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HPV : Fréquence et lésions

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HPV : Fréquence et lésions

Le terme HPV désigne le virus du papilloma humain. C'est un ensemble, une grande famille de virus spécifiques à l'espèce humaine. Il existe d'autres HPV qui affectent les mammifères, les oiseaux, et les reptiles.

Quand on dit HPV, on parle d'un virus, de plusieurs virus et ou d'une maladie précise ?
Actuellement, on a identifié plus de 100 types de papillomavirus, qui peuvent être divisés en catégories selon les organes touchés. Certains virus affectent la peau, d'autres affectent les muqueuses. Les maladies provoquées par l'infestation de ce virus varient de simples lésions verruqueuses, à des lésions malignes surtout au niveau du col utérin, et des voies respiratoires.

Pour simplifier, comment peut-on imaginer la structure du papillomavirus humain ?
Le papillomavirus humain est une petite structure ronde, composé de gènes de type ADN entourés d'une capsule formée de protéine. Chaque catégorie de virus est capable d'affecter des tissus bien précis en raison de la spécificité des protéines présentes dans la capsule. Par exemple, les lésions verruqueuses cutanées sont associées avec le HPV de types 1,2 et 4. Le condylome est associé avec HPV de type 6,11. Les lésions précancéreuses du col utérin sont associées avec HPV de type 6, 11, 16,18. Les lésions cancéreuses sont associées essentiellement avec HPV 16 et 18.

On lit que la contamination par le HPV se passe par un contact intime, mais sur le plan microscopique, comment un virus se transmet-il de la cellule de l'homme à sa partenaire sexuelle par exemple ?
Selon les connaissances actuelles, ce virus existe dans de nombreuses cellules de la muqueuse, dans les cellules basales (les cellules plus profondes), dans les cellules intermédiaires et dans les cellules superficielles. Le virus existe également sous forme de virion (ADN) à la surface de la zone lésée. Le contact entre cette zone lésée et une zone saine favorise la transmission, surtout en cas de microtraumatismes, ou en cas d'abrasion. Cela explique la possibilité de la contamination par HPV en cas de contact intime comme le contact entre le pénis et la vulve, sans pénétration, ou le contact entre le pénis, le doigt, et le vagin.

Après le contact entre une zone saine et une zone affectée par l'HPV, que se passe-t-il exactement ?
Selon les études actuelles, la durée moyenne entre le contact avec le virus et la détection d'une lésion est de 9 à 12 mois. Après un contact intime avec le virus, la lésion évolue vers la guérison dans 80 à 90 % des cas. Le virus disparaît, le tissu reprend son aspect normal. Dans 20 % des cas, on retrouve une lésion provoquée par le papillomavirus.
Dans certains cas, on retrouve une lésion virale active après une durée de trois à quatre mois. La durée d'incubation, c'est-à-dire la durée entre le contact avec le virus et l'atteinte du tissu ou de l'organe peut varier selon le type de virus. En cas de HPV à haut risque de malignité, la durée d'incubation est plus longue. Après l'atteinte de la cellule, le virus peut disparaître, ou continuer à altérer la cellule qui passe d'une cellule normale pour devenir une cellule dysplasique (cellules avec atypique) et parfois vers une cellule cancéreuse.

Quand une femme est infectée par le HPV, est-ce qu'elle a un HPV d'un seul type, ou elle peut avoir plusieurs types d'HPV à la fois ?
L'infection concomitante par plusieurs génotypes d'HPV est fréquente, influencée par l'âge, par le comportement sexuel, et par l'immunité de la personne. Il existe des tests qui détectent 37 génotypes d'HPV à la fois. Ces tests révèlent que 30 à 65 % des personnes détectées HPV positives, ont plus d'un génotype HPV à la fois. En cas de lésion du col utérin à faible potentiel cancérigène (lésion de dysplasie de bas grade, ou CIN1), on retrouve de multiples types d'HPV dans 56,3 % des cas.

Quelles sont les lésions du virus HPV sur la peau ?
Certains types d'HPV ont une prédiction pour le revêtement cutané. On les retrouve dans les verrues plantaires, dans les verrues vulgaires, dans les verrues planes. Les types de d'HPV associés aux verrues vulgaires plantaires sont de type 1, 2 et 4. Les verrues planes sont souvent provoquées par deux HPV de type 3 et 10.
Il existe une variété de verrues nommées les verrues du boucher, verrues fréquentes chez les personnes qui manipulent la viande de volaille ou de poissons. Ces verrues sont associées à l'infection par HPV de type 7 et 2.
Il existe une maladie de la peau nommée maladie de Bowen. C'est une lésion précancéreuse qui peut affecter la peau ou les muqueuses. On la retrouve sur les doigts, les orteils, les pieds, ou sur la muqueuse génitale. Chez la moitié des patients affectés par la maladie de Bowen, on retrouve le virus d'HPV de type 5 et 8.

On parle beaucoup de l'HPV à propos des lésions cancéreuses et précancéreuses sur les organes sexuels de la femme, est-ce que ces lésions sont la conséquence la plus dangereuse de l'infection par l'HPV ?
Ces lésions génitales sont effectivement dangereuses, car elles se transforment progressivement en lésion cancéreuse. La diffusion des informations concernant ces lésions génitales tente d'encourager le dépistage de ces lésions par frottis, pour un traitement précoce et une surveillance efficace.
Les lésions anogénitales provoquées par l'HPV sont nombreuses, et se développent sur : le pénis, le scrotum, le périnée, le canal anal, le vagin, la vulve, et le col utérin.
Les lésions peuvent se manifester sous plusieurs formes :
-les verrues génitales nommées en médecine "condylomes acuminés"
- lésion cancéreuse ou précancéreuse sur le pénis, le col utérin, l'anus, et le vagin. Les génotypes HPV, les plus fréquents, associés à ces lésions cancéreuses sont HPV 16, et HPV 18.
L'HPV peut affecter le canal anal, la marge de l'anus, et la région périanale provoquant des lésions de type condylome, des lésions précancéreuses ou des lésions cancéreuses de l'anus.

Quelle est la fréquence de l'HPV dans les lésions de la peau ?
Le papillomavirus cutané est fréquent dans la population en général. Les verrues se produisent chez 10 % des enfants entre 12 et 16 ans. Chez les adultes, ces verrues existent dans 3,5 % de la population. Les verrues cutanées associées à l'HPV représentent 71 % de toutes les verrues. On retrouve des verrues cutanées associées à l'HPV de l'âge de 2 à 80 ans.

Quelle est actuellement la fréquence de l'HPV dans le condylome ?
Les études des personnes sexuellement actives suggèrent que l'HPV est présent dans 1 à 10 % de la population en général. La présence de l'HPV est à son maximum dans la tranche d'âge de 17 à 33 ans.
La majorité des lésions associées à l'HPV sont détectables dans la tranche d'âge de 20 à 24 ans. Selon les études, la fréquence du condylome est de 3 à 4.5 % dans la population féminine. Le développement du condylome après un contact avec l'HPV se déroule en moyenne sur 18 mois.
Les facteurs de risque lié à l'apparition du condylome sont le nombre élevé de partenaires sexuels, et les relations sexuelles avec de nouveaux partenaires. Les HPV les plus fréquents dans le condylome sont 6 et 11.

Quelle est actuellement la fréquence du cancer du col et la contribution de l'HPV ?
Malheureusement, on diagnostique 500 000 cas de cancer invasif du col utérin dans le monde chaque année. C'est le cancer le plus fréquent chez les femmes dans les pays en voie de développement, par manque de dépistage. Le cancer du col n'a pas disparu en France. Selon les études, on diagnostique encore un millier de cas de cancer invasif par an.
En cas de cancer invasif du col, le génotype HPV le plus fréquent est le type 16 dans 50 % des cas, le type 18 dans 20 % des cas.
Une analyse combinée de 11 études dans neuf pays impliquant 1918 femmes confirme que le cancer invasif du col est fortement lié à l'infection par HPV. L'ADN de ce virus a été trouvé dans 90 % des cas de cancer invasif. Dans ces études, les types d'HPV présents dans le cancer du col sont par ordre de fréquence :
16, 18, 31, 33, 35, 39, 45, 51, 52, 56, 58, 59, 68, 73, et 82.

Quelle est la contribution de l'HPV dans les lésions cancéreuses des organes génitaux externes ?
L'HPV est associé au cancer du pénis, au cancer de la vulve, et au cancer du vagin.  Par contre, certains cancers de ces organes ne sont pas associés à l'infection par HPV. Les cancers non associés à l'HPV se développent à partir de lésions chroniques comme infection chronique, ou lichen scléro-atrophique. Les cancers associés à l'HPV des organes génitaux externes (pénis ou vulve) apparaissent un âge plus jeune que les cancers non associés à l'HPV, et sont influencés par un comportement sexuel à risque. Alors que le cancer de la vulve sans HPV se développe sur une lésion type scléro-atrophique chez une femme âgée, sans comportement sexuel à risque.

On parle beaucoup de la présence d'HPV dans le cancer de la bouche et du pharynx, y a-t-il une confirmation statistique et scientifique de ce lien ?
Il existe une certitude scientifique sur la présence de l'infection par HPV dans l'apparition du cancer de la bouche et de la gorge. Il existe des tests cliniques pour distinguer les cancers liés à l'HPV de ceux développés sans HPV.
Les cancers de la gorge, pharynx, bouche, liés à l'hPV se produisent chez des populations plus jeunes que les populations affectées par des cancers non liés à l'HPV. En cas de cancer lié à l'HPV, chez ces patients jeunes, on retrouve moins de fumeurs, et moins de consommation alcoolique excessive. Par contre on retrouve un comportement sexuel à risque, et un contact répété entre la bouche et les organes sexuels féminins ou masculins. Le type HPV le plus présent dans ces cancers de la gorge est type HPV 16.
La présence d'HPV dans la gorge (oropharynx) est inférieure statistiquement, bien entendu, à sa présence dans la région ano-génitale. On retrouve l'ADN de l'HPV dans 6,9 % des populations, on retrouve l'ADN de l'HPV type 16 chez 1 % de la population seulement.
La présence de l'HPV dans la gorge est trois fois plus fréquente chez les hommes que chez les femmes, 10,1 % chez les hommes et 3,6 % chez les femmes. Le cancer de la gorge lié à l'HPV est associé à un grand nombre de partenaires sexuels, ayant des pratiques sexuelles incluant le sexe oral, le contact entre la bouche et la région ano-génitale (sexe oral).
L'infection de l'oropharynx par le HPV est plus présente chez les anciens fumeurs, chez les personnes divorcées, chez les célibataires, et chez les personnes pratiquant le sexe oral.

Références:
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