Peintre de la vie moderne : Manet déjeune sur l’herbe

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Edouard Manet dejeuner sur l herbe 1863 orsay paris

Manet, déjeuner sur l’herbe, 1863, musée d’Orsay, Paris

 

 

Fin de 19e siècle, le concept d'avant-garde qui a façonné l'art en France à cette époque, s'accompagne d'une idée positive de la modernité, le renouveau est indissociable du dynamisme de la vie urbaine.
Dans un monde urbanisé et industrialisé, le changement devient indispensable, pour comprendre et accompagner la révolution industrielle, l'urbanisation grandissante, et les changements sociaux et politiques qui ont marqué la seconde moitié du XIXe siècle en France.

La modernité dans l'art a commencé par des concepts nouveaux forgés par des esprits novateurs comme le poète Charles Baudelaire qui pensait que pour être de son temps, l'artiste devait être imprégné de la modernité, d'une nouvelle approche intellectuelle et artistique pour pouvoir représenter la réalité de ce monde nouveau.
Dans le domaine artistique, l'invention de la photographie exige la métamorphose de la peinture, qui cherche sa place, en offrant de nouvelles façons de représenter la réalité.
Édouard Manet (1832 1883) fut le premier à relever le défi, et par sa réussite, il devint un des pères de la peinture moderne française.

 

Le déjeuner sur l'herbe : histoire d'une oeuvre majeure

 


Au milieu du XIXe siècle, l'Académie des beaux-arts tente de donner, à un plus grand nombre d’artistes, une chance d'être exposés dans le salon annuel. Cette décision entraîne une augmentation du nombre d'oeuvres soumises au jury de l'académie, et par conséquence, une augmentation du nombre de tableaux rejetés par le jury.


En 1863, le jury de l'Académie des beaux-arts refuse 3000 œuvres, et provoque ainsi une tempête de protestations.
En réponse, Napoléon III tente de régler le conflit en organisant une exposition des œuvres refusées sous le nom « Salon des Refusés. » Parmi les oeuvres refusées, il y a « le déjeuner sur l'herbe » de Manet.
Manet est un parisien bien-né, qui a fait ses études au début des années 1850 avec un autre artiste important Thomas Couture (1815 - 1879).


Manet au début des années 1860 apprécie le réalisme, il partage l'admiration du réalisme avec son ami le poète Charles Baudelaire qui le nomme le peintre de la vie moderne.

 

 


Dans son tableau, le déjeuner sur l'herbe, Manet invoque l'esprit de Baudelaire, en scandalisant les spectateurs de son époque, y compris l'empereur Napoléon III lui-même.
Étrangement, le scandale et les critiques acerbes de certains journalistes ont contribué au succès de ce tableau, en offrant à Manet, sa place d’artiste radical.
L'immoralité de ce tableau semble être à l'origine de ce scandale.


Manet dessine un pique-nique à la campagne, non loin d’un cour d’eau, mettant en vedette deux bourgeois (en fait, le frère de Manet, portant le chapeau d'un étudiant, et son beau-frère), une femme nue à l'avant gauche, et une autre femme à peine vêtue en arrière-plan qui va se baigner. Le public a supposé que ces deux femmes étaient des prostituées, qui pique-niquaient avec leurs clients.
Autre point choquant dans le tableau, ses références à des oeuvres majeures du passé et appréciées par l'Académie des beaux-arts.
Le salon officiel, cette année-là, célèbre Alexandre Cabanel et son tableau la Naissance de Vénus représentant la nudité dans un environnement classique, conventionnel et acceptable. D’ailleurs l'empereur Napoléon III acheta le tableau de Cabanel pour la collection impériale.


Manet semble avoir conçu le déjeuner sur l'herbe comme une version moderne d'un tableau de la renaissance vénitienne présent au Louvre, le concert champêtre ou pastoral, attribué à l'époque à Giorgione, puis à Titien.

 

Giorgione concert champetre pastoral



La composition de Manet fait également référence au tableau du jugement de Paris, et à d’autres tableaux traitant de ce sujet.
L'interprétation de Manet de la scène, remplaçant les dieux grecs et romains par des bourgeois ordinaires, citoyens de la classe moyenne, combinée avec son style moderne a suffi pour transformer le tableau en provocation, en scandale et entraîner son refus.


Le nu, les couleurs froides, la qualité plate et découpée des figures intensifient le côté froid et impersonnel de la vie moderne et urbaine, offrant aux personnages une apparence fragile et perdue, si loin des figures confiantes des dieux grecs dans le tableau classique.

 

Ce tableau rappelle que la nature de l’œuvre d’art se définit non pas par sa ressemblance au réel  mais par l'expérience issue de la sensation. Il ne s’agit pas de nier la réalité, il s'agit de de repenser les principes unissant cette réalité à sa représentation.

 

Une formule célèbre de Stéphane Mallarmé résume l’ampleur de ce changement :

« Peindre non la chose, mais l’effet qu’elle produit ».

 


La subversion de Manet est sanctionnée par le système culturel, accueilli par le public comme le premier peintre moderne, qui voit le monde tel qu'il est.
Dans de nombreuses références, on considère ce tableau comme le début de l'Art moderne en France.

 

 

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Expressionnisme : émotions et états d’âme de l’homme moderne

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Expressionnisme Oscar kokoschka Pieta Affiche 1908 vienne

Oskar Kokoschka, Pietà (Affiche pour le Théâtre d'été) 1908, collection Léopold – Vienne

 

 

Le peintre Norvégien Edvard Munch reçut une lettre de l’importante exposition du Sonderbund à Cologne. Il fut choisi de son vivant, avec Van Gogh à titre posthume, comme invité d’honneur de l’exposition 1912 consacrée aux expressionnistes. Il y répondit positivement.

 

A son arrivée à Cologne, il nota que le terme expressionnisme est utilisé pour désigner les récentes productions de la peinture allemande. Les organisateurs comme les critiques soulignaient l'affinité de l’expressionnisme avec les peintures de Van Gogh.

Cette exposition célébra Edvard Munch avec respect comme un grand peintre expressionniste.
Après avoir fait le tour de l’exposition, il fut stupéfait et écrivit à un ami :
"Ici, c’est une collection de peintures les plus sauvages d'Europe, il me semble que les fondations de la cathédrale de Cologne tremblent.

 

Expressionnisme en quelques mots

Si l’impressionnisme admet qu’une œuvre ne copie pas la nature, mais reflète les impressions et les émotions, l’expressionnisme cherche un autre chemin, en suggérant qu’une œuvre d’art est un rejet de toutes les contraintes ; elle est irrationnelle et incarne un rapport libre aux couleurs et aux formes.
L’expressionnisme est un mouvement conscient de soi et des autres, un individualisme dans le collectif.

 

 

Expressionnisme : une réaction contre l’impressionnisme

L’expressionnisme est un art qui donne forme à l’expérience vécue qui se trouve au plus profond de soi. Les nuances de style n’ont pas d’importance, tant que toute imitation de la nature est rejetée.
L’œuvre ne prend plus en considération la réalité extérieure, mais préconise une autre réalité, à savoir, celle de l’artiste.
L’expressionnisme a donc pris de l’ampleur en tant que réaction anti naturaliste.
La violence d’Oskar Kokoschka ou d’Egon Schiele, est une subjectivité, une extériorisation expressive, ou une défense de soi.

 

Expressionnisme Egon Schiele la mere morte1910



Egon Schiele, la mère morte, 1910, crayon sur bois, Léopold Collection, Vienne.

Wassily Kandinsky peint des tableaux dont l’objet est de laisser libre cours à l’imagination à travers les couleurs et les formes, pour exprimer ses émotions comme un compositeur.

 

Expressionnisme Amazon 1918 Wassily Kandinsky

 


Wassily Kandinsky, Amazon, 1918. Peinture sur verre, musée de St Petersburg.

L’expressionnisme a signifié différentes choses à différents moments. Dans le sens où nous utilisons le terme aujourd’hui, on parle d’expressionnisme allemand, ce vaste mouvement culturel qui a vu le jour en Allemagne et en Autriche au début du vingtième siècle. C’est un courant culturel, qui englobe l’art, la littérature, et la musique. Les écrivains expressionnistes comme Riegl et Worringer, discutent comment associer le subjectif, le spirituel à l’empathie.

Expressionnisme Emil nolde le christ et les enfants 1910

 

Emil Nolde, le christ et les enfants, 1910, Museum of Modern Art, New York.

L’expressionnisme est complexe, englobe la libération du corps autant que l’exposition de la psyché. Dans ses rangs hétéroclites, on peut trouver de l’apathie politique, voire du chauvinisme, ainsi que de l’engagement révolutionnaire, des discours enthousiastes et des productions déprimées, des couleurs vives et des plages de noirceur.

 

Expressionnisme Edvard Munch, midi dans la rue Karl Johan 1892. musee Bergen


Edvard Munch, midi dans la rue Karl Johan, 1892. Bergen Art Museum. 

Sources culturelles de l’expressionnisme

L’essence de l’expressionnisme est de donner une forme visible au sentiment intérieur, il s’ensuit que styles et techniques individuels utilisés pour cette forme visible varient beaucoup.
Les racines de l’expressionnisme remontent loin dans l’histoire et s’étendent sur de vastes zones géographiques. Deux de ses sources les plus importantes ne sont ni modernes ni Européennes : l’art du Moyen Âge et l’art des peuples tribaux dits » primitifs ».
Une troisième source : la philosophie de Friedrich Nietzsche.


L’expressionnisme n’est pas un « style » artistique, mais un courant culturel qui a mis en évidence les qualités expressionnistes de l’homme, non pas dans des moyens novateurs de décrire le monde physique, mais dans la communication d’une perception sensible et parfois névrotique comme dans l’œuvre de Van Gogh et Munch.
Les expressionnistes sapent le lien conventionnel entre la couleur et la poly¬chromie naturelle de l’objet. Coupée de sa référence à la réalité, la couleur devient expressive, sans importance de lumière, ni de contrastes. Les tona¬lités sont criardes, dans des teintes lumineuses.

 

L’expressionnisme s’est largement répandu dans les arts en Allemagne et en Autriche ; peinture, sculpture, puis littérature, théâtre et danse. Si l’impact de l’expressionnisme sur les arts visuels a eu le plus de succès, son impact sur la musique fut radical, impliquant des éléments comme la dissonance et l’atonalité dans les œuvres de compositeurs (surtout à Vienne) comme Gustav Mahler et Arnold Schoenberg. L’expressionnisme s’est infiltré dans l’architecture, le cinéma.


De nombreux artistes classés aujourd’hui comme expressionnistes ont eux-mêmes rejeté cette étiquette. Étant donné l’esprit anti académique et individualiste féroce qui caractérisent l’expressionnisme, c’est n’est pas surprenant.
L’expressionnisme n’est pas une entité cohérente. Contrairement aux petits groupes de peintres « Fauves et cubistes » en France, les expressionnistes furent nombreux dans l’histoire culturelle allemande, faisant partie d’une « génération expressionniste ».

L’expressionnisme a été une période d’aventure intellectuelle, d’idéalisme passionné et de désirs profonds pour un renouveau spirituel. Certains artistes louaient l’engagement politique et la lutte pour des réformes sociales, d’autres exprimaient des aspirations utopiques, certains formulaient un immense désespoir, désillusion et névrose.
Dans ses œuvres les plus marquantes ; l’expressionnisme reflète le corps et la nature, les émotions et les états d’âme, la psychologie, l’être humain dans les métropoles, et la violence des guerres. On trouve dans certains tableaux une bonne dose de nombrilisme sentimental.


L’ère de l’expressionnisme allemand s’est éteinte avec la dictature nazie en 1933 qui lutta contre toute expression individuelle, par la guerre.
Les conflits et les traumatismes de cette période sont inséparables des formes qu’a prises l’expressionnisme et, finalement, de sa disparition.

Après la deuxième Guerre mondiale, l’expressionnisme abstrait apparait à New York (connue sous le nom de New York School) et a duré jusqu’à la fin des années 50. En s’éloignant de la représentation contemporaine du monde, l’expressionnisme abstrait a été une réaction aux horreurs de la guerre. Plusieurs de ses artistes (p. ex., Jackson Pollack), associaient la crainte d’un cataclysme nucléaire, à la peur de l’inconnu vécue par les peuples préhistoriques et amérindiens. Ce mouvement a engendré des catégories allant jusqu’au mouvement du pop art dans les années 60.

 

Expressionnisme Paul Klee Tale a la Hoffmann 1921 NY


Paul Klee, tale à la Hoffmann, 1921. peinture à l’eau sur papier, avec crayon, Metropolitan Museum of Art, NY

 

L’expressionnisme et la France

Loin des Anglo-Saxons, le mot « Expressionnisme » en France demeure peu utilisé. Selon certaines références françaises, ce terme n’existe pas.
En France, au début du 20e siècle, on parle d’anti-impressionniste comme pour Gauguin, Cézanne, Matisse et Van Gogh, on préfère parfois utiliser des termes comme post impressionnisme pour décrire l’art de la première moitié du 20e siècle, ou décrire séparément le fauvisme, ou le cubisme sans les intégrer dans d’autres courants. Pour d’autres, le terme Art Nouveau, un terme générique couvre l’ensemble de ces mouvements sans distinction.
Si cette approche permet d’éviter la confusion d’un terme imprécis, elle n’arrive pas à dissimuler un mouvement culturel européen important.


Les critiques allemandes à l’époque soulignent que les expressionnistes ont hérité leurs techniques de Cézanne, Van Gogh et Matisse, dans la peinture et dans la perception.


Cette distinction lie les peintres français de l’Art nouveau aux artistes expressionnistes. Tous ceux qui ont réagi contre l’impressionnisme ont été étiquetés comme expressionnistes. Dans un livre écrit en 1914, l’écrivain autrichien Hermann Bahr cite parmi les expressionnistes : Matisse, Braque, Picasso, les fauvistes, les membres des groupes allemands Die Brucke et le Viennois Oskar Kokoschka, et Egon Schiele.
À l’exception de quelques noms, cette image de l’expressionnisme reste valable et répandue en Allemagne et dans l’Europe du nord.

 

 

Références :
Ashley Bassie: Expressionism , Parkstone Press International, New York, 2006
Lionel Richard: The Concise Encyclopedia of expressionism, Chartwell books Inc, 1978

 

 

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Max Ernst, le tableau Femme oiseau

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max ernest femme oiseau

 

 

Max Ernst (1891-1976) était un artiste d'avant-garde, allemand, prolifique. Max Ernst était un provocateur, un artiste innovant qui a exploité son inconscient pour créer des images oniriques qui se moquaient des conventions sociales.

Soldat de la Première Guerre mondiale, Ernst est sorti profondément traumatisé et critique de la culture occidentale.


Ces sentiments ont alimenté sa vision du monde moderne comme irrationnel, une idée qui est devenue la base de son œuvre. Ernst était un pionnier des deux mouvements, Dada et surréalisme et à développé de techniques artistiques inventives.
Ernst avait la capacité de rendre l'incroyable crédible à travers son art. Pour cette raison, il reste à ce jour l'un des artistes surréalistes les plus complexes.
Max Ernst a également développé une fascination pour les oiseaux qui se manifeste tout au long de son travail. Cette étrange fixation est venue après un incident plutôt sombre qu'il a vécu dans son enfance. Selon lui, son oiseau de compagnie préféré est mort au moment où sa petite sœur est née.

 

L'art de Max Ernst peut-il être expliqué ?

Max Ernst a attaqué les conventions et traditions de l'art, tout en possédant une connaissance approfondie de l'histoire de l'art européenne. Il a remis en question le caractère sacré de l'art en créant des œuvres non représentatives sans récits clairs pour exprimer la condition moderne.

Ernst a été l'un des premiers artistes à appliquer les théories du rêve de Sigmund Freud pour enquêter sur sa profonde psyché. Tout en se tournant vers lui-même, Ernst exploitait également l'inconscient universel avec son imagerie onirique.

Ernst a tenté de peindre librement à partir de sa psyché intérieure et de ses émotions primaires et ses traumatismes personnels, pour créer de ses peintures et ses collages.

Ce désir de peindre à partir du subconscient connu sous le nom de peinture automatique était au cœur de ses œuvres surréalistes et influencera plus tard les expressionnistes abstraits .
Pour les surréalistes, l'art est « une codification avouée non seulement de la façon dont les artistes voient le monde, mais aussi de la façon dont ils se voient. Pour rendre explicite la nature personnelle de leur art, ils ont créé des personnages individuels qu'ils ont inclus dans leurs œuvres ». Les artistes surréalistes ont utilisé les techniques nouvellement développées du domaine de la psychologie pour mener des recherches sur leur propre passé et découvrir une combinaison unique de symboles visuels.


Les artistes surréalistes voulaient que leur art pose plus de questions qu'il n'y répond. Ainsi, il ne peut pas vraiment y avoir de conclusion concrète à l'art surréaliste. Cela n'a jamais été censé être un mystère résoluble.

Dans le vidéo suivant, une description rapide de son tableau le monde ou la femme oiseau.

 

 

 

 

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Histoire de l’abstraction dans la peinture

Robert-Delaunay-Hommage-a-Bleriot-1914

 

Cezanne paul abstraction

Paul Cézanne 

 

 

 

 

L’art abstrait a persisté tout au long du 20e siècle principalement dans l’art contemporain. L’abstraction est présente dans tout art, car l’art est le résultat d’une perception individuelle d’un artiste individuel. Lorsqu’une image ou une scène est capturée à un moment précis, un certain nombre d’éléments peuvent être omis ou modifiés, de sorte que l’image créée devient abstraite de la réalité.

L’abstraction dans l’art a commencé à la fin du 19e siècle. À cette époque, les impressionnistes avaient choqué le monde de l’art par leurs tentatives de donner une impression de leur sujet plutôt que de le représenter. À cette époque, l’invention récente de la photographie a imposé aux artistes le défi de transmettre des images qui ne pouvaient être réalisées par l’appareil photo. S’intéressant aux effets de la lumière et du mouvement, les impressionnistes ont dépeint des paysages et des événements quotidiens. Abandonnant l’atelier, ils peignaient à l’extérieur à différents moments de la journée afin de capturer la lumière naturelle à ses différents stades. En se concentrant sur l’effet visuel global plutôt que sur les détails, leur travail était caractérisé par de rapides coups de pinceau courts et épais ainsi que par la juxtaposition de couleurs pures qui leur permettaient de créer des ombres afin d’accentuer les véritables effets de la lumière.

C’est au peintre impressionniste Paul Cézanne que l’on attribue souvent le titre de père de la peinture moderne. Par un désir de décomposer la réalité en formes élémentaires et en prenant en considération l’instabilité du point de vue de l’artiste, Cézanne avait commencé à pousser la peinture plus loin vers l’abstraction.

 

Fauvisme, expressionnisme et cubisme

Le début des années 1900 a été marqué par une activité florissante. Le fauvisme est l’un des nombreux mouvements qui émergent à cette époque ; ces œuvres s’inspirent de l’art primitif, notamment de la sculpture africaine.

 

Matisse la joie de vivre

Matisse, la joie de vivre

 

L’artiste principal du groupe, Henri Matisse, a peint en mettant l’accent sur la couleur, l’utilisant d’une manière non réaliste, la libérant ainsi de ses objets associatifs habituels afin de représenter l’expression d’une manière brute grâce à une imagerie simplifiée. Matisse a basé ses couleurs sur le sentiment et l’expérience, car il visait à « atteindre cet état de condensation des sensations qui constitue un tableau » (Honour et Flemming, 2005, p776).

Anxieux et frustrés par les changements du monde moderne, les artistes allemands ont cherché à s’exprimer dans leur travail et, comme les Fauves, ils ont considéré l’art primitif comme émotionnel et spirituel (Honour et Flemming, 2005). Le premier groupe expressionniste organisé s’est formé à Dresde sous le nom de Die Brücke. Bien que leurs œuvres contiennent des représentations à des degrés divers, c’est le groupe Der Blaue Reiter qui, plus tard, a « créé certaines des premières œuvres d’art complètement abstraites » (Honour et Flemming, 2005, p.778).

 

Der Blaue Reiter  la singuliere chevauchee Franz Marc

Der Blaue Reiter , la singulière chevauchée de Franz Marc

Les artistes Pablo Picasso et Georges Braque, devenus les pionniers du mouvement cubiste, ont exploré l’intérêt des Fauves pour l’art primitif et se sont inspirés de Cézanne. Le cubisme s’intéressait surtout à la forme et limitait l’utilisation de la couleur en adhérant à des tons neutres qui mettaient l’accent sur l’ombre et la lumière (Read, 2006).

 

Paysage mediterraneen Picasso

Paysage méditerranéen, Picasso

Le cubisme donnait au spectateur un effet tridimensionnel sur une surface bidimensionnelle grâce à la décomposition nette et opposée des formes (Stangos, 2006).

 

Fantomas Juan Gris

Fantômas, Juan Gris
Le cubisme s’est ensuite développé en ce que l’on a appelé le cubisme synthétique ; il a mis en œuvre l’utilisation de collages qui se chevauchaient en formant différentes textures. Le sujet est resté important pour l’artiste, devenant plus « l’exploration de la tension entre l’abstraction apparente et la représentation suggérée » (Moszynska, 2004, p.13).

L’aspect couleur du cubisme a été développé par ce que l’écrivain Apollinaire a appelé l’Orphisme, dans lequel les structures sont créées par les artistes eux-mêmes et non tirées des visuels qui les entourent, il s’agit, selon Apollinaire, d’un « art pur ».

 

Robert Delaunay Hommage a Bleriot 1914

Robert Delaunay, Hommage à Blériot, 1914

Des artistes tels que Robert Delaunay ont étudié les théories de la couleur de Michel-Eugène Chevreul et ont créé une nouvelle imagerie abstraite qui dépeint les effets illusoires des couleurs contrastées, ce qui a conduit les artistes à s’intéresser aux effets optiques du mouvement (Moszynska, 2004).

 

 

Futurisme, suprématisme et De Stijl

Les futuristes Italiens ont adopté la notion d’optique et de mouvement. Leur désir était de débarrasser l’art des vieilles traditions et des icônes de l’influence religieuse et de dépeindre le nouveau dynamisme né des progrès de la machinerie de l’époque. L’utilisation du collage et des matériaux par les cubistes a libéré l’usage de la peinture dans l’attente de la sculpture abstraite.

 

Umberto Boccioni, Elasticite (Elasticita)

Umberto Boccioni, Elasticité (Elasticità)

Les futuristes défient la sculpture en essayant d’évoquer le mouvement à l’intérieur de l’objet. En 1912, Umberto Boccioni le reflète dans son manifeste technique de la sculpture futuriste :

« Ce que le sculpteur futuriste crée est en quelque sorte un pont idéal qui relie l’infini plastique extérieur à l’infini plastique intérieur. C’est pourquoi les objets n’ont jamais de fin, ils se croisent avec d’innombrables combinaisons d’attraction et d’innombrables chocs d’aversion ».  (https://www.docstoc.com/docs/60879150/Technical-Manifesto- of-Futurist-Sculpture)

 

Le suprématisme est un mouvement fondé en Russie par Kasimir Malevich qui visait à « mettre en place un véritable ordre mondial, une nouvelle philosophie de la vie » (Chipp, 1968, p.346). Là encore, rejetant la religion et l’illustration de l’histoire, Malevitch déclarait que ce que nous voyons dans le monde objectif n’est plus important, c’est l’expression d’un sentiment que nous devons regarder (Chipp, 1968, p.341).

 

Malevitch carre noir

Malevitch, carré noir

L’art suprématiste est apparu très minimal, composé de formes simples, géométriques composées pour donner un sentiment de profondeur et de dynamisme. Croyant que l’art avait été accablé par l’accumulation de « choses », le suprématisme était la recréation de l’art à l’état pur (Chipp, 1968, p.342). Malevitch l’a exprimé en peignant
son carré noir en 1913, affirmant que le carré était le sentiment et le
l’espace blanc au-delà était « le vide au-delà de ce sentiment » (Chipp, 1968, p.343). Le tableau ne contenait aucune image reconnaissable, seulement « l’esprit de la sensation non objective » (Chipp, 1968, p.342-343).

Le groupe néerlandais De Stijl formé en 1917 partageait une vision utopique similaire. Comme Malevitch, ils cherchaient à débarrasser l’art du désordre et à réduire les choses à leur forme et à leur couleur de base. L’essentiel se caractérise par l’utilisation de lignes horizontales et verticales accompagnées de blocs de couleur primaire.

 

Piet Mondrian Composition A

Piet Mondrian. Composition A

 

Pour ses précurseurs, Theo Van Doseberg et Piet Mondrian, De Stijl, également connu sous le nom de néoplasticisme, « était un modèle de l’harmonie parfaite qu’ils croyaient possible pour l’homme en tant qu’individu et pour la société dans son ensemble » (Chipp,
1968, p.314). Ce mouvement ne s’est pas limité à l’art de la peinture et de la sculpture, il a également eu une influence sur le design et l’architecture (Stangos, 2006, pp.144-145).

 

 

Dada et surréalisme

Lorsqu’en 1916, le Cabaret Voltaire a été fondé par Hugo Ball à Zurich, personne n’était conscient de l’impact qu’il aurait sur l’art. C’est là qu’est né le mouvement Dada, dont le nom reflète « le premier son de l’enfant exprimant la primitivité, le début à zéro, le nouveau dans l’art » (Stangos, 2006, p.110).
Le Dada est devenu un mouvement anarchique. N’adhérant à aucun style, il s’appuie sur la situation politique désordonnée qui émerge pendant la Première Guerre mondiale. Hugo Ball « voyait dans le Dada un requiem pour cette société et aussi les prémices d’une nouvelle société » (Stangos, 2006, p.111-112).

Le style de travail des dadaïstes est devenu très absurde et la provocation destructrice est devenue essentielle pour eux. Les artistes se sont éloignés des moyens d’expression artistique traditionnelle en utilisant la performance, les mots, le photomontage, l’idée et le hasard. L’aspect le plus important qui est né de ce mouvement est l’idée de « la non-supériorité de l’artiste en tant que créateur » (Stangos, 2006, p.119).

 

Marcel Duchamp Suzanne

Marcel Duchamp, Suzanne

Ce concept a été largement exploré par Marcel Duchamp qui a attribué « une valeur esthétique à des objets purement fonctionnels par un simple choix mental plutôt que par tout exercice de création manuelle » (Stangos, 2006, p.119). Ce faisant, il a apporté avec lui la notion de ready-made, qui jugeait la main des artistes inutile.

 

Marcel Duchamp fontaine ready made 

Marcel Duchamp, fontaine ready-made


Le mouvement Dada s’est ensuite déplacé en Allemagne où il est resté fort, mais lorsqu’il a atteint New York, il s’est épuisé.

Le surréalisme est né de la destruction de Dada. Max Ernst et André Breton ont pris la notion dadaïste de hasard et l’ont poussée vers l’automatisme.

 

Max Ernst le lit du fleuve

Max Ernst, le lit du fleuve

 Ils ont défini leurs actions comme « un pur automatisme psychique par lequel il est destiné à exprimer, soit verbalement, soit par écrit, le véritable fonctionnement de la pensée » (Stangos, 2006, p.124). Bien que largement figuratif, leur travail juxtaposait le réel à l’impossible de l’imaginaire de l’inconscient. Leur utilisation de l’automatisme a joué un rôle majeur dans l’expressionnisme abstrait.

 

 

Expressionnisme abstrait

À la fin des années 1930, l’abstraction a commencé à être acceptée, mais c’est le mouvement ultérieur des expressionnistes abstraits américains qui a amené l’abstraction à une acceptation plus mondiale. Influencé par la notion surréaliste de représentation de l’esprit inconscient, l’expressionnisme abstrait a émergé de manière existentialiste au cours des années 1940.
Avant cela, l’art américain qui s’intéressait au réalisme social et à l’abstraction était un domaine de création relativement nouveau et peu exploré (Moszynska, 2004). Les artistes formant ce groupe ont été classés dans la catégorie des peintres d’action ou des peintres de champ de couleur, dont les œuvres étaient très contrastées en termes d’apparence. Le plus célèbre des peintres d’action était probablement Jackson Pollock.

Jackson Pollock tableau bleu


Jackson Pollock, tableau bleu

Connu pour son action spontanée consistant à faire couler de la peinture sur de grandes feuilles de toile non tendue alors qu’elle était posée sur le sol, sa méthode de travail a rompu avec les méthodes traditionnelles de peinture dans une proportion bien plus importante que celle des mouvements précédents. L’acte de peindre devenait le sujet et était d’une importance primordiale pour l’artiste. Le critique Harold Rosenberg a déclaré que « ce qui devait aller sur la toile n’était pas un tableau, mais un événement » (Honour et Flemming, 2005, p.834). Cet « événement » est devenu la mise en œuvre des émotions de l’artiste plutôt que leur représentation.
Avec les tragédies de la Seconde Guerre mondiale et les catastrophes d’Hiroshima et de la guerre froide, les artistes ont examiné le malaise et l’horreur de ces catastrophes dans leur travail. Les artistes, Mark Rothko, Clyfford Still et Barnet Newman, ont été parmi les précurseurs de la peinture en champ coloré.

 

 

Clyfford Still sans titre

Clyfford Still , sans titre

 

Préférant « l’expression simple de la pensée complexe » (Honour et Flemming, 2005, p.837), ils ont également peint des toiles de grand format, mais leur travail a été dominé par une utilisation intense de la couleur et de la forme plate. Dans cette forme plate, ils cherchent à détruire toute illusion, ne révélant ainsi que la vérité. Barnet Newman reconnaît qu’ils ont cherché cette vérité dans l’art primitif :
L’artiste primitif, comme le nouveau peintre américain, utilisait une forme abstraite, orientée par une « volonté ritualiste » vers une « compréhension métaphysique ». Par conséquent, la forme abstraite était une « chose vivante », un véhicule pour les complexes de pensée abstraits, un porteur des sentiments impressionnants qu’il ressentait devant l’inconnaissable". (Moszynska, 2004, p.164)

 

Pop Art, Op Art, Minimalisme et Conceptualisme

À la suite du mouvement expressionniste abstrait, l’art abstrait a semblé se séparer de la psyché humaine et est devenu « dominé par une attitude plus froide et plus impersonnelle » (Moszynska, 2004, p.173).
Dans les années 1950, l’abstraction s’inspire à nouveau des développements de la science et de la technologie en devenant « construite plutôt que créée » (Moszynska, 2004, p.174).
Elle a adopté une vision extérieure des choses, s’efforçant d’atteindre « la beauté et la vérité absolue » (Moszynska, 2004, p.174). Ces développements ont apporté avec eux la sculpture cinétique qui a supplanté l’utilisation de la peinture, la rendant non pertinente à cette époque.
L’abstraction semble s’effacer à la fin des années 50. Les années 60 sont les années du succès du Pop Art, et le mouvement Op Art qui, comme les futuristes, désiraient exprimer l’illusion du mouvement dans leur travail. Formé par Joseph Albers, un ancien professeur et artiste de l’école allemande du Bauhaus qui a beaucoup enseigné sur l’utilisation de la couleur, le Op Art a incorporé « des rythmes syncopés et des motifs géométriques » (Stangos, 2006, p.240) ainsi qu’une utilisation trompeuse de la couleur pour fournir un art qui donne au spectateur des sensations visuelles fortes.

 

 

Bridget Reilly specimen chatoyant clignotant

Bridget Reilly, spécimen chatoyant, roulant et clignotant

L’artiste britannique Bridget Reilly y est parvenue en exprimant comment, dans son approche mathématique de son travail, elle voulait offrir un espace où « les esprits regardent, ou plutôt, les yeux l’esprit peut se déplacer » (Heartney, 2008, p.80).

Coïncidant avec l’Op Art et dérivant de l’expressionnisme abstrait, les peintres en couleurs de Washington ont produit une œuvre connue sous le nom de Post-painterly Abstraction.

 

Kenneth Noland sans titre

 

Kenneth Noland, sans titre

Des artistes tels que Kenneth Noland et Morris Louis semblaient s’orienter vers « une ouverture physique de la conception » et une « qualité linéaire » (Moszynska, 2004, p.197). Par l’utilisation expérimentale de la toile brute et de la peinture acrylique nouvellement développée, ils ont exploré l’esthétique de la couleur pure « sans aucune référence subjective ou symbolique » (Moszynska, 2004, p.197). Il en résulte un ensemble d’œuvres d’apparence assez minimale, poussant ainsi jusqu’aux années 1970 où le minimalisme s’est épanoui.

En utilisant des matériaux industriels tels que le bois, le plexiglas et le béton, des artistes comme Donald Judd et Carl Andre ont cherché à « dévier l’art vers des méthodologies plus précises, mesurées et systématiques » (Stangos, 2006, p.245).

 

Robert Morris installation view

 

Robert Morris, installation view

On peut se souvenir du ready-made de Duchamp, lorsque l’artiste Robert Morris a insinué l’importance de « détacher l’énergie artistique de l’artisanat de la production fastidieuse » (Stangos, 2006, p.248). L’utilisation de l’espace réel et le placement de ce que Judd appelait des « objets spécifiques » à l’intérieur, manipulaient l’approche et la perception des objets par les spectateurs. Les artistes ne se préoccupaient pas de la perception immédiate de l’objet, mais d’une perception progressive. À mesure que le spectateur se déplaçait autour des objets, il devenait évident que la simplicité de ces objets n’était pas à la hauteur de la simplicité de l’expérience (Moszynska, 2004).

 

La tendance post-minimaliste précédente a permis de libérer l’utilisation des matériaux industriels pour en faire une forme plus organique. Soulageant l’art de son expression propre, ces progrès ont conduit à l’art conceptuel, transformant la notion d’« art pour l’art » et en imposant l’utilisation de « l’art comme idée » (Stangos, 2006, p.257).

 

Les journaux les livres et les publicités, l’utilisation du mot et du langage sont devenus la forme principale de ce mouvement ; cependant, il a également englobé l’art de la performance, le body art, la photographie et la narration, donnant lieu à un ensemble d’œuvres largement éphémères qui véhiculent les idées existant dans l’esprit de l’artiste (Stangos, 2006). Ses actions reflètent celles du précédent mouvement Dada et de la déclaration de Marcel Duchamp selon laquelle l’idée et les intentions de l’artiste étaient plus importantes que ce qu’il ou elle créait. Par ses « ready-mades », Duchamp avait suggéré qu’une activité ou un objet pouvait être de l’art Stangos, 2006, p.257). Dans le même esprit, Donald Judd a déclaré que « si l’artiste dit que c’est de l’art, alors c’est de l’art » (Stangos, 2006, p.261).

 

 

Références

  • Chipp, H.B. (1968) Theories of Modern Art, C.A, University of California  Press.
  • Heartney, E. (2008) Art and Today, London, Phiadon Press Ltd.
  • Honour, H. and Flemming, J. (2005) A World History of Art, Seventh edition, London, Laurence King Publishing Ltd.
  • Moszynska, A. (2004) Abstract Art, London, Thames and Hudson Ltd.
  • Read, H. (2006) A Concise History of Modern Painting. London, Thames and Hudson Ltd.
  • Stangos, N. (2006) Concepts of Modern Art. London, Thames and Hudson Ltd.

 

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Bacon Francis, emblème de la peinture expressionniste

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Bacon Francis Armistice 1918

Armistice 1918

 

 

"Si quelque chose est fort, les gens pensent que c’est douloureux. En fait, je ne crois pas que mes tableaux aient quelque chose à voir avec la douleur. Mais ils n’ont surtout rien à voir avec la séduction. La réalité émeut, fascine, effraie, émerveille ou excite, mais elle ne séduit pas."

"Ma peinture est le reflet de ma vie."

L’armistice du 11 novembre 1918 sonne la fin de la première guerre. Le tableau illustre le visage d’un survivant : Grands aplats, cercles entourant les orbites, bouche fendue, menton ouvert, regard oblique et fuyant d’une gueule cassée. Le regard du soldat rescapé nous évite, face à la monstruosité de la grande guerre. Comme dans les autres tableaux de Bacon, on observe une certaine influence marquée au cubisme. Aucune abstraction dans sa peinture. Il reconnait par ailleurs admirer Duchamp, Picasso et Vélasquez.

 

La vie de Francis Bacon


Né à Dublin en 1909 de parents anglais, il est un enfant maladif, maltraité (fouetté et abusé) et jeté hors du domicile familial à 16 ans pour son homosexualité.


Il gagne Londres en 1925, travaillant en tant que décorateur d'intérieur, autodidacte il dessine et peint. En 1927 il voit l’exposition Cent dessins de Picasso à Paris, et peint ses premières toiles Crucifixion.


En 1944 il crée un triptyque étude pour des personnages au pied d’une crucifixion oeuvre inspirée de Picasso, exposée à la Galerie Lefevre, devenant ainsi le peintre anglais le plus controversé de son époque, de par sa grande violence picturale.
Plus tard le peintre réalise les fameuses séries de « Têtes », et s'inspire de Velasquez pour la série des « Papes". Francophile, il rencontre à Paris Giacometti, Picasso, mais aussi Leiris et l’écrivain George Bataille.


Il expose dans de nombreuses galeries en Europe et aux USA et est considéré l'un des géants de l'art contemporain (Tate Gallery retrospective en 1985).


Sa peinture montre le corps humain déformé, personnage agité hurlant ou grimaçant, amputé ou dédoublé au visage meurtri, ou écorché, aux membres tordus. Sa peinture témoigne avec une force , de la peur, de la douleur, de l’isolement ou du désespoir. Son thème de prédilection est la représentation du corps humain sous la forme de personnages écorchés, agités et déformés. Largement influencé par l’art classique, Francis Bacon bâtit une oeuvre violente et déchirante, triturant la figure humaine qu’il peint pourtant exclusivement, sans jamais chercher l’abstraction.


Certain y voit l’influence du norvégien Edvard Munch Le cri : symbole de l'homme moderne face à la crise existentielle.
Pour Bacon : « Rien ne peut être plus horrible que la vie ».


L'impact émotionnel qu'évoque le travail de Bacon ne dépend pas seulement de ses images, des figures uniques caractéristiques de l'isolement et le désespoir, mais aussi de sa technique en dessinant des visages et des corps tordus dans un enchevêtrement mal défini, informe, des créatures de cauchemars fantastiques. Ces figures sont présentés dans des cadres vide, irréels.


La façon dont il appliquait la peinture était en accord avec l'angoisse qu'il exprimait, sous forme de taches rugueuses, mal limitées, parfois vaporeuses. Ses couleurs pourraient être lumineuses rappelant les couleurs de Vélasquez .


Les sujets de Bacon, ou ses formes, sont déformés, des corps amputés, bouches sanglantes émettant des cris, des hommes nus dans des conditions sadomasochistes.

Certains critiques ont analysé le travail de Bacon en prenant en compte sa biographie ou sa préférence homosexuelle.

 

 

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Peintre impressionniste japonais : Kuroda Seiki

Seiki Kuroda Le lac

Le lac, Kuroda Seiki, musée national de Tokyo 1897

 

Les impressionnistes japonais existent  


Les années 20 furent l'apogée d'un renouveau artistique et culturel en occident et surtout en France, Expressionisme, Fauvisme et cubisme ouvraient des perspectives nouvelles dans la peinture. Certains peintres japonais partirent en France étudier la peinture. Le modèle artistique occidental et ses écoles sont à partir de cette époque de plus en plus présents au japon.

 

Seiki Kuroda


Kuroda Seiki, (1866 -1924) est un peintre japonais impressionniste. A 17 ans, il s'inscrit à des cours pré-universitaires en français ; il accompagne son beau-frère nommé en France et commence des études de droit en 1884. Il restera dix ans en France et abandonne le droit pour la peinture.

A Paris, il rencontre d'autres peintres japonais comme Hosui Yamamoto et Fuji Masazo. En mai 1886, Kuroda entre dans l'atelier de Louis-Joseph-Raphaël Collin, peintre d'art académique et suit ses cours jusqu'en 1891.
Après 10 ans, il rentre chez lui au Japon et habite Kyoto. Ses tableaux sont exposés dans le musée national de Tokyo.

En tant que l'un des rares artistes japonais ayant étudié à Paris, il enseignera le monde de l'art occidental.

 

Seiki Kuroda sentiment

Kuroda Seiki, Sentiment (de Sagesse, Impression, Sentiment), 1900, Kuroda Memorial Hall, Tokyo

 

Choc culturel

Comme les autres artistes influencés par l'art occidental, les tableaux de Kuroda ont choqué le public et les critiques, par leur radicalisme, par une utilisation fauviste des couleurs primaires, et par la réduction cubiste de la géométrie. Ces artistes occidentalisés n'ont pas eu beaucoup de succès auprès du gouvernement, n'ont pas réellement bénéficié de commandes d'État. La réponse de ces artistes était d'ignorer l'État, de créer des sociétés privées pour faire des expositions, et pour vendre leurs tableaux.

 

Seiki Kuroda Sous larbre

Sous l'arbre, Kuroda Seiki, 1898

Dans l'histoire de l'art occidental, il existe une étape critique, à la fin de XIXe siècle, montrant les limites de l'impressionnisme. Cette transition va être progressive vers d'autres écoles de peinture. Le travail de Cézanne a préparé le cubisme, le travail de Van Gogh s'approche de l'expressionnisme, les productions de Gauguin vont s'orienter vers le fauvisme et le primitivisme. On ne retrouve pas dans l'art japonais occidentalisé une vraie traduction de ces transitions.

L'art occidental était une entité, appréciée dans sa globalité, sans entrer dans les détails des écoles artistiques, ou dans ses messages culturels. Au japon, on discutait l'individualisme intransigeant de Van Gogh et de Gauguin, leur attachement aux idéaux personnels, se moquant des conventions artistiques et sociales. Van Gogh continu d'être admiré au Japon, au-delà de son talent, et de la qualité de ses œuvres, il est admiré pour sa capacité à dépasser sa propre société et pour sa modernité.

 

L'individualisme, la personne humaine au centre du tableau, la nudité académique, ces sujets étaient étrangers au public japonais, ils ont fasciné, choqué, suscité des discussions et des controverses.

 

 

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