Jane Austen, Orgueil et préjugé: le couple d'abord

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Jane Austen, Orgueil et préjugé: le couple d'abord

 

Résumé du roman

 

Quand Charles Bingley, un riche célibataire décide de faire de Netherfield sa nouvelle résidence, les habitants du voisinage sont ravis, en particulier Mme Bennet, qui espère le marier à l'une de ses cinq filles. Les filles Bennet le rencontrent à un bal local, et sont vivement impressionnées par sa personnalité extravertie et sa disposition amicale. Elles sont toutefois moins impressionnés, par Darcy ami de Bingley, et de Fitzwilliam. Darcy est un aristocrate terrien trop fier pour parler aux habitants du village et il surprend fortement Elisabeth Bennet en refusant de danser avec elle.

 

Bingley et la fille aînée Bennet Jane, formeront bientôt un couple d'amoureux. Toute relation sérieuse entre les deux, cependant, va à l'encontre de la volonté des soeurs de Bingley, elles n'approuvent pas cet éventuel mariage de Bingley en raison du statut social inférieur de la famille Benet. Darcy a également un avis négatif sur la jeune fille, trop indifférente à Bingley. Pendant ce temps, Darcy se sent attiré par Elizabeth. Il est attiré par son intelligence, ses yeux expressifs, et son humour. Jalouse d'Elizabeth, Caroline Bingley ne peut rien faire pour diminuer l'admiration que Darcy lui porte.

 

Alors que Darcy devient de plus en plus intéressé par Elizabeth, celle-ci le trouve désagréable et prétentieux. Elle tombe sous le charme de George Wickham, un militaire beau et aimable cantonné dans le village. Wickham raconte son histoire à Elizabeth.

Son père travaillait pour le père de Darcy, lui et Darcy ont grandi ensemble. Le père de Darcy qui l'aimait comme un fils, lui avait laissé des biens que Darcy par jalousie, a refusé de lui donner après le décès de son père. Il dresse un portrait de Darcy non seulement fier mais aussi cruel. Elizabeth n'est pas autrement surprise de ce récit qui va dans le sens de sa première impression.

 

Dans le même temps, la famille Bennet reçoit la visite d'un cousin, William Collins, un ecclésiastique. Il est l'héritier de la succession de M. Bennet à la mort de celui-ci par suite de la loi nommée majorat (où les femmes ne peuvent hériter, seuls les hommes de la famille sont héritiers). Il est redevable de sa charge à sa patronne, lady Catherine de Bourgh, qu'il abreuve de compliments et louanges. M. Collins informe M. Bennet que lady Catherine lui a demandé de se marier et qu'il a l'intention de choisir une femme parmi les filles Bennet. Il jette son dévolu sur Elizabeth, mais il est stupéfait et choqué quand elle refuse de l'épouser.

 

Il tourne rapidement son attention sur une amie d'Elizabeth, Charlotte Lucas, qui cherche désespérément à se marier. Charlotte a 27 ans, n'est pas jolie, n'a pas d'autre choix. Rapidement Charlotte et Collins sont fiancés et se marient.

Dans le même temps, Jane est consternée de découvrir que Bingley et ses amis de Netherfield sont brusquement partis pour Londres. Caroline Bingley écrit à Jane qu'ils n'ont pas l'intention de revenir, prédit un mariage entre Bingley et la soeur de Darcy, Georgiana, qui se trouve à Londres. Bien que Jane se voit obligée de renoncer à une vie avec Bingley, Elizabeth en colère soupçonne les soeurs Bingley et Darcy d'être la cause de ces changements faisant obstacle au bonheur de sa soeur.

 

Elizabeth en visite au nouveau domicile de Charlotte à Hunsford, dans le Kent, répond à une invitation de la patronne de M. Collins également tante de Darcy, Lady Catherine de Bourgh, une femme autoritaire qui s'ingère dans la vie d'autrui. Peu de temps après l'arrivée d'Elizabeth dans le Kent, Darcy rend visite à sa tante avec son cousin, le colonel Fitzwilliam.

Darcy intrigue Elizabeth par son comportement, il semble rechercher sa compagnie, mais il ne dit jamais grand-chose. Un jour, il surprend en faisant une proposition de mariage à Elizabeth.

 

Elizabeth refuse sans ménagement, repoussée par son caractère orgueilleux, elle le croit responsable de  la séparation Bingley de Jane et du malheur de Wickham. Le lendemain, Darcy lui donne une lettre expliquant son influence sur l'éloignement de Bingley de Jane et détaille les faits sur la situation de Wickham. Un examen attentif des faits révèle que Darcy, tout fier qu'il soit, est innocent de toute faute, laissant la si fière Elizabeth, mortifiée d'être tombée elle-même dans des préjugés contre Darcy.

Un mois après son retour à la maison, Elizabeth part en voyage avec sa tante et son oncle Gardiner à Derbyshire County, où ils visitent les environs dont la propriété de Darcy, Pemberley. Là, ils le rencontrent de manière inattendue et sont tous surpris de voir comment Darcy les traite gentiment. Il voit Elizabeth à l'auberge où ils sont descendus et lui présente sa soeur, et l'invite à Pemberley pour le dîner.

 

Darcy est toujours amoureux d'Elizabeth, et Elizabeth commence à avoir des sentiments similaires pour lui.

Au milieu de cette embellie, Elizabeth reçoit deux lettres de Jane lui disant que Lydia s'est enfuie avec Wickham, obligeant Elizabeth et les Gardiners à rentrer immédiatement. Elizabeth craint que Lydia et la famille Bennet ne soient définitivement déshonorée et que son amour nouvellement découvert pour Darcy, sans lendemain. Lorsque Lydia est retrouvée, les deux amants sont mariés. A distance de l'événement, Elizabeth découvre que Darcy a joué un rôle dans l'orchestration du mariage, sauvant ainsi la réputation des autres filles Bennet.

Bingley revient à Netherfield et demande dès son retour, à Jane de l'épouser. Jane, bien sûr, accepte, Mme Bennet exulte. Pendant ce temps, le bonheur d'Elisabeth pour sa soeur est interrompu par une visite de lady Catherine de Bourgh, qui a entendu une rumeur selon laquelle Darcy et Elizabeth se sont engagés, mais ils ne sont pas.

Elle sermonne ouvertement l'imprudence d'Elizabeth puis exige la promesse qu'Elizabeth n'acceptera pas d'éventuelle proposition de mariage de Darcy. Elizabeth refuse, provoquant lady Catherine.

Cette réponse donne de l'espoir à Darcy qu'elle a changé d'avis sur lui. Il lui propose à nouveau de se marier et Elizabeth accepte avec joie.

 

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Le couple chez Jane Austen

 

Peut-être pour la première fois dans l'histoire de la littérature européenne, Austen introduit l'amour passion ou l'amour romantique dans le mariage, alors que le mariage était considéré comme une association économique et sociale. Si le style de Jane Austen est classique, son approche du couple dans le mariage est parfaitement moderne. Elle refuse l'idée du couple raisonnable pour dessiner un  couple fondé sur un équilibre entre amour et raison, l'individu a un mot à dire dans son destin conjugal. Une fille peut et droit refuser un mariage, non pas par refus du mariage comme institution, mais par refus de partager sa vie avec une personne qu'elle n'apprécie pas.

 

 

Le couple et l'amour propre

 

L'amour romantique chez Jane Austen est une affirmation de soi, une validation de ses propres besoins. Les parents chez Jane Austen sont généralement ridicules et incompétents, les pères indécis, parfois dépressifs, des mères sottes ou passives. Les femmes (filles) devraient chercher leurs chemins par leurs propres moyens. Elle insiste sur l'importance du bon sens, de la modération, de la raison dans les choix de ses héroïnes.

Une lecture attentive de romans de Jane Austen démontre sa grande connaissance de l'attirance sexuelle, de ces paramètres, de ses signes, de ses dynamiques. Une connaissance fondée sur l'observation avant les études sociologiques ou la naissance de la sexologie au début du XXe siècle.

Les héros victimes de cette attirance sexuelle, se retrouvent en face de dimensions nouvelles, cherchent dans leur raison les moyens de comprendre, d'agir sous l'emprise du coup de foudre, ou d'une attirance sexuelle intense. Jane Austen insiste sur l'authenticité et la vérité des sentiments qui conditionnent la réponse de l'autre.

Ses héroïnes résistent plus ou moins à  cette attirance sexuelle pour vérifier l'authenticité et la vérité des motivations de l'autre.

Chez elle, le couple est un engagement trop sérieux pour être fondé sur la simple attirance sexuelle. Le couple selon Jane Austen est un équilibre entre désir sexuel, raison, et sentiments.

Darcy est un héros romantique, victime d'un coup de foudre, il désire une fille moins belle que d'autres, mais plus intelligente. Elle a plus de charme que de beauté. Le comportement de Darcy est fidèle à son amour-propre. Il propose le mariage une première fois à Élisabeth Bennet, elle refuse. L'histoire s'arrête là. L'amour propre interdit à un homme de présenter ses hommages une deuxième fois.

Dans son essai, sur l'amour et l'amitié, Allan Bloom discute l'influence de Jean Jacques Rousseau sur Jane Austen, surtout dans son roman "Orgueil et préjugé". Longtemps avant la psychologie moderne qui a fondé le concept de l'estime de soi, JeanJacques Rousseau a forgé le concept de l'amour-propre. Dans les essais littéraires, le terme d'amour-propre demeure utilisé plus que le terme estime de soi, réservé à la psychologie et à la médecine.

La naissance de l'individu s'accompagne de la naissance de l'amour propre, l'estime de soi devient le mécanisme indispensable pour la survie de l'individu dans la société. Dans Orgueil et préjugés, il est question d'estime de soi, de validation de ses propres besoins, d'entrer dans le couple en étant un individu entier, et non pas comme membre anonyme de la société. Élisabeth Bennet juge Darcy condescendant, ne respectant pas sa propre estime d'elle-même en rabaissant sa famille, et sa condition sociale. Darcy juge Élisabeth Bennet comme orgueilleuse incapable de valider ses besoins à lui, besoin de reconnaissance sociale et de respect.

Élisabeth Bennet refuse la proposition de mariage de Darcy  ; un acte spectaculaire pour une fille modeste menaçant ainsi son avenir social et économique  ; Élisabeth Bennet accomplit un acte indispensable: la confirmation de soi. Elle ne pouvait garder son estime d'elle-même sans se défendre en face de Darcy. Quelques chapitres auparavant, elle refuse son cousin M. Collins car elle ne l'aimait pas. Valider ses propres besoins est composante essentielle de l'estime de soi.

Nous pouvons discuter longtemps, comme cela se passe dans les clubs de lecture sur Jane Austin, sur la sincérité des reproches de Bennet à Darcy et vice versa, on peut déjà dire que les deux amoureux avaient leur propre part de vérité et une sacrée dose de mauvaise foi.

Jane Austen démontre à travers cette aversion provisoire entre les deux amoureux, la peur de chacun de ses propres sentiments, la crainte de l'emprise de l'autre sur son destin. Par la suite, Jane Austen décrira une démarche raisonnable des deux partenaires  : l'amour-propre dans le couple devrait être respecté, les besoins de chacun conditionnent la qualité du couple, la solution réside dans l'égalité des partenaires.

 Allan Bloom résume à sa façon dans une jolie formule ces dynamiques de rencontre  :

«dans l'affrontement de ces deux guerriers, la connaissance de soi progresse, l'orgueil et les préjugés sont corrigés".

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Le couple : deux égos

 

Après le refus du mariage, pendant lequel Élisabeth Bennet a accusé Darcy de rabaisser sa famille, de ne pas «  admettre ses besoins   et sa capacité à dire non  », Darcy lui adresse une lettre d'explication. Cette lettre est d'une importance décisive dans le roman. Il donne des explications. L'incertitude et l'ambiguïté des sentiments vont secouer Élisabeth Bennet comme les autres héroïnes chez Jane Austen. Le jugement devient plus nuancé. Darcy est moins monstrueux, moins antipathique.

L'amour entre Darcy et Bennet peut être qualifier d'amour romantique, les deux egos naviguent seuls dans un océan d'incertitude, cherchant des solutions ensemble, loin de la société, dans la discrétion. C'est un amour romantique car le hasard et la chance jouent un rôle important dans la relation.

Comme les autres héroïnes, l'égo d'Élisabeth Bennet s'exprime dans le couple, et non pas dans la société. Elle se réalise dans le couple, et le couple s'adapte aux conventions sociales. Jane Austen célèbre avec délice les triomphes de ses héroïnes, l'une après l'autre, où chacune cherche à valider ses besoins, à imposer sa volonté dans le couple  : certaines se marient par amour, d'autres par intérêt, en choisissant avec une belle lucidité.

"Il est universellement admis qu'un célibataire nanti d'une belle fortune a forcément besoin d'une épouse. Si mal connus que soient les sentiments ou les opinions d'un tel homme, dès lors qu'il paraît dans une certaine société, cette vérité est si bien ancrée dans l'esprit des familles du voisinage qu'il est considéré comme propriété légitime de l'une ou l'autre de leurs filles."

Orgueil et préjugés , Jane Austen

 

Modèles de mariages

 

Outre le mariage de Mme et M. Bennet, quatre mariages ont lieu dans le roman, la plupart du temps émanant de l'amour entre les partenaires. Par ailleurs, la principale préoccupation du roman est la séduction et l'amour.

Le premier mariage qui attire notre attention est celui de Mme Bennet et M. Bennet. Mme Bennet n'était pas un bon parti pour M. Bennet. Elle est nerveuse, ridicule, alors que M. Bennet est un homme conscient et sensible qui aspire à la tranquillité. Ce mariage est le pire exemple de ce genre dans le roman. Le deuxième exemple de mariage dans le roman est celui de Charlotte Lucas et M. Collins.

M. Collin est un membre du clergé fortuné et stupide. Il se propose d'abord d'épouser Elizabeth mais elle le rejette. Il propose à Charlotte Lucas qui accepte sa proposition parce qu'elle veut la sécurité économique. C'est un mariage de convenance, pas un mariage d'amour.

Le troisième exemple de mariage dans le roman est celui de Lydia et Wickham.

Wickham est un coureur de jupons et un tricheur. Il attrape Lydia dans son filet et elle tombe amoureuse   de   lui. Elle s'enfuit avec lui provoquant la honte sur sa famille ; "jeune fille perdue, sans soutien et sans argent". Darcy intervient, paie Wickham pour qu'il épouse Lydia et  sauve l'honneur de la famille de Bennet.

Le quatrième exemple de mariage est celui de Jane et Bingley. Ils s'aiment. Bingley épouse Jane sans dot. Ceci est un exemple d'un mariage d'amour.

Le cinquième et dernier exemple de mariage est celle d'Elisabeth et de Darcy. Selon Austen, c'est un exemple d'un mariage fondé sur la compréhension et sur l'amour. Avant le mariage, ils ont rencontré des différences profondes et des confrontations résultant de la fierté de Darcy et des préjugés d'Elizabeth. Ils se marient quand Darcy renonce à sa fierté et Elizabeth renonce à ses préjugés. Un exemple de mariage idéal.

 

 

Le couple et la complémentarité

 

C'est probablement l'influence de Rousseau, encore une fois, sur la culture européenne, qui guide Jane Austen dans son travail. Rousseau disait qu'une relation solide entre un homme et une femme se fonde sur la complémentarité. Nous pouvons discuter longuement ce terme complémentarité,

Nous pouvons avoir plusieurs points de vue. Le couple devient une interdépendance, une relation interpersonnelle.

L'homme demeure distinct de la femme, la femme demeure distincte de l'homme, les deux partenaires partagent leurs capacités, leurs expériences, leurs intelligences, pour produire le meilleur pour le couple. Cette interdépendance est à l'opposition de l'amour fusionnel qui règne dans notre mode de vie actuelle.

Darcy et Bennet jouent la complémentarité, ils discutent indéfiniment pour échanger, pour enrichir leurs relations, et pour cultiver, non pas l'intelligence individuelle, mais l'intelligence du couple.

 

 

Le couple et la sexualité

 

La sexualité dans le sens jouissance n'existe pas chez Jane Austen. On peut bien sûr imaginer une suite, par ex la nuit de noces de Bennet et de Darcy. Certains auteurs ont tenté de se moquer de la pudeur de Jane Austen.

La question de la sexualité dans l'amour romantique est une question délicate. L'amour romantique exige l'égalité des partenaires, l'union de deux egos.

Comment pouvons-nous accepter l'approche de Jane Austin? Aristote disait l'orgasme et la pensée s'excluent mutuellement. Austen semble d'accord sur ce point comme d'autres écrivains au 19ème siècle.

Il y a un temps pour la parole entre Bennet et Darcy, un temps pour la jouissance, ce temps là commence après la sortie de l'église.

 

 

 

Exigence de vérité

 

La femme devra savoir quoi faire dans la relation. Elle sera punie socialement et émotionnellement en cas d'erreur. Pour que la femme puisse bien choisir, bien juger, l'homme ne devrait pas mentir ou se présenter sous un faux jour. Cette exigence de vérité est une constante dans les romans de Jane Austen. Dans Orgueil et préjugé, Wickham est jugé misérable et méprisable car il a menti.

Jane Austen condamne sévèrement les mensonges dans la relation. Elle prend la relation au sérieux, elle prend le couple au sérieux, et les conséquences de l'échec de la relation.

A notre époque, l'amour romantique reprend cette exigence de vérité comme un fondement de couple.

 

 

Référence 

Mallaisy Thérèse: Pourquoi Austen  redevient populaire, Ed Causam,  2015

 

 

 

 

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Bronte : Jane Eyre : résumé et analyses

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Bronte : Jane Eyre : résumé et analyses

 

« Reader, I married him » ou « Lecteur, je l’ai épousé » est l’une des lignes les plus célèbres de la littérature anglaise. Lorsque Jane Eyre dit directement au lecteur qu’elle a épousé M. Rochester, l’annonce de cette fin heureuse pour le roman de Charlotte Brontë demeure innovante, peu conventionnelle, et surprenante dans un roman écrit à la première personne.

 

 

La vie Charlotte Brontë

 

Elle est née le 21 avril 1816 dans le village de Thornton, West Riding, Yorkshire. Son père, Patrick Bronte était le fils d’un respectable fermier irlandais dans le comté de Down, en Irlande. La mère de Charlotte, Maria Branwell Bronte est morte alors que sa fille n’avait que cinq ans.


Elle avait donné naissance à six enfants : Maria (1813), Elizabeth (1815), Charlotte (1816), Patrick Branwell (1817), Emily (1818) et Anne (1820). Elle est morte d’un cancer à l’âge de trente-huit ans. Charlotte se souvient peu de sa mère. À l’âge adulte, elle lit les lettres que sa mère a adressées à son père. Charlotte écrit le 16 février 1850 : j’aurais aimé qu’elle vive et que je la connaisse ».


Alors qu’elle avait huit ans, Charlotte accompagnée de sa sœur Émilie a rejoint leur sœur aînée à l’école des filles récemment ouverte à Cowan. Les conditions de vie à l’école était pénible. Dans ce roman, Charlotte décrit dans la sombre « Lowood School » de Jane Eyre sa propre école.


Les rigueurs de la vie en internat, nourriture mal préparée, habitat insalubre, avaient favorisé la propagation des maladies. Le typhus a touché plusieurs élèves. Maria a développé la tuberculose. Charlotte s’inspire de cet incident pour décrire le martyre de son personnage Helen Burns dans Jane Eyre.


Le père Patrick Bronte n’était pas informé de l’état de sa fille aînée avant février 1825, deux mois après que Maria ait commencé à avoir des symptômes et lorsqu’il l’a vue, il l'a retirée de l’école, pour mourir à la maison trois mois plus tard.
Entre-temps, Elizabeth était tombée malade. À son tour, elle quitta l’école pour mourir deux semaines plus tard malgré les soins de ses sœurs Charlotte et Émilie.
Suite à l’expérience tragique de cette école, le père décida d’instruire ses enfants à la maison en faisant appel à des enseignants privés.
L’isolement relatif des enfants dans leur maison fit naître entre eux des liens forts. Le temps dans le Yorkshire ne permettait pas de jouer à l’extérieur. Les enfants comptaient sur leur imagination pour inventer leur propre monde et leur propre jeu.


En 1829, Charlotte commença à écrire de la poésie. Elle produit soixante-cinq poèmes et une pièce satirique sur l’écriture de la poésie entre 1829-1830.
Les différents poèmes écrits pendant cette période reflétaient un apprentissage proclamé par imitation de certains poètes, comme les nombreuses descriptions de paysages naturels répandus dans la poésie du XVIIIe siècle de James Thomson et William Wordsworth.


Cette vague de production poétique fut interrompue en janvier 1831. Les enfants étaient scolarisés à l’école Roe Head à Mirfield, près de Dewsbury. Roe Head était une petite école qui n’inscrivait généralement qu’environ sept élèves pensionnaires à la fois, toutes des filles de même âge.
Bien qu’elle ait eu le mal du pays au début, avec le temps, elle gagna le respect et l’affection de ses pairs et se sentit à l’aise dans son nouvel environnement scolaire.
Après son départ de Roe Head en mai 1832, elle devint responsable de l’instruction de ces jeunes sœurs, et de l’entretien du foyer. Ce fut un retour à l’écriture de la poésie également.


En décembre 1836, elle décida de faire de l’écriture son métier pour gagner sa vie en tant que poète. Elle sollicita l’avis de plusieurs personnes comme le poète anglais Robert Southey. Le découragement dans sa lettre du 12 mars 1837 est devenu tristement célèbre :
« La littérature ne peut être l’affaire d’une femme, et elle ne devrait pas l’être »
A l’époque, personne ne croyait aux capacités artistiques des femmes, on insistait sur la place réservée aux femmes dans la société, on les invitait à faire leurs devoirs comme épouse et mère. Une femme non mariée pouvait trouver un travail respectable comme enseignante ou gouvernante. Les autres carrières ne convenaient pas aux femmes.
Malgré l'absence d'encouragement de Southey, Bronte, entre janvier 1837 et juillet 1838, écrit plus de soixante poèmes et fragments de vers, y compris des ébauches qui allaient devenir ses meilleures productions poétiques. Sept ans plus tard, en 1845, elle révisa ses poèmes pour les préparer à la publication.


Charlotte et Émilie Brontë quittèrent l’Angleterre en février 1842 pour s’inscrire comme élève dans une école belge gérée par Madame Claire Zoe Heger et son mari, Constantin.
Charlotte et Émilie étaient anglaises et protestantes dans une école francophone, à majorité catholique. Les deux filles étaient isolées par la barrière de la langue, de la culture et de la religion, sans parler de la timidité naturelle de Charlotte et de sa sœur.


En dépit de ces difficultés, les deux jeunes femmes faisaient des progrès académiques remarquables à Bruxelles. Charlotte composa peu de poèmes pendant son séjour en Belgique.
Les sœurs, Mary, Charlotte et Anne décidèrent de publier leurs poèmes sous des pseudonymes masculins afin de surmonter les préjugés répandus sur la littérature féminine. Cette pratique était courante au XIXe siècle, les femmes publient leurs œuvres d’une façon anonyme, ou en utilisant des pseudonymes masculins comme Georges Eliot ou George Sand.
Charlotte Bronte s’était attelée à la tâche de trouver un éditeur pour les poèmes présentés sous le pseudonyme de Currer, Ellis et Acton Bell en 1846. Un petit éditeur londonien Aylott & Jones accepta de publier aux frais des auteurs, pratique courante pour des écrivains inconnus.


En dépit de cette publication, Charlotte Brontë n’écrit plus de poésie après 1845. Elle prépara déjà son premier manuscrit pour un roman « le professeur » publié en 1857 après avoir été refusé neuf fois. L’éditeur Smith Elder refusa de publier le livre, mais demanda d’examiner les autres textes de Charlotte Brontë. Elle venait de terminer Jane Eyre. Le roman fut imprimé immédiatement sous le pseudonyme de Currer Bell.
Après le succès de son roman, Brontë n’écrivit plus de poésie sauf pour des occasions comme les célébrations ou les décès. Attristée par la mort de son père, de ses sœurs, elle publia d’autres romans comme Shirley en 1849, et Villette en 1853.
Après les succès, elle accepta la célébrité. Elle fut saluée par des auteurs importants de son époque comme William Makepeace Thackeray.


À l’âge de trente-huit ans, Charlotte Bronte mariée avec le pasteur Arthur Bell Nichols, tomba malade d’une infection grave de l'appareil digestif et mourut le 31 mars 1855. Elle fut enterrée avec le reste de sa famille à Edith Saint Michael, en face de la maison du presbytère où elle vivait avec son mari.

 

 

Résumé de Jane Eyre


Le personnage principal est une orpheline de 10 ans qui vit avec la famille de son oncle ; ses parents sont morts du typhus. Outre la nourrice, la famille ostracise Jane. Elle est envoyée à l’austère Lowood Institution, une école de charité, où elle et d'autres jeunes filles sont éduquées et maltraitées. Face à une telle adversité, elle acquiert force et confiance.


Au début de l’âge adulte, après plusieurs années passées à Lowood comme étudiante puis comme enseignante, Jane doit avoir le courage de partir. Elle trouve un emploi de gouvernante à Thornfield Hall, où elle rencontre son fringant et byronien employeur, le riche et impétueux Edward Rochester. À Thornfield Hall, Jane s’occupe de la jeune Adèle, fille d’une danseuse française, et maîtresse de Rochester, qui se lie d’amitié avec la gentille gouvernante, Mme Alice Fairfax.
Jane tombe amoureuse de Rochester, on attend de lui qu’il épouse la snob et socialement importante Blanche Ingram. Mais Rochester finit par répondre à l‘amour de Jane et lui propose le mariage. Le jour de leur mariage, Jane découvre que Rochester ne peut pas l’épouser légalement, car il a déjà une femme, Bertha Mason, qui est devenue folle et est enfermée au troisième étage à cause de son comportement violent ; sa présence explique les bruits étranges que Jane a entendus dans le manoir.


Croyant qu’il a été piégé dans ce mariage, Rochester se sent en droit de poursuivre sa relation avec Jane. Il la supplie de le rejoindre en France, où ils peuvent vivre comme mari et femme malgré les interdictions légales, mais Jane refuse par principe et fuit Thornfield.
Jane est recueillie par des gens dont elle découvre plus tard qu’ils sont ses cousins. L’un d’eux est St John, un ecclésiastique. Il lui offre un emploi et lui propose bientôt de se marier, lui suggérant de le rejoindre comme missionnaire en Inde. Jane accepte d’abord de partir avec lui, mais pas en tant qu’épouse. Cependant, St. John la pousse à reconsidérer sa proposition, et Jane finit par faire appel au Ciel pour lui montrer ce qu’elle doit faire. C’est alors qu’elle imagine entendre l’appel de Rochester. Jane retourne à Thornfield pour trouver le domaine brûlé, incendié par la femme de Rochester, morte après avoir sauté par la fenêtre de sa chambre. Rochester, dans une tentative de la sauver, a été brûlé et devenu aveugle. Réunis, Jane et Rochester se marient. Rochester retrouve plus tard la vue, et le couple a un fils.

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Publication et analyse du roman


Le livre a été publié à l’origine en trois volumes sous le nom de Jane Eyre : An Autobiography, avec Currer Bell comme éditeur. La partie Lowood du roman était largement considérée comme inspirée de la propre vie de Charlotte Brontë. Bien que certains se soient plaints qu’il était anti-religieux, l’ouvrage a connu un succès immédiat. L’attrait de Jane Eyre est en partie dû au fait qu’il a été écrit à la première personne et qu’il s’adresse souvent au lecteur, créant ainsi une grande immédiateté. De plus, Jane est une héroïne peu conventionnelle, une femme indépendante et autonome qui surmonte à la fois l’adversité et les normes sociétales. Le roman a mélangé divers genres. Le choix de Jane entre besoin sexuel et devoir éthique appartient très fermement au mode du réalisme moral. Cependant, son évasion proche d’un mariage bigame et la mort foudroyante de Bertha font partie de la tradition gothique.

 

Passions violentes, amour, colère, envie et férocité de l’esprit, on les trouve dans la figure d’une jeune femme frêle, simple et sans moyens : l’orpheline Jane Eyre. Célèbre pour sa romance avec Rochester, une grande aventure de cœur, le roman est l’histoire de sa lutte pour s’exprimer dans une société déterminée à briser sa volonté. Intimidée dans son enfance au domicile de sa tante Reed, brutalisée à l’école, méprisée en tant que gouvernante à Thornfield Hall, Jane reste remarquable par son attitude de défi, par sa sensibilité. Par-dessus tout, elle a le courage de défier les autres (et elle-même) sur les grandes questions du mal et de l’injustice.


L’intrigue, une série de secrets et de révélations, tourne autour de la question fondamentale d’identité. Quel genre d’homme est Rochester, si changeant et péremptoire ? Qui hurle dans le grenier et apparaît la nuit dans les couloirs de Thornfield Hall ? Et qui est vraiment Jane Eyre ? Une menteuse, comme l’insiste sa tante ; une elfe, comme elle apparaît à Rochester ; une travailleuse pieuse, femme d’un missionnaire ; ou une femme capable de donner et de recevoir un amour passionné ?


Le succès remarquable de Jane Eyre est en partie attribuable à l’évolution des goûts littéraires de l’époque.


Alors que le paysage littéraire anglais des XVIIe et XVIIIe siècles avait été dominé par les poètes, le public des lecteurs du XIXe siècle a exigé des personnages avec lesquelles ils pourraient s’identifier. Jane Eyre était une œuvre de genre : l’histoire d’une personne ordinaire qui vit des choses extraordinaires.


Si on accepte l’affirmation de Virginia Woolf que les romans de Bronté sont lus « pour sa poésie », on pourrait dire que Bronte n’a jamais complètement abandonné sa carrière de poète. En adaptant ses impulsions créatives aux exigences du public, Bronte a intégré des éléments poétiques dans la forme du roman.


Jane Eyre est influencée par les romans d’horreur gothique qui étaient populaires au début du XIXe siècle. Le lieu, le cadre sombre, le mystérieux M. Rochester, les étranges événements dans le grenier de la maison jouent sur les conventions de l’horreur. En même temps, le roman suit la structure de la progression, l’intrigue suit le parcours de Jane depuis sa jeunesse vers sa maturité vers la fin heureuse dans son château avec son mari et son enfant.


Narration à la première personne, les lecteurs victoriens furent troublés par la suggestion du roman que les femmes ne sont pas passives ni soumises, et par son traitement de l’amour jugé grossier et offensant. L’importance de l’amour romantique est un thème ancien dans la littérature, mais dans Jane Eyre ce thème est présenté avec franchise et intensité, digne d’un romancier français, mais nouvelle pour un écrivain anglais.


Cette intensité est rendue possible par la décision de Bronte de raconter l’histoire à la première personne, du point de vue de Jane Eyre qui domine son monde, chaque personnage vit à travers elle.
Jane Eyre a reçu un accueil populaire, plusieurs commentateurs admiraient la puissance et la fraîcheur de Bronte ; d’autres ont qualifié le roman de superficiel et de vulgaire. La première critique connue, est celle d’Elizabeth Rigby, qui a condamné catégoriquement Jane Eyre comme « une composition anti-chrétienne ».


D’autres critiques ont mis en doute la paternité du roman. Certains doutèrent qu’une femme soit capable d’écrire un tel travail, alors qu’un critique dans The Review a affirmé qu’un homme et une femme étaient ses coauteurs.
Dans une autre première évaluation, George Eliot a exprimé son admiration pour le roman, s’est plaint que les personnages parlaient comme des « héros et des héroïnes de rapports de police ».


Dans Jane Eyre, le personnage principal est sauvé grâce à l’amour, finit par quitter une vie de corvée et se retrouve heureuse mariée à son précédent employeur, Edward Rochester. Bien que ce genre de romance soit difficile à trouver dans le monde réel, sa présence dans la littérature a été une constante à travers les âges.
Brontë a créé une Jane Eyre passionnée et intelligente capable de prendre ses décisions, faire preuve d’empathie, et résister à l’adversité, contrairement à de nombreux auteurs masculins qui présentaient les personnages féminins comme figures de beauté, de séduction ou de moralité.


Brontë présente Jane comme un être complexe, en trois dimensions, qui évolue et s’adapte.
Ces aspects féministes du roman ne sont pas passés inaperçus auprès des contemporains de Brontë. Alors que de nombreuses études antérieures ont fait l’éloge du roman, certains ont critiqué son caractère radical et sa vision « non féminine » de la féminité. Jane Eyre est devenue l’une des héroïnes littéraires influentes de son époque.
Après la publication, un nouveau type de femme apparaît dans la littérature victorienne, des femmes rebelles et intelligentes.
Jane Eyre a ouvert la porte à d’autres femmes écrivaines pour explorer les limites, et le désir d’égalité.
C’est un thème qui est apparu dans de nombreux romans victoriens comme Middlemarch de George Eliot.

Références

Allott, Miriam, editor. The Brontes: The Critical HeritageLondon: Routledge & Kegan Paul, 1974.
Bayne, Peter. Two Great Englishwomen: Mrs. Browning and Charlotte Bronte. London : Clarke, 1881.
Crump, R.W. Charlotte and Emily Bronte, 1846–1915: A Reference Guide. Boston : G.K. Hall, 1982.
Gaskell, Elizabeth Cleghorn. The Life of Charlotte Bronte2 volumes, third edition, revised. London : Smith,
Elder, 1857.
Gilbert, Sandra M., and Susan Gubar. The Madwoman in the Attic: The Woman Writer and the Nineteenth
Century Literary Imagination. New Haven, Conn. : Yale University Press, 1979.
Nestor, Pauline. Female Friendships and Communities: Charlotte Bronte, George Eliot, Elizabeth Gaskell.
Oxford : Oxford University Press, 1985.

Woolf, Virginia. » Jane Eyre » and ’Wuthering Heights,’ in The Common Reader, first series. London :
Hogarth Press, 1925.

 

 

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Emma : Jane Austen

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Emma : Jane Austen

 

Emma Woodhouse, belle, intelligente et riche, habite une maison confortable, dans une ambiance heureuse, semble être bénie dans son existence. Les romans d’Austen appartiennent à la catégorie divertissement, ou romance, ou étude sociologique légère.

 

Emma : Jane Austen : résumé rapide

Les états d’âme et les paradoxes dessinent les personnages, laissant entrevoir des complexités émotionnelles ; Emma est le roman le plus vif, et le plus sympathique publié en 1816 par Jane Austen.
L’histoire est rapide à la manière des contes de fées, inattendue, mais inévitable. Tout comme dans l’autre roman d’Austen, orgueil et préjugés, elle se déroule au sein d’un certain nombre de familles interconnectées, dans le Highbury, et concerne les fantaisies, les ruses, les tromperies et les révélations amoureuses.


Si les couples se font et se défont, dans le petit bourg de Highbury, c’est qu’Emma s’est improvisée entremetteuse. Il est plus distrayant, pour une jeune femme accomplie, de s’immiscer dans les affaires matrimoniales et amoureuses des autres plutôt que de se chercher un mari.


Emma Woodhouse, jeune femme de vingt-et-un ans qui vit avec son père dans leur propriété de Hartfields. Sa sœur Isabelle, plus âgée, a épousé John Knightley, dont elle est très amoureuse ; ils ont cinq enfants et vivent à Londres. Autour de cette famille appréciée de tous, gravite Miss Taylor l’ancienne gouvernante d’Emma qui a épousé, à l’instigation de cette dernière, Mr Weston. On rencontre aussi Harriet Smith une amie d’Emma que celle-ci espère faire monter dans l’échelle sociale en lui trouvant un mari de rang plus élevé.


Rajoutons George, le frère de John Knightley, trente-sept ans, Franck Churchill, le fils de Mr Weston, à peu près du même âge qu’Emma, dont l’arrivée est toujours annoncée comme imminente, Jane Fairfax, et un pasteur Mr Elton et nous aurons une petite société fort intéressante vivant dans ce petit village de Highbury.

 

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Emma : Jane Austen : commentaire

Peu de romans courts se vantent d’une telle variété de personnages ou d’une telle variété de scènes. Austen réussit les mises en scène, l’harmonie, mais aussi à offrir des contrastes qui ajoutent à la profondeur du roman.


Jane Austen dépeint la vie quotidienne dans la campagne anglaise : la principale distraction est d’aller chez les uns ou les autres, dîner ou prendre le thé en parlant de la pluie et du beau temps, en prenant bien soin de donner son avis sur tout.
On prend garde à ne pas s’enrhumer, étant donné la météo, à alimenter la conversation, comme le feu dans la cheminée, en passant les couvertures dans la voiture. Quand on ne se parle pas, on s’écrit, on s’intéresse à n’importe quel événement comme un piano qui arrive chez Jane, sans annoncer le nom de l’expéditeur.

 


Jouant la marieuse, un rôle réussi pour Mme Weston, Emma décide de se remettre à l’ouvrage, en affirmant à son amie Harriet que le vicaire, M. Elton est amoureux d’elle, se mettant parfois dans des situations équivoques. On apprécie la bonne volonté, l’enthousiasme, la bienveillance d’Emma.


Pleine de bonne volonté, intelligente dans sa façon de s’exprimer, ce qui donne des joutes verbales agréables avec George Knightley qui n’hésite pas à lui exprimer clairement sa façon de penser.

Etant riche, Emma a décidé de ne pas se marier et de vivre seule, se consacrant à son père. Elle devient irritante par son snobisme, son esprit de castes, son orgueil qui la pousse à se montrer dure et ironique. Elle finit par découvrir ses erreurs, son incapacité à deviner les sentiments des autres, et même ses propres sentiments.


Emma est une héroïne à la fois irrésistible et exaspérante. Son habileté à mettre son amie la naïve Harriet Smith sur la voie d’une succession de célibataires est contrebalancée par son charme irrépressible et, et par sa volonté de s’approprier ses erreurs.

 


Miss Bates, la vieille fille qui ne peut pas s’arrêter de parler, est à la fois hilarante et déchirante ; un pique-nique à Box Hill dessine un moment d’insouciance de la part d’Emma, un bavardage sans importance qui se termine par un moment de cruauté.


Rien n’échappe à l’acuité ou à la sympathie d’Austen : elle est la grande romancière du changement. L’évolution d’Emma, qui est passée d’une organisatrice confiante de la vie des autres à une jeune femme qui observe sa vie et réfléchit sur ses erreurs est implacable et profondément émouvante.


Emma, un roman sur l’orgueil juvénile, sur la naïveté de chacun en face de l’amour et de la romance.

 

Plus que dans tout autre de ses romans, Emma justifie la célèbre affirmation d’Austen selon laquelle trois ou quatre familles dans un village de campagne sont « un objet qui mérite notre attention »

 

 

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Agatha Christie : secrets d’un immense succès

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Agatha christie Poirot Marple

Agatha Christie : secrets d’un immense succès

Agatha Christie est l’auteur le plus vendu de tous les genres et de tous les temps. Ses livres se sont vendus à plus de deux milliards d’exemplaires en langue anglaise, en langue française et en 103 langues étrangères.

Elle a publié plus de quatre-vingts romans et pièces de théâtre, dont beaucoup mettent en scène l’un ou l’autre de ses personnages principaux de sa série — Hercule Poirot ou Miss Marple. La plupart de ses livres et de ses nouvelles ont été filmés, sa pièce The Mouse trap (la souricière). Mouse trap détient le record de la plus longue représentation à Londres.

Après la lecture de plusieurs romans ou nouvelles de Christie, il est possible de détecter certaines similarités, une sorte de marque de fabrique.

 

Simplicité de technique


Le crime reflète sa société, dévoile les valeurs d’une communauté, se déroule dans un milieu précis gouverné par des règles et des valeurs.
Dans les romans policiers d’Agatha Christie, Miss Marple et M. Poirot, ses deux détectives les plus populaires, sont là pour résoudre l’affaire à la fin du livre et pour conclure leurs interventions par une réflexion intellectuelle qui dénonce le mal et consolide l’ordre. Christie tente comme d’autres auteurs à offrir aux lecteurs l’espoir de la justice.

Pendant l’âge d’or du roman policier, le cadre typique est la campagne anglaise et sa société, surtout la classe supérieure et la classe moyenne supérieure. Agatha Christie connaissait bien ces classes et a dépeint certains caractéristiques : fort sentiment de possessivité, préjugés profonds sur les autres et sur la différence, ethnocentrisme et hypocrisie.

Dans le roman policier à son sommet (entre les deux guerres), l’énigme est l’élément le plus important. Le lecteur reçoit de nombreux indices à partir desquels le meurtrier peut être identifié avant que la solution ne soit révélée dans les dernières pages du livre. Le personnage du grand détective et le mystère qu’il résout constituent le motif central du roman policier, le reste est réduit au minimum.

 

Humour et ironie dans des lieux inventés


Elle aimait placer ses personnages dans la campagne anglaise, qui devient un élément caractéristique de ses romans. La campagne britannique évoque des lieux éloignés de l’influence des grandes villes : village typique, église, gens du pays qui s’intéressent aux ragots, gentleman anglais typique habillé de tweed, grands champs verts, lacs et bois.
Il va de soi qu’il s’agit d’une vision romancée, imaginaire. La description de la campagne anglaise est presque à l’opposée de la vision des romans d’autres grands écrivains de la même époque comme D.H. Lawrence.

Dans son roman The Moving Finger ( titre francais : la Plume empoisonnée), elle décrit :

« Lymstock était un lieu important à l’époque de la conquête normande. Au vingtième siècle, c’était un lieu sans aucune importance. Elle se trouvait à trois miles d’une route principale — une petite ville de province avec une lande s’élevant au-dessus d’elle. Little Furze était située sur la route menant à la lande. Il s’agissait d’une maison blanche, basse et primitive, avec une véranda victorienne inclinée peinte en vert délavé. (p. 8)

La société qui y vit est typique des romans de Christie, sa description correspond à notre image de la société de la haute bourgeoisie et de la vie à la campagne. La comparaison entre les habitudes de la campagne et celles de la ville est souvent drôle, mais probablement vraie.

Dans The Moving Finger, le narrateur quitte Londres pour s’installer dans une petite ville, Lymstock, afin de se remettre d’un mauvais accident d’avion avec sa sœur Joanna, qui représente la jeune femme moderne de la ville, mais déterminée à s’assimiler. Mais il est influencé par les clichés sur la vie de la campagne. Les manières des gens de Lymstock sont totalement inattendues :

Dès que nous avons eu quelques jours pour nous installer, Lymstock est venu solennellement nous rendre visite. Tout le monde à Lymstock avait une étiquette comme disait Joanna. Il y avait M. Symmington, l’avocat, mince et sec, avec sa femme qui jouait au bridge. Dr Griffith, le médecin sombre et mélancolique, et sa sœur grande et chaleureuse. Le vicaire, un vieil homme érudit et distrait, sa femme erratique et enthousiaste. Le riche dilettante M. Pye de Prior, et enfin Mlle Emily Barton elle-même, la parfaite vieille fille de la tradition villageoise.”
(p. 9)

Non seulement le comportement que l’on attend d’elle est étrange pour Joanna, mais son apparence ne convient pas non plus. Elle s’efforce de s’assimiler, mais comme elle a toujours vécu en ville, elle est influencée par les magazines à la mode. Son frère se moque d’elle :

Joanna est très jolie joyeuse, aime la danse, les cocktails, les aventures amoureuses et les courses dans des voitures puissantes. Elle est définitivement et entièrement citadine.
— En tout cas,” dit Joanna, “j’ai l’air bien.”
Je l’ai étudiée d’un œil critique et je n’ai pas pu être d’accord avec elle.
Joanna était habillée (par Mirotin) pour le sport. L’effet était tout à fait charmant, mais un peu surprenant pour Lymstock.
— Non ai-je dit. Vous avez tout faux. Vous devriez porter une vieille jupe en tweed délavée avec un joli pull en cachemire assorti et peut-être un cardigan ample, et un chapeau en feutre, des bas épais et de vieilles broques bien usées. Ton visage est tout faux, aussi.
— Qu’est-ce qui ne va pas avec ça ? J’ai mis mon maquillage Country Tan n° 2.
— Exactement », ai-je dit. Si vous viviez ici, vous auriez juste un peu de poudre pour enlever l’éclat du nez et vous porteriez presque certainement tous vos sourcils au lieu d’un seul quart. (p. 9)

 

 

La description de la vie de village peut sembler amusante, mais elle recèle une vérité : la campagne est moins gâtée que la ville. Dans les histoires de Christie, cette paix villageoise est parfois troublée par un crime, qui est ensuite révélé par un détective qui, au fond, rétablit l’ordre public.

Lorsqu’un doigt bouge, la ville est envahie par les lettres anonymes, par les rumeurs, et par les accusations.
Dans les romans de Maigret, Simenon raconte parfois, à sa façon, cette vie à la campagne, à la fois paisible et éruptive.

 

Détectives bien identifiés


Miss Marple a été le deuxième détective créé par Agatha Christie, apparu pour la première fois dans le roman The Murder at the Vicarage (en français : l’affaire Protheroe) en 1930. A travers son intelligence, son bons sens et sa connaissance de la nature humaine, elle a réglé les énigmes de onze autres romans et de vingt et une nouvelles.
Elle est décrite comme une grande dame âgée, mince, au visage rose et ridé, aux yeux bleus et aux cheveux blancs, toujours en train de tricoter. Son allure est déroutante qui induit en erreur les personnes qui ne la connaissent pas, car elle utilise son stéréotype de vieille fille à son avantage. Elle vit dans le petit village de St. Mary Mead, où elle mène une vie qui lui donne l’occasion d’observer les mauvais traits de la nature humaine.
Agatha Christie a dit un jour qu’en la créant, elle avait utilisé pour certains personnages, les traits des amis de sa grand-mère, ainsi que de sa grand-mère elle-même. Elle a dit d’elle :


« Elle s’attendait au pire de tout le monde et de tout ce qui existait et, avec une précision presque effrayante, on lui donnait généralement raison ».
Miss Marple établit des parallèles entre les histoires de vie dont elle a été le témoin et le crime sur lequel elle enquête. Son apparition sur le lieu du crime est généralement expliquée par une phrase, elle rend souvent visite à ses nombreuses connaissances ou amis de famille.
« Notre après-midi au presbytère fut vraiment l’un des plus paisibles que nous ayons passés. C’était une vieille maison attrayante, avec un grand salon confortable et délabré, orné de cretonne rose fané. Les Dane Calthopes avaient une invitée chez eux, une dame âgée et aimable qui tricotait quelque chose avec de la laine blanche et molletonnée. Nous avons eu de très bons scones chauds pour le thé. Le vicaire est entré et nous a regardés placidement tout en poursuivant sa conversation érudite. C’était très agréable.
Je ne veux pas dire que nous nous sommes éloignés du sujet du meurtre, car ce n’est pas le cas.
Miss Marple, l’invitée, était naturellement excitée par le sujet. Comme elle l’a dit en s’excusant :
— Nous avons si peu de sujets de conversation à la campagne !
Elle avait décidé que la fille morte devait être exactement comme son Edith. “Une si gentille, petite, bonne, et si volontaire, mais parfois un peu lente à comprendre les choses.”
Miss Marple avait aussi un cousin dont la belle-sœur ou la nièce avait eu beaucoup d’ennuis et de problèmes à cause de certaines lettres anonymes, ce qui, là aussi, intéressait beaucoup la charmante vieille dame. »

Affaire Protheroe (p. 135)

Les femmes détectives n’étaient pas du tout courantes. Le premier détective de Christie fut un M. Poirot bien connu, c’est-à-dire un homme. Il a été présenté dans son tout premier roman policier, The Mysterious Affair at Styles (en français : La Mystérieuse Affaire de Styles) publié en 1920, tandis que Miss Marple a été créée dix ans plus tard.
La raison peut être l’obligation de respecter le stéréotype d’un détective masculin ou la prise de conscience du peu de succès des romans policiers avec une femme.
Il est remarquable que Christie se soit vraiment lassée de M. Poirot et ait voulu s’en débarrasser, mais les lecteurs l’ont aimé et elle a donc continué à écrire sur lui.
Hercule Poirot n’est pas un homme ordinaire : il n’est pas anglais, mais Belge, il n’est pas un détective de type héros, mais petit, presque âgé, il n’utilise pas ses muscles, mais ses « petites cellules grises ».
Avant de s’enfuir en Angleterre pendant la Première Guerre mondiale, Poirot était un policier belge à la retraite, et un célèbre détective privé en Europe. Au cours de ces années, il fait la connaissance d’Arthur Hastings, un Anglais qui deviendra plus tard son ami de confiance et le narrateur occasionnel de ses enquêtes, l’équivalent du « Dr Watson ».

La description qu’il en fait, donnée par Hastings lui-même dans La mystérieuse affaire de Styles est remarquable :

« Poirot était un petit homme à l’allure extraordinaire. Il ne mesurait guère plus de cinq pieds et quatre pouces, mais se comportait avec une grande dignité. Sa tête avait exactement la forme d’un œuf, et il la penchait toujours un peu sur le côté. Sa moustache était très raide et militaire. La propreté de ses vêtements était presque incroyable. Je crois qu’un grain de poussière lui aurait causé plus de peine qu’une blessure par balle. Pourtant, ce petit homme pittoresque et dandy qui, j’ai eu le regret de le constater, boitait maintenant gravement, avait été en son temps l’un des membres les plus célèbres de la police belge. En tant que détective, son flair avait été extraordinaire, et il avait remporté des triomphes en élucidant certaines des affaires les plus déroutantes de l’époque. Il me désigna la petite maison qu’il habitait avec ses compatriotes belges, et je lui promis d’aller le voir au plus tôt. Puis il a levé son chapeau en l’honneur de Cynthia et nous sommes partis.
— C’est un petit homme adorable », a dit Cynthia. « Je ne savais pas que vous le connaissiez.
— Vous avez diverti une célébrité à son insu, ai-je répondu. Et, pendant le reste du chemin du retour, je leur ai récité les divers exploits et triomphe d’Hercule Poirot. » page 11 La Mystérieuse Affaire de Styles

 

Enquêtes simples, affaires compliquées


Bien que les personnages de Miss Marple et de M. Poirot puissent sembler différents, leurs méthodes comportent des éléments similaires : poser beaucoup de questions, observer les gens et leur comportement. Une profonde connaissance de la pensée et de la nature humaine les aident à trouver de liens entre ce qui a été dit et ce qui a été fait. Poirot est un étranger, utilisant ses connaissances en psychologie et son mode de pensée analytique, Miss Marple est un membre intégré de la communauté, et résout les crimes avec sagesse populaire, compréhension de la nature humaine, parce que tous les crimes sur lesquels elle enquête ressemblent aux événements et aux commérages de son entourage, ou de son village.

Les romans se déroulent souvent à la campagne, dans la société de classe moyenne supérieure, ou des gens riches et privilégiés de la classe moyenne. Christie étant elle-même issue de cette classe, elle la connaissait fort bien et pouvait en donner une image vivante.

 

 

Décrire les gens, et non pas la société


Le roman policier est une affaire commerciale, un genre littéraire pour distraire. Les sujets graves n’ont pas leur place : l’augmentation du chômage, la grève générale de 1926, la Grande Dépression des années 1930, la montée des dictatures européennes ou les relations sexuelles entre des personnages, sont des sujets exclus.

Même si le but des romans policiers est de vendre des livres, le contexte de ces histoires est diversifié selon chaque société, ses relations et le réseau invisible de consensus et de règles à respecter pour le vivre ensemble. Dans ce cadre, le caractère et le tempérament des personnages complètent le tableau d’un roman policier.

Dans les romans de Christie, la société est réduite, village, famille, localité. Il s’agit de la société nécessaire au roman. La société dans son ensemble n’y apparaît pas.

En Angleterre, la richesse personnelle n’est pas un critère nécessaire pour appartenir à la classe moyenne supérieure, mais l’accent, la langue, l’éducation, le milieu familial et certains comportements et goûts attendus sont devenus les caractéristiques de cette classe.
Le membre de cette classe peut être décrit comme un gentleman, bien qu’il ne soit pas issu d’une famille de propriétaires terriens. Ses membres exercent une profession scientifique, juridique ou médicale, mais ils peuvent aussi exercer une profession non traditionnelle, comme celle d’écrivain ou de peintre. La ressemblance entre la classe moyenne supérieure et la classe supérieure en Grande-Bretagne est évidente, mais si l’on peut effectivement devenir membre de la classe moyenne supérieure, il est presque impossible en Grande-Bretagne d’atteindre le statut de classe supérieure, sauf par mariage ou par l’octroi d’un titre.

L’exemple d’une famille de la classe supérieure est donné par l’avocat des Crale dans Cinq petits cochons publié en 1942 :

« Notre cabinet, bien sûr, a connu de nombreuses générations de Crale. J’ai connu Amyas Crale et son père, Richard Crale, et je me souviens d’Enoch Crale, le grand-père. Les Crale, tous, pensaient plus aux chevaux qu’aux êtres humains. Ils montaient droit, aimaient les femmes, et n’avaient rien à faire des idées. Ils se méfiaient des idées. Mais la femme de Richard Crale était pleine d’idées, plus d’idées que de sens. Elle était poétique et musicale, elle jouait de la harpe, vous savez. Elle avait une santé fragile et avait l’air très pittoresque sur son canapé. Elle était une admiratrice de Kingsley. C’est pourquoi elle a appelé son fils Amyas. Son père s’est moqué de ce nom, mais il a cédé. Amyas Crale a profité de son héritage. Il tient sa tendance artistique de sa mère, et son pouvoir d’entraînement et son égoïsme impitoyable de son père. Tous les Crale étaient égoïstes. Ils n’ont jamais, par hasard, vu d’autre point de vue que le leur. » Cinq petits cochons (p. 39)

La haute société n’aimait pas que la bourgeoisie exprime ses préjugés à l’égard des nouveaux venus et sa réticence à les accepter.
Dans There Is a Tide (en français Le Flux et le Reflux), publié en 1948, la fille qui revient après la Seconde Guerre mondiale est confrontée au fait que son vieil oncle a épousé une jeune femme, ce qui était totalement inattendu, importun et inacceptable pour le reste de la famille :


« Lynn sourit. D’aussi loin qu’elle se souvienne, les secrétaires, les gardiens et le personnel de bureau de Gordon Cloade ont toujours été soumis à un examen minutieux et à la plus grande suspicion.
Elle a demandé avec curiosité : elle est belle, je suppose ?
— Eh bien, ma chère, a dit Adela, je pense moi-même qu’elle a un visage plutôt stupide.
— Tu n’es pas un homme, maman !
— Bien sûr », poursuivit Mme Marchmont, la pauvre fille a été frappée et choquée par le souffle de l’explosion, elle était vraiment très malade et tout cela, et je pense qu’elle ne s’en est jamais vraiment remise. Elle est une masse de nerfs, si vous voyez ce que je veux dire. Et parfois, on dirait qu’elle n’a pas toute sa tête. Je ne pense pas qu’elle aurait pu être une bonne compagne pour ce pauvre Gordon.
Lynn sourit. Elle doutait que Gordon Cloade ait choisi d’épouser une femme de plusieurs années plus jeune que lui pour sa compagnie intellectuelle.
— Et puis, ma chère, Mme Marchmont a baissé la voix, je déteste le dire, mais, bien sûr, ce n’est pas une dame !
— Quelle expression, maman ! Qu’est-ce que ça peut faire de nos jours ?
— C’est toujours important à la campagne, ma chère, dit Adela d’un ton placide, signifiant simplement qu’elle n’est pas exactement l’une des nôtres ! Le Flux et le Reflux (p. 23)

La possessivité, caractéristique typique de la classe moyenne supérieure, peut être facilement illustrée dans les œuvres de Christie. L’argent est considéré comme quelque chose d’insignifiant quand on le possède, quelque chose dont il n’est pas poli de parler, mais dès qu’il s’agit de le partager, il devient important et peut devenir un puissant motif de haine. Dans Crooked House (en français : la maison biscornue) publié en 1949, après la lecture du dernier testament du grand-père de la famille Leonides, le conflit survient immédiatement :

« Et moi ? » dit Eustache.
J’avais à peine remarqué Eustache jusqu’à présent, mais j’ai perçu qu’il tremblait de violente émotion. Son visage était cramoisi, il y avait, je crois, des larmes dans ses yeux. Sa voix tremblait en s’élevant hystériquement.
C’est une honte ! dit Eustache. C’est une sacrée honte ! Comment Grand-Père a-t-il osé me faire ça ? Comment a-t-il osé ? J’étais son seul petit-fils. Comment a-t-il osé me laisser tomber pour Sophia ? Ce n’est pas juste. Je le hais. Je le hais. Je ne l’oublierai jamais, aussi longtemps que je vivrai. Vieil homme bestial et tyrannique. Je voulais qu’il meure. Je voulais sortir de sa maison. Je voulais être mon propre maître. Et maintenant, je dois me faire malmener par Sophia et passer pour un idiot. Je voudrais être mort... » (p. 181) La maison biscornue.

 

Le talent des grands peintres


Le secret le plus important réside dans le talent de Christie à observer les gens, leurs réactions et à comprendre leurs motivations.
La maîtrise est une clé constante dans les romans de Christie, maîtriser le sujet, ne pas alourdir le style, ne pas encombrer le récit par des détails inutiles.

En face de cet immense succès, il est utile de mentionner la modestie d’Agatha Christie, qui écrivait des livres pour distraire, et pour amuser avec fidélité, sans tenter de mélanger les genres pour passer un message politique ou social, sans tomber dans le piège de « faire de la grande littérature ».
Il suffit de lire un roman de Christie pour comprendre son succès, un talent dans la description, une ironie, une humeur, et une intelligence remarquable pour saisir les personnages. Elle dessine des caricatures si humaines que le lecteur finit par s’y attacher. Pourtant tout est imaginé et romancé : la campagne anglaise, les personnages, et les histoires. Par contre, comme un grand peintre, l’humain présent sur la toile est si réel.

 

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