La philo est morte ? Inventons une nouvelle philosophie

Raphael ecole grecque

 

 

 

Stephen Hawking vient de nous quitter. Ce brillant physicien théorique a écrit dans un de ses livres en 2010 :

 

 

                                                Nietzsche       La philosophie est morte, faute d'avoir su suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique. Ce sont les scientifiques qui ont repris le flambeau dans notre quête du savoir. Il semble donc que nous ne soyons que des machines biologiques et que notre libre arbitre ne soit qu'une illusion ".                                                 

 


La " vieille " philosophie est morte

La philosophie est née il y a 2500 ans en Inde, en Chine et pour nous occidentaux, en Grèce.
C'est une manière de réfléchir et de comprendre, de décrire le monde, de forger des catégories et des concepts et des principes génériques.
Les philosophes grecs observaient l'univers, la nature, l'homme et la société. La philosophie moderne en occident s'est intéressée à la métaphysique (Kant, Descartes, Spinoza, Locke), à l'esprit, à l'histoire, à la conscience (Hegel, Kierkegaard, Nietzsche) entre autres. Les sciences ont quitté la philosophie, l'expérience humaine est traitée par les psychologues, la morale devient personnelle.
Par le passé, de grandes avancées scientifiques, découvertes et révolutions ont été mises au point par les philosophes or par des personnes cultivées philosophiquement comme Newton, Darwin et Einstein, Pasteur. La philosophie a aidé Freud à créer ses premiers concepts en psychologie et en sexologie.
L'affirmation selon laquelle la philosophie est morte n'est pas de conception récente. Ludwig Wittgenstein (1889-1951), un philosophe si influent au XXe siècle, a déclaré : " maintenant tout ce qui reste à faire pour le philosophe est d'analyser la signification du langage. "


En lisant n'importe quelle référence en Philo, nous découvrons combien d'erreurs scientifiques abondent dans les pages. Comment croire Descartes ou Platon en comparant leurs conclusions aux découvertes de la science ? Comment admettre le pessimisme et le cynisme exacerbés de Voltaire dans une époque où l'optimisme et la pensée positive sont indispensables pour réussir sa vie professionnelle et personnelle ?  
Martin Heidegger (1889-1976) a souligné cette vérité, en écrivant que la philosophie s'est terminée par sa dissolution dans des disciplines différentes et autres domaines d'étude.
À part les recherches académiques, qu'est ce que la philosophie peut nous apporter ? Qui a besoin de dissertation sur la morale dans une société individualiste où chacun cherche son éthique à sa guise et son développement personnel dans les livres de psychologie ?
Qui a envie de lire la philosophie analytique ou la métaphysique quand la science nous explique que l'amour est déclenché aussi bien par la sécrétion de l'ocytocine que par les émotions, que la dépression est liée au taux de la sérotonine ?
Les questions intellectuelles ne sont plus l'affaire des intellectuels autoproclamés, mais de chacun, y compris les individus, les médias, les réseaux sociaux, etc.

 

Vers une nouvelle philosophie

Durant le 20e siècle, la philosophie occidentale est divisée en deux camps opposés, les philosophes " analytiques " anglo-saxons, et les Européens " continentaux ". Et les figures importantes des deux camps admettent que la philosophie est morte.


Les analystes ont suggéré que l'analyse du langage pourrait produire la connaissance comme Oliver Wendell Holmes ou Ludwig Wittgenstein. En Europe, Martin Heidegger était persuadé que la philosophie est morte avec les critiques de Nietzsche, rejoint par Marx, et Freud.
Nous n'avons plus de grands philosophes en occident, car la philosophie est phagocytée par la science. Le public ne croit plus à la sagesse du philosophe. La morale devient une question personnelle. Les grandes questions de société échappent à la compétence du discours philosophique traditionnel.     
Nous admettons tous que la philosophie ne peut aborder tous les aspects de la vie moderne et que les philosophes ne peuvent fournir des réponses justes à des questions scientifiques, sociologiques ou économiques.

pasteur philo


Si la philosophie est un discours organisé ou un raisonnement rationnel, nous découvrons l'importance de ce genre de discours dans notre société à condition de traiter de sujets modernes. Nous avons besoin d'un discours structuré sur les émotions, la liberté, les droits, la justice, l'individu, le corps, l'inégalité, l'identité, le couple, la sexualité, les médias sociaux, l'intelligence artificielle.  
La philosophie universitaire et scolaire est en crise. Les lectures et le grand public se désintéressent des livres de philo.


Nous avons besoin d'une philosophie moderne, pour nous aider à cultiver notre " esprit critique " vis-à-vis des normes sociales, de nos modes de vie et de nos choix. Cette philosophie moderne devrait se fonder sur des vérités scientifiques et ne pas se contenter d'un discours sans lien avec le réel.
Il est vraisemblable que les philosophes de demain soient des scientifiques ou des spécialistes philosophiquement instruits, ou des philosophes scientifiquement instruits. Un économiste est bien placé pour formuler un discours capable de nous aider à comprendre et à critiquer les orientations économiques, un expert en intelligence artificielle peut nous expliquer comment raisonner face à cette technologie spectaculaire.

Prenons l'exemple de Newton et Einstein quand la physique et la philosophie s'associaient dans un projet commun. De même Pasteur dans sa lutte contre la rage où le concept accompagne la découverte.
 
Pourquoi ne pas imaginer une philosophie nouvelle qui retrouve sa place dans le monde occidental à condition de renouveler les sujets, de ne pas négliger les vérités scientifiques, et les besoins du public. Dans ce cas, nous trouverons une philosophie qui nous aide à vivre une vie raisonnée et digne, et à créer le commun dans une société individualiste.

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Nietzsche à Freud : sortir la civilisation du chaos

Freud Nietzsche irrationnel chaos

 

Nietzsche le chaos extérieur, Freud le chaos intérieur

Freud pensait que si le développement de la civilisation continue sur sa forme actuelle, " l'ensemble de l'humanité risque de devenir névrotique, " écrit-il dans Malaise de la civilisation en 1930.  
Quelques années avant lui, Nietzsche critiquait les opinions conventionnelles de son temps. Il ne croyait pas à la réforme sociale, il détestait le gouvernement parlementaire et le suffrage universel. Il détestait les libéraux, les conservateurs, les communistes et les socialistes. Il ne partageait pas la vision du progrès caractéristique de la tradition intellectuelle occidentale. Il condamnait  la morale chrétienne. Il se moquait de la notion libérale qui pense que l'homme est intrinsèquement bon.


Selon lui, l'homme doit comprendre que la vie n'est pas régie par des principes rationnels. Mais que la vie est pleine de cruauté, d'injustice, d'incertitude et d'absurdité. Il n'y a pas de normes absolues du bien et du mal. Il n'y a qu'un homme nu vivant seul dans un monde absurde et chaotique.
Contre les tendances de la société bourgeoise de son époque, Nietzsche a souligné que l'homme doit connaître son monde intérieur, que ses instincts sont sa vraie force. Il écrivait "Du sollst werden, der du bist", ou  "devenez ce que vous devez être."

 

chaos

 

Pour que l'homme réalise son potentiel, il doit rompre sa dépendance à la raison et à l'intelligence en développant ses instincts, son dynamisme et sa volonté. Ainsi, dans son livre, l'anti-Christ de 1888, Nietzsche écrit que le christianisme a mené une guerre contre ce type d'homme " supérieur ", cultivant les faiblesses des humains et non pas leur force.


 "Dieu est mort," écrit il. Les anciennes valeurs et vérités ont perdu leur vitalité et leur validité. Il n'y a pas de valeurs morales. Nietzsche dit l'homme doit dépasser le nihilisme, produit de sa vie quotidienne,  créer de nouvelles valeurs, devenir son propre maître et être fidèle à lui-même.
Selon Nietzsche, l'homme pourrait être sauvé par un nouveau type d'homme, le Surhomme. Ces hommes qui se libèrent de la foutaise de la civilisation moderne, pour créer leur propre morale fondée sur les instincts, l'entraînement et la volonté.
Nietzsche a saisi l'un des problèmes fondamentaux du XXe siècle.

 

Dans le dernier quart du 19ème siècle, Nietzsche ne voyait que déclin. Avec la mort de Dieu, une mort décidée par la révolution scientifique, l'individualisme de la classe moyenne, le marxisme, le darwinisme, le positivisme et le matérialisme, les valeurs morales traditionnelles avaient perdu leur valeur et leur signification, la philosophie de Nietzsche cherchait la solution.


Freud : le pessimiste enfant des lumières  

Nietzsche quitte ce monde en 1900. Un autre grand penseur va marquer le siècle, Sigmund Freud (1856 - 1939) lui va réhabiliter les idées du 18ème,  siècle des Lumières.
La raison humaine et les sciences sont selon lui le chemin pour la connaissance. Freud est l'enfant des Lumières.  Il va se concentrer sur le pouvoir et l'influence des facteurs non-rationnels, des impulsions de la pensée et du comportement humain.

Dans les années 1840, Karl Marx disait ; les individus croient qu'ils pensent librement, mais en fait,   leurs idées reflètent la culture dominante. Marx parlait de "fausse conscience".

Freud croyait aussi que nos pensées conscientes sont déterminées par quelque chose de caché : nos pulsions inconscientes.

Freud ne s'éloigne pas de Nietzsche.  Il pense que l'irrationnel est un un danger potentiel. Freud était convaincu que l'homme n'est pas un être rationnel, son comportement est guidé par des forces intérieures.
L'esprit inconscient explique selon Freud certaines actions humaines.
Freud n'a pas découvert l'inconscient. Les romantiques européens, Rimbaud, Shakespeare, Dostoïevski et Nietzsche ont discuté cet esprit inconscient. Contrairement à Nietzsche, Freud était un homme scientifique. Le médecin Freud s'était spécialisé dans le traitement des troubles mentaux. Il a conclu que le chaos intérieur est le résultat de craintes vécues durant l'enfance. Les névroses prennent selon lui plusieurs formes : hystérie, anxiété, dépression ou obsession. Pour traiter un comportement névrotique, Freud discutait les expériences de l'enfance. Freud traitait ses patients de deux façons. La première la libre association : dire tout ce qui vient à l'esprit peut révéler quelque idée cachée. La deuxième méthode est l'interprétation des rêves. Les rêves selon lui révèlent les désirs secrets.

 

Freud souligne que le chao intérieur est le résultat d'un conflit entre les pulsions et les exigences de la civilisation. Il a développé cette thèse dans son livre court de 1930, Malaise dans la civilisation.  La coexistence est douloureuse entre nos pulsions et les limites de la société. Elle est à l'origine de nos anxiétés, nos frustrations et nos culpabilités.
 La vie civilisée augmente la souffrance des gens et le risque pour leur santé mentale.

 

Comme Nietzsche, il pense que les gens ne sont pas bons par nature. L'individu est une créature d'instincts et d'agressivité.
La civilisation est un fardeau que les individus doivent supporter pour éviter le chaos. En face de cette souffrance, on trouve anxiété, dépression, alcool et autres drogues.

 

chaos modernite philosophie

 


Nietzsche, Freud vont changer la civilisation occidentale

Leur travail a créé une grande révolution culturelle que nous appelons le modernisme, une révolution caractérisée par la prise de conscience de Soi. Les artistes modernistes ont abandonné les traditions artistiques et les conventions littéraires et ont commencé à expérimenter de nouveaux modes d'expression. Ils ont détruit l'histoire afin de créer leur propre histoire.
Des écrivains comme Thomas Mann (1875-1955), Marcel Proust (1871-1922), Rimbaud (1854-1891), DH Lawrence (1885-1930), James Joyce (1882-1941) et de Franz Kafka (1883-1924) et Yasunari Kawabata (1899-1972) au japon ont exploré la vie intérieure. Leurs romans traitent de l'homme moderne qui rejette les valeurs de sa culture en payant le prix de la culpabilité, de la frustration, d'une sexualité stigmatisée, de solitude.

Pour les modernistes, la réalité est personnelle, individuelle et subjective.
L'artiste fait sa propre réalité.  Le moderniste façonne un monde irrationnel.
Igor Stravinsky (1882-1971) présenta Le Sacre du Printemps à Paris en 1913, les impressionnistes vont rompre avec les traditions picturales classiques.  Renoir (1841-1919), Monet (1840-1926), Manet (1832 à 1883), Degas (1834-1917) et Picasso (1881-1973), ont tenté de capturer l'instant (mouvement, couleur et lumière) comme il est apparu à l'esprit à un moment donné.

En 1900, les artistes ont tenté de pénétrer dans les profondeurs de l'inconscient, véritable source de la créativité. Ils ont essayé de représenter visuellement ce qui ne pouvait pas encore être donné l'expression verbale. L'art cubiste présente des objets à partir de plusieurs points de vue dans un seul et même temps.

 

Conclusion  

Le modernisme dans l'art, la philosophie  et dans la littérature est le reflet de la puissance et l'attrait de la partie irrationnelle de l'existence humaine.  Le modernisme fait partie de la même expérience européenne qui a produit Nietzsche et Freud.
Nietzsche et Freud n'ont pas enfanté le modernisme. Leur diagnostic de la société occidentale n'était pas erroné.

Les analyses d'une société ou d'une culture ne prédisent pas son avenir. La condamnation de Nietzsche et de Freud de cette civilisation si elle était fondée, n'a engendré ni désintégration, ni déclin. Par contre la civilisation a changé, s'est modernisée pour s'adapter.
Elle changera encore et encore.

 

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