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Sagan, Bonjour Tristesse : Cécile et ses deux hommes

bonjour tristesse cecile

 

 

Bonjour tristesse est le roman qui a rendu Françoise Sagan célèbre avant ses 20 ans. Le roman était considéré légèrement choquant lors de sa publication en 1954, mais il a remporté le Prix des Critiques.

Cela a fait de Sagan une célébrité internationale, et a établi sa réputation en tant que jeune romancière.

En 1953, Sagan est étudiante à la Sorbonne. Elle a échoué aux examens de première année. En échouant, elle n’a pas pu poursuivre ses études. C’est au cours de cet été qu’elle écrit Bonjour tristesse en plusieurs semaines, à l’âge de 18 ans.
Le roman s’est vendu à un million d’exemplaires en France dès la première année. À partir des années 60, il a été traduit en 23 langues, et les ventes ont atteint quatre millions d’exemplaires. Il a également été cité comme étant l’un des trois romans les plus vendus en 1955 (Prescott New York Times Book Review 5 juin 1955).
Bonjour tristesse est le livre marquant de ces années de l’après-guerre. La jeunesse de l’auteur et de l’héroïne ont marqué les lecteurs.

 

 

Bonjour tristesse

 

 

Cécile, l’héroïne de 17 ans et son père veuf, Raymond ont quitté Paris pour des vacances sans soucis dans une villa isolée sur la Côte d’Azur.
Raymond a eu une succession de maîtresses, depuis la mort de sa femme, 15 ans plus tôt. Sa maîtresse actuelle est Elsa Mackenbourg, 29 ans, qui les a rejoints. Cécile est sur le point de prendre son premier amant, Cyril, un jeune étudiant en droit. Lui et sa mère possèdent une villa à proximité. Cécile est étudiante, elle a échoué aux examens du lycée au début du roman.

Cécile est attirée par la beauté de Cyril. Cécile fréquente et préfère « les hommes de quarante ans qui parlaient avec courtoisie et attendrissement » comme les amis de son père, mais à la première vue la beauté de Cyril lui donne l’impression qu’il pourra la protéger, d’autant plus que ce trait ne se trouve pas chez son père Raymond.

Elsa vit dans un monde de liberté, de plaisir, de soleil, et de plage. Elsa ne représente aucune menace pour le lien entre Cécile et son père.


Les vacances de Cécile sont interrompues par l’arrivée d’Anne Larsen, 42 ans, une vieille amie de sa mère décédée. Anne et Raymond finissent par tomber amoureux et font des projets de mariage. Cécile ne voit en Anne qu’une menace pour sa liberté et sa vie de plaisir, une belle-mère autoritaire qui essaierait de changer de sa vie, de restreindre sa liberté et l’obliger à arrêter de voir son amoureux Cyril.

La deuxième partie traite de la manière dont Cécile résout cette crise.
Pensant comme une adolescente, elle décide qu’Anne doit être éliminée. Elle imagine un complot dans lequel Cyril et Elsa prétendent être amants pour faire croire à son père, par jalousie, qu’ils ont une liaison. Le complot est couronné de succès, mais alors qu’Anne tente de quitter Cécile et son père par dégoût, elle est tuée dans un accident de voiture. Accident ou suicide ?

 

Cécile : héroïne de Bonjour Tristesse

 

La préoccupation de Cécile d’être heureuse, d’avoir une vie insouciante commence dès la première page, lorsqu’elle raconte son histoire, à la première personne, en se rappelant une période où elle était « parfaitement heureuse ». Cette période se situe l’été dernier, alors qu’elle était en vacances avec son père, Raymond.
Cécile aime vivre avec son père et Elsa, qu’elle décrit comme une grande fille rousse, mi-mondaine, assez simple et sans prétention.

Le stress devient la force motrice de sa quête du bonheur. Être heureuse est sa principale raison de vivre, son objectif ultime.
Par la simplicité de l’intrigue, Sagan permet au lecteur de se concentrer sur Cécile et sa quête du bonheur. La lucidité de la narratrice lorsqu’elle raconte son expérience rend ce roman si particulier.

 

Le rôle du père est primordial dans cette quête du bonheur. Cécile est heureuse tant qu’elle est seule à partager l’amour de son père. Depuis qu’elle a quitté le pensionnat deux ans plus tôt, ils entretiennent une relation étroite, évidente, complice.
Elle se préoccupe autant de son bonheur que du sien. Il est important de noter, comme le fait remarquer Claude Mériel, que Bonjour tristesse
« Est le seul roman où Sagan s’intéresse aux parents, peut-être parce que la génération d’après-guerre est une génération sans parents »
Mériel, Claude. « Le phénomène Sagan » de documentation (Paris) 52 196 : Tendances : 233-48

 

Cécile et son père semblent entretenir une relation étrange, qui se manifeste d’abord dans leur mode de vie, et dans leur conception de l’amour.
Depuis que Cécile vit avec son père, il a eu une série de maîtresses. Ce qui est inhabituel, c’est qu’elle en est consciente et satisfaite de ce comportement hédoniste, le bonheur de Cécile est de partager son existence de bohème.
Elle connaît peu l’amour. Ce qu’elle apprend à ce sujet lui vient directement de son père. Elle déclare :
« Il refusait systématiquement les notions de fidélité, de gravité, d’engagement. Il m’expliquait qu’elles étaient arbitraires, stériles » (page 21).

 

Raymond aime la vie libre et ne la prend pas au sérieux. Selon Cécile, c’est un
« Homme léger (…), toujours curieux et vite lassé et qui plaisait aux femmes. » page 8

Cécile le compare avec Don Juan parce que, même s’il est père de famille, il a encore besoin de femmes :
« Je n’avais pas pu ne pas comprendre qu’il vécut avec une femme. J’avais moins vite admis qu’il en changeât tous les six mois. » Page 9

La narratrice, comme le souligne Miller, est divisée en deux. Lorsque Cécile et son père parlent d’amour, le « Moi agissant » dit :
« Cette conception me séduisait : des amours rapides, violentes et passagères » (page 21).

Le « Moi expérimenté » répond « Je n’étais pas à l’âge de la fidélité » (page 21)

Miller, Judith Graves. Françoise Sagan. Twayne World Author Series 797 Boston : Hall, 1988.

Le rêve de bonheur de Cécile est de mener une vie de plaisir, comme son père. Elle se plaît dans une vie facile, celle d’un enfant gâté, l’oisiveté physique et morale pour Cécile et Raymond conditionne cette recherche du bonheur.

Sagan décrit la classe supérieure où l’argent n’est pas un problème. Elle choisit des occupations professionnelles pour ses personnages afin de leur permettre de mener une vie oisive.

Raymond et Anne travaillent dans la publicité et la mode. Elsa travaille comme figurante au cinéma. Cécile profite de « plaisirs faciles » : vacances, voitures rapides, nouveaux vêtements.

La seule action réelle que Sagan dépeint dans le roman est la confrontation entre jeunes et vieux. Le conflit commence lorsque Cécile apprend qu’Anne vient lui rendre visite, s’aggrave progressivement. Anne devient la force qui menace le bonheur de Cécile.

La description de Sagan des sentiments amoureux confus de Cécile est une réussite. Elle rencontre Cyril sur la plage, il devient son premier amant. La beauté de Cyril est son atout principal.

« Il avait un visage de Latin, très brun, très ouvert, avec quelque chose d’équilibré, de protecteur, qui me plut. (…) Il était grand et parfois beau, d’une beauté qui donnait confiance. »

Cyril tombe amoureux de Cécile dès les premiers jours où ils font connaissance :
« Je sentais qu’il était bon et prêt à m’aimer ; que j’aimerais l’aimer. » page 33

Alors que leur relation commence à se développer, son idée adolescente de l’amour devient plus claire :
« Nous sortions ensemble souvent le soir dans les boites de Saint-Tropez, nous dansions sur les défaillances d’une clarinette en nous disant des mots d’amour que j’avais oubliés le lendemain, mais si doux le soir même » (page 48).

Raymond tombe amoureux d’Anne, décide de s’installer dans une vie conventionnelle, ce qui menace le bonheur de Cécile.
Anne menace le bonheur de Cécile. Au début, Anne veut juste lui apprendre une leçon d’amour. Elle explique
« Vous vous faites de l’amour une idée un peu simpliste. Ce n’est pas une suite de sensations indépendantes les unes des autres » (page 46).

En tant qu’adolescente, Cécile ne peut pas comprendre ce concept d’amour. Quand elle surprend Cécile et Cyril en train de s’embrasser un soir, Anne lui interdit de le revoir, cet incident ne fait que déclencher en elle une révolte contre Anne.


Anne menace le bonheur de Cécile en contrant son désir de liberté. Cécile affirme son besoin de liberté :
"Il fallait absolument se secouer, retrouver mon père et notre vie d’antan. De quels charmes ne se paraient pas pour moi subitement les deux années joyeuses et incohérentes que je venais d’achever, ces deux années que j’avais si vite reniées l’autre jour… La liberté de penser, et de mal penser et de penser peu, la liberté de choisir moi-même ma vie, de me choisir moi-même. Je ne peux dire d’être moi-même » puisque je n’étais rien qu’une pâte modelable, mais celle de refuser les moules"  (page 78).

En tant qu’adolescente, elle veut d’une part être comme Anne, intelligente, belle et raffinée. Cécile la considère comme
La représentation idéalisée de la féminité mature et indépendante”.

D’un autre côté, elle voit Anne comme un juge, une femme plus âgée qui veut contrôler sa vie. À cet égard, au lieu de s’identifier à elle, elle veut l’éliminer de sa vie.

Anne réprime le désir naturel de liberté, mais en jugeant l’attitude de Cécile irresponsable empêche Cécile de s’aimer elle-même. Elle admet que

Moi, si naturellement faite pour le bonheur, l’amabilité, l’insouciance, j’entrais par elle dans un monde de reproches, de mauvaise conscience où, trop inexperte à l’introspection, je me perdais moi-même” (page 77).

L’une des scènes cruciales est celle dans laquelle Cécile et Cyril deviennent amants, même si elle refuse de l’épouser.

Après avoir fait l’amour, Cécile déclare :
Je ne sais pas si c’était de l’amour que j’avais pour lui en ce moment, j’ai toujours été inconstante et je ne tiens pas à me croire autre que je ne suis. Mais en ce moment je l’aimais plus que moi-même” (page 122).

Tout au long de l’œuvre, Cécile imite les adultes dans sa recherche du plaisir. Comme son père, elle fume et boit du whisky, parfois trop. Elle aime les voitures rapides. Le rôle d’adulte qu’elle joue devient complet après avoir eu un amant.

Tout au long de Bonjour tristesse, Cécile reste seule en amour. La seule chose que Cécile craint, c’est l’ennui de la vie quotidienne. Elle avoue que
Mais je craignais l’ennui, la tranquillité plus que tout. Pour être intérieurement tranquilles, il nous fallait à mon père et à moi, l’agitation extérieure” (page 159).

Le lecteur voit pour la dernière fois Anne partir en voiture, en colère. Peu après, Cécile et Raymond apprennent que la voiture d’Anne a plongé d’une falaise. Bien que sa mort semble être un accident, Cécile la considère comme un suicide. Sa mort met fin à leurs vacances d’été et, par la même occasion, à l’histoire d’amour entre Cécile et Cyril.

Après les funérailles, ni le père ni la fille ne pleurent longtemps. Au bout d’un mois, Raymond trouve une nouvelle maîtresse et Cécile un nouvel amant, Philippe, un cousin d’Anne. Ils parlent de leurs projets pour leurs prochaines vacances, de la villa qu’ils vont louer à Juan-les-Pins.

En ce qui concerne l’amour, ce que Cécile croit être l’amour n’a été qu’une déception. Maintenant, elle se rend compte que :

Je ne l’avais jamais aimé. Je l’avais trouvé bon et attirant, j’avais aimé le plaisir qu’il me donnait, mais je n’avais pas besoin de lui” (page 182-83).


Cyril n’est devenu pour elle qu’un objet de plaisir. Au lieu de trouver l’amour, elle n’en a trouvé que la nature éphémère du désir.

À la fin du roman, elle et son père sont seuls, Cécile déclare :
J’écris Dieu au lieu de hasard, mais nous ne croyions pas en Dieu. Déjà bienheureux en cette circonstance de croire au hasard” (page 187).

Cécile est heureuse de croire simplement au destin, malgré un remords récurrent. Comme elle et son père ne croient pas en Dieu, Sagan les dégage de toute responsabilité morale pour ce qui est arrivé.

 Le roman commence sur une note de tristesse, et il se termine sur la même note, puisque Cécile se sent troublée par le souvenir d’Anne, à l’aube, alors qu’elle est au lit. Elle ne peut échapper au sentiment de tristesse qui sous-tend l’existence insouciante qu’elle a connue tout au long du roman.

 

 

Les critiques

 

 

Les critiques ont jugé Sagan plutôt sévèrement. Sagan est célèbre, mais elle n’est pas reconnue. De nombreux critiques estiment que son succès est commercial et refusent de prendre ses romans au sérieux. Elle a toujours été associée à la controverse, soit dans sa propre vie, soit dans le type d’héroïnes qu’elle crée.
Parmi ceux qui ont été indignés par le prix qui lui a été décerné, il y a François Mauriac, qui a écrit un article dans Le Figaro peu après son succès, décrivant Sagan comme “un charmant monstre de dix-huit ans”. Mauriac reproche aux critiques qui lui ont décerné le prix parce qu’il pense que seuls les aspects littéraires de l’œuvre de Sagan sont importants.

De nombreux critiques estiment que son succès est plus sociologique que littéraire. Un critique, Boisdeffre, assimile le succès de Sagan à celui d’une starlette célèbre dans un sens sociologique plutôt que littéraire.

Certaines personnes ont associé Sagan à son héroïne, Cécile, et ont supposé qu’elle ne vivait que pour le plaisir. Grâce à la publicité et à la légende autour d’elle, Sagan est rapidement devenue le porte-parole de toute une génération de jeunes adultes sans but.

Comme le note Boisdeffre, le monde moderne n’offrant ni foi ni bonheur, Bonjour tristesse, à travers l’adolescente Cécile, en est devenu à représenter la jeunesse .

Boisdeffre, Pierre : Histoire de la littérature de langue française des années 1930 aux 1980. Paris : Librairie, 1985.

Sagan écrit de Bonjour tristesse que “C’était l’histoire toute simple d’une fille qui faisait l’amour avec un garçon, au milieu de quelques complications passionnelles. Il n’y avait pas de conséquences morales pour elle”. Cette affirmation est peut-être la clé du roman. Puisque Sagan est indifférente aux concepts du bien et du mal.


Zalamansky souligne que l’apparition de la société de consommation est l’une des raisons du succès du roman, que le type de monde présenté par Sagan est un monde qui refuse la contrainte morale et le devoir, puisque le mot clé de l’univers saganien est le bonheur. Le roman fait appel à une société de consommation, ce qui se manifeste par les plaisirs qui contribuent au bonheur de Cécile : soleil, mer, voitures rapides, voile, fumer, boire du whisky et sexe.

Zalamansky Henry : "Para Una sociologla Del best-seller: Frangoise Sagan.Teoria de la Novela eds. Carlos J. Barbachano And Santos Sanz Villanueva.”Temas » 6, Madrid : Sociedad Gen.Espafola De Librerfa, 1976 : 493-526.

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