Intimidation en ligne : violence des spectateurs modernes

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Un récent fait divers d’un harcèlement en ligne en France a engendré de longues discussions sur le comportement agressif en ligne et l’absence des témoins, l’indifférence, le refus de témoigner et même d’aider la victime.

 

 

Les agressions non physiques

 

Les psychologues sociaux pensent que l'agression peut être aussi bien verbale que physique. Depuis l’antiquité, lancer des insultes et intimider verbalement, est considéré comme un acte agressif.
L'agression non physique est une agression qui n'entraîne pas de préjudice physique. L'agression non physique comprend l'agression verbale (cris, jurons et injures).
L'agression relationnelle ou sociale, est définie comme le fait de nuire intentionnellement aux relations sociales d'une autre personne, en médisant sur une autre personne, en l’excluant. L'agression non verbale se produit également sous la forme de blagues et d'épithètes sexuelles, raciales et homophobes, qui sont conçues pour blesser et nuire. La liste proposée par Archer et Coyne en 2005, englobe quelques exemples des agressions non physiques : médisance, répandre des rumeurs, critiquer les autres en leur absence, harcèlement, laisser les autres hors d'un groupe ou les ostraciser, monter les gens les uns contre les autres.
Les gens utilisent l'agression non physique pour ses caractères subtils. Ils peuvent être agressifs sans donner l'impression aux autres de l'être, et les conséquences sont moins graves que la violence physique.


Les filles ont tendance à s'engager dans des formes d'agression sociales et relationnelles indirectes telles que répandre des rumeurs, ignorer ou isoler socialement.
Les conséquences négatives de l'agression non physique peuvent nuire à la victime. Les enfants victimes d'intimidation manifestent plus de dépression, de solitude, de rejet par les pairs et d'anxiété que les autres enfants. En Grande-Bretagne, 20 % des adolescents déclarent avoir été harcelés par quelqu'un qui répand des rumeurs blessantes à leur sujet. Les filles victimes d'agressions non physiques sont plus susceptibles d’envisager de se suicider.

 

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Intimidation et Cyber intimidation: l’agression modernisée

 


L'intimidation est un ensemble d'interactions sociales négatives, répandue parmi les enfants et les adolescents, et au sein parfois de certaines communauté (sport, militaire, prison)
Depuis l’apparition des réseaux sociaux, de nouvelles formes d’intimidation et d’agression non verbale ont fait leur apparition. La cyberintimidation est une agression infligée par l'utilisation d'ordinateurs, de téléphones portables et d'autres moyens de communication. Il existe de rares cas de suicides dans les lycées et les universités après la diffusion de photos ou de vidéo intimes.


La cyberintimidation peut être dirigée contre n'importe qui. Les lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) sont des fréquents, de même certaines minorités ethniques, culturelles ou religieuses. L’aspect physique peut favoriser ce genre d’agression, comme l’obésité.
Un incident ponctuel au cours duquel un enfant frappe un autre sur le terrain de jeu n’est pas une intimidation : l'intimidation est un comportement répété par définition. Le traitement négatif typique de l'intimidation est la tentative d'infliger un préjudice, ou une humiliation. L'intimidation peut être physique, verbale, ou psychologique.


L'intimidation implique trois parties : celui qui intimide, la victime et les témoins.
L'acte d'intimidation implique un déséquilibre de pouvoir avec l'intimidant qui cherche à gagner plus de pouvoir physique, émotionnel ou social sur la victime. L'expérience de l'intimidation peut être positive pour celui qui intimide peut avoir un regain d'estime de soi. Les victimes subissent stress, troubles psychologiques, dépression et manifestent de tendances suicidaires. Au-delà de son impact émotionnel, la cyber intimidation peut affecter sérieusement la réussite scolaire ou académique.


Il n’y a pas un profil de personnalité pour celui qui intimide ni pour les victimes. Les chercheurs ont identifié certains modèles chez les enfants qui sont plus à risque d'être intimidés :
Les enfants émotionnellement réactifs courent un plus grand risque d'être victimes d'intimidation. Ceux qui intimident sont attirés par les enfants qui se fâchent facilement parce que celui qui intimide peut obtenir rapidement la réaction émotionnelle recherchée.
Les enfants différents des autres sont susceptibles d'être la cible d'intimidation. Les enfants en surpoids, souffrant de troubles cognitifs ou différents sur le plan racial ou ethnique.
Les adolescents gais, lesbiennes, bisexuels et transgenres courent un risque plus élevé d'être harcelés et blessés en raison de leur orientation sexuelle minoritaire.

 

L'effet Bystander (regarder et rien faire)

 

 

Un événement médiatisé a secoué les américains en 1964. Dans le Queens, New York, une femme de 19 ans nommée Kitty Genovese a été attaquée, le vendredi 13 mars, par une personne armée d’un couteau près de l'entrée de son immeuble, puis à nouveau dans le couloir de son immeuble. Lorsque l'attaque s'est produite, elle a crié à l'aide à plusieurs reprises. Elle est finalement décédée suite à ces coups de couteau.


Cette histoire intriguait et effrayait le public car de nombreux résidents de l'immeuble auraient entendu les appels à l'aide de Kitty Genovese et n’avaient rien fait, ni aider ni appeler la police.

 

À partir de ce cas, des chercheurs ont décrit un nouveau phénomène à l’époque appelé « effet de spectateur », où un témoin ou un spectateur ne se porte pas volontaire pour aider une victime ou une personne en détresse. Au lieu de cela, ils regardent simplement ce qui se passe.
Dans une série d'études, des chercheurs ont signalé que le temps nécessaire pour agir et demander de l'aide varie en fonction du nombre d’observateurs présents. Des expériences complémentaires ont révélé que 70 % des personnes aideraient une femme en détresse lorsqu'elles étaient seules. 40 % seulement proposaient de l'aide lorsque d'autres personnes étaient également présentes.


Deux facteurs contribuent à l'effet de spectateur selon ces études.

 

La présence d'autres personnes peut crée une diffusion de responsabilité.

 

La deuxième raison est la nécessité de se comporter de manière socialement acceptable. Lorsque les autres observateurs ne réagissent pas, les individus prennent souvent cela comme un signal qu'une réponse n'est pas nécessaire ou pas appropriée.


Dans le cas de Kitty Genovese, 38 témoins ont déclaré qu'ils pensaient assister à une « querelle d'amoureux » et ne se rendaient pas compte que la jeune femme était en fait en train d'être assassinée.


En cas de crise, les spectateurs pourraient se demander ce qui se passe exactement et hésitent d’intervenir. Quand ils voient que personne d'autre ne réagit, ils pensent qu'aucune action n'est nécessaire. Il existe des normes sociales qui renforcent l'indifférence. C'est un peu gênant, après tout, d'être celui qui perd son sang-froid alors qu'aucun danger n'existe réellement.
Il y a d’autres questions qui se posent. Quels sont les avantages d'aider? Quels sont les risques ? Dans cette situation, les passants craignaient probablement pour leur propre vie s'ils portaient secours, de se tromper, ou d’être accusés.


Le même phénomène existe en ligne, ceci explique une partie du problème. Mais il existe d’autres facteurs et autres fractures.


Sur les forums d’Internet, certaines réactions minoritaires reflètent des problèmes latents dans notre modèle de société. Le refus de la responsabilité n’est pas rare, chacun porte son propre fardeau. Les autres n’existent pas car personne ne partage les idées et les jugements des autres. Les autres sont des étrangers car ils pensent étrangement.
Des hommes ont intériorisé certains discours féminins dévalorisant les hommes . Des femmes ont intériorisé d’autres discours  que les hommes sont violents et qu’ils méritent ce qu’il leur arrive. D’autres refusent de témoigner parce la victime ne correspond pas à leurs propres critères (donc ne mérite pas la compassion), ou parce que la société n’aide personne, ou parce qu’il y a trop de victime dans notre société. Puis arrive l’individualisme : et moi, qui m’aide ?


Dilution de responsabilité, un individualisme qui provoque un sentiment d’isolement, une balance implacable des inconvénients dans une société judiciarisée, une confusion sur le rôle, ce qui mérite d‘être victime et qui mérite d’être aidé, le nombre des spectateurs passifs risquerait d’augmenter dans le monde réel comme en ligne.


Certains psychologues pensent que le fait d'être conscient de cette tendance est un bon moyen de briser ce cycle vicieux. Intervenir ou avertir sans attendre les autres, sans se mettre en danger, c’est devenir un spectateur actif.
Pour les victimes, il convient de personnaliser sa demande, de s’adresser à une personne, l’autorisant ainsi à apporter son aide, et ne pas attendre la réaction spontanée des gens.

 

Résumé

 


L'intimidation est un comportement répété qui vise à infliger un préjudice à la victime et peut prendre la forme d'abus physique, psychologique, émotionnel ou social. L'intimidation a des conséquences négatives sur la santé mentale des jeunes, y compris le suicide. La cyberintimidation est une nouvelle forme d'intimidation en ligne où les intimidants peuvent rester anonymes et les victimes sont impuissantes, entourés des spectateurs passifs. L’intimidation en ligne met en lumière certaines fractures qui traversent notre modèle de société.

 


Références
Taylor S : social psychology, Ed Pearson 2011
International Encyclopedia of the Social & Behavioral Sciences, ed: Neil J. Smelser and Paul B. Baltes 2001

 

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Médias sociaux : ces amis qui nous veulent du bien !!

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Les médias sociaux, facebook, tweeter et autres, sans oublier leurs ancêtres les forums, sont nos moyens modernes de communication, de présentation et d'échanges. Ces médias nous permettent d'avoir des liens avec les autres, et engendrent, comme toute technologie, certains problèmes.

 

Médias sociaux et mensonges : perdre confiance et troubler sa propre mémoire

 

C'est classique, mentir sur les réseaux sociaux, est un sport collectif.
En se répétant des mensonges, en s'inventant une vie imaginaire, notre mémoire sera troublée. Les inventions répétées et les mensonges risquent de fusionner avec la mémoire réelle.

 

En lisant des pages de facebook, nous avons l'impression que certains utilisateurs racontent leur vie. Pourtant, les études confirment que deux tiers des utilisateurs mentent, ou enjolivent la réalité et inventent une vie différente. Les médecins ont commencé à décrire les cas de personnes affectées par une " amnésie numérique " à force de croire à leurs propres versions des événements en oubliant la réalité et la vie réelle.

 

Inventer une vie sur les réseaux sociaux répond à une conformité sociale. La pression du groupe, avec laquelle chacun doit se conformer, engendre un comportement de groupe.

 

Sur Facebook, Twister, forums, les études découvrent que la moitié des utilisateurs déclare subir un sentiment de paranoïa, de tristesse et de honte, en étant incapables de vivre dans la réalité ce qu'ils racontent sur les médias sociaux. Inventer une vie différente de la vie réelle répond à des besoins pour éviter la stigmatisation, avoir de la popularité, être accepté dans un groupe, etc. Cette habitude peut créer une érosion dangereuse de l'identité personnelle selon les études récentes. Les mémoires sont réellement modifiées ainsi que leur nature, et leurs relations avec le temps. Dans certains cas, les personnes abandonnent les réseaux sociaux, ou consultent un médecin en raison d'un sentiment de culpabilité, de dégoût, parfois d'anxiété ou de troubles de la personnalité.

 

68 % des personnes sur les réseaux sociaux admettent exagérer ou mentir sur leur propre vie. 16 % des jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans ont des troubles de mémoire en raison de fusion entre la mémoire réelle et les mémoires inventées.

 

Les personnes inventent, ou enjolivent leur vie pour être acceptées dans la communauté, pour ne pas être traitées de jalouses, ou ennuyeuses, pour avoir de la popularité, pour avoir des liens et pour sortir de leur solitude.

 

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Partager : À n'importe quel prix ?

 

Dans le journal Computers in Human Behavior, une étude publiée en 2014 souligne que le partage sur les réseaux sociaux est de plus en plus répandu : un événement n'en n'est pas un jusqu'à ce que vous le disiez à quelqu'un. Les personnes qui partagent leurs émotions se disent ensuite soulagées. 70 % du partage social utilise des médias de texte comme Facebook ou Twitter. Les personnes choisissent les médias qui répondent à leurs besoins psychologiques soit par texte ou par message audio ou autres. Le positif est vite partagé. Par contre, les événements négatifs ou tristes sont peu appréciés, jugés comme intrusifs, et rabat-joie.

 

Le partage d'un événement positif augmente son impact, effet connu sous le nom de capitalisation. Partager l'heureux rendrait donc plus heureux. Par contre partager le triste ne semble pas alléger la tristesse, au contraire, cela semble aggraver les émotions négatives, soit par les commentaires des autres, soit par manque de solidarité.

 

Harcèlement en ligne

 

Le harcèlement en ligne est présent dans les forums et les réseaux sociaux. Ce sont parfois les trolls agressifs et insultants, parfois les autres connectés qui signalent vos messages comme abusifs pour inviter la modération à effacer vos messages ou à suspendre votre compte, ou c'est un membre qui cherche à se venger ou à attirer l'attention.

 

Internet n'est pas jeune, les réseaux sociaux ont presque 10 ans. Des procédures de gestion de ces comportements commencent à apparaître, sur le plan informatique, social et juridique. Parfois le harcèlement en ligne dépasse la plaisanterie vers les menaces ou vers la manipulation. La première ligne de défense est la prévention. Le bon sens invite chacun à mesurer le sérieux de son comportement et du comportements des autres. La deuxième ligne de défense est d'avertir la modération du réseau social. Si les menaces sont sérieuses, il est utile de demander l'aide.

 

D'autre part, il est conseillé de quitter un site quand vous vous sentez menacé, harcelé, ou ennuyé. La gestion de harcèlement en ligne est à ses débuts, mais les interventions de la police et des juges se multiplient.

 

Vie personnelle, vie professionnelle

 

L'interconnectivité croissante d'Internet signifie que la séparation entre vie personnelle et vie professionnelle va devenir de plus en plus complexe. Les mails sont un support publicitaire, les réseaux sociaux et les commentaires peuvent être exploités. Les médias sociaux ont rapidement associé l'individu personnel à l'individu  professionnel. Sur Facebook, figurent le nom, le prénom, le mail, l'âge, puis quelle école vous fréquenter, quel lycée, quel ville, quelle profession, etc. Pour suivre vos amis d'université, vous dévoilez vos études, puis votre profession, puis vos loisirs.

 

Pour éviter cette confusion dangereuse, la première étape est de prendre en compte ce danger, de séparer le professionnel du personnel, ou de choisir de ne pas le faire après avoir évalué les risques et les avantages.

 

Par la suite, il est utile de comprendre comment se protéger, ou demander de l'aide pour assurer cette protection. Vérifier comment vous pouvez protéger vos données personnelles sur votre navigateur ou sur les moteurs de recherche, comment faire avec les photos ou les numéros de téléphone.
Ne jamais accepter de pulguer sur internet une donnée dont vous ne maitrisez pas sa protection et sa diffusion.

 

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Activisme et propagande

 

Qui n'a pas subi sur Twitter, Instagram ou Facebook les débats acharnés et parfois animés d'activistes et de personnes qui diffusent de la propagande ? Une discussion sur l'égalité home-femme, sur le conflit armé au moyen orient, sur l'immigration, et les messages d'activistes qui défilent pour vous convaincre et pour vous influencer.

 

Les médias sociaux révolutionnent l'activisme politique et social. Il est plus facile d'agiter, de provoquer des débats et d'argumenter. Les plates-formes sociales transforment les discussions sociales en capital culturel. Vous laissez un message sur l'égalité homme femme, un autre prendre ce message comme un argument. Vous laissez une vidéo sur youtube, il devient un argument pour les autres utilisateurs.

 

Sur les médias sociaux, les " like, " les retweets ", les commentaires, sont le but de nos interventions. Chacun tente de communiquer ses idées et sa conviction. La perspective de récompenses sociales corrompt parfois nos interventions, car sur ces médias, notre image aux yeux des autres, nos profils sont une promotion personnelle. Curieusement, en militant sur les réseaux sociaux, on offre à ces réseaux plus de visiteurs et plus de gains.

 

Le consommateur occidental est habitué à cette liberté de parole, sait comment évaluer la propagande politique ou commerciale.
Et sur les réseaux sociaux, il est utile d'être vigilant, car ils donnent une fausse idée de la propagation d'une idée, de son importance, transformant les opinions en arguments.

 

Références

 

  1. Stephanie J. Tobin, Eric J. Vanman, Marnize Verreynne, Alexander K. Saeri. Threats to belonging on Facebook: lurking and ostracism. Social Influence, 2014; 1 DOI: 10.1080/15534510.2014.893924
  2. Mina Choi, Catalina L. Toma. Social sharing through interpersonal media: Patterns and effects on emotional well-being. Computers in Human Behavior, 2014; 36: 530 DOI: 10.1016/j.chb.2014.04.026
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