Encyclopédie: sexologie et couple

Tribadisme, histoire d’un terme confus

Henri deToulouse Lautrec l abandon LES DEUX AMIES 1895

Toulouse Lautrec,  l'abandon, les deux amies, 1895

 

Tribadisme, histoire d’un terme confus

Une femme lesbienne est une femme homosexuelle attirée émotionnellement ou sexuellement par d’autres femmes. Le terme de lesbienne peut qualifier identité sexuelle des femmes homosexuelles ou un comportement sexuel préférant les femmes.
Tout au long de l’histoire, les femmes n’ont pas eu la même liberté indépendance que les hommes pour s’impliquer dans des relations homosexuelles. En même temps, les femmes n’ont pas subi la même punition sévère que les hommes homosexuels dans de nombreuses sociétés. Les relations lesbiennes ont souvent été considérées comme inoffensives et incomparables aux relations hétérosexuelles. Par conséquent, peu de documents historiques ont été publiés pour transmettre l’expression de l’homosexualité féminine.

 

 

Tribadisme : un terme ancien

Jusqu’au la fin de 19e siècle, l’adjectif le plus utilisé pour désigner les femmes homosexuelles était le terme grec : tribade. Ce terme largement utilisé a marqué le discours sur l’homosexualité féminine accompagnée d’un ensemble précis de caractéristiques. Il n’était utilisé que par les hommes et par des femmes hétérosexuelles comme un terme de stigmatisation. Aucune femme homosexuelle ne se définissait elle-même comme tribade.
La recherche sur le tribadisme donne un aperçu des contraintes imposées à la vie sexuelle des femmes dans l’Antiquité, et révèle comment la société se souciait par l’organisation de la sexualité féminine, en établissant des stratégies, pour canaliser le comportement sexuel féminin. Les chercheurs féministes voient dans ces stratégies la preuve de la domination, et la peur de la société patriarcale de la sexualité féminine. D’autres études suggèrent que la sexualité féminine était organisée en raison de l’importance de la filiation, et de la naissance pour la survie de ces sociétés antiques vulnérables.

On trouve le terme tribadisme dans les discours grecs anciens, comme le symposium de Platon. On peut remarquer la naissance et l’épanouissement du tribadisme dans la littérature gréco-romaine à partir du 1er siècle. Dans le monde chrétien, le tribalisme est devenu symbole de l’autre, le païen, une pratique sexuelle des non-croyants.
L’étymologie du nom de la tribade provient que du verbe grec « frotter ». Il signifie « une femme qui frotte ».
Nous trouvons ce mot en latin, comme chez Sénèque ou Scaurus.
Durant ces siècles, le terme tribadisme apparaît confus et imprécis, désignant une femme ayant un comportement sexuel actif, un comportement sexuel presque masculin.
Dans de nombreux textes romains, et latins, le tribadisme est qualifié de déviance, et de jeu dangereux.
Cela rappelle le mythe de Tirésias, qui avait passé du temps à la fois comme homme et comme femme et à qui Zeus et Héra demandaient donc quel sexe avait le plus grand plaisir à l’acte sexuel. Tirésias répondit que les femmes en jouissaient beaucoup plus que les hommes.

Les femmes touchées par le tribadisme étaient considérées comme ayant un type de corps reconnaissable, généralement de morphologie masculine. Le principal symptôme était le désir d’assumer un rôle sexuel actif ; le fait que les objets de son désir avaient tendance à être des femmes est important.
On pensait que la force de ce désir variait d’une période à l’autre ; parfois il était caché, parfois au grand jour, parfois les tribades étaient entièrement passives, parfois entièrement actives.
Le nom de tribade était utilisé à la fois pour la partenaire active et pour la partenaire passive, parfois seulement pour la partenaire active.
La sexualité des femmes adeptes du tribadisme a été présentée comme une énigme à deviner, comme le sujet excitant et amusant à la fois.
Dans certains documents, on présente les femmes utilisant un gode à bretelles pour affirmer la tendance de ces femmes à devenir homme, ou exactement à jouer le rôle de l’homme imposteur. Les acteurs comiques dans le monde antique amusaient le public en proposant des spectacles ridiculisant et stigmatisant ces femmes cherchant à devenir hommes.

Dans d’autres cas, les femmes adeptes de tribadisme étaient considérées comme des femmes perverses, ou déviantes et créées par amour des mélanges de sperme, ou par des parents pervers.
Cela ne veut pas dire que l’homosexualité féminine était impraticable dans l’Antiquité. Les femmes désiraient et couchaient avec d’autres femmes dans le monde antique en restant discrètes, et en cherchant à éviter de menacer la famille et l’organisation de société.
Platon ne juge pas les femmes qui préfèrent la compagnie féminine ; Sappho était célèbre pour sa poésie amoureuse, qui résume ce modèle différent du désir homosexuel féminin : rédigé par une femme, sans se soucier du modèle actif/passif et des structures de pouvoir sociétal.

Certains auteurs distinguent les traditions saphiques et les traditions tribadiques en ce qui concerne l’homosexualité féminine dans l’Antiquité. Les traditions saphiques ne mettaient pas en cause la société, son organisation, et le rôle de chaque sexe au sein de cette société et au sein du couple.

 

Tamara de Lempicka DEUX AMIES 1923

Tamara de Lempicka, les deux amies, 1923

 

 

 

Le tribadisme à l’époque moderne


À la fin du 19e siècle, les premiers sexologues ont tenté de catégoriser le comportement sexuel. Ils étaient obligés de remarquer qu’il existe des femmes ayant un comportement homosexuel en acceptant le rôle de la femme dans la société, et des femmes ayant comportement homosexuel, qui n’adhéraient pas aux rôles féminins. Dans la plupart des références de chaque époque, la dernière catégorie était intégrée dans les maladies mentales.
Les femmes homosexuelles ont répondu à cette stigmatisation en cachant leur vie personnelle, ou en acceptant l’étiquette de la stigmatisation.
Après la Seconde Guerre mondiale, pendant une période de répression sociale où les gouvernements persécutaient activement les homosexuels, les femmes ont développé des réseaux pour se socialiser et s’éduquer mutuellement. Une plus grande liberté économique et sociale leur a permis de déterminer progressivement comment elles pouvaient former des relations et des familles. Avec la deuxième vague de féminisme et l’augmentation du nombre d’études sur l’histoire et la sexualité des femmes au XXe siècle, la définition de la lesbienne s’est élargie, suscitant un débat sur le désir sexuel comme élément principal pour définir ce qu’est une lesbienne. Certaines femmes qui s’engagent dans des activités sexuelles avec des partenaires du même sexe peuvent rejeter l’identification comme lesbiennes, ou bisexuelles, l’auto-identification devient de plus en plus la règle ; l’orientation sexuelle, le comportement sexuel, ou l’identité sexuelle ne sont pas identiques pour toutes les homosexuelles.
La représentation des lesbiennes dans les médias suggère que la société dans son ensemble a été à la fois intriguée et troublée par cette minorité de femmes qui remettent en cause les rôles féminins.

 

 

 

Le tribalisme actuellement

L’utilisation du terme tribadisme comme synonyme d’amour lesbien n’est plus d’actualité. Le terme tribadisme signifie actuellement une pratique sexuelle lesbienne non pénétrative impliquant le frottement de vulves et de clitoris. Après 20 siècles, le terme tribadisme revient à son sens premier.

 

 

Références
Braunschneider, T., 1999. ' The Macroclitoride, the Tribade and the Woman: Configuring Gender and Sexuality in English Anatomical Discourse ». Textual Practice, 13(3), pp. 509-532.
Brooten, B. J., 1996. Love Between Women: Early Christian Responses to Female Homoeroticism. Chicago ; London : University of Chicago Press.

 

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