Le deuil dans la société occidentale actuelle

deuil papiion et fleures

 

 

 

C’est quoi le Deuil ?

L’ expérience du deuil est une expérience universelle à laquelle sont confrontés un jour ou l’autre la plupart des individus, souvent mêmes à plusieurs reprises. C’est une expérience inhérente à la condition humaine.

Quand on évoque les mots perte et deuil, on pense à la mort qui est assurément une des plus grandes pertes possible, irréversible et incontournable.

Au cours de sa vie, l’  être humain subit de nombreuses pertes, qui l’entraînent sur le chemin du deuil. Une voie que chacun vit à sa manière, qui passe par des étapes largement partagées par les personnes endeuillées.

Le deuil est une réponse à la perte d’une personne significative dans votre vie, d’un être cher, une réponse psychologique et culturelle  à cette  perte qui retentit sur de nombreux aspects de votre vie, sur le plan physique, émotionnel ou relationnel.

Le deuil peut affecter les émotions, la santé mentale, le bien-être, les croyances, les valeurs et  même les repères culturels. La santé physique peut également en souffrir.

Les endeuillés sont une population, dont la morbidité et la mortalité sont majorées. A. Sauteraud le rappelle : « les veuves et veufs ont un risque de mortalité qui double dans les 12 premiers mois. »

Sauteraud A : Vivre après ta mort : psychologie du deuil, Odile-Jacob, 2012

 

 

                            Nietzsche     " 

Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux formes ont tout à l’heure passé.
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.
Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux spectres ont évoqué le passé.
– Te souvient-il de notre extase ancienne ?
– Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ?
– Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ?
– Non.
– Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignons nos bouches ! – C’est possible.
– Qu’il était bleu, le ciel, et grand, l’espoir !
– L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.
Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Paul Verlaine, Fêtes galantes                  

                                                                                        

 "

 

Evolution du terme Deuil : plus de psychologie

Le mot deuil, ce terme dérive du mot latin « dolus », de « dolore » (souffrir) qui désigne au Xème siècle la douleur ou l’affliction.

Aujourd’hui, ce terme est utilisé dans le langage courant et par extension métaphorique. On l’applique à l’ensemble des pertes et des frustrations, réelles ou symboliques. La définition de ce terme a évolué au cours du temps avant d’arriver à cette définition populaire actuelle.

Au départ, il ne s’appliquait qu’au vécu d’une douleur physique et morale. Au moyen-âge, il désigne l’affliction provoquée par la disparition d’un être cher. Plus tard, Freud fait entrer dans le langage commun la notion de travail de deuil, développée par l’anthropologue Hertz, dans son ouvrage « Deuil et mélancolie » paru en 1917.

Hertz, donne la définition suivante :

« Le deuil est, d’ordinaire, la réaction à la perte d’un être aimé ou bien d’une abstraction qui lui est substituée, comme la patrie, la liberté, un idéal, etc. ».

Lagache, psychiatre et psychanalyste français, élargit en 1938, la notion de deuil à l’ensemble des rites de passage imposés par la vie collective.

Pour les anthropologues, le terme deuil se limite à l’expression publique du deuil. Les psychanalystes désignent le deuil comme l’ensemble des processus qui amèneraient à une diminution de l’intensité de la douleur liée à la perte dans une certaine limite de temps et de conséquences.

Le psychiatre anglais, J. Bowlby, en 1984, s’est opposé à cette définition en disant que le deuil désigne un grand nombre de processus psychologiques déclenchés par la perte d’une personne aimée, quel qu’en soit le résultat.

Bowlby  J., Attachement et perte/3 : la perte. Paris : presses universitaires de France ; 1984. p.32

 

Hanus souligne la transformation des usages, le deuil devient un évènement de plus en plus individuel alors qu’il était auparavant surtout un évènement social. À présent le terme deuil reflète l’aspect intérieur de la perte et le travail intime qu’elle entraîne. Le deuil devient synonyme de ce travail psychique nécessaire pour accepter la réalité de la perte et y faire face.

Hanus Les deuils dans la vie, 1994, Maloine p.20

 

Certaines langues ont gardé des vocables différents pour traduire ces significations multiples. Les anglo-saxons ont un terme pour désigner la perte elle- même « bereavement », un autre terme pour parler de la douleur « grief » et un terme pour parler du processus de deuil proprement-dit « mourning ».

En français, le mot deuil désigne l’événement aigu que représente le décès d’un être cher, les signes extérieurs du deuil consacrés par la coutume, la période aiguë après le décès (appelée « travail du deuil ») et les sentiments et les émotions.

En français, on utilise plusieurs termes pour désigner ce processus : affliction pour désigner la perte, le deuil pour désigner l’aspect social, culturel ou émotionnel. D’autres termes sont parfois utilisés comme la peine qui indique la douleur d’autres pertes que les êtres humains, ou le  chagrin.

 

deuil lumires

 

Le deuil dans la société occidentale actuelle

Chaque deuil est unique selon l’âge, selon les liens avec le défunt, selon les cultures.

 

                            Nietzsche   

 "

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo, «Les Contemplations» (1856)

 "     
                 

 

Pas de deuil  sans rites

La mort et le deuil ont toujours fait l’objet d’un traitement social. Les premières sépultures ont vu le jour avec la possibilité de symbolisation de l’individu autour de 100 000 ans avant J.C et les premiers squelettes ensevelis avec des fleurs remontent à 50 000 et 10 000 faisant remonter les premiers rites funéraires à cette période.

Au moyen Âge, on prône l’expression de la douleur ; les acteurs de la mort sont nombreux : clercs, crieurs, embaumeurs, dépeceurs, veilleuses, pleureuses, couturières de linceuls, médecins. On retrouve un abondant héritage de prières, de textes et de musiques tels chants et requiem.

Au XVe siècle, l’Église va limiter les manifestations du deuil pour prôner plus de discrétion en conseillant, de se cacher derrière un chaperon noir ou d’éponger ses larmes à l’aide d’un mouchoir. Les traditions religieuses assignent des rituels précis et des lieux précis pour les morts.

 

                            Nietzsche      "

L’enfant dont la mort cruelle
Vient de vider le berceau,
Qui tomba de la mamelle
Au lit glacé du tombeau ;
Tous ceux enfin dont la vie
Un jour ou l’autre ravie,
Emporte une part de nous,
Murmurent sous la poussière :
Vous qui voyez la lumière,
Vous souvenez-vous de nous ?

Lamartine, Harmonies poétiques et religieuses

 "                     

 

L’ évolution des rites

Le vocabulaire qui entoure la question de la mort s’est modifié au cours du siècle dernier. Les expressions comme « se faire tailler un costume en sapin », « se rendre au royaume des taupes » ou « remercier son boulanger»  ne sont plus des expressions courantes. Ce vocabulaire fleuri ne semble plus convenir à notre époque. 

Aujourd’hui on ne badine plus avec la mort. Notre culture ne cherche plus à apprivoiser ni à accepter la mort, On l’évite, on essaie de ne pas y penser, et on exprime volontiers le désir de l’expurger. Cette censure de la question de la mort se retrouve dans le discours culturel, et dans la simplification des rites.

Aujourd’hui, les rituels sont présents, mais de moins en moins dans notre société occidentale.

On retrouve encore certains rituels de levée du corps et des obsèques, un code vestimentaire respectueux avec des couleurs foncées, la possibilité socialement reconnue d’interrompre son activité professionnelle, un comportement réservé, mais plus de veilleuses, plus de pleureuses, les condoléances présentées à la famille sont  remplacées par un registre, les faire-part de décès ne sont plus systématiques, les funérailles se déroulent le plus souvent dans la stricte intimité.

L’Église s’est adaptée, en acceptant la cérémonie religieuse pour un défunt divorcé, remarié, homosexuel ou suicidé. En l’absence de prêtre, un membre laïque peut proposer une prière.

Les pompes funèbres sont de plus en plus présentes, remplaçant le noir traditionnel et imposant par des costumes bleu marine foncé s  et des véhicules gris ou bleu foncé.

Le religieux quitte les rites progressivement, remplacé par le profane, et la musique qui accompagne les cérémonies, est parfois une musique classique ou une chanson, on ne cherche plus l’apaisement dans les paroles d’un prêtre bienveillant,  ou  dans  l’écoute d’un requiem, mais chez  un  ami, chez le médecin ou le psychologue.

C’est également le cas pour les autres religions.

En occident, les rites funéraires sont destinés à soutenir les vivants et à leur permettre une expression respectée et partagée de leur douleur.

Une autre fonction du rite serait de permettre au sujet de dépasser plus facilement la première phase du travail de deuil à savoir le déni.

Les rites du deuil étaient plus rigides par le passé, d’aspect formel ne facilitant aucune expression émotionnelle ou affective. L’essoufflement de la ritualisation de la mort et du deuil s’accompagne d’une personnalisation grandissante.

 

deuil chadelle

 

 

Le rôle des rites

Les rites sont un ensemble de règles de caractère symbolique, une expression collective réglée par une mise en scène.

Pour les anthropologues, les rites funéraires ont essentiellement 3 fonctions :

1) Accompagner le corps et l’esprit du défunt durant ces périodes transitoires

2) Aider les survivants endeuillés dans l’expression de leur douleur

3) Ressouder la cohésion sociale mise en cause par la disparition d’un de ses membres

 

           
                   Nietzsche  "

Drapée en noir, la Mort
Cassant, entre ses mains, le sort
Des gens méticuleux et réfléchis
Qui s’exténuent, en leurs logis,
Vainement, à faire fortune,
La Mort soudaine et importune
Les met en ordre dans leurs bières
Comme en des cases régulières.
Et les cloches sonnent péniblement
Un malheureux enterrement,
Sur le défunt, que l’on trimballe,
Par les églises colossales.
La mort

Emile Verhaeren

       
        "  

 

Le deuil comme événement

Être endeuillé n’est pas seulement la tristesse ou le chagrin que tout sujet peut ressentir à l’annonce de la mort d’une personne, mais un processus qui survient lors de la perte d’un lien affectif, ce qui explique qu’au cours de sa vie chaque sujet sera amené à subir plusieurs deuils.

Le deuil est une blessure,  pour  certains une perte, pour d’autres une amputation d’une partie de soi. Il exige un long moment de cicatrisation et d’adaptation, car il est impossible de retourner à la situation antérieure.

Chaque personne vit l’expérience du deuil de façon unique, influencée par l’âge, la personnalité, la relation avec la personne défunte, les circonstances entourant la mort de l’être cher, le soutien ou le manque de soutien de l’entourage, les deuils antérieurs et les différentes expériences de vie.

Chaque individu vit le deuil différemment selon ses besoins pour faire face et s’adapter à cette perte, sans limite de temps.  

Un deuil peut durer des semaines, des mois ou s’étaler sur plusieurs années. Certaines personnes vont vivre toutes les réactions courantes du deuil, d’autres n’en vivront que quelques-unes. Ce sont des situations difficiles à vivre, particulièrement lorsqu’il s’agit de la perte de son conjoint, d’un parent proche ou d’un ami.

 

Être endeuillé

Être endeuillé, c’est vivre en dépit de l’absence, de la perte et du sentiment d’abandon. Absence de l’autre, de sa chaleur, de ses bruits, de ses conseils.

L’endeuillé est comme une personne anesthésiée qui se plaint d’une perte sensorielle, d’une sensation étrange.

Selon les personnes  , on parle de perdre un morceau de soi, d’un traumatisme difficile, d’une rupture qui exige une profonde adaptation.

Cette perte, cette blessure peut prendre un long moment de cicatrisation pour accepter que rien ne sera comme avant, l’impossibilité de retourner à la situation antérieure.

Le deuil peut provoquer un stress violent. Sur l’échelle des stress, la mort du conjoint arrive en tête. L’endeuillé peut se retrouver seul, sans protection, sans partenaire.

Ce stress peut révéler les points faibles de nos psychologies, mais aussi les points forts. Les réactions de la personne en deuil peuvent surprendre, ou déranger.

Après une perte de l’équilibre psychique liée au deuil, la personne met en place ses propres mécanismes de défense, et cherche ses propres points de repère dans une réaction légitime de survie.

L’endeuillé va suivre un processus de cicatrisation psychique, physique, sociale et émotionnelle, et une remise en cause spirituelle ou existentielle. Il faut tout ré organsier, le quotidien, les sentiments, les images et la mémoire en passant par des moments tolérables et par des moments sombres et tristes. Ce processus se termine un jour, mais la cicatrice sera toujours présente dans la mémoire, de moins en moins douloureuse.

Chaque individu vit le deuil différemment ; vous et vos proches pouvez avoir des besoins différents pour vous adapter à cette perte. Il n’y a pas de limite de temps pour faire son deuil. Il peut durer des semaines, des mois ou même s’étaler sur plusieurs années.

 

             
                            Nietzsche     "

Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d’étranges fleurs sur des étagères,
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.
Usant à l’envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.
Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ;
Et plus tard un Ange, entr’ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.

La Mort des amants- Charles Baudelaire

 "                           
             

 

Modification de la mort dans notre société

La modification principale du rapport au deuil et à la mort actuellement dans notre société irait dans le sens d’un glissement du caractère collectif du deuil vers un caractère individuel

- Nous sommes créatifs

Le rapport à nos proches ne s’est pas rationalisé après le recul des traditions religieuses, par contre, le vivant semble faire preuve d’une très grande inventivité au sujet des morts : Enterrement avec musiques et chansons, enterrement virtuel, etc.  Nous avons des idées nouvelles vis-à-vis de la mort influencée par notre vision de la mort, des soins palliatifs et de la fin de vie. La mort quitte le religieux, le vivant compte plus que le défunt, le souvenir devient plus important que le corps .

- Inventer des Rites

Les rites de deuil duraient longtemps dans le passé, suivant des règles rigides. En occident, l’expression émotionnelle et affective du chagrin n’était pas encouragée.

L’essoufflement de la ritualisation de la mort et du deuil a laissé place à une personnalisation des rituels, une disparition et simplification des rites d’hier. Cependant, les usages nouveaux restent peu codifiés, et culturellement mal assimilés. On aperçoit une fusion lente entre l’ancien et le nouveau.

- Questions d’époques

La simplification actuelle du deuil peut être une réponse au deuil pénible et rigide du XIXe siècle qui plaçait le mort avant les vivants et le social avant l’émotionnel.

- Professionnalisation de la mort

À notre époque, la mort n’est plus une affaire de famille, elle est sous l’influence d’institutionnalisation et professionnalisation : 70 % des décès en France ont lieu en milieu institutionnel après le développement des soins palliatifs. Par le passé, les médecins et le corps soignant avaient une relation brève avec la mort, ils se retrouvent maintenant en première ligne.

L’émergence des soins palliatifs témoigne de notre désir de supprimer au maximum la souffrance, la douleur physique et morale.

Le progrès de la médecine a fait croire à des progrès sans fin, le désir d’immortalité s’accompagne d’un rejet de la mort.

En face de l’impossible immortalité, la société médicalise, institutionnalise et professionnalise la mort, à la recherche d’une « bonne mort à défaut d’une belle mort».

 

deuil rose

 

- Moins de religieux

La baisse de l’influence de la religion change notre rapport à la mort, et entraine une diminution des rites funéraires.

L’absence de rites funéraires était autrefois réservée aux suicidés et aux criminels, il devient à notre époque un choix assumé et accepté. La religion ne joue plus un rôle déterminant dans les rites.

-  Individualisation de la société

L’individualisation a joué un rôle dans la modification de notre rapport à la mort. La société voit la mort comme un événement de plus en plus maitrisé.

Cependant, l’individualisme peut engendrer isolement, déresponsabilisation et même une relative rupture des solidarités familiales.

Nous voyons aussi  des solutions hybrides, cultiver l’individualisme et réagir « à l’ancienne » face à la mort, offrant sa solidarité et son empathie.

Impact de la perte du caractère social du deuil

Le sens de la vie  est une question existentielle, philosophique incontournable pour les endeuillés.

Cette confrontation à la mort pour l’endeuillé sans une prise en charge du groupe, peut compliquer le travail de deuil.

Par exemple, les deux jours de congé suite au décès d’un conjoint ou d‘un enfant, ou un seul jour pour le décès d’un parent sont en contradiction avec le temps nécessaire pour le deuil.

 

             
                            Nietzsche     "

Voici trois ans qu’est morte ma grand’mère,
La bonne femme, – et, quand on l’enterra,
Parents, amis, tout le monde pleura
D’une douleur bien vraie et bien amère.
Moi seul j’errais dans la maison, surpris
Plus que chagrin ; et, comme j’étais proche
De son cercueil, – quelqu’un me fit reproche
De voir cela sans larmes et sans cris.
Douleur bruyante est bien vite passée :
Depuis trois ans, d’autres émotions,
Des biens, des maux, – des révolutions, –
Ont dans les murs sa mémoire effacée.
Moi seul j’y songe, et la pleure souvent ;
Depuis trois ans, par le temps prenant force,
Ainsi qu’un nom gravé dans une écorce,
Son souvenir se creuse plus avant !

La grand’mère - Gérard de Nerval

"                         
             

 

Différents types de deuil

La manière dont la personne a disparu peut avoir une répercussion sur la manière de vivre le deuil. Il existe de nombreuses sortes de deuil.

 

La mort subite

La mort qui survient de façon subite est un événement particulièrement difficile. Les personnes n’ont pas eu le temps de s’y préparer ou de faire leurs adieux. Les réactions et les sentiments peuvent être intenses, et difficiles à vivre.

Ressentir de la culpabilité, se sentir inutile, en colère, pleurer, avoir le sentiment d’être désorganisé, se sentir engourdi.

De nombreuses familles qui ont vécu l’expérience de la perte soudaine

d’un être cher, ont confié avoir eu besoin de soutien de la part de leur famille, leurs amis et leur entourage.

Pouvoir partager ses sentiments avec une personne en qui on a entièrement confiance, ou pouvoir obtenir de l’aide supplémentaire [individuellement ou en groupe] peut faire toute une différence.

 

La maladie chronique

Après le décès d’un être cher au terme d’une maladie chronique, l’expérience du deuil sera différente.

Le deuil se fait sur une longue période au fur et à mesure que la maladie progresse : perte de l’idéal de santé, changements de l’image corporelle du malade, perte de la liberté et de l’indépendance.

Au fur et à mesure que la maladie progresse, l’entourage commence à accepter que la mort est inévitable. Parfois, le déni d’une fin inévitable peut s’installer, et lorsque la mort arrive, c’est alors tout de même un choc.

Mais le plus souvent, les familles sont surprises de ressentir un sentiment de libération lorsque l’être cher décède, accompagné d’un sentiment de solitude.

 

La mort d’un enfant

Perdre un enfant est l’une des pertes les plus difficiles à vivre. Les réactions et les sentiments sont d’une grande intensité.

De nombreuses familles qui ont vécu la perte d’un enfant ont fait part de leur besoin d’avoir un soutien de leur famille, leurs amis et leur entourage. Il n’y a sans doute pas d’expérience plus difficile pour un parent que de perdre un enfant, quel que soit l’âge de l’enfant, quelle que soit la cause de son décès, cela semble injuste, même irréel.

La perte d’un enfant dans notre société est perçue comme un événement des plus tragiques, et cette perte peut affecter tous les rapports avec l’entourage, que ce soit avec le conjoint, avec les autres enfants et aussi avec l’entourage.

 

Lhomicide

Perdre un être cher suite à un acte criminel ou violent est dévastateur. Dans de telles circonstances, le deuil peut être perturbé par un certain nombre de facteurs [par exemple, la couverture médiatique, les réactions des autorités responsables de l’application de la loi, la manière dont la famille et les amis réagissent].

Colère, frustration, incompréhension, injustice.

Dans le cas d’un homicide, il faut surmonter le deuil, et affronter des éléments qui rappellent constamment la manière dont l’être cher est décédé : procès, peine de prison ou libération conditionnelle du meurtrier, etc.

 

Le suicide

Le suicide d’un être cher peut être source d’un fardeau supplémentaire pour les amis et la famille.

Des émotions intenses surgissent comme la culpabilité, la honte, la colère, mais aussi de la frustration ; chacun cherche à comprendre les motivations de ce suicide. Il est difficile de se rappeler les bons moments vécus dans ce questionnement.

Pour beaucoup de personnes, le suicide est déshonorant ou un acte suspect, certains évitent les familles de suicidés, d’autres les blâment, ou les jugent.

 

Les pertes multiples

La personne peut être submergée par les émotions en cas de perte de  plusieurs êtres chers en peu de temps, ayant l’impression de ne pas encore avoir eu le temps de faire son deuil.

Les sentiments et les réactions semblent se confondre. Elle se sent vidée, incapable de se concentrer. Une deuxième perte devient difficile à comprendre.

 

             
                            Nietzsche   


Puisque je ne pouvais m'arrêter pour la Mort —
Ce Gentleman eut la bonté de s'arrêter pour moi —
Dans la Voiture il n'y avait que Nous —
Et l'Immortalité.
En réponse à sa Civilité ,

Nous passâmes l'École, où les Enfants s'efforçaient
De faire la Ronde — à la Récréation —
Nous passâmes les Champs de blé en nous dévisageant —
Nous passâmes le Soleil Couchant —

Ou plutôt — c'est Lui qui Nous dépassa —
Les Rosées tombèrent frissonnantes et Froides —
Car ma Robe n'était que de Gaze —
Mon Étole — de Tulle —
Nous fîmes halte devant une Maison qui semblait
Un Gonflement du Sol —
Le Toit était à peine visible —
La Corniche — Enterrée —
Depuis — ça fait des Siècles — et pourtant
Cela paraît plus court que le Jour
Où je me suis doutée que la Tête des Chevaux
Était tournée vers l'Éternité

Emilie Dickinson

"                         
             

 

Le processus de deuil

Les expériences du deuil ne sont pas toutes vécues de la même façon. Il n’existe pas de modèle unique, mais un processus propre à chaque individu. On peut esquisser schématiquement les étapes les plus présentes dans ces expériences douloureuses.

 

- Après le choc, la sidération

La sidération est l’impossibilité d’analyser l’information. La personne est figée par l’inattendu.

Elle est la première phase lors de l’annonce du décès. La personne reste comme hébétée, figée, incapable de présenter une quelconque réaction. À l’annonce de la nouvelle de la perte, la personne ressent un choc dont l’intensité sera liée à l’imprévisibilité de l’événement, à sa proximité avec le décédé. On est comme tétanisé ou on peut ressentir une sensation de froid et même être pris d’un rire ou d’une crise de larmesincontrôlables.

La sidération est un processus de sauvegarde pour échapper aux émotions et à la mort. Cette phase de sidération permet d’accueillir mentalement cette information au goutte-à-goutte.

 

- Le déni cognitif, le déni de la mort

Après l’effet paralysant du choc se met généralement en place, sur le plan psychologique, un processus de déni cognitif, qui protège l’endeuillé d’un envahissement émotionnel trop intense et se manifeste par la négation de la réalité de la perte, comme les blessés physiques graves (par exemple amputés d’un membre) : l’impact du traumatisme ne permet pas de ressentir la douleur immédiatement, et ce n’est que graduellement que la sensibilité revient.

Le déni s’apparente à une forme d’anesthésie émotionnelle qui permet de prendre les choses en main et de parer au plus urgent comme organiser les rites funéraires ou faire face aux conséquences immédiates.

C’est le refus complet de reconnaître la réalité d’une perception traumatisante.

 

- Incrudilité

L’incrédulité suit les deux premières phases, qui passent souvent très rapidement. La personne est partagée entre le réel et le fait de ne pas y croire (travail de ses affects qui refusent cette nouvelle)

 

- La colère

Progressivement, les émotions vont revenir, et c’est la colère [ou protestation] qui risque de se manifester en premier, induite par un senti ment d’abandon, de manque, d’injustice et de solitude.

La douleur créée par cette annonce devient de plus en plus intense. Beaucoup de personnes ressentent de la colère après la mort d’un être cher. Certaines sont en colère contre la personne décédée, surtout en cas de suicide ou de comportement risqué.

D’autres en veulent à Dieu, à un pouvoir d’une force supérieure ou à un être spirituel selon leur foi.

Certains vont exprimer leur colère à travers des mots, d’autres à travers des actes. Par exemple, ils peuvent s’en prendre aux amis, à la famille, aux professionnels de santé ou à d’autres personnes comme les survivants d’un accident.

 

- L’ agressivi

L’individu va réagir avec agressivité envers tout son environnement immédiat et particulièrement vis-à-vis de celui ou de celle qui vient annoncer le décès. Les premiers moments de stupeur passés, l’individu va essayer de repousser la réalité hors de lui par une réaction violente, espérant que cette information ne l’atteindra pas ou ne le submergera pas.

Il arrive que la personne ayant subi la perte cherche un bouc émissaire et dirige sa colère contre le responsable du décès, contre le médecin, ou contre soi-même. Elle peut aussi éprouver de la peur, voire une angoisse et un sentiment d’incapacité à affronter la situation, car son monde vient brusquement de se modifier.

 

Sentiments de culpabilité

La personne peut exprimer un sentiment de culpabilité vis-à-vis de la personne disparue, par des reproches adressés à elle-même ou des regrets. Je suis coupable du décès, je suis coupable de ne pas l’avoir empêché. Je me rends compte que je suis coupable, responsable.

Le sentiment de culpabilité est l’élément central autour duquel peut se fixer tout le travail de deuil. Ce sentiment peut être destructeur, car, dès qu’il survient, il se nourrit très facilement de tous les reproches entendus.

La personne peut se faire des reproches lorsqu’elle pense qu’elle est sortie de la règle morale imposée par l’environnement, intériorisée à travers les interdits culturels, religieux et sociaux.

Certaines personnes pourraient vouloir blâmer une personne [par exemple, un ami, un membre de la famille, un professionnel de santé] ou autre chose [comme le système de santé] pour tout ce qui est arrivé.

Le sentiment de culpabilité peut être créé par les reproches adressés par l’environnement, par des phrases accusatrices ou par des comportements.

 

La dépression réactionnelle

S’ensuit une période plus ou moins longue de dépression qui se caractérise par une réaction émotionnelle intense et profonde de tristesse, de chagrin, de désolation et d’impuissance, avec l’impression que le deuil ne finira jamais.

Humeur négative, inhibition de l’élan vital, anxiété exacerbée, labilité du caractère,  troubles du sommeil [insomnie ou hypersomnie], rêves, cauchemars, fantômes, idées bizarres, somatisation.

Cette étape est décisive, difficile à supporter tant pour la personne que pour l’entourage.

Dans ce type de dépression, l’état de tristesse est prédominant alors que le ralentissement psychique et physique est peu marqué, à la différence de la dépression ordinaire.

L’anxiété est intense, mais la réactivité aux événements extérieurs persiste. La dépression va durer de nombreuses semaines ou mois avec de grandes variations dans l’intensité.

Il s’agit d’accepter et d’intégrer la perte, d’accepter et de faire face.

Durant cette étape, la personne endeuillée a besoin de soutien, de l’affection de ses proches qui devraient l’écouter et de l’inciter à prendre soin de sa santé. Le stress provoqué par le deuil peut engendrer des complications graves.

 

Les changements physiques

Le deuil peut drainer toute votre énergie. Il peut modifier le sommeil, provoquant de l’insomnie, de la lassitude, de l’épuisement, et même des cauchemars. L’endeuillé peut perdre ou prendre du poids à cause de variation dans l’appétit. Certaines personnes peuvent souffrir de problèmes digestifs [nausées, vomissements, diarrhée ou constipation].

D’autres personnes se plaignent de maux de tête, de douleurs, ou de manque d’énergie.

 

Acceptation

S’installent d’abord une acceptation intellectuelle où l’endeuillé réalise que ce qui s’est passé est inéluctable, puis une acceptation globale au moment où la perte est complètement intériorisée. L’acceptation n’est pas une démission, mais le franchissement d’un seuil nouveau, se pardonner à soi-même ou aux autres de ne pas avoir pu empêcher la perte. C’est une création d’une identité différente, un lien nouveau permettant la  ré alliance avec le défunt et avec sa mémoire.

 

Fin du deuil

On identifie le terme ou fin du deuil quand des désirs de renouveau sont acceptés consciemment et même recherchés et que la personne est à nouveau disponible pour de nouveaux attachements ou de nouveaux projets.

Il n’existe pas réellement de fin du deuil. On peut parler d’étape nouvelle quand l’endeuillé a trouvé un nouvel équilibre sans trop de tristesse. Cette étape sera atteinte quand le sentiment de culpabilité sera levé. L’être perdu prendra une place nouvelle. Son souvenir s’intégrera dans la mémoire historique de la famille.

Une fois le processus de deuil achevé, la perte peut prendre sens à nouveau. C’est le fait de prendre conscience de tout ce qu’on a reçu de la relation avec la personne disparue.

Il peut arriver que certains deuils soient plus difficiles à réaliser.

 

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Sommes-nous des êtres agressifs et violents ?

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Agression est un mot que nous utilisons tous les jours pour caractériser le comportement des autres et parfois le nôtre. Nous disons que les gens sont agressifs, s’ils crient, hurlent ou frappent, s’ils conduisent dangereusement, ou s’ils se fracassent leurs poings sur la table de frustration. Depuis l’antiquité, l’agressivité et la violence font partie des problèmes de toute société humaine.

 

 

 

Difficultés de définition

 

 

L’agressivité varie d’une culture à l’autre, d’une époque à l’autre et d’une personne à l’autre. Il est important de comprendre qu’il s’agit d’une question culturelle, sociétale, juridique et psychologique à la fois.


Certains actes violents, tels les blessures durant un match sportif ou le meurtre de soldats ennemis lors d’une guerre, pourraient ne pas être considérés comme une agression. Aux états Unis, une certaine dose de violence interpersonnelle (les bagarres) est tolérée, en France, une certaine dose de violence contestataire est culturellement tolérée (violence des manifestants).
L’agression est difficile à définir. Psychologues sociaux, juges, législateurs et avocats passent beaucoup de temps pour déterminer ce qui devrait et ne devrait pas être considéré comme de l’agression. Les psychologues sociaux définissent l’agression comme un comportement qui vise à nuire à une autre personne qui ne souhaite pas être agressée.


Le même comportement est agressif ou non, selon l’intention, et le contexte. Les dommages intentionnels sont plus punissables que les dommages non intentionnels, même lorsque les dommages sont identiques.
Cette définition exclut certains comportements agressifs. Par exemple, un joueur de rugby qui casse accidentellement le bras d’un autre joueur ou un conducteur qui heurte accidentellement un piéton. Pas d’agressivité, car il n’y pas d’intention.


Les psychologues sociaux utilisent le terme violence pour désigner l’agression qui a pour objectif des dommages physiques, tels que des blessures ou la mort. La violence est un sous-groupe de l’agression. Les actes violents sont agressifs, mais seules les agressions qui visent à causer des dommages sont violentes.


Le niveau d’intention crée la distinction juridique et parfois psychologique entre deux types d’agression.

 

L’agressivité doit être distinguée de la colère, qui est une réaction émotionnelle à un événement, mais qui peut demeurer une émotion. Ce n’est pas parce que quelqu’un est en colère qu’il agira et adoptera un comportement agressif.

 

Les types d’agression

 

-Agression émotionnelle ou impulsive

 


L’agression émotionnelle ou impulsive se produit avec une petite dose de méditation ou d’intention et qui est déterminée par des émotions impulsives. L’agressivité émotionnelle est le résultat des émotions négatives du moment. L’agression n’est pas vraiment destinée à créer des résultats positifs. Exemple : L’amant jaloux qui se déchaîne de rage ou les fans de sport qui vandalisent les magasins et détruisent les voitures autour du stade après la défaite de leur équipe.

 

 

- Agression instrumentale ou cognitive

 


L’agression instrumentale ou cognitive est une agression intentionnelle et planifiée. L’agressivité instrumentale est plus cognitive (plus penser) qu’affective (émotionnelle) et peut être froide et calculatrice. L’agression instrumentale vise à nuire à quelqu’un pour gagner quelque chose : attention, récompense, ou pouvoir.
Il est parfois difficile de faire la distinction. L’agression émotionnelle est traitée différemment dans le système juridique (avec des conséquences moins graves) de l’agression cognitive préméditée.


Toute agression est en partie cognitive parce qu’elle sert certains besoins de l’auteur. Il est plus utile de considérer l’agression émotionnelle et instrumentale comme un continuum.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a défini la violence dans son rapport de 2002 comme « L’usage intentionnel de la force ou du pouvoir physique, réel ou sous forme de menace, contre soi-même, contre une autre personne, ou contre un groupe ou une communauté, qui entraîne ou a une forte probabilité d’entraîner des blessures, la mort, un préjudice psychologique, ou une privation ».

 


Agression relationnelle

 


Cette agression se produit lorsque des efforts sont déployés pour nuire aux relations d’une autre personne et peuvent inclure : propagation de rumeurs, les injures, l’ignorance d’une personne ou l’exclusion sociale. Cette agression englobe d’autres formes d’agression qui sont apparues comme la cyber intimidation, et le harcèlement en ligne, sur médias sociaux, e-mails, forums de discussion, ou SMS, pour humilier, embarrasser, intimider ou menacer quelqu’un pour obtenir le pouvoir et le contrôle.


Si toutes les cultures punissent l’agression préméditée ou involontaire, dans certains pays, l’agression en ligne est punie, c’est le cas en France depuis plusieurs mois. Cette notion ne fait pas consensus dans les autres cultures considérant que la victime peut échapper en changeant de forum ou de site ou arrêter son internet.

 

Origine de l’agressivité : inconnue

 


Se demander ce qui cause l’agressivité ou la violence revient donc à se demander ce qui cause réellement le cancer.
Il n’existe aucune réponse valable et scéniquement prouvée sur l’origine de l’agressivité et de la violence, individuelles ou collectives. Les analyses et les réponses proposées sont généralement influencées par l’idéologie et par la culture. La recherche révèle des influences biologiques, psychologiques et socioculturelles sur le comportement agressif.

 

Facteurs psychologiques et socioculturels de l’agressivité

 


— La souffrance et la frustration

 


Dans les expériences de laboratoire, les personnes rendues malheureuses cherchent à rendre les autres malheureux. Ce phénomène est explicable par le principe de frustration-agression : la frustration engendre la colère, qui peut déclencher l’agression. Le lien entre la frustration et l’agression a été illustré par une analyse des compétitions sportives. Les joueurs frustrés sont plus agressifs. La douleur physique rend les personnes agressives aussi.

 

 

— La température

 


Les taux de criminalité violente et de violence conjugale sont plus élevés pendant les jours les plus chauds.
Des études d’archéologie, d’économie, de géographie, de sciences politiques et de psychologie convergent pour constater que, tout au long de l’histoire de l’humanité, des températures plus élevées ont prédit une augmentation de la violence individuelle, des guerres et des révolutions.
Selon certains, un réchauffement planétaire de 2 degrés Celsius pourrait induire des dizaines de milliers d’agressions et de meurtres supplémentaires, ajoutés à la violence provoquée par la sécheresse, la pauvreté, l’insécurité alimentaire et la migration climatique.

 

 

— Surpeuplement

 

Le surpeuplement se produit lorsque nous pensons que nous n’avons pas suffisamment d’espace et peut entraîner du stress. Cela peut à son tour conduire à l’agression, comme l’ont montré des études sur les boîtes de nuit, et les prisons.

 

 

— Imitation

 


L’apprentissage peut modifier les réactions naturelles. Le comportement est renforcé en observant les autres. Les enfants dont l’agressivité a réussi à intimider d’autres enfants peuvent devenir des enfants cruels et agressifs. Pour favoriser l’émergence d’un monde moins violent, il est préférable de récompenser la sensibilité et la coopération dès le plus jeune âge.

 

 

— Insatisfaction

 


Les taux de criminalité sont plus élevés en cas d’insatisfaction. Les époques et les sociétés marquées par une grande disparité entre riches et pauvres sont plus violentes. Aux États-Unis, les familles dans lesquelles les pères sont peu impliqués présentent des taux de violence plus élevés. Les jeunes hommes américains issus de foyers sans père sont deux fois plus incarcérés que leurs pairs.

 

 

— Honneur viril, et culture de l’honneur

 


Dans certaines cultures, on attend des individus qu’ils protègent leur réputation, leur famille ou leurs biens en répondant aux menaces, aux insultes et aux affronts par la violence. C’est ce qu’on appelle une culture de l’honneur. Ce genre de culture est interdépendant, le regard des autres compte, et l’insulte devient une affaire collective. Aux états unis, les villes riches de traditions écossaises et irlandaises, mettant l’accent sur l’honneur viril, sont plus violentes ont des taux d’homicide trois fois plus élevés que les autres et sont plus favorables à la punition physique des enfants, aux guerres et à la possession d’armes à feu.

 

agressivite homme agressif

 

Facteurs génétiques, hormonaux et nerveux

 

 

— Système nerveux

 


La zone cérébrale la plus impliquée dans l’agressivité est l’amygdale. Les personnes agressives ont une réduction de 16 à 18 % du volume de l’amygdale. L’amygdale est une région du cerveau responsable de la régulation de nos perceptions et de nos réactions à l’agressivité et à la peur. L’amygdale a des liens avec d’autres systèmes corporels liés à la peur, notamment le système nerveux sympathique, les expressions faciales, le traitement des odeurs et la libération de neurotransmetteurs liés au stress et à l’agressivité.


L’amygdale est activée par des stimulations que nous considérons comme menaçants et suscitant la peur. Lorsque nous vivons des événements dangereux, l’amygdale stimule le cerveau à se souvenir des détails afin que nous apprenions à les éviter à l’avenir.
Bien que l’amygdale nous aide à percevoir et à réagir face au danger, cela peut aussi nous conduire à l’agression, d’autres parties du cerveau servent à contrôler et à inhiber nos tendances agressives comme le cortex préfrontal. Ces interactions sont peu comprises.

 

 

— Génétique

 


Il n’existe pas de corrélation directe entre la génétique et le comportement agressif. C’est l’interaction entre les facteurs biologiques et environnementaux qui rend plus ou moins enclin à l’agressivité.
L’hérédité semble jouer un rôle. La relation exacte entre les gènes et l’environnement dépend du type d’agression étudié.
Le gène de la monoamine oxydase A (MAOA), qui contribue à la dégradation de neurotransmetteurs tels que la dopamine et la sérotonine, est appelé « gène du guerrier ». Les personnes qui ont une faible expression du gène MAOA ont tendance à se comporter de manière agressive lorsqu’elles sont provoquées. Ce constat est inconstant et contre dit par d’autres expériences.

 

 

— La testostérone

 


Des niveaux élevés de testostérone, de faibles niveaux de cortisol pourraient avoir un lien un comportement agressif. Les niveaux de sérotonine ont un rôle à jouer dans le contrôle du comportement.
La testostérone, lorsqu’elle est présente à des niveaux élevés, ainsi qu’une masse corporelle importante, entraîne des niveaux plus élevés d’agressivité physique en particulier dans les situations où l’agressivité physique mène à la domination sociale.
Des recherches menées sur une variété d’animaux ont trouvé une forte corrélation entre les niveaux de testostérone et l’agressivité. Cette relation est plus faible chez les humains. Des études ont montré une relation positive entre la testostérone et l’agressivité et les comportements associés (tels que la compétitivité) chez les femmes.
Il faut garder à l’esprit que les relations observées entre les niveaux de testostérone et le comportement agressif ne prouvent pas que la testostérone provoque une agression.

 

 

— Consommation d’alcool

 


La consommation excessive d’alcool est impliquée dans de nombreux actes et crimes violents. L’alcool perturbe les capacités cognitives qui aident à planifier, à organiser, à raisonner, et à contrôler les émotions. Lorsque les gens sont ivres, ils deviennent plus centrés sur eux-mêmes et moins conscients de la situation sociale, un état connu sous le nom de myopie alcoolique. Ils sont moins susceptibles de remarquer les limites et contraintes sociales. L’alcool est un désinhibiteur. Sous son influence, les gens peuvent mal interpréter les actes et réagir en conséquence. L’alcool conduit à l’agressivité non pas en « appuyant sur l’accélérateur », mais en « paralysant les freins »

 

 

 

Des théories, des théories

 

— Théorie évolutionniste

 


Du point de vue de la psychologie évolutionniste, l’agressivité des humains, comme celle des primates, sert probablement à afficher une domination, à protéger un partenaire, et ses petits. Selon cette théorie, l’agressivité féminine est plus réfléchie, visant à parvenir à une fin. Par contre, en cas de défenses des petits, les femelles manifestent des niveaux d’agressivité assez élevés.

 

 

— Théorie cognitive

 

L. Berkowitz a développé sa théorie cognitive de l’agression basée sur les travaux de Freud. Sa théorie propose que l’incapacité d’atteindre l’objectif souhaité déclenche l’impulsion agressive. Selon cette approche, un état émotionnel négatif est à l’origine d’un comportement agressif.

 

— Théorie de l’apprentissage social d’Albert Bandura

 

La théorie de l’apprentissage social d’Albert Bandura propose que les influences extérieures deviennent une partie de notre répertoire comportemental à cause de l’imitation. En d’autres termes, vous commencez à vous comporter de manière agressive parce que vous voyez d’autres personnes le faire. Cela est particulièrement vrai si l’observateur s’identifie à la personne qu’il regarde et la considère comme un pair.

 

 

— Théorie d’Anderson et Bushman

 

Cette théorie prend en compte des facteurs biologiques, environnementaux, psychologiques et sociaux pour expliquer les comportements agressifs. Elle soutient que l’agressivité se produit en raison d’une interaction entre les traits personnels de l’individu et les stimuli externes qui activent une série de processus cognitifs et émotionnels.

 

 

— Théorie de l’instinct

 

Freud croyait que la motivation était pilotée par les instincts. Les instincts agressifs ont tendance à être réprimés dans l’inconscient en raison des normes sociétales. Freud a théorisé le concept de déplacement, c’est le cas quand nous canalisons un sentiment ou une pensée vers une cible de substitution. Par exemple, nous sommes en colère contre le patron. Au lieu de nous en prendre à ce patron, nous rentrons chez nous et adoptons un comportement agressif envers notre partenaire.

 

 

— Théorie de l’apprentissage

 

Selon cette approche, les enfants apprennent l’agressivité des parents. Un enfant utilise la force pour prendre le jouet d’un autre enfant. Il est heureux après, parce que le jouet lui plaît. À l’avenir, l’enfant adoptera le même comportement pour obtenir ce qu’il veut.

 

 

— Théorie de frustration-agression

 

 

La frustration, ou lorsqu’une personne est empêchée d’atteindre un objectif parce que quelque chose ou quelqu’un fait obstacle. La théorie frustration-agression est l’idée que l’apparition de la frustration conduit à l’agression. D’autant plus l’objectif est important, la frustration est grande lorsque les tentatives pour l’atteindre seront contrecarrées. La frustration provoque une pulsion d’agression et le passage à l’acte réduit la pulsion et rétablit l’équilibre.

 

 

— Théorie de l’excitation-transfert

 

 

Si en conduisant, vous avez failli avoir un accident, vous risquez de rester plusieurs heures tendu et en état de vigilance. Pendant ces heures, vous pouvez devenir agressif en raison d’une certaine frustration.

Cette théorie de l’excitation-transfert déclare que l’excitation physiologique se dissipe lentement, de sorte que nous pouvons être légèrement tendus quelques temps après l’événement. L’excitation résiduelle a conduit à des niveaux plus élevés d’agressivité ultérieure.

 

 

Personnalité et Agression

 

Il n’existe pas de personnalité type. Les psychologues utilisent la personnalité comme une explication du comportement agressif dans trois traits en particulier : le narcissisme, le machiavélisme et la psychopathie.
Le narcissisme est la tendance à rechercher l’admiration et un traitement spécial. Les personnes élevées avec ce trait sont centrées sur elles-mêmes, montrent beaucoup d’amour-propre et ont une faible empathie pour les autres.
Deuxièmement, le machiavélisme est un trait reflétant la volonté d’une personne de manipuler les autres.
La psychopathie fait référence à la tendance d’une personne à être insensible et impulsive et à exercer une mauvaise maîtrise de soi.

 

 

Rumination

 

La rumination est le fait de penser constamment à quelque chose. En matière d’agression, on peut s’attarder sur certains affronts contre nous, comme une insulte ou une agression physique. La recherche montre que la rumination augmente les chances de s’engager dans un comportement agressif. Une étude a révélé que ruminer une provocation provoquant de la colère, réduit la maîtrise de soi et peut entraîner une augmentation de l’agressivité.

 

 Rejet social

 

 

Les êtres humains ont un besoin fondamental d’appartenance et lorsqu’ils ne peuvent pas être satisfaits, cela devient douloureux et préjudiciable. Quand une personne est rejetée socialement, elle peut afficher des niveaux d’agressivité élevés. Les narcissiques sont plus en colère et plus agressifs contre quelqu’un qui les rejette, mais aussi contre des tiers innocents. Le rejet par les pairs et l’agressivité dans la petite enfance sont également un prédicateur de troubles ultérieurs de la conduite.

 

 

Les émotions négatives 

 

 

Si vous deviez essayer de vous rappeler les moments où vous avez été agressif, vous signaleriez probablement que beaucoup d’entre eux se sont produits lorsque vous étiez en colère, fatigué, souffrant, malade ou frustré. L’agression est encouragée par les émotions négatives que nous ressentons à la suite d’événements hostiles et par nos pensées négatives qui les accompagnent. Bien que la frustration soit une l’émotion négative principale dans l’agression, tout ce qui conduit à l’inconfort ou aux émotions négatives peut augmenter l’agressivité : douleur, l’ennui, échec.

 

 

Réduire les émotions négatives par un comportement agressif ?

 


Si nous sommes conscients que nous ressentons ces émotions négatives, nous pourrions essayer de trouver une solution pour nous empêcher de nous en prendre aux autres. L’idée que s’engager dans des actions agressives moins nocives réduira la tendance à agresser plus tard d’une manière plus nocive, connue sous le nom de catharsis, est une idée ancienne, mentionnée comme un moyen de diminuer la violence, Aristote parle de « purgation des passions » et c’est une partie importante des théories de Sigmund Freud.
La réduction des émotions négatives peut réduire la probabilité d’agression. Par exemple, si nous sommes capables de nous distraire de nos émotions négatives ou de notre frustration en faisant autre chose, plutôt que de ruminer, nous nous sentirons mieux et serons moins susceptibles d’agresser, mais selon les psychologues, cette technique ne fonctionne pas quand il s’agit de frustration profonde et sérieuse.
Adopter un comportement lié à la violence, comme frapper un oreiller, ou casser des assiettes augmente l’excitation. Il est préférable de simplement laisser la frustration se dissiper progressivement avec le temps ou de s’engager dans d’autres activités non violentes, mais distrayantes.

 

 

Châtiment pour faire face ? 

 

 

Les avantages de la punition sont multiples :
1) Si vous punissez chaque fois que la personne adopte un comportement indésirable ou problématique, elle cessera d’avoir ce comportement
2) La punition peut être incontestablement efficace et dissuader certains criminels de répéter leurs crimes.
3) Après que la punition ait été administrée plusieurs fois, elle n’est plus nécessaire, car la simple menace suffit pour induire le comportement souhaité.
4) La gravité n’a pas d’importance. Le simple fait d’être puni suffit la plupart du temps, pour tous.
5) Enfin, vous n’avez pas nécessairement à subir une punition de première main. Voir les autres punis pour avoir adopté un comportement que vous aviez envisagé de faire peut être suffisant.

 


Les inconvénients de la punition sont multiples aussi :
1) elle est souvent administrée de manière inappropriée, surtout dans un état de colère ou rage.
2) Le destinataire de la punition répond souvent par l’anxiété, la peur ou la rage et ces effets secondaires émotionnels se généralisent à l’ensemble de la situation.
3) L’efficacité de la punition est souvent temporaire, en fonction de la présence de la personne qui punit ou des circonstances.
4) La plupart des comportements sont difficiles à punir immédiatement et pendant le retard, le comportement peut être renforcé
5) La punition véhicule peu d’informations ; il ne dit pas à la personne comment agir.
6) Enfin, une action destinée à punir peut être renforçante.
Verdict final sur la punition ? La liste des inconvénients est beaucoup plus longue que la liste des avantages. Ceci explique pourquoi la punition seule ne réduit pas l’agressivité ni la violence.

 

 

S’éduquer, autodistanciation

 

La rumination après une provocation alimente la colère et peut conduire à des comportements agressifs. Une solution consiste à prendre de la distance. L’autodistanciation se produit lorsque notre expérience égocentrique est réduite. D’autres recherches ont montré que l’autodistanciation peut conduire à une autoréflexion adaptative sur les expériences de colère, de sorte que la personne se concentre moins sur ce qui lui est arrivé et davantage sur la reconstruction de l’expérience.

 

Solutions ?

 

Étant donné que de nombreux facteurs contribuent au comportement agressif, il existe de nombreuses façons de modifier ce comportement, notamment en apprenant à gérer la colère et à communiquer. Les solutions générales sont incapables de résoudre le problème de l’agressivité et de la violence qui trouve leur racine dans la personne : son enfance ; sa culture, son environnement, et sa personnalité.

 

 

Conclusion

 


Une note de conclusion heureuse : les tendances historiques suggèrent que le monde devient moins violent avec le temps. Les gens changent à travers le temps, l’espace et l’environnement. Les Vikings pillards et violents d’hier sont devenus les Scandinaves pacifistes et civilisés d’aujourd’hui. L’humanité est de moins en moins violente et les humains sont moins agressifs.

 

 

Références

 

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Bonheur individuel ou bonheur collectif

crise individualisme

Les débats de la dernière élection présidentielle française peuvent être interprétés comme un questionnement sur notre modèle de société, sur le bonheur individuel ou bonheur collectif. Le modèle social français est la traduction de cet équilibre recherché entre l'individuel et le collectif.

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Plusieurs siècles d'individualisme


" Le bonheur terrestre est où je suis" disait Voltaire dans son poème ", Le mondain" en 1736.


Les égyptiens et les Grecs privilégiaient l'harmonie collective au bonheur individuel. Le bonheur individuel pour Platon, Confucius ou bouddha ne peut être conçu en dehors d'une cité, d'une communauté.
Pour les philosophes du XVIIIe siècle, le bonheur individuel promis dans la déclaration d'indépendance américaine, et dans la déclaration universelle des droits de l'homme devenait un grand projet. Améliorer le bien-être individuel dans une société plus juste et plus respectueuse des personnes.


Au début du XXe siècle, le retour du bonheur collectif réapparait sous forme d'idées communistes galvanisant les personnes qui croient que le bonheur collectif devrait être un idéal pour chaque humain.
À la fin des années 60, on note une extension des libertés individuelles dans une société de compétition et de consommation. Les individus deviennent occupés par eux-mêmes, par la satisfaction de leurs propres désirs, par l'espoir de s'enrichir et de réussir. Pour la première fois, le lien entre le bonheur individuel et le bien commun est rompu.

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Les critiques de l'individualisme


Dans son essai " L'Ère du vide " Gilles Lipovetsky analyse cette seconde révolution individualiste. L'individu qui était imprégné de grands idéaux collectifs, devient progressivement individualiste occupé par la quête d'un plaisir immédiat, d'une réussite personnelle, et de la défense de ses propres intérêts.
Dans les années 2000, Michel Houellebecq ne se montre pas tendre non plus, avec des personnages individualistes, égoïstes, apathiques, frustrés, cyniques, hédonistes, narcissiques et désabusés. Dans ses romans, Houellebecq cherche les limites de cet individualisme, qui risquerait, selon son approche, de mettre les liens humains en danger, y compris les liens les plus intimes, les liens du couple et de la cohabitation entre hommes et femmes. Avec un pessimisme excessif, il décrit une société dangereuse où les désirs instinctifs sont libérés produisant un nihilisme sans précédent.
Dans ces années, d'autres courants de pensée ont commencé à gagner leur place en Occident, comme les courants du développement personnel, la psychologie positive, le retour d'une certaine sagesse orientale. La conscience écologique est parfois utilisée pour montrer les limites de ces courants individualistes.
Depuis quelques années, certains courants politiques de gauche comme de droite, nationalistes, souverainistes critiquent l'individualisme au nom de la solidarité ou au nom de l'état-nation.      

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Le bonheur collectif et le modèle social


Aujourd'hui les catégories sociales sont bousculées, les ouvriers sont moins nombreux, privant le communisme de sa classe laborieuse, les femmes travaillent de plus en plus, les rôles sociaux éclatent, les institutions de socialisation comme la famille ou l'école se transforment. Les politiques sociales se déplacent vers l'individu.
Les liens primaires (famille, village, travail) ont disparu. Les liens sociaux, liés aux solidarités de classes et d'appartenance religieuse et sociale, sont fragiles. L'égalité s'oppose à l'autorité, l'ouverture s'oppose à la fermeture, le droit au devoir.  La société moderne est paradoxale : l'individu est célébré pour son autonomie, mais l'individualisme est perçu comme un vice, comme un égoïsme, comme une destruction du lien social.  


L'individualisation est devenue une valeur, la démocratie doit considérer sérieusement cette donne, au risque de perdre le soutien des électeurs.


Comment faire quand l'individu préfère la propriété, le parcours individuel à la contribution collective ? Les décisions autoritaires comme augmenter les impôts au nom de la solidarité ou de l'égalité, finissent par rendre le pouvoir impopulaire, et les sanctions électorales suivent.


Comment l'Etat-providence peut-il demeurer garant du bien-être commun et individuel quand l'individu contemporain se montre sceptique à l'endroit de l'Etat et de son efficacité. Les Français critiquent l'état et tissent désormais des réseaux sociaux où l'affectivité et l'entre-soi prévaudraient sur le grand collectif sous forme d'associations, et de réseaux d'entre-aide.

Pour se développer dans nos sociétés, l'individu a besoin d'être soutenu par un système politique personnalisé. Les droits sociaux ne peuvent plus être vus comme des formes d'assistanat généralisé ou égalitaire, mais plutôt comme des leviers de reconnaissance et d'expression individualisés. L'Etat social pourrait fournir un cadre collectif propice au développement de l'individu : formation professionnelle, accompagnement, médiation, aide en cas d'accidents etc.

Le modèle social pose la question de l'individuel et du collectif. Quelles sont les limites entre l'individualisme et la solidarité ?
Comment le modèle social pourra-t-il prendre en compte la vie personnelle, et ses aléas, comme les problèmes liés à la séparation des couples, et la nécessité pour les parents de trouver des solutions sur le plan personnel et professionnel. Le modèle social devrait également répondre aux besoins grandissants en formation et apprentissage dans une société en constante évolution.


Dans une société individualiste, il est important de personnaliser la solidarité, et de mieux fixer les limites entre l'individu et le collectif.

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