Simenon et Maigret

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L’écrivain belge qui fut l’un des romanciers les plus prolifiques de son temps, qui dit-on, a fait l’amour avec plus de 10 000 femmes et devenu multimillionnaire, est surtout connu comme le créateur du détective Jules Maigret. Un puissant détective de la police parisienne.

Les origines de Maigret sont humbles et ses plaisirs sont ceux d’un petit bourgeois. Pourtant, il s’habille un peu plus élégamment que ses « confrères » et sa photo est constamment dans la presse. Bien qu’il occupe un poste élevé de commissaire de police, on le trouve souvent en train d’enquêter sur des affaires par hasard, ou contre la volonté des personnes haut placées dans le système judiciaire.


Il est reconnaissable à sa corpulence physique (ironiquement, « Maigret » signifie « maigre ») à sa patience, à son penchant pour sa pipe et à son sens de l’humour et à la bière, son intérêt paternel et sa sympathie pour « ses » criminels.

 

Maigret, policier populaire, moral et humaniste


Simenon a écrit 75 romans enquêtes du policier Maigret, bien que, comme Conan Doyle, il a essayé de mettre son inspecteur en retraite anticipée, afin d’écrire des romans « sérieux ». La série Maigret tire son intérêt et sa popularité non pas tellement tant du processus de déduction logique ou des complexités de l’intrigue, que plutôt des portraits psychologiques des personnages « criminels » et de la description des paysages et des décors souvent aussi sombres que les crimes dont ils servent de toile de fond.

Simenon, comme son inspecteur, n’a pas fréquenté l’université, en raison de la situation financière de son père. Bien qu’il ait assisté à une série de conférences sur la médecine légale à l’Université de Liège tout en travaillant comme reporter, sa carrière de journaliste à plein temps, débuta à l’âge de seize ans fournissant la base des techniques d’écriture économique et efficace et s’est terminée peu de temps après lorsqu’il s’installe à Paris et commence à gagner sa vie en écrivant des articles.

Maigret lui est venu à l’esprit lors d’un long voyage en bateau avec sa femme Tigy.


« Avais-je bu un, deux ou même trois petits verres de schnaps et de bitters ? En tout cas, au bout d’une heure, alors que je me sentais plutôt endormi, j’ai commencé à voir émerger la silhouette puissante et imposante d’un monsieur imposant qui, me semblait-il, ferait un inspecteur de police acceptable.
Dans le courant de la journée, je donnai à ce personnage un certain nombre d’accessoires : une pipe, un chapeau melon, un lourd pardessus avec un col de velours. Et comme ma péniche abandonnée était froide et humide, j’ai fourni à son office, un vieux poêle en fonte. A midi, le jour suivant, le premier chapitre de Pierre-le-Letton avait été écrit ».
Patrick Marnham, The Man who wasn’t Maigret, A Portrait of Georges Simenon (London: Penguin, 1992), pp. 130–1.

 

 

Écrit en 1929 et publié en 1931, Pierre-le-Letton (L’étrange cas de Pierre le Letton) est considéré comme le premier roman complet de Maigret, dans lequel sont établis de nombreux éléments qui caractérisent la série. Le besoin de Maigret de chaleur et de « feu » l’emporte sur l’envie de boire, alors qu’il traque sans relâche un célèbre criminel international et venge la mort de son ami et collègue.

 

 

Maigret n’a rien d’un flamboyant

 

Miagret apprécie profondément sa femme, dont les ragoûts parfumés sont toujours bouillonnants, et dédaigne les méthodes « logiques », préférant utiliser son intuition et son instinct.
Il défend les opprimés, découvre l’hypocrisie et cherche avant tout à comprendre les motivations humaines.
Malgré toutes les valeurs bourgeoises avec lesquelles Maigret semble si à l’aise, il n’en reste pas moins, comme le souligne Francis Lacassin, un antihéros qui a quelque chose de l’artiste. Ses enquêtes sont des processus créatifs dans lesquels il s’éloigne des schémas traditionnels.

Francis Lacassin, Mythologie du Roman policier (Paris : Union General d’Editions, 1974), p. 173.

 

 

Simenon, comme Souvestre et Allain, Gaboriau et Leblanc, écrivait à grande vitesse, produisant des romans à un rythme étonnant et gagnant beaucoup d’argent. Son style, en revanche, est dépouillé et les détails scientifiques de l’enquête restent marginaux par rapport à l’intrigue. Ni poursuite ni fuite, Maigret se plante quelque part — généralement de manière visible — et attend que sa proie se décide à faire un geste.

 


Maigret n’est pas ambitieux (à part le fait qu’il ait un jour souhaité être médecin) et ne cherche pas à impressionner ou à étonner. Il a une conscience aiguë de la réalité sociale et refuse de vilipender ceux qui ont « fait du mal » à la société, qui ont « fait du tort » à la société. Pourtant, il utilise des techniques d’interrogatoire psychologiques sévères sur ses suspects afin d’obtenir des aveux, selon la procédure judiciaire française, où les criminels sont parfois maintenus et surveillés en détention.

 

Complicité criminel-détective


Bien que chez Maigret, la complicité criminel-détective atteint un sommet, la sympathie de Maigret ne menace jamais son intégrité. Il s’agit d’une sorte d’humanité, d’une civilité qui a fini par donner à Maigret, ce personnage particulier.
Simenon a continué à écrire la série Maigret tout au long de sa carrière littéraire. L’opiniâtre détective fumeur de pipe a attiré un lectorat aussi dévoué à ses enquêtes que lui-même et Maigret.

 

 

Popularité internationale de Maigret

 

La popularité internationale de Maigret a finalement donné au monde francophone, un détective (et non un criminel) dont la renommée est aussi durable et aussi étendue que celle de Sherlock Holmes.
Bien que ses méthodes soient délibérément non-scientifiques, sa relation au monde criminel est une fonction du contexte français dans lequel l’écriture criminelle a émergé et s’est développée.


Dans les romans policiers anglais du XIXe siècle, les criminels sont souvent étrangers. Dans les romans français, les criminels sont issus du peuple. Le hors de loi en France rappelle la révolution, incarne la lutte pour la liberté, héritage de la révolution.


Bien que les Anglais se soient méfiés des répercussions non seulement de l’esprit de la révolution, des systèmes de police français, et de la dangereuse lecture des « romans français », la popularité de ces séries de Simenon a démenti les préjugés au début du 20e siècle.

 

 

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Agatha Christie: biographie et analyses

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Christie Agatha est célèbre pour ses romans d’intrigue et de mystère qui révèlent le talent d’un grand écrivain.

Agatha Christie, de son nom complet Agatha Mary Clarissa Miller. Selon Janet Morgan, Agatha est issue d’une famille de classe moyenne de Torquay. En avril 1878, Frederick Miller s’est marié à Clara Miller, ils ont eu trois filles.


Agatha est née le 15 septembre 1890, sa mère avait trente-six ans et son père quarante-quatre. Agatha avait deux sœurs plus âgées qu’elle. D’après Morgan, Agatha a été éduquée à la maison. Elle s’intéressait aux livres, bonne cuisinière et bonne chanteuse. Dans sa jeunesse, Agatha rêvait de devenir infirmière ; elle raconte qu’elle voulait devenir infirmière, mais son père avait d’autres idées. Il aurait aimé que sa fille devienne une pianiste de concert ou une chanteuse professionnelle, peut-être dans un grand opéra, selon Hack.

 

Agatha, jeune, écrivait des nouvelles et composa un recueil de poèmes qui seront publiés plus tard par Geoffrey Bles en 1925, intitulés « The Road of Dream ». Selon Richard Hack, Agatha a travaillé dans un hôpital en tant qu’infirmière pendant la Première Guerre mondiale. C’est à ce moment qu’elle a eu l’idée d’écrire un roman policier tout en soignant ses patients. En août 1914, elle a rencontré un aviateur du nom d’Archibald Christie, qui devient son futur mari. Ils se marient la veille de Noël 1914 dans une église locale sans préparation, Agatha a écrit « aucune mariée n’aurait pu prendre moins de peine pour son apparence. Pas de robe blanche, pas de voile, pas même une robe élégante. J’étais en manteau, dans une jupe ordinaire avec un petit chapeau de velours violet » (Hack). Une petite fille est née 5 ans plus tard, le 5 août 1919, nommée Rosalind.

 

Selon Richard Hack, Archibald Christie ne venait à la maison pour voir le bébé et Agatha que quelques heures par jour et partait ensuite. Agatha a décidé de continuer son roman qu’elle a commencé quand elle était infirmière durant la Première Guerre mondiale. Le livre s’appelle « The mysterious Affair at Styles » (titre français La Mystérieuse Affaire de Styles). Il a été un succès, le New York Times a été impressionné par ce livre :

« Le seul défaut de cette histoire est qu’elle est presque trop ingénieuse », ont-ils écrit.

"Bien qu’il s’agisse peut-être du premier livre publié par Mlle Agatha Christie, elle trahit la ruse d’une vieille dame. Il faut attendre l’avant-dernier chapitre du livre pour connaître le dernier maillon de la chaîne de preuves qui a permis à M. Poirot de démêler l’intrigue et de faire porter la culpabilité là où elle doit être. Vous pouvez parier que tant que vous n’aurez pas entendu le dernier mot de M. Poirot sur la mystérieuse affaire de Styles, vous ne cesserez d’en deviner la solution et ne pourrez jamais refermer ce livre divertissant". (New York Times.)

 

Agatha, poursuivant sa carrière d’écrivain, en publiant : « L’Adversaire secret » en 1922, « Le Crime du golf » (1923) « L’Homme au complet marron » (1924).

Selon Richard Hack, le mari Archie a demandé le divorce à la fin de 1926, il tombe amoureux d’une autre femme. Ce divorce fut décevant et douloureux, alors qu’elle était encore en deuil après la perte de sa mère.

En décembre 1926, Agatha disparaît, le journal du lundi matin écrit un article sur la chasse à Agatha :


« Disparue de chez elle, dans les Styles, à Sunning Dale, dans le Berkshire, Mme Agatha Mary Clarissa Christie, âgée de 35 ans ; taille 5 pieds 7 pouces ; cheveux roux, teint clair, corpulence légère, habillée d’une jupe de jersey grise, d’un pull vert, d’un cardigan gris foncé et d’un petit chapeau de velours ; portant une bague en platine avec une perle ; pas d’alliance ; un sac à main noir contenant peut-être 5 ou 10 livres a quitté la maison en voiture à 21 h 45 le vendredi, laissant une note disant qu’elle allait faire un tour en voiture. »

« De nombreux fans se joignent à la police de quatre comtés à la recherche d’Agatha ». Elle apparaît trois semaines plus tard au Swan Hydropathic Hotel à Harrogate, elle prétend avoir perdu la mémoire et ne pas se souvenir de ce qui s’est passé auparavant.

 

hercule poirtot  Kenneth Branagh

 

Le médecin l’avait diagnostiquée comme souffrant d’amnésie post-traumatique. La déprime de la perte de sa mère et la trahison de son mari ont poussé Agatha à disparaître pendant une courte période. Il est difficile pour Agatha Christy de se remettre de ces événements. Aussi décide-t-elle de prendre de longues vacances et de choisir les Antilles pour se ressourcer et trouver une nouvelle source d’inspiration pour son prochain livre. Lors de ce voyage, elle rencontre Max Mallowan, un archéologue, avec qui Agatha passera les 45 années restantes de sa vie.

Le 11 septembre 1930, Mme Agatha Christie et le professeur Max Mallowan se marient discrètement à Édimbourg pour éviter la presse londonienne. La cérémonie a eu lieu à l’église St Cuthbert dans le quartier de St Giles avec sa fille et ses deux secrétaires, Charlotte et Mary Fisher, comme témoins.

 

Après s’être mariée, Agatha Christie s’est remise à écrire des livres et a connu succès après succès. Agatha a eu des idées à partir de choses qu’elle a vues et transformées en romans, des chefs-d’œuvre. « The Murder of Roger Ackroyd » (Le Meurtre de Roger Ackroyd) a été terminé pendant la mort de sa mère et le divorce avec son ex-mari. Elle traduit sa tristesse dans l’histoire. « The Murder of Roger Ackroyd » est devenu l’un des livres les plus vendus de la carrière d’Agatha Christie, il a placé Agatha Christie au sommet comme la reine incontestée du crime.

12 janvier 1976, dans le jardin de l’église Sainte-Marie, à Cholsey, dans le Berkshire, à 65 km à l’ouest de Londres, repose Lady Mallowan, ou Agatha Christie, connue par des millions de lecteurs dans le monde comme la reine du crime, ou comme elle préférait, la duchesse de la mort (Robyns).

 

Technique d’Agatha Christie


Selon Gwen Robyns, Agatha Christie a un style unique, elle ne se base pas sur une règle littéraire. Beaucoup de chercheurs ont étudié l’écriture d’Agatha Christie, en insistant sur la capacité de personnages de Christie de prononcer des paroles à la fois réelles et trompeuses. À la question si elle s’est servie des personnages de la vie réelle, elle répond :
« Non, je ne le fais pas. Je les invente. Ils sont à moi. Ils doivent être mes personnages, faire ce que je veux qu’ils fassent, être ce que je veux qu’ils soient, perdre la vie pour moi, avoir leurs propres idées parfois, mais seulement parce que je les ai fait devenir réelles. (Robyn) »

Comme elle l’a dit, Agatha Christie n’avait pas l’ambition de créer un style littéraire, elle manie son propre monde comme sa propre force. Ses histoires utilisent un langage simple, facile à comprendre, qui permet au lecteur de se connecter au personnage et de le rendre réel.

Pour écrire un livre, elle doit travailler hiver et printemps pour pouvoir le publier en septembre. Agatha a dit : « Vous devez décider dans quel style vous voulez travailler, puis lire des livres qui ont le même style. » (Robyns) « Les gens pensent que l’écriture m’est facile. Ça ne l’est pas. C’est un meurtre. » Même si Agatha pense qu’elle ne sait pas écrire, ses fans ne peuvent pas trouver une petite erreur dans son écriture ingénieuse. M. Max Mallowan partage avec le lecteur le style d’écriture de sa femme :

« Ma femme écrivait toujours le dernier chapitre en premier. De cette façon, elle pouvait rassembler tous les indices et presque nouer le paquet. Ce n’est qu’après avoir fait cela qu’elle revenait au début pour travailler jusqu’au bout (Robyns) »

Agatha révèle des idées auxquelles les gens n’auraient jamais pensé. Par exemple, dans « Meurtre dans l’Orient Express », la victime a été assassinée alors qu’elle se rendait au wagon service et la dernière chose que le lecteur semblait savoir avant sa mort, c’est qu’il s’agit d’une femme portant un kimono. Dans « Murder with Mirror » (Jeux de glaces), elle a créé de nombreux personnages afin de tromper le lecteur en lui faisant croire qu’il y aurait un choix de meurtrier. La plupart du temps, la réponse sera revue à la toute fin de l’histoire et elle surprend toujours les fans.

Les gens ont été amusés et séduits époustouflés en lisant ses livres, en suivant chaque étape que fait M. Hercule Poirot, un personnage créé par Mme Christie. Selon Janet Morgan, il est apparu dans 33 des romans et 54 nouvelles de Christie et est devenu le personnage le plus célèbre de la « reine du crime ». « Elle a nommé son détective Hercule Poirot sans raison particulière ».(Hack)

 

Même si Agatha Christie est une écrivaine célèbre, elle a lu et analysé les romans policiers d’autres auteurs célèbres comme Sir Arthur Conan Doyle. Agatha a lu et appris que si elle voulait que son livre soit unique, elle devait créer un personnage créatif et d’aussi intelligent que le plus célèbre détective de l’époque, Sherlock Holmes et son ami le Dr John H. Watson. Elle invente Hercule Poirot accompagné de son ami le capitaine Hasting. Poirot est le plus grand « enfant » d’Agatha, il l’a suivie tout au long de sa vie. Selon Hack, en 1975, Agatha a publié « Rideau » pour mettre un terme à Poirot, il s’est vendu à plus de cent vingt mille exemplaires.

 

hercule poirtot david suchet

 

Les fans d’Hercule Poirot ont été visiblement émus par le livre, dans lequel on le trouve désormais handicapé par la douleur et, à la dernière page du roman, il fait ses adieux à son ami le capitaine Hasting (Hack).

Un autre personnage célèbre créé par Christie est une femme nommée Jane Marple. Selon Hack, Miss Marple a été introduite dans les histoires courtes, « The Tuesday Night Club » 1928 ; « Murder at the Vicarage » en 1930.
Miss Marple a donné à Agatha de nombreux succès dans la catégorie des nouvelles. Comme Poirot, Agatha a donné à Miss Marple une fin dans le livre Sleeping Murder et c’était un cadeau pour son amour Max, « tandis que Rosalind a reçu Rideau, le dernier d’Hercule Poirot. » (Hack)

The Tuesday Night Club", Murder at the Vicarage" a donné à Agatha un succès critique va de pair avec certains livres comme : "The Murder of Roger Acroyd" (1926), "Murder on the Orient Express" (1934), et "Death on the Nile" (1937).

Il existe une certaine ressemblance entre le monde de Jane Austen et le monde d’Agatha Christie : un cadre paisible, douillet ou « cosy », généralement de la classe supérieure, nombre limité de personnages. La violence s’immisce ; satire de ses propres héros, et ironie, puis une grande finale dans lesquelles les personnages impliqués se rassemblent pour la révélation dramatique de la vérité. Elle précise les indices, le « qui » et le « pourquoi », utilisation intensive de dialogues et de descriptions rapides qui permettent une lecture rapide et aisée ; un cadre moral cohérent pour l’action ; et la volonté de permettre absolument à n’importe quel personnage d’être coupable. Sa faiblesse selon les critiques, réside dans ses personnages, qui manquent de profondeur psychologique et intellectuelle.

 

Christie a créé un grand nombre de « caricatures ». On pourrait attribuer ses caricatures à sa grande admiration pour Charles Dickens, qui se livrait également à des caricatures, notamment avec ses personnages mineurs.

Malgré le jugement simpliste de Christie sur le caractère humain, elle parvient parfois à l’occasion (surtout dans ses romans des années 1940 et plus tard), à faire des incursions précises et perspicaces dans les processus de pensée de certains personnages.
Elle a créé des personnages mémorables auxquels le lecteur peut s’identifier. Ses personnages les plus mémorables et les plus populaires, Hercule Poirot et Miss Marple , sont de bons exemples de son habileté à développer des personnages de « haute société » capables de séduire le grand public.

 

hercule poirtot peter ustinov

 

Agatha était habile à combiner des sujets d’époque avec un développement délicat, une structure d’intrigue créative et une psychologie simple. Cela est évident dans son roman, Rideau, son brillant final, écrit bien avant sa mort et placé dans un coffre-fort de banque avec des instructions à publier seulement après sa disparition, un chef-d’œuvre qui utilise le meilleur de ses talents.


Le titre complet, « Rideau : le dernier de Poirot » a été écrit en 1941, trente-cinq ans avant la mort d’Agatha. Il a été publié pour la première fois en 1975, juste avant la mort d’Agatha en 1976. Son dernier roman de Poirot,

 

Pour éviter la stagnation, Agatha a pris l’habitude d’écrire plus d’un livre à la fois. Bien qu’elle ait été élevée par une famille aisée, sa langue reste simple, utilisant un style d’écriture que chaque lecteur peut apprécier. Elle s’est beaucoup appuyée sur le dialogue, une technique pour varier le rythme de l’histoire ainsi que pour augmenter le suspense. Les débuts de ses œuvres sont riches en description, qui diminue au fur et à mesure que le dialogue et l’interaction entre les personnages prennent le dessus. Avec des phrases courtes et un dialogue précis, elle pousse les lecteurs vers ce qui est toujours une conclusion captivante.


Elle planifierait le mode du meurtre, le tueur et le but. Puis elle tiendrait compte des différents suspects et de leurs propres intentions. Troisièmement, elle concocterait des indices potentiels et des tactiques de diversion pour attirer les lecteurs dans des directions différentes. Elle s’est abstenue d’inclure des indices trompeurs excessifs, car cela étoufferait l’intrigue.

Agatha a souvent utilisé la même formule de développement de l’histoire dans beaucoup de ses romans : le personnage principal, détective ou un enquêteur privé, découvre le meurtre ou un ancien ami, associé d’une manière ou d’une autre au meurtre, contacte le personnage principal pour obtenir de l’aide. Au fur et à mesure que l’histoire se déroule, le personnage principal interroge chaque suspect, enquête sur le lieu du crime et note soigneusement chaque indice, permettant aux lecteurs de scruter l’indice et d’essayer de résoudre le mystère par eux-mêmes. Tout comme les lecteurs accumulent des indices et pensent savoir qui aurait pu commettre le meurtre, Agatha tue un ou quelques principaux suspects, laissant les lecteurs confus. Finalement, le personnage principal rassemble tous les suspects restants en un seul endroit et réprimande le coupable, révélant de nombreux secrets non liés en cours de route, d’une durée généralement de 20 à 30 pages.

Ce n’est pas un hasard si Hercule Poirot a constamment évoqué son approche de la résolution de mystères comme un processus utilisant ses « petites cellules grises », une référence à son cerveau. De même, Agatha a appliqué ses « petites cellules grises » à la page écrite.

Agatha Christie a écrit quatre-vingt-quatorze livres au total et a été traduite en 103 langues. . Elle a écrit quatre-vingt-trois histoires policières, six romans (sous le pseudonyme de Mary Wesrmacott), un livre de souvenirs, deux de poèmes et son autobiographie. Quatre cents millions d’exemplaires ont été vendus et il n’y a aucun signe de déclin des ventes. (Robyns)
Agatha est une légende du roman policier, la « reine du crime ». Elle a laissé derrière elle tant de grands romans et de magnifiques œuvres d’art qu’elle restera toujours l’auteure de romans policiers le plus populaire de tous les temps. Une grande partie de ses romans ont vu le jour à l’écran en film de cinéma ou de télévision. En général, les réalisateurs cherchent à mettre en lumière l’essentiel de l’oeuvre : caricature, ironie et intrigue.

 

 

Références :
Richard Hack : Duchess of Death: The Unauthorized Biography of Agatha Christie, Phoenix Books, 2009
Janet Morgan : Agatha Christie : Biographie (Français) Poche, Ed Luneau Ascot 1986
Gwen Robyns : The Mystery of Agatha Christie, Penguin Group USA; Reissue édition 1989

 

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James M. Cain : Le facteur sonne deux foisjavascript:void(0);

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La naissance du polar est située au milieu du dix-neuvième siècle, aux États-Unis et en Europe.

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La naissance du polar est située au milieu du dix-neuvième siècle, aux États-Unis et en Europe. L'arrivée de ce genre nouveau répond à un contexte socio-économique lié à la naissance des grandes métropoles. À Paris, à Londres ou à New York se côtoient les catégories sociales les plus diverses dans un espace urbain en pleine mutation: naissance des faubourgs, des quartiers pauvres en marge du centre-ville et des ghettos ethniques.
L'expansion rapide et la diversification de la population urbaine auront de fortes répercussions sur la littérature et la presse. Si la grande littérature, est l'apanage des catégories aisées de la bourgeoisie, les classes populaires ont désormais accès à une alphabétisation de masse et cherchent leurs romans.
La génération précédente a connu James M. Cain à travers les films réalisés à partir de ses romans comme  le facteur sonne deux fois, ou Mildred Pierce. Des critiques le qualifient d'écrivain facile et commercial de roman noir.  Les analyses de ses romans avaient permis d'apprécier la valeur de ses textes. Dans ces dernières années de vie, Cain a connu un regain d'intérêt. Il devient un des grands écrivains américains du roman noir avec Hammett , Chandler et Macdonald, un écrivain enseigné et étudié dans les lycées et les universités aux États-Unis.


Une rapide biographie

Journaliste, écrivain et scénariste américain, James Mallahan Cain est né le 1er juillet 1892 à Annapolis (Maryland, États-Unis). Après avoir envisagé de devenir chanteur professionnel comme sa mère, bien que son amour de la musique reste vif,  il embrasse la carrière de journaliste et débute dans la presse de Baltimore.
Pendant la Première Guerre mondiale, James M. Cain sert dans le corps expéditionnaire américain en France et rédige le journal de la 79e division : Lorraine Cross. De retour à Annapolis, il donne des cours de journalisme à Saint John College et commence à écrire articles et nouvelles pour le journal de H. L. Mencken, The American Mercury. Il collabore au New York World, dirigé par Walter Lippman, devient, pour une brève période le directeur du New Yorker, avant de se rendre à Hollywood où il écrit des scénarios, comme beaucoup de romanciers de l'entre-deux-guerres y compris Fitzgerald et Faulkner.
James M. Cain, romancier de mélodrames violents, sexuels et implacablement incarnés dans de personnages forts, il représente un écrivain de l'école américaine des romans noirs des années 1930 - 1940 avec d'autres maîtres du genre. Trois classiques de l'écran américain ont été réalisés à partir de ses romans : Double Indemnité (1936, 1944), Mildred Pierce (1941, 1945, TV miniséries 2011) et le facteur sonne toujours deux fois (1934, 1936, 1946, 1981).
À l'époque, James M. Cain fut poursuivi en justice pour " obscénité ". Le facteur sonne toujours deux fois sera plusieurs fois porté à l'écran, entre autres par Tay Garnett (1946, avec Lana Turner et John Garfield) et Bob Rafelson (1981, avec Jessica Lange et Jack Nicholson). Parmi ses autres livres, citons notamment Assurance sur la mort (1936) et Sérénade (1937), dont le héros est chanteur d'opéra.
James M. Cain rédigeait son autobiographie lorsqu'il est mort le 27 octobre 1977 à University Park (Maryland, États-Unis), à l'âge de 85 ans.

 

Le facteur sonne toujours deux fois


Son premier roman," The Postman Always Rings Twice" , publié à l'âge de 42 ans, a connu un succès spectaculaire. Son milieu sordide, personnages qui cherchent à atteindre leurs fins par la violence, dans un style de prose tendue et rapide. Ce roman sera le modèle d'autres romans de Cain comme Serenade (1937) où il avait osé traiter la bisexualité, Double Indemnity et The Magician " s Wife (1965)


À sa parution en 1934, ce roman reçut de nombreuses critiques élogieuses. Novateur par son écriture concise et rythmée, le livre l'est tout autant par le choix de son sujet. Cette passion banale entre deux êtres communs débouche sur un crime dont les mobiles sont l'argent et le sexe. D'un regard distancié, sans porter le moindre jugement moral sur ses personnages, James Cain met en évidence leurs motivations et montre comment l'obsession de la réussite aboutit au naufrage d'individus fascinés par le rêve américain. Ce récit a donné lieu à nombreuses adaptations cinématographiques, notamment en 1946 avec Lana Turner, puis en 1981, avec Jack Nicholson et Jessica Lange.
Ce roman décrit un beau jeune vagabond chômeur à vingt-quatre ans. Frank Chambers arpente les routes, à la recherche d'un emploi. Il s'arrête à une station-service restaurant. Le patron, Nick Papadakis, qui exploite l'établissement avec son épouse Cora. Après avoir apprécié la beauté de la jeune femme, Frank accepte de rester et devient rapidement son amant. Ils décident de se débarrasser du mari.

 

 


Cora vit aux côtés de Nick qu'elle trouve puant.  Ayant travaillé pendant deux ans dans une cantine de Los Angeles, Cora a gagné un concours de beauté organisé par l'école. Cora réalise que Franck peut lui offrir de nouvelles perspectives. Elle séduit Franck et le décide à l'aider à se débarrasser de Nick en l'assommant avec un sac à sucre chargé de roulements à billes pendant son bain dominical dans la baignoire puis lui plonger la tête sous l'eau, le noyer, se débarrasser du sac, appeler un docteur et faire constater le décès par noyade accidentelle

 

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Le Grec en réchappe avec un traumatisme crânien. Cora et Franck organisent un faux et banal accident de la route. La police mène l'enquête. Franck et Cora répètent entre eux,  plusieurs fois, les réponses qu'ils doivent donner aux enquêteurs, mais ceux-ci les opposent. Franck ne sera pas accusé d'homicide par imprudence, ce sera un accident. En contrepartie, il n'y aura pas de dommages et intérêts. Cora et Franck s'en tirent par un non-lieu. Mais Cora enceinte depuis plusieurs semaines, se sent mal alors qu'elle sort d'une baignade prolongée en mer : Franck l'emmène aux urgences. Paniqué, il roule trop vite et tente un dépassement malheureux : c'est l'accident. Franck en réchappe par miracle, mais Cora est tuée. Franck est condamné pour le meurtre de Cora.
Cain décrit une relation perverse que les personnages entretenaient avec la morale et la religion. Leur intimité est marquée par la profanation. Par exemple, quand

Cora essaie de défendre l'idée que le meurtre de son mari est juste, elle dit :
" Qui va savoir si c'est bon ou pas, sauf toi et moi. "
" Toi et moi ? "
" C'est tout ce qui compte, n'est-ce pas ? "
Ce relativisme est le fondement moral de leur relation. Les deux amants passent leurs temps à discuter comment éviter les soupçons des autorités, tout en restant indifférents à ce qu'ils ont fait. Cora refuse de reconnaître un moral universel en dehors d'elle et de son amant. Le meurtre devient la seule option pour le couple. Le passage final de cette scène se termine sur une note particulièrement intéressante :
" C'est ce que nous allons faire. Embrasse-moi, Frank. Sur la bouche. "
Je l'ai embrassée. Ses yeux brillaient sur moi comme deux étoiles bleues. C'était comme être à l'église.
Cette référence à " être dans l'église " au moment où ils échafaudent leur plan pour tuer Nick est une profanation supplémentaire qui était à l'origine de l'interdiction de ce roman à Boston.
Ils vont rompre leur pacte, se trahissent, " comme des animaux sauvages " quand ils sont jugés pour le meurtre de Nick. Ils sont finalement exonérés grâce à la cupidité de compagnies d'assurance. Ils étaient sur une " montagne " intouchable :
" Regarde-nous maintenant. Nous étions sur une montagne. Nous étions si haut, Frank. Nous avons tout eu, là-bas, cette nuit-là. Je ne savais pas que je pouvais ressentir quelque chose comme ça. Il n'existe que deux personnes dans ce monde. Nous sommes ici ensemble. "
Cora voyait dans l'assignat de son mari, un pacte avec son amant béni par Dieu. Elle continue :
" Dieu nous a embrassés sur le front cette nuit-là. Il nous a donné tout ce que deux personnes peuvent avoir. "

 

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Dieu devient la justification de leur bonheur et de leur amour dans l'immédiat après le meurtre dans une vision faussée de tout ordre moral. pendant le procès. Le mal n'a rien à voir avec la mort de Nick, mais avec leur trahison pendant le procès. Le meurtre n'est pas source de tourments psychologiques comme la culpabilité ou la honte. La capacité de Frank et Cora de se défaire de ce genre d'émotions représente l'élément le plus surprenant de ce roman noir.
Comme d'autres œuvres de Caïn, l'histoire suit le cheminement de personnages vers l'autodestruction, motivée par de désirs profonds. La luxure et la cupidité mènent au meurtre. Pas le meurtre organisé, mais désordonné et inefficace de meurtriers sans talents, mais d'une funeste détermination.

 


La sexualité directe dans ce roman était choquante à l'époque, un mélange novateur dans le roman noir entre le sexe banalisé, immoralité et violence. Caïn ne s'éloigna pas de ces thèmes : crime et l'obsession sexuelle abondent dans ses romans.
Cain modernise le genre en sortant les criminels de leurs mondes pour indiquer aux lecteurs que n'importe qui peut être coupable. Le crime devient une entreprise qui implique n'importe quelle personne. Assassins et victimes sont des gens banals. Les enquêteurs aussi.   
Le style narratif de Caïn implique une histoire simple, un triangle d'amour présenté à un rythme rapide. Son économie d'expression dépassait celle des écrivains de son époque. Ses personnages et ses situations exprimaient des thèmes sociologiques et philosophiques nouveaux pour l'époque. Inévitabilité du malheur humain, destructivité du rêve.


Ce premier roman, le facteur sonne toujours deux fois, connaît un succès immédiat après avoir été refusé par deux éditeurs. Un style direct comme celui d'Ernest Hemingway qui offre à ce roman dominé par la violence et le désir sexuel un ton. Pureté de structure, économie de narration, aucune sentimentalité, discussion sur la condition humaine, qui a valu à Caïn un public fidèle et aux USA et en Europe et l'admiration des grands écrivains comme Albert Camus qui déclara s'en être inspiré pour son chef d'œuvre : L'Étranger

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Simenon : Fiançailles de monsieur Hire : Analyses

monsieur-Hire

 

 

monsieur Hire

 

 

 

 

 

Simenon décrit le paysage délétère qui se dessinait dans les années 30 à la suite de la montée en puissance des nazis et des extrémistes. Ce livre a été écrit entre 1932 et 1933, sa parution chez Fayard date de 1933.

Quartier du Villejuif des années 30. Un banal carrefour entre grande ville et campagne.
Femme violée, laissée pour morte sur un terrain vague, sac à main disparu, argent envolé.
Les soupçons rapidement portés par une concierge se dirigent vers un locataire, car il ne rentre jamais si tard, et elle a aperçu chez lui une serviette de bain ensanglantée. 


Dans le voisinage, tous les soupçons se portent sur monsieur Hire, de son nom Hirovitch, juif d'origine russe, taciturne et austère, différent des autres et mal aimé. Monsieur Hire est le juif, l'étranger, le migrant, la médiocrité et le suspect chassé par la foule en meute

Commence alors pour cet homme sans défense, victime de la complicité d'une foule haineuse, une lente et inexorable descente aux enfers. Il sait en effet, pour son malheur, que le véritable meurtrier est Emile, l'amant d'Alice, une femme dont il est secrètement amoureux et qu'il épie depuis longtemps de sa fenêtre.

 

Un jour, accomplissant enfin un de ces gestes qui le relient au désir et à la vie, sur un signe d'Alice, il la rejoint dans sa chambre. Fragile, avide d'amitié et de tendresse, ébloui par cet amour qui semble s'offrir à lui, leurré par une promesse de fiançailles, il jure d'abord de taire le nom du coupable, puis écrit une lettre de dénonciation, si confuse et comme lui si anodine qu'elle ne sera pas crue. Dès le lendemain, de retour chez lui, le piège tendu par Alice se referme sur lui: les preuves l'accablent. Manquant de se faire lyncher par la foule,
Il se réfugie, terrorisé, sur le toit de sa maison, glisse et trouve la mort.

M. Hire mort, la foule regrette son attitude. Elle espère que le défunt ait parvenu à poster au Procureur de la République une lettre révélant la véritable identité de l’assassin.
Puis la foule oublie, jusqu'à la prochaine fois.


La vie de M. Hire est bouleversée par le meurtre d’une femme et par son amour/ désir, pour Alice, la jeune servante, qui lui fait entrevoir la possibilité d’échapper à la vie triste et malheureuse qu’il mène. M. Hire croit pouvoir commencer une nouvelle étape de sa vie grâce à Alice, mais, naïf et inexpérimenté, il a mal interprété les sentiments de la serveuse et donc sa fin sera tragique.

 

 monsieur Hire film

 

Éric Bonnefille décrit le livre ainsi :

« Les fiançailles de M. Hire, de Simenon, est un roman terrible, à l’atmosphère particulièrement déprimante. M. Hire est un personnage dont le comportement, solitaire et marginal, attire les soupçons des voisins lorsqu’un meurtre est commis dans le quartier. »

E. BONNEFILLE, Julien Duvivier. Le mal aimant du cinéma français (19401967), Paris, L’Harmattan, 2002,Vol II, p 41.

 

 

Analyses du roman: les Fiançailles de Monsieur Hire

Simenon nommait « durs » ses romans, le plus souvent policiers, où Maigret n'apparaissait pas. Il y en eut, 117 entre 1931 et 1972. « Les Fiançailles de Monsieur Hire » est l'un d'eux et date de 1933.

Sous cette appellation, « romans durs » sont classés les romans postérieurs à l’apparition du commissaire Maigret dans lesquels Simenon tente de s’adresser à un public littéraire plus exigent, en cherchant à entrer dans le domaine de la vraie littérature.
Les romans durs de Simenon se ressemblent dans leurs structures. Jacques Dubois propose un schéma typologique:

- un événement, le héros rompt avec ses habitudes, ses fonctions et les normes de son milieu
- sa rupture est consacrée par son crime ou un crime autour de lui
- il connaît l’évasion, l’aventure et un certain envers des choses dans un monde trouble
- sa libération est consacrée par une rédemption;
- il échoue, il devient fou, soit qu’il revient au départ avec une impression de néant;
- le héros a conquis, en cours d’expérience, une sorte de lucidité et il a adressé un bilan de soi, de sa vie

GOTHOT-MERSCH, C.- DUBOIS, J.- KLINKENBERG, J-M.- RACELLE-LATIN, D.- DELCOURT, C., Lire Simenon. Réalité/ Fiction/ Ecriture, Paris-Bruxelles, Nathan/Labor, 1980.

 

Pour mieux comprendre la particularité de cette nouvelle, il est utile de comprendre il faut comprendre quelles sont les composantes de cet univers fictif.


Comme le souligne Danielle Racelle-Latin :

« Selon un schéma romanesque bien connu, il ne commence à y avoir de l’histoire chez Simenon qu’à partir du moment où le héros rompt avec un ordre de vie fait de mille et une habitudes ritualisées, lesquelles garantissent son intégration au milieu (familial ou professionnel) ou, du moins, aidaient à le définir de façon conforme au rôle qui lui reconnait son entourage. »

GOTHOT-MERSCH, C.- DUBOIS, J.- KLINKENBERG, J-M.- RACELLE-LATIN, D.- DELCOURT, C., Lire Simenon. Réalité/ Fiction/ Écriture, Paris-Bruxelles, Nathan/Labor, 1980.

La rupture peut amener le héros simenonien à deux parcours différents: la désillusion et l’échec ou la libération définitive.

« La rupture, amorce d’un devenir singulier, d’une destinée ou de l’Aventure proprement dite, peut s’accompagner d’une valeur affective positive et se présenter comme une libération.
À l’inverse, elle peut être subie négativement comme l’effet d’une force fatale, délétère. Il n’empêche, dans l’un et l’autre cas, elle prend une signification qui, par-devers les personnages, dépasse le seul registre psychologique. »


M. Hire, un homme marginal, maladroit, à l’air louche, qui, soudainement, se trouve au centre de l’attention dans un cas de meurtre. Mais avant de procéder, il faut définir qui sont les protagonistes des romans de Simenon, à cet égard Jacques Dubois dresse un portrait clarifiant des petites gens :

« Simenon se réclame volontiers d’un intérêt et d’une sympathie pour les petites gens. Tout laisse voir qu’il entend par là non les prolétaires qui sont, en gros, absents de son univers de représentation, mais une certaine fraction de la classe moyenne, celle où dominent les isolés, les humiliés, les vaincus. Si ceux-ci ne sont pas toute la petite bourgeoisie, ils en sont une composante typique dans la mesure où l’évolution du capitalisme tend à isoler cette classe et à la réduire au silence, dans la mesure surtout où elle déclasse certains de ses agents et les laisse en arrière du mouvement de l’histoire. L’attention de Simenon à l’égard des petites gens, pour légitime et généreuse qu’elle soit, n’en relève pas moins d’un effet idéologique bien défini: elle fait d’un type social singulier l’humanité commune, le représentant de tout l’homme. »

 

La vision de la société est parcellaire chez Simenon, il n’offre pas une vision globale de la société, de ses dynamiques et ses liens, il éclaire une zone, un personnage, en insistant sur le fond. Il dessine une vie et non pas des vies. Dubois affirme :

« Certaines incapacités à saisir l’ensemble des composantes de la société et leurs relations. Il n’est pas étonnant dès lors que Simenon se dise volontiers indifférent à la politique et à l’histoire. Il n’a pas choisi cette indifférence; elle lui est imposée par sa position et elle empêche le tableau social que propose son œuvre d’avoir, faute de base socio-politique, la dimension balzacienne que l’on pouvait attendre.»

GOTHOT-MERSCH, C.- DUBOIS, J.- KLINKENBERG, J-M.- RACELLE-LATIN, D.- DELCOURT, C., Lire Simenon. Réalité/ Fiction/ Écriture, Paris-Bruxelles, Nathan/Labor, 1980.

L’enquête policière est présente dans les fiançailles de M. Hire aussi, comme dans la série des Maigret, sans constituer la partie la plus importante de l’intrigue. L’enquête est un prétexte pour montrer la crise d’un innocent soupçonné d’avoir tué une femme. Les policiers sont éloignés de la figure immense du commissaire Maigret. Ils sont plus réels, moins héroïques, et moins intelligents. Ils boivent pendant le service, dorment dans le lit de M. Hire, lorsqu’ils l’attendent pour l’interroger.

« Dans la loge, près de la table couverte d’une toile cirée brune, ils s’impressionnaient l’un l’autre. Ils n’étaient pas à deux cents mètres du terrain vague où, quinze jours plus tôt, un dimanche matin, on avait découvert le cadavre d’une jeune femme tellement mutilé qu’on n’avait pas pu l’identifier.»

M. Hire, dans la description du narrateur

« Il n’était pas gros. Il était gras. Son volume ne dépassait pas celui d’un homme très ordinaire, mais on ne sentait ni os ni chair, rien qu’une matière douce et molle, si douce et si molle que ses mouvements en étaient équivoques. »

Cette représentation souligne sa différence par rapport aux autres. Ses actes et ses mouvements sont conditionnés par son embonpoint. La description vise aussi à introduire l’ambiguïté de sa figure qui suscite méfiance et attire les soupçons des habitants des lieux.

« Dans la rondeur de son visage se dessinaient des lèvres bien rouges, de petites moustaches frisées au fer, comme dessinées à l’encre de Chine et, sur les pommettes, des roseurs régulières de poupée.»

Ses actions quotidiennes sont les mêmes, il observe une routine monotone, presque sans variation jusqu’au meurtre et à la rencontre avec la jeune fille, qui apparaît dans toute sa fraîcheur et sa vitalité.

Le mystère entoure M. Hire. Personne ne sait à quel travail il se dédie, mais la réalité est plus banale que l’imagination

« C’est un de ces types qui promettent je ne sais combien par jour pour un travail facile et qui, moyennant cinquante ou soixante francs, envoient aux gens une boîte d’aquarelle qui en vaut vingt et six cartes postales à colorier. La concierge en était déçue. »

La femme Alice est une jeune bonne aux caractéristiques physiques et psychologiques opposées à celles de M. Hire; belle, sensuelle maligne et astucieuse.

La concierge est un personnage important, une figure légendaire dans la vie sociale française entre les deux guerres, figure de mensonges, de délations, et d’intrusion. Elle dénonce à la police ce locataire qui l’inquiète sans fondement ni preuve.
C’est elle qui soupçonne M. Hire d’avoir commis le meurtre et le dénonce à la police

« Je lui ai monté un catalogue et, pendant que la porte était entrouverte, j’ai aperçu une serviette pleine de sang… »

Elle donne aussi au lecteur la première description sommaire du protagoniste :

« Un petit, un peu gros, avec des moustaches frisées, qui porte toujours une serviette noire sous le bras. »

Ce portrait suggère les éléments qui distinguent M. Hire des autres personnages: physique arrondi, moustaches noires et frisées avec sa serviette toujours sous le bras. Mais la concierge introduit aussi un autre élément qui deviendra un thème constant et croissant dans le roman, celui de la peur

« Je n’oserais plus le rencontrer dans l’escalier, haleta la concierge. D’ailleurs, j’ai toujours eu peur de lui. Et tout le monde !»

« Tenez, quand il passe, il a l’habitude de caresser la tête de ma petite. Eh bien, cela me fait peur, comme si.. »

Alice est la jeune serveuse que M. Hire espionne, mais elle sait qu’il la regarde

«Il y avait un miroir devant elle, au-dessus d’une toilette en bois tourné. C’est ce miroir qu’elle regardait, qu’elle continua à regarder en tirant de bas en haut sur sa robe pour la faire passer par-dessus sa tête. »

Elle est le contraire de M. Hire, jeune et pleine de vie, et voluptueuse.

Émile est l’amoureux d’Alice, il connaît M. Hire et le regarde avec mépris :

« L’amoureux était maigre, mal portant. Son regard ne se posait jamais sans ironie sur M. Hire »

Alice est dépendante de son petit ami :
« L’amoureux avait les mains dans ses poches, le pardessus ouvert. Et la bonne se suspendait à son bras comme une gosse qui craint de se perdre. »

Émile ne pense qu’à lui-même et ne s’occupe pas d’elle
«Tout près d’Alice aussi, il y avait Émile, les mains dans les poches, le visage maladif et froid. Elle le regardait, mais il ne la voyait pas. Il y avait de la fièvre dans ses yeux.»


Un autre personnage important : la foule, qui pense comme un seul Individu, qui apparaît effrayant quand elle est sous le coup de la colère. La fin du livre est emblématique, l’auteur s’intéresse au destin de M. Hire tandis qu’il laisse de côté le sort des vrais coupables.

Le commissaire suspecte M. Hire à cause de ses origines étrangères, de ses activités précédentes et de ses fréquentations; il en arrive à inspirer à M. Hire de la crainte :

« C’en était fini de l’audace, des explications d’homme à homme. Il répondait désormais aux questions avec l’humilité effrayée d’un écolier qu’on interroge »
Le commissaire fait aussi des insinuations à propos de la vie privée du protagoniste

« Rien ne prouve que la pauvre femme a été assassinée pour son argent. Et l’on voit de temps en temps certains messieurs solitaires se livrer soudain… »

Le commissaire et ses agents sont loin de la grandeur du Commissaire Maigret, ne possèdent ni son intelligence ni son humanité, ils se comportent comme les gens ordinaires

« Il n’était qu’une heure du matin. Le commissaire dormait, tout habillé, sur le lit de M. Hire. »

 

Monsieur Hire et Alice

Les deux personnages s’opposent par leur aspect physique et par leurs attitudes. M. Hire est gros, petit, aux moustaches noires, aux lèvres rouges et aux pommettes roses, impassible, sans expression. Il a une façon de marcher assez caractéristique

« M. Hire, la serviette sous le bras, se faufilait en se dandinant […] M. Hire courut comme ceux qui ne sont pas habitués à courir, et comme les femmes, en jetant les jambes de côté »

« M. Hire pressait le pas, la poitrine en avant, la serviette sur le flanc, finissait par courir comme il courait toujours pour les dix derniers mètres. »

« M. Hire marchait vers la porte d’Italie, sa serviette sur le bras, de son pas sautillant, se faufilant entre les passants, il était précédé par le petit nuage gris que formait sa respiration. »

Sa première description physique est faite par la concierge; elle compare son visage à celui d’une poupée, à cause de ses pommettes roses, insiste surtout sur sa chair qui molle et sur son visage de cire.

Alice est la seule qui réussit à rompre ce masque, quand elle entre dans sa chambre :

« Lentement, si lentement que la progression était imperceptible, le visage de cire de M. Hire s’animait, devenait humain, anxieux, pitoyable. »

La routine quotidienne est une constante chez M. Hire; il répète les mêmes gestes et tout le monde connaît ses habitudes et ses horaires, puisqu’ils sont fixes; jamais d’imprévus dans la vie de M. Hire, jusqu’à la découverte du cadavre et au soupçon jeté sur cet homme à l’apparence bizarre et qui n’a pas de femme ni d’amis dans le quartier.

Par contre, Alice est jeune, sensuelle et pleine de vitalité.

« Son premier mouvement fut pour libérer ses cheveux qui roulèrent, pas très longs, mais abondants, d’un roux soyeux, sur ses épaules. Et elle se frotta la nuque, les oreilles, dans une sorte d’étirements voluptueux. […] Elle était jeune, vigoureuse […] La tête était un peu penché et cela soulignait le dessin des lèvres charnues, cela raccourcissait encore le front, alourdissait la masse sensuelle des cheveux roux, gonflait le cou, donnait l’impression que la femme tout entière était faite d’une pulpe riche, pleine de sève. »

Elle est pulpeuse comme un fruit. Il y a une scène dans laquelle Alice mord une orange :

« Une orange glacée dont elle arrachait la pelure avec les ongles. Le jus giclait, astringent.
Les petites dents pointues mordillaient la pulpe, la langue raidie s’enfonçait, les lèvres aspiraient, l’odeur du fruit se répandait à plusieurs mètres. »

Simenon décrit sa façon sensuelle de fumer :
« Elle la fuma en arrondissant les lèvres sur le rouleau du tabac, comme tous ceux qui fument pour la joie pittoresque et non pour le goût du tabac. Les odeurs se mélangeaient. C’était à la fois aigre et fade et cela semblait émaner de cette nuque de rousse qui était ronde et droite comme une colonne».

La sensualité de la jeune bonne enchante M. Hire :

« Et il sentait de tout près l’odeur de la servante [...] C’était une odeur chaude où il y avait des fadeurs de poudre de riz, la pointe plus aiguë d’un parfum, mais surtout son odeur à elle, l’odeur de sa chair, de ses muqueuses, de sa transpiration. »


Alice sait qu’il la regarde et en plus elle connaît son pouvoir de séduction :
« Elle jouait son rôle. Elle feignait de ne pas le voir, d’être à son aise, indifférente. Deux fois, elle se poudra et se mit du rouge. Deux fois aussi, elle tira sur sa robe comme si elle eût surpris M. Hire à regarder ses genoux. »

« Elle frémissait. Tout son être frémissait, tout était vivant et chaud. »

« Son corps lourd, charnu, dégageait une chaleur intense et il était étalé là, dans la chambre, dans le lit de M. Hire, comme un foyer de vie exubérante. M. Hire regardait le plafond. Il lui semblait que toute la maison devait entendre les échos, sentir les palpitations de cette vie. »

Quand elle essaie de le séduire, elle se rend compte avec étonnement que

« C’était impossible de tendre la main à un homme aussi immobile, aussi lointain. »

Simenon détaille la chute et la stigmatisation d’un innocent, l’histoire d’un homme timide, naïf marginal, d’origine étrangère, la foule haineuse, et une femme qui se sert de son charme pour dissimuler le crime d’un amant qui la domine, en impliquant un innocent. Un jeu de rapport force dont Monsieur Hire ne possède aucune carte.

Monsieur Hire est un homme que tout exclut de la vie : le vide, dont il semble issu et auquel tout semble le condamner à retourner.
Ce roman révèle la cruauté latente d'un destin qui inverse toutes choses en leur contraire. Tout conspire contre monsieur Hire, la foule, les circonstances.
La force du livre résulte du sentiment de malaise dès les premières pages, devine et pressent nécessairement ce
que le héros semble vouloir ignorer.

 

Deux films : Panique et Monsieur Hire

Deux films à deux époques historiques différentes ont interprété ce roman ; le premier, au titre éloigné de celui du livre: Panique a été tourné en 1946 par le réalisateur Julien Duvivier qui avait précédemment participé à l’adaptation d’un autre livre de Simenon. L’acteur qui incarne le protagoniste est Michel Simon, à la longue barbe noire et à l’aspect effrayant, et qui lançait déjà son regard dans les affiches. Viviane Romance, la femme fatale par excellence, joue le rôle de la jeune servante.

 



Quarante ans après, une autre adaptation est sortie au cinéma avec beaucoup de succès, celle tournée par Patrice Leconte en 1989. Le protagoniste masculin était interprété par Michel Blanc et sa partenaire féminine était Sandrine Bonnaire.

 

 


Deux adaptations, deux conceptions du cinéma et de la mise en scène d’un roman difficile à rendre à l’écran.

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Agatha Christie : secrets d’un immense succès

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Agatha christie Poirot Marple

 

 

 

Agatha Christie est l’auteur le plus vendu de tous les genres et de tous les temps. Ses livres se sont vendus à plus de deux milliards d’exemplaires en langue anglaise, en langue française et en 103 langues étrangères.

Elle a publié plus de quatre-vingts romans et pièces de théâtre, dont beaucoup mettent en scène l’un ou l’autre de ses personnages principaux de sa série — Hercule Poirot ou Miss Marple. La plupart de ses livres et de ses nouvelles ont été filmés, sa pièce The Mouse trap (la souricière). Mouse trap détient le record de la plus longue représentation à Londres.

Après la lecture de plusieurs romans ou nouvelles de Christie, il est possible de détecter certaines similarités, une sorte de marque de fabrique.

 

Simplicité de technique


Le crime reflète sa société, dévoile les valeurs d’une communauté, se déroule dans un milieu précis gouverné par des règles et des valeurs.
Dans les romans policiers d’Agatha Christie, Miss Marple et M. Poirot, ses deux détectives les plus populaires, sont là pour résoudre l’affaire à la fin du livre et pour conclure leurs interventions par une réflexion intellectuelle qui dénonce le mal et consolide l’ordre. Christie tente comme d’autres auteurs à offrir aux lecteurs l’espoir de la justice.

Pendant l’âge d’or du roman policier, le cadre typique est la campagne anglaise et sa société, surtout la classe supérieure et la classe moyenne supérieure. Agatha Christie connaissait bien ces classes et a dépeint certains caractéristiques : fort sentiment de possessivité, préjugés profonds sur les autres et sur la différence, ethnocentrisme et hypocrisie.

Dans le roman policier à son sommet (entre les deux guerres), l’énigme est l’élément le plus important. Le lecteur reçoit de nombreux indices à partir desquels le meurtrier peut être identifié avant que la solution ne soit révélée dans les dernières pages du livre. Le personnage du grand détective et le mystère qu’il résout constituent le motif central du roman policier, le reste est réduit au minimum.

 

Humour et ironie dans des lieux inventés


Elle aimait placer ses personnages dans la campagne anglaise, qui devient un élément caractéristique de ses romans. La campagne britannique évoque des lieux éloignés de l’influence des grandes villes : village typique, église, gens du pays qui s’intéressent aux ragots, gentleman anglais typique habillé de tweed, grands champs verts, lacs et bois.
Il va de soi qu’il s’agit d’une vision romancée, imaginaire. La description de la campagne anglaise est presque à l’opposée de la vision des romans d’autres grands écrivains de la même époque comme D.H. Lawrence.

Dans son roman The Moving Finger ( titre francais : la Plume empoisonnée), elle décrit :

« Lymstock était un lieu important à l’époque de la conquête normande. Au vingtième siècle, c’était un lieu sans aucune importance. Elle se trouvait à trois miles d’une route principale — une petite ville de province avec une lande s’élevant au-dessus d’elle. Little Furze était située sur la route menant à la lande. Il s’agissait d’une maison blanche, basse et primitive, avec une véranda victorienne inclinée peinte en vert délavé. (p. 8)

La société qui y vit est typique des romans de Christie, sa description correspond à notre image de la société de la haute bourgeoisie et de la vie à la campagne. La comparaison entre les habitudes de la campagne et celles de la ville est souvent drôle, mais probablement vraie.

Dans The Moving Finger, le narrateur quitte Londres pour s’installer dans une petite ville, Lymstock, afin de se remettre d’un mauvais accident d’avion avec sa sœur Joanna, qui représente la jeune femme moderne de la ville, mais déterminée à s’assimiler. Mais il est influencé par les clichés sur la vie de la campagne. Les manières des gens de Lymstock sont totalement inattendues :

Dès que nous avons eu quelques jours pour nous installer, Lymstock est venu solennellement nous rendre visite. Tout le monde à Lymstock avait une étiquette comme disait Joanna. Il y avait M. Symmington, l’avocat, mince et sec, avec sa femme qui jouait au bridge. Dr Griffith, le médecin sombre et mélancolique, et sa sœur grande et chaleureuse. Le vicaire, un vieil homme érudit et distrait, sa femme erratique et enthousiaste. Le riche dilettante M. Pye de Prior, et enfin Mlle Emily Barton elle-même, la parfaite vieille fille de la tradition villageoise.”
(p. 9)

Non seulement le comportement que l’on attend d’elle est étrange pour Joanna, mais son apparence ne convient pas non plus. Elle s’efforce de s’assimiler, mais comme elle a toujours vécu en ville, elle est influencée par les magazines à la mode. Son frère se moque d’elle :

Joanna est très jolie joyeuse, aime la danse, les cocktails, les aventures amoureuses et les courses dans des voitures puissantes. Elle est définitivement et entièrement citadine.
— En tout cas,” dit Joanna, “j’ai l’air bien.”
Je l’ai étudiée d’un œil critique et je n’ai pas pu être d’accord avec elle.
Joanna était habillée (par Mirotin) pour le sport. L’effet était tout à fait charmant, mais un peu surprenant pour Lymstock.
— Non ai-je dit. Vous avez tout faux. Vous devriez porter une vieille jupe en tweed délavée avec un joli pull en cachemire assorti et peut-être un cardigan ample, et un chapeau en feutre, des bas épais et de vieilles broques bien usées. Ton visage est tout faux, aussi.
— Qu’est-ce qui ne va pas avec ça ? J’ai mis mon maquillage Country Tan n° 2.
— Exactement », ai-je dit. Si vous viviez ici, vous auriez juste un peu de poudre pour enlever l’éclat du nez et vous porteriez presque certainement tous vos sourcils au lieu d’un seul quart. (p. 9)

 

 

La description de la vie de village peut sembler amusante, mais elle recèle une vérité : la campagne est moins gâtée que la ville. Dans les histoires de Christie, cette paix villageoise est parfois troublée par un crime, qui est ensuite révélé par un détective qui, au fond, rétablit l’ordre public.

Lorsqu’un doigt bouge, la ville est envahie par les lettres anonymes, par les rumeurs, et par les accusations.
Dans les romans de Maigret, Simenon raconte parfois, à sa façon, cette vie à la campagne, à la fois paisible et éruptive.

 

Détectives bien identifiés


Miss Marple a été le deuxième détective créé par Agatha Christie, apparu pour la première fois dans le roman The Murder at the Vicarage (en français : l’affaire Protheroe) en 1930. A travers son intelligence, son bons sens et sa connaissance de la nature humaine, elle a réglé les énigmes de onze autres romans et de vingt et une nouvelles.
Elle est décrite comme une grande dame âgée, mince, au visage rose et ridé, aux yeux bleus et aux cheveux blancs, toujours en train de tricoter. Son allure est déroutante qui induit en erreur les personnes qui ne la connaissent pas, car elle utilise son stéréotype de vieille fille à son avantage. Elle vit dans le petit village de St. Mary Mead, où elle mène une vie qui lui donne l’occasion d’observer les mauvais traits de la nature humaine.
Agatha Christie a dit un jour qu’en la créant, elle avait utilisé pour certains personnages, les traits des amis de sa grand-mère, ainsi que de sa grand-mère elle-même. Elle a dit d’elle :


« Elle s’attendait au pire de tout le monde et de tout ce qui existait et, avec une précision presque effrayante, on lui donnait généralement raison ».
Miss Marple établit des parallèles entre les histoires de vie dont elle a été le témoin et le crime sur lequel elle enquête. Son apparition sur le lieu du crime est généralement expliquée par une phrase, elle rend souvent visite à ses nombreuses connaissances ou amis de famille.
« Notre après-midi au presbytère fut vraiment l’un des plus paisibles que nous ayons passés. C’était une vieille maison attrayante, avec un grand salon confortable et délabré, orné de cretonne rose fané. Les Dane Calthopes avaient une invitée chez eux, une dame âgée et aimable qui tricotait quelque chose avec de la laine blanche et molletonnée. Nous avons eu de très bons scones chauds pour le thé. Le vicaire est entré et nous a regardés placidement tout en poursuivant sa conversation érudite. C’était très agréable.
Je ne veux pas dire que nous nous sommes éloignés du sujet du meurtre, car ce n’est pas le cas.
Miss Marple, l’invitée, était naturellement excitée par le sujet. Comme elle l’a dit en s’excusant :
— Nous avons si peu de sujets de conversation à la campagne !
Elle avait décidé que la fille morte devait être exactement comme son Edith. “Une si gentille, petite, bonne, et si volontaire, mais parfois un peu lente à comprendre les choses.”
Miss Marple avait aussi un cousin dont la belle-sœur ou la nièce avait eu beaucoup d’ennuis et de problèmes à cause de certaines lettres anonymes, ce qui, là aussi, intéressait beaucoup la charmante vieille dame. »

Affaire Protheroe (p. 135)

Les femmes détectives n’étaient pas du tout courantes. Le premier détective de Christie fut un M. Poirot bien connu, c’est-à-dire un homme. Il a été présenté dans son tout premier roman policier, The Mysterious Affair at Styles (en français : La Mystérieuse Affaire de Styles) publié en 1920, tandis que Miss Marple a été créée dix ans plus tard.
La raison peut être l’obligation de respecter le stéréotype d’un détective masculin ou la prise de conscience du peu de succès des romans policiers avec une femme.
Il est remarquable que Christie se soit vraiment lassée de M. Poirot et ait voulu s’en débarrasser, mais les lecteurs l’ont aimé et elle a donc continué à écrire sur lui.
Hercule Poirot n’est pas un homme ordinaire : il n’est pas anglais, mais Belge, il n’est pas un détective de type héros, mais petit, presque âgé, il n’utilise pas ses muscles, mais ses « petites cellules grises ».
Avant de s’enfuir en Angleterre pendant la Première Guerre mondiale, Poirot était un policier belge à la retraite, et un célèbre détective privé en Europe. Au cours de ces années, il fait la connaissance d’Arthur Hastings, un Anglais qui deviendra plus tard son ami de confiance et le narrateur occasionnel de ses enquêtes, l’équivalent du « Dr Watson ».

La description qu’il en fait, donnée par Hastings lui-même dans La mystérieuse affaire de Styles est remarquable :

« Poirot était un petit homme à l’allure extraordinaire. Il ne mesurait guère plus de cinq pieds et quatre pouces, mais se comportait avec une grande dignité. Sa tête avait exactement la forme d’un œuf, et il la penchait toujours un peu sur le côté. Sa moustache était très raide et militaire. La propreté de ses vêtements était presque incroyable. Je crois qu’un grain de poussière lui aurait causé plus de peine qu’une blessure par balle. Pourtant, ce petit homme pittoresque et dandy qui, j’ai eu le regret de le constater, boitait maintenant gravement, avait été en son temps l’un des membres les plus célèbres de la police belge. En tant que détective, son flair avait été extraordinaire, et il avait remporté des triomphes en élucidant certaines des affaires les plus déroutantes de l’époque. Il me désigna la petite maison qu’il habitait avec ses compatriotes belges, et je lui promis d’aller le voir au plus tôt. Puis il a levé son chapeau en l’honneur de Cynthia et nous sommes partis.
— C’est un petit homme adorable », a dit Cynthia. « Je ne savais pas que vous le connaissiez.
— Vous avez diverti une célébrité à son insu, ai-je répondu. Et, pendant le reste du chemin du retour, je leur ai récité les divers exploits et triomphe d’Hercule Poirot. » page 11 La Mystérieuse Affaire de Styles

 

Enquêtes simples, affaires compliquées


Bien que les personnages de Miss Marple et de M. Poirot puissent sembler différents, leurs méthodes comportent des éléments similaires : poser beaucoup de questions, observer les gens et leur comportement. Une profonde connaissance de la pensée et de la nature humaine les aident à trouver de liens entre ce qui a été dit et ce qui a été fait. Poirot est un étranger, utilisant ses connaissances en psychologie et son mode de pensée analytique, Miss Marple est un membre intégré de la communauté, et résout les crimes avec sagesse populaire, compréhension de la nature humaine, parce que tous les crimes sur lesquels elle enquête ressemblent aux événements et aux commérages de son entourage, ou de son village.

Les romans se déroulent souvent à la campagne, dans la société de classe moyenne supérieure, ou des gens riches et privilégiés de la classe moyenne. Christie étant elle-même issue de cette classe, elle la connaissait fort bien et pouvait en donner une image vivante.

 

 

Décrire les gens, et non pas la société


Le roman policier est une affaire commerciale, un genre littéraire pour distraire. Les sujets graves n’ont pas leur place : l’augmentation du chômage, la grève générale de 1926, la Grande Dépression des années 1930, la montée des dictatures européennes ou les relations sexuelles entre des personnages, sont des sujets exclus.

Même si le but des romans policiers est de vendre des livres, le contexte de ces histoires est diversifié selon chaque société, ses relations et le réseau invisible de consensus et de règles à respecter pour le vivre ensemble. Dans ce cadre, le caractère et le tempérament des personnages complètent le tableau d’un roman policier.

Dans les romans de Christie, la société est réduite, village, famille, localité. Il s’agit de la société nécessaire au roman. La société dans son ensemble n’y apparaît pas.

En Angleterre, la richesse personnelle n’est pas un critère nécessaire pour appartenir à la classe moyenne supérieure, mais l’accent, la langue, l’éducation, le milieu familial et certains comportements et goûts attendus sont devenus les caractéristiques de cette classe.
Le membre de cette classe peut être décrit comme un gentleman, bien qu’il ne soit pas issu d’une famille de propriétaires terriens. Ses membres exercent une profession scientifique, juridique ou médicale, mais ils peuvent aussi exercer une profession non traditionnelle, comme celle d’écrivain ou de peintre. La ressemblance entre la classe moyenne supérieure et la classe supérieure en Grande-Bretagne est évidente, mais si l’on peut effectivement devenir membre de la classe moyenne supérieure, il est presque impossible en Grande-Bretagne d’atteindre le statut de classe supérieure, sauf par mariage ou par l’octroi d’un titre.

L’exemple d’une famille de la classe supérieure est donné par l’avocat des Crale dans Cinq petits cochons publié en 1942 :

« Notre cabinet, bien sûr, a connu de nombreuses générations de Crale. J’ai connu Amyas Crale et son père, Richard Crale, et je me souviens d’Enoch Crale, le grand-père. Les Crale, tous, pensaient plus aux chevaux qu’aux êtres humains. Ils montaient droit, aimaient les femmes, et n’avaient rien à faire des idées. Ils se méfiaient des idées. Mais la femme de Richard Crale était pleine d’idées, plus d’idées que de sens. Elle était poétique et musicale, elle jouait de la harpe, vous savez. Elle avait une santé fragile et avait l’air très pittoresque sur son canapé. Elle était une admiratrice de Kingsley. C’est pourquoi elle a appelé son fils Amyas. Son père s’est moqué de ce nom, mais il a cédé. Amyas Crale a profité de son héritage. Il tient sa tendance artistique de sa mère, et son pouvoir d’entraînement et son égoïsme impitoyable de son père. Tous les Crale étaient égoïstes. Ils n’ont jamais, par hasard, vu d’autre point de vue que le leur. » Cinq petits cochons (p. 39)

La haute société n’aimait pas que la bourgeoisie exprime ses préjugés à l’égard des nouveaux venus et sa réticence à les accepter.
Dans There Is a Tide (en français Le Flux et le Reflux), publié en 1948, la fille qui revient après la Seconde Guerre mondiale est confrontée au fait que son vieil oncle a épousé une jeune femme, ce qui était totalement inattendu, importun et inacceptable pour le reste de la famille :


« Lynn sourit. D’aussi loin qu’elle se souvienne, les secrétaires, les gardiens et le personnel de bureau de Gordon Cloade ont toujours été soumis à un examen minutieux et à la plus grande suspicion.
Elle a demandé avec curiosité : elle est belle, je suppose ?
— Eh bien, ma chère, a dit Adela, je pense moi-même qu’elle a un visage plutôt stupide.
— Tu n’es pas un homme, maman !
— Bien sûr », poursuivit Mme Marchmont, la pauvre fille a été frappée et choquée par le souffle de l’explosion, elle était vraiment très malade et tout cela, et je pense qu’elle ne s’en est jamais vraiment remise. Elle est une masse de nerfs, si vous voyez ce que je veux dire. Et parfois, on dirait qu’elle n’a pas toute sa tête. Je ne pense pas qu’elle aurait pu être une bonne compagne pour ce pauvre Gordon.
Lynn sourit. Elle doutait que Gordon Cloade ait choisi d’épouser une femme de plusieurs années plus jeune que lui pour sa compagnie intellectuelle.
— Et puis, ma chère, Mme Marchmont a baissé la voix, je déteste le dire, mais, bien sûr, ce n’est pas une dame !
— Quelle expression, maman ! Qu’est-ce que ça peut faire de nos jours ?
— C’est toujours important à la campagne, ma chère, dit Adela d’un ton placide, signifiant simplement qu’elle n’est pas exactement l’une des nôtres ! Le Flux et le Reflux (p. 23)

La possessivité, caractéristique typique de la classe moyenne supérieure, peut être facilement illustrée dans les œuvres de Christie. L’argent est considéré comme quelque chose d’insignifiant quand on le possède, quelque chose dont il n’est pas poli de parler, mais dès qu’il s’agit de le partager, il devient important et peut devenir un puissant motif de haine. Dans Crooked House (en français : la maison biscornue) publié en 1949, après la lecture du dernier testament du grand-père de la famille Leonides, le conflit survient immédiatement :

« Et moi ? » dit Eustache.
J’avais à peine remarqué Eustache jusqu’à présent, mais j’ai perçu qu’il tremblait de violente émotion. Son visage était cramoisi, il y avait, je crois, des larmes dans ses yeux. Sa voix tremblait en s’élevant hystériquement.
C’est une honte ! dit Eustache. C’est une sacrée honte ! Comment Grand-Père a-t-il osé me faire ça ? Comment a-t-il osé ? J’étais son seul petit-fils. Comment a-t-il osé me laisser tomber pour Sophia ? Ce n’est pas juste. Je le hais. Je le hais. Je ne l’oublierai jamais, aussi longtemps que je vivrai. Vieil homme bestial et tyrannique. Je voulais qu’il meure. Je voulais sortir de sa maison. Je voulais être mon propre maître. Et maintenant, je dois me faire malmener par Sophia et passer pour un idiot. Je voudrais être mort... » (p. 181) La maison biscornue.

 

Le talent des grands peintres


Le secret le plus important réside dans le talent de Christie à observer les gens, leurs réactions et à comprendre leurs motivations.
La maîtrise est une clé constante dans les romans de Christie, maîtriser le sujet, ne pas alourdir le style, ne pas encombrer le récit par des détails inutiles.

En face de cet immense succès, il est utile de mentionner la modestie d’Agatha Christie, qui écrivait des livres pour distraire, et pour amuser avec fidélité, sans tenter de mélanger les genres pour passer un message politique ou social, sans tomber dans le piège de « faire de la grande littérature ».
Il suffit de lire un roman de Christie pour comprendre son succès, un talent dans la description, une ironie, une humeur, et une intelligence remarquable pour saisir les personnages. Elle dessine des caricatures si humaines que le lecteur finit par s’y attacher. Pourtant tout est imaginé et romancé : la campagne anglaise, les personnages, et les histoires. Par contre, comme un grand peintre, l’humain présent sur la toile est si réel.

 

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