantiques et sexuelles avec une autre sœur. Sa partenaire n'a pas été inquiétée.

La naissance de l'individualisme s'accompagna d'une recherche de libération sexuelle. Les libertins ont été présentés comme des gens cherchant à corrompre les femmes mariées, et à ruiner la vertu des vierges. Le libertinage était lié à la mode, à la modernité, à la consommation, aux vêtements coûteux, et aux discussions osées.

On retrouve dans ce mouvement de libertinage, certaines racines de l'identité homosexuelle.
La grande majorité des libertins était hétérosexuelle ou bisexuelle, par contre, l'esprit de libertinage validait les goûts personnels en matière de sexualité, les préférences, et la recherche du plaisir.

Peu de gens avaient les moyens d'être libertins à cette époque, il fallait être riche, puissant, et capable d'ignorer ou de se détacher de la pression sociale. Le libertinage était un sport coûteux, pratiqué par des gens riches, bien installés dans la société, généralement aristocratiques et cultivés.

À cette époque, Denis Diderot publie son roman " la religieuse ", pour dénoncer l'emprise de l'église sur la sexualité.


Diderot est matérialiste, il ne croit pas à la dualité du corps et de l'âme. Parler du corps ou des passions humaines revient donc à parler de la même réalité humaine sous deux angles différents. Il est difficile de classer Diderot en libertin, sensualiste, ou en homme qui encourage le plaisir et  et la liberté sexuelle.

La Religieuse est un roman fondateur pour l'histoire de l'homosexualité en littérature française : le premier personnage est une lesbienne, souffrant jusqu'à la folie et la mort, de l'impossibilité de concilier ses désirs avec une religion exigeant le contrôle de ses désirs. Plus de 60 ans avant Splendeurs et Misères des courtisanes de Balzac, Diderot met en scène pour la première fois une relation lesbienne, en tentant une description littéraire de l'orgasme lesbien ; une première dans la littérature.


Suzanne Simonin raconte comment elle est traitée par sa supérieure :

" Elle m'invitait à lui baiser le front, les joues, les yeux et la bouche. La main qu'elle avait posée sur mon genou se promenait sur tous mes vêtements, depuis l'extrémité de mes pieds jusqu'à ma ceinture, me pressant tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre. Enfin il vint un moment, je ne sais si ce fut de plaisir ou de peine, où elle devint pâle comme la mort ; ses yeux se fermèrent, tout son corps se tendit avec violence, ses lèvres se pressèrent d'abord, elles étaient humectées comme d'une mousse légère ; puis sa bouche s'entrouvrit, et elle me parut mourir en poussant un profond soupir. Je me levai brusquement je voulais sortir, appeler. Elle entrouvrit faiblement les yeux, et me dit d'une voix éteinte : "Innocente ! Ce n'est rien". J'allais près d'elle ; elle me fit signe encore de la main de m'asseoir sur ses genoux ; je m'assis ; elle était comme morte, et moi comme si j'allais mourir. Son visage s'était animé des plus belles couleurs "

Diderot glisse le thème du " mal " ou de la " maladie ", pour décrire ce besoin sexuel pressant chez les femmes lesbiennes.

Diderot ne prétendait pas décrire un orgasme, ce terme n'existait pas, l'orgasme sexuel féminin était inconnu. Diderot décrit un plaisir sexuel entre deux lesbiennes.

Références:  


Meril. D. Smith : the greenwood encyclopedia of love, courtship and sexuality, vol 4, Greenwood press, 2008

Mehouvin Lisa :  Fragonard : Désir, Séduction et Erotisme: Regard contemporain sur un siècle de sensualité, Edit causam, 2021

Teyssèdre Bernard , L'Histoire de l'art vue du Grand Siècle. Paris, Julliard, 1964.

Faré Michel, Le Grand Siècle de la nature morte en France: le XVIIe siècle. Fribourg, Office du Livre,

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9 points à connaître sur Jean-Honoré Fragonard

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Jean-Honoré Fragonard est un maître du rococo. Le style rococo répandu au 18e siècle peut se résumer ainsi : dessiner le sérieux avec légèreté. Les œuvres de ce peintre se distinguent par leur apparente simplicité, leur exubérance, leur hédonisme, dans une maîtrise remarquable d’agréables coups de pinceau fluides et de couleurs brillantes.

La vie de Fragonard est simple et discrète, entièrement consacrée à l’art, un personnage solitaire, une liberté de style, de contenu, un amour de la poésie et des couleurs dans la lignée des grands coloristes du XVIIIe siècle.

 

 

 

1 – Célèbre en France et à l’étranger


Le musée de Louvre expose une belle collection de Fragonard, dont des tableaux importants comme les baigneuses ou le verrou.

 

Fragonard les baigneuses


Jean-honoré Fragonard, Les Baigneuses, 1765, Musée du Louvre, Paris.
Mais parmi les 550 peintures et les milliers de dessins, on retrouve d’importants tableaux de Fragonard dans les musées étrangers, et dans les collections privées comme la bascule à Madrid ou le tableau de la balançoire dans la collection Wallace Londres.

 

 

 

2. Élève de François Boucher

La parenté entre le maître et l’élève est présente dans le style, les couleurs, et le choix des sujets.
À l'âge de dix-huit ans, Fragonard fait un stage à Paris, il a commencé chez un maître : Chardin pour apprendre le dessin et acquérir de l'expérience. Six mois après, Fragonard étudie chez Boucher. Il garde de Chardin la maitrise de la ligne, et acquiert de Boucher, le style rococo, et l’amour des couleurs. Cependant, le contenu de ses tableaux est plus complexe et plus riche que certains tableaux de Boucher.

 

Fragonard La lettre d amour


Fragonard — La Lettre d'amour 1775. Métropolitain Muséum of art, à New York.

 

 

 

 

3- Fragonard est l’élève de Rome aussi

Fragonard a obtenu la bourse du Prix de Rome, décernée par l'Académie française, en soumettant son tableau Jéroboam sacrifiant au veau d'or (1752). Fragonard est parti étudier à l'Académie française de Rome. Dans ce tableau, on peut retrouver les influences de la peinture italienne, comme dans d’autres tableaux.

Fragonard Jeroboam sacrifiant le veau d or


Fragonard, Jéroboam sacrifiant le veau d'or, 1752, École nationale supérieure Paris.

 

 

 

 

 

4. Son tableau important : sa fille, entre Chardin et Boucher

 

Fragonard jeune fille lisant

Fragonard, jeune fille lisant 1770, National Gallery of art, Washington


Dans ce tableau, c’est un autre Fragonard. Ni érotisme, ni rococo, ni jardins, mais une jeune fille qui lit, dessinée sobrement, les lignes austères de Chardin, le coup de pinceau tendre et gracieux de Boucher, et les couleurs de Fragonard.

Fragonard épouse Marie-Anne Gérard en 1769. Ils ont eu un fils, Alexandre-Évariste Fragonard, et une fille, Rosalie son modèle. Elle est représentée dans des œuvres telles que la jeune fille lisant 1770 et dans la jeune femme debout 1775.

 

 

 

 

5. La Révolution française change tout pour Fragonard

 

Fragonard Les progres  de lamour dans le coeur d une jeune fille

Fragonard : les progrès de l'amour dans le cœur d'une jeune fille, 1771, Collection Frick


La Révolution française a tout changé pour le peintre. Changement de régime, disparition de la noblesse, mécènes guillotinés ou exilés, il quitte Paris pour renter à Grasse chez un cousin en emportant avec lui son tableau le progrès de l'amour dans le cœur d'une jeune fille, et une série de quatre pièces pour la maîtresse de Louis XV, Madame du Barry.
La révolution ne modifie pas le régime seulement, mais le goût du public aussi. Le rococo disparaît pour laisser place, quelques années plus tard au néoréalisme porté par David.

 

 

 

 

6. Les tableaux de Fragonard sont complexes


Il est injuste de penser que Fragonard était un libertin qui cherchait à vendre un art simple et érotique. Ses tableaux au-delà d’une remarquable maîtrise technique relatent les idées de l’époque sur les relations entre les hommes et les femmes, les jeux de séduction et le sentiment amoureux.

 

Fragonard la balacoire

 Fragonard, la balançoire, 1767, Wallace Collection, Londres


Intitulée à l'origine Les Hasards heureux de l'escarpolette, cette peinture est commandée par le baron Louis-Guillaume Baillet de Saint-Julien en 1767.
L'utilisation intentionnelle de la couleur par Fragonard attire d'abord l'attention du spectateur sur la femme. Mais en regardant de plus près, toute la scène devient claire : la maîtresse au milieu, l'amant à gauche et le mari poussant la balançoire. Ce tableau est toujours considéré comme un chef-d'œuvre de l'époque rococo.
Par des images légères, l'érotisme de l'époque est imprégné d'une sensualité qui nous rappelle Watteau sans la nostalgie pour un âge d'or perdu. Il est admiré pour sa technique et aussi pour la poésie de ses tableaux, où de nombreux personnages s’amusent et racontent une histoire.

 

 

 

 

 

7- Fragonard raconte la séduction au 18e siècle

 Il dessine les jeux de la séduction, consensuelle, mutuelle, sans honte ni culpabilité, dans une époque d’hédonisme et d’individualité naissante. Dans ses tableaux, la séduction est un jeu dont les règles sont claires : consentement mutuel, règles strictes, scénario sans tromperie, et la capacité de chaque partenaire de cesser le jeu quand il le désire. La femme est une personne entière, partenaire du jeu amoureux, rarement nue. La mise en scène est théâtrale, les gestes et les expressions permettent de deviner la communication non verbale entre les amoureux. En regardant les tableaux de Fragonard, nous constatons le caractère individualiste des personnages qui cherchent à profiter du moment présent dans une tendance hédoniste qui trouvera son apogée à la révolution.
"Le baiser volé" de Fragonard est une variation d'histoire d'amour. La fille a rapidement couru hors de la pièce, pour prendre son écharpe et au même moment, elle était attirée dans les bras de son amant. Le visage de la femme traduit la confusion, elle est prise au dépourvu. Cette confusion, le sentiment de la surprise, de cette hésitation, Fragonard parvient à capturer ces éléments à la perfection.

"À la fin des années 1780, comme s'il se retournait vers le passé, Fragonard crée ce chef-d'œuvre, de dessin, de composition, et de beauté.

 

 

 

 

 

8- Fragonard et le décor


L'utilisation du décor par Fragonard est unique, le décor intensifie le drame narratif. Ses compositions sont cadrées comme des scènes de théâtre, la lumière dirige l'œil du spectateur de telle sorte que la séquence des événements devienne claire. Les statues et les arbres servent à transmettre l'humeur, avec un ciel orageux et des branches balayées par le vent indiquant un malaise ou une tension tandis que des arrière-plans placides suggèrent une résolution.

 

 

 

9 – Un pinceau de maître


À travers l'œuvre de Fragonard, la physique de la création artistique est exposée. L'application de la peinture de Fragonard est bien visible sur ses toiles, avec de longs traits fluides indiquant les plis de vêtements ou les feuilles et les fleurs, complétées par couleurs et contrastes entre lumière et ombre. Examinées de près, l'œuvre de Fragonard anticipe la peinture qui dominera la fin du 19e siècle : l’impressionnisme.

 

 

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Fragonard : séduction et sensualité

Fragonard appartient à cette lignée qui, de Rubens à Tiepolo, préfère le mouvement au repos et déjà, l'impression à la certitude, sans être pour autant impressionniste.

Fragonard ne datait pas toujours ses tableaux. Il est difficile de savoir comment il a évolué, mais son style est une transition vers le romantisme et le néoclassicisme qui va régner à la fin du siècle avec David.
Les années de formation et la rencontre des grands maîtres
Le peintre de la frivolité et du rococo, Jean-Honoré Fragonard naît à grasse dans une famille d'origine italienne en 1738. Fils de François Fragonard, garçon gantier, et de Françoise Petit. Il quittera sa ville natale Grasse, à l'âge de six ans, pour s'installer avec sa famille à Paris, où se déroulera la plus grande partie de sa carrière.


Les dispositions artistiques de Fragonard sont précoces et, après avoir quelque temps travaillé avec Jean Siméon Chardin, il entre à l'âge de 14 ans, dans l'atelier de Boucher. Celui-ci comprit et affirma les dons du jeune garçon en le présentant au concours de Rome dont il est lauréat du grand prix de peinture en 1752.
Fragonard intègre dans ses tableaux les deux influences, la fougue méridionale et le culte de la séduction amoureuse de Boucher n'excluant jamais le réalisme de la ligne stricte de Chardin. Fragonard rencontre Greuze, se lie avec Hubert Robert dont la manière rapide et fluide est proche de la sienne, et l'abbé Jean-Claude Richard de Saint-Non qui l'introduira dans les milieux parisiens, et qui deviendra son principal commanditaire. Il séjourne en Italie (Naples). De retour en France, Fragonard est accueilli comme un peintre confirmé. Il obtient la reconnaissance de la Cour, des commandes publiques et un atelier au Louvre.


Fragonard et Hubert Robert s'éveillent au sentiment de nature, si nouveau alors en peinture et que la Nouvelle Héloïse (1761) va répandre dans les lettres.
Peu à peu moins académique, son travail délaisse la narration historique pour des scènes galantes à tendance érotique. " Les Hasards heureux de l'escarpolette " (1766) tableau réalisé à la demande de la maîtresse de Louis XV, Madame du Barry, témoigne de cette époque galante.
Négligeant la vie officielle, Fragonard fait une carrière dans des tableaux de joie de vivre et de frivolité. Actrices et fermiers généraux se disputent ses œuvres, où le libertinage n'a rien d'équivoque, mais respire la santé, l'allégresse, la jeunesse, la joie de vivre parfois champêtre ou rustique, et la frivolité.

Nommé conservateur du Musée du Louvre, ses toiles se venaient bien, il amasse une grande fortune grâce à son travail.
Quelques années avant la Révolution française, Fragonard invente les couleurs vives, les sourires dans des tableaux légers, pleins de bonheur et de joie de vivre, dans une époque où le crépuscule de la monarchie commençait à apparaître.

La Révolution française n'inquiète pas Fragonard, David le fait nommer membre du Conservatoire des arts. Mais le goût a changé, et son art semble démodé.
En 1805, Fragonard est expulsé du Louvre par décret impérial. Il s'installe alors chez son ami Veri, au Palais Royal. Le 22 août 1806, il décède d'une congestion cérébrale, dans l'indifférence.


Style de Fragonard


En 1773, Fragonard voyage en Italie, puis Vienne, Dresde et Francfort. Fragonard est accompagné de Marie-Anne Gérard (1745-1823), son épouse depuis 1769. À partir de 1775, la jeune sœur de celle-ci, Marguerite habite avec eux. La vie familiale inspire au peintre des scènes de genre, des portraits d'enfants d'une grande fraîcheur.
On peut remarquer, qu'en dépit de la frivolité des sujets, une certaine rigueur néoclassique marque les profils et les gestes, les femmes sont habillées, coiffées, en mouvement, et même dans un sujet mythologique, une passion romantique apparait, dans un cadre naturiste, elles dansent dans les jardins, ou se baignent dans des lieux rustiques.


Ces dessins devancent pourtant d'un siècle certaines trouvailles impressionnistes ; les Goncourt l'ont prévu " Fragonard a été plus loin que personne dans cette peinture enlevée qui saisit l'impression des choses et en jette sur la toile comme une image instantanée " (Gazette des beaux-arts, 1865).
Fragonard fidèle à son maître Boucher dessine des femmes séduisantes sans nudité, vivantes, et réelles. Fragonard ajoute dans ses tableaux des mouvements mis en scène, et un érotisme nouveau, érotisme intellectuel et allégorique.
Ses lignes sont strictes, les couleurs vives, les détails sont nombreux.
Clairement influencé par Rubens et Rembrandt comme on le voit dans le verrou, les hommes et les femmes de Fragonard sont attirants, beaux et sophistiqués.

 

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 Les Hasards heureux de l'escarpolette de Fragonard, 1767


L'œuvre qui établit sa réputation, les Hasards heureux de l'escarpolette (collection Wallace), commandée par M. de Saint-Julien.

Cette création de Fragonard appartient au style rococo, dont elle représente les principes.
La toile décrit une femme en plein mouvement en escarpolette. Toute la lumière du tableau est dirigée vers cette femme, qui a l'air heureuse et qui laisse voir coquinement la blancheur de ses jambes à l'homme demi-allongé en bas, probablement son amant. C'est peut-être là l'" heureux hasard " de l'escarpolette, qui confère au tableau une note érotique toute discrète et artistique. Aussi, la dame perd sa pantoufle, que l'amoureux personnage ramasse galamment et lui offre. Deuxième hasard ?
Sous la fille, on retrouve dans un grand buisson, des fleurs et le feuillage, un jeune amoureux, haletant avec anticipation, maintenant son chapeau à disposition. (Le chapeau en langage figuré érotique de dix-huitième siècle couvrait la tête, mais également une partie du corps masculin une fois par distraction exposée.) La contrepartie féminine au chapeau était la chaussure de la fille qui vole de son joli pied, pour se perdre dans la broussaille. Un pied nu, une chaussure perdue sont des symboles familiers à cette époque de la virginité perdue.
L'homme en bas semble contempler le " spectacle " qui s'offre à sa vue avec frivolité, celui qui se trouve derrière, relégué dans l'ombre, se charge uniquement de maintenir l'escarpolette en mouvement, ne laissant pas l'heureux amant jouir trop longtemps de la vue de cette chair blanche.
La perspective est riche et représente très vraisemblablement un jardin, luxuriant et d'une éclatante et sombre verdure.
L'ange en haut, à gauche, semble recommander, avec un petit geste du doigt, le silence aux deux amoureux.
Cette création illustre bien l'un des principes majeurs du rococo : dépeindre l'éternel plaisir de vivre et de s'aimer.
Dans ce tableau, Fragonard fidèle à son maître Boucher, la femme est sophistiquée, habillée, vivante, mais Fragonard ajoute le mouvement, la mise en scène, et un érotisme sans nudité.

 

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La fontaine de l'amour

Ce tableau, parmi les peintures plus célébrées de Fragonard, a été fréquemment reproduit sous forme de gravures. A cette époque, l'art de Fragonard est décrit comme art de décadence et corruption de l'ancien régime. Pendant que ses commanditaires étaient jugés par les révolutionnaires, ses travaux furent dissimulés. Quand il est mort en 1806, il était presque un peintre oublié. Cinquante ans plus tard Fragonard revient à la mode, ces tableaux à nouveau vendus, Goncourt a décrit ce tableau d'une façon élogieuse : " C'est toujours nuit, une nuit de mystère orageux pesant fortement sur des arbres foncés et des plantations richement parfumées. Deux amoureux couronnés avec des roses se précipitent en avant. Le vent heurte la gorge de la femme et repousse sa tunique en arrière. " Ils s'appuient en équilibre sur le bord du bassin, la fontaine de l'amour, et s'approchent comme deux affamés, soif et désir sur les lèvres, sous la bienveillance de plusieurs cupidons. Ce tableau est brillant, Fragonard capte le sens de la passion, l'urgence du désir, en réalisant une allégorie fine du désir sexuel.
La conception de l'image est rigoureuse et retenue, les jeunes amoureux ont été juxtaposés comme un groupe sculptural, leurs visages sont montrés de profil. La tasse vers laquelle ils tendent leurs lèvres contient la joie de leur satisfaction. Une allégorie de la passion. Chez Fragonard, le tableau dégage un puissant érotisme dans son idée, et non pas dans le nu, dans les émotions qui s'en dégagent, et non pas dans la représentation crue.


 

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 Le Baiser volé

Ou Le Baiser à la dérobée, son plus célèbre tableau après Le Verrou, fut le fruit d'une collaboration avec Marguerite Gérard, son élève et sa belle-sœur. Comme toujours chez Fragonard, il y a de l'action et la mise en scène. L'action de ce tableau se déroule dans un boudoir attenant à un salon à percevoir dans la partie droite, et à travers une porte ouverte, on observe des joueurs de cartes réunis dans un salon. Cette antichambre communique avec un autre espace, corridor ou balcon où un galant est arrivé. Paravents, rideaux levés et portes entre-baillées marquent des espaces. La scène proprement dite se déroule dans cette zone limitée entre deux portes, entre deux espaces. La place accordée aux deux amants est bien restreinte. Le désir triomphe à cet environnement hostile et incertain, la femme se laisse embrasser. Le pied du garçon mord sur la robe encombrante de la femme.
Les tissus participent à la poétique du tableau, la femme vient d'échapper du salon, remonte en direction du garçon, son écharpe témoigne cette difficulté d'échapper à la surveillance sociale, ou devoir social, l'écharpe rayée que tirait la femme donnait l'impression d'une réticence, vaincue à la fin par le désir. D'autre part, les étoffes plissées de la robe, les rideaux un peu tordus donnent une impression de désordre. Rien de nu, rien de vulgaire, rien de dévoilé, l'érotisme de Fragonard est dans la subtilité. La femme chez Fragonard participe, se décide, et partage. Les visages des amoureux chez Fragonard reflètent les émotions engendrées par la situation. L'émotion sur le visage de la jeune femme, ses yeux fixés sur la porte, témoigne une réticence, un consentement, une légère contrariété. Dans ce tableau, on voit Fragonard fidèle à son maître Chardin, déployant les objets, utilisant les espaces dans un ordre précis, pour transmettre un message.

 

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Le verrou

Le tableau maître de Fragonard résume pour de multiples raisons, le style du peintre. Le tableau est divisé en plusieurs parties. À droite, un homme enlace une femme de sa main gauche, tandis que de sa main droite pousse le verrou pour fermer la porte. La jeune femme dans une position ambiguë ; éperdue, visage renversé, elle repousse mollement de sa main la bouche de son amant. Sa jambe gauche est pliée, installée entre les jambes écartées de l'homme. Aucune nudité dans le tableau. La scène se passe dans une chambre à coucher. Les deux tiers du tableau sont occupés par le lit et ses rideaux.
Comme dans d'autres tableaux comme le baiser à la dérobée, les tissus, les objets vont jouer un rôle important dans la signification. Les drapés, le lit en désordre, voilà l'autre partie du tableau. Certains ont vu dans la forme des drapés en tissu rouge une forte ressemblance avec l'organe sexuel féminin, sous forme de fente entourée de plusieurs plis. Les deux oreillers sont en fait des seins, le grand rideau rouge au-dessus du lit, une vulve avec les grandes lèvres, et le drap, un phallus. Ce genre de jeux visuels était fréquent à l'époque : les clients, les riches nobles, sauvaient les apparences... et s'amusaient de ces plaisanteries en bonne compagnie.
Le reste de la toile est une sorte de métaphores de ce qu'il va venir. La pomme installée à l'autre bout du tableau, allusion au mythe d'Adam et Ève.
D'autres symboliques érotiques se montrent aussi : chaise renversée, jambes en l'air, une pomme symbolique du péché, un verrou en référence au sexe masculin, un baldaquin montrant le sexe féminin tant par ses formes que par ses couleurs. La volonté de (re) faire l'amour du jeune homme est claire alors qu'il ferme (à nouveau ?) le verrou. L'autre élément symbolique de la toile est un bouquet de fleurs tombé à terre dans l'angle en bas à droite du cadre. Symbole de virginité, traditionnellement jeté en l'air au moment du mariage, il est ici présenté comme dégradé.
Les mouvements des personnages sont orientés vers le verrou. La femme tend un bras vers le verrou, on ne sait trop si c'est pour le fermer par elle-même ou s'il s'agit d'une tentative de fuite.
Ce tableau est différent des autres tableaux de Fragonard, drapés et lumière à la manière de Rembrandt. Une lumière proche de celle des maîtres hollandais, ainsi que les lignes.

 

 

Fragonard : la sensualité d'abord


Fragonard a vécu dans une époque où la liberté sexuelle était libertinage, stigmatisée, réservée à des classes sociales aisées et initiées. Cette époque se termina par la Révolution française suivie d'une terreur moralisante.
Il a produit des représentations artistiques d'une qualité remarquable, associant érotisme et sexualité.
Le corps féminin chez Fragonard est encore habillé, séduit sans se déshabiller, l'érotisme est séparé du nu, peut être véhiculé par un accord vivant. Le corps féminin chez Fragonard est vivant en mouvement. Les femmes dans ces tableaux ne sont pas passives quand il s'agit de la sexualité ou de la séduction, elles participent, échangent, sont complices, comme s'il validait la sexualité féminine, la participation des femmes à la sexualité. Il valide cette sexualité féminine, l'admet, et invite le spectateur à l'admettre à son tour.
La beauté chez Fragonard prend en compte le contexte, les vêtements, mais également le désir, la jeunesse, l'allégresse, et la frivolité. Les femmes ne sont plus endormies dans l'attente de dieux. Les hommes ne sont plus des corps spectaculaires, bien que les modèles dessinés soient toujours enjolivés, ces modèles sont plus humains que chez les peintres avant lui. Fragonard n'est pas seulement un peintre de l'érotisme ou de la sexualité. Dans ces tableaux, il a dessiné le désir sexuel, féminin et masculin. Un homme qui insiste pour dérober un baiser, un amant qui attend, une femme qui court vers la fontaine de l'amour pour satisfaire son désir. Fragonard ne dessinait pas la sensualité comme la rencontre de deux corps nus, mais comme la rencontre entre deux personnes, un homme et une femme, ensemble.


Fragonard était probablement parmi le premier peintre à représenter les émotions pendant la séduction, et l'attirance . Les femmes et les hommes expriment des émotions, ce n'est plus le corps qui symbolise le désir ou l'attirance, c'est une attirance émotionnelle comme si Fragonard avait compris que si la sensualité était, en partie, une réaction physiologique et animale, c'est aussi une expression émotionnelle, psychologique. Il faut attendre presque un siècle après lui pour libérer l'image du corps, l'image du corps féminin, l'image de la sensualité pour dépasser les carcans esthétiques et moralisants.

 

Références

Lisa Mehouvin : Fragonard : Désir, Séduction et Erotisme: Regard contemporain sur un siècle de sensualité, 2021

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Beautiful Baster, 80 notes de jaune : le désir post-féministe?

50 nuances gery

 

Beautiful Baster, 80 notes de jaune

C'est une vague inattendue, de livres en forme de romance épicée, d'un style simple et décontracté, une nudité décomplexée, le genre valorisé et renforcé, romance où le désir sexuel est souverain. Ces livres se vendent à des millions d'exemplaires aux USA, puis en Europe, en format papier, en format numérique et en format audio. Il n'est pas rare de tomber sur une femme qui lit ce genre de livres aux restaurants, dans les aéroports ou le métro.


Dans les années 2008 - 2009, le genre littéraire qui cartonnait, c'était le surnaturel épicé, sexe-amour et aventures dans le monde des vampires (Twilight et autres).
Après le succès planétaire de 50 nuances de grès ou Fifty Shades of Grey (E.L. James, publié en France par Lattès),  Beau salaud  (Christina Lauren, publié par Hugo Roman) vendus à  plus de deux millions d'exemplaires aux USA, racontant une relation patron-assistante, à deux voix à la façon des Liaisons Dangereuses,   suivie d' un autre best seller 80 notes de bleu (vina Jakson) dans l'univers de BDSM  et il y a quelques jours Calander girl dans l'univers des escortes.  

 

Beautiful Baster


 
Beautiful Baster ou le beau salaud : un phénomène ? (2013)

" Beautiful Bastard " met en scène les relations tumultueuses de Bennett Ryan, trentenaire arrogant et perfectionniste destiné à reprendre les commandes de la société de média créée par son père, avec sa jeune et superbe assistante, Chloé Mills. Aussi élégant et magnétique qu'odieux et suffisant, Bennett fait preuve d'exigences abusives à l'égard de la volontaire et ambitieuse Chloé, qui s'accroche, prête à tout pour faire sa place dans cette grande entreprise. A tout ?


Sur son chemin vers son diplôme de MBA, Chloé Mills n'a qu'un seul problème, mais un sérieux problème : son patron, le jeune Bennett Ryan. Exigeant, désagréable, mais beau, riche, et irrésistible, le cauchemar des jeunes femmes. Bennett après des études en France est revenu à Chicago pour jouer un rôle dans l'empire de médias fondé par son père. Il est surpris de voir son assistante Chloé, créature magnifique, provocante, exaspérante.  Ainsi commence une romance de bureau. Elle n'est pas d'accord pour céder aux avances de son patron, mais son corps oui et cela fragilise sa volonté. C'est un jeu du chat et de la souris, deux victimes semi-consentantes d'une attirance sexuelle irrésistible.      


La perversité de Bennett monte d'un cran quand elle se décline de manière sexuelle. La tension brûlante qui s'installe entre ces deux êtres, qui se désirent autant qu'ils se détestent, croît au fur et à mesure de leurs ébats sexuels et ne manque pas de bouleverser les rapports hiérarchiques et les objectifs professionnels de l'un comme de l'autre. Comment surmonter ses pulsions ?

Comment arriver à dominer l'autre dans ce jeu torride ?

Comment combiner professionnalisme et désir hypnotique ? L'alternance des narrateurs, Bennett puis Chloé, à chaque chapitre permet de mieux comprendre les ressorts psychologiques de cette passion dévorante qui compromet enjeux de carrière et priorités de l'entreprise.

Bennett et Chloé, incarnation d'une relation amour-haine, et luxure. Deux personnages têtus qui offrent au lecteur une dynamique fascinante qui rend le roman addictif, et agréable à lire. Les deux personnages de caractère bien trempés se détestent cordialement, se prêtent à des échanges et des scènes cocasses, le verbe haut, mais aussi à un jeu d'érotisme, et de sexe décontracté.

 

abs11.5 orange " Sa main appuie doucement sur le bas de mon dos avant de descendre, s'immobilisant sur mes fesses. En neuf mois de travail avec lui, il ne m'a jamais même effleurée - pas volontairement, en tout cas. Et là, c'est clairement volontaire.
La chaleur de sa main se déplace sous ma jupe, ma peau s'électrise. Chaque muscle de mon corps se tend, mon ventre se liquéfie. Mais qu'est-ce qu'il fout ? Mon cerveau me crie de repousser cette main, de lui dire de ne plus jamais me toucher, mais mon corps a une autre idée. Les pointes de mes seins se dressent, je serre les dents pour toute réponse. Trahison pectorale.
Je pivote lentement sur mes talons, sa main me parcourt rapidement et glisse sur ma hanche. Je la sens se déployer, le bout de ses doigts dans mon dos, et son pouce qui presse la peau douce de mon pelvis. Nous nous regardons à la dérobée.
Ses yeux toujours rivés aux miens, il fait coulisser sa main plus bas. Ses doigts sillonnent ma cuisse, jusqu'à l'ourlet de ma jupe. Il la remonte, ses mains redessinent l'élastique de ma jarretière, la dentelle de mes bas. Un long doigt s'introduit sous la matière fine et la fait descendre doucement. Je fonds littéralement, je suis brûlante.
Comment est-ce que je fais pour laisser mon corps réagir comme ça ? J'ai toujours envie de le gifler, mais maintenant, plus encore, je souhaite qu'il continue. Le désir monte entre mes jambes. Il arrive au bord de ma culotte et passe ses doigts sous le tissu. Je le sens glisser contre ma peau et frôler mon clitoris avant de me pénétrer. Je mords mes lèvres, essayant, sans succès, de réprimer un gémissement. Quand je baisse les yeux sur lui, la sueur perle entre ses sourcils.
- Pour être trempée, tu es trempée, grogne-t-il. (...)
Il m'attrape par les hanches sans ménagement, me soulève et me pose sur la table. Sensation du bois froid. Il m'écarte les jambes. Je gémis involontairement au moment où ses doigts reviennent en moi, glissent sur mes jambes puis me fouillent. Je méprise cet homme avec une hargne singulière, mais mon corps me trahit - j'en veux toujours plus. C'est qu'il fait ça bien... Ses caresses n'ont rien à voir avec les attouchements amoureux auxquels je suis habituée. Lui, c'est un homme qui obtient toujours ce qu'il veut, et ce qu'il veut, là, maintenant, c'est moi. Ma tête tombe sur le côté alors que je m'allonge sur mes coudes, sentant un orgasme s'approcher à vive allure (...)
Il se retire pile au moment où j'allais jouir. Un moment, je crois qu'il va vraiment me laisser comme ça. Mais il m'attrape par le bras et me force à descendre de la table, ses lèvres pressées contre les miennes et sa langue dans ma bouche.
Quelques secondes plus tard, je suis contre la fenêtre glacée, mes seins s'écrasent sur la vitre. Le contraste entre la température du verre et celle de ma peau me fait gémir. Je suis en feu, chaque parcelle de mon corps désire sentir ses mains rugueuses, sa queue si dure.
- Écarte les jambes ! (...)
- Oui.
- Petite obsédée, sale perverse. Tu aimes être regardée, n'est-ce pas ? murmure-t-il, en prenant le lobe de mon oreille entre ses dents. Tu aimes l'idée que tout Chicago puisse relever la tête et te voir en train de te faire baiser, et en déguster chaque minute, tes jolis nichons collés contre la fenêtre.
Il s'incline légèrement et attrape mon clitoris entre ses doigts, il le caresse - la pression et le rythme parfaits. Je sens son sourire contre mon cou et, quand il ouvre la bouche et presse ses dents contre ma peau, j'explose. La chaleur envahit ma colonne vertébrale, s'enroule dans mes hanches et entre mes jambes. Je me redresse et me colle contre lui. Mes mains s'appuient contre la fenêtre, mon corps entier frémit, plein de l'orgasme qui me prend, me laissant le souffle coupé. Quand ça s'arrête enfin, il se retire et se tourne vers moi, baissant la tête pour m'embrasser le cou, la mâchoire, la lèvre inférieure. (...)
De retour à mon bureau, j'attrape mon sac et enfile mon blazer, dont j'essaie désespérément de fermer le bouton de mes doigts tremblants. Ryan n'est toujours pas réapparu et je cours jusqu'aux ascenseurs, priant Dieu pour qu'il n'arrive pas avant que je sois partie.
Merde "  - Chapitre 1
 
Les deux personnages vont continuer leur duel, Bennet déchire et collectionne les culottes de Chloé, qui ne lui refuse rien pour jouir, et qui refuse de l'aimer.

 


abs11.5 orange " Sa main remonte dans mes cheveux et replace une mèche qui s'est échappée de ma queue de cheval.
- Je serais un déchireur de culottes silencieux, ce serait encore pire qu'un patron colérique déchireur de culottes.
J'éclate de rire. Il me chatouille les côtes.
- Bennett ? Dis-je, en essayant d'avoir l'air nonchalant. Qu'est-ce que tu fais de mes culottes ?
Il me jette un regard noir, provocant :
- Je les garde en lieu sûr.
- Tu me montreras ?
- Non.
- Pourquoi est-ce que tu fais ça, franchement ?
Il m'étudie pendant un moment. Il pèse ses mots. Finalement, il s'appuie sur un coude et approche son visage à quelques centimètres du mien :
- Pour la même raison que celle pour laquelle tu aimes ça."  . Chapitre 14

D'autres livres de la même série vont continuer le succès de deux journalistes Christina et Lauren : beautiful stranger, beautiful player, etc. 

 

80 notes jaune rouge

 

80 Notes de Jaune (vina Jackson) (2013)

Summer vit à Londres et entretient avec la musique une relation passionnelle et charnelle. Quand elle joue ou écoute de la musique elle oublie le monde qui l'entoure. La musique dans ce livre jour un rôle essentiel dans le rapport de Summer avec son corps et ses désirs.

Dominik, quadra, professeur de littérature, en prenant le métro, est attiré par la musique, par le son merveilleux d'un violon et de cette personne absorbée par ses notes.
Il essayera de retrouver cette jeune personne ... En vain ... Jusqu'au jour où dans le journal il apprend que cette jeune personne a été victime d'une bagarre qui a mal tournée et que son violon a été brisé. Il entre en contact avec la violoniste pour lui proposer un deal qu'elle va accepter par curiosité.

Pas de fausse relation dominé/dominant. Non, deux personnes au courant de leurs désirs qui les poussent à sortir des sentiers battus. On entre dans un monde de BDSM, érotique, sexuel, sans violence et sans contrainte, un jeu sensuel où Summer libère progressivement sa sexualité de toute contrainte.

Comme les série de beautiful Baster, l'écriture est agréable à lire, à double voies (Summer à la première personne et Dominik à la 3ème personne ). On a l'impression de vivre dans la tête de Summer et de Dominik.


On savoure la relation de Summer avec la musique, avec son violon, puis avec son corps et sa sexualité décrite dans un style fluide, rythmé, percutante et sans vulgarité.


abs11.5 orange " Elle se pencha pour saisir l'archet qui était resté dans l'étui, consciente d'offrir à Dominik un bref aperçu de ses seins : elle ne portait jamais de soutien-gorge avec cette robe. Summer le regarda à la dérobée en accordant son violon. L'homme ne bougeait pas, impassible. L'instrument avait un timbre si riche et si rond que les sons se réverbérèrent sur le plafond du kiosque.
Summer commença à jouer Vivaldi.
Elle connaissait les quatre concertos par cœur. C'étaient ses morceaux de prédilection, que ce soit pour jouer en public, devant ses amis, ou pour répéter. La musique, vieille de plusieurs siècles, l'emplissait toujours de joie, et comme elle l'interprétait, elle vit défiler sous ses paupières closes les riches et réalistes paysages de la Renaissance italienne qu'elle avait tant de fois admirés en peinture. Pour une raison qu'elle ignorait, les êtres humains étaient presque toujours absents de sa rêverie vivaldienne, et elle n'avait jamais cherché à expliquer cette omission quasi freudienne.
Le temps s'arrêta.
Les notes qu'elle tirait de l'instrument étaient magnifiques, et elle eut soudain l'impression de parvenir à un degré supérieur et inconnu de compréhension de l'œuvre. Elle n'avait jamais aussi bien joué. Détendue, elle atteignait la vérité au cœur même de la musique, et se laissait emporter par le flot de la mélodie, submergée par son intensité. C'était presque aussi bon que la jouissance sexuelle.
Quand elle attaqua le troisième concerto, elle ouvrit brièvement les yeux pour regarder Dominik. Il n'avait pas bougé d'un pouce, immobile, perdu dans ses pensées, les yeux rivés sur elle. Il la dévisageait toujours et ressentit la nervosité qui la gagnait. Elle avait interprété Les Quatre Saisons de manière exceptionnelle et il était ravi. Lui demander de jouer pour lui avait été une idée de génie et le concert qu'elle venait de lui donner avait éveillé de fortes sensations en lui : il se sentait lié à elle. Il mourait d'envie de goûter la douceur de sa peau, de faire courir ses doigts et sa langue sur la courbe de son épaule, de découvrir les secrets dissimulés sous l'étoffe de sa robe. Il devinait déjà la forme de son corps. Il avait toujours regretté de ne pas avoir appris la musique et de ne jouer d'aucun instrument. Il était trop tard pour s'y mettre mais il pressentait que Summer était un instrument dont il pourrait jouer pendant des heures. Et il comptait bien le faire.
- C'était sublime, finit-il par dire.
- Vous avez gagné votre violon, dit-il. " chapitre 4


abs11.5 orange " La robe glissa le long de sa poitrine, puis, d'un rapide mouvement des hanches, la jeune femme la fit tomber à ses pieds, en accordéon. Elle ne portait pas de sous-vêtements.
Uniquement des bas, qui s'arrêtaient à mi-hauteur de ses cuisses blanches. Et les chaussures de couturier à hauts talons qu'il lui avait déjà vues. L'idée l'effleura vaguement qu'elle ne devait pas posséder beaucoup de paires de ce genre.
- Approchez, ordonna-t-il.
Summer hésita une seconde, puis franchit la ligne lumineuse et se dirigea vers lui. En la regardant avancer lentement vers lui dans la pénombre, Dominik remarqua soudain une ligne rouge le long de son flanc, qui courait de sa taille fine à ses fesses. Il plissa les yeux, croyant d'abord à une ombre créée par le jeu de lumière. Mais c'était autre chose, une trace qu'il n'avait pas vue quand elle s'était retournée pour se dévêtir lors de la dernière séance. Aujourd'hui, elle avait bien pris garde à lui faire face.
Summer retint son souffle. Elle savait que les bleus n'avaient pas tout à fait disparu, comme le lui avait révélé son reflet un peu plus tôt dans la journée, quand elle s'était préparée pour ce récital. Elle avait cru qu'ils s'effaceraient plus vite. Voilà pourquoi elle ne lui avait pas montré son dos. Elle fut soudain envahie par l'inquiétude et se demanda comment il allait réagir, tout en ayant très envie d'exposer effrontément les stigmates durement gagnés de son infamie personnelle.
- Penchez-vous.
Elle obéit, consciente du spectacle qu'elle lui offrait.
- Écartez les jambes.
Il avait ainsi une vue plongeante sur son intimité.
Il lui caressa la fesse gauche, d'abord légèrement, comme s'il en explorait la peau satinée puis plus brutalement. Sa main était brûlante.
Il s'attarda sur les lignes parallèles qui zigzaguaient sur la peau de la jeune femme et explora les îlots épars de marques jaunâtres. Il fit courir lentement son doigt entre ses fesses et elle retint son souffle quand il lui caressa doucement l'anus. Il ne s'arrêta pas en si bon chemin et finit par atteindre sa fente avec une lenteur délibérée. Summer était moite et ne ressentait aucune honte à être ainsi exposée, à la fois physiquement et moralement. Elle trouvait Dominik excitant, elle aimait sa manière de la toucher, de lui parler. Et alors ?
Chaque fois qu'elle interprétait cette partition, elle voyait défiler en imagination un paysage scandinave sauvage : des vagues se brisaient contre un littoral rocailleux et leur écume formait un brouillard qui se découpait contre les ciels plombés. Pour Summer, chaque morceau possédait son propre paysage, et l'y transportait quand elle l'interprétait. Elle savait que la grotte écossaise qui avait inspiré Mendelssohn pour la composition de cette ouverture était fréquemment associée à la Chaussée des Géants en Irlande, mais elle n'avait visité ni l'une ni l'autre. Parfois l'imagination suffisait.
- Exquise, finit-il par murmurer.
- La musique ou moi ? demanda-t-elle aigrement.
- Les deux le sont.
- Merci. Je peux me rhabiller ?
- Non, riposta-t-il sans ciller.
Il l'attrapa par les fesses et la rapprocha de lui, afin qu'elle soit assise sur l'extrême bord du meuble. Puis il se tourna vers le lit qui se trouvait contre l'un des murs. Cet homme a un lit dans son bureau, il est décidément étrange, pensa Summer. Il saisit un oreiller, qu'il cala sous sa tête. Il déplaça ensuite la lampe de bureau, dont il pointa le faisceau lumineux sur le sexe de la jeune femme. "  Chapitre 6


Femmes libres post féministes ou héroïnes de commerce ?

Le débat est lancé depuis les années 2010 sur la femme du 21ème siècle, qui a bénéficié d'une impressionnante amélioration de la condition féminine dans le monde occidental. Certaines femmes du 21ème siècle semblent chercher à pratiquer un féminisme de droits sans négliger leur désir, et leur sexualité. On peut lire des critiques acerbes sur Chloé qui accepte ce jeu de romance au bureau sans faire référence au harcèlement sexuel, à Summer qui accepte volontiers un jeu de domination masculine.   
Un ou deux best sellers ne traduisent pas cette tendance post- féministe, c'est le nombre des livres vendus, la décontraction avec laquelle ces livres sont lus dans les lieux publiques, et affichés dans les médias.

On retrouve la même tendance dans des séries télévisés à succès : Outlander (on montre une fessée adminsitrée à une femme), Poldark (on montre un rapport sexuel forcé), ou la série girlfriend experience (on montre le monde des escortes de luxe).  
Dans cette tendance, la femme est montrée forte, maître de son destin, libérée de toute domination y compris des idées du 20ème siècle. Elle offre cette liberté à qui elle veut.


La sexualité dans la littérature n'est pas une nouveauté. A la différence de certains romans français utilisant la sexualité pour raconter le drame du viol ou de l'inceste, ou d'intellectualiser la sexualité, ces romans à plusieurs voix célèbrent le sexe comme jeu, comme amusement entre homme et femme et comme la porte d'entrée vers une relation émotionnelle et sérieuse. Dans chaque roman, on passe du sexe à l'amour, sans exception.


Ces femmes ne veulent pas de liberté dans la solitude. Elles veulent partager cette liberté.  
En face de ces femmes libres, les hommes sont montrés dans une virilité classique, le genre masculin est puissant, amoureux des femmes et de leurs corps, décideur, capable de rassurer les femmes et de les satisfaire, sans violence, sans contrainte. La force et la détermination du partenaire masculin sont capables de protéger la femme non pas de son environnement ni de sa société mais de ses doutes, de la solitude affective ou sexuelle.
Dans ces livres à succès, le masculin est caricaturé, riche, beau, puissant, et sexuellement irrésistible. De même que les femmes sont belles, dynamiques, sans complexe.          

      
Le livre numérique est-il en train de changer les choses ? Ces livres ont bénéficié incontestablement de la diffusion numérique. Depuis les années 2010, les livres numériques sont disponibles. Ces livres ont offert aux écrivains les moyens d'être édités et aux éditeurs le moyen de multiplier l'offre. Un nombre impressionnant de livres érotiques écrits par des hommes et des femmes sont disponibles à des prix très modérés.


Quelques livres ou quelques séries ne font pas une tendance culturelle mais traduisent la tendance du moment. Depuis plusieurs années, une nouvelle image de la femme est en train de sortir dans la culture occidentale. On est devant une femme libre, forte, libérée. Sa force l'autorise à partager son intimité avec les hommes sans complexes et sans craintes.

Dans l'intimité, elle revendique le droit d'être aimée et désirée sans confusion.

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