Asexualité : revoir le lien entre désir et attirance

asexuality

 

 

La sexualité humaine est depuis longtemps un sujet d'étude dans les sciences sociales (par exemple, Freud, 1922/1959 ; Kinsey 1948 ; Kinsey, 1953, Master and Jonhson 1966). La plupart de ces études partent implicitement du principe que les individus sains ont la capacité d'être sexuellement attirés par une autre personne.

 

Si le fait d'avoir un désir sexuel est une méthode permettant à un individu de se classer comme une personne sexuelle, alors l'absence totale de désir et d'attirance sexuelle soulève de nouvelles questions sur le développement et la classification sexuelle. Bien qu'une proportion notable d'individus déclare un faible désir sexuel chronique et consulte pour traiter ce problème, une minorité d'individus note une absence chronique de désir tout au long de leur vie, qu'ils n'ont pas l'intention de changer et qui ne leur cause aucune détresse personnelle.

Au cours de la dernière décennie, les personnes asexuelles ont remis en question l’idée que la bonne santé physique et men tale s’accompagne d’un bon désir sexuel. Bien que la définition de ce que signifie être "asexuel" est fréquemment contestée, un individu asexué est souvent défini comme une personne qui n'éprouve pas d'attirance sexuelle (Bogaert, 2004).

Kinsey et al. (1948) ont d'abord quantifié ce groupe, appelé catégorie X, comme étant le groupe d'individus n'ayant aucune contacts ou réactions socio-sexuelles, il représentait environ 1 % de leurs participants. Cependant, Kinsey et al ne sont pas allés plus loin et se sont satisfaits de publier ce résultat sans analyse.

 

La première référence au terme asexualité, en ce qui concerne les humains, se trouve dans la recherche de Storms (1980) sur la nature de la sexualité humaine. On y décrit un modèle bidimensionnel de la sexualité humaine dans lequel l'homo-érotisme se situe sur une dimension et l'hétéro-érotisme sur l'autre. Les individus peuvent varier le long des deux dimensions, la direction érotique étant dictée par les types de fantasmes érotiques vécus par les individus ; par exemple, une personne dont les fantasmes érotiques concernent le plus souvent le sexe opposé serait considérée comme ayant un niveau élevé d'hétéro-érotisme et un niveau faible d'homo-érotisme. Selon ce modèle, les personnes asexuelles auraient peu de fantasmes érotiques, voire aucun, et seraient donc considérées comme ayant un faible niveau d'homo- et d'hétéro-érotisme.
Depuis l'étude de Storms (1980), le volume de la recherche sur l'asexualité n'a cessé de croître sans trouver une définition acceptable de l'asexualité, sans savoir s’il faut classer l'asexualité en tant qu'orientation sexuelle ou en tant que maladie.

 

 

Définitions de l'asexualité

Bogaert (2004) a défini l'asexualité comme une absence d'attirance sexuelle pour les personnes de l'un ou l'autre sexe.
Le terme « asexué » n'est apparu que des décennies plus tard. Dans l'analyse de Bogaert (2004) portant sur 18 000 résidents britanniques dans le cadre d'une enquête nationale, 1,05 % ont répondu à la question concernant l'attirance sexuelle : "je ne me suis jamais senti sexuellement attiré par quelqu'un".


Brotto en 2010 définit l'asexualité comme une "absence d'attirance sexuelle".

L'asexualité a été définie comme l'absence de désir de s'engager dans des activités sexuelles par Prause en 2007.
Les divergences entre les définitions vérifiées par les personnes s'identifiant comme asexuelles peuvent s'expliquer par les différences entre les communautés dans lesquelles les participants à ces études ont été recrutés, et par l'hétérogénéité au sein de la communauté asexuelle.
Scherrer (2008) a constaté que certains participants définissaient l'asexualité comme une absence d'attirance sexuelle tandis que d'autres la définissaient comme une absence de désir de s'engager dans des activités sexuelles.

Certains participants expliquent qu'ils ressentaient une attirance sexuelle mais qu'ils n'avaient aucun désir de s'engager dans des activités sexuelles. Pour certains, il semble que le désir sexuel ne découle pas nécessairement de l'attirance sexuelle. Par conséquent, une définition générale de l'asexualité reste insaisissable, peut-être parce que de multiples définitions personnelles coexistent chez les personnes asexuelles.


Il est intéressant de noter que 44 % des personnes interrogées étaient en couple. Les personnes asexuées en couple ont noté qu'elles continuaient à ressentir une attirance romantique en termes de désir de proximité, de sécurité et de connexion dans une relation ; cependant, elles n'avaient aucune attirance sexuelle pour ce partenaire proche. Les individus définissaient leurs relations en fonction de leur attirance romantique, par exemple, hétéro-romantique, homo-romantique, pan-romantique ou asexuée.

Certains se sont identifiés comme des asexuels aromantiques, ne désirant ni attachement sexuel ni romantique.

 

 

L'asexualité : orientation sexuelle?

En 2003, Diamond a proposé de séparer le désir sexuel de l'attachement romantique. Son modèle explique que le désir sexuel facilite l'attachement romantique sans la conditionner.
Si l'asexualité est l'absence d'attirance et/ou de désir sexuel, cette caractéristique distingue l'asexualité de l'orientation sexuelle définie comme un aspect de l'identité personnelle et sociale d'une personne qui indique la présence ou l'absence de cibles de ses attirances ou comportements sexuels

Cependant, de nombreuses personnes déclarent que leur asexualité représente un aspect important de leur identité personnelle.

Brotto (2010) a comparé les perceptions que les personnes asexuelles ont d'elles-mêmes de leur asexualité en tant qu'orientation sexuelle avec les perceptions qu'ont d'elles-mêmes les personnes diagnostiquées comme ayant un trouble de la personnalité, ou trouble obsessionnel-compulsif. Les asexuels ne souffrent d’aucun trouble.

Dans leurs entretiens avec des hommes et des femmes s'identifiant comme asexuels, les participants considéraient leur asexualité comme une absence d'attirance sexuelle plutôt que de désir sexuel, et par conséquent, leur expérience était différente des personnes souffrant d’un désir sexuel hypo actif.
Les personnes asexuelles ne semblent pas souffrir de leur état, ne manifestent aucune détresse, et ne demandent aucune aide médicale.

Les participants aux études ont indiqué que leur asexualité a commencé à un très jeune âge, peut-être avant le début de la puberté (Brotto et al, 2010) et qu'ils se sont toujours sentis différents de leurs amis sexuels (Brotto et al, 2010). Cette expérience rappelle les récits des hommes gays, des femmes lesbiennes et les personnes transgenres. L'absence d'attirance sexuelle semble accompagner la vie sexuelle de ces personnes. Les participants aux études ont discuté de leur corps et de leur sexualité dans un langage technique et dénué d'émotion. Par exemple, lorsqu'on leur demandait de décrire leurs organes génitaux, certains participants ont déclaré que ces organes sont juste là, d’autres décrivaient ses organes sans lien avec la sexualité dans un langage reflétant un désintérêt pour tout comportement sexuel.

Des découvertes récentes montrant la similitude entre les schémas d'activation neurale pendant le désir sexuel et le sentiment amoureux, (Jacopo, & Lewis, 2012), les chercheurs découvrent qu’il existe bien des choses à apprendre sur la disjonction entre attirance sexuelle, désir et attirance romantique, en étudiant les asexués.
Cette population bien de minoritaire peut aider à comprendre le lien entre le désir sexuel, et l’attirance, entre le désir et le comportement. C’est le seul groupe en sexologie qui garde son désir sexuel intact cliniquement (sur le plan médical et psychologique) et qui déclare une absence presque totale d’attirance sexuelle.

Des recherches plus approfondies sur l'asexualité ont montré que le manque de désir sexuel ne semble pas poser un problème pour ces personnes (Bogaert, 2004 ; Brotto, Knudson, et al, 2010 ; Brotto & Yule, 2011 ; Prause & Graham, 2007) et que les personnes asexuées ne voient aucune raison de suivre un traitement pour leur manque d'attirance sexuelle.
L’absence d’attirance sexuelle est une donnée nouvelle et incomprise en médecine et en sexologie.

Les critiques de ce concept d’asexualité ont contesté la position selon laquelle une absence totale d'attirance sexuelle n'est pas aberrante, et pensent et affirment que l'asexualité est une forme extrême de baisse du désir sexuel, et donc un trouble sexuel et psychologique. Selon cette approche, le fait que les personnes asexuées ne soient pas angoissées par leur manque d'attirance fait partie de leur pathologie.


Cette approche ne peut trouver aucune traduction pratique car aucune personne ne souffre d’un trouble psychologique sauf quand il met sa vie ou la vie des autres en danger, ou quand il demande l’aide pour soulager une détresse ou un inconfort. Cette règle absolue en santé mentale ne permet pas de considérer l’asexualité comme un trouble de santé mentale.


Selon le DSM-IV-TR (American Psychiatric Association, 2000), la détresse dans la nomenclature des dysfonctionnements sexuels est considérée comme un critère indispensable, définie comme "une détresse marquée ou une difficulté interpersonnelle" (p. 541).
Bogaert (2006) soutient que l'existence d'un mouvement asexuel en pleine expansion fournit des preuves supplémentaires que l'asexualité devrait être considérée comme une orientation sexuelle, puisque les gens s'organisent autour de l'asexualité pour se soutenir mutuellement et accroître la sensibilisation à leur orientation. Par conséquent, l'asexualité a été définie comme une orientation sexuelle basée sur les caractéristiques biologiques et le parcours de vie qui lui sont associés.

 

 

Les asexuels

La présence de ces asexuels dans une société comme la notre exaltant continuellement la sexualité performante est une donnée réelle. Si les filles refusent les relations sexuelles pour garder leur virginité, ou pour attendre le bon partenaire, les études statistiques affichent des chiffres variant de 15 à 20 % des garçons qui refusent l'activité sexuelle hors du contexte de relations durables. Dans certains milieux journalistiques, on les nomme : les hommes qui refusent de coucher. On peut rencontrer ces asexuels dans la vie quotidienne, dans les associations culturelles ou religieuses, dans les formes de célibat sur Internet et dans les sites de rencontre.

Les motivations des asexuels varient selon l'âge, le besoin, les idées religieuses, philosophiques, et parfois selon le statut socio- économique :
* - Ils ne sont pas tous religieux, leurs chastetés est motivée plutôt par le refus de la sexualité brute commercialisée dans notre société. Sur les forums, on peut lire les témoignages des garçons qui privilégient le sentiment amoureux au désir sexuel brut.
* - les asexuels refusent le discours féministe consumériste réduisant la liberté féminine à sa simple expression sexuelle, les filles revendiquent leurs droits au choix de coucher ou d'attendre. Les garçons semblent plus accusateurs vis-à-vis de ce discours consumériste avec ses caricatures des filles qui consomment les hommes pour les rejeter ensuite.
* - les asexuels refusent le discours général sur la frénésie sexuelle, et sur la sexualité comme expression de bonne qualité de vie, ils cherchent la qualité de la relation sexuelle et non pas la sexualité disponible actuellement dans la société.
* - les asexuels mettent en lumière l'hypocrisie du discours dominant, les magazines et les médias encouragent une sexualité débridée, des pratiques sexuelles excessives. Dans cette ambiance, refuser de faire l'amour devient suspect. Quand une fille choisit l'asexualité, elle est suspectée d'être frigide, fanatique, religieuse. Quand un garçon choisit l'asexualité, il est accusé d'être impuissant, religieux ou machiste.
* - comme dans les couples qui tiennent sans trop de sexualité, les asexuels cherchent un sentiment amoureux capable de fonder la relation ; Pour eux, l'expérience sexuelle devrait traduire affection et tendresse et non pas expérimentation sexuelle ou désir brut.
* - l'absence de sexualité ne signifie pas l'absence d'amour, ou mauvaise qualité de vie. De nombreux asexuels sont célibataires de transition (dans l'attente d'une rencontre), ils vivent cette attente en consacrant leur temps aux loisirs, au sport, aux études.
* - dans le discours des asexuels, on retrouve des traces de spiritualité, d'idéalisme, la recherche d'une relation profonde dépassant les modes consuméristes, et l'individualisme exacerbé.
* - dans le discours des garçons asexuels, on retrouve des motivations variées : peur de la rupture, éviter la perte du temps dans des relations superficielles, refus d'un comportement féminin consumériste de sexualité, éviter les maladies sexuellement transmissibles, refus de la sexualité mécanique et pornographique.
* - le discours des asexuels semble chercher à créer une approche alternative au discours dominant sur la sexualité, ils refusent d'être obnubilés par la performance, par l'orgasme, par la taille du pénis. Il distingue généralement l'orgasme de la sexualité, la satisfaction du couple de la performance sexuelle, le comportement individualiste hors du couple de l'engagement dans la relation.
* - il est difficile de mesurer l'influence de ce comportement sur le discours ambiant, il est difficile d'évaluer le pourcentage de ces personnes, l'asexualité peu être temporaire, entre de rencontre, ou primaire (avant le début de l'activité sexuelle). Cependant, les statistiques démontrent la présence de 20 % des asexuels chez les garçons, chez les filles, on note l'augmentation de l'abstinence sexuelle, la préservation de la virginité, et un fort retour d'amour romantique comme fondement de la relation.
* - les asexuels sont parfois stigmatisés dans les médias, harcelés dans les forums ou dans les médias sociaux, leurs discours bien que minoritaires invalident le discours ambiant sur la sexualité.


asexuels  

 

 

La vie sexuelle des asexuels et des asexuelles

Les critiques de l'asexualité soulignent que les individus asexués se masturbent à peu près aussi souvent que les individus sexués (Brotto,
Knudson, et al, 2010).
Les résultats indiquent que la fréquence de la masturbation des personnes asexuelles n'est pas significativement différente de celle des personnes non asexuelles (Prause & Graham, 2007) ; et les hommes asexuels semblent se masturber plus fréquemment que les femmes asexuelles ; 49% des hommes et 7% des femmes se masturbent 2 à 7 fois par semaine (Brotto et al,2010).
Les études qualitatives ont révélé que les hommes et les femmes asexuels, en général, ne considèrent pas la masturbation comme une activité sexuelle (Brotto et al, 2010 ; Prause et Graham, 2007 ; Scherrer, 2008). Par exemple, la plupart des participants à l'enquête de Brotto et al ont décrit leurs habitudes masturbatoires comme étant motivées par un besoin physiologique, plutôt que par le désir ou l'attirance sexuelle.

Quelles sont les motivations qui poussent à la masturbation?
Il est intéressant de noter que, contrairement à la population sexuée, les personnes asexuées décrivent l'envie de se masturber comme provenant d'un "besoin de nettoyer la plomberie", une fonction hygiénique comme l’impulsion à gratter une démangeaison.
Ils assurent que cette masturbation n’est pas associée à des fantasmes sexuels et soutiennent que cette pratique n'est pas vécue comme une activité sexuelle.
Les chercheurs s’interrogent si les motifs non sexuels sont suffisants pour maintenir le niveau de masturbation observé chez les personnes asexuées malgré l'absence signalée de désir et d’attirance sexuelle.


Cette situation pose d’autres questions jamais traitées en sexologie: le désir de masturbation pourrait être indépendant du désir d'avoir des interactions sexuelles avec un partenaire ? La masturbation pourrait elle être une activité sexuelle et non sexuelle ?

44 % de l'échantillon de Bogaert (2004) ont déclaré être dans au moins une relation de cohabitation ou de mariage, et 70 % de l'échantillon de Brotto et al (2010) ont déclaré être dans au moins une relation sexuelle ou romantique, 23 % des femmes sont en couple dans l'étude de Brotto (2010), qualifiant leur relation de romantique et asexuelle. Il existe également des personnes asexuelles aromantiques qui décrivent leurs relations comme des amitiés étroites.

Les relations amoureuses des personnes asexuelles sont assimilées à des amitiés dans le discours contemporain et sont moins valorisées que les relations sexuelles par la société. Les personnes asexuelles peuvent être exclues de leur cercle d'amis en raison de leur gêne ou de leur manque d'intérêt pour le sexe. Les participants à l'étude de Brotto 2010) ont décrit des difficultés à établir des relations avec les autres. Par exemple, une femme a raconté avoir évité les fêtes parce qu'elle était mal à l'aise dans un environnement hautement sexualisé. De nombreuses personnes asexuelles pensent que leur exclusion est due à un manque de compréhension et de sensibilisation à l'asexualité dans la société.

 

Abstinence sexuelle


Nous pouvons définir l'abstinence sexuelle comme un retrait volontaire, un refus de toute activité sexuelle. L'abstinence peut être volontaire (abstinence religieuse, abstinence pour contraception) ont forcée (manque de liberté comme en prison, manque de partenaires, ou maladies).
La chasteté
La chasteté est différente de l'abstinence sexuelle, c'est une abstinence motivée par des notions religieuses ou philosophiques. La chasteté peut être totale ou partielle comme le refus de contact sexuel génital (refus de l'acte coïtal.

 

Anti sexualisme

Anti sexualisme désigne des positions et des opinions opposées à la sexualité. L'anti sexualisme a été encouragé par des cultures religieuses (moines, religieuses, hindous, etc.) mais ses relais contemporains sont rarement religieux. Les adeptes de anti sexualisme croient que la sexualité perturbe les rapports sociaux, et que la recherche de la satisfaction sexuelle est responsable de nombreux problèmes.
De nombreux célibataires sont antisexuels. Ils théorisent les méfaits de la sexualité sur la société. Ces avis sont parfois la justification de l'incapacité de la personne de trouver un partenaire sexuel, ou des avis négatifs sur la sexualité hérités d'une éducation sévère ou d'une déception.
D'autres personnes sont antisexuels, fidèles à un système de pensée qui avancent certains arguments :
* - La sexualité ne peut que compliquer des rapports humains
* - Le sexe est incompatible avec une vraie intimité entre homme et femme
* - Le désir sexuel est archaïque, bestial, une réaction sans contenu intellectuel
* - Le sexe est porteur des maladies parfois mortelles.
* - Le désir sexuel est source de mensonges dans les relations
* - La sexualité est à l'origine des violences contre l'adultère, les femmes, et contre les minorités sexuelles
* - La sexualité est dépourvue de sens, éphémère.

 

 

Ascète ou ascétisme

L'ascète est celui ou celle qui se consacre par piété aux mortifications, à l'ascétisme, à l'abandon de toute forme de plaisir. Le terme ascèse est employé parfois dans le même sens. Ce terme est un néologisme qui n'existe pas dans tous les dictionnaires.
L'ascétisme est souvent lié à un idéal religieux, culturel, ou philosophique, une sorte de mysticisme visant à dépasser les limites de la condition humaine et de les améliorer. L'ascète par définition refuse tous les plaisirs. Sa définition distingue l'ascétisme de la chasteté (refus du désir sexuel seulement).


L'ascète abandonne les plaisirs de la vie, il vit seul, dans un grand dénuement matériel, ne s'impose diverses privations, comme l'abstinence sexuelle, le silence, longues périodes de jeûne, ou privation de sommeil. L'ascétisme vise à apprendre de mieux lutter contre ses désirs, pour s'abandonner à une quête spirituelle. La finalité de l'ascétisme est de renforcer les moyens de chacun pour arriver à se détacher de toute faiblesse, et parfois de tout lien affectif social ou matériel, pour s'approcher du divin, ou d'un idéal religieux ou culturel.

L'ascétisme est une forme extrême de dévouement religieux présent dans l'Antiquité, la vie des prêtres et des religieux des civilisations anciennes reflétait une certaine dose d'ascétisme. Les religions monothéistes ont aussi leurs ascètes. Les premiers ermites chrétiens ont exploré des formes extrêmes de l'ascétisme, certains vivaient nus dans le désert, ou dans les montagnes. On peut visiter les ruines d'un monastère où un célèbre ascète chrétien qui a passé 40 ans sa vie isolé sur une colonne dans le désert syrien. Le sanctuaire de Qalat Seeman fut érigé à la fin du Ve siècle en l'honneur de plus prestigieux ascètes de Syrie, le stylite Syméon.


D'autres ermites ont choisi la privation de manger ou de boire pendant les longues périodes. La religion islamique a eu également ses ascètes qui ont produit des histoires, des livres et des poèmes.
Certaines pratiques de jeûne dans les religions monothéistes comportent une certaine dose d'ascétisme. Actuellement, on retrouve un ascétisme toujours vivant en Inde ; les hommes s'imposent une vie de pauvreté, de mendicité, et de souffrance physique ou morale pour s'approcher du divin.


Dans le monde occidental, l'ascétisme existe toujours sous des formes atténuées dans les ordres monastiques, ou dans la vie de certaines personnes attachées à la pratique religieuse.

Il est utile de distinguer la notion d'ascétisme de celle de l'asexualité (refus volontaire et assumer de la sexualité sexe), cependant dans l'asexualité, la privation est essentiellement sexuelle, motivée par des idées culturelles et rarement par des concepts religieux.

En conclusion, l'ascétisme est pus qu'une privation volontaire des plaisirs disponibles, y compris le plaisir sexuel, pour des motifs religieux ou philosophiques.

 

Asexualité : nombreux concepts de sexologie à revoir

Il est possible que l'asexualité soit une question de manque d'attirance pour les relations sexuelles avec un partenaire plus qu'une question de manque d'attirance pour toutes les formes de sexe, bien que cela nécessite une étude plus approfondie. Ces découvertes soulèvent des questions intéressantes : le désir de masturbation est véritablement un désir sexuel par opposition à une pulsion, une impulsion ou un besoin non sexuel ?
Pour tenter de déterminer si l'asexualité peut être liée à un processus psychologique sous-jacent, Brotto et Yule (2011) ont comparé les effets physiologiques de l'excitation sexuelle chez les femmes asexuées, homosexuelles, bisexuelles et hétérosexuelles. Les participantes ont observé des stimuli érotiques dans un environnement de laboratoire contrôlé tandis qu'un appareil mesurait l'amplitude de la circulation sanguine vaginale. Aucune différence significative n'a été constatée dans la réponse génitale entre les femmes asexuées et les femmes sexuées.

Ces résultats suggèrent que l'absence d'attirance et de désir sexuels n'est pas le résultat d'une altération de la réponse physiologique sexuelle.

Le fait que le désir sexuel puisse être différent de l'excitation sexuelle physiologique est une caractéristique commune et admise de la réponse sexuelle des femmes, mais pas nécessairement des hommes (Chivers et al, 2010). L’idée la plus répandue était que la réponse sexuelle masculine est plus simple que la réponse féminine, chez les hommes le désir sexuel ne serait pas différent de l’excitation sexuelle.


Les schémas d'excitation sexuelle des hommes asexués restent à élucider et posent de réelles questions sur la réponse sexuelle chez les hommes.

Dans l'ensemble, les recherches sur l'asexualité suggèrent que le désir sexuel, ou son absence, ne peut être déduit de manière fiable de l'attirance romantique, ni à l'activité sexuelle (fréquence de masturbation) ni à une réponse sexuelle physiologique.

La littérature actuelle suggère que les expériences des personnes asexuelles sont exclues de la compréhension par la société occidentale contemporaine de la sexualité et des relations intimes à bien des égards. Les asexuels ont une certaine difficulté à définir leurs relations en raison de la confusion entre sexe et intimité, entre désir et attirance.

Les résultats des recherches sur l'asexualité génèrent plus de questions que de réponses, des questions fondamentales sur le désir, l’attirance, l’excitation, l’activité sexuelle et la définition de l’orientation sexuelle.


La compréhension de la manière dont les personnes asexuées vivent le manque de désir et d'attirance, d'un point de vue psychologique, socioculturel et biomédical, peut apporter de nouvelles connaissances importantes à l'étude du désir.

 

Références

Jean Philippe de Tonnac ( 2006) : la révolution asexuelle, Ed Albin Michel

Bogaert, A. F. (2004). Asexuality: Prevalence and associ- ated factors in a national probability sample. Journal of Sex Research, 41, 279–287
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Chivers, M. L., Seto, M. C., Lalumière, M. L., Laan, E., & Grimbos, T. (2010). Agreement of self-reported and genital measures of sexual arousal in men and women: A meta-analysis. Archives of Sexual Behavior, 39, 5–56.

Diamond, L. M. (2003). What does sexual orientation orient? A biobehavioral model distinguishing roman- tic love and sexual desire. Psychological Review, 110, 173–192.

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Théoriser le plaisir sexuel féminin : approche féministe

boucher danae

 

 

 

 

La sexualité est un processus complexe. Les études de la sexualité sont multidisciplinaires associant médecine, biologie, sociologie, et psychologie.

 

 

Théories disponibles sur la sexualité humaine  

Les théories disponibles concernant la sexualité sont les fruits de cette approche multi disciplinaire.


Théorie du rôle : Cette théorie soutient qu'une grande partie des gestes observés dans le comportement social est, en vérité, des rôles joués par les personnes à la façon d'acteurs jouant leurs rôles.

Théorie évolutionniste : héritage de Darwin qui pensait que l'être humain est le résultat d'une évolution lente et progressive transformant le comportement animal en comportement plus raisonné, et plus humain.

Théorie d'interaction symbolique : Le principe de cette théorie est que la nature humaine et l'ordre social sont des produits de communication symbolique entre des personnes.

Sexualité biologique : La sexualité humaine est le produit des interactions biologiques des hormones et neuro transmetteurs qui agissent sur l’organisme et ses organes.

Théorie des normes sociales : Cette théorie se base sur la conviction que la vie en société est une interaction gouvernée par les normes sociales régissant la nature et le contenu des relations admises par la société.

Théorie psychanalytique : A présent, cette théorie freudienne fait partie de l'histoire et de la culture populaire, rarement utilisée dans sa forme originale.

Sexualité comme échange social : Cette théorie de la sexualité formulée dans les années 80 utilise certains concepts de psychologie pour tenter d'expliquer les relations.

 

 

Etat des lieux selon les féministes

De nombreux auteurs féministes, en Amérique du nord et accessoirement en Europe pensent que les femmes sont soumises en matière de sexualité, par une soumission morale et que toute discussion sur les pratiques sexuelles féminines est inacceptable.

Nous devons à la contribution féminine dans notre culture (littérature, cinéma, peinture) l’éclairage de certaines zones de la psychologie et de la sexologie féminine, quand une femme se dit incapable de comprendre ce qu’il lui arrive après un baiser ou une caresse, incapable de savoir ce qu’elle peut faire pendant la rencontre sexuelle pour répondre à ses besoins et aux besoins de son partenaire.
Pendant de nombreuses années, on pensait qu’il s’agissait d’une pudeur, de pression sociale, mais les féministes confirment qu’il s’agit d’une ignorance. De nombreuses femmes découvrent leur sexualité par l’apprentissage et non pas par l’information ou l’instruction.

Ces auteurs féministes pensent que les hommes continuent de dominer les conversations sur le plaisir sexuel féminin, que la société ignore l'importance des expériences personnelles du plaisir sexuel féminin, ce qui rend difficile toute discussion sur le plaisir sexuel féminin. Cette situation délégitime le plaisir sexuel féminin, augmente l’ignorance et rend l’appétit sexuel féminin suspect selon ces auteurs.

Dans notre société, les espaces acceptables pour discuter la sexualité, et plus particulièrement la sexualité féminine sont les espaces scientifiques, la recherche universitaire et médicale. Les réseaux sociaux ouvrent des espaces supplémentaires.

Nancy Tuana avoue que le discours culturel et médical n’a pas attendu les féministes pour tenter d’expliquer et de théoriser le plaisir sexuel féminin.

"Je ne prétends pas qu'il n'y avait pas de discours sur le clitoris comme source de plaisir sexuel dans la littérature médicale et populaire avant que les féministes. On peut trouver des dizaines, voire des centaines, de récits d'orgasmes féminins résultant de cet organe siège féminin du plaisir "
(Tuana 2004, 211).

D’autres féministes jugent que que la politique de genre influence la sexualité, ce qui a pour effet d'atténuer le plaisir sexuel des femmes en favorisant le rôle social de la femme au détriment de son bien être personnel ou sexuel et en le plaçant dans une confrontation hostile avec les hommes.

Les silences et les distorsions qui entourent le plaisir sexuel féminin font que les jeunes femmes ignorent les possibilités de plaisir offertes par une variété d'expériences sexuelles qui vont au-delà de la conception hégémonique du sexe.

Selon le même point de vue, dans les rencontres sexuelles, on accorde au plaisir sexuel féminin moins de valeur que le plaisir sexuel masculin, en raison de forces historiques, politiques et sociales ou simplement en raison des différences inhérentes aux femmes et aux hommes.

 

 

Nouveaux concepts


Le discours féministe sur la sexualité introduit le terme « appétits sexuels » soulignant que ces appétits sexuels des femmes semblent être différents de ceux des hommes et ces appétits sont incompris, non reconnus ou réduits au silence.

Le terme "appétit sexuel", est différent du désir sexuel utilisé dans les théories disponibles de la sexualité, car il englobe les goûts, les préférences et les envies qui peuvent être satisfaites ou non alors que le désir sexuel est un ensemble plus global. Ce terme correspond à l'approche de Michel Foucault, qui explique que les sujets contrôlent et régulent leurs appétits sexuels par une modération (Foucault 1990) imposée par la moralité, ou par des conceptions hégémoniques de la pratique sexuelle qui peuvent empêcher la satisfaction d'un appétit particulier.
Comme les appétits sexuels des femmes sont moins discutés, ils peuvent rester insatisfaits, cette absence de discours est considérée comme une construction active de l'ignorance (Tuana 2004).

Pour les adeptes du genre, sexualité et genre vont de pair ; tous deux sont des créatures de la culture et de la société, et tous deux jouent un rôle central dans le maintien des relations de pouvoir car les éléments qui ont un impact sur les relations entre les sexes - tels que la classe, l'âge, la religion, la race, l'ethnicité, la culture, la localité et le handicap - influencent également la vie sexuelle des hommes et des femmes. Nous sommes dans l’interactionnisme.

 

 

Féminisme pour, féminisme contre

La deuxième vague du féminisme s’est concentrée sur les luttes des femmes dans leurs relations avec les hommes. De nombreuses féministes, auparavant associées à la gauche, ont combiné la critique du mariage et de la monogamie en mettant l’accent sur le plaisir et la liberté sexuelle avec une critique féministe des aspects coercitifs et prédateurs de la sexualité masculine, et de la priorité donnée au plaisir masculin par le biais de la pénétration.

Les féministes lesbiennes ont exhorté les féministes hétérosexuelles à s'orienter vers une critique plus large de l'hétérosexualité. L'idée que les féministes hétérosexuelles étaient des « traîtres à la cause féministe » circulait dès le début des années 1970.

L'essai d'Adrienne Rich intitulé "Compulsory Heterosexuality and Lesbian Existence" (Hétérosexualité obligatoire et existence lesbienne) fait valoir que les féministes hétérosexuelles devaient tenir davantage compte des ressources théoriques développées par les féministes lesbiennes afin d'élaborer un compte rendu plus adéquat des relations sociales entre les sexes.

Selon elle :
« Il semble plus probable que les hommes craignent réellement non pas que les appétits sexuels des femmes leur soient imposés ou que les femmes veuillent les étouffer et les dévorer, mais que les femmes puissent leur être totalement indifférentes, que les hommes puissent avoir un accès sexuel et émotionnel - et donc économique - aux femmes uniquement aux conditions des femmes, sinon ils sont laissés à la périphérie de la matrice (Rich 1986 : 43).

Les méthodes de la recherche féministe cherchent à entendre un éventail de voix, produites par l'intersectionnalité d'identités, la femme peut être hétéro, lesbienne, noire, ou blanche, bi sexuelle ou mono sexuelle, etc.

 

 

Epistémologie

L'épistémologie, en termes simples, est l'étude de la façon dont nous savons ce que nous savons. Domaine philosophique, elle analyse les méthodologies, les questions d'objectivité, l'utilisation du raisonnement et les questions connexes pour montrer comment la connaissance s’est construite.
La recherche féministe a une orientation épistémologique et méthodologique qui " reconnaît l'importance des expériences vécues par les femmes dans le but de mettre au jour des connaissances subjuguées " (Hesse-Biber 2007, 3).

Lykes et Coquillon (2007) par exemple soutiennent l'importance de la recherche participative en tant que méthodologie féministe. Ce type de recherche met l'accent sur la valeur des participants qui jouent un rôle dans la conception et l'exécution de la recherche, minimisant l’hiérarchie entre le chercheur et la personne recherchée.
DeVault et Gross (2007) expliquent comment les entretiens féministes peuvent être pratiqués efficacement afin de produire des résultats de recherche efficaces.

L'Encyclopédie de philosophie de Stanford décrit l'épistémologie féministe comme un domaine qui analyse "la manière dont les normes et les pratiques de production de connaissances affectent la vie des femmes et sont impliquées dans les systèmes d'oppression" (Grasswick 2006).

Alessandra Tanesini (1999) s'engage dans le récit épistémologique du philosophe allemand Martin Heidegger, montrant comment la question épistémologique féministe de savoir comment la connaissance pratique, ou la connaissance qui se traduit par des comportements et des actions, représente en soi des modes de connaissance.
Selon elle, la connaissance des femmes est souvent associée à la connaissance pratique de second ordre, parce qu'elle est l'application de la connaissance plutôt que la compréhension.

 

 

Female gaze ou théorie de point de vue

Les féministes insistent sur le fait que les manières féminines de comprendre la sexualité sont différentes de celles des hommes, en raison de la manière dont cette connaissance est construite, mais aussi par rapport aux idées de la théorie de female gaze « théorie de point de vue. »

La théorie du point de vue prend ses origines dans les traditions marxistes, et soutient que la compréhension du monde par les femmes diffère de celle des hommes dans la mesure où leur situation sociale varie en fonction du sexe.

Ici, le genre et le sexe doivent être pris en compte car, comme le souligne l'épistémologue Nancy Harstock (1983), car le corps vit l'expérience sociale. Les codes sociaux du sexe sont prescrits sur les corps, ce qui affecte la connaissance sexuelle.

Les féministes pensent que les hommes sont positionnés comme sujets sexuels, et les femmes comme objet sexuel. En d'autres termes, l'expérience de l'homme est souvent le moteur des rencontres sexuelles, pour lesquelles la femme et son corps deviennent des instruments. Cela confère des privilèges aux hommes dans une relation hétérosexuelle.

La théorie féministe du point de vue décrit que la perspective phallocentrique de l'expérience sexuelle limiterait les possibilités d'appétits sexuels féminins et participe à la construction de l'ignorance des plaisirs sexuels des femmes. Car le plaisir sexuel et le sexe lui-même sont décrits et enseignés du point de vue de l'homme.

Toutes les femmes ne sont pas identiques, leurs points de vue ne le sont pas non plus. La vie des femmes est influencée par la race, la classe sociale, la sexualité, l'ethnicité et l'expression du genre, pour ne citer que les vecteurs les plus significatifs. Les théories féministes supposent que les expériences corporelles du plaisir, sont semblables.

 

 

Théorisation féministe de la sexualité et du plaisir

La nature interdisciplinaire des études sur le sexe et la sexualité étend la discussion à une myriade de domaines académiques et scientifiques. À différentes époques, différents climats politiques et historiques ont affecté la compréhension du sexe, et plus particulièrement de la sexualité et du plaisir féminins.

 

- culture contre essentialisme

L'idée de l'essentialisme sexuel pense que la sexualité existe avant les influences historiques et sociales en raison de la nature, des hormones et de la psyché de chaque individu (Rubin 1984,149). Cette donnée est un problème profond dans l’approche féministe de la sexualité.
Cette idée dite de gauche popularisée par Foucault n’a pas fini d’être critiquée par ses adversaires : conservateurs, religieux, et rationalistes. L’affaiblissement des idées de gauche et l’érosion de l’adhésion au libéralisme sont les alliés actuels de l’essentialisme.

Les féminités avouent qu’il est futile de soutenir que la sexualité n'a pas de composante biologique, en raison de la reproduction et des caractéristiques humaines innées, mais se réfèrent à arguments de Michel Foucault qui analysent les relations de pouvoir. Foucault montre que les personnes au pouvoir utilisaient leur autorité pour découvrir, contrôler et réglementer le comportement sexuel et même le plaisir, en contrôlant le moment où les discussions pouvaient avoir lieu et les connaissances disponibles. Foucault soutient que cette régulation exige du sujet sexuel qu'il contrôle sa sexualité sous le couvert de la moralité.

 

- la sexologie actuelle est patriarcale


La discipline universitaire émergente de la sexologie a commencé à interroger les hommes et les femmes sur leurs comportements sexuels et leurs motivations à s'engager dans une activité sexuelle. Par exemple, les rapports sur le comportement sexuel des hommes et des femmes publiés au Etats unis au cours des cent dernières années comprennent le rapport Kinsey (1954), Human Sexual Response de Master et Johnson (1966), Rapport Hite (1974) The Social Organization of Sexuality (Michaels, Chicago, 1994). Ces rapports d’une valeur scientifique variable témoignent de la pratique et de la connaissance de la sexualité et du plaisir sexuel, tant chez les hommes que chez les femmes, mais ne traitent pas les origines « épistémologiques » de ces comportements.

La révolution sexuelle a été fondée sur la liberté d'expression de la sexualité, mais une grande partie de son influence a porté sur la santé sexuelle. L'accent mis sur la santé sexuelle permet d'enseigner, de créer et de diffuser des connaissances sur le corps sans analyser les facteurs sociaux en jeu.

 

- deux camps en guerre froide

Les analyses des approches féministes de la fin du 20e siècle sur ce sujet décrivent deux "camps" qui semblent avoir des visions opposées.
Ces camps sont désignés comme le féminisme radical et le féminisme libertaire ou égalitaire.

Ann Ferguson (1984) expose les lignes du débat. Les féministes radicales privilégient l'intimité égalitaire par l'expression d'un plaisir mutuel lors d'une rencontre sexuelle, tandis que les féministes égalitaires valorisent le plaisir libre sans contrainte morale.

Question : En tant que féministes, comment devons nous reprendre le contrôle de la sexualité féminine.
Réponse féminisme égalitaire (libérale) : revendiquer le droit à faire et à pratiquer tout ce qui peut nous apporter la satisfaction sans contrainte
Réponse féminisme radical : développer nos propres priorités sexuelles, qui diffèrent de celles des hommes : plus d’intimité et moins pour la performance.

Question : La relation sexuelle idéale se caractérise par :
Réponse féminisme égalitaire (libérale) : partenaires égaux et consentants, qui négocient pour maximiser le plaisir et la satisfaction sexuelle de l'autre par tous les moyens de leur choix. Primauté du plaisir.

Réponse féminisme radical : partenaires consentants, égaux, qui s'impliquent émotionnellement et refusent les stéréotypes ne participent pas à des rôles polarisés.

Alors que les féministes égalitaires cherchent à régler le débat sur le sexe et le pouvoir en laissant la liberté à chacun, les féministes radicales affirment que le patriarcat doit être éliminé et que les besoins des femmes, qui sont différents de ceux des hommes, doivent être reconnus.

Les égalitaires ne reconnaissent pas lien entre le sexe et patriarcat, tandis que les féministes radicales ne reconnaissent pas la légitimité de quiconque trouve du plaisir dans les inégalités de pouvoir et de genre.

Linda LeMoncheck (philosophe féministe) est favorable à un dépassement du clivage radical et libertaire sur la sexualité féminine et particulièrement sur le désir et le plaisir sexuels féminins et pense qu’il faut agir, défendre et essayer de transformer les institutions pour laisser la place à l'expérience individuelle de chaque femme en matière de sexualité, d'appétits sexuels et de plaisir sexuel.

Une approche optimale pour comprendre la sexualité doit reconnaître la complexité de la construction historique et contemporaine de la sexualité féminine, ainsi que leurs effets sur les expériences individuelles des femmes.

L'objectif final n'est pas de développer une nouvelle politique de la sexualité, ni de construire des normes, ni de définir la sexualité féminine, mais d'accepter que les femmes ont des préférences sexuelles individuelles qui ne sont pas seulement des goûts personnels, mais qui sont aussi enracinées dans des lieux sociaux où les forces politiques, y compris les forces patriarcales, influencent la construction de leur sexualité.

 

Conclusion

Insister sur l’importance de l’expérience individuelle permet à cette approche de donner place à l’individualisme, aux minorités sexuelles et à la différence, mais une étude finit toujours par étudier la tendance majoritaire.
La société actuelle offre une grande place à la parole féminine sur la sexualité dans les romans, l’autofiction, les blogs, et même le cinéma.
L’approche féministe actuelle présente essentiellement en Amérique du nord souffre de son intérêt exclusif pour le féminin. La question sur la sexualité comme un phénomène biologique ou culturelle n’est pas encore tranchée.
Cependant, cette approche introduit des concepts utiles et soulève des questions rarement traitées par les autres approches.

Références

Berger, Melody. We Don't Need Another Wave: Dispatches from the next Generation of
Feminists. Emeryville, CA: Seal, 2006.

DeVault, Marjorie L., and Glenda Gross. "Feminist Interviewing: Experience, Talk, and Knowledge." Handbook of Feminist Research: Theory and Praxis. Ed. Sharlene Nagy Hesse-Biber. Thousand Oaks, CA: SAGE Publications, 2007. 173-98.

Fahs, Breanne. Performing Sex: The Making and Unmaking of Women's Erotic Lives.Albany: State University of New York, Albany, 2011.
Foucault, Michel. Les aveux de la chair, Ed Gallimard , 1988.
Foucault, Michel. Histoire de la sexualité, ed Gallimard, 1997.

Grasswick, Heidi, "Feminist Social Epistemology", The Stanford Encyclopedia of
Philosophy (Spring 2013 Edition), Edward N.Zalta

LeMoncheck, Linda. Loose Women, Lecherous Men: A Feminist Philosophy of Sex. New
York: Oxford UP, 1997.

Lykes, M. Brinton, and Erzulie Coquillon. "Participatory and Action Research and Feminisms: Toward Transformative Praxis." Handbook of Feminist Research: Theory and Praxis. Ed. Sharlene Nagy. Hesse-Biber. Thousand Oaks, CA: SAGE Publications, 2007. 297-326.

Rubin, Gayle. "Thinking Sex: Notes for a Radical Theory of the Politics of Sexuality."
1984. Culture, Society and Sexuality: A Reader. Ed. Richard G. Parker and Peter
Aggleton. London: Routledge, 2007. 143-78.

Sanchez, Diana T., Jennifer Crocker, and Karlee R. Boike. "Doing Gender in the Bedroom: Investing in Gender Norms and the Sexual Experience." Personality and Social Psychology Bulletin 31.10 (2005): 1445-455.

Tanesini, Alessandra. An Introduction to Feminist Epistemologies. Malden, MA: Blackwell, 1999.

Tolman, Deborah L. Dilemmas of Desire: Teenage Girls Talk about Sexuality.
Cambridge, MA: Harvard UP, 2002.
Tuana, Nancy. "Coming To Understand: Orgasm And The Epistemology Of Ignorance." Hypatia 19.1 (2004): 194-232. OmniFile Full Text Mega (H.W. Wilson). Web. 19 Sept. 2012.

Tuana, Nancy. "The Speculum of Ignorance: The Women's Health Movement and Epistemologies of Ignorance." Hypatia 21.3 (2006): 1-19. University of Southern Indiana.

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Le couple d’abord OU comment réussir le couple heureux

couple-tableau-Grant-Wood

couple tableau  Grant Wood

 

 

 

 

A notre époque, les relations amoureuses, intimes ou romantiques, font l’objet d’écrits abondants en psychologie, en sociologie, en médecine, et sont le sujet de nombreux livres et publications.

Comment les couples actuels arrivent à créer des mariages réussis à long terme en dépit de l'évolution des valeurs et des normes sociales.
Une relation amoureuse réussie aujourd'hui est définie très différemment de celle de par le passé.
De quelle manière les couples entretiennent-ils une relation romantique intime vivante au sein d’une société caractérisée par le développement de nouvelles attitudes culturelles parfois contradictoires, partagée entre l’individualisme et le collectif, et entre les hommes et les femmes ?
Nous allons tenter de trouver une réponse à ces questions en interrogeant 6 livres qui traitent ce sujet, rédigés à l’attention du grand public

 

Alison Armstrong Keys to the Kingdom

abs11.5 rouge Alison Armstrong : Keys to the Kingdom2013

Alison Armstrong, dans ses livres « Keys to the Kingdom 2013) et « The Queen's Code 2013), souligne un point semblable à celui de Gray : les hommes et les femmes ne sont pas les mêmes, que nous avons certaines différences inhérentes. Selon elle, les femmes peuvent mieux s’exprimer pour stimuler une intimité plus profonde au sein de la relation en mettant en avant leurs compétences sociales. Elle écrit :

"Outre les caractéristiques des animaux humains, nous avons des caractéristiques spécifiques mâles et femelles. En plus de nous comprendre nous-mêmes en tant qu'humains, en nous comprenant nous-mêmes en tant qu'hommes et femmes, nous pouvons être plus efficaces les uns avec les autres." (2013, page 516)

"Si les femmes changeaient leur façon de comprendre les hommes, et ensuite, par cette compréhension, comment elles interagissent avec les hommes, elles seraient beaucoup plus efficaces. (2013, page 543)

Armstrong pense que les hommes et les femmes ont besoin d'une attention positive et affirmée, mais que les hommes sont particulièrement sensibles aux attentions positives. C'est là que réside un certain pouvoir féminin.
Les hommes ont besoin de liens physiques pour atteindre la profondeur émotionnelle, et les femmes ont besoin d'intimité émotionnelle pour atteindre la profondeur physique du plaisir sexuel.

Dans certaines situations, être une femme signifie être vulnérable : en tant que personne physiquement plus petite, parfois pendant les rapports sexuels, pendant la grossesse et l'allaitement, et surtout pendant l'accouchement. La vulnérabilité est un aspect assimilé à la féminité et elle a été sous-estimée.

 

 

Gottamn The Seven Principles for Making Marriage Work

abs11.5 rouge  Gottamn : The Seven Principles for Making Marriage Work 2015

 

John Gottman analyse depuis un quart de siècle les relations homme-femme. Dans son dernier livre The Seven Principles for Making Marriage Work : A Practical Guide publié en 2015, il soutient que la prochaine évolution la plus importante de la culture sociale sera l'augmentation de l'intelligence émotionnelle des hommes (p123).

Gottman et ses collaborateurs de recherche peuvent prédire avec une bonne précision quels couples resteront heureux et ensemble, ceux qui divorceront (p2). Il cite les facteurs les plus importants pour le maintien d'un couple heureux :
- savoir voir votre partenaire sous un jour positif,
- accepter l'influence de votre partenaire,
- résoudre efficacement les conflits
- créer un sens commun.

Encouragée par ses recherches, l'épouse de Gottman, Julie Schwartz-Gottman, a mis sur pied le Gottman Institute à Washington, pour aider à former des couples à maintenir leur mariage heureux.

Ensemble, ils ont publié un livre, Eight Dates en 2019, qui explique comment travailler ensemble pour améliorer leur relation. L'un des principaux conseils est que les couples doivent prendre le temps d'avoir des " rendez-vous " réguliers entre eux pour que leur mariage s'épanouisse (2019).

Les Gottman reconnaissent qu'il y aura certainement des conflits dans un mariage. Apprendre à accepter et à vivre avec les conflits est un élément clé du succès, tout comme l'approfondissement de nos compétences pour les résoudre en premier.

Si un couple utilise des " techniques de réparation ", la pratique consistant à trouver des moyens simples de se remettre d'un combat, comme sauver la face, s'excuser, être humoristique, etc. Les partenaires doivent se rapprocher les uns des autres en étant plus attentifs, en partageant leurs espoirs et leurs rêves mutuels et en appréciant le meilleur de chacun (2015).

Gottman explique que la plupart des femmes sont déjà socialisées sur le plan culturel afin d'être intelligentes sur le plan émotionnel, compte tenu du type de jeu qu'elles pratiquent pendant leur enfance. Il est plus naturel pour elles d'être coopératives, compatissantes et intimes - prêts à explorer les aspects émotionnels de la vie et à résoudre les conflits de façon positive (2015, p. 122). Aux hommes de faire le reste.

 

 

Esther Perel Bonding in Captivity

 

 

 



abs11.5 rouge  Esther Perel : Bonding in Captivity 2006

Esther Perel, psychothérapeute belge a une perspective très similaire. Perel pense que, pour réussir, chaque couple doit avoir l'intention de faire le nécessaire pour maintenir le mariage en vie, et particulièrement en ce qui concerne l'épanouissement de la sexualité. Dans son livre Bonding in Captivity publié en 2006, elle écrit :

"Les relations modernes sont des chaudrons de désirs contradictoires : la sécurité et l'excitation, l'enracinement et la transcendance, le confort de l'amour et la chaleur de la passion. Nous voulons tout, et nous le voulons avec une seule personne. Concilier le domestique et l'érotique est une tâche délicate. L'érotisme à la maison exige un engagement actif et une intention délibérée. Nourrir l'érotisme à la maison est un acte de défi ouvert." ( p 242)

Perel dit que nous devons faire ce qui fonctionne pour nous, pourvu que nous concluions des ententes qui permettent de répondre aux besoins des deux partenaires. Si les deux préfèrent une relation sans sexe où ils peuvent concentrer leur attention sur d'autres domaines comme la carrière ou les enfants, alors ce n'est pas un problème. Mais si l'un des partenaires a soif d'intimité sexuelle, alors c'est quelque chose qui doit être abordé dans la relation.

 

Serge Chaumier La Deliaison amoureuse

abs11.5 rouge Serge Chaumier : La Déliaison amoureuse (2004)


Dans son livre La Déliaison amoureuse (2004), le français Serge Chaumier analyse le désir de fusion, hérité du romantisme, omniprésent dans les idéaux amoureux qui s’oppose à l’exigence d’indépendance et d’autonomie de l’homme moderne. Il explique comment le couple moderne devient refuge, espoir, et structure défensive, comment les hommes et les femmes chargent le couple moderne de toutes les fonctions indispensables, et parfois contradictoires, à leur épanouissement moral, sexuel, physique, et émotionnel.
« Les représentations de l'amour encore omniprésentes qui réclament la fusion et la durée entrent en conflit avec des exigences sociologiques qui imposent l'égalité des rôles et l'autonomie des histoires de vie. Il y a là donc une évolution ambivalente de l'amour romantique dans la société contemporaine. Les partenaires du couple sont encore déchirés entre ces deux tendances: socialisés d'une part avec des représentations et des modèles parentaux de l'amour fusionnel, sécurisants certes, mais insupportables à vivre, et confrontés d'autre part aux exigences contemporaines de liberté et de partage limité. Bien des crises de couple résultent de ce désir de concilier ces aspects contraires. »
(P94)

 

 

Doug et Naomi Moseley Feelings First

 

abs11.5 rouge Doug et Naomi Moseley : Feelings First 2013

Doug et Naomi Moseley, thérapeutes et auteurs du livre Feelings First, publié en 2013 croient que l’émotion est la clé pour alimenter les feux de la passion sexuelle. Ils encouragent les couples à exprimer ces émotions et soulignent également l'importance d'apprendre à écouter les expressions des sentiments afin que chaque partenaire se sente entendu. Ils parlent de l'importance de la monogamie pour faire perdurer le couple.

"Quand les individus et les couples veulent avoir plus de passion dans leur vie, ils doivent en apprendre davantage sur leurs sentiments. Ceci exige un effort déterminé de découverte de soi, d’être prêt à risquer sa vulnérabilité personnelle. La bonne nouvelle pour ceux qui persévèrent, c'est que les récompenses dans les relations et la vie de famille sont inestimables." (formation sur l'intimité, 2013)

 

 

John Gray  Beyond Mars and Venus

 

abs11.5 rouge  John Gray : Beyond Mars and Venus 2017

John Gray, auteur de Men are from Mars, Women are from Venus, (1992), a publié en 2017 un nouveau livre Beyond Mars and Venus (au de la de mars et vénus).
Dans son premier best-seller, il avait insisté sur certain manque de reconnaissance et d'acceptation des différences entre les femmes et les hommes. Schématiquement, il explique qu'en général, une femme apprécie les relations, la communication, la beauté, la spiritualité, la croissance personnelle et l'expression. Elle se définit par ses sentiments et la qualité de ses relations. Un homme valorise la compétence, l'efficacité, le pouvoir, le succès et l'accomplissement. Il se définit par sa capacité à obtenir des résultats.

Dans son livre Beyond Mars and Venus publié 2017 il écrit

"Ce dont nous avons besoin dans nos relations pour nous épanouir durablement a radicalement changé. Les hommes et les femmes ont besoin d'un nouveau type de soutien affectif qui comprend plus d'authenticité, plus d'intimité et d'expression personnelle. Ce changement a créé de nouvelles possibilités, tant pour les relations que pour les individus. Les gens ont la possibilité d'être eux-mêmes d'une manière qu'ils n'auraient jamais pu être auparavant, et d'embrasser des caractéristiques qui vont au-delà de leurs rôles traditionnels de genre, permettant des relations plus intimes que jamais auparavant." (2017,p14)

Cela signifie avoir des conversations significatives, cultiver la curiosité et se soucier de l'autre et de son bien-être, honorer davantage le point de vue de l'autre comme étant légitime.

Gray (2017) souligne qu'il faut faire confiance au besoin émotionnel primaire d'un homme. Il veut que sa partenaire le considère comme quelqu'un de compétent, qu'elle l'encourage, l'apprécie et l'admire pour cela.
Le premier besoin émotionnel d'une femme est d'être soignée. Elle a besoin de partager ses sentiments et de se sentir entendue et comprise par lui. Il s'ensuit que les hommes feraient mieux d'écouter davantage les femmes et que les femmes feraient mieux d'apprendre à croire que les hommes sont là pour elles.

Gray discute des récents développements en matière d'égalité des sexes et de leurs effets sur le mariage : "L'égalité ne signifie pas l'uniformité. Cela signifie respecter nos différences et les garder sous un jour positif. Chaque personne est différente ; chacun d'entre nous a un mélange unique de caractéristiques masculines et féminines. S'attendre à ce que tout le monde se conforme à une norme est le contraire du respect." (2017, page 88)

Gray voit qu'au lieu d'être des " compagnons de rôle " coincés dans des rôles de genre rigides, les couples deviennent des " âmes sœurs ", partageant un amour et une intimité profondes, et respectant le droit de chacun de choisir ses propres orientations dans la vie (2017). Naviguer à travers cette liberté de choix pose ses propres défis. Selon lui, les hommes sont généralement plus épanouis en menant une vie de sens et de but, et beaucoup de femmes sont épanouies en menant une vie remplie d'amour et de bonheur (2017, p. 288).

Il souligne que les principaux besoins des femmes sont l'attention, la compréhension et le respect de leur partenaire. Pour les hommes, l'appréciation, l'acceptation et la confiance de leur conjointes. (2017, p. 286).

 

 

Comment réussir une relation

Selon ces livres, nous pouvons proposer certaines orientations

abs11.5 orange - être conscient des changements
Par le passé, les relations fonctionnaient lorsqu'elles s'inscrivaient dans le contexte culturel et que les partenaires respectaient les normes.

Maintenant, pour qu'une relation soit dynamique, il faut une intention consciente et active, parce que les attentes ont changé. Pour s'épanouir, les partenaires doivent comprendre comment la dynamique de leur relation interagit et comment ils peuvent l'améliorer pour que les deux personnes soient satisfaites. Ils doivent prendre le temps d'établir un sens et des liens.

En d’autres termes, le modèle ancien ne suffit pas. Ni la protection des familles, ni le respect de traditions ne peuvent seuls sauver une relation.

 

abs11.5 orange - le couple doit répondre aux besoins
Le couple moderne est considéré comme une réponse aux besoins émotionnels, matériels et sexuels. Chaque partenaire devrait valider les besoins de l’autre et tenter d’y répondre. Si l’intérêt du couple devrait être pris en compte, l’individualisme de nos sociétés exige de répondre aux besoins, et aux attentes pour ne pas mettre danger l’existence du couple.

 

abs11.5 orange - les soins
S'engager à prendre soin l'un de l'autre et à travailler ensemble pour maintenir un lien d'amour est important pour créer un partenariat à la fois pratique et romantique assurant liberté, créativité et sécurité.

 

abs11.5 orange - liberté et autonomie

Respecter la liberté de choisir des rôles qui reflètent nos intérêts et nos talents permettra aux deux personnes d'exprimer leur féminité et leur masculinité. Cela signifie qu'il faut accepter les différences, et oublier l’idée que les partenaires seront les mêmes dans leur façon de réagir aux opportunités et aux défis. La relation actuellement peut être fusionnelle au début, mais finit généralement par deux égos et deux personnes autonomes.

 

abs11.5 orange - communication de sentiments et de besoin

La valorisation de la communication comme moyen d'approfondir les liens intimes favorise l'amélioration de l'intelligence émotionnelle.
L'expression des sentiments et des besoins, l'écoute de la compréhension, le dépassement des luttes de pouvoir et la résolution efficace des conflits sont devenus des éléments essentiels d'une union réussie.
Les principaux défis dans les relations sont liés à l'argent, à la carrière, aux tâches ménagères, au sexe, à la belle-famille, aux ex-conjoints, à la religion et aux enfants. Tous peuvent être abordés de façon positive grâce à une communication honnête et compatissante.

 

abs11.5 orange - sexualités et érotisme

L'effort et la prise de conscience des besoins et des désirs individuels peuvent encourager l’érotisme, l’affection partagée et la sensualité. Pour créer une satisfaction sexuelle durable, les partenaires peuvent tirer profit de leur volonté d'entrer dans des domaines inexplorés et parfois nouveaux de l'intimité romantique et physique.

 

abs11.5 orange - soutien mutuel

Le soutien mutuel dans la poursuite de leurs intérêts professionnels, familiaux et récréatifs encourage les partenaires à réaliser leur plein potentiel.

Les couples sont de plus en plus ouverts à l'apprentissage de nouvelles façons d'améliorer leur bonheur relationnel afin que les deux partenaires ne soient pas seulement satisfaits, mais qu'ils s'épanouissent dans leur relation avec l'autre. Cela peut nécessiter une certaine recherche, une certaine réceptivité aux changements d'opinions et d'habitudes.

 

abs11.5 orange - encourager l’égalité

Dans de nombreux endroits du monde, grâce à l'éducation, à la démocratie, les cultures s'éloignent d'un modèle social de domination, vers un modèle de partenariat égalitaire.

Ce modèle de partenariat égalitaire exige un consensus sur les valeurs, indispensable comme fondement des relations et du couple.

 

RÉFÉRENCES

Armstrong, A. (2013a) The Keys to the Kingdom. (2013b) The Queen’s Code. Natural Awakenings: San Antonio, Texas, USA.
Armstrong, J. (2013) Whispering in Shadows. Theytus Books: BC, Canada.

Eisler, R. (2002) The Power of Partnership: Seven Relationships That Will Change Your Life. New World Library: California, USA.

Eisler, R. (1995) Sacred Pleasure: Sex, Myth, and the Politics of the Body - New Paths to Power and Love. Harper Collins, New York, USA.

Gottman, J. (2015) The Seven Principles for Making Marriage Work: A Practical Guide. Random House, USA.

Gottman, J. and Schwartz-Gottman, J. (2019) Eight Dates. Kindle Edition. Random House, USA.

Gray, J. (1992) Men Are from Mars, Women Are from Venus. HarperCollins Publishers: New York, USA.

Gray, J. (2017) Beyond Mars and Venus. BonBella Books: Dallas, Texas, USA.

Moseley, D. and N. (2019) Intimacy Training. From www.intimacytraining.com

Perel, E. (2006) Mating in Captivity, Unlocking Erotic Intelligence. Harper- Collins: NY, USA.


Chaumier, serge. (2004) La Déliaison amoureuse : De la fusion romantique au désir d'indépendance, Edition payot, Paris, France.

 

 

 

 

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Sexe et bonheur : l’activité sexuelle nous rend-t-elle plus heureux ?

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Depuis les années 2000, la question du bonheur surgit dans les sociétés capitalistes avec une acuité nouvelle, car l’aisance financière ne semble pas être l’unique facteur de bonheur. En Occident, au Japon, et en Chine, on retrouve une abondante littérature psychologique, sociologique et même économique pour étudier et examiner les déterminants du bonheur comme dans les études de Clark en, 2008, de Dolan en 2008 et de Frey & Stutzer en 2002).

 

Différence entre bonheur et satisfaction


Le " bonheur " est un état d'esprit et une émotion. Tout homme peut choisir d'être heureux. Les personnes pauvres ou malades peuvent être heureuses malgré le fait que tous leurs besoins ne soient pas satisfaits. Le bonheur est défini comme un synonyme de bien-être global, et non pas une satisfaction précise.

La satisfaction, est l'état dans lequel les désirs sont satisfaits, et les exigences possibles. Répondre aux désirs et aux exigences ne rend pas nécessairement heureux.
Être heureux ou satisfait dépend en grande partie des croyances d'une personne, de ce qui donnent un sens à sa vie.

Le bonheur dans le domaine de la sexualité est un bien-être physique, psychologique et émotionnel, qui se mesure sur un délai assez long.
Une femme peut être satisfaite d’un rapport sexuel occasionnel avec un partenaire rencontré sur Internet et exprimer un taux inférieur de bonheur après cette rencontre occasionnelle, par rapport à sa sexualité avec son partenaire durable.
Un homme peut être satisfait de payer une escorte pour passer un moment, et juger cette rencontre (bien que satisfaisante) baisse son niveau de bonheur global.
D’autre part, il peut exister de nombreuses satisfactions (satisfaction sexuelle, satisfaction émotionnelle, etc.) et un seul niveau de bonheur.

 

bonheur satisfaction

 

 

La sexualité et le bonheur

 L’activité sexuelle est peu étudiée en sa qualité de facteur de bonheur dans la société occidentale.

abs11.5 bleu1- le sexe : élément important pour le bonheur


La première étude sur le sujet a été réalisée dans une perspective économique. Blanchflower & Oswald ont Analyser en 2004 la relation entre l’activité sexuelle, le bonheur et la satisfaction dans la société.
Selon les études, les gens considèrent le sexe comme un facteur important de bonheur général. Dans l’étude de Kahneman (2004), sur 19 activités évaluées, les femmes plaçaient l’activité sexuelle comme l’activité la plus déterminante pour le bonheur et la satisfaction.

 

abs11.5 bleu1- fréquence des rapports sexuels et le bonheur


En 2004, Blanchflower et Oswald (2004) ont trouvé une corrélation positive entre l’activité sexuelle et le bonheur dans un échantillon de 16 000 Américains. Dans cette étude, il souligne un lien entre le bonheur et la présence d’un partenaire sexuel. Les rapports sexuels plus fréquents semblent favoriser l’apparition de niveau plus élevé de bonheur.

 

abs11.5 bleu1- partenaire unique ou multiples


Le partenaire sexuel unique est un facteur important pour maximaliser le bonheur dans le couple. Le fait d’avoir des relations extraconjugales ou de payer pour avoir des relations sexuelles diminuent le bonheur et la satisfaction.

 

abs11.5 bleu1- aspects physiques et émotions


Pour les hommes, les aspects physiques des rapports sexuels, leur intensité et leur variation, ainsi que leur fréquence semblent influencer le niveau du bonheur. Chez les femmes il existe une relation forte entre le bonheur et le fait de donner et de recevoir l’affection de leurs partenaires.

D’autres études plus récentes comme celle de Zhiming Cheng et Russell Smyth de 2014 ont tenté d’évaluer l’influence de la sexualité sur le bonheur.

 

bonheur facteurs sexuels

 

abs11.5 bleu1- combien de rapports ?


Ils ont trouvé qu’un seul rapport sexuel par mois diminue la satisfaction dans le couple, et qu’un rapport sexuel par jour est corrélé avec le niveau le plus élevé de bonheur.

Le fait d’avoir un rapport sexuel par semaine augmente le taux du bonheur du couple.
Le fait d’avoir une fréquence sexuelle considérée comme parfaite augmente le bonheur chez les hommes seulement.
Les personnes ayant des rapports sexuels fréquents avec leur partenaire principal, ou plusieurs fois par jour, sont plus heureux que les personnes ayant des rapports sexuels peu nombreux.

Avoir des rapports sexuels réguliers avec son partenaire principal est considéré comme un élément important du bonheur.
La fréquence des rapports sexuels est plus importante pour les hommes que pour les femmes et influence le niveau de bonheur chez les hommes. Cette différence pourrait être le résultat des différences biologiques et hormonales.

Les personnes ayant un revenu élevé ont généralement plus de loisirs, leur niveau de bonheur dépend moins de leurs activités sexuelles que les personnes à des revenus modestes. En cas de revenu moyen, un rapport sexuel par semaine augmente le bonheur. Et une fréquence sexuelle moindre (de moins d’un rapport sexuel par semaine) peut prédire l’absence de bonheur et augmente le risque de séparation de ces couples.

 

abs11.5 bleu1- niveau d’instruction


Le sexe apporte plus de bonheur aux personnes instruites. Ce résultat pourrait s’expliquer par le fait que les personnes ayant un capital culturel plus élevé sont plus capables d’exprimer leurs préférences sexuelles, et de valider les préférences de leurs partenaires selon Rainer et Smith (2012).

 

abs11.5 bleu1- intimité et bonheur


Le bonheur dépend également de l’intimité partagée, de la capacité d’écouter, et de partager les préférences sexuelles de son partenaire. Les personnes ayant des valeurs sexuelles plus libérales ont des taux élevés de bonheur.

 

abs11.5 bleu1- relations extra conjugales


La présence de nombreux partenaires concomitants semble influencer le bonheur. Le fait d’avoir deux partenaires concomitants baisse le bonheur et la satisfaction chez les femmes. Le fait d’avoir trois partenaires concomitants baisse le taux de bonheur chez les hommes aussi.

La relation extraconjugale semble diminuer le bonheur et la satisfaction dans le couple chez les hommes comme chez les femmes. Cependant, Le bonheur dans les relations monogames apparaît corrélé positivement avec la satisfaction relationnelle, et le bien-être général.

 

abs11.5 bleu1- orgasme et bonheur

Une fréquence plus élevée de l’orgasme augmente le bonheur de façon globale, sans augmenter la satisfaction des hommes et des femmes séparément.

 

abs11.5 bleu1- pratiques sexuelles et bonheur


Les pratiques sexuelles n’ont pas un effet significatif sur le bonheur, les positions sexuelles non plus, de même pour le sexe oral et le sexe anal.
Selon les études publiées, seul le baiser augmente le bonheur chez les hommes, sans effet significatif pour les femmes. Caresser les seins de la partenaire féminine augmente les scores de bonheur des partenaires masculins et féminins.
Caresser les parties génitales de son partenaire augmente le score de bonheur des femmes, et diminue légèrement le score de bonheur des hommes.

 

abs11.5 bleu1- satisfaction sexuelle et émotionnelle


La satisfaction émotionnelle et physique augmente le score de bonheur pour l'ensemble de l'échantillon ainsi que pour chaque sexe. Les coefficients sont légèrement plus élevés pour les femmes que pour les hommes.
Avoir des idées négatives sur la sexualité, avoir honte, exprimer une pudeur excessive, ces points semblent diminuer la satisfaction et le bonheur dans le couple.

 

abs11.5 bleu1-affection et bonheur


Exprimer et recevoir l’affection n’a pas d’effet statistique sur le bonheur des hommes, par contre il augmente le bonheur des femmes. L’expression et la réception de l’affection sont jugés plus importantes que le revenu moyen du couple ou du partenaire.

 

abs11.5 bleu1- relations sexuelles tarifées


Les relations sexuelles tarifées semblent produire un niveau de bonheur largement inférieur à celui des relations sexuelles avec un partenaire unique chez les hommes. Le fait d’être payée pour offrir des relations sexuelles diminue profondément le bonheur des femmes.
Le fait d’avoir un massage érotique ne semble pas modifier le taux de bonheur des hommes et des femmes. Le fait de regarder la pornographie n’influence pas le niveau de bonheur des hommes, des femmes, et du couple.
Les relations sexuelles occasionnelles semblent diminuer le bonheur chez les femmes.

 

abs11.5 bleu1- rapports sexuels consentis et non désirés


Le fait d’avoir des rapports sexuels consentis et non désirés réduit le bonheur des femmes, sans effet sur le bonheur des hommes.
Le fait d’avoir des rapports sexuels uniquement pour satisfaire son partenaire diminue le niveau de bonheur pour les hommes, sans effet significatif sur le bonheur des femmes.

Conclusion :

Plusieurs conclusions se dégagent de ces analyses.
La première est que les rapports sexuels ont un effet positif sur le bonheur et sur la satisfaction, surtout les rapports sexuels avec un partenaire principal fidèle, intime, et dont la fréquence sexuelle n’est pas inférieure à une fois par semaine.
Une deuxième constatation permet de noter qu’il existe un lien entre le capital culturel et l’effet du bonheur lié au sexe. Les gens les plus instruits ont plus de bonheur dans la sexualité en raison de leur capacité à partager à communiquer et à exprimer leurs besoins.

Une troisième constatation peut indiquer que la qualité des rapports sexuels joue un rôle important dans le bonheur. La fréquence de l’orgasme peut être un indicateur de la qualité, ainsi que la satisfaction émotionnelle et physique.

Une quatrième conclusion s’impose. Les études démontrent sans détour que le nombre optimal de partenaire sexuel est de un. Le fait d’avoir une relation sexuelle engagée, durable, semble jouer un rôle important sur le bonheur des hommes et des femmes.

Il existe d’importantes différences entre les hommes et les femmes. Chez les hommes, les aspects physiques des rapports sexuels influencent le bonheur, la fréquence des relations sexuelles et la participation de la partenaire augmente le bonheur des hommes.
Pour les femmes, il existe une relation forte entre l’intimité, les échanges, l’affection et le bonheur.

 

References
Blanchflower, D. and Oswald, A. (2004). Money, sex and happiness: An empirical study. Scandinavian Journal of Economics, 106, 393-415.
Clark, A. E., Frijters, P. and Shields, M.A. (2008). Relative income, happiness and utility: An explanation for the Easterlin paradox and other puzzles. Journal of Economic Literature, 46, 95-144.
Doran, K. and Price, J. (2014). Pornography and marriage. Journal of Family and Economic Issues (in press).
Frey, B. and Stutzer, A. (2002). Happiness and Economics. Princeton NJ: Princeton University Press.
Rainer, H. and Smith, I. (2012), Education, communication, and wellbeing: an application to sexual satisfaction. Kyklos, 65(4), 581-598.
Wadsworth, T. (2014). Sex and the pursuit of happiness: How other people’s sex lives are related to our sense of well-being. Social Indicators Research.
Zhiming Cheng et Russell Smyth : Sex and happiness, Journal of Economic Behavior & Organization - janvier 2014

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Hemingway, et la question du consentement sexuel

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Up in michigan

 

Hemingway, et la question du consentement sexuel  

Pendant son séjour à Paris en 1921, Hemingway termine sa première nouvelle : Up in Michigan. Quand il montre cette nouvelle à ses amis, la polémique apparait, nouvelle difficile à publier. "Up In Michigan" est une nouvelle d'une simplicité trompeuse, presque sans intrigue, qui traite un sujet délicat : la zone grise de l’attirance sexuelle et du consentement sexuel. Up in Michigan sera révisée et publiée seulement en 1938.

 

 

Résumé de la nouvelle : Up in Michigan

Jim Gilmore, jeune forgeron, s’installe à Hortons Bay et achète la boutique de l’ancien forgeron. Liz Coates est une jeune fille qui travaille comme serveuse chez les Smith. Liz tombe amoureuse de Jim, qui la remarque à peine.

Liz aime Jim, la façon dont il sort de chez lui, de son magasin. Elle se rend souvent à la porte de la cuisine pour le surveiller. Elle aime sa moustache, ses dents blanches quand il sourit.

Jim, Smith et Charley Wyman partent en excursion pour chasser. Liz attend le retour de Jim.

Pendant l’absence de Jim, Liz pense à lui. C’est  une longue et douloureuse absence. Elle n’arrive pas à dormir, elle découvre aussi que c’est amusant de penser à lui.

Lorsque les chasseurs reviennent, ils boivent quelques verres pour célébrer leur expédition.

Jim aime le goût et la sensation du whisky. Il a bu plusieurs verres. Liz s’est assise à la table après avoir servi le souper et mangé avec la famille. Après le dîner, Liz assise dans la cuisine à côté du poêle, fait semblant de lire en pensant à Jim. Elle ne veut pas aller au lit, car elle sait que Jim va s’en aller et elle veut le voir au moment de son départ, pour lui emboiter le pas.

Jim s’apprête à sortir. Ses yeux brillent, ses cheveux un peu froissés. Au moment de sortir, Jim s’approche d’elle. Elle peut le sentir respirer. La poitrine de Liz est ronde et ferme, ses mamelons dressés sous les mains de Jim. Liz a peur, car personne ne l’a jamais touchée avant lui, mais elle pense :  Il est enfin venu à moi.

Jim l’a serrée contre lui et l’a embrassée. Une sensation aiguë, si douloureuse qu’elle pense qu’elle ne peut pas la supporter.

Jim chuchote : « viens faire un tour. »

Ils vont au bout du quai où les mains de Jim explorent le corps de Liz. Elle a peur et le supplie de s'arrêter, mais lui permet de continuer.

Il n’y a pas de lune. Ils marchent jusqu’au quai vers l’entrepôt de la baie. Il fait froid, mais Liz a chaud depuis qu’elle est avec Jim. Ils se sont assis. Jim a serré Liz auprès de lui. Sa main s’est faufilée sous la robe pour caresser la poitrine de Liz. 

Elle a peur et ne sait pas comment s'y prendre. L’autre main de Jim glisse le long de sa jambe.

— Non, Jim, » dit Liz. Jim glisse sa main plus haut.

— Tu ne dois pas, Jim. Tu ne dois pas faire ça.

— Je vais le faire. Tu sais qu’on doit le faire.

— Non, Jim, oh, c’est si grand, ça fait mal. Oh, Jim. Jim. Oh.

Il la prend sur les planches dures et froides du ponton puis sassoupit sur elle.

Plus tard elle s’assoit, ajuste sa jupe et son manteau et est tente d’arranger ses cheveux. Jim dort la bouche entrouverte. Liz se penche, l’embrasse sur la joue. Mais il dort et Liz se met à pleurer. Elle se dirige vers le bord du quai et regarde l’eau. Le brouillard arrive.

Liz enlève son manteau, et en couvre Jim, puis elle traverse le quai pour remonter la route sablonneuse escarpée pour aller se coucher. Une brume froide s’échappe de la baie à travers les bois.

 

 

 

Hémingway discute le consentement sexuel

Cette nouvelle est la première incursion d’Ernest Hemingway dans la psychologie féminine. Ce sujet va passionner l’écrivain. Cette nouvelle est écrite du point de vue de Liz. Jim dit cinq phrases seulement. Le lecteur ne rentre jamais dans la tête de Jim. Liz est tombée amoureuse des "choses" de Jim : sa moustache, ses dents blanches, sa promenade. Elle ne sait rien de lui en tant que personne. Hemingway explore ces émotions contradictoires, les fantasmes sexuels qui invitent à l’action, voire à une conclusion brutale. Jim, au contraire, lorsqu’il se réveillera et ne se souviendra de rien.

Après la dissection de Liz, après la désillusion du monde réel par rapport au monde des fantasmes, au-delà d'un consentement sexuel fragile, Liz couvre Jim de son manteau après l’avoir embrassé sur la joue.

Hemingway traite le désir sexuel des femmes le considérant comme complexe et imprévisible.

Historiquement, cette hypothèse a contribué à une réglementation excessive des capacités sexuelles et reproductives des femmes. L'ambiguïté de ce désir, et de ses expressions ont été rarement prises en compte par le passé, dans la littérature, dans la culture, ou dans le domaine juridique.

Selon Hemingway, l'activité sexuelle signifie des choses différentes, selon le moment, le contexte, le partenaire. La sexualité peut être une expérience utopique, unique, variable selon les personnes

 

 

 

Le consentement sexuel 100 ans plus tard

Le consentement sexuel ressemble au consentement éclairé proposé avant les interventions médicales. C'est un concept évolutif dans le temps, qui dépend de la culture dominante, et des relations interpersonnelles.

Le consentement à l'activité sexuelle représente le point de référence pour décider ce qui constitue une activité sexuelle légalement admissible. Nous avons, comme les anciens, les mêmes difficultés à traiter ce sujet, car les détails du désir, son expression, et la satisfaction sexuelle sont souvent découverts et produits au moment du contact intime et pas avant.

100 ans après cette nouvelle d’Hemingway, on découvre encore que l'acte sexuel n'est pas un acte comme les autres, il peut s'accompagner d’un certain degré de peur, de répulsion, d'incertitude, d'excitation, et d'intrigue, d'un jeu de pouvoir, et de découverte. L'acte sexuel peut dévoiler une vulnérabilité personnelle, qui construit avec l'autre une confiance mutuelle. Cette confiance n'est pas entièrement fondée sur le consentement, mais sur un engagement mutuel d'accepter que le désir sexuel, la vulnérabilité, et le danger font partie du même ensemble.

Un autre risque accompagne l'acte sexuel, la déception face à une mauvaise rencontre sexuelle, à un mauvais partenaire, ou à l'apparition d’émotions négatives ou douloureuses.

 

 

 

Le consentement : concept juridique

La loi utilise ce concept pour faire la distinction entre un acte sexuel criminel et un acte sexuel consenti. En dépit d'une évolution constante, ce concept demeure limité, incapable de traiter toutes les situations. Comment déterminer si le consentement est présent ou absent ? Voilà la question qui occupe les juges, les enquêteurs, les juristes, et le corps médical.

En dehors des situations où l'on insiste sur le " oui " ou le " non ", le témoignage du plaignant est combiné à d'autres types de preuve comme  le comportement verbal et non verbal des deux parties pendant la rencontre. Le juge décide si dans l'ensemble, l'allégation de non-consentement est crédible. Dès le début de l'enquête, le fondement juridique du consentement s'appuie sur différents types de preuves et de signes, directs et indirects, pour construire une construction du consentement.

Cette approche judiciaire signifie que le consentement n'est pas un acte isolé en soi, mais un ensemble d'indicateurs considérés compatibles ou non avec ce qui acceptable en matière de comportement sexuel.

 

 

Concept nouveau : consentement affirmatif

Certains déclarent que le problème n'est pas la nature du consentement mais la loi. 

Les partisans du consentement affirmatif soutiennent que les partenaires sexuels devraient chercher activement à obtenir des signes clairs du consentement tout au long d'une relation sexuelle. D'autres proposent que l'accusé devrait démontrer qu'il a pris les mesures nécessaires pour obtenir le consentement de sa partenaire.

Cette logique épouse plusieurs problèmes majeurs. La même rencontre sexuelle, prise dans son ensemble, peut être à la fois humiliante et satisfaisante, dégoûtante et intrigante, effrayante et fascinante.  

D'autre part, assimiler le consentement au désir sexuel modifie profondément la définition de la sexualité dans une société. Les rapports sexuels tarifés avec un consentement affirmé deviennent des rapports sexuels désirés.

 

 

 

Concept nouveau: consentement enthousiaste

Le concept de consentement  " enthousiaste " proposé par certains, explique que l'oppression sexuelle exercée sur les femmes, y compris au sein du mariage plaide pour la criminalisation de tout acte  sexuel consensuel ou non, accompagné de contrainte, et que la loi et la société ne devraient approuver que le sexe désiré.

Cette approche pose à son tour de nombreuses questions sur la définition du désir, et le sexe désiré, et sur les pratiques sexuelles désirées et accompagnées de contraintes, comme les jeux sadomasochistes, et sur la sexualité acceptée mais non désirée, comme dans le mariage (accepter pour faire plaisir à son partenaire), dans les relations tarifées ou dans la pornographie

 

 

 

Un consentement réaliste

Le consentement sexuel est un sujet vieux comme le monde, toujours en évolution, selon la société, selon la culture dominante et selon ses principes.  

 

 

Un consentement sexuel valable exprime plus l'autonomie sexuelle de la personne que sa volonté. Vérifier ou donner le consentement est un acte responsable de respect, de moralité et de maturité.

 

 

Le consentement devrait inclure un consentement aux risques liés à l’activité sexuelle.

La discussion sur le consentement sexuel est légitime en évitant d’encourager le risque d'une société de contrôle et de suspicion individuelle. Les conflits autour de la sexualité disent long sur les sociétés et sur la liberté individuelle, sur le rôle de chacun et sur le vivre ensemble.

 

 

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Pornhub n’est le nouveau rapport Kinsey

 

poruhub

 

Les études sur le comportement sexuel humain ont été difficiles en raison des liens entre la sexualité et l’intime, et de la relation entre la sexualité et la société.

Après la Deuxième Guerre mondiale, la publication des résultats des recherches du Dr Alfred Kinsey  (Alfred Charles Kinsey 1894 — 1956) fut un événement scientifique majeur. Après de nombreuses années d’étude, il publie deux livres sur le comportement sexuel humain masculin Sexual Behavior in the Human Male (1948) et féminin Sexual Behavior in the Human Female (1953).

 

kinsey citation

 

Après des années de travail, il donne pour la première fois un aperçu chiffré et statistique du comportement sexuel des Américains, sur leur préférence, et sur leurs limites. La publication étonna le grand public, en révélant la fréquence de certaines pratiques sexuelles considérées comme tabou à l’époque comme l’homosexualité, ou les pratiques sexuelles anales, sans négliger les déviances sexuelles et l’adultère.

 

Les critiques furent sévères à l’encontre de ces résultats. D’autres chercheurs ont réalisé depuis, la même enquête pour arriver au même résultat. Les critiques dirigèrent leurs flèches contre Kinsey le traitant de menteur, ou de pervers, et discutant sur son homosexualité latente, ou la possibilité d’avoir été victime d’abus sexuels pendant son enfance. Dans ces années-là, discuter le comportement sexuel humain était tabou. Kinsey fut à l’époque, traité de pervers et de pornocrate.

 

Rapport Pornhub 2017 – 2018

Depuis plusieurs années, le site de pornographie Pornhub a pris l’habitude de publier un certain nombre d’études à la fin de l’année, portant sur la fréquentation du site, moyen de se faire de la publicité, et d’enthousiasmer les annonceurs. 

En 2017, le site annonçait de records impressionnants : 75 millions de visiteurs par jour, le 40e site le plus visité au monde, le plus grand site au Canada, le 20e site aux États-Unis, dépassant le New York Times et Washington Post réunis. En 2018 : 92 millions/jour. En 2018, le site affiche  : 33,5 milliards de visites en 2018.

On découvre que le nombre de femmes qui fréquentent ce site est considérable. Les femmes privilégient les vidéos de massages sexualisés. Toutes les pratiques sexuelles sont sollicitées.

Les vidéos mettant en scène blancs et noirs sont populaires, ainsi que les scènes jouées par des vedettes asiatiques.

 

Pornhub france

 

La catégorie familiale mettant en scène des relations entre beau-père et belle-fille, entre belle-sœur et beau-frère sont populaires.

Les amateurs de dessins animés japonais sexualisés «   hentai » sont nombreux, sur le site, comme les fétichistes.

Les mots qui reviennent le plus souvent sont : love, hot, like, good et sexy. Les termes lesbian, hentai et milf sont en tête. Les États-Unis sont les premiers sur Pornhub et ils devancent le Royaume-Uni, l’Inde, le Japon, le Canada et la France.

Les femmes : 29 % en moyenne de femmes soit trois points par rapport à l’année 2017. Avec 35 % de femmes, la France est un de pays où Pornhub est le plus visité par la gente féminine.

Les femmes recherchent en priorité les contenus lesbiens, les vidéos mettant en scène des Japonaises et les Hentaï. Les hommes sont attirés en premier lieu par les Japonais, les milf et les Hentaïs.

Une visite en moyenne sur Pornhub en France dure 10 minutes et 11 secondes, avec un âge utilisateur type de 37 ans. Le jour ayant connu le moins de visites en France est le 14 juillet.

Le terme « française » restant le plus recherché cette année, par les visiteurs français devant « french » et « maman française ». Cette année, la France a été le 6e consommateur de contenu pornographie sur ce site.

 

Pornhub : reflet du comportement sexuel planétaire ?

En juin 2017, New York Magazine posa la question sous la forme d’une boutade : « Pornhub Is the Kinsey Report of Our Time ? »

Les chiffres affichés par Pornhub sont impressionnants, mais ne reflètent pas le comportement sexuel, en dépit d’un échantillon planétaire. Ces chiffres reflètent des préférences, des fantasmes, et inclinations pour certaines pratiques sexuelles. Les travaux scientifiques sur le comportement sexuel s’intéressent aux pratiques réelles dans un contexte donné.

Comme dans les travaux du Kinsey, les chiffres affichés par les sites de pornographie confirment que la sexualité humaine continue à être multiple, et complexe.

Dans son rapport, Kinsey soulignait l’influence de la biologie (hormones), et de la culture dans le comportement sexuel. En lisant ces chiffres, sur un échantillon planétaire, nous pouvons nous interroger si l’humanité n’est pas en train d’acquérir la même culture, d’apprécier les mêmes goûts, d’érotiser les mêmes préférences. Il n’existe pas de réponse à cette question actuellement.

La pornographie est un sujet difficile. S’agit-il d’une pratique sexuelle à part entière comme la masturbation, ou d’un comportement sexuel comme le fétichisme ou d’un reflet de préférences et des attirances ?

 

Ces chiffres ne reflètent en aucun cas le comportement sexuel des humains ni le comportement sexuel des pays ou par tranches d’âge. Ces chiffres rappellent en premier lieu l’importance de la pénétration pornographique dans nos sociétés.

 

La pornographie sur Internet a favorisé l’exposition de minorités sexuelles, normalisé les pratiques sexuelles minoritaires ou marginales et engendré de problèmes, liés à la masturbation, au rapport sexuel violent, et à l’image du corps féminin et masculin.

De chercheurs craignent que la pornographie n’influence culturellement le comportement sexuel en insistant sur l’importance de l’orgasme, sur l’aspect technique des rapports sexuels, et sur l’incapacité de la pornographie à transmettre des émotions.

 

La pornographie continue à irriter au nom de la condition féminine, de la morale, de la protection des mineurs, mais les publications annuelles de Pornhub ne suscitent ni émoi ni critique. Nous sommes loin de Kinsey.   

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Série Girls : 4 filles désenchantées à New York

girls Dunham Williams Kirke Mamet

De gauche à droite : Zosia Mamet, Allison Williams, Lena Dunham et Jemima Kirke, les quatre interprètes principales de la série.  Girls, une série-ovni, personnelle et attachante

 

 

 

"Je ne veux pas vous faire peur, mais je pense que je peux être la voix de ma génération, ou du moins, une voix dans cette génération. " déclare Hannah dans le premier épisode de Girls en 2012.


La série commence avec Hannah Dunham une fille de 24 ans qui aspire à devenir journaliste, elle vit à New York. Ses parents lui annoncent qu'il est temps de devenir adulte et autonome, et qu'ils vont arrêter de l'aider financièrement, qu'elle devrait trouver un emploi rémunéré plutôt des stages de l'année écoulée. Ses amies une bande de filles (Allison Williams, Jemima Kirke et Zosia Mamet ) ont toutes leurs propres problèmes,  des citadines post-universitaires, à la recherche d'un emploi, d'une carrière et d'une relation amoureuse.


Six ans plus tard, dans la rue de banlieue, une jeune adolescente parle avec Hannah en lui disant madame, pendant qu'Hannah cherche un moyen pour convaincre son nouveau-né d'accepter de téter son sein. Elle est devenue adulte, maman et responsable d'un enfant.   

 

girls serie tele tv show

 

Dès que la chaine HBO a diffusé le premier épisode de la série en 2012, Girls s'est démarquée des autres séries par ses personnages féminins, par son réalisme, du scénario et de la réalisation. Un parti pris et revendiqué par Lena Dunham (Hannah), réalisatrice, auteur et actrice principale, passée en quelques épisodes d'une inconnue à la porte-parole d'une génération de jeunes femmes urbaines, ironiques et désabusées.  
En 2017, Clap de fin. Six années de louanges, de critiques, de polémiques, et d'audiences fluctuantes, la fin de la sixième saison de la série américaine a eu lieu en février 2017. Les quatre copines perdues dans la Grosse Pomme tirent leurs révérences.

Amours compliquées, impasses financières, corps imparfaits, sexualités et genre, angoisses existentielles. Dunham parvient à nous dessiner les amitiés féminines actuelles, l'angoisse de l'âge adulte, les relations,  la sexualité, l'estime de soi,  l'image corporelle, et  l'intimité dans un monde de médias sociaux qui favorise la distance, la perte de sens et le narcissisme, où il faut survivre avec la précarité et le doute.
Lena Dunham s'est imposée comme un visage de l'intelligentsia culturel new-yorkais, récompensée par deux Golden Globes , comparée à Woody Allen dans sa façon de traiter les sujets graves avec ironie, dérision et recul.

 

Des jeunes femmes 15 ans après " sex and the city "

Pendant dix ans, la série sex and the city racontait le parcours de 4 femmes dans le monde de la consommation, des couples précaires, et la sexualité, Girls parle de la précarité des jeunes femmes, sur plan personnel et professionnel.  Girls s'est concentré sur des héroïnes jeunes dans une époque particulière, dans les années post-crise économique (subprimes). Sex and The City  présentait des femmes trentenaires bien intégrées, aisées et sophistiquées.


Quand Sex and The City était à son apogée au début des années 2000, on voyait des modèles féminins comme la sauvage Samantha, Charlotte la distinguée romantique aux yeux écarquillés, la cynique Miranda ou Carrie et ses chaussures. Dans Girls, il y a la sauvage Jessa,  Sosh la romantique, la belle angoissée Marnie et Hannah la sans-pudeur et sans limite.


Cette génération de femme post crise doits'adapter à un contexte économique compliqué. Cette génération vivra moins bien que ses parents.  La précarité économique s'accompagne d'une précarité émotionnelle et relationnelle. Leurs vies sexuelles sont insatisfaisantes, parfois même dégradantes. Cela n'existait pas dans Sex And The City.
Sur le plan relationnel, la fameuse entraide féminine si présente dans sex and the city disparait. Les personnages sont angoissés, terrorisées par l'avenir, et nombrilistes.  
Sur le plan physique, Girls montre des corps en insistant sur le gras, dans des positions peu flatteuses, on montre les fesses rebondies, les bourrelets, les seins de Hannah entre autres. Cette nouveauté fut bien reçue par les téléspectateurs. La créatrice de la série se met en scène dans une volonté claire de casser les codes de représentations.

 

girls amour sexe relations

Le sexe

Parmi les mythes du cinéma Hollywoodien, les femmes peuvent avoir des expériences sexuelles satisfaisantes sans jamais enlever leurs soutiens-gorges, et peuvent atteindre des orgasmes mémorables en quelques minutes. Les "Girls" cassent ces codes irréalistes usés et surannés. Dans cette série, le sexe est nu, cru, en sueur, étrange, surprenant par son réalisme et peu flatteur.
Ces jeunes femmes ont une sexualité récréative, désordonné, parfois utilisée pour apaiser une angoisse ou partager une émotion, dans des rencontres éphémères.


Girls  montre des scènes gênantes pour le spectateur, où les filles sont nues, vulnérables, déliassées.  Les filles ne refusent pas la sodomie mais négocient cette pratique avec ou sans préservatif, elles sont désabusées, n'osent pas dévoiler leur insatisfaction et n'ont pas beaucoup de choix.  


Girls peut être une série troublante en raison de son réalisme cru.  La sexualité de ces filles n'est pas plus satisfaisante que celle de leurs grands-mères.  Cette sexualité est montrée comme aléatoire et partagée avec des partenaires masculins parfois indifférents ou perdus dans leur propre précarité. Les hommes dans cette série sont troublés par leur orientation sexuelle, par leur égoïsme, et par leur situation économique. Le copain d'Hannah peut se masturber devant elle, peut la tromper. Son père devient homo après 25 ans de mariage, son colocataire est homo.      

 

Pas de romance, restons réels 

Alors que les livres de néo romance et les films sont à la mode, la série Girls échappe à cette tendance. En dépit de nombreuses rencontres et relations, les héroïnes terminent la série, seules, sans couples romantiques et sans fin " heureuse ".
Au fur et à mesure que le spectacle se déroule, Hannah, Marnie, Jessa et Shoshanna ne parviennent pas à sortir de leur stagnation. Les quatre femmes finiront par grandir et adopter une vie adulte responsable avec résignation, sans les feux d'artifices d'une romance à l'américaine.
Hannah a quitté la ville de NY et ses cycles d'appartenance et d'aliénation pour quelque chose de nouveau.
Le réalisme invite les scénaristes à refuser la romance, à exhiber une réalité que le cinéma n'aime pas montrer.   Elles cherchent un travail, un foyer, elles ne seront pas invitées dans des resto chics, ni dans des avions privés. Elles sont dans la vraie vie.    

 

girls Dunham

Reconstruire le corps d'une femme

Il est difficile de compter combien de fois Lena Dunham a enlevé son soutien-gorge ou à baissé sa culotte dans "Girls ". Dès le début, elle fait du corps un usage différent, le corps est réaliste, montré dans ses imperfections et ses détails.  Girls discutent les détails du corps, de ses réactions, de ses problèmes comme si la série cherchait à redéfinir la beauté féminine et le corps féminin.
Hannah est une femme, pas toutes les femmes. C'est son corps et et non le corps féminin.
En montrant une figure réaliste et imparfaite, Hannah oblige les femmes à se réconcilier avec leurs propres corps. Elle montre à plusieurs reprises qu'Hannah n'est pas maternelle, n'est pas douce, n'est pas émotive ou empathique vis-à-vis d'autres femmes. Lena Dunham veut être réaliste au risque d'être détestée.  Dans l'autre sens, le personnage de Marnie est provocateur, corps mince et léger, jolie visage de princesse de Disney. Elle adore planifier, organiser mais est en échec après un mariage désastreux et une carrière ratée de chanteuse de folk, Marnie trop désireuse d'être admirée, objet du regard masculin. Sa beauté ne changera rien à son parcours de vie.

Une conclusion : l'amour désenchanté ??


En terminant cette série, j'ai pensé à certains de nos sociologues et nos philosophes   français qui ont traité le sujet de l'amour désenchanté.     
Au début du XXe siècle, le sociologue Max Weber a décrit le désenchantement, par une modernité où le savoir et la science mettent fin à l'irrationnel. Un siècle plus tard, la psychologie, la psychanalyse, les neurosciences ont réduit l'amour à l'inconscient, à la pulsion sexuelle, ou à une chimie cérébrale.
E. Illouz écrit que " la conjonction du consumérisme, de la légitimation croissante de la sexualité par la psychologie et par le féminisme" a fini par désenchanter l'amour. Dans son ouvrage Les Sentiments du capitalisme, elle décrit comment la consommation, la marchandisation du sexe ont déréglé le marché de l'amour.
Elle souligne combien un certain féminisme a participé au désenchantement des relations amoureuses. La séduction devient politiquement incorrecte, le couple n'est plus amour mais liberté et égalité.
Et la solution ?  
Faudrait-il jeter aux orties la liberté de choix, l'individualisme et l'émancipation des femmes pour sauver l'amour ?  Non.
E. Iglou invite à trouver des alternatives pour ré-enchanter la modernité amoureuse. A chacun de trouver sa solution, car nous sommes dans une société individualiste.   Pour trouver la solution, chacun devrait être conscient de l'enjeu.
Les filles (de la série) à la recherche d'un nouveau modèle de relation ont échoué, et se retrouvent seules enfin de compte, mais elles recommencent à chercher.      
Encore essayer, Encore chercher, et inventer son modèle amoureux.
On peut se poser la question : comment éviter de précariser la jeune génération et hypothéquer ainsi l'avenir ?  


C'est une série qui mérite le détour, on rit, on sourit, on est troublé, parfois on s'ennuie mais on retrouve vite l'intérêt.

 

 

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Les jeunes japonais : pas de sexe

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Pour avoir une idée, nous pouvons commencer par un chiffre mentionné dans les études : 45 % des femmes japonaises entre 16 et 24 ans ne sont intéressés par aucune forme de contacts sexuels.

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