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Encyclopédie: sexologie et couple

Lesbianisme au XIXe siècle

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Lesbianisme au XIXe siècle

Le lesbianisme est un terme inventé au XVIIIe siècle, faisant référence à l'île de Lesbos pour décrire des relations émotionnelles et sexuelles entre deux femmes. Au XIXe siècle, ce terme va remplacer progressivement dans les livres de médecine, ou de sexologie, d'autres termes plus anciens comme amitié entre femmes, amitiés romantiques ou amitiés amoureuses. Nous ne pouvons pas parler d'une identité lesbienne au XIXe siècle. Il s'agit d'une progression lente vers l'identification de cette orientation sexuelle.

Cette progression sera surveillée par un puissant système de valeurs culturelles et morales, car la pureté sexuelle et la vertu continuent à être valorisées afin de protéger la famille et la filiation.



Émergence de la sexualité féminine
Les amitiés romantiques étaient nombreuses au XIXe siècle en Europe, impliquant des femmes célibataires ou des femmes mariées qui entretenaient des relations intimes avec d'autres femmes. Ces relations étaient acceptées à cette époque.

L'émergence de la sexualité féminine comme une entité valide et définissable au XIXe siècle changera progressivement la condition féminine et l'approche scientifique du corps féminin. Ces avancées scientifiques, associées à l'instruction des femmes et à leur indépendance économique vont créer une femme nouvelle en Europe, une femme active dans les classes moyennes et dans les classes supérieures.
Cette femme " nouvelle " avancera vers une autre indépendance, celle vis-à-vis du mariage, puis vis-à-vis de la maternité. On retrouve de nombreux documents attestant la présence des relations lesbiennes dans ce groupe de femmes indépendantes. Les liens entre les mouvements féministes et les mouvements des lesbiennes vont être étroits dès la fin de XIXe siècle et au début de XXe, tantôt en alliance pour revendiquer l'égalité homme femme, tantôt en divergence ou en hostilité à propos du couple et de la place de l'homme dans la société. Certains courants du mouvement lesbien contribueront au début du XXe siècle à la naissance des mouvements féministes radicaux, affichant une hostilité militante vis-à-vis du couple hétérosexuel, et parfois aussi, vis-à-vis des hommes.
La structure familiale au XIXe siècle continue à avoir un caractère patriarcal en dépit de participation grandissante des femmes dans la vie économique. L'homme est le chef de la famille, en raison de son travail. Il est responsable économiquement et juridiquement de sa famille, et de sa femme qu'il prend sous sa responsabilité, il jouit d'une autorité parentale garantie par la loi.



Médicalisation : l'homosexualité devient une maladie
Ces évolutions culturelles et économiques ont commencé par créer d'autres formes de couples, où des femmes indépendantes économiquement et socialement cohabitaient avec d'autres femmes. Aux États-Unis, au XIXe siècle on a nommé cela le " mariage de Boston " pour désigner des femmes célibataire en couples. Ces cohabitations n'étaient que l'exception, ces couples étaient accompagnés d'une perte de respectabilité sociale, de stigmatisation et d'isolement.
Le XIXe siècle va être le témoin des avancées spectaculaires de la science, et de la médecine. Ces avancées scientifiques vont engendrer un résultat inattendu concernant la sexualité en général, et la sexualité féminine en particulier. Le désir sexuel féminin devient une réalité scientifique prouvée et documentée. Par contre, nous allons assister à une médicalisation du comportement sexuel, pour la première fois dans l'histoire.

Dans le cas d'une femme exprimant un désir sexuel intense, le terme utilisé n'est plus immoral ou pervers, mais " nymphomane ". Cette médicalisation n'était pas seulement théorique. On retrouve de nombreuses publications scientifiques analysant ces maladies nouvelles. Une fille de 17 ans souffrant de crises d'épilepsie a consulté le médecin en suivant le conseil de sa mère qui se plaignait d'un comportement trop sexualisé de sa fille. Après un examen clinique, le médecin fait un examen gynécologique. Au XIXe siècle, l'aspect de la vulve, et du col utérin était considéré comme un élément important au diagnostic. Le médecin conclut à une maladie mentale nommée " excitation sexuelle incontrôlable ".
L'intrusion de la médecine dans la sexualité va affecter la sexualité féminine et masculine. Définir un comportement sexuel normal ou anormal devient un acte médical et non plus un acte philosophique ou religieux comme par le passé. La distance entre le normal et l'anormal est bien réduite en cas de comportement sexuel féminin. La masturbation est considérée comme un abus contre soi, l'homosexualité féminine comme une maladie ou une déviance.
Un comportement sexuel trop provocateur pouvait être considéré comme une maladie mentale ou psychiatrique, suivi d'un traitement pouvant aller jusqu'à l'ablation du clitoris, de l'utérus ou par une ligature des trompes. La rareté des documents relatifs à l'exécution de ces traitements extrêmes peut indiquer le caractère exceptionnel de ces traitements.

Le XIXe siècle a défini pour la première fois le lesbianisme et l'homosexualité féminine, à travers des études et des recherches de médecins et de sexologues. Au début de ces recherches, de nombreuses protestations critiquaient le classement des personnes selon leurs inclinations sexuelles, parlant de stigmatisation et de désignation.

Pour la première fois, Richard Von Krafft-Ebing, professeur de psychologie, et fondateur de la sexologie moderne, va tenter de tracer les limites entre les amitiés romantiques féminines et l'homosexualité féminine. Il a publié en 1886 son livre " psychpathis sexualis " dans lequel, l'homosexualité féminine sera reconnue, validée, classée, pour la première fois, dans les déviances sexuelles.
Un autre médecin allemand Karl Westphal va décrire le lesbianisme comme un sentiment sexuel contrarié. Havelock Ellis va rédiger le premier livre en anglais sur la sexualité. Son livre " sexual Inversion " publié en 1896 analyse le lesbianisme, pour formuler sa conclusion : le lesbianisme n'est pas une maladie, n'est pas un crime. Selon lui, l'environnement social qui sépare les filles des garçons dans les écoles peut être responsable de la naissance de l'homosexualité féminine. Il a distingué les vraies lesbiennes, des femmes ayant des expérimentations homosexuelles ou une curiosité homosexuelle. Par contre, il a noté que les femmes cherchant à voir un aspect masculin, ou un comportement social masculin pour séduire les autres femmes peuvent être classés dans la déviance sexuelle.

L'homosexualité féminine est admise à la fin de XIXe siècle, sera considérée comme une lésion " borderline " entre curiosité sexuelle et déviance sexuelle.
Les travaux de cette science nouvelle du XIXe siècle, la sexologie, commencent à détecter une ressemblance entre lesbianisme et prostitution. En 1836, Alexandre Jean-Baptiste Parent - Duchatelet publie son livre : " de la prostitution dans la ville de Paris ", dans lequel il souligne que 25 % des prostituées à Paris ont eu des expériences lesbiennes. Il attribuait cette tendance homosexuelle au comportement des clients masculins des bordels. Dans son livre psychopathia sexualis, Richard Von Krafft-Ebing partage l'opinion de Duchatelet en suggérant que les prostituées peuvent devenir homosexuelles, par dégoût de la sexualité avec les hommes, ou par la recherche d'un plaisir indisponible dans les relations avec les clients des bordels.

Ref
Groneman C : nymphomania, in Deviant bodies, Edit Terry & Urla, Indiana university press, 1995
Saul Jennifer: feminism: issues & arguments. Oxford university press, 2003

 

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