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Kawabata : Les belles endormies

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Kawabata : Les belles endormies

 

Dans son introduction du roman «les belles endormies», une grande figure de la littérature japonaise, Yukio Mishima souligne l’importance de ce roman, le considérant comme un véritable chef- d’oeuvre.

“Il n’y avait là, non pas une conscience humaine, mais rien qu’un corps de femme”

Mishima écrit :

“Un tel travail est dominé pas l’ouverture et la clarté, par une étanchéité jusqu’à l’étranglement. À la place de la limpidité et de la pureté, nous avons une densité. À la place d’un monde ouvert, nous avons une pièce fermée. L’esprit de l’auteur abandonne toutes les inhibitions, et se montre dans sa forme la plus audacieuse.”

Sur la quatrième couverture de la traduction française, Les belles endormies (Albin Michel 1970) on lit:

«Dans quel monde entrait le vieux héros de ce roman lorsqu’il franchissait le seuil de la maison des belles endormies ? Ce roman publié en 1961 décrit la quête d’une personne âgée en mal de plaisir, en s’adressant à une mystérieuse demeure où il peut passer la nuit avec une fille endormie sous l’effet de puissants narcotiques.»

La belle endormie est une jeune femme qui dort, qui ignore même avec qui elle a passé la nuit. Des vieillards riches passent la nuit dans l’illusion d’une jeunesse, d’une vitalité perdue.

Dans ces moments d’une volupté impossible, d’une solitude, le vieux héros de ce roman va se souvenir des femmes de sa vie. Dans ce lit où une belle endormie est offerte sans s’abandonner, le vieux héros va méditer, va organiser les dernières pages de son existence.

C’est un roman étrange, inhabituel. On peut imaginer que Kawabata va entraîner le lecteur dans un monde de souvenirs. Comme Proust, l’écrivain va accompagner son lecteur dans un monde où des fragments d’être humain construisent une mémoire, et comme chez Joyce, la vie est un ensemble de moments conscients et inconscients.

Comme d’autres romans de Kawabata, il a été initialement publié en feuilleton dans les revues littéraires, puis publié sous forme d’un livre. Ce roman fut édité de janvier à juin 1960, puis de janvier à novembre 1961 dans la revue littéraire Shincho.

Cette interruption coïncidait avec deux voyages de l’auteur aux États-Unis, au Brésil.
Le roman va être édité en 1961 par l’éditeur Shinchosha. En français, le roman a été publié en 1970 chez Albin-Michel, traduit du japonais par R. Seifert sous le titre les belles endormies.

Dans sa traduction anglaise, la première édition était traduite par E. Seidensticker sous le titre The House of the Sleeping Beauties.

 

Pourquoi entrer dans la maison des belles endormies?

 

Il nous invite à passer cinq étranges nuits dans une mystérieuse maison en bord de mer en compagnie du vieil Eguchi où l’on propose aux vieillards d’éprouver d’ultimes plaisirs sensuels et spirituels aux côtés de jeunes filles plongées dans un sommeil profond «un abîme sans fond».

Délivrés de toute honte, ils pourront jouir de leur beauté et de leur présence avant de s’endormir à leur tour à coup de somnifères.
Sordide, pathétique, dérangeant, immoral? L’expérience s’avère avant tout fascinante aussi bien
qu’hors norme.

Chaque nuit passée aux côtés de ces Shéhérazades muettes et inertes, est l’occasion d’une évocation sensorielle et de réminiscences amoureuses ou familiales.

Dans cette intimité, le dialogue n’est pas entre la fille et l’homme mais entre l’homme et lui-même.

Dans une chambre aux rideaux cramoisis, des jeunes femmes livrent leur corps à la contemplation. Des hommes viennent trouver une illusoire consolation et un moment de beauté.

C’est avant tout la curiosité qui pousse Eguchi à frapper à la porte de cette maison, mais il ne percera aucun de ses mystères. Lui qui pourtant ne ressemble pas aux “clients de tout repos” qui fréquentent la maison, il se pliera comme eux à ses règles étranges: on regarde, on touche, et c’est tout. Aucune intimité physique, aucun attachement, simple présence inanimée. Peu à peu, le vieil Eguchi se prend au jeu. Chaque nuit passée est l’occasion de refaire le voyage de sa vie sans tristesse ni nostalgie.

 

« Le vieil Eguchi en était venu à penser dans cette maison que rien n’était plus beau que le visage insensible d’une jeune femme endormie. N’était ce pas la suprême consolation que pouvait offrir ce monde ? »

Dans cette maison des belles endormies, on pourrait craindre l’ennui ou le caractère répétitif, mais il n’en est rien.

En suivant Eguchi, on est au centre d’un tableau riche en allégories sur la beauté, la vieillesse, la mort, le désir et la jeunesse. Chaque nuit est l’occasion d’une découverte d’une jeune fille endormie.

 On passe rapidement du plaisir à la gravité, de l’érotisme aux souvenirs.

Les descriptions commencent charnelles, émoi provoqué par la texture, la finesse, la douceur, la fraîcheur, l’éclat de la peau, l’arrondi juvénile d’une épaule, les longs cheveux noirs qui contrastent avec la blancheur de leur peau immaculée sans grain de beauté, les petits seins à l’aréole rose.

Après cette description de la beauté lascive, chaque fille entraîne Eguchi vers une expérience érotique, platonique, à sens unique qui se termine par une réflexion sur lui-même, sa vie, ses amours.

 

 

 

Comme toujours, l’image entraîne la réflexion chez Kawabata.

On entre la maison des belles endormies pour partager des pages écrites avec pudeur et tendresse, un jeu entre un vieillard et des jeunes femmes endormies, un jeu entre la vie et de la mort, entre le présent et le passé.

Il va admettre que le temps des amours anciennes ne reviendra pas, sauf en rêve.

La fille secoua l’épaule et de nouveau s’étendit sur le ventre. Il semblait que ce fût là sa position préférée. Le visage toujours dirigé vers Eguchi, de la main droite elle serrait légèrement le bord de l’appuie-tête et son bras gauche reposait sur le visage du vieillard.

Cependant, elle n’avait rien dit. Il sentait le souffle chaud de sa respiration paisible. Le bras, sur son visage, remua comme pour retrouver l’équilibre ; il le prit de ses deux mains et le posa sur ses yeux. La pointe des ongles longs de la fille piquait légèrement le lobe de l’oreille d’Eguchi.

L’attache du poignet s’infléchissait sur sa paupière droite, de sorte que la partie le plus étroite de l’avant- bras recouvrait celle-ci. Désirant rester ainsi, le vieillard pressa la main de la fille sur ses deux yeux.

L’odeur de la peau qui se communiquait à ses globes oculaires était telle qu’Eguchi sentait monter en lui une vision nouvelle et riche.

À pareille saison tout juste, deux ou trois fleurs de pivoine d’hiver, épanouies dans le soleil de l’automne tardif au pied du haut mur d’un vieux monastère du Yamato, des camélias sazanka blancs épanouis dans le jardin en bordure du promenoir extérieur de la Chapelle des Poètes Inspirés, et puis, mais c’était au printemps, à Nara, des fleurs des glycines, et le Camélia effeuillé

 «Ah ! j’y suis !.. À ces fleurs était lié le souvenir de ses trois filles mariées [...]

Au fond de ses yeux que recouvraient la main de la fille, il voyait tantôt surgir, tantôt s’effacer des visions de fleurs, et tout en s’y abandonnant, il revivait les sentiments qu’il avait éprouvés au jour le jour quand, quelque temps après avoir marié ses filles, il s’était intéressé à des jeunes personnes étrangères à sa famille. Il en venait à considérer cette fille- ci comme l’une des jeunes personnes de ce temps-là.”

 La beauté de ce récit tient beaucoup à la façon dont Kawabata réussit à le faire progresser sur la ligne ténue entre les sentiments et les sensations, entre l’amour éthéré et le sexe.

Ces jeunes femmes nues et dociles qui dorment contre lui sont l’illustration douloureuse de la beauté et de la jeunesse qu’il a lui-même perdues, et leur profond sommeil devient l’illustration de sa propre mort à venir.

«Qu’elle fût vivante, il n’en avait jamais douté, et il avait murmuré cela qui signifiait qu’il la trouvait charmante, mais à peine proférées, ces paroles avaient pris une résonance inquiétante. La fille, endormie sans qu’elle ne se doutât de rien, avait perdu conscience, mais encore que le cours de son temps vital n’en fût point suspendu, n’en était-elle pas moins plongée dans un abîme sans fond ? Cela ne faisait pas d’elle une poupée vivante, car il n’existe point de poupée vivante, mais l’on en avait fait un jouet vivant afin d’épargner tout sentiment de honte à des vieillards qui déjà n’étaient plus des hommes. Ou mieux encore qu’un jouet, pour des vieillards de cette sorte, elle était, qui sait, la vie en soi. »

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Le roman est chargé d’un érotisme latent porté par le regard d’Eguchi sur ces belles endormies. Les postures et les mouvements inconscients des endormies nues deviennent des chorégraphies aguicheuses.

Eguchi observe, partage cette étrange intimité limitée à la nudité.

Kawabata revisite le fantasme de la femme endormie, de la belle au bois dormant, des vénus assoupies, de la femme objet, de la femme offerte, de la femme sans retenue.

Il associe le regard à d’autres sens. Eguchi voit la fine sueur qui perle à la lisière des cheveux les flux sanguins qui colorent la pointe des doigts, et il est entouré des odeurs parfois douces, parfois âcres.

L’odeur du lait de la première fille fera surgir les souvenirs d’un passé amoureux, d’un père de famille, des enfants, des moments où son épouse allaitait ses enfants.

Des réflexions sur les évènements qui déterminent toute une vie.

Le désir charnel disparaît, le vieil homme éprouve d’autres émotions comme à la compassion et la tendresse pour la belle qui dort dans son lit.

Cette technique d’évocation (ou de synesthésie) à partir des images est présente dans la poésie de Beaudelaire, et utilisée par Proust. Chez les écrivains anglophones, on trouve cette technique chez D H Lawrence et chez Joyce.

Dans ce roman, le personnage central est le vieillissement. Eguchi va revoir sa vie, faire le bilan de son existence pendant ses soirées à la maison des belles endormies, où il passe la nuit avec une femme sous sédation.

Eguchi partage avec ses femmes endormies une sorte d’intimité sans la possibilité de communiquer.

Kawabata ajoute une certaine communication visuelle. Il est difficile de parler de voyeurisme dans le cas d’Eguchi, car le voyeurisme suppose une certaine distance entre le regard et le sujet visualisé. Dans la maison des belles endormies, il y a une communication tactile.

Eguchi peut toucher, explorer, entrer dans l’intimité physique de la femme endormie.

Aucune femme, ne peut dissimuler son âge quand elle dort”

 Dans ce roman, Kawabata décrit une intimité philosophique où Eguchi pense à d’autres réalités que sa propre réalité, c’est une intimité problématique qui répond aux questions posées par l’âge: la solitude, le vieillissement, le désir.

En dépit d’une situation dérangeante, un homme âgé qui observe des jeunes femmes endormies, Eguchi comme les autres héros chez Kawabata, comme Kikiuji dans Nués d’oiseaux blancs, il est immobilisé dans la vision, à la recherche d’un accès au sentiment et aux émotions.

L’odeur du lait de la silhouette endormie lui rappelle les moments passés avec ses enfants, les moments où il était assis sur la véranda pour observer le coucher du soleil.

L’odeur provoque des souvenirs, les personnages s’opèrent dans la beauté du monde, et dans ses propres pensées. Il y a dans ce jeu d’associations libres un parfum de Proust, James Joyce, et de la littérature psychanalytique.

Dans l’introduction du roman, Yukio Mishima écrira :

“ses beautés endormies étaient caressées par les mots et les pensées.” L’amour, la mort, la beauté, le désir, la solitude... Voilà le monde de Kawabata.

  “Je dormais comme si j’y étais mort “, dit Eguchi à propos d’une de ses relations passées. Kawabata nous décrit une forme d’intimité qui ne réside pas dans la communication, mais dans le contact, dans l’enchevêtrement des corps, dans le partage du sommeil, et de l’inconscient.

Le vieil homme arrive, la fille est endormie, il partage une partie de son intimité à travers une communication tactile et visuelle, puis il prend à son tour un somnifère, il partage avec elle le sommeil, et le contact corporel.

Les personnages chez Kawabata apprécient la méditation et la réflexion, par contre, ces personnages sont passifs, rarement engagés.

Ils préfèrent de ne pas s’exprimer, et d’avoir une vie solitaire. On peut dire que ses personnages sont négatifs car ils n’agissent pas sur le monde. Kawabata définit le monde d’une façon différente, selon lui, la pensée humaine, les émotions, les craintes, la solitude, et la mort font partie du monde.

Un monde limité à la vie extérieure ne semble pas séduire Kawabata, il y trouve peu d’intérêt, et demande comment peut-on exclure du monde la moitié de la vie, c’est-à-dire les rêves et le sommeil?

Comment peut-on exclure les émotions, nos attachements aux objets et aux autres?

Comment peut-on exclure nos peurs et la mort, qui conditionnent notre existence ?

Il est inutile de chercher chez Kawabata les techniques de narration utilisées par Balzac, Dickens ou Flaubert.

Ces écrivains décrivaient un environnement, puis un personnage ayant des caractères, un destin dans cet environnement.

Kawabata va décrire un environnement, avec un personnage parfois immobile mais grand voyageur dans sa tête.

Dans la maison des belles endormies, Eguchi va voir des « points blancs dans la lumière”.

C’était la saison pour passer des robes sans manches. L’épaule de la jeune fille, récemment mise à nu, avait l’éclat de la tige humectée à l’abri du printemps, et pas encore ravagée par l’été.

Eguchi pense, à un moment, de se tuer dans la chambre d’une belle endormie.

“Ne serait- il pas l’endroit le plus souhaitable pour mourir? Pour éveiller la curiosité, pour finir sa vie dans l’apogée d’une bonne mort »?

Il y a clairement un côté Proustien chez Kawabata, le personnage quitte le réel pour vivre dans un autre monde qui prend en compte l’humain avec ses émotions et ses conditions.

Eguchi pense, que:

ses connaissances seraient surprises. Quelle blessure pour la famille ? Mais mourir dans son sommeil à côté des deux jeunes filles, n’est-ce pas le désir ultime d’un homme dans ses dernières années ?

L’imagination, les motivations, les désirs, les craintes, l’environnement et la présence de ces deux jeunes filles, sa condition humaine et les années qui passent.

La passivité des personnages n’est pas neutre.

Les personnages n’agissent pas sur le monde, mais leurs pouvoirs ont un réel impact sur les autres. À la fin d’un chapitre peuplé d’interrogations sur sa propre mort, une belle endormie meurt dans la maison, allergique aux somnifères.

Eguchi n’a commis aucun crime, mais il se sent impliqué dans la mort de cette jeune femme.

Chez Kawabata, les hommes sont éthiques, indécis, et passifs quand il s’agit de l’impact de leur action sur les autres.

De nombreuses adaptations cinématographiques ont été réalisées à partir de roman, comme l’adaptation
2008 par Vadim Glowna, Das Haus der Schlafenden Schönen ou le film australien 2011 Sleeping Beauty réalisé par Julia Leigh.

 

Ref 

Jean Mercos, Kawabata, Une Biographie, Ed  Causam, 2016

 

 


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James M. Cain : Le facteur sonne deux fois

La naissance du polar est située au milieu du dix-neuvième siècle, aux États-Unis et en Europe.

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James M. Cain : Le facteur sonne deux fois

La naissance du polar est située au milieu du dix-neuvième siècle, aux États-Unis et en Europe. L'arrivée de ce genre nouveau répond à un contexte socio-économique lié à la naissance des grandes métropoles. À Paris, à Londres ou à New York se côtoient les catégories sociales les plus diverses dans un espace urbain en pleine mutation: naissance des faubourgs, des quartiers pauvres en marge du centre-ville et des ghettos ethniques.
L'expansion rapide et la diversification de la population urbaine auront de fortes répercussions sur la littérature et la presse. Si la grande littérature, est l'apanage des catégories aisées de la bourgeoisie, les classes populaires ont désormais accès à une alphabétisation de masse et cherchent leurs romans.
La génération précédente a connu James M. Cain à travers les films réalisés à partir de ses romans comme  le facteur sonne deux fois, ou Mildred Pierce. Des critiques le qualifient d'écrivain facile et commercial de roman noir.  Les analyses de ses romans avaient permis d'apprécier la valeur de ses textes. Dans ces dernières années de vie, Cain a connu un regain d'intérêt. Il devient un des grands écrivains américains du roman noir avec Hammett , Chandler et Macdonald, un écrivain enseigné et étudié dans les lycées et les universités aux États-Unis.


Une rapide biographie

Journaliste, écrivain et scénariste américain, James Mallahan Cain est né le 1er juillet 1892 à Annapolis (Maryland, États-Unis). Après avoir envisagé de devenir chanteur professionnel comme sa mère, bien que son amour de la musique reste vif,  il embrasse la carrière de journaliste et débute dans la presse de Baltimore.
Pendant la Première Guerre mondiale, James M. Cain sert dans le corps expéditionnaire américain en France et rédige le journal de la 79e division : Lorraine Cross. De retour à Annapolis, il donne des cours de journalisme à Saint John College et commence à écrire articles et nouvelles pour le journal de H. L. Mencken, The American Mercury. Il collabore au New York World, dirigé par Walter Lippman, devient, pour une brève période le directeur du New Yorker, avant de se rendre à Hollywood où il écrit des scénarios, comme beaucoup de romanciers de l'entre-deux-guerres y compris Fitzgerald et Faulkner.
James M. Cain, romancier de mélodrames violents, sexuels et implacablement incarnés dans de personnages forts, il représente un écrivain de l'école américaine des romans noirs des années 1930 - 1940 avec d'autres maîtres du genre. Trois classiques de l'écran américain ont été réalisés à partir de ses romans : Double Indemnité (1936, 1944), Mildred Pierce (1941, 1945, TV miniséries 2011) et le facteur sonne toujours deux fois (1934, 1936, 1946, 1981).
À l'époque, James M. Cain fut poursuivi en justice pour " obscénité ". Le facteur sonne toujours deux fois sera plusieurs fois porté à l'écran, entre autres par Tay Garnett (1946, avec Lana Turner et John Garfield) et Bob Rafelson (1981, avec Jessica Lange et Jack Nicholson). Parmi ses autres livres, citons notamment Assurance sur la mort (1936) et Sérénade (1937), dont le héros est chanteur d'opéra.
James M. Cain rédigeait son autobiographie lorsqu'il est mort le 27 octobre 1977 à University Park (Maryland, États-Unis), à l'âge de 85 ans.

 

Le facteur sonne toujours deux fois


Son premier roman," The Postman Always Rings Twice" , publié à l'âge de 42 ans, a connu un succès spectaculaire. Son milieu sordide, personnages qui cherchent à atteindre leurs fins par la violence, dans un style de prose tendue et rapide. Ce roman sera le modèle d'autres romans de Cain comme Serenade (1937) où il avait osé traiter la bisexualité, Double Indemnity et The Magician " s Wife (1965)


À sa parution en 1934, ce roman reçut de nombreuses critiques élogieuses. Novateur par son écriture concise et rythmée, le livre l'est tout autant par le choix de son sujet. Cette passion banale entre deux êtres communs débouche sur un crime dont les mobiles sont l'argent et le sexe. D'un regard distancié, sans porter le moindre jugement moral sur ses personnages, James Cain met en évidence leurs motivations et montre comment l'obsession de la réussite aboutit au naufrage d'individus fascinés par le rêve américain. Ce récit a donné lieu à nombreuses adaptations cinématographiques, notamment en 1946 avec Lana Turner, puis en 1981, avec Jack Nicholson et Jessica Lange.
Ce roman décrit un beau jeune vagabond chômeur à vingt-quatre ans. Frank Chambers arpente les routes, à la recherche d'un emploi. Il s'arrête à une station-service restaurant. Le patron, Nick Papadakis, qui exploite l'établissement avec son épouse Cora. Après avoir apprécié la beauté de la jeune femme, Frank accepte de rester et devient rapidement son amant. Ils décident de se débarrasser du mari.

 

 


Cora vit aux côtés de Nick qu'elle trouve puant.  Ayant travaillé pendant deux ans dans une cantine de Los Angeles, Cora a gagné un concours de beauté organisé par l'école. Cora réalise que Franck peut lui offrir de nouvelles perspectives. Elle séduit Franck et le décide à l'aider à se débarrasser de Nick en l'assommant avec un sac à sucre chargé de roulements à billes pendant son bain dominical dans la baignoire puis lui plonger la tête sous l'eau, le noyer, se débarrasser du sac, appeler un docteur et faire constater le décès par noyade accidentelle

 

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Le Grec en réchappe avec un traumatisme crânien. Cora et Franck organisent un faux et banal accident de la route. La police mène l'enquête. Franck et Cora répètent entre eux,  plusieurs fois, les réponses qu'ils doivent donner aux enquêteurs, mais ceux-ci les opposent. Franck ne sera pas accusé d'homicide par imprudence, ce sera un accident. En contrepartie, il n'y aura pas de dommages et intérêts. Cora et Franck s'en tirent par un non-lieu. Mais Cora enceinte depuis plusieurs semaines, se sent mal alors qu'elle sort d'une baignade prolongée en mer : Franck l'emmène aux urgences. Paniqué, il roule trop vite et tente un dépassement malheureux : c'est l'accident. Franck en réchappe par miracle, mais Cora est tuée. Franck est condamné pour le meurtre de Cora.
Cain décrit une relation perverse que les personnages entretenaient avec la morale et la religion. Leur intimité est marquée par la profanation. Par exemple, quand

Cora essaie de défendre l'idée que le meurtre de son mari est juste, elle dit :
" Qui va savoir si c'est bon ou pas, sauf toi et moi. "
" Toi et moi ? "
" C'est tout ce qui compte, n'est-ce pas ? "
Ce relativisme est le fondement moral de leur relation. Les deux amants passent leurs temps à discuter comment éviter les soupçons des autorités, tout en restant indifférents à ce qu'ils ont fait. Cora refuse de reconnaître un moral universel en dehors d'elle et de son amant. Le meurtre devient la seule option pour le couple. Le passage final de cette scène se termine sur une note particulièrement intéressante :
" C'est ce que nous allons faire. Embrasse-moi, Frank. Sur la bouche. "
Je l'ai embrassée. Ses yeux brillaient sur moi comme deux étoiles bleues. C'était comme être à l'église.
Cette référence à " être dans l'église " au moment où ils échafaudent leur plan pour tuer Nick est une profanation supplémentaire qui était à l'origine de l'interdiction de ce roman à Boston.
Ils vont rompre leur pacte, se trahissent, " comme des animaux sauvages " quand ils sont jugés pour le meurtre de Nick. Ils sont finalement exonérés grâce à la cupidité de compagnies d'assurance. Ils étaient sur une " montagne " intouchable :
" Regarde-nous maintenant. Nous étions sur une montagne. Nous étions si haut, Frank. Nous avons tout eu, là-bas, cette nuit-là. Je ne savais pas que je pouvais ressentir quelque chose comme ça. Il n'existe que deux personnes dans ce monde. Nous sommes ici ensemble. "
Cora voyait dans l'assignat de son mari, un pacte avec son amant béni par Dieu. Elle continue :
" Dieu nous a embrassés sur le front cette nuit-là. Il nous a donné tout ce que deux personnes peuvent avoir. "

 

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Dieu devient la justification de leur bonheur et de leur amour dans l'immédiat après le meurtre dans une vision faussée de tout ordre moral. pendant le procès. Le mal n'a rien à voir avec la mort de Nick, mais avec leur trahison pendant le procès. Le meurtre n'est pas source de tourments psychologiques comme la culpabilité ou la honte. La capacité de Frank et Cora de se défaire de ce genre d'émotions représente l'élément le plus surprenant de ce roman noir.
Comme d'autres œuvres de Caïn, l'histoire suit le cheminement de personnages vers l'autodestruction, motivée par de désirs profonds. La luxure et la cupidité mènent au meurtre. Pas le meurtre organisé, mais désordonné et inefficace de meurtriers sans talents, mais d'une funeste détermination.

 


La sexualité directe dans ce roman était choquante à l'époque, un mélange novateur dans le roman noir entre le sexe banalisé, immoralité et violence. Caïn ne s'éloigna pas de ces thèmes : crime et l'obsession sexuelle abondent dans ses romans.
Cain modernise le genre en sortant les criminels de leurs mondes pour indiquer aux lecteurs que n'importe qui peut être coupable. Le crime devient une entreprise qui implique n'importe quelle personne. Assassins et victimes sont des gens banals. Les enquêteurs aussi.   
Le style narratif de Caïn implique une histoire simple, un triangle d'amour présenté à un rythme rapide. Son économie d'expression dépassait celle des écrivains de son époque. Ses personnages et ses situations exprimaient des thèmes sociologiques et philosophiques nouveaux pour l'époque. Inévitabilité du malheur humain, destructivité du rêve.


Ce premier roman, le facteur sonne toujours deux fois, connaît un succès immédiat après avoir été refusé par deux éditeurs. Un style direct comme celui d'Ernest Hemingway qui offre à ce roman dominé par la violence et le désir sexuel un ton. Pureté de structure, économie de narration, aucune sentimentalité, discussion sur la condition humaine, qui a valu à Caïn un public fidèle et aux USA et en Europe et l'admiration des grands écrivains comme Albert Camus qui déclara s'en être inspiré pour son chef d'œuvre : L'Étranger

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Vita sexualis de Mori Ogai

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Vita sexualis de Mori Ogai


Banni peu de temps après sa publication en 1909, VITA SEXUALIS  n'est pas un roman érotique selon nos critères d'aujourd'hui . Aucune description érotisée, aucune sensualité exprimée, aucune nudité affichée. C'est un livre sur la conscience sexuelle, sur l'apparition du désir dans la vie d'un adolescent, sur la lutte entre le désir, les idées et les traditions dans un Japon bouleversé durant les années de l'ère Meiji.

 

Mori Ogai (1862-1922)

Médecin, haut fonctionnaire, traducteur de littérature allemande, historien et écrivain, Mori Ogai est l'une des figures majeures avec Natsume Sôseki de la littérature moderne japonaise. Marqué par les influences occidentales (il fera un séjour d'études en Allemagne), il ne cesse de s'interroger sur la " Japonité " et opérera à partir des années 1910 un retour vers des valeurs plus traditionnelles.

Après la restauration de Meiji, il part apprendre l'allemand à Tokyo avant d'entrer à l'Université de Tokyo en 1873. En 1884, il voyage en Allemagne en tant que boursier du ministère des Armées. Il travaille pendant quatre ans dans des laboratoires réputés à Berlin où il poursuit ses recherches sur la prophylaxie. Il découvre la société occidentale et ses œuvres : Sophocle, Halévy, Dante, Hartmann, sa peinture et son théâtre.
En 1888, de retour au Japon, il décide d'établir les bases d'une science japonaise moderne. Il crée des revues de médecine. Désireux d'introduire la littérature occidentale au Japon, il traduit et publie des auteurs tels que Calderón, Lessing, Daudet ou Hoffmann. Il publie Shosetsuron (des romans) pour présenter les théories naturalistes d'Émile Zola. Pendant la guerre sino-japonaise (1904-1905) et la guerre russo-japonaise, Ogai Mori subit les conséquences d'une politique de censure.
D'un autre côté, il s'interroge quant au développement de son pays, au malaise social naissant dû à la vague d'industrialisation accélérée et à la place de l'individu au sein de la société.


Mori a été le premier romancier japonais à étudier la littérature occidentale à sa source, et comme on peut le deviner, ces productions littéraires et académiques étaient fortement influencées par ses études en Occident, et surtout par la langue allemande.
Son roman La fille raconte l'histoire d'un étudiant japonais en Allemagne, qui tombe amoureux d'une fille allemande, l'abandonne pour retourner travailler dans l'administration Meiji.


Le romantisme, qui a influencé beaucoup de romanciers et de poètes jusqu'à la guerre russo-japonaise, va laisser place au mouvement naturaliste. Les écritures de Zola et de Maupassant, le positivisme d'Auguste Comte vont influencer les écrivains japonais. On lit des romans riches en observation soignée et détaillée du comportement humain, des descriptions presque cliniques associées à une narration généreuse. Ce naturalisme japonais  a été fortement critiqué pour plusieurs raisons : à la différence du naturalisme européen, le naturalisme japonais était concentré sur l'individu sans s'intéresser à la société, produisant un sentiment d'égoïsme. En dépit des critiques, les auteurs japonais de l'école naturaliste se sont passionnés pour un thème majeur qui va marquer la littérature japonaise moderne : la vie psychologique et émotionnelle de chaque individu.

Dans son roman le Jeune homme, son héro  Koizumi Junichi, jeune étudiant, aspire à devenir écrivain. Il se trouve plongé dans les discussions intellectuelles et artistiques de l'ère Meiji, qui portent notamment sur la modernisation de la culture nippone. Parallèlement, le jeune homme fait son initiation sentimentale par l'intermédiaire de trois figures féminines : la jeune femme, la geisha, la femme mariée.

 

Vita sexulais : roman événement

Intrigué par le sujet du désir sexuel et son rôle à l'ère moderne, Mori a commencé à écrire une œuvre dans laquelle son personnage principal, Shizuka Kanai, professeur de philosophie, tente d'écrire l'histoire de son développement sexuel. La chronique qui en résulte, depuis une rencontre d'enfance avec une estampe érotique, à une soirée passée à l'âge adulte avec une courtisane, est racontée à la manière d'une enquête sérieuse et sans détails. Ce sont les idées et les discussions qui comptent.
Ce roman devient avec le temps un témoignage de son époque, de ce japon qui n'existe plus.  Pour les lecteurs contemporains, le roman de Mori fournit des passages descriptifs précieux de l'ère Meiji à Tokyo.


En visitant Asakusa, un quartier connu pour son association avec le sacré, Kanai observa les vieux hommes et femmes aux genoux pliés, leurs corps "comme les homards, ils murmuraient leurs prières incompréhensibles". Dans un quartier de plaisir, il rencontre des ateliers d'archers, où il est frappé de "trouver dans chacune de ces boutiques une femme dont le visage était couvert de peinture blanche". Ces stands de tir ont disparu laissant place à des  maisons closes.
Ogai Mori publie son roman en 1909. Il est interdit trois semaines après sa publication. Pourtant, ce livre ne comporte rien de sexuel, ou d'érotique.
Vita Sexualis a beaucoup en commun avec l'autre roman d'Ogai, les oies sauvages. Les deux deux romans se concentrent sur de petits moments d'intuition et de révélation pour expliquer le développement du personnage et la progression du  récit.
Dès la première page, nous sommes informés sur le narrateur: "Monsieur Shizuka Kanai est un philosophe de métier." Le première chapitre est à la troisième personne, puis le livre se déplace vers la première personne ".  Ogai suit un format où chaque chapitre commence à une tranche d'âge différente du professeur, à partir de l'âge de six ans. Les chapitres sont courts, et racontent de petites scènes qui peuvent éclairer le personnage sans influencer le récit.
Il y a des moments humoristiques comme quand le professeur atteint l'âge de dix ans, et décrit en regardant plusieurs dessins érotiques :

 

"Alors que je les regardais encore et encore, des doutes se sont produits. Une partie du corps a été dessinée avec une exagération extrême. Quand j'étais beaucoup plus jeune, il était tout à fait naturel pour moi de penser que cette partie du corps était une jambe mais ce n'était pas le cas. "

 

Le narrateur ne cite jamais le nom de parties spécifiques du corps qui font l'objet de sa curiosité. Il obtient son diplôme sans avoir eu de relations sexuelles avec des femmes, le héros continue à parler des femmes et de ce qu'elles représentent d'une manière distante sans sentiments et sans s'intéresser à la sexualité.  

 "Je ne crois pas qu'une œuvre d'art puisse échapper à l'étiquette" autojustification" Car la vie de chaque créature vivante est une autojustification ".  


Le livre se termine par ses réflexions, il juge sévèrement ce héro trop passif qui ne sait pas embrasser la passion, homme trop cérébral :


" M. Kanai a définitivement renoncé à écrire. Mais il a longuement réfléchi. Les gens diront, en considérant l'homme qu'il est devenu à présent, que c'est parce qu'il a vieilli et que toute passion l'a quitté. Mais les années n'y sont pour rien. Petit garçon déjà, M. Kanai avait une trop parfaite connaissance de lui-même, et c'est cette connaissance même qui a desséché la passion naissante. "

 

" M. Kanai n'était pas impuissant. Il n'était pas non plus impotent. Les gens laissent en liberté le tigre de leurs désirs et, le chevauchant parfois, sombrent dans la vallée de l'anéantissement.  M. Kanai a dompté le tigre de ses désirs et l'a terrassé.
Bhadra était l'un des disciples de Bouddha. Un tigre qu'il avait apprivoisé dormait à ses côtés. Ses jeunes disciples craignaient l'animal. Bhadra signifie " sage ". Le tigre était probablement le symbole de ses désirs. Or, le fauve avait été dompté, mais son pouvoir de terroriser les gens n'était nullement amoindri. "


Vita Sexualis n'est pas un roman exceptionnel sauf dans le contexte de son époque. Ogai entre la littérature japonaise dans la modernité , ouvre la voie à d'autres romanciers comme Tanizaki  pour pénétrer le monde de l'intime dans une société qui refuse l'individualisme.


Vita Sexualis est considéré comme un roman autobiographique du développement sexuel de l'auteur Mori. Il a été considéré comme audacieux au moment de sa publication. Vita Sexualis a osé parler de manière ouverte de l'activité homosexuelle des jeunes garçons au Japon, et aussi de l'initiation sexuelle des garçons par les prostituées. On peut penser que ce livre fut interdit, car il a révélé cette vie des garçons, future élite au Japon, et dévoilé un monde intime de désir et de questions que la société cherchait à marginaliser.
Le livre se termine par une belle réflexion :


" Un vers que le poète Dehmel écrivit pour son fils dit ceci : " N'obéis pas à ton père ! Ne lui obéis pas ! " Le narrateur prend sa plume et, en latin, trace en grosses lettres sur la couverture : Vita sexualis.  "


Vita Sexualis explore les questions morales et sociétales pendant le déclin de l'ère Meiji, et le début de la modernité. Vita Sexualis est un roman sur l'inhibition et l'observation, la passivité sans action ni exploration.
Nous pouvons mesurer combien Ogai a influencé par ses romans les grands écrivains postérieurs comme comme Tanizaki et Kawabata

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Françoise Sagan: anti romance

 

Sagan   anti romance

 

Françoise Sagan: anti romance

En 1954, Simone de Beauvoir publie son roman les mandarins et décroche le prix Goncourt. Elle s'interroge sur la possibilité de concilier désir et responsabilité sociale, épanouissement personnel et couple.

Même année, le premier roman d'une jeune de 17 ans, habilement commercialisé par son éditeur, retient l'attention du public et de la critique, et remporte en mai le prix des Critiques.

 

 

sagan  francoise bonjour tristesse

 

Bonjour tristesse 1954

Bonjour tristesse de Françoise Sagan devient un best-seller en France puis aux États-Unis. Le roman est une romance familiale plutôt qu'une romance proprement dite.

Le roman a choqué et ravi les lecteurs par sa représentation de l'adolescence sexualisée, amorale, absorbée par les plaisirs et le confort égoïste plutôt que par le devoir ou par la recherche du véritable amour.
Cécile, jeune parisienne de dix-huit ans, sort et fréquente en compagnie de son père Raymond, un quadragénaire veuf séduisant, frivole et libertin. Cécile va d'un garçon à un autre, elle s'ennuie, est triste.
«Paris, le luxe, la vie facile. Je crois bien que la plupart de mes plaisirs d'alors, je les dus à l'argent : le plaisir d'aller vite en voiture, d'avoir une robe neuve, d'acheter des disques, des livres, des fleurs. Je n'ai pas honte encore de ces plaisirs faciles, je ne puis d'ailleurs les appeler faciles que parce que j'ai entendu dire qu'ils l'étaient..

Avec son père et sa maîtresse Elsa âgée de vingt-neuf ans, elle passe l’été sur la Côte d’Azur, insouciants et légers, existence hédoniste, luxe, nonchalance et plaisirs. Cécile flirte avec Cyril, un jeune voisin, étudiant.
Avec lui elle découvre la sexualité :

"À deux heures, j’entendis le léger sifflement de Cyril et descendis sur la plage. Il me fit aussitôt monter sur le bateau et prit la direction du large. La mer était vide, personne ne songeait à sortir par un soleil semblable. Une fois au large, il abaissa la voile et se tourna vers moi. Nous n’avions presque rien dit :
« Ce matin…, commença-t-il.
– Tais-toi, dis-je, oh ! tais-toi… »
Il me renversa doucement sur la bâche. Nous étions inondés, glissants de sueur, maladroits et pressés ; le bateau se balançait sous nous régulièrement. Je regardais le soleil juste au-dessus de moi. Et soudain le chuchotement impérieux et tendre de Cyril… Le soleil se décrochait, éclatait, tombait sur moi. Où étais-je ? Au fond de la mer, au fond du temps, au fond du plaisir… J’appelais Cyril à voix haute, il ne me répondait pas, il n’avait pas besoin de me répondre.
La fraîcheur de l’eau salée ensuite. Nous riions ensemble, éblouis, paresseux, reconnaissants. Nous avions le soleil et la mer, le rire et l’amour, les retrouverions-nous jamais comme cet été là, avec cet éclat, cette intensité que leur donnaient la peur et les autres remords ?…
J’éprouvais, en dehors du plaisir physique et très réel que me procurait l’amour, une sorte de plaisir intellectuel à y penser. Les mots « faire l’amour » ont une séduction à eux, très verbale, en les séparant de leur sens. Ce terme de « faire », matériel et positif, uni à cette abstraction poétique du mot « amour », m’enchantait, j’en avais parlé avant sans la moindre pudeur, sans la moindre gêne et sans en remarquer la saveur. Je me sentais à présent devenir pudique."

Raymond reçoit la visite d'une ancienne amie de sa femme, Anne Larsen, femme de quarante-deux ans, directrice d’une maison de couture. Raymond s’éprend d’elle. Anne s’installe à la villa qu’Elsa quitte, puis Raymond annonce à Cécile sa décision de renoncer aux amours éphémères et d'épouser Anne.
D'abord heureuse à cette nouvelle, elle découvre cependant peu à peu que ce mariage risque de mettre de l'ordre dans son existence, de menacer son bonheur et son style de vie.

Elle obtient que Cyril et Elsa feignent d’être amoureux, devant Raymond qui ne tarde pas à s’offusquer et finit par revenir à Elsa. Anne le découvre, et furieuse quitte la maison. Un peu plus tard, elle se tue dans un accident de voiture.
Cécile et son père reviennent à Paris, reprennent leur existence insouciante. La vie de Cécile sera toujours teintée de tristesse
"Aujourd'hui, quelque chose se replie sur moi comme une soie, énervante et douce, et me sépare des autres

 

Sagan   un certain sourire

 

 

Un certain sourire 1956

Sagan devient une figure iconique des années 1950 et 1960. Elle représentait la jeunesse, l'insouciance, et le côté immoral assumé. Elle est plus célèbre que sa littérature, sa biographie intéresse plus que ses romans. Ses romans ne sont toujours pas mentionnés dans les manuels scolaires en France.

Après Bonjour tristesse, les romans de Sagan appartiennent au genre de la romance : récits légers d'amour et de séparation se déroulant dans les classes aisées, dans le milieu raffiné des arts et des médias parisiens.

Dominique, une jeune fille qui mène sa vie entre des études en droit à la Sorbonne, et l'amour de Bertrand. Elle s’ennuie :
«Il me fallait quelqu'un ou quelque chose. Je me disais cela en allumant ma cigarette, presque à voix haute : quelqu'un ou quelque chose et cela me paraissait mélodramatique.»
Elle rencontre Luc, l’oncle de Bertrand, un charmant quadragénaire, séduisant et marié. Elle désire aimer sans penser sans se soucier du temps, veut vivre au présent, «J'étais jeune, un homme me plaisait, un autre m'aimait. J'avais à résoudre un de ces stupides petits conflits de jeune fille ; je prenais de l'importance. Il y avait même un homme marié, une autre femme, tout un petit jeu de quatuor qui s'engageait dans un printemps parisien. Je me faisais de tout cela une belle équation sèche, cynique à souhait


Françoise, épouse de Luc, prend Dominique sous son aile, et ne voit rien. Bertrand s’indigne et rompt avec la jeune femme.


«Le bonheur est une chose plane, sans repères. [...] Peut-être le bonheur, chez les gens comme moi, n'est-il qu'une espèce d'absence, absence d'ennuis, absence confiante. À présent je connaissais bien cette absence, de même que parfois, en rencontrant le regard de Luc, l'impression que tout était bien, enfin. Il supportait le monde à ma place. Il me regardait en souriant. Je savais pourquoi il souriait et
J’avais aussi envie de sourire. [...] Je me surpris dans la glace et je me vis sourire. Je ne m'empêchai pas de sourire, je ne pouvais pas. À nouveau, je le savais, j'étais seule. J'eus envie de me dire ce mot à moi-même. Seule. Seule. Mais enfin, quoi? J'étais une femme qui avait aimé un homme. C'était une histoire simple ; il n’y avait pas de quoi faire des grimaces.»
En 1958, le roman fut adapté au cinéma par Jean Negulesco, avec Christine Carrère, Rossano Brazzi, Joan Fontaine.

 

Sagan   Dans un mois dans un an


Dans un mois, dans un an (1957)

Fanny et Alain, éditeur à Saint-Germain-des-Prés, tiennent salon une fois par semaine, recevant leurs jeunes amis écrivains, artistes et mondains agréables.
Alain se demande s'il ne s'est pas trompé de vie, en étant au côté d'une femme terne alors qu'il aime en secret la belle Béatrice, comédienne en quête d'un grand rôle. Un de leurs amis, Bernard, journaliste et romancier encombré d’une épouse fidèle, mais fade, Nicole, est l'heureux amant de Béatrice, mais tente vainement de séduire Josée, une fille libre et insaisissable. Alcool, plaisirs parisiens, futilités, ces personnes sont à la recherche du sens de la vie sociale et de la vie tout court, et font le malheur de leurs proches.
Quand Alain, Bernard ou Béatrice auront atteint leur but, que restera-t-il de leurs succès ou de leurs échecs, quelques moments de bonheur, un peu d'amertume et beaucoup de tristesse. C'est tout.

 

Sagan, sexe sans sentiment et sans culpabilité

L'univers de Sagan est peuplé de lassitude chic du monde, de cafés et de soirées où journalistes, directeurs de théâtre, mannequins et actrices se rassemblent pour flirter, parler, boire et tomber amoureux. Elle suit son public, car elle captait une atmosphère ambivalente d'attirance, et de répulsion face à la superficialité de la nouvelle France consumériste. Les personnages de Sagan prennent pour acquis les plaisirs matériels: voyages, vacances sur la Côte d'Azur, loisirs, bonne nourriture et boissons. Ils sont aussi désorientés, conscients parfois avec complaisance du vide qui entoure leur existence et notent avec douleur qu'ils vivent dans un vide moral.

Les héroïnes des deuxième et troisième romans de Sagan, Un certain sourire (1956) et Dans un mois, dans un an (1957), partagent la liberté sociale et sexuelle de Cécile de Bonjour tristesse, et son sentiment résigné, doux amer qu'il n'y a rien de significatif à faire de cette liberté. L'ennui comble le vide.

Elles tombent amoureuses, affrontent les conflits entre amour et autonomie personnelle, entre sentiments et société, entre devoir et désir.

Le monde de Sagan refuse les valeurs transcendantes, c’est un monde sans Dieu, sans vérités morales absolues, sans sens, la liberté est la condition inconfortable de l'existence de ses protagonistes plutôt que leur but.

L'influence de l'existentialisme est remarquée par les critiques, et reconnue par Sagan elle-même, bien que Sagan n'ait jamais partagé le sens de la responsabilité personnelle et politique, ni l'éthique de l'engagement proposés par Sartre.

L'impact de Simone de Beauvoir est présent. Simone de Beauvoir formule son rejet des modèles proposés d'épanouissement féminin : le mariage et la maternité, cherche une alternative : indépendance financière, autonomie, et engagement sociopolitique. Les héroïnes de Sagan, dont le champ de réflexion et d'action ne s'étend pas plus loin que les relations personnelles et les loisirs ne partagent pas les opinions de De Beauvoir.

Dans ce monde sans absolu, des rencontres sexuelles agréables et occasionnelles devraient suffire à certains moments de bonheur, la liberté est un moyen, mais de quoi? Le couple est incertain, et ne peut être la solution.

Ni passion, ni romance, les héroïnes assument leur propre liberté sexuelle et la valeur qu'elles attachent à l'autodétermination. La relation idéale proposée à Dominique, l'héroïne étudiante d'Un certain sourire, par Luc, homme séduisant, marié et plus âgé, est "une aventure sans lendemain et sans sentimentalité" (Sagan 1956 : 79) dans lequel le désir et l'intérêt mutuels permettront à chacun de suspendre brièvement l'ennui qui ronge la vie. Une relation sans conséquences sur le reste de la vie. Dominique accepte. Dans le roman Dans un mois, dans un an, Josée emmène Jacques chez elle pour répondre à une attirance désinvolte :


" Il était assez beau, mais vulgaire et sans intérêt" (Sagan 1957 : 16), et passe ensuite trois jours à l'hôtel avec son ex-amant Bernard, pour ne pas le décevoir, car il l'aime toujours:
" Un vrai bonheur, une fausse histoire d'amour " Dans un mois, dans un an 1957 : 105).

Ces héroïnes sont antisentimentales, traitent le sexe et l'amour de la même manière que les personnages masculins chez Sagan. Leur liberté n'invente pas un modèle, mais copie le modèle masculin dans les relations : le lien n'est pas essentiel, l'amour est aléatoire, transitoire, une menace pour l'indépendance.

Dominique, malgré ses efforts, tombe amoureuse de Luc, le "certain sourire" avec lequel elle termine son récit marque la fin de cet amour et de son plaisir, une fin teintée de résignation, de solitude retrouvée, et de détachement affectif retrouvé.

"Je ne m'empêchai pas de sourire, je ne pouvais pas. À nouveau, je le savais, j'étais seule .... Seule. Seule. Mais enfin, quoi ? J'étais une femme qui avait aimé un homme. C'était une histoire simple ; il n'y avait pas de quoi faire des grimaces." Certain sourire, 1956, 35 (125)

Josée termine son histoire en aimant Jacques, mais en reconnaissant la vérité de la prophétie de Bernard : "Un jour vous ne l'aimerez plus et un jour je ne vous aimerai sans doute plus non plus. Et nous serons à nouveau seuls et ce sera pareil"
Dans un mois, dans un an 1957, (188).

Cécile dans Bonjour tristesse savoure un moment de bonheur dans le lit de Cyril, le quitte pour un autre, défend un monde de futilité sans pour autant échapper à sa tristesse.

Les histoires d'amour de Sagan sont aux antipodes des scénarios classiques de la romance, où la solitude est finalement remplacée par le bonheur avec un véritable amour.

Les récits de Sagan sont construits sur l'intrusion dans ce monde dépassionné des émotions intenses et maladroites, de sentiments qui perturbent la teneur "civilisée, adulte, raisonnable" (Sagan 1956 : certain sourire, 1956, 87) de ses relations.

Dans le roman Dans un mois, dans un an, Josée cherche Jacques dans le Quartier Latin, dans un besoin désespéré de l'avoir avec elle
" Même pour être battue ou repoussée "
Dans un mois, dans un an 1957, 129

L'amour, chez Sagan, par opposition au simple désir, signifie vouloir être avec l'autre même si cela n'apporte aucune gratification.

Dominique se rassure : "Nous nous plaisions, tout allait bien"

Luc décrit "cet effort bouleversant qu'il faut accomplir pour aimer quelqu'un, le connaître, briser sa solitude"

Si les romans de Sagan sont antisentimentaux et antiromantiques, lorsque ses protagonistes tombent amoureux, ils entrevoient un mode de relation plus empathique et attentif, les rencontres sont agréables, mais provisoires. Le bonheur est éphémère, la sexualité est une consommation partagée.

Pour les femmes chez Sagan, la tentative de vivre une romance durable se solde par la souffrance et même, dans le cas d'Anne, par la mort, comme si l'idéal de fidélité et de complicité n'avait pas sa place dans un monde dépourvu de sens, résigné aux plaisirs passagers et au vide permanent.

Le portrait que fait Sagan de la société d'après-guerre souligne le non-sens de la modernité, la liberté par rapport aux anciennes conceptions morales s'accompagne d'un sentiment désolé d'un vide éthique. Ses jeunes héroïnes assument leur liberté sociale et sexuelle, mais leur sphère d'action reste dans des domaines féminins liés aux relations et aux émotions.

Les héroïnes de Sagan démontrent leur capacité à adopter des modèles masculins de détachement émotionnel, d'autonomie et de vie indépendante, mais ne semblent pas résoudre le dilemme de la relation, de la solitude et du sens de la vie.

Dans les romans de Sagan, les femmes ne proposent aucune critique, ne formulent aucune proposition. Les héroïnes rejettent les modèles maternels pour s'identifier aux figures paternelles masculines (Bonjour tristesse est un bon exemple) qui encouragent l'engagement dans la vie publique, la liberté sexuelle, le détachement émotionnel. Le modèle du désir sexuel masculin est sublimé au détriment de l'amour féminin, et de la maternité.

 

 

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Émilie Dickinson série, la poésie en images

emily dickinson

 

Émilie Dickinson série, la poésie en images

Émilie est une poétesse américaine du début du siècle (1830- 1886), un personnage qui serait resté oublié sans la publication de ces textes retrouvés par hasard et qui révélèrent une grande valeur poétique. Dickinson, la femme aux 1775 poèmes, dont à peine une dizaine de poèmes seront publiés de son vivant, est une véritable légende, une institution américaine. Tous les lycéens anglophones, surtout américains et canadiens connaissent ses poèmes à travers leurs manuels scolaires.


La poésie d'Emily Dickinson a intrigué et captivé des générations depuis sa mort en 1886. Les poèmes d'Emily Dickinson couvrent un large éventail de sujets. Elle est considérée comme une poète innovante et pré-moderniste. Ses poèmes sont uniques, contiennent des lignes courtes, manquent de titres et utilisent souvent des rimes obliques ainsi que des majuscules et des signes de ponctuation non conventionnels. Beaucoup de ses poèmes traitent des thèmes de la vie et l'immortalité, deux sujets récurrents dans les lettres à ses amis.


Cette femme vécut toute sa vie dans la petite ville d’Amherst (Nouvelle-Angleterre) dans une communauté protestante peu ouverte sur le monde extérieur. Elle passa sa vie entre son père, un homme autoritaire et sa mère invalide dont il fallait s'occuper. Elle finit par réduire sa vie sociale à sa correspondance à ses amis refusant de recevoir des visites.
Emily se décrit elle-même comme une femme sensible, pleine de vie, spontanée et parfois éruptive.


« Et quand je souris, une lumière aussi cordiale
luit sur la vallée
que c'est comme si le visage du Vésuve
laisser sourdre son plaisir »

Elle sera en opposition à son père, à la religion puritaine et à son milieu social.
Elle écrivait des lettres et des poèmes pour elle-même et de ce fait elle était libre et voyait la vie avec lucidité et profondeur.


« L'espoir porte un costume de plumes, se penche dans l'âme et chante inlassablement un air sans paroles. Mais c'est dans la tempête que son air est le plus doux. »

Les poèmes d'Emily Dickinson ont été qualifiés de métaphysiques, philosophiques. On a inventé de nombreuses formules pour décrire son style de pensée : ses ellipses cryptiques, sa compression, ses sujets énigmatiques, ses centres absents et son abstraction.


Il y a une autre qualité qui est tout aussi intrinsèque à ses vers, et c'est l'invention par Dickinson de structures poétiques qui imitent la structure de la vie telle qu'elle la conçoit à chaque instant.


Elle écrivait chaque jour au gré de son humeur devant sa fenêtre sur la nature, l’amour, la vie, la mort ou l'immortalité. Cet isolement fournit une approche de méditation sur le monde et sur soi même.


« Ce monde n'est pas conclusion
Un ordre existe au-delà -
Invisible, comme la musique
Mais réel, comme le son
Il attire, et il égare »


Vivant dans une communauté religieuse rigoureuse, et au sein d’un milieu familial bourgeois (son père fut représentant à la chambre) elle refusa la vision du monde imposée par la religion avec un scepticisme moderne pour l'époque et pour son entourage.
Elle publia anonymement quelques poèmes mais son style avec majuscules et tirets, jugé peu conventionnel, déconcerta les lecteurs.

"La Nuit est mon Jour préféré - j'aime tant le silence - et je ne parle pas d'une simple trêve (cessation) du Bruit - mais de ceux qui parlent de rien à longueur de journée et prennent cela pour de l'allégresse..."


Elle écrivit sur la mort, elle perdit de nombreuses personnes de son entourage de maladie, notamment la tuberculose sévissait à l’époque et pendant la guerre civile de sécession. Elle ne voyait pas la mort comme une fin.

« J’étais morte pour la Beauté – mais à peine
M’avait-on couchée dans la Tombe
Qu’un Autre – mort pour la Vérité
Etait déposé dans la Chambre d’à côté –
Tout bas il m’a demandé « Pourquoi es-tu morte ? »
« Pour la Beauté », ai-je répliqué
« Et moi – pour la Vérité – C’est Pareil –
Nous sommes frère et sœur », a-t-Il ajouté –
Alors, comme Parents qui se retrouvent la Nuit –
Nous avons bavardé d’une Chambre à l’autre –
Puis la Mousse a gagné nos lèvres –
Et recouvert – nos noms -»

 

emily dickinson  serie


Série Émilie Dickinson Apple TV


Il fallait oser, s'attaquer au monument que représente Emily Dickinson, et parler de la poésie, en ajoutant une dose de comédie et de musique, il faut une sacrée dose d'audace pour filmer le mythe de la poétesse, caricaturée en vieille fille recluse. La biographie de Dickinson relate une autre vie, de création, de méditation et de rébellions contre son milieu social, et contre dogme de l'Église calviniste.


La série, créée par Alena Smith, se déroule dans et autour de la maison de la famille Dickinson à Amherst au milieu du 19e siècle. Emily est une adolescente, irritée par le refus d'Edward de la laisser publier sa poésie, et sa mère (également nommée Emily, interprétée par Jane Krakowski) la poussant à maîtriser les tâches ménagères comme sœur Lavinia (Anna Baryshnikov), tandis que leur frère Austin (Adrian Blake Enscoe) s'en tire avec tout.


Cette série nous parle de sa vie entre ses parents, son frère Austen et sa sœur Vinnie.
Elle nous montre comment elle s’affirmera une grande poétesse malgré l'absence de public, de notoriété car la plupart de ces nombreux textes et poèmes (1700) ne seront publiés qu'après sa mort.

 


La série d’Apple TV, tente d’expliquer le génie souvent incompris d’Emily, la première saison insiste l’enfance, sur l’opposition au père et sur la relation avec sa belle soeur et amie intime Sue.


On se doute que l’Emily imaginée et interprétée par la jeune actrice Hailee Steinfeld est loin de l’Emily originale mais le but est de transmettre ce qu’elle exprimait dans ses textes.


A sa sortie, la série essuie de nombreuses critiques surtout pour la première saison où les anachronismes choquent les littéraires et les fans de la poète. La relation supposée intime avec son amie Sue est longuement exposée.
Par ailleurs certains épisodes manquent de rythme laissant le spectateur dubitatif sur les intentions du réalisateur.

Alena Smith la réalisatrice nous expose une Emily adolescente rebelle et fantasque incomprise de sa propre famille dans un environnement léger et plein de gaiété. L’actrice, Hailee Steinfeld qui a joué dans le film New York melody, réinvente une Emily à la fois sauvage et exaltée.


Dans la deuxième saison, la réalisatrice améliore le scénario et ce sont des épisodes rythmés, plus joyeux, musicaux autour de ses textes. Chaque épisode présente un thème, Emily à l’opéra, se rend à un concours de pâtisserie, Emily en cure thermale, Emily rencontre le directeur du Journal etc. En cela, «Dickinson» a choisi de ne pas changer, en soi, mais d'approfondir. Si la saison 1 était prometteuse, mais inégale, la saison 2 est divertissante, mais inégale.


Au début de la saison 2, Emily se sent découragée, Sue - son ancienne amie intime, puis belle-sœur la pousse à élargir son champ de lecture et à poursuivre la publication de poèmes via un journaliste prometteur Samuel. Le frère d'Emily (mari de Sue) Austin cherche un sens à sa vie de jeune marié, la sœur Lavinia repousse l'hypothèse qu'elle se mariera bientôt et réévalue sa vie. Le changement est à l'horizon pour tous, et pas seulement parce qu'une guerre civile se prépare dans le sud.

 


Chaque épisode s’ingénie, à présenter un poème, et son contexte d’une façon joyeuse, comique, musicale et pleine de charme. Cette série cible la jeunesse, et les excentricités qui s’y rattachent, affichant l’opposition des jeunes aux aînés rigides et gardiens des mœurs, et fait découvrir d’une manière joyeuse, l’art la poésie dont la valeur s’est un peu perdue ; seuls quelques chanteurs et mélodistes nous en rappellent parfois l’existence si précieuse et en même temps si douce à nos oreilles et à notre esprit.


Malgré ses défauts, «Dickinson» a du charme à revendre. C'est inégal, oui, mais la série mérite l’attention par son univers délicieusement bizarre. Nous entrons dans le monde d’Emilie qui n’aimait ni la célébrité, ni les louanges.


«J'habite le Possible-
Maison plus belle que la Prose-
Aux plus nombreuses Fenêtres-
Et mieux pourvue -en Portes-»

 

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Henry Bordeaux : raconter une France rurale

 

henry bordeaux citation

Henry Bordeaux : raconter une France rurale

Henry Bordeaux est un romancier presque oublié de nos jours, sauf des spécialistes.

Né en Savoie, Henry Bordeaux y demeurera toute sa vie, et cette province sera le cadre de la plupart de ses nombreux livres.

 


Dès ses débuts, avocat et romancier en Savoie, passant par le Figaro, puis à l'Académie Française en 1919, il marque la littérature française de la première moitié du siècle dernier. Rétrospectivement, on peut dire qu'il a décrit une France en train de disparaitre, la France de la terre, de la foi catholique, du destin national, des traditions familiales, du destin collectif avant le destin individuel. Il appartenait à une France traditionnelle et conservatrice.

 

Henry Bordeaux est issu d'une famille catholique et royaliste qu'il décrit dans son roman La Maison (1912) et dans Le Pays sans ombre (1935).  
À l'âge de 16 ans, après avoir obtenu son baccalauréat à Chambéry, Henry Bordeaux part pour Paris pour suivre des études de droit et de littérature. Il y rencontre Alphonse Daudet et son fils Léon, François Coppée, Verlaine, Léon Bloy.
Henry Bordeaux s'inscrit, au barreau de Thonon (1889), mais il ne tarda pas à se tourner vers l'écriture. Sa carrière d'écrivain commence à 1887 (premier poème publié Rebecca, récompensé par l'Académie de Savoie) à 1960, année de son dernier livre (Le Flambeau Renversé).

 

À la suite du ralliement officiel de l'Église à la République (1892) et de l'édification de la doctrine sociale de l'Église, Henry Bordeaux devient républicain.

Les idées politiques d' Henry Bordeaux  sont proches du catholicisme social.
En 1894, il publie son premier livre, " Âmes modernes ", qu'il adresse à tout hasard à ses écrivains préférés.

Après quelques œuvres de jeunesse, Henry Bordeaux s'oriente vers des types de personnages (hommes ou femmes) dont les positions morales traditionnelles et chrétiennes trouvent leur expression dans un engagement concret comme dans son roman La Peur de Vivre (1902).

 

Henry Bordeaux, élu membre de l'Académie française en 1919, fut témoin de la première guerre mondiale, des mouvements sociaux des années 30,  de la seconde guerre mondiale, des évolutions des mœurs, des changements de la condition féminine dans le couple et dans la société, et de l'amélioration des conditions de vie des ouvriers.

À la fin des années 1930 (années du Front populaire), Henry Bordeaux, toujours inspiré par le catholicisme social, prend clairement position pour l'amélioration des conditions de vie des plus pauvres (logement, hygiène, santé, alimentation), conditions de vie qu'il met en parallèle avec l'hypocrisie de la noblesse et de la grande bourgeoisie.

La fin de la Seconde Guerre mondiale marque une rupture dans sa carrière ayant pris position pour le maréchal Pétain, ami depuis la Première Guerre mondiale. En septembre 1945, Henry Bordeaux est inscrit sur une liste d'Épuration du Comité national des écrivains avant d'en être rayé en octobre 1945.  
Bordeaux publie pendant la guerre un roman traitant d'Hitler " L'homme qui détient à lui seul le pouvoir de déchaîner le malheur d'une guerre inutile et insensée sur le monde, l'homme qui exerce ce pouvoir sans hésitation quand il est en présence de sa responsabilité, se classe lui-même parmi les monstres."

 

En octobre 1954, le général de Gaulle lui écrit une dédicace sur un exemplaire de son livre Mémoires de guerre : L'Appel, 1940-1942 en ces termes : " À M. Henry Bordeaux dont l'œuvre a tant nourri mon esprit et mon sentiment ".

 

Henry Bordeaux, à partir de 1951, commence la rédaction de ses Mémoires. En 1959, il raconte ses souvenirs d'académicien (Quarante ans chez les quarante).

Ses romans étaient parmi les livres les plus lus de la première moitié du XXe siècle ; plusieurs de ses romans se vendaient à plus de 500 000 exemplaires, traduits en de nombreuses langues, y compris en japonais.

L'édition américaine du livre Le Chevalier de l'air. Vie héroïque de Guynemer a été préfacée par le Président Théodore Roosevelt : "Nous sommes heureux en vérité d'avoir sa biographie écrite par vous, Très fidèlement votre."

Henry Bordeaux fut inhumé au cimetière de Cognin (près de Chambéry) et dont le collège porte le nom.

 

 

 

Le romancier, la famille d'abord   

Régnier le romancier le 27 mai 1920 sous la Coupole dit : Bordeaux connaît bien son Balzac. Comme le père de la "Comédie Humaine", il produit beaucoup, une soixantaine de romans, des "voyages", une vingtaine d'essais historiques et littéraires, des mémoires. Comme lui, il prend le temps, dans chacun de ses opus, d'exposer longuement l'intrigue. Le temps de humer la saison, de peindre les joues roses de jeunes-filles de la campagne, de visiter les pierres qui seront le cadre, d'illustrer le personnage principal de l'œuvre. "

Il fut un écrivain provincial, attaché à la terre et aux traditions, un conservateur éclairé qui cherche à faire revivre les anciennes coutumes et à cultiver le pittoresque et le romantisme de la campagne.

Chez lui, la famille est la cellule sociale fondamentale, régie par l'éthique. Chez lui, les des drames domestiques finissent par laisser l'ordre traditionnel soumettre les individus même récalcitrants, à préserver le couple et la famille. La religion et l'éthique finissent par convaincre chacun de sauver l'essentiel et de se sacrifier pour la famille.

 

Dans son roman la maison, dans une demeure en pierre où naissent et meurent les grands parents, puis les parents, dans le foyer où se jouent dans l'intimité de minces drames familiaux. Au sein de cette maison, la morale protège la famille pour laisser grandir les enfants et pour vivre sa vie d'adulte au service des autres.

 

Dans son roman mariage de guerre 1942, il s'agit d'une histoire d'amour entre une femme qui admire les héros, et un homme qui finira par prendre le risque de sauver un soldat blessé et ainsi de mériter l'amour de sa future épouse.

Bordeaux n'innove pas ses techniques romanesques : dialogues simples pour présenter les protagonistes, narration chargé, citations de manuscrits et lettres.  Il sait raconter la vie de personnages attachants et agréables à suivre dans un style savoureux.



Les auteurs d'après guerre écrivaient sur des sujets plus actuels comme la conscience de soi, la vie individuelle, la politique, ou la justice sociale.  D'autres styles vont également séduire le public, styles du roman nouveau si éloignés de romans publiés entre les deux guerres.  

Ses romans avaient perdu progressivement leurs publics dans une France si différente, une France moins rurale, plus citadine, moins familiale, et moins religieuse.  
Il est presque difficile d'imaginer combien il faisait partie des écrivains influents et respectés du siècle dernier.

 

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Simenon : Fiançailles de monsieur Hire : Analyses

 

 

monsieur Hire

 

Simenon : Fiançailles de monsieur Hire : Analyses

Simenon décrit le paysage délétère qui se dessinait dans les années 30 à la suite de la montée en puissance des nazis et des extrémistes. Ce livre a été écrit entre 1932 et 1933, sa parution chez Fayard date de 1933.

Quartier du Villejuif des années 30. Un banal carrefour entre grande ville et campagne.
Femme violée, laissée pour morte sur un terrain vague, sac à main disparu, argent envolé.
Les soupçons rapidement portés par une concierge se dirigent vers un locataire, car il ne rentre jamais si tard, et elle a aperçu chez lui une serviette de bain ensanglantée. 


Dans le voisinage, tous les soupçons se portent sur monsieur Hire, de son nom Hirovitch, juif d'origine russe, taciturne et austère, différent des autres et mal aimé. Monsieur Hire est le juif, l'étranger, le migrant, la médiocrité et le suspect chassé par la foule en meute

Commence alors pour cet homme sans défense, victime de la complicité d'une foule haineuse, une lente et inexorable descente aux enfers. Il sait en effet, pour son malheur, que le véritable meurtrier est Emile, l'amant d'Alice, une femme dont il est secrètement amoureux et qu'il épie depuis longtemps de sa fenêtre.

 

Un jour, accomplissant enfin un de ces gestes qui le relient au désir et à la vie, sur un signe d'Alice, il la rejoint dans sa chambre. Fragile, avide d'amitié et de tendresse, ébloui par cet amour qui semble s'offrir à lui, leurré par une promesse de fiançailles, il jure d'abord de taire le nom du coupable, puis écrit une lettre de dénonciation, si confuse et comme lui si anodine qu'elle ne sera pas crue. Dès le lendemain, de retour chez lui, le piège tendu par Alice se referme sur lui: les preuves l'accablent. Manquant de se faire lyncher par la foule,
Il se réfugie, terrorisé, sur le toit de sa maison, glisse et trouve la mort.

M. Hire mort, la foule regrette son attitude. Elle espère que le défunt ait parvenu à poster au Procureur de la République une lettre révélant la véritable identité de l’assassin.
Puis la foule oublie, jusqu'à la prochaine fois.


La vie de M. Hire est bouleversée par le meurtre d’une femme et par son amour/ désir, pour Alice, la jeune servante, qui lui fait entrevoir la possibilité d’échapper à la vie triste et malheureuse qu’il mène. M. Hire croit pouvoir commencer une nouvelle étape de sa vie grâce à Alice, mais, naïf et inexpérimenté, il a mal interprété les sentiments de la serveuse et donc sa fin sera tragique.

 

 monsieur Hire film

 

Éric Bonnefille décrit le livre ainsi :

« Les fiançailles de M. Hire, de Simenon, est un roman terrible, à l’atmosphère particulièrement déprimante. M. Hire est un personnage dont le comportement, solitaire et marginal, attire les soupçons des voisins lorsqu’un meurtre est commis dans le quartier. »

E. BONNEFILLE, Julien Duvivier. Le mal aimant du cinéma français (19401967), Paris, L’Harmattan, 2002,Vol II, p 41.

 

 

Analyses du roman: les Fiançailles de Monsieur Hire

Simenon nommait « durs » ses romans, le plus souvent policiers, où Maigret n'apparaissait pas. Il y en eut, 117 entre 1931 et 1972. « Les Fiançailles de Monsieur Hire » est l'un d'eux et date de 1933.

Sous cette appellation, « romans durs » sont classés les romans postérieurs à l’apparition du commissaire Maigret dans lesquels Simenon tente de s’adresser à un public littéraire plus exigent, en cherchant à entrer dans le domaine de la vraie littérature.
Les romans durs de Simenon se ressemblent dans leurs structures. Jacques Dubois propose un schéma typologique:

- un événement, le héros rompt avec ses habitudes, ses fonctions et les normes de son milieu
- sa rupture est consacrée par son crime ou un crime autour de lui
- il connaît l’évasion, l’aventure et un certain envers des choses dans un monde trouble
- sa libération est consacrée par une rédemption;
- il échoue, il devient fou, soit qu’il revient au départ avec une impression de néant;
- le héros a conquis, en cours d’expérience, une sorte de lucidité et il a adressé un bilan de soi, de sa vie

GOTHOT-MERSCH, C.- DUBOIS, J.- KLINKENBERG, J-M.- RACELLE-LATIN, D.- DELCOURT, C., Lire Simenon. Réalité/ Fiction/ Ecriture, Paris-Bruxelles, Nathan/Labor, 1980.

 

Pour mieux comprendre la particularité de cette nouvelle, il est utile de comprendre il faut comprendre quelles sont les composantes de cet univers fictif.


Comme le souligne Danielle Racelle-Latin :

« Selon un schéma romanesque bien connu, il ne commence à y avoir de l’histoire chez Simenon qu’à partir du moment où le héros rompt avec un ordre de vie fait de mille et une habitudes ritualisées, lesquelles garantissent son intégration au milieu (familial ou professionnel) ou, du moins, aidaient à le définir de façon conforme au rôle qui lui reconnait son entourage. »

GOTHOT-MERSCH, C.- DUBOIS, J.- KLINKENBERG, J-M.- RACELLE-LATIN, D.- DELCOURT, C., Lire Simenon. Réalité/ Fiction/ Écriture, Paris-Bruxelles, Nathan/Labor, 1980.

La rupture peut amener le héros simenonien à deux parcours différents: la désillusion et l’échec ou la libération définitive.

« La rupture, amorce d’un devenir singulier, d’une destinée ou de l’Aventure proprement dite, peut s’accompagner d’une valeur affective positive et se présenter comme une libération.
À l’inverse, elle peut être subie négativement comme l’effet d’une force fatale, délétère. Il n’empêche, dans l’un et l’autre cas, elle prend une signification qui, par-devers les personnages, dépasse le seul registre psychologique. »


M. Hire, un homme marginal, maladroit, à l’air louche, qui, soudainement, se trouve au centre de l’attention dans un cas de meurtre. Mais avant de procéder, il faut définir qui sont les protagonistes des romans de Simenon, à cet égard Jacques Dubois dresse un portrait clarifiant des petites gens :

« Simenon se réclame volontiers d’un intérêt et d’une sympathie pour les petites gens. Tout laisse voir qu’il entend par là non les prolétaires qui sont, en gros, absents de son univers de représentation, mais une certaine fraction de la classe moyenne, celle où dominent les isolés, les humiliés, les vaincus. Si ceux-ci ne sont pas toute la petite bourgeoisie, ils en sont une composante typique dans la mesure où l’évolution du capitalisme tend à isoler cette classe et à la réduire au silence, dans la mesure surtout où elle déclasse certains de ses agents et les laisse en arrière du mouvement de l’histoire. L’attention de Simenon à l’égard des petites gens, pour légitime et généreuse qu’elle soit, n’en relève pas moins d’un effet idéologique bien défini: elle fait d’un type social singulier l’humanité commune, le représentant de tout l’homme. »

 

La vision de la société est parcellaire chez Simenon, il n’offre pas une vision globale de la société, de ses dynamiques et ses liens, il éclaire une zone, un personnage, en insistant sur le fond. Il dessine une vie et non pas des vies. Dubois affirme :

« Certaines incapacités à saisir l’ensemble des composantes de la société et leurs relations. Il n’est pas étonnant dès lors que Simenon se dise volontiers indifférent à la politique et à l’histoire. Il n’a pas choisi cette indifférence; elle lui est imposée par sa position et elle empêche le tableau social que propose son œuvre d’avoir, faute de base socio-politique, la dimension balzacienne que l’on pouvait attendre.»

GOTHOT-MERSCH, C.- DUBOIS, J.- KLINKENBERG, J-M.- RACELLE-LATIN, D.- DELCOURT, C., Lire Simenon. Réalité/ Fiction/ Écriture, Paris-Bruxelles, Nathan/Labor, 1980.

L’enquête policière est présente dans les fiançailles de M. Hire aussi, comme dans la série des Maigret, sans constituer la partie la plus importante de l’intrigue. L’enquête est un prétexte pour montrer la crise d’un innocent soupçonné d’avoir tué une femme. Les policiers sont éloignés de la figure immense du commissaire Maigret. Ils sont plus réels, moins héroïques, et moins intelligents. Ils boivent pendant le service, dorment dans le lit de M. Hire, lorsqu’ils l’attendent pour l’interroger.

« Dans la loge, près de la table couverte d’une toile cirée brune, ils s’impressionnaient l’un l’autre. Ils n’étaient pas à deux cents mètres du terrain vague où, quinze jours plus tôt, un dimanche matin, on avait découvert le cadavre d’une jeune femme tellement mutilé qu’on n’avait pas pu l’identifier.»

M. Hire, dans la description du narrateur

« Il n’était pas gros. Il était gras. Son volume ne dépassait pas celui d’un homme très ordinaire, mais on ne sentait ni os ni chair, rien qu’une matière douce et molle, si douce et si molle que ses mouvements en étaient équivoques. »

Cette représentation souligne sa différence par rapport aux autres. Ses actes et ses mouvements sont conditionnés par son embonpoint. La description vise aussi à introduire l’ambiguïté de sa figure qui suscite méfiance et attire les soupçons des habitants des lieux.

« Dans la rondeur de son visage se dessinaient des lèvres bien rouges, de petites moustaches frisées au fer, comme dessinées à l’encre de Chine et, sur les pommettes, des roseurs régulières de poupée.»

Ses actions quotidiennes sont les mêmes, il observe une routine monotone, presque sans variation jusqu’au meurtre et à la rencontre avec la jeune fille, qui apparaît dans toute sa fraîcheur et sa vitalité.

Le mystère entoure M. Hire. Personne ne sait à quel travail il se dédie, mais la réalité est plus banale que l’imagination

« C’est un de ces types qui promettent je ne sais combien par jour pour un travail facile et qui, moyennant cinquante ou soixante francs, envoient aux gens une boîte d’aquarelle qui en vaut vingt et six cartes postales à colorier. La concierge en était déçue. »

La femme Alice est une jeune bonne aux caractéristiques physiques et psychologiques opposées à celles de M. Hire; belle, sensuelle maligne et astucieuse.

La concierge est un personnage important, une figure légendaire dans la vie sociale française entre les deux guerres, figure de mensonges, de délations, et d’intrusion. Elle dénonce à la police ce locataire qui l’inquiète sans fondement ni preuve.
C’est elle qui soupçonne M. Hire d’avoir commis le meurtre et le dénonce à la police

« Je lui ai monté un catalogue et, pendant que la porte était entrouverte, j’ai aperçu une serviette pleine de sang… »

Elle donne aussi au lecteur la première description sommaire du protagoniste :

« Un petit, un peu gros, avec des moustaches frisées, qui porte toujours une serviette noire sous le bras. »

Ce portrait suggère les éléments qui distinguent M. Hire des autres personnages: physique arrondi, moustaches noires et frisées avec sa serviette toujours sous le bras. Mais la concierge introduit aussi un autre élément qui deviendra un thème constant et croissant dans le roman, celui de la peur

« Je n’oserais plus le rencontrer dans l’escalier, haleta la concierge. D’ailleurs, j’ai toujours eu peur de lui. Et tout le monde !»

« Tenez, quand il passe, il a l’habitude de caresser la tête de ma petite. Eh bien, cela me fait peur, comme si.. »

Alice est la jeune serveuse que M. Hire espionne, mais elle sait qu’il la regarde

«Il y avait un miroir devant elle, au-dessus d’une toilette en bois tourné. C’est ce miroir qu’elle regardait, qu’elle continua à regarder en tirant de bas en haut sur sa robe pour la faire passer par-dessus sa tête. »

Elle est le contraire de M. Hire, jeune et pleine de vie, et voluptueuse.

Émile est l’amoureux d’Alice, il connaît M. Hire et le regarde avec mépris :

« L’amoureux était maigre, mal portant. Son regard ne se posait jamais sans ironie sur M. Hire »

Alice est dépendante de son petit ami :
« L’amoureux avait les mains dans ses poches, le pardessus ouvert. Et la bonne se suspendait à son bras comme une gosse qui craint de se perdre. »

Émile ne pense qu’à lui-même et ne s’occupe pas d’elle
«Tout près d’Alice aussi, il y avait Émile, les mains dans les poches, le visage maladif et froid. Elle le regardait, mais il ne la voyait pas. Il y avait de la fièvre dans ses yeux.»


Un autre personnage important : la foule, qui pense comme un seul Individu, qui apparaît effrayant quand elle est sous le coup de la colère. La fin du livre est emblématique, l’auteur s’intéresse au destin de M. Hire tandis qu’il laisse de côté le sort des vrais coupables.

Le commissaire suspecte M. Hire à cause de ses origines étrangères, de ses activités précédentes et de ses fréquentations; il en arrive à inspirer à M. Hire de la crainte :

« C’en était fini de l’audace, des explications d’homme à homme. Il répondait désormais aux questions avec l’humilité effrayée d’un écolier qu’on interroge »
Le commissaire fait aussi des insinuations à propos de la vie privée du protagoniste

« Rien ne prouve que la pauvre femme a été assassinée pour son argent. Et l’on voit de temps en temps certains messieurs solitaires se livrer soudain… »

Le commissaire et ses agents sont loin de la grandeur du Commissaire Maigret, ne possèdent ni son intelligence ni son humanité, ils se comportent comme les gens ordinaires

« Il n’était qu’une heure du matin. Le commissaire dormait, tout habillé, sur le lit de M. Hire. »

 

Monsieur Hire et Alice

Les deux personnages s’opposent par leur aspect physique et par leurs attitudes. M. Hire est gros, petit, aux moustaches noires, aux lèvres rouges et aux pommettes roses, impassible, sans expression. Il a une façon de marcher assez caractéristique

« M. Hire, la serviette sous le bras, se faufilait en se dandinant […] M. Hire courut comme ceux qui ne sont pas habitués à courir, et comme les femmes, en jetant les jambes de côté »

« M. Hire pressait le pas, la poitrine en avant, la serviette sur le flanc, finissait par courir comme il courait toujours pour les dix derniers mètres. »

« M. Hire marchait vers la porte d’Italie, sa serviette sur le bras, de son pas sautillant, se faufilant entre les passants, il était précédé par le petit nuage gris que formait sa respiration. »

Sa première description physique est faite par la concierge; elle compare son visage à celui d’une poupée, à cause de ses pommettes roses, insiste surtout sur sa chair qui molle et sur son visage de cire.

Alice est la seule qui réussit à rompre ce masque, quand elle entre dans sa chambre :

« Lentement, si lentement que la progression était imperceptible, le visage de cire de M. Hire s’animait, devenait humain, anxieux, pitoyable. »

La routine quotidienne est une constante chez M. Hire; il répète les mêmes gestes et tout le monde connaît ses habitudes et ses horaires, puisqu’ils sont fixes; jamais d’imprévus dans la vie de M. Hire, jusqu’à la découverte du cadavre et au soupçon jeté sur cet homme à l’apparence bizarre et qui n’a pas de femme ni d’amis dans le quartier.

Par contre, Alice est jeune, sensuelle et pleine de vitalité.

« Son premier mouvement fut pour libérer ses cheveux qui roulèrent, pas très longs, mais abondants, d’un roux soyeux, sur ses épaules. Et elle se frotta la nuque, les oreilles, dans une sorte d’étirements voluptueux. […] Elle était jeune, vigoureuse […] La tête était un peu penché et cela soulignait le dessin des lèvres charnues, cela raccourcissait encore le front, alourdissait la masse sensuelle des cheveux roux, gonflait le cou, donnait l’impression que la femme tout entière était faite d’une pulpe riche, pleine de sève. »

Elle est pulpeuse comme un fruit. Il y a une scène dans laquelle Alice mord une orange :

« Une orange glacée dont elle arrachait la pelure avec les ongles. Le jus giclait, astringent.
Les petites dents pointues mordillaient la pulpe, la langue raidie s’enfonçait, les lèvres aspiraient, l’odeur du fruit se répandait à plusieurs mètres. »

Simenon décrit sa façon sensuelle de fumer :
« Elle la fuma en arrondissant les lèvres sur le rouleau du tabac, comme tous ceux qui fument pour la joie pittoresque et non pour le goût du tabac. Les odeurs se mélangeaient. C’était à la fois aigre et fade et cela semblait émaner de cette nuque de rousse qui était ronde et droite comme une colonne».

La sensualité de la jeune bonne enchante M. Hire :

« Et il sentait de tout près l’odeur de la servante [...] C’était une odeur chaude où il y avait des fadeurs de poudre de riz, la pointe plus aiguë d’un parfum, mais surtout son odeur à elle, l’odeur de sa chair, de ses muqueuses, de sa transpiration. »


Alice sait qu’il la regarde et en plus elle connaît son pouvoir de séduction :
« Elle jouait son rôle. Elle feignait de ne pas le voir, d’être à son aise, indifférente. Deux fois, elle se poudra et se mit du rouge. Deux fois aussi, elle tira sur sa robe comme si elle eût surpris M. Hire à regarder ses genoux. »

« Elle frémissait. Tout son être frémissait, tout était vivant et chaud. »

« Son corps lourd, charnu, dégageait une chaleur intense et il était étalé là, dans la chambre, dans le lit de M. Hire, comme un foyer de vie exubérante. M. Hire regardait le plafond. Il lui semblait que toute la maison devait entendre les échos, sentir les palpitations de cette vie. »

Quand elle essaie de le séduire, elle se rend compte avec étonnement que

« C’était impossible de tendre la main à un homme aussi immobile, aussi lointain. »

Simenon détaille la chute et la stigmatisation d’un innocent, l’histoire d’un homme timide, naïf marginal, d’origine étrangère, la foule haineuse, et une femme qui se sert de son charme pour dissimuler le crime d’un amant qui la domine, en impliquant un innocent. Un jeu de rapport force dont Monsieur Hire ne possède aucune carte.

Monsieur Hire est un homme que tout exclut de la vie : le vide, dont il semble issu et auquel tout semble le condamner à retourner.
Ce roman révèle la cruauté latente d'un destin qui inverse toutes choses en leur contraire. Tout conspire contre monsieur Hire, la foule, les circonstances.
La force du livre résulte du sentiment de malaise dès les premières pages, devine et pressent nécessairement ce
que le héros semble vouloir ignorer.

 

Deux films : Panique et Monsieur Hire

Deux films à deux époques historiques différentes ont interprété ce roman ; le premier, au titre éloigné de celui du livre: Panique a été tourné en 1946 par le réalisateur Julien Duvivier qui avait précédemment participé à l’adaptation d’un autre livre de Simenon. L’acteur qui incarne le protagoniste est Michel Simon, à la longue barbe noire et à l’aspect effrayant, et qui lançait déjà son regard dans les affiches. Viviane Romance, la femme fatale par excellence, joue le rôle de la jeune servante.

 



Quarante ans après, une autre adaptation est sortie au cinéma avec beaucoup de succès, celle tournée par Patrice Leconte en 1989. Le protagoniste masculin était interprété par Michel Blanc et sa partenaire féminine était Sandrine Bonnaire.

 

 


Deux adaptations, deux conceptions du cinéma et de la mise en scène d’un roman difficile à rendre à l’écran.

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Suzan Minot: Lust (luxure) et relations hommes femmes

lust suzan minot

Suzan Minot: Lust (luxure) et relations hommes femmes

 

Susan Minot est née à Boston aux États-Unis en 1956, romancière diplômée en 1983 de l'université Columbia en création littéraire.

Lust and Other Stories est un recueil de 12 nouvelles publié en 1988, traitant les relations hommes femmes. Les personnages affrontent les problèmes provoqués par une relation compliquée où un partenaire est plus investi dans la relation que l'autre partenaire. Cet autre partenaire n’est pas mis en évidence dans les nouvelles, il est indifférent, son manque d'intérêt pour la relation est présenté comme un point de discorde dans les récits.

Les nouvelles de ce recueil sont intimes et personnelles. Les personnages sont sympathiques, parfois attachants dans des situations crédibles.

Certaines nouvelles décrivent une ambiance, sans intrigue, d'autres utilisent les pensées ou le flux de conscience à la première ou à la troisième personne. Les nouvelles manquent d'intrigue et de fins. Les actes importants sont décrits comme des généralités, les événements les plus importants de la vie, comme la mort, sont relatés avec distance, de manière détachée.

Les deux nouvelles sont divisées en trois sections. Les premières traitent les relations dans leur premier stade, les suivantes traitent les relations en crise, et les dernières traitent les fins et les conséquences des relations.

Suzan Minot a créé dans sa nouvelle Lust (luxure) un personnage devenu emblématique pour toute une génération dans les pays anglophones.

« Lust» est une histoire profonde qui décrit une adolescente, sans visage et sans nom, qui erre, sexuellement, pendant trois ans, ayant des relations sexuelles avec plus de quinze garçons et plusieurs autres sans nom.
La fille pense qu'elle donne de l'amour aux garçons alors qu'ils sont là pour le plaisir sexuel. La relation de la protagoniste avec les autres personnages de l'histoire fait ressortir son caractère unique, contrairement à son apparence physique.

La narratrice de Lust est adolescente, fréquente une école religieuse située loin de chez elle. Elle est active sexuellement, comme elle décrit :


« Il embrasse ma paume et dirige ma main vers sa braguette » (page6).

 

Ses escapades sexuelles avec différents garçons déterminent l'intrigue de l'histoire. Le lecteur peut deviner son comportement et ses relations, ce qui met en lumière les jeux de pouvoir entre les hommes et les femmes, en particulier lorsqu'il s'agit de sexe.

La narratrice utilise la première et la deuxième personne tout au long de l'histoire. Dans certains cas, elle utilise le « je » lorsqu'elle parle de ses expériences de vie.


« J'avais goûté la langue de Bruce» (page 3),

 

Dans d'autres, elle utilise « vous », qui représente toutes les femmes en général ; par exemple, elle dit :


« Vous commencez à vous sentir comme un morceau de veau pilé» (page 16).

 

La narratrice expose ses rencontres sexuelles, chaque rendez-vous est détaillé comme une liste d'achats émotion. Elle prend ses distances avec ses 15 rencontres sexuelles, en essayant d'imiter le comportement sexuel masculin.

Elle admet que le fait de coucher à droite et à gauche est une chose normale qui ne l'inquiète pas du tout. Elle révèle plus tard ses craintes en avouant :


« Le lendemain, on est dans un brouillard total, on délire, on est distrait, on traverse le stress et on manque de se faire écraser» (page 10).

 

Malgré l'intention de garder ses distances, la narratrice entre subtilement dans l'autoréflexion. Le ton devient honnête révélant sa douleur et sa solitude.

Elle poursuit en disant que pour un garçon, coucher avec plusieurs filles est une bonne chose, alors que pour une fille, c'est un mauvais présage. Ce n'est qu'à la fin de l'histoire que la narratrice fait ressortir ses peurs et ses inquiétudes.

La narratrice met en évidence le détachement émotionnel du personnage principal vis-à-vis des figures d'autorité, comme ses parents. Il n'existe aucun lien émotionnel entre elle et ses parents.

Elle écrit :

 

« Mes parents n'avaient aucune idée... les parents ne savent jamais vraiment ce qui se passe, surtout quand vous êtes à l'école la plupart du temps » (page 5).

 

Ses parents l'ont inscrite dans un pensionnat éloigné pour ne pas faire face aux problèmes provoqués par leur fille adolescente. Savoir que sa famille n'est pas dans le coin lui permet d'avoir toute liberté d’action.

Le médecin de l'école donnait aux élèves la pilule d'urgence sans poser de questions comme le note la narratrice :


« La blague était que le médecin de l'école donnait la pilule comme de l'aspirine » (page 8).

 

La plupart des filles de l'école utilisent la pilule, pour prévenir les grossesses non désirées lorsqu'elles s'engagent dans des escapades sexuelles. Elle pouvait prendre la pilule le matin, juste avant de se rendre à la chapelle de l'école.

La narratrice montre que même si elle voulait mettre fin à son comportement, elle ne trouvera ni soutient ni conseils. La directrice de l'internat Mme Gunther ne fournit aucune instruction sur la vie sexuelle des adolescentes, et préfère formuler des conseils sur les façons de trouver le véritable amour, car elle était tombée amoureuse de son seul petit ami, M. Gunther, avant de se marier avec lui

La narratrice n'a pas confiance en elle-même, elle se sent faible avec les hommes qu'elle fréquente, obligée de dire oui aux avances sexuelles.


Elle admet :


« Donc, si vous flirtiez, vous deviez être prête à aller jusqu'au bout » (page 9).

 

Elle déclare ensuite que les garçons se mettaient en colère si une fille refuse de céder aux avances sexuelles. Minot dessine un personnage comme quelqu'un qui souffre d’une faible estime de soi, qui se déguise en faisant la fête, en buvant l'alcool ou prenant des drogues.

C'est un personnage social, extraverti, agréable à côtoyer, mais en réalité, elle est fragile. Elle est consciente de son comportement problématique, et de ses conséquences :


« Après le sexe, vous vous recroquevillez comme une crevette, quelque chose de profond en vous est détruit » (page 16).

« Je pensais que la pire chose qu'on pouvait dire de vous était un suceuse de bites» (page 9).

 

Minot décrit les difficultés des jeunes filles occidentales à l'adolescence, en raison de la pression exercée sur elle par la société, par les garçons et par les autres filles.
Elle montre comment les filles cèdent aux avances sexuelles des garçons au début de leur apprentissage, avant de distinguer l'amour du sexe :


« on ouvre ses jambes, mais on ne peut pas, ou on n'ose plus, ouvrir son cœur » (page 17).

 

« Lust» se concentre sur la difficulté des jeunes de la société moderne à nouer des relations saines.
L'adolescente parle principalement des hommes qu'elle rencontrait plutôt que de se concentrer sur ses propres pensées et sentiments.
Elle décrit une rencontre sexuelle avec un personnage nommé Roger. Elle dit :


« Roger était rapide. Dans sa voiture,  la radio retentissait, parlant vite, vite, vite. Il recherchait toujours ma fermeture éclair. Il a été expulsé de sa deuxième année » (page17).

 

Au début, on a l'impression qu'elle se vante, mais de temps en temps, elle glisse des commentaires tels que :


« À la seconde où un garçon a mis son bras autour de moi, j'ai oublié de vouloir faire quoi que ce soit d'autre, ce qui a d'abord été un soulagement jusqu'à ce que cela devienne comme s'enfoncer dans la boue (page 6) ».

« Vous distinguez la forme floue des fenêtres et vous vous sentez devenir une grotte, absolument remplie d'air, ou d'une tristesse qui ne voulait pas s'arrêter (page 6) ",

« Si vous sortez avec eux, vous devez en quelque sorte faire quelque chose (page 6) ».

L'adolescente reçoit une satisfaction émotionnelle temporaire, mais comme elle le dit :


« Mais alors vous commenceriez à vous échapper et l'obscurité entrerait et il y aurait une caverne » (page 7).

 

Cette référence de caverne est la réalisation qu'elle n'est rien de plus qu'un objet, que sa place avec ces garçons n'est rien ; ils la voient comme un objet sexuel.

 

 "...Tout se remplit finalement de mort. Après la vivacité de l'amour, l'amour s'arrête... tu ne demandes même pas quelque chose ou tu n'essaies pas de lui dire quelque chose parce que c'est évidemment ta propre foutue faute. »
« Tu es partie. Leur regard vide vous dit que la fille qu'ils baisaient n'est plus là. On dirait que tu as disparu (11). »

 

Minot décrit brièvement les actes sexuels des filles avec chaque garçon.


« Vous feriez des promenades pour sortir du campus. Il pleuvait comme un enfer, mon pull trempé comme un mouton mouillé. Tim m'a serrée contre un arbre, les bois bruns clair et brun foncés, une maison blanche à moitié cachée avec des lumières déjà allumées. L'eau était aussi bruyante qu'un sifflement de foule. Il a fait certains commentaires sur mon front, sur mes joues. »

 

Dans un autre passage, elle passe la nuit avec un homme trop timide pour faire des avances jusqu'à ce que, lorsqu'ils s'endorment, il met son bras autour d'elle, et c'est tout. Un autre passage décrit une romance lors d'un voyage en camping, les sacs de couchage étant fermés ensemble. Dans une autre section, notre protagoniste parle sans détour de tous les types de pénis qu'elle a vus, en remarquant :


« Tim a la forme d'une banane, avec une courbe gracieuse. Ils sont tous différents. Willie est comme un tas de noix quand il ne se passe rien, un autre est aussi mince qu'un hot-dog mince. Mais c'est comme des visages ; on n'est jamais vraiment surpris ».

C'est à travers ces différentes histoires, qui font partie de la même histoire, que « Lust» progresse. Il se termine à un endroit différent de celui où il a commencé.

 

Technique de Suzan minot

Suzan minot utilise un langage précis, bien maîtrisé, minimaliste, préférant les mots simples et les phrases courtes. Les nouvelles sont atypiques, manquent de nombreux éléments de la fiction traditionnelle comme le développement des personnages, la description des lieux, ou l'évolution de l'intrigue.

Cette écriture minimaliste est devenue dans une certaine mesure un modèle stylistique courant dans la fiction courte américaine moderne.
Ce texte de Minot demeure populaire, il témoigne du dénigrement émotionnel que les femmes subissent malgré les progrès de la condition féminine.

 

Les années 80

C’est une nouvelle des années 80. À notre époque, la sexualité féminine est plus libre, moins stigmatisée, de même que la contraception.
Par contre, ce texte de Minot relate une autre vérité sur la différence entre l’amour et le sexe:


« C'est comme si un pétale était arraché à chaque fois. »

 

Les années de libérations sexuelles n’ont pas changé les règles de l’attirance, du désir sexuel. Les besoins sexuels des femmes ne sont pas toujours satisfaits dans un comportement sexuel féminin qui copie le comportement masculin. La liberté sexuelle devrait être modérée par la conscience, par identifier ses réels besoins.
Cette histoire traite du silence et le manque de respect, implicite et explicite ressenti par certaines femmes dans leurs relations amoureuses avec les hommes. Minot ne parle pas des hommes, n’explique pas leurs motivations ou leurs difficultés. Elle se concentre sur les femmes.
Dans ce sens, c’est un texte féministe des années 80 qui garde son intérêt pour comprendre le point de vue féminin des ces années sur les relations sexuelles.

 

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Kawabata : Pays de neige

 

kawabata pays de neige

Kawabata :  Pays de neige

Pays de Neige (yukiguni), écrit entre 1935 et 1948. Traduit par Bunkichi Fujimori et Armel Guerne, 190 pages .

Ce roman est souvent considéré comme le chef d'œuvre de Kawabata.
Pays de neige raconte l'histoire de Shimura, un spécialiste de l'art chorégraphique, qui habite Tokyô , qui vient par trois fois  séjourner dans une région montagneuse. Il y noue une relation avec une geisha du nom de Komako, il est troublé par une autre jeune femme, Tokyô. Entre elles deux existe une relation mystérieuse autour d'un jeune homme malade, Yukio. La trame est simple racontée de manière assez sophistiquée puisque le livre commence sur le deuxième séjour, le premier étant raconté en flash-back.
Il s'agit du livre de Kawabata qui a été l'objet du plus grand nombre d'études.
Le livre est d'une simplicité trompeuse qui cache de nombreux symboles, non dits et autres phrases sibyllines comme toujours chez Kawbata.
Sur la quatrième couverture de l'édition française on lit  :


" Dans les montagnes du nord, la neige est, plus qu'un décor, le symbole de la pureté perdue. Elle pétrifie le temps et l'espace, et délimite le champ clos où va se nouer le drame entre Shimamura, un oisif originaire de Tokyo venu dans le Pays de Neige pour retrouver Komako, une geisha, et Yôko, une jeune femme rencontrée dans le train. Étrange relation triangulaire où Shimamura pourra croire qu'il a trouvé l'unité qu'il cherche, unité du corps et du coeur, entre les jeux sensuels de Komako et les jeux de regards de Yôko.

Ce Pays de neige du Prix Nobel 1968 est une incantation, un chant harmonieux et pur, qui se finit dans le rouge sang de l'incendie. On y retrouve l'art de la peinture des sensations à petites touches pudiques et la musique des sens qui, du Grondement de la montagne à Tristesse et beauté ou Les Belles Endormies, imprègnent l'œuvre de Kawabata (1899-1972), ainsi qu'un dépouillement qui pourrait s'apparenter au Zen s'il n'était hanté par le bruit souterrain de la mort. "


Kawabata écrit lui-même :
" Parmi mes romans et mes essais, on compte énormément de textes interrompus dès le début, ou plus exactement il vaut mieux dire qu'il est exceptionnel que je puisse publier un texte achevé."


C'est le cas de Nuée d'oiseaux blancs, Kyôto, Le Lac, Tristesse et beauté, etc. Pays de neige appartient aux textes à conclusion ouverte ou problématique.


Il s'en explique :
" Les récits inachevés ne sont pas seulement dus à ma manière qui est de suivre le cours de mes associations d'idées, et si bien sûr ils proviennent de ma paresse, il faut dire que lorsque je commence à écrire, je suis au terme d'un renoncement complet. Je veux dire par là que j'abandonne complètement l'idée d'écrire quelque chose de bien.
Dans la mesure où l'on publie essentiellement des nouvelles dans les revues mensuelles, tout écrivain est peu ou prou sujet à cette mauvaise habitude."


L'étape de la conclusion est essentielle chez Kawabata : elle sert à finir un texte en laissant au lecteur la latitude d'achever l'histoire. C'est le mode optimal de ce type particulier de conclusion que l'écrivain cherche à élaborer au travers de ses multiples versions.

 

Pays de Neige, le chef d'œuvre


"Le train est sorti du long tunnel vers le pays de la neige. La terre était blanche sous le ciel de la nuit ".

Ceci est l'une des plus célèbres ouvertures de la littérature japonaise, comme ne français la fameuse ouverture de Proust dans la recherche de temps perdu : " longtemps, je me suis couché de bonne heure ".
"Pays de neige" évoque des images de vacances de ski, des sources délicieusement chaudes, le saké de haute qualité brassées avec des eaux de fonte des neiges et petites auberges traditionnelles de restauration en automne et en d'hiver pour les touristes.
C'est un roman relativement court de 200 pages qui racontent la complexité des relations humaines, l'isolement, la solitude de deux personnes qui tentent de d'avoir lien, et qui échouent.
Dans ce roman, Kawabata envoie son regard aigu sur un petit village de montagne dans le "pays de neige" de la préfecture de Niigata, une région sur la côte ouest des " Alpes japonaises" appréciée en raison de l'abondance de sa couche neigeuse.
Pour les hommes japonais d'une certaine génération, le pays de la neige est associé à la geisha. Contrairement à la geisha aux talents artistiques des zones urbaines, ces "geisha de sources chaudes" sont connues pour utiliser leur formation minimale en musique et la danse comme couverture pour des spectacles plus intimes.


Shimamura est un riche homme d'affaires de Tokyo. Il est attiré par Yoko, et par Komako, une apprentie geisha qui tombe amoureuse de Shimamura. Sa forte personnalité attire Shimamura. La relation entre les deux femmes est mystérieuse, intime ou amicale.

L'histoire commence dans un train qui se dirige vers cette station balnéaire. Shimamura remarque dans le train deux passagères, Plus tard dans le roman, on découvre que cette rencontre n'est pas une coïncidence.

Shimamura se dirige vers cette station dans l'espoir de raviver sa relation avec Komako, une geisha il a rencontré lors d'une visite précédente. Il est obsédé par son aspect physique. Komako est geisha, elle vend ses services aux hommes sans s'impliquer émotionnellement, Shimamura, en raison de ses sentiments ambigus envers Komako, hésite à y participer. Il modifie la nature de la relation. Les deux personnes vont s'impliquer, chacune à sa manière, dans une relation tumultueuse et sensuelle.


Yoko est présente à quelques reprises dans le roman. Shimamaura la remarque dès la première scène du roman et tombe amoureux d'elle. En fait, il fantasme sur elle et sur Yoko.

Quand il voit Komako pur la première fois, Kawabata décrit sa beauté comme une partie de la beauté d'un paysage, d'un monde  :

"Couper par le visage, le paysage du soir se déplace autour de ses courbes. Le visage semblait transparent, mais était-ce vraiment transparente  ? Shimamura avait l'illusion que le paysage de la soirée a glissé sur le visage, mais ses pensées étaient incertaines".


" Il y avait une telle beauté dans cette voix qui s'en allait, haute et vibrante, rouler comme un écho sur la neige et dans la nuit, elle possédait un charme si émouvant, qu'on en avait le cœur pénétré de tristesse "


Shimamura est un individu qui s'ennuie, "vit une vie d'oisiveté," il vient aux sources chaudes dans une tentative pour essayer de se reposer et récupérer des forces. Il préfère vivre dans les fantasme de son propre esprit, que et non pas dans le réel.
Plus tard, le paysage est utilisé pour évoquer son humeur, lorsque le narrateur mentionne une fois de plus l'idée d'un "monde lointain", dont Shimamura ferait partie :


"Toujours prêt à se livrer à la rêverie, il ne pouvait croire le caractère réel du miroir flottant sur le paysage du soir et l'autre miroir de neige sont réels. Ils faisaient partie de la nature, d'un monde lointain.
Et la chambre, devint durant ce moment une partie de ce même monde lointain".


Komako de son côté commence à éprouver des sentiments nouveaux pour Shimamura, celui-ci refuse d'admettre ce qu'il se passe quelque chose entre eux. Cette contradiction va provoquer une série d'éruption et de tension initiées par Komako qui cherchent à faire évoluer cette relation.

Shimamura devient plus intime avec Komako, sans pouvoir s'abandonner, sans pouvoir l'aimer. Il lui est difficile d'aimer, il n'a jamais aimé. Shimamura omet de construire une relation avec Yoko, amie et rivale de Komako, pour laquelle il éprouve une forte attirance.

Un des moments marquants dans le livre est quand Komako tient Shimamura dans ses bras, le bercer comme un enfant, et Shimamura va lui dire "une bonne fille" avant de se rattraper  : "vous êtes une bonne femme."

Komako veut savoir ce que signifie être bonne, Shimamura est incapable de lui fournir une explication. Au début, elle rit, quand il lui dit qu'elle est une bonne femme, elle lui repose la question. C'est un homme incapable d'admettre ou de valider son propre plaisir.

Kawabata utilise à nouveau le paysage pour évoquer l'ambiance, où les montagnes sont "plus lointaines chaque jour" et maintenant, avec le passage de l'automne à l'hiver, les cèdres, sous une mince couche de neige couleur rose pure sur fond blanc étendu vers le ciel, semblent être coupés du reste".
Cette description d'être "coupé" traduit le choc émotionnel entre Komako et Shimamura.


La fin du roman est mémorable, ambiguë. Un incendie se produit à l'entrepôt, entrepôt utilisé comme salle de cinéma. Shimamura et Komako arrivent ensemble pour voir la chute de Yoko du balcon du local en flammes.
Komako se dirige courageusement pour tenter de sauver Yoko des flammes. Shimamura se retrouve inutile, incapable d'offrir une aide réelle. Quand il tente de bouger, il est poussé de côté par les hommes qui aident Komako à porter le corps de Yuko. Quelques instants avant, malgré le feu, Shimamura était encore dans son monde imaginaire, émerveillé par la Voie lactée qui plane au-dessus.


Quand il est poussé par les hommes, il tombe à la renverse. La dernière phrase du roman est la suivante :


" Il fit un pas pour se reprendre, et, à l'instant qu'il se penchait en arrière, la Voie lactée, dans une sorte de rugissement formidable se secoua en lui."

Dans l'introduction de sa traduction anglaise, Edward G. Seidensticker souligne qu'il est impossible de savoir si Yoko est vivante ou morte à la fin du roman, mais Kawabata nous donne quelque indice :


"Son visage était tendue et désespérée, comme au moment de la fuite de l'âme".

Le style de Kawabata dans ce roman est hors du commun.
Dans la version originale, quand le train de Shimamura émerge du tunnel, il traverse une kokkyo (frontière entre les pays,). En entrant ce pays de neige, "le fond de la nuit devient blanche" (yoru pas Soko ga Shiroku Natta). C'est ainsi qu'on a décrit le style de Kawabata de "  haïku like  " ou style ressemblant à la poésie haïku.

Kawabata est intéressé à décrire les sensations de son époque en utilisant les moyens disponibles à son époque.


La poésie est là, mais ne suffit plus pour décrire le paysage moderne et sa complexité. Il va incorporer et emprunter des méthodes utilisées en photographie et en cinématographie dans son écriture.


Shimamura est dans le train qui va plus profondément dans le pays de la neige, il regarde l'image d'une femme réfléchie sur la surface de sa fenêtre.


Voici une description façon cinéma  :


"L'obscurité s'était faite dehors ; la lumière avait été donnée dans le train ; et les glaces des fenêtres jouaient l'effet de miroir. Il qui masquait la glace l'avait empêché, le chocolat, de jouir des phénomènes qui s'étaient révélés avec le tri il y avait tiré."


" Sur le fond, très loin, et définit le paysage du soir qui servit, en quelque sorte, de trains mouvants à ce miroir ; les figures humaines qu'il réfléchissait, plus clair, si découper un peu comme les images en surimpression dans un film. Il n'y avait aucun lien bien sûr, entre les images mouvantes de l'arrière-plan et celle, plus net, et de personnages ; et pourtant tout se maintenir en une unité fantastique".

Kawabata fait référence aux films directement dans sa description, dans son jeu de lumière et de miroirs et d'images.

 

 


Kawabata utilise un style poétique qui ressemble au poème Haïku pour capturer un moment unique, en ajoutant des techniques cinématographiques, à la façon dont un réalisateur utilise les plans d'ensemble, pour suggérer des choses à propos de ses personnages.

Pays de neige, où Kawabata décrit un Japon traditionnel, utilisant les images de la nature, en étant conscient du monde moderne, des techniques littéraires modernes utilisées par Joyce en Angleterre, et par Proust en France. Il construit dans sa narration des plans d'ensemble pour éclairer les personnages et leurs motivations. La tristesse devient la nuit tombe, qui noircit un pays blanc.

Ce roman est influencé par la vie personnelle de Yasunari Kawabata.
Un thème majeur dans ce roman est le besoin des autres, le besoin d'amour. Jeune, Kawabata a connu quelques relations qui l'ont rendu émotionnellement insécure.


Le train représente le seul chemin pour entrer et sortir du pays de neige. Les habitants du pays de neige sont un peu isolés.
Les autres, l'isolement...

La Geisha représente le gaspillage de la beauté. Le terme geisha est synonyme de prostituée. On trouve des réflexions sur le désir irrationnel de perfection, sur l'incapacité à vivre dans le monde actuel.


Shimamura souffre également de l'impossibilité de se lier avec les gens de son monde. Cette distance douloureuse avec les autres n'est pas seulement un fait romanesque, c'est aussi le vécu de Kawabata. Selon certaines biographies, Il est probable que Kawabata a eu une liaison avec une geisha et qu'il a a tout fait pour dissimuler ce fait.
La narration englobe des réflexions surprenantes et irrationnelles, produisant une sorte de beauté. Dans ce roman, Kawabata révèle le caractère de ces héros à travers leurs reflets dans les vitres du train, ou à travers les pensées de son héros en observant, pendant son ennui, l'index de sa main gauche plié.
Kawabata, à travers l'étrange et le surprenant, à travers l'incertitude des pensées et de la mémoire, tente de dessiner la fragilité de la condition humaine.
Dans ce train allant vers le pays de neige, le héros sera séduit par l'image d'une femme, sur la vitre du train. Il ne savait pas s'il avait rêvé pendant ce long et ennuyeux voyage ou il s'agissait d'une vraie image.
Dans ce pays froid, les vapeurs d'eau transforment les vitres des fenêtres en miroirs, les paysages du soir et les figures réfléchies sur ses miroirs se fusionnent dans un monde transparent et immatériel. Les visages des passagers défilaient sur ses fenêtres miroirs, se superposaient sur les paysages nocturnes. Nous pouvons ainsi imaginer le visage souhaité d'une femme entre deux montagnes, ou l'oeil d'un enfant endormi flottait sur la surface d'un lac gelé.
En utilisant cette technique, Kawabata répondait magistralement à plusieurs exigences  : cultiver les traditions littéraires japonaises en utilisant les techniques occidentales de narration, pour produire un roman compatible avec la culture ambiante, et probablement avec les limites de la censure qui régnait sur le Japon et sur ses maisons d'édition.

pays de neige film

 

Pays de neige (yukiguni), 1957, film réalisé par Shiro Toyoda.

 

kawabta pays de neige film

 

Photo de Kawabata sur le tournage du film Pays de neige en 1957.

 

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ABE Kobo

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ABE Kobo

Pseudonyme d'Abe Kimifusa, romancier japonais et dramaturge reconnu par son utilisation de situations bizarres et allégoriques pour souligner l'isolement de l'individu. Avant gardiste, sa familiarité avec la littérature occidentale, et avec les courants philosophiques de 20ème siècle comme l'existentialisme, le surréalisme, et le marxisme a influence ses œuvres et son traitement des problèmes liés à l'identité japonaise après la deuxième guerre mondiale

Kôbô Abé est né en 1924. Après des études de médecine, il se tourne vers la littérature. Auteur de poèmes, de plusieurs pièces de théâtre et d'ouvrages de science-fiction, il est surtout connu pour ses romans. Kôbô Abé est mort le 22 janvier 1993.


Fils aîné d'un professeur de médecine à l'université de Moukden. École primaire de Chiyoda, Mukden, séjour en Mandchurie (maintenant Shen-yang, Province de Liaoning, Chine) entre 1930-36.  Collège secondaire à Mukden de 1936-40. Etudes au Lycée Seijo à Tokyo entre 1940-43 interrompues pendant plusieurs mois à la fin de 1940 à cause d'une pneumonie. Etudes universitaires à l'Université impériale (université de Tokyo) de 1940 à 1948.  ABE Kobo n'a jamais pratiqué la médecine.  


En 1947, il se marie à Yamada Machiko (pseudonyme Abe Machi, artiste graphique). Après la défaite du japon, il abandonne la médecine et se consacre à la littérature. Au début, il était influencé par Rilke, Edgar Poe, Kafka, l'existentialisme et le surréalisme.
De retour au Tokyo du général MacArthur, Abe gagnait sa vie comme vendeur ambulant, vendant des légumes et du charbon de bois.


Il publia en 1947 à ses frais Mumei shishu ("Poèmes d'un inconnu"), et l'année suivante, son roman Owarishi michi no shirube ni ("Le panneau routier à la fin de la rue").
Il a obtenu le plus grand prix littéraire japonais, Akutawa - sorte de "Goncourt de découverte" -  en 1951 pour son roman "Les Murs" (Kabe) puis le "Prix de Littérature de l'Après-guerre" - ou "Goncourt des Jeunes" - avec Akaï Mayu, "Le Cocon Rouge".


En 1951, il publie aussi "Le Blaireau dans la tour de Babel", en 1952 "L'Arche de Noé", "La ville au milieu des Eaux", en 1956 "La chasse aux Esclaves", en 1957 "Les Bêtes tournent les Yeux vers le Lieu où elles sont nées", en 1962 "La Femme des Sables", en 1964 "Le Visage d'un Autre" et en 1965, "Enomoto Buyô".


Ses années d'enfance en Mandchourie peuvent explique les images fréquentes dans son œuvre du sable et du désert et le mélange entre l'urbain et le rural et le caractère irréel du Japon et de sa culture reçus à distance dans un pays étranger, la quête d'identité, le sentiment d'étrangeté qui caractérisent ses personnages.


Il s'inscrit au Parti communiste. En 1956, il est invité à Prague par l'Union des écrivains tchèques. Son roman de science-fiction InterIce Age 4 (1958) démontre comment la rigueur scientifique prend l'insolite pour point de départ,  l'angoisse du présent en face du future.
Son roman "La Femme des Sables" ( Suna no onna) est un grand succès de librairie ; il a obtenu la consécration au Japon, en obtenant le prix du Yomiuri - ou "Goncourt d'apothéose" -. Ce roman a été classé par l'UNESCO parmi les oeuvres représentatives du patrimoine littéraire universel. Le cinéaste, Teshigahara, en a tiré un film qui a été reçu comme un message des temps actuels et couronné au festival de Cannes. Ce même livre a été couronné en France du prix du Meilleur Livre Étranger.


Il connaît une consécration internationale à partir de 1962 grâce à la  femme dans les dunes.  Le film du même nom, dont il écrit le scénario, est primé en 1964 au festival de Cannes. À la même époque, il est exclu du Parti communiste pour déviation trotskiste.
Dans le japon après guerre, Abe Kobo est l'auteur du modernisme à la façon de nouveau roman français, du théâtre de l'absurde, ou le réalisme magique latino-américain.
Son travail a trouvé un écho dans l'ouest capitaliste et  dans les pays socialistes, aidé par son fond communiste et la politique de détente sous Khrushchev.


Il poursuit parallèlement une carrière de romancier et d'homme de théâtre. Ses romans traduits à l'étranger, La Face d'un autre (1967), Le Plan déchiqueté (1967), L'Homme-boîte (1973), Rendez-vous secret (1977), et sa pièce Friends (1967), jouée à Paris en 1981 sous le titre Nos Merveilleux Amis,  témoignent, d'une grande constance dans la thématique et dans l'écriture.


Ses personnages sont en fuite ou à la recherche d'un fuyard, mais si grande est la fascination qu'exerce le fuyard que parfois le chasseur s'évanouit à son tour à la fin du récit.
La fuite peut surprendre, ces personnages sont solidement ancrés dans une vie familiale et professionnelle, qui rejettent le confort, et souffrent de l'absence de communication avec les autres. Les conditions les métamorphosent lentement  et progressivement. L'auteur exprime ces changements à travers un mouvement incessant du monologue intérieur, des marches dans les couloirs d'hôpitaux, dans les rues de la métropole ou des banlieues.


Chez ABE Kobo, l'espace est circulaire, le caractère obsessionnel d'un retour vers des lieux clés réels et mythiques. Cette fuite n'exclut pas la poursuite  d'un but. La trajectoire est relativement claire pour le protagoniste de La Femme des sables qui trouve, au terme du récit, une réelle communication avec la femme, avec le travail et au sein de la communauté sociale.

L'écriture unit, selon un mode tout à fait étranger à la tradition japonaise, la sécheresse scientifique du compte rendu aux métaphores surréalistes, les distorsions chronologiques que le narrateur fait subir au récit, le jeu ambigu sur les noms propres, sur les initiales ou sur le pronom personnel je, souvent dédoublé.  Il s'agit d'une construction en miroir et des substitutions de personnalité.

La femme des sables marque un point de départ dans la carrière d'Abe malgré un langage analytique riche en vocabulaire technique.
On trouve chez lui les influences de Franz Kafka et d'Edgar Allan Poe, dans un style imprégné de surréalisme.

Au contact avec l'avant-garde des artistes à Tokyo d'après-guerre, Abe est fortement influencés par la philosophie existentialiste, par Rilke et dans
Les années 50 par les enseignements Marxistes sur le matérialisme.

Dans ses textes des années 60, Abe explique qu'il voit le langage comme un moteur de l'histoire, une libération, et une aliénation à la fois. Le langage selon lui met un écran entre la perception humaine et les choses matérielles.

Après que son contact avec le surréalisme, Abe ait commencé à employer des jeux de mots illustrant le pouvoir du langage. Le pouvoir du langage est dépeint sa pièce le collaborateur anonyme est ici). Le personnage principal est un homme mort existant seulement par ses mots.

Après le surréalisme des années 50, Abe s'intéresse aux sciences-fictions pour profiter de leurs capacités à spéculer, et à sortir du réel.
Son premier roman des sciences-fictions période glaciaire inter4, raconte comment un ordinateur commence à manipuler l'évolution humaine.
Dans la femme dans les dunes, il décrit une société d'allure réelle mais de contenu riche en science fiction, une société du merveilleux

Les années 50 étaient des années de radicalité politique.
Les grandes espérances, bientôt déçues, d'changement social vers une égalité espérée après la fin de la deuxième guerre mondiale.  Abe était parmi les artistes qui ont cru à l'importance de la lutte politique et à la radicalité.
Après son expulsion du parti communiste en 1962, il critiquait comme d'autres écrivains les pratiques antidémocratiques du communisme.

Après cette rupture avec les communistes, il produit plusieurs textes pour le théâtre, comme (la face d'un autre). Dans cette pièce, le premier narrateur, au visage défiguré réalise un nouveau visage pour lui-même, et s'enferme ainsi dans une personnalité - masque. Il finit en tant qu'étranger méprisé par la société.

Pendant cette période,  Abé est de plus en plus retiré et pessimiste. Il produit deux romans importants (le cadre Homme) et Mikkai (rendez-vous secret).  Son roman des années 80, Hakobune Sakuramaru (l'arche Sakura), est riche des idées originales, mais Manque d'intensité.

Son dernier roman fut couronné de succès,  noto de Kangaru (kangourou Cahier).  Le narrateur se déplace vers un hôpital près d'une Source thermale et réussit une succession de rêves dans des rêves.
Le livre est autobiographique selon l'éditeur, mais il est surtout une illustration sur le métier d'écrire,  sur la condition humaine, entre Aliénation et isolement.

Abe a formé l'Abe Kobo Studio, une compagnie de théâtre, en 1973. Il a régulièrement écrit une ou deux pièces par an pour la compagnie. Le plus connu de ses pièces, Tomodachi (1967, amis), a été interprété aux États-Unis et en France. Au théâtre, comme dans le roman, il a défendu l'avant-garde et l'expérimentation.


Il meurt en 1993, à l'âge de 68 ans. C'est alors un écrivain mondialement reconnu, traduit dans une vingtaine de langues, dont les thèmes fétiches sont l'aliénation et la perte d'identité.

 

La femme des sables, œuvre d'une force exceptionnelle


Ce roman de Kobo Abe, La Femme des sables a été traduit en 20 langues et adapté pour un film primé de Cannes en 1964 dirigé par Hiroshi Teshigahara.


Ce roman exceptionnel, traduit dans le monde entier, a été couronné au Japon par le Prix Akutagawa en 1962 et le Prix du Meilleur Livre Etranger en France en 1967.
Roman insolite d'une extraordinaire richesse, dur et angoissant qui, sous l'exactitude et la précision des détails d'une fiction réaliste, retrouve la dimension des mythes éternels. Il ne s'agit de rien d'autre que de la condition humaine avec ses limites désespérantes, ses illusions et ses espoirs.

 

 

 

 

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Alain ou la philosophie simple et utile

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Alain ou la philosophie simple et utile 

 


ÉMILE-AUGUSTE CHARTIER, dit Alain

Alain est un philosophe peu conventionnel en ce qui concerne le style et le contenu. Il a choisi son pseudonyme en hommage à un grand poète normand du 15ème siècle Alain Chartier.
Au delà du nom de famille, Alain était lui-même natif de Normandie. Il écrivit longtemps dans la Dépêche de Rouen des essais sous le titre " Propos d'un Normand " entre 1952-1960.

 

La brièveté et la perspective humaniste de ces propos dénotent de ses filiations philosophiques et littéraires : Montaigne, Pascal, et Descartes.
Cinq volumes de propos furent publiés et rassemblés après sa mort sous le même titre : propos d'un normand.

Émile Chartier, dit Alain (1868-1951), est né dans la petite ville de Mortagne-au-Perche, qui lui consacre aujourd'hui un musée.
Le jeune Émile, boursier d'Alençon débarque à la rentrée d'octobre 1886 dans un Paris agité par le boulangisme, ayant pour seule ambition : entrer à l'École normale supérieure dont il venait de préparer le concours au lycée de Vanves. Il se retrouva en classe de philosophie, en face d'un homme qui eut sur lui une influence importante. L'enfant de Mortagne-au-Perche dit de son professeur : " Jules Lagneau, philosophe profond mais qui n'a guère écrit ". De ce maître il gardera une pensée : " Il n'y a qu'un fait de penser qui est la Pensée. "

 


Le futur Alain part philosopher en gardant à l'esprit le mot de Lagneau, " il n'y a qu'une vérité absolue, c'est qu'il n'y a pas de vérité absolue ".

Il se fit connaître en son temps comme journaliste, puis comme philosophe atypique mais aussi comme professeur. Emile Chartier dit Alain (1868-1951) est nommé en 1909 professeur de rhétorique supérieure au lycée Henri-IV. Il y enseignera jusqu'en 1933.
Après des travaux publiés dans la Revue de Métaphysique et de morale en 1900, Alain se tourne vers le journalisme. Il n'en continue pas moins d'enseigner la philosophie. Les premières chroniques signées Alain dans La dépêche de Lorient, paraissent en 1900.
Il est dans l'histoire littéraire le créateur d'un genre particulier : le " propos ", forme applicable à tout contenu dans une forme de développement de la pensée et dans une écriture précise. Le propos n'est pas la maxime ni l'aphorisme, le Propos chez Alain est concis, affirmatif, porteur d'une pensé et d'une réflexion. On peut classer Alain comme essayiste et moraliste de la pure tradition française.

 


La notoriété historique d'Alain dans la littérature française est fondée sur sa capacité de traiter les sujets et les thèmes majeure de la pensée de son époque comme le pacifisme de Mars ou la Guerre jugée, le radicalisme (résistance dans l'obéissance) du citoyen - " contre les pouvoirs ", l'optimisme éthique dans la peinture, le matérialisme des Entretiens au bord de la mer, l'interprétation humaniste de l'art et de la religion, etc.
Son influence tient aussi à sa capacité personnelle d'attirer les autres et de se faire accepter comme un modeste maître à penser, en particulier dans sa chaire au lycée Henri-IV, sur des générations de lycéens, de khâgneux et d'élèves de l'École normale supérieure comme Jean Prévost, Simone Weil, André Maurois et Georges Canguilhem.
Dans ce sens, il est un pur produit du système universitaire français avec ses doubles racines : égalitaire dans ses concours et élitiste dans sa formation.        

 

 

A partir de 1906, il met au point le genre qui le fera connaître, les " Propos ", courts articles publiés dans La dépêche de Rouen de 1906 à 1914 puis dans les " Libres propos " de 1921 à 1936.
Professeur de Khâgne à Henri IV à partir de 1909, Alain lutte activement contre la guerre qu'il voit se profiler. Quand celle-ci éclate, sans renier ses engagements pacifistes, conscient de ses devoirs de citoyen, il s'engage comme volontaire et part au front dans l'artillerie. Ce fut pour lui, comme l'explique Raymond Aron, " la grande, la tragique expérience ".
La guerre de 1914, fait de lui, par son engagement volontaire à quarante-quatre ans, un artilleur des tranchées, témoin des gestes les plus meurtriers de l'être humain.

 


La guerre change l'homme. Il en revient blessé, un pied broyé qui le laisse boiteux, il perd à tout jamais une certaine insouciance caractéristique du Chartier d'avant-guerre.
La guerre, épreuve de la servitude absolue, expérience du mensonge, théâtre de la mort, cette guerre allait libérer l'auteur. Avant guerre n'avaient paru sous son nom que quelques recueils de Propos. A partir de 1917, Alain publie de grands traités d'esthétique et de métaphysique : 81 Chapitres sur l'esprit et les passions en 1917, Le système des beaux-arts en 1920, et Mars ou la guerre jugée, un violent pamphlet contre la guerre ensuite.
De la guerre s'est nourri son pacifisme parfois mal compris. Ce pacifisme fut glorieux en 1918, honteux en 1945, crédité et discrédité au gré de l'histoire, était avant tout de la philosophie et non pas de la politique.

 

 

Jusqu'à la fin des années 30, il poursuit une œuvre riche, marquée par la lutte politique en faveur de la paix, contre les fascismes qui montent en Europe et pour une République libérale contrôlée par le pouvoir du peuple. La seconde guerre mondiale brise ses espoirs pacifistes, et c'est essentiellement dans son Journal qu'il finit par consigner sa réflexion, de plus en plus orientée vers la littérature, et à mesure de plus en plus éloignée de la politique.
Plusieurs propos d'Alain offrent un conseil pratique, souvent sous forme de maximes et d'aphorismes moraux ou psychologiques comme quand il identifie le bonheur à l'auto-maîtrise et à l'absence de douleur. Ces propos encouragent l'action de chacun à améliorer sa qualité de vie et à échapper autant que possible à sa détresse personnelle.

 

Alain citation morale


Le stoïcisme eut une influence importante : " C'est pluie et tempête, ce n'est pas une partie de moi " (sur de Propos le bonheur, révisé 1928 ; Alain sur le bonheur, 1973).
Comme plusieurs de ses contemporains (notamment Henri Bergson), Alain défend une philosophie de devenir, une philosophie opposée aux systèmes philosophiques fermés.
 Pour lui, le vrai serait l'expérience vécue. La vérité pour Alain n'est pas une question de collaboration de l'esprit avec la nature : " La Science ne tient aucun brevet où  la vérité est concernée.  1931, conversations par le bord de la mer ".

 



Il cultive son scepticisme cartésien, comme dans propos de 1924 : "

 

Penser est de dire non " ; le doute " est attaché comme une ombre à toutes nos pensées. "

 

L'approche d'Alain sur la religion semble au début mettre en parallèle son analyse d'activité morale et artistique : la doctrine, le fait religieux, la prière, le rituel sont des formes de réponses aux besoins des humains mais ne comportent aucune implication de transcendance.  Pour lui, la religion est un besoin, un moyen de rechercher le bonheur et la sérénité.
 " La religion... est une histoire, qui, comme toutes les histoires, est plein de signification. Et on ne demande pas si une histoire est vraie " (Les Dieux).

 

La philosophie d'Alain, comme en témoignent ses citations ne forme pas un système, mais désigne plutôt une méthode intellectuelle : il s'agit de soumettre le réel et l'existence à l'ordre de la réflexion et de la pensée.
Selon lui, penser c'est d'exercer une activité intellectuelle ou rationnelle, dire non aux préjugés, avoir le souci de se référer à la réflexion lucide, à la conscience.


La morale selon lui est un ensemble de principes aboutissant à la reconnaissance de l'esprit et de la dignité humaine.
Selon lui l'idée de destin n'est pas une idée morale.
La philosophie se définissant chez Alain comme un effort pratique, une évaluation des biens et des maux sans lesquels il n'est pas d'existence possible.


Philosopher, c'est, pour Alain, échapper aux préjugés, dire non à ce qui fut jugé antérieurement à la réflexion. Alain, bien qu'il soit peu lu de nos jours, a exercé une influence considérable sur sa génération et sur son époque.

 

 

Réf
T. Leterre, Alain, le premier intellectuel, Stock, Paris, 2006
Alain, Propos, 2 vol., coll. Bibl. de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1970 ; Les Arts et les dieux, ibid., 1958 ; Les Passions et la Sagesse, ibid., 1960 ; Les Propos d'un Normand, éd. intégrale en 10 vol., Institut Alain, Klincksieck, Paris, depuis 1990 ; Mythes et fables, ibid., 1985.

 

 

 

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Agatha Christie : secrets d’un immense succès

 

Agatha christie Poirot Marple

Agatha Christie : secrets d’un immense succès

Agatha Christie est l’auteur le plus vendu de tous les genres et de tous les temps. Ses livres se sont vendus à plus de deux milliards d’exemplaires en langue anglaise, en langue française et en 103 langues étrangères.

Elle a publié plus de quatre-vingts romans et pièces de théâtre, dont beaucoup mettent en scène l’un ou l’autre de ses personnages principaux de sa série — Hercule Poirot ou Miss Marple. La plupart de ses livres et de ses nouvelles ont été filmés, sa pièce The Mouse trap (la souricière). Mouse trap détient le record de la plus longue représentation à Londres.

Après la lecture de plusieurs romans ou nouvelles de Christie, il est possible de détecter certaines similarités, une sorte de marque de fabrique.

 

Simplicité de technique


Le crime reflète sa société, dévoile les valeurs d’une communauté, se déroule dans un milieu précis gouverné par des règles et des valeurs.
Dans les romans policiers d’Agatha Christie, Miss Marple et M. Poirot, ses deux détectives les plus populaires, sont là pour résoudre l’affaire à la fin du livre et pour conclure leurs interventions par une réflexion intellectuelle qui dénonce le mal et consolide l’ordre. Christie tente comme d’autres auteurs à offrir aux lecteurs l’espoir de la justice.

Pendant l’âge d’or du roman policier, le cadre typique est la campagne anglaise et sa société, surtout la classe supérieure et la classe moyenne supérieure. Agatha Christie connaissait bien ces classes et a dépeint certains caractéristiques : fort sentiment de possessivité, préjugés profonds sur les autres et sur la différence, ethnocentrisme et hypocrisie.

Dans le roman policier à son sommet (entre les deux guerres), l’énigme est l’élément le plus important. Le lecteur reçoit de nombreux indices à partir desquels le meurtrier peut être identifié avant que la solution ne soit révélée dans les dernières pages du livre. Le personnage du grand détective et le mystère qu’il résout constituent le motif central du roman policier, le reste est réduit au minimum.

 

Humour et ironie dans des lieux inventés


Elle aimait placer ses personnages dans la campagne anglaise, qui devient un élément caractéristique de ses romans. La campagne britannique évoque des lieux éloignés de l’influence des grandes villes : village typique, église, gens du pays qui s’intéressent aux ragots, gentleman anglais typique habillé de tweed, grands champs verts, lacs et bois.
Il va de soi qu’il s’agit d’une vision romancée, imaginaire. La description de la campagne anglaise est presque à l’opposée de la vision des romans d’autres grands écrivains de la même époque comme D.H. Lawrence.

Dans son roman The Moving Finger ( titre francais : la Plume empoisonnée), elle décrit :

« Lymstock était un lieu important à l’époque de la conquête normande. Au vingtième siècle, c’était un lieu sans aucune importance. Elle se trouvait à trois miles d’une route principale — une petite ville de province avec une lande s’élevant au-dessus d’elle. Little Furze était située sur la route menant à la lande. Il s’agissait d’une maison blanche, basse et primitive, avec une véranda victorienne inclinée peinte en vert délavé. (p. 8)

La société qui y vit est typique des romans de Christie, sa description correspond à notre image de la société de la haute bourgeoisie et de la vie à la campagne. La comparaison entre les habitudes de la campagne et celles de la ville est souvent drôle, mais probablement vraie.

Dans The Moving Finger, le narrateur quitte Londres pour s’installer dans une petite ville, Lymstock, afin de se remettre d’un mauvais accident d’avion avec sa sœur Joanna, qui représente la jeune femme moderne de la ville, mais déterminée à s’assimiler. Mais il est influencé par les clichés sur la vie de la campagne. Les manières des gens de Lymstock sont totalement inattendues :

Dès que nous avons eu quelques jours pour nous installer, Lymstock est venu solennellement nous rendre visite. Tout le monde à Lymstock avait une étiquette comme disait Joanna. Il y avait M. Symmington, l’avocat, mince et sec, avec sa femme qui jouait au bridge. Dr Griffith, le médecin sombre et mélancolique, et sa sœur grande et chaleureuse. Le vicaire, un vieil homme érudit et distrait, sa femme erratique et enthousiaste. Le riche dilettante M. Pye de Prior, et enfin Mlle Emily Barton elle-même, la parfaite vieille fille de la tradition villageoise.”
(p. 9)

Non seulement le comportement que l’on attend d’elle est étrange pour Joanna, mais son apparence ne convient pas non plus. Elle s’efforce de s’assimiler, mais comme elle a toujours vécu en ville, elle est influencée par les magazines à la mode. Son frère se moque d’elle :

Joanna est très jolie joyeuse, aime la danse, les cocktails, les aventures amoureuses et les courses dans des voitures puissantes. Elle est définitivement et entièrement citadine.
— En tout cas,” dit Joanna, “j’ai l’air bien.”
Je l’ai étudiée d’un œil critique et je n’ai pas pu être d’accord avec elle.
Joanna était habillée (par Mirotin) pour le sport. L’effet était tout à fait charmant, mais un peu surprenant pour Lymstock.
— Non ai-je dit. Vous avez tout faux. Vous devriez porter une vieille jupe en tweed délavée avec un joli pull en cachemire assorti et peut-être un cardigan ample, et un chapeau en feutre, des bas épais et de vieilles broques bien usées. Ton visage est tout faux, aussi.
— Qu’est-ce qui ne va pas avec ça ? J’ai mis mon maquillage Country Tan n° 2.
— Exactement », ai-je dit. Si vous viviez ici, vous auriez juste un peu de poudre pour enlever l’éclat du nez et vous porteriez presque certainement tous vos sourcils au lieu d’un seul quart. (p. 9)

 

 

La description de la vie de village peut sembler amusante, mais elle recèle une vérité : la campagne est moins gâtée que la ville. Dans les histoires de Christie, cette paix villageoise est parfois troublée par un crime, qui est ensuite révélé par un détective qui, au fond, rétablit l’ordre public.

Lorsqu’un doigt bouge, la ville est envahie par les lettres anonymes, par les rumeurs, et par les accusations.
Dans les romans de Maigret, Simenon raconte parfois, à sa façon, cette vie à la campagne, à la fois paisible et éruptive.

 

Détectives bien identifiés


Miss Marple a été le deuxième détective créé par Agatha Christie, apparu pour la première fois dans le roman The Murder at the Vicarage (en français : l’affaire Protheroe) en 1930. A travers son intelligence, son bons sens et sa connaissance de la nature humaine, elle a réglé les énigmes de onze autres romans et de vingt et une nouvelles.
Elle est décrite comme une grande dame âgée, mince, au visage rose et ridé, aux yeux bleus et aux cheveux blancs, toujours en train de tricoter. Son allure est déroutante qui induit en erreur les personnes qui ne la connaissent pas, car elle utilise son stéréotype de vieille fille à son avantage. Elle vit dans le petit village de St. Mary Mead, où elle mène une vie qui lui donne l’occasion d’observer les mauvais traits de la nature humaine.
Agatha Christie a dit un jour qu’en la créant, elle avait utilisé pour certains personnages, les traits des amis de sa grand-mère, ainsi que de sa grand-mère elle-même. Elle a dit d’elle :


« Elle s’attendait au pire de tout le monde et de tout ce qui existait et, avec une précision presque effrayante, on lui donnait généralement raison ».
Miss Marple établit des parallèles entre les histoires de vie dont elle a été le témoin et le crime sur lequel elle enquête. Son apparition sur le lieu du crime est généralement expliquée par une phrase, elle rend souvent visite à ses nombreuses connaissances ou amis de famille.
« Notre après-midi au presbytère fut vraiment l’un des plus paisibles que nous ayons passés. C’était une vieille maison attrayante, avec un grand salon confortable et délabré, orné de cretonne rose fané. Les Dane Calthopes avaient une invitée chez eux, une dame âgée et aimable qui tricotait quelque chose avec de la laine blanche et molletonnée. Nous avons eu de très bons scones chauds pour le thé. Le vicaire est entré et nous a regardés placidement tout en poursuivant sa conversation érudite. C’était très agréable.
Je ne veux pas dire que nous nous sommes éloignés du sujet du meurtre, car ce n’est pas le cas.
Miss Marple, l’invitée, était naturellement excitée par le sujet. Comme elle l’a dit en s’excusant :
— Nous avons si peu de sujets de conversation à la campagne !
Elle avait décidé que la fille morte devait être exactement comme son Edith. “Une si gentille, petite, bonne, et si volontaire, mais parfois un peu lente à comprendre les choses.”
Miss Marple avait aussi un cousin dont la belle-sœur ou la nièce avait eu beaucoup d’ennuis et de problèmes à cause de certaines lettres anonymes, ce qui, là aussi, intéressait beaucoup la charmante vieille dame. »

Affaire Protheroe (p. 135)

Les femmes détectives n’étaient pas du tout courantes. Le premier détective de Christie fut un M. Poirot bien connu, c’est-à-dire un homme. Il a été présenté dans son tout premier roman policier, The Mysterious Affair at Styles (en français : La Mystérieuse Affaire de Styles) publié en 1920, tandis que Miss Marple a été créée dix ans plus tard.
La raison peut être l’obligation de respecter le stéréotype d’un détective masculin ou la prise de conscience du peu de succès des romans policiers avec une femme.
Il est remarquable que Christie se soit vraiment lassée de M. Poirot et ait voulu s’en débarrasser, mais les lecteurs l’ont aimé et elle a donc continué à écrire sur lui.
Hercule Poirot n’est pas un homme ordinaire : il n’est pas anglais, mais Belge, il n’est pas un détective de type héros, mais petit, presque âgé, il n’utilise pas ses muscles, mais ses « petites cellules grises ».
Avant de s’enfuir en Angleterre pendant la Première Guerre mondiale, Poirot était un policier belge à la retraite, et un célèbre détective privé en Europe. Au cours de ces années, il fait la connaissance d’Arthur Hastings, un Anglais qui deviendra plus tard son ami de confiance et le narrateur occasionnel de ses enquêtes, l’équivalent du « Dr Watson ».

La description qu’il en fait, donnée par Hastings lui-même dans La mystérieuse affaire de Styles est remarquable :

« Poirot était un petit homme à l’allure extraordinaire. Il ne mesurait guère plus de cinq pieds et quatre pouces, mais se comportait avec une grande dignité. Sa tête avait exactement la forme d’un œuf, et il la penchait toujours un peu sur le côté. Sa moustache était très raide et militaire. La propreté de ses vêtements était presque incroyable. Je crois qu’un grain de poussière lui aurait causé plus de peine qu’une blessure par balle. Pourtant, ce petit homme pittoresque et dandy qui, j’ai eu le regret de le constater, boitait maintenant gravement, avait été en son temps l’un des membres les plus célèbres de la police belge. En tant que détective, son flair avait été extraordinaire, et il avait remporté des triomphes en élucidant certaines des affaires les plus déroutantes de l’époque. Il me désigna la petite maison qu’il habitait avec ses compatriotes belges, et je lui promis d’aller le voir au plus tôt. Puis il a levé son chapeau en l’honneur de Cynthia et nous sommes partis.
— C’est un petit homme adorable », a dit Cynthia. « Je ne savais pas que vous le connaissiez.
— Vous avez diverti une célébrité à son insu, ai-je répondu. Et, pendant le reste du chemin du retour, je leur ai récité les divers exploits et triomphe d’Hercule Poirot. » page 11 La Mystérieuse Affaire de Styles

 

Enquêtes simples, affaires compliquées


Bien que les personnages de Miss Marple et de M. Poirot puissent sembler différents, leurs méthodes comportent des éléments similaires : poser beaucoup de questions, observer les gens et leur comportement. Une profonde connaissance de la pensée et de la nature humaine les aident à trouver de liens entre ce qui a été dit et ce qui a été fait. Poirot est un étranger, utilisant ses connaissances en psychologie et son mode de pensée analytique, Miss Marple est un membre intégré de la communauté, et résout les crimes avec sagesse populaire, compréhension de la nature humaine, parce que tous les crimes sur lesquels elle enquête ressemblent aux événements et aux commérages de son entourage, ou de son village.

Les romans se déroulent souvent à la campagne, dans la société de classe moyenne supérieure, ou des gens riches et privilégiés de la classe moyenne. Christie étant elle-même issue de cette classe, elle la connaissait fort bien et pouvait en donner une image vivante.

 

 

Décrire les gens, et non pas la société


Le roman policier est une affaire commerciale, un genre littéraire pour distraire. Les sujets graves n’ont pas leur place : l’augmentation du chômage, la grève générale de 1926, la Grande Dépression des années 1930, la montée des dictatures européennes ou les relations sexuelles entre des personnages, sont des sujets exclus.

Même si le but des romans policiers est de vendre des livres, le contexte de ces histoires est diversifié selon chaque société, ses relations et le réseau invisible de consensus et de règles à respecter pour le vivre ensemble. Dans ce cadre, le caractère et le tempérament des personnages complètent le tableau d’un roman policier.

Dans les romans de Christie, la société est réduite, village, famille, localité. Il s’agit de la société nécessaire au roman. La société dans son ensemble n’y apparaît pas.

En Angleterre, la richesse personnelle n’est pas un critère nécessaire pour appartenir à la classe moyenne supérieure, mais l’accent, la langue, l’éducation, le milieu familial et certains comportements et goûts attendus sont devenus les caractéristiques de cette classe.
Le membre de cette classe peut être décrit comme un gentleman, bien qu’il ne soit pas issu d’une famille de propriétaires terriens. Ses membres exercent une profession scientifique, juridique ou médicale, mais ils peuvent aussi exercer une profession non traditionnelle, comme celle d’écrivain ou de peintre. La ressemblance entre la classe moyenne supérieure et la classe supérieure en Grande-Bretagne est évidente, mais si l’on peut effectivement devenir membre de la classe moyenne supérieure, il est presque impossible en Grande-Bretagne d’atteindre le statut de classe supérieure, sauf par mariage ou par l’octroi d’un titre.

L’exemple d’une famille de la classe supérieure est donné par l’avocat des Crale dans Cinq petits cochons publié en 1942 :

« Notre cabinet, bien sûr, a connu de nombreuses générations de Crale. J’ai connu Amyas Crale et son père, Richard Crale, et je me souviens d’Enoch Crale, le grand-père. Les Crale, tous, pensaient plus aux chevaux qu’aux êtres humains. Ils montaient droit, aimaient les femmes, et n’avaient rien à faire des idées. Ils se méfiaient des idées. Mais la femme de Richard Crale était pleine d’idées, plus d’idées que de sens. Elle était poétique et musicale, elle jouait de la harpe, vous savez. Elle avait une santé fragile et avait l’air très pittoresque sur son canapé. Elle était une admiratrice de Kingsley. C’est pourquoi elle a appelé son fils Amyas. Son père s’est moqué de ce nom, mais il a cédé. Amyas Crale a profité de son héritage. Il tient sa tendance artistique de sa mère, et son pouvoir d’entraînement et son égoïsme impitoyable de son père. Tous les Crale étaient égoïstes. Ils n’ont jamais, par hasard, vu d’autre point de vue que le leur. » Cinq petits cochons (p. 39)

La haute société n’aimait pas que la bourgeoisie exprime ses préjugés à l’égard des nouveaux venus et sa réticence à les accepter.
Dans There Is a Tide (en français Le Flux et le Reflux), publié en 1948, la fille qui revient après la Seconde Guerre mondiale est confrontée au fait que son vieil oncle a épousé une jeune femme, ce qui était totalement inattendu, importun et inacceptable pour le reste de la famille :


« Lynn sourit. D’aussi loin qu’elle se souvienne, les secrétaires, les gardiens et le personnel de bureau de Gordon Cloade ont toujours été soumis à un examen minutieux et à la plus grande suspicion.
Elle a demandé avec curiosité : elle est belle, je suppose ?
— Eh bien, ma chère, a dit Adela, je pense moi-même qu’elle a un visage plutôt stupide.
— Tu n’es pas un homme, maman !
— Bien sûr », poursuivit Mme Marchmont, la pauvre fille a été frappée et choquée par le souffle de l’explosion, elle était vraiment très malade et tout cela, et je pense qu’elle ne s’en est jamais vraiment remise. Elle est une masse de nerfs, si vous voyez ce que je veux dire. Et parfois, on dirait qu’elle n’a pas toute sa tête. Je ne pense pas qu’elle aurait pu être une bonne compagne pour ce pauvre Gordon.
Lynn sourit. Elle doutait que Gordon Cloade ait choisi d’épouser une femme de plusieurs années plus jeune que lui pour sa compagnie intellectuelle.
— Et puis, ma chère, Mme Marchmont a baissé la voix, je déteste le dire, mais, bien sûr, ce n’est pas une dame !
— Quelle expression, maman ! Qu’est-ce que ça peut faire de nos jours ?
— C’est toujours important à la campagne, ma chère, dit Adela d’un ton placide, signifiant simplement qu’elle n’est pas exactement l’une des nôtres ! Le Flux et le Reflux (p. 23)

La possessivité, caractéristique typique de la classe moyenne supérieure, peut être facilement illustrée dans les œuvres de Christie. L’argent est considéré comme quelque chose d’insignifiant quand on le possède, quelque chose dont il n’est pas poli de parler, mais dès qu’il s’agit de le partager, il devient important et peut devenir un puissant motif de haine. Dans Crooked House (en français : la maison biscornue) publié en 1949, après la lecture du dernier testament du grand-père de la famille Leonides, le conflit survient immédiatement :

« Et moi ? » dit Eustache.
J’avais à peine remarqué Eustache jusqu’à présent, mais j’ai perçu qu’il tremblait de violente émotion. Son visage était cramoisi, il y avait, je crois, des larmes dans ses yeux. Sa voix tremblait en s’élevant hystériquement.
C’est une honte ! dit Eustache. C’est une sacrée honte ! Comment Grand-Père a-t-il osé me faire ça ? Comment a-t-il osé ? J’étais son seul petit-fils. Comment a-t-il osé me laisser tomber pour Sophia ? Ce n’est pas juste. Je le hais. Je le hais. Je ne l’oublierai jamais, aussi longtemps que je vivrai. Vieil homme bestial et tyrannique. Je voulais qu’il meure. Je voulais sortir de sa maison. Je voulais être mon propre maître. Et maintenant, je dois me faire malmener par Sophia et passer pour un idiot. Je voudrais être mort... » (p. 181) La maison biscornue.

 

Le talent des grands peintres


Le secret le plus important réside dans le talent de Christie à observer les gens, leurs réactions et à comprendre leurs motivations.
La maîtrise est une clé constante dans les romans de Christie, maîtriser le sujet, ne pas alourdir le style, ne pas encombrer le récit par des détails inutiles.

En face de cet immense succès, il est utile de mentionner la modestie d’Agatha Christie, qui écrivait des livres pour distraire, et pour amuser avec fidélité, sans tenter de mélanger les genres pour passer un message politique ou social, sans tomber dans le piège de « faire de la grande littérature ».
Il suffit de lire un roman de Christie pour comprendre son succès, un talent dans la description, une ironie, une humeur, et une intelligence remarquable pour saisir les personnages. Elle dessine des caricatures si humaines que le lecteur finit par s’y attacher. Pourtant tout est imaginé et romancé : la campagne anglaise, les personnages, et les histoires. Par contre, comme un grand peintre, l’humain présent sur la toile est si réel.

 

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Arthur Miller : all my sons, Ils étaient tous mes fils

 

All my sons

 

Arthur Miller : all my sons, Ils étaient tous mes fils

Le dramaturge Arthur Miller est né en 1915 et mort en 2005. Ses pièces célèbres : Ils étaient tous mes fils (All My Sons), Mort d’un commis voyageur (Death of a Salesman), Les Sorcières de Salem (The Crucible) sont devenues des textes classiques

Grand nom du théâtre et du cinéma américain, auteur de pièces toujours jouées dans le monde entier, Arthur Miller décrit une Amérique déchirée entre l’exigence d’efficacité et de rentabilité, le matérialisme effréné, l’espérance de liberté, le conflit entre homme et femme, la famille, la loyauté, le mal : tels sont, parmi tant d’autres, les thèmes de son œuvre, ancrée dans la modernité.
Arthur Miller est un dramaturge américain majeur, qui a remporté de nombreux prix comme le prix Pulitzer.

 

 

Résume de la pièce « ils étaient tous mes fils » (all my sons)


Joe et Kate Keller ont eu deux fils, Chris et Larry. M. Keller possède une usine de fabrication métallurgique avec Steve Deever, et leurs familles sont proches. La fille de Steve, Ann était la petite amie de Larry. Quand la guerre est arrivée, les garçons Keller et George frère d’Ann ont été enrôlés.
Pendant la guerre, l’usine de Keller et Deever obtient un contrat très rentable avec l’armée américaine, fournissant des pièces d’avion. Un matin, des pièces défectueuses sont produites et prêtes à être livrées. Sous la pression de l’armée à maintenir la production, Steve Deever appelle Keller chez lui ce matin-là, pour lui demander ce qu’il devait faire. Keller lui recommande de souder les fissures des pièces et de les expédier. Keller a déclaré plus tard qu’il avait la grippe et qu’il ne pouvait pas travailler ce jour-là. Steve a expédié lui-même les pièces défectueuses et réparées sommairement.
Plus tard, on découvre que les pièces défectueuses avaient causé le crash de vingt et un avions et la mort de leurs pilotes. Steve et Keller ont été arrêtés et condamnés, Keller a réussi à gagner en appel et à faire annuler sa condamnation. Il a affirmé que Steve ne l’avait pas prévenu ni appelé et qu’il n’était absolument pas au courant de l’envoi. Keller rentre chez lui libre, tandis que Steve est resté en prison, méprisé par sa famille.
Pendant ce temps, Larry a été informé de la première condamnation. Rongé par la honte et le chagrin, il écrit une lettre à Ann lui disant qu’elle ne devait pas l’attendre. Larry est ensuite parti en une mission, au cours de laquelle il a écrasé son avion. Et Larry est porté disparu.
Trois ans plus tard, l’action de la pièce commence. Chris a invité Ann à la maison Keller. Ils sont restés en contact au cours des dernières années quand Ann vivait à New York. Ils doivent faire attention, car la Mère de Chris insiste sur le fait que Larry est toujours en vie. Sa conviction est renforcée par le fait que l’arbre commémoratif de Larry a explosé dans une tempête ce matin-là, ce qu’elle considère comme un signe positif. Sa superstition l’a également amenée à demander au voisin de faire l’horoscope de Larry afin de déterminer si le jour de sa disparition était un jour astrologiquement favorable. Tout le monde a accepté que la disparition de Larry, sauf elle. La Mère exige de son mari qu’il croie que Larry soit encore vivant.


Le frère d’Ann, George, arrive pour arrêter le mariage entre Ann et Chris. Il était allé rendre visite à son père Steve en prison pour lui dire que sa fille allait se marier, puis il est parti convaincu que son père était innocent. Il accuse Keller. George écoute Keller encore une fois et se rappelle l’amitié de leurs deux familles. Mais Mme Keller dit accidentellement que son mari n’a pas jamais été une seule fois malade depuis quinze ans. Keller essaie de couvrir ce lapsus en ajoutant « à l’exception de sa grippe pendant la guerre », mais il est trop tard. George est certain de la culpabilité de Keller.


La confiance de Chris dans l’innocence de son père est ébranlée. Lors d’une confrontation avec ses parents, la mère lui dit qu’il doit continuer à croire que Larry est vivant. Si Larry est mort, affirme la Mère, cela signifie que Keller l’a tué en expédiant ces pièces défectueuses. Chris crie sa colère à son père, l’accusant d’être inhumain et meurtrier.
Chris dévasté s’enfuit pour éviter une deuxième confrontation avec son père. La mère dit à son mari qu’il devrait avouer, se porter volontaire pour aller en prison, si Chris le décide. Elle parle à Ann, lui dit qu’elle devrait attendre Larry et ne pas se marier. Ann est forcée de montrer la lettre que Larry lui a écrite avant sa mort, où il annonce son intention de se suicider. La lettre confirme la conviction de la Mère que si Larry est mort, alors son mari est responsable, non pas parce que l’avion de Larry avait des pièces défectueuses, mais parce que Larry s’est suicidé en réponse à la responsabilité familiale et à la honte due aux pièces défectueuses.


La mère supplie Ann de ne pas montrer la lettre ni à son mari ni à son fils, mais Ann n’obéit pas. Chris revient et dit qu’il n’enverra pas son père en prison, parce que cela n’apporterait rien. Il dit qu’il va partir sans Ann, car il craint qu’elle ne lui demande un jour de dénoncer son propre père aux autorités.
Keller entre pendant que la mère tente d’empêcher Chris de lire la lettre de Larry à haute voix. Keller comprend enfin qu’aux yeux de Larry, tous les pilotes morts étaient ses fils. Keller dit qu’il va chercher sa veste, pour se rendre et aller en prison. Un instant plus tard, un coup de feu se fait entendre. Keller s’est suicidé.

 

 

Ils étaient tous mes fils : analyses rapides


All My Sons est une pièce qui affronte l’histoire américaine de la réussite, du rêve américain à n’importe quel prix et la dévastation du succès qui détruit tout y compris les humains et les relations. Cette pièce traite du pouvoir, de la famille, du rêve américain, de l’argent, et des limites de l’individualisme. Ils étaient tous mes fils (All My Sons) est une pièce de théâtre écrite par Arthur Miller en 1947.
Avec cette pièce, Miller s’est imposé comme un dramaturge américain majeur du 20e siècle, comme une voix critique de la conscience.
La pièce est une étude sur l’échec de la famille, sur la responsabilité sociale, sur la responsabilité morale.
C’est une pièce importante, remarquable par la rigueur de sa structure et par l’honnêteté avec laquelle elle aborde le problème de l’action de l’homme dans le monde moderne.
Dans certaines études, on la décrit comme une pièce ibsénienne. La méthode d’Ibsen consiste à montrer d’abord une scène domestique ordinaire, dans laquelle, par infiltration progressive, le crime et la culpabilité pénètrent et s’accumulent jusqu’à l’éruption critique.
Ce processus de cette infiltration destructrice est soigneusement élaboré par Miller pour mettre en lumière les conséquences et la culpabilité.

Le drame réaliste de Miller, All My Sons, implique son concept fondamental de responsabilité morale au sein de la famille, en le reliant à la lutte intérieure.
La famille, pendant la guerre.
À travers le cas d’un dirigeant qui a permis que des pièces d’avion défectueuses soient envoyées à l’armée plutôt que de ruiner son entreprise et de perdre un contrat, le dramaturge a cherché à montrer les conséquences d’un acte justifié par l’amour de son entreprise, et du bien-être matériel de sa famille.

Miller est connu pour la qualité de ses dialogues. Il n’y a pas beaucoup de poésie dans la langue, mais un ton naturel de gens ordinaires.

Joe Keller était un profiteur de guerre, avec son associé Steve Deever, il a créé sa propre entreprise pour expédier des cylindres pour les avions de chasse. Steve Deever, père d’Ann Deever (fiancée à Chris, le fils de Joe) est en prison, après avoir été reconnu coupable d’avoir expédié des pièces défectueuses pour des avions de chasse, ce qui a entraîné la mort de 21 pilotes. Les pièces ont été expédiées en l’absence de Joe Keller, qui était malade et en congé ce jour-là. Son associé Steve affirma qu’il avait expédié les cylindres sur les ordres de Joe lors d’un appel téléphonique.

Lorsque George (le fils de Steve) va à sa rencontre pour lui parler du mariage d’Ann et de Chris, Steve Deever affirme encore une fois à son fils qu’il est innocent. Cela suscite des sentiments de malaise et de suspicion dans l’esprit de George, devenu avocat.
Ann montre à Kate la dernière lettre de Larry. Chris condamne le comportement de son père. Chris lit à haute voix la lettre de Larry et Joe apprend que son acte a poussé Larry à se suicider. Acceptant enfin le fardeau de sa culpabilité, Joe se tue.

Chris s’impatiente avec son père : « Tu n’as pas de pays ? Tu ne vis pas dans le monde ? Qu’est-ce que tu es ? Tu n’es même pas un animal, aucun animal ne tue le sien, qu’est-ce que tu es ? »

Arthur Miller a délibérément essayé de destiner cette pièce à un large public.
Il était préoccupé par la relation entre l’individu et les grandes forces de la politique et de l’industrie.
L’écriture d’Arthur Miller dans All My Sons témoigne d’un respect pour les grandes tragédies grecques. Dans ces pièces, le héros commet une faute, souvent à son insu, faute qui revient le hanter, parfois de nombreuses années plus tard. Le protagoniste se rend compte de sa faute et en souffre, voire en meurt.

L’action d’All My Sons se déroule en vingt-quatre heures. Ann Deever, la fille du condamné Steve Deever, peut être comparée à un messager, car la lettre qu’elle apporte est une preuve de la mort de Larry.
Kate, la femme de Joe, mi-émue, mi-terrifiée, annonce : « Tout ce qui s’est passé semble revenir ».
Chez Miller comme chez Ibsen, le présent interroge le passé et le passé infiltrant le présent progressivement.

 

 

Une pièce de gens ordinaires


Contrairement aux tragédies grecques et shakespeariennes, il ne s’agit pas de question de loyauté ou de pouvoir. Arthur Miller qualifie la pièce de « tragédie de l’homme ordinaire », de la même manière que les fantômes d’Ibsen (Miller était un grand fan d’Ibsen). Les deux auteurs utilisent la famille nucléaire pour explorer des problèmes sociaux beaucoup plus importants. Dans All My Sons, Miller enquête sur la myopie de la classe moyenne à travers l’histoire de Joe Keller.

Joe semble avoir réalisé le rêve américain. Selon lui, ses seules réalisations sont ses fils et son entreprise. Il a lutté et a nourri l’entreprise pendant la Grande Dépression, puis l’a bâtie pendant la guerre. Mais le seul but de son travail a été de bien faire vivre sa famille et de faire un cadeau à ses fils. Joe a déjà perdu un de ses garçons pendant la guerre et donc, pour Joe Keller, tout dépend de Chris.

On peut voir Joe Keller comme diabolique, même si le public doit ressentir une certaine sympathie pour lui. Il a fait ce qu’il fallait pour protéger sa famille et les années investies dans l’entreprise. À la fin de la pièce, Joe Keller se révèle un homme cynique qui ment, triche, échappe à ses responsabilités, joue la victime et détruit la vie des autres, afin de se protéger et protéger l’argent qu’il transmettra à ses fils.

Miller laisse ouverte la question de savoir pourquoi Keller se tue.
Il aurait pu se suicider à cause de son angoisse d’être la cause de la mort de son fils Larry. Il aurait pu se suicider parce que ses deux fils ont rejeté sa vision de la vie. Joe aurait pu se suicider parce qu’il ne pouvait pas souffrir de la honte et de la perte de son statut. Il aurait pu se suicider parce qu’il a réalisé l’énormité de son crime. Ou cela aurait pu être une combinaison de tous ces facteurs empilés les uns sur les autres.

L’insistance de la mère sur le fait que Larry est vivant reflète sa conviction que Larry ne peut pas être mort, car si Larry est mort à la guerre, il y a un lien entre le crime de Joe et la mort de Larry. Elle a ressenti cela avant de connaître le suicide de Larry. D’une manière intuitive, la mère comprend que si la guerre peut toucher sa famille et emporter son fils, les gens ont la responsabilité, envers la société au sens large, d’agir de manière éthique afin que cela arrive le moins possible. Et en acceptant le crime de Joe, elle abandonne son fils.

La meilleure façon de comprendre le personnage de la mère est d’analyser ses conflits psychologiques. Elle est liée à son mari par amour, et complice de son crime. À plusieurs moments de la pièce, elle aide son mari. En même temps, Kate déteste Joe pour son crime et elle se déteste pour sa complicité en l’aidant à s’en sortir. Elle sait que Larry est mort, une partie d’elle se déteste, et méprise son mari et l’autre a besoin de pleurer son fils mort. Elle peut pleurer pour son fils et mettre sa mémoire au repos.

Arthur Miller a qualifié la mère d’une force sinistre et puissante dans la pièce, une femme utilisant la vérité comme une arme contre un homme qui a fait du mal à leur fils. La mère est un personnage tragique, qui à la fin de la pièce, est obligé de reconnaître la mort de Larry.

Comme suggérée précédemment, la mère joue le rôle du chœur dans cette tragédie. Regardez l’Acte III, page 150, « . . . Asseyez-vous, arrêtez d’être fou. Tu veux vivre ? Tu ferais mieux de comprendre ta vie. C’est une autre double affirmation, car elle montre qu’elle se soucie de l’homme dont la relation avec son fils, relation la plus importante de sa vie, vient d’être détruire. Cela préfigure également ce qui arrivera à Joe.

Le fils chéri Chris Keller est plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. Il a trente-deux ans, solidement bâti, un homme capable d’une immense affection et loyauté. Chris est un homme bien et un bon fils. Il pense toujours au meilleur des gens. Quand la pièce commence, Joe est le héros de Chris. Après avoir appris la culpabilité de son père, Chris dit à Joe : “Je sais que tu n’es pas pire que la plupart des hommes, mais je pensais que tu étais meilleur. Je ne t’ai jamais vu comme un homme. Je t’ai vu comme mon père”. (Acte III)

Chris a toujours soupçonné que son père était coupable, mais l’a ignoré. Son amour pour son père l’empêche de décider. La rage de Chris contre son père est en partie dirigée contre lui-même pour avoir trahi la mémoire des hommes morts à la guerre.

Certains critiques considèrent Chris Keller comme le héros tragique de la pièce. Son défaut serait son incapacité à reconnaître la vérité quand il la voit. Il devient un hypocrite et perd son père. Dans cette pièce, Chris a perdu son innocence et a appris à connaître son père comme un homme imparfait.

Ann représente ce qui est gracieux dans la vie. Elle est la beauté dans la vie que les enfants Keller, Larry et Chris, recherchent. Ann représente la “nouvelle femme”. Elle est indépendante, volontaire et brillante.

La présentation des femmes par Miller dans “All My Sons” est montrée à travers la relation entre Kate et Ann. Kate, contrôle, exerce son pouvoir sur Ann, et la manipule. Elle veut s’accrocher au passé, car elle a peur d’oublier son fils Larry. Ann la jeune génération est l’avenir.

Le passé et le futur divisent Kate et Ann. Dans le passé, Larry est mort, mais Kate croit qu’il est toujours vivant. Quant au futur, Ann doit aller de l’avant et épouser Chris. Kate et Ann sont les victimes de la famille Keller. Ces deux femmes cherchent à survivre dans un monde de conflits entre hommes à la réalisation de la réussite et du rêve américain.

Ann, comme Kate, est présentée comme une personne sans méchanceté et sans sentiment de fragilité. La relation entre Kate et Ann commence à devenir tendue, car leurs personnalités et leurs émotions s’opposent, alors que la vérité sur Joe commence à surgir. Miller est intelligent, il présente des individus forts et à l’esprit opposé, à une époque où les femmes subissent les conséquences de la guerre.

 

 

Références
Raymond Williams, Drama From Ibsen to Bretch (London: Chatta and Windows,
1968) 268.
C.W.E. Christopher Bigsby ed., Arthur Miller’s All My Sons : A Drama in three Acts
(NY : Penguin Classics 1971) 9.
Robert A. Martin, ed., “Introduction” Arthur Miller : New Perspectives. (Prentice Hall
Inc., 1982) 34.
Samuel York’s. Modern Critical Interpretations. : Arthur Miller’s All My Sons ed.,
Harold Bloom. (New York : Chelsea House Publishers, 1988)
Harold Clurman, “Thesis and Drama” Modern Critical Interpretations. : Arthur Miller’s
All My Sons ed., Harold Bloom. (New York : Chelsea House Publishers, 1988)

 

 

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Hemingway : l'amour devient roman

hemingway love and war

 

Hemingway, vie de fêtes, d'amours, et des romans

En 1914, le jeune Hemingway rêve de participer à la Grande Guerre. Il est réformé à cause d'une mauvaise vue. Pour un salaire de 15 Dollars par semaine, il se fait engager au Kansas City Star comme apprenti reporter.
Il voulait apprendre à écrire, il devint journaliste chargé des faits divers et resta six mois dans cet emploi.

Il voulait de l'action, découvrir le monde, et la guerre. La Croix-Rouge a besoin d'ambulanciers en Italie. Il put, avec deux amis, s'embarquer sur le "Chicago" à destination de la France, passer deux jours à Paris et prendre le train pour Milan.
A 19 ans, il rejoint la Croix Rouge en Italie. Sur les photos, on voit un beau jeune-homme au front large, avec une chevelure abondante, un regard animé des certitudes de la jeunesse, le sourire des jeunes gens immortels.

Il débarque en Italie le 7 juin 1918, pour devenir ambulancier. A peine arrivé, il doit transporter les victimes d'une fabrique de munitions qui a explosé, aider les blessés en surveillant de grands dépôts de munitions encore susceptibles d'exploser, aider à éteindre l'incendie, et transporter les morts à une chambre mortuaire de fortune.
Ernest connaissait la mort, le sang et l'agonie des animaux pendant ses journées de chasse. Cette fois, la mort est différente.

Il voit des corps sans vie, inanimés sans émotion, sans rire, sans colère, même sans souffrance.
Il voit la fin tragique de la condition humaine, les mains froides, les joues pâles, les yeux fixés sur un horizon inconnu. Une dose amère de réalité va secouer ce jeune homme qui chassait pourtant depuis des années. Il perdra sa candeur pour entrer brutalement dans le monde des adultes.
Il est envoyé à Schio, ville plus calme, au pied des Dolomites puis sur le fleuve Piave en Vénétie, son rôle consistait à aller en bicyclette distribuer vivres et cigarettes aux soldats. Il se rendait souvent à la distillerie de grappa Nandini à Bassano, et pour boire et savourer de la grappa, boisson que l'on retrouve souvent dans ses récits de guerre.

Le 8 juillet 1918, il fut frappé, au genou et au pied par un obus autrichien. Dans cette tranchée avec trois hommes, les jambes criblées d'éclats, il évacue le seul survivant sur son dos et le ramène en lieu sûr. Acte héroïque d'autant plus qu'il est le premier Américain à être blessé en Italie. 237 éclats dans les jambes, deux balles de fusil mitrailleur dans le genou.

On l'hospitalise le 17 juillet à Milan, il risque de perdre sa jambe droite. Impatient comme il le sera toujours, il avait tenté d'extirper lui-même les éclats de mortier avec un canif, sa bouteille du cognac comme anti septique et comme calmant.
Il fut plusieurs fois opéré dans cet hôpital militaire où on l'a surnommé "Poupée cassée".
Il est décoré pour cet acte de bravoure de la Croce al merito di guerra (croix du mérite militaire), on retirera 28 éclats métalliques de sa jambe droite. En trois mois, et après plusieurs opérations, il peut remarcher à nouveau avec des béquilles.

 

hemingway Agnes Von Kurowsky

 

Aimer une belle infirmière

Pendant cette longue hospitalisation, il rencontre Agnès Von Kurowsky une infirmière originaire de Pennsylvanie, brune, grande, gracieuse, cheveux sombres et aux yeux gris-bleus.
Son aînée de sept ans. Jolie, brillante, spirituelle, joyeuse et sérieuse à la fois. Après le décès de son père en 1910, Agnès a pris un travail à la bibliothèque publique de Washington.
Elle suivra une formation pour devenir infirmière. A l'entrée de l'Amérique dans la Première Guerre Mondiale en 1917, elle s'est appliquée à rejoindre la Croix-Rouge. Après une formation additionnelle en France, Agnès et ses compagnes ont été envoyées par train dans le nord de l'Italie.
Agnès s'occupe alors d'Ernest blessé, transporté en ambulance vers l'hôpital militaire de Trévise, où on lui administre de la morphine et des vaccins anti-tétaniques.


- vous êtes trop jeune pour vous appeler Ernie. Je vous appellerai M. Kid.
- dans ce cas je vous appellerai Mme Kid. Ok ? "


Hemingway a 19 ans quand il tombe amoureux de cette américaine de 26 ans.
De jours, ils sont patient et infirmière, la nuit ils sont amants. " Je suis amoureux " écrit Ernest à ses parents. Elle l'appelle Ernie, Kid (gamin), Mr Kid, et signe Mrs Kid. Elle est amoureuse avec une certaine dose de prudence.
Elle est déjà une jeune femme, et juge Ernie trop jeune pour une relation sérieuse ou durable.
Pendant la convalescence d'Ernie, et qu'il recommence à marcher, les deux amoureux explorent Milan et vont même à l'opéra.
Il lui envoie 52 lettres durant cette liaison. La première date du 25 septembre 1918. Hemingway se trouve provisoirement à Stresa. La dernière lettre date du 7 mars 1919. Les lettres envoyées par Hemingway ont été brûlées, victimes de la jalousie du fiancé d'Agnès. Le règlement de la Croix rouge était strict ; les relations sentimentales étaient interdites. La correspondance entre Agnès et Ernest était clandestine.

En octobre, Hemingway retourna au front, puis revint à Milan pour une jaunisse. Ils se revirent alors une semaine avant qu'Agnès ne soit transférée de nouveau dans un autre hôpital à Trévise. Ils s'y rencontrent le 9 décembre 1918. Elle lui annonce qu'elle ne passera pas les fêtes avec lui.
Agnès apprécie le plaisir de se sentir désirable et séduisante. Les médecins italiens la courtisent. En mars elle lui écrit sa dernière lettre - une lettre de rupture un peu maternelle - à ce jeune amoureux, son " Kid ", qu'elle n'aime plus d'amour parce qu'elle vient de donner son coeur à un Italien qui désire l'épouser. Ce qui ne se fera pourtant pas, la future belle famille vénitienne ne voulant pas d'une Américaine.
Interrogée plus tard, elle dira que pour elle il s'agissait d'un simple flirt, en dépit des 52 lettres échangées en six mois.

En Janvier 1919, Hemingway quitte l'hôpital, continue à lui écrire. Alors qu'ils avaient décidé quelques mois plus tôt, dès sa sortie de l'hôpital de retourner aux États-Unis pour se marier, Ernie rentre seul aux USA, il espère qu'elle l'y rejoindra pour l'épouser.
Agnès Von Kurowsky a décidé qu'elle devait finalement le convaincre que la relation était finie. Le 7 Mars 1919, elle écrira à Hemingway :
" Ernie, cher gamin,
Je vous écris tard dans la nuit après une longue réflexion, je crains que cela puisse vous faire du mal, je suis sûre que ce ne peut vous nuire de façon permanente.
Je tentais de me convaincre qu'il s'agissait d'une véritable histoire d'amour. Après quelques mois loin de vous, je sais que je suis toujours attachée à vous, plus comme une mère  qu'une amie.
Gamin, pouvez-vous me pardonner un jour pour vous avoir inconsciemment trompé ? Je ne suis pas vraiment mauvaise, je ne veux pas faire du mal. Je me rends compte que c'était ma faute dès le début. Je me sens qu'un jour je serais fière de vous.
Je pense à me marier bientôt. J'espère et prie pour que vous seriez un jour en mesure de me pardonner, de commencer une belle carrière et de montrer l'homme vous êtes vraiment. Avec mon admiration et ma tendresse,
Ton amie, Aggie "

On ne connait pas la réponse d'Hemingway à cette lettre de rupture. Dans une lettre de Juin 1919 à son ami Howell Jenkins, Hemingway écrit :
" Je l'ai aimée, elle m'a largué. Je ne lui donne pas tort. J'ai fait en sorte de cautériser son souvenir et je l'ai brûlé avec de l'alcool et d'autres femmes et maintenant c'est envolé ".

 

hemingway amour et guerre

 

Un souvenir "envolé" mais pas entièrement.

Agnès Von Kurowsky va inspirer le personnage de Catherine Bakley, belle et infirmière américaine qui soigne et tombe amoureuse d'un soldat américain dans un hôpital italien en 1929 dans le roman "A Farewell to Arms" (l'adieu aux armes).
Leur histoire est le scénario d'un film en 1996, In Love and War (Le Temps d'aimer), réalisé par Richard Attenborough, et interprété par Sandra Bullock, Chris O'Donnell, Mackenzie Astin.

Hemingway n'a jamais revu Agnès Hannah von Kurowsky. Il a reçu une lettre d'elle, le félicitant pour son premier mariage, et lui disant qu'elle était fière d'avoir connu son " Kid ".


Hemingway va utiliser ses expériences en Italie comme base de plusieurs nouvelles. Les personnages de romans basés sur Kurowsky apparaissent dans les nouvelles, les neiges du Kilimandjaro ou l'Adieu aux armes.

 

 

 

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Amour : maladie, folie ou addiction ?

amour passion

 

Amour : émotion, sentiment ou addiction ?

Isaac singer disait que l'amour est plus fort que les convictions d'un homme.
Omar Khayyâm disait : "L'amour qui ne ravage pas n'est pas l'amour." On peut disserter sur l'amour pendant des heures, on finira par admettre que l'amour, et surtout l'amour romantique fait partie des mystères de la vie, de l'humanité.

L'amour est un sentiment plus complexe qu'une émotion. Il est difficile à définir, il est différent d'une personne à autre.

On reconnait facilement ce sentiment par ses conséquences et ses symptômes. On identifie le sentiment amoureux comme on identifie la grippe ; après le début des symptômes, on cherche la cause, on se questionne avant d'admettre qu'on est amoureux. L'amour est le sujet poétique par excellence. L'amour est un sujet philosophique également.

Aucun livre de poésie, de philosophie n'échappe à ce sujet. Cependant, la philosophie, la poésie ou les chansons ne peuvent pas aider réellement une personne qui souffre d'un amour non partagé ou non satisfait. Malgré des siècles de vaines tentatives à définir l'amour, la médecine et aussi la psychologie admettent l'existence de ce sentiment, admettent que l'amour est un besoin naturel et essentiel aux humains pour avoir une bonne qualité de vie, tout comme le besoin de se reposer, de dormir, ou de se divertir.

 

Par le passé, le sentiment amoureux était rattaché au "coeur". Le coeur des gens amoureux bat plus vite etc... réagit avant la rencontre amoureuse, ou après la déception ou la rupture. Progressivement, la relation entre le coeur et le sentiment amoureux devient métaphorique plus qu'organique, cette relation traduit combien le sentiment amoureux est vital et profond dans la vie humaine, aussi essentiel que le battement du coeur.

Dans l'amour romantique surtout, il existe au début de la rencontre une période d'euphorie et un sentiment profond de manque. La personne amoureuse exprime des sentiments étranges comme l'incapacité de vivre sans l'autre, des jugements excessifs et irréels sur les qualités de l'autre, et aussi des attentes déraisonnables vis à vis de l'être aimé. On retrouve ces moments d'euphorie surtout dans les amours des adolescents, avec des réactions parfois excessives, et parfois aussi dangereuses.


amour sexualiteLa passion comme folie-dépendance

Tu me rends fou. Elle me rends folle. Voila des phrases banales entre amoureux. Je suis fou de toi, traduit un comportement déraisonnable, un comportement de gens malades. L'amour peut rendre une personne incontrôlable, euphorique, et étrangère. L'adolescent amoureux peut devenir malade ou violent, peut négliger ses activités, peut avoir un comportement à risque. L'amour passionné était redouté au Moyen-âge.

 

La passion était une maladie, une folie en soi. Dans le passé, la passion amoureuse était nommée le mal d'amour, avant de devenir la maladie d'amour. Cette maladie d'amour était considérée comme une folie, une aliénation. Dans ces termes, on retrouve la maladie mentale sous une forme ou sous une autre. L'état amoureux peut faire surgir de chacun des faits étranges qui rappellent le comportement des malades mentaux. La personne euphorique en raison d'une attirance sexuelle débutante, ou en raison d'un amour romantique puissant perd sa capacité à être raisonnable, la passion devient l'ennemi de la raison, et de la sagesse. Dans la passion amoureuse, il y a la folie de l'attirance, la folie du manque.

Jean de la Croix écrivait :

 

"Je vis, mais sans vivre en moi-même, Et mon espérance est si haute, Que je meure de ne pas mourir."

 

Dans la passion, comme dans l'amour romantique, comme dans l'attirance sexuelle, il y a une euphorie, l'absence de limites, un manque cruel, une souffrance, et un comportement étrange. Curieusement, on a toujours noté que la séparation augmente ses symptômes, l'absence de la personne aimée et de sa sexualité aggrave les symptômes, et la souffrance de la personne.

 


baiser jeune coupleL'amour et le cerveau

L'évolution scientifique a permis une approche supplémentaire pour comprendre l'amour, pour comprendre précisément la biologie de l'amour. Le sentiment amoureux active des zones précises dans le cerveau humain identifiées par l'IRM (imagerie par résonance magnétique). D'autres approches scientifiques utilisant la neurobiologie permettent de cartographier les zones cérébrales activées pendant l'attirance, l'excitation sexuelle et l'épisode d'amour romantique.

Ces études ont suscité beaucoup d'intérêt à leurs débuts. Dans un journal de neurophysiologie, les chercheurs ont suivi l'activité cérébrale de 15 personnes (10 femmes et 5 hommes) auto-déclarées amoureuses. Les chercheurs ont comparé l'activité cérébrale de ces personnes après un contact avec le bien-aimé, un contact réel ou contact visuel par l'intermédiaire d'une série de photographies.

Les résultats montrent que le sentiment amoureux intense entraîne l'activation des régions riches en dopamine dans le cerveau comme le noyau strié qui abrite le centre du plaisir. Le sentiment amoureux entraîne l'activation de zones cérébrales associées à la motivation et à la recherche d'une récompense.

À partir de ces résultats de ce petit échantillon, les chercheurs ont formulé les premières conclusions : l'amour romantique est un état de motivation cérébrale à la recherche d'une récompense, l'amour romantique n'est pas une émotion, n'est pas un sentiment, mais une motivation.

La personne amoureuse est fortement motivée pour être avec son bien-aimé, à la recherche d'une récompense neurologique, c'est-à-dire à la recherche d'une satisfaction. La personne amoureuse se sent mieux, et plus satisfaite avec son bien-aimé.

 

Dans d'autres études publiées dans le journal de médecine sexuelle, l'activité cérébrale a été examinée chez 20 personnes, en utilisant l'I.R.M., après avoir visionné les photographies des personnes aimées ou désirées. Les auteurs ont dessiné une carte précise des ondes cérébrales activées pendant cette visualisation : le désir sexuel et l'amour romantique activent le noyau strié. L'amour romantique active une zone cérébrale nommée l'insula (ou le cortex insulaire) située au fond du sillon latéral.

Ainsi, on peut dire que le noyau strié est responsable de l'attirance initiale, du désir sexuel, alors que le cortex insulaire est responsable de transformer ce désir en amour, en associant les besoins inconscients aux comportements conscients.

 

couple champagneAmour dépendance

Cette découverte de la participation du noyau strié dans le sentiment amoureux entraîne une question simple : on sait déjà que ce noyau est responsable de la dépendance et de l'addiction chez l'être humain, par un processus d'anticipation du désir et de la récompense. Est-ce que l'amour romantique, ou l'attirance sexuelle sont une addiction ?

Dans les études récentes, aucune conclusion définitive n'est possible, par contre, on peut considérer l'amour comme une habitude constituée du désir sexualisé qui cherche une récompense.

Cette découverte de similitudes entre l'amour romantique et l'addiction comportementale (addiction sexuelle, addiction au jeu), entre l'amour romantique et l'addiction chimique (drogue, alcool) peut aider à expliquer certains comportements amoureux excessifs, voire obsessionnels. Dans certains cas, on retrouve dans le comportement amoureux un harcèlement, de la violence, suicide et dépression. L'amour romantique peut être considéré comme une forme de dépendance similaire à la dépendance aux sports, ou à l'exercice physique. En cas de manque, un sentiment d'inconfort surgit. En cas de manque sévère, un comportement agressif, violent ou dépressif peut apparaître.


En pratique

L'expérience amoureuse n'est pas une maladie, n'est pas un état pathologique. Pour la plupart des gens, on peut comparer le sentiment amoureux au plaisir du sport, au plaisir artistique, c'est un comportement joyeux, optimiste, sain, qui s'accompagne d'euphorie, de motivation et de projets. Ce sentiment amoureux est indispensable pour la survie de notre espèce comme les autres besoins essentiels de l'être humain.

Comme d'autres comportements, l'addiction peut surgir. En cas d'amour romantique, d'une attirance sexuelle forte, certaines personnes peuvent apparaître obsessionnelles, confuses, addictes ou même en état second car le contrôle cérébral raisonnable s'affaiblit, alors que d'autres personnes vont vivre la même expérience, les mêmes pensées et les mêmes sentiments d'une façon différente, avec motivation et esprit positif.

Schématiquement, en prenant l'approche neurobiologique, la relation amoureuse ou l'attirance sexuelle active des zones bien précises dans le cerveau, les mêmes zones responsables de la dépendance et de l'addiction, utilisant la même procédure : anticiper le désir, rechercher la satisfaction. Cet état amoureux évolue vers une relation modérée pour le reste du cerveau humain, s'accompagne d'émotions, de raisonnements, d'une construction consciente à la recherche de l'intimité, et de la relation durable.

 

Mais chez certaines personnes, surtout les personnes affectées d'anxiété, victimes de traumatismes pendant l'enfance, personne dépressive, ou souffrant d'une phobie sociale, l'amour romantique ou l'attirance sexuelle devient une addiction à la recherche d'un soulagement du stress, de l'anxiété, de la dépression ou de la phobie.

Ces personnes prolongent l'amour romantique, l'amour fusionnel, retarde autant que possible, la transformation de l'attirance sexuelle en intimité. La phobie sociale, la peur de l'intimité et ou la dépression invitent ces personnes, à la façon des toxicomanes, à rechercher leur soulagement sans aller plus loin. Dans ce cas, l'amour romantique et l'attirance sexuelle n'évoluent pas vers une relation, mais plutôt vers amour-dépendance, une dépendance affective.

On retrouve le même schéma en cas de rupture amoureuse. En cas de dépendance affective ou d'amour dépendance, la rupture amoureuse devient un sevrage, la personne souffre, refuse d'admettre ce sevrage, et peut manifester vis-à-vis de son partenaire un comportement de harcèlement, de chantage, ou parfois même un comportement violent et dangereux.

Cette approche théorique permet d'aider les personnes en souffrance après une rupture amoureuse ou en difficultés relationnelles. La personne serait invitée, avec l'aide de la thérapie, à comprendre déjà la nature du problème. L'amour n'est pas un problème en soi, l'attirance sexuelle n'est pas un état pathologique, mais peuvent devenir problématiques en dévoilant une dépression, une anxiété, ou une phobie sociale, etc. Le traitement pourra aider à soulager l'anxiété ou la dépression, l'amour romantique peut évoluer vers une relation durable apaisée, de même la rupture amoureuse peut être ainsi mieux acceptée, et rapidement oubliée.

Il s'agit d'un schéma de neurobiologie pour conceptualiser l'amour romantique et l'attirance sexuelle. Ce schéma ne peut tout expliquer bien sûr, mais il a sa place avec les autres schémas qui traitent le sentiment amoureux, y compris les schémas philosophiques ou poétiques.

 

"Je ne veux à l'union de deux ames sincères admettre empêchement.

L'amour n'est point l'amour s'il change en trouvant ailleurs le changement ou s'éloigne en trouvant en l'autre l'éloignement...."

Sonnet 116 de W. Shakespaere

 

Réf

A. Aron, H. Fisher, D. Mashek, G. Strong, H. Li, and L. Brown, "Reward, Motivation and Emotion Systems Associated with Early-Stage Intense Romantic Love," Journal of Neurophysiology, 2005, 93 : 327-337.
J.G. Pfaus, T.E. Kippin, G.A. Coria-Avila, H. Gelez, V.M. Afonso, N. Ismail, and M. Parada, "Who, What, Where, When and Maybe Even Why? How the Experience of Sexual Reward Connects Sexual Desire, Preference, and Performance," Arch Sex Behav, 2012, 41(1) : 31-62.
H. Fisher, L.L. Brown, A. Aron, G. Strong, and D. Mashek, "Reward, Addiction and Emotional Regulation Systems Associated with Rejection in Love," Journal of Neurophysiology, 2010, 104 : 51-60.
Cazenave Michel : histoire de la passion amoureuse, éditions du félin, Paris, 2001

 

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La peinture n’est pas morte : de Balthus à Fischl

Fischl tragic

 Eric Fischl: tragic 

 

La peinture n’est pas morte : de Balthus à Fischl

La peinture nous accompagne depuis l’apparition des hommes.
Le visiteur d’un musée peut avoir l’impression que la peinture occidentale a déjà atteint ses sommets et ne peut que reculer, ou mourir en devenant une peinture pour les musées sans lien avec la vraie vie. Pourtant, la peinture en occident a toujours vécu à travers le quotidien et aussi l’intérêt des gens pour cet art.

Le progrès et les développements à partir de la fin du XIXe siècle avec les impressionnistes jusqu’aux minimalistes semblent épuiser la peinture. Dans les années 1960, le spectateur regardait des toiles n’offrant aucun élément reconnaissable, uniquement de la couleur, sans symbole ni contenu expressif.

Les impressionnistes ont créé des objets nouveaux dans leur peinture, des couleurs et des formes. Van Gogh est allé plus loin, en utilisant la magie de ses coups de pinceau pour ajouter un contenu nouveau à ses toiles. Les mouvements artistiques suivants ont poussé le processus plus loin jusqu’à que la peinture soit réduite à une surface plane : la toile, représentant des formes plates avec rien d’autre que de la couleur.

 

Au début des années 60, de nombreux artistes ont commencé à discuter la fin de la peinture, la mort de la peinture dans la culture occidentale, face aux mouvements et productions artistiques les plus récentes.

 

Balthus et la peinture vivante

Non , la peinture occidentale n'est pas morte. Elle évolue. 

Dans les années 60, avec le renfort de la publicité, et de certaines critiques complaisantes, certains artistes ont cherché une peinture facile ou simplement conceptuelle, les écoles d’art enseignaient aussi ce genre de peinture sans contenu ni forme, peinture qui n’a jamais réussi à attirer le public.

On lisait par ci et par là que la peinture était morte. D’autres artistes pensaient que la peinture n’était pas morte, elle attendait simplement de renaître entre les mains d’artistes associant le contenu et la forme, artistes capables d’appliquer le pigment sur la toile d’une manière habile et intelligente. La peinture figurative retrouva ses lettres de noblesse. De plus il y a toujours eu une peinture réaliste, l’avant-garde en ignore la présence.

 

Blathus peinture figurative therese revant

Balthus, thérèse rêvant


Balthus travaille loin des vagues avant-gardistes.
Dans ses premiers travaux, il dessine des jeunes filles en compagnie de chat, dans des poses provocantes, ou extravagantes. Son tableau Thérèse rêvant est un bon exemple de la vague figurative qui allait sortir la peinture de son coma. Pendant que les surréalistes façonnent des montres déformées et des figures sinistres en utilisant un haut niveau de compétence technique dans leur travail consacré à un monde imaginaire comme Dali, Balthus lui utilise la même compétence dans un cadre réaliste. Là où le surréaliste faisait fondre des objets sur des formes géométriques, la robe de Thérèse coule de façon réaliste sur le bord d’une chaise banale dans un environnement tout à fait crédible.

 

Blathus peinture figurative la rue

 

Balthus : la rue 


Plus tard, la provocation érotique de Balthus est devenue plus symbolique. Dans son tableau la rue, l’érotisme n’est qu’un élément secondaire d’un tableau d’un contenu onirique, dans un style classique.

Dans un article du New York Times : il déclare : « J’ai l’habitude de vouloir provoquer, mais maintenant, ça m’ennuie. »

 

 

 

Eric Fischl, encore une peinture vivante

Eric Fischl, est né à New York en 1948 et a grandi en Arizona. Dans des conférences, à partir des années 1980, Fischl analyse la mort de la peinture.
Fischl est un artiste réaliste figuratif, qui insiste sur le fait que la peinture moderne ne possède pas toujours la capacité de communiquer avec le public et ne reflète aucune idée ni aucune réalité.
Depuis toujours Fischl défend l’art figuratif en restant critique vis-à-vis des tendances postmodernes qui prétendent qu’il n’est pas nécessaire de savoir dessiner ou peindre pour être un artiste. Selon lui, la peinture est morte. Il critique en premier la façon d’enseigner l’art, d’insister sur les techniques et sur le modernisme.

Depuis le début des années 1980, Fischl tente de trouver un moyen de réengager le public avec ses œuvres figuratives, ajoutant la sculpture réaliste à son répertoire. Il a rencontré un succès non négligeable, mais c’est une bataille difficile. Il a rencontré une controverse majeure avec sa sculpture, Tumbling Woman (femme tombante) (2002) qui a été retirée du Rockefeller Center parce que les gens la trouvaient offensante.

 

Fischl femme tombante

Fischl  : femme tombante Tumbling Woman 2002

Conçue comme une commémoration affectueuse à tous ceux qui ont perdu la vie lors des attentats terroristes du 11 septembre, la statue montre simplement une femme plongeant dans l’espace. Les épaules de la statue reposent sur le sol et supportent le poids de la silhouette massive. L’impact émotionnel de voir une femme en chute libre, s’ecrasant sur le sol, se tordre et connaître un destin tragique, était trop important. Si Tumbling Woman avait été une œuvre abstraite, la réaction aurait été bien différente ; ce qui est vraiment le point de l’argument de longue date de Fischl selon lequel les œuvres d’art non figuratives ne peuvent pas fournir le même impact émotionnel puissant que les œuvres figuratives.

 


Dans une interview accordée en 2002 au New York Times, Fischl a déclaré : « Le monde de l’art a formé de jeunes artistes de plus en plus jeunes, il y a eu un manque de formation en histoire et en techniques que l’on pourrait appliquer pour rendre la forme humaine, par exemple. Beaucoup de jeunes enfants sont capables de dessiner des figures pour dessins animés. Mais un dessin animé peut exprimer le vécu de l’année dernière par exemple. Quand quelque chose de terrible, de puissant ou de significatif se produit, vous voulez un art qui parle de cela, qui nous ferait avancer, qui nous rassemble. Je pense que le 11 septembre nous a montré qu’en tant que monde de l’art, nous n’étions pas qualifiés pour faire face ni assez formés.

 

Fischl bad boy

Bad Boy », 1981

 

Dans ses conférences, Fischl fait l’éloge de vieux maîtres comme Caravage et de modernistes comme Vincent Van Gogh et Edvard Munch, et s’interroge sur les post modernistes. Fischl est conscient des difficultés inhérentes à la revitalisation de la peinture figurative dans le monde de l’art d’aujourd’hui. Pour certains, il déteste les vaches sacrées postmodernistes, d’une pratique artistique dépourvue de conscience politique. Pour d’autres, Fischl a raison, car retirer le corps ou la forme de l’expérience supprime l’émotion et l’empathie.



Fischl Nourrir la tortue


Nourrir la tortue (2016) Eric Fischl, de
https://www.artsy.net/article/artsy-editorial-eric-fischls-paintings-trumps-america-daddys-trouble.

 

Fischl papa est parti

 

Fischl, Papa est parti, fille (2016),  de
https://www.artsy.net/article/artsy-editorial-eric-fischls-paintings-trumps-america-daddys-trouble

 

Il est impossible de dire que la peinture occidentale est morte. Les styles et les mouvements vont et viennent par cycles, par modes et par vagues.

 

Le style de Fischl, est un mélange savant d’un style presque néo expressionniste figuratif associant avec talent avec la forme, la maitrise et le contenu.
Nous constatons un intérêt croissant du public pour la peinture figurative comme si les spectateurs cherchent la maitrise, l’émotion, et le contenu. Ce n’est pas la peinture figurative figée qui ressemble à la photographie, mais une peinture qui reflète notre époque, nos questions et nos chagrins, à titre d’exemple.

 

La lettre jack  Vetrriano 2019  peinture figurative recente

 


La lettre de jack Vetrriano 2019 (https://www.amazon.fr/Jack-Vettriano-Impression-artistique-lettre/dp/B003JS2L9S)

 

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Toshio Saeki, virtuose des dessins et des estampes érotiques

Toshio Saeki fille en nins

 

Toshio Saeki, virtuose des dessins et des estampes érotiques

 

Il est un des plus célèbres représentant du courant artistique l’Ero-Guro (terme japonais contractant les mots érotisme et grotesque), considéré par de nombreux auteurs comme un artiste japonais important dans le japon moderne. Il maîtrise pleinement les techniques artistiques, et associe dans son travail, la tradition japonaise des sujets mythologiques (Yokaiga) et de l’estampe érotique (shunga) à la culture post-moderne du pop art radical et invente une imagerie sexuelle et érotique inédite.

 

portrait Toshio Saeki

 

Biographie de Toshio Saeki


Toshio Saeki est né à Miyazaki au Japon et a grandi à Osaka.
Les créations de Saeki ont commencé comme un divertissement pour ses camarades d’école, et ils divertissent toujours par leur charme inquiétant, une sorte de spectacle d’horreur érotique.


À 24 ans, il s’installe à Tokyo, à une époque où l’industrie du sexe était en pleine explosion. Créant des dessins pour des publications japonaises à cette époque, il se fait connaître en tant qu’illustrateur au plus fort de l’industrie éditoriale d’avant-garde au Japon. Après quelques mois, Saeki quitte son emploi dans l’agence de publicité où il travaille, pour un magazine japonais culte pour hommes « Heibon Punch », du principal éditeur Kodansha. Il crée ainsi de nombreuses couvertures de livres, ainsi que des caricatures pour Asahi Geinō (un magazine hebdomadaire radical, le sexe et le magazine yakuza) ; et il réalise des centaines de dessins érotiques en tant qu’artiste participant pour le magazine BDSM SM Select (publié en tant que monographie en cinq volumes de l’éditeur français Cornelius).

 

Son travail dans Heibon Punch étonna le public par ses sujets et par son exécution d’une étonnante maîtrise, durant les 1960 et 1970. Ses dessins ont suscité l’intérêt de la scène contemporaine : des expositions internationales ont suivi, son travail a été salué par la communauté internationale dépassant largement le public masculin ou l’art érotique, pour entrer dans un domaine plus vaste et plus prestigieux de l’Art.

 

Saeki s’est fait connaître à Tokyo dans les années 1970, pendant les beaux jours de la scène sexuelle de la ville. Il a publié une première collection de 50 dessins autopubliés, qui ont fait un succès critique. « Toshio Saeki évoque la mort avec un stylo », écrivait le poète et dramaturge japonais Shūji Terayama en 1969. Terayama fut le premier à acheter l’une des œuvres originales de Saeki.


Dans les années 1970, par des explorations débridées de la violence, de la mort et du sexe, Saeki a capturé l’esprit de rébellion culturelle de l’après-guerre. Il a été inspiré, dit-il, par un livre d’un illustrateur et écrivain français Tomi Ungerer (né le 28 novembre 1931 à Strasbourg et mort le 9 février 2019 à Cork en Irlande) qui est séjourna au Japon dans les années 1960.


A cette époque, à Tokyo, on pouvait voir Saeki en train de siroter du saké jusqu’aux premières heures de la nuit dans l’un des minuscules bars du district de Golden Gai à Shinjuku. En dépit de ce que l’on pourrait penser, Saeki n’était pas un visiteur des sex-clubs de Tokyo. Il écrivait : « Je ne pense pas que je pourrais dessiner ces scènes, si j’étais vraiment moi-même dedans. Je dois en être éloigné pour pouvoir les dessiner de cette façon. »
Sa première exposition internationale à Paris en 1970 a été un événement rare pour un artiste japonais de l’époque.
Saeki a révélé peu de choses sur son travail et sa vie personnelle. Saeki n’a quitté le Japon qu’une seule fois. Mais sa décision d’être discret a également été cruciale pour son art. Saeki estime que cela lui a permis d’être audacieux, et en définitive libre.
« Les visions que je montre aux gens sont la substance incompréhensible d’éros et de mystère », explique Saeki. « Si la réalité cachée dans mon âme est capable d’évoquer quelque chose chez le spectateur, alors mon intention est atteinte ».


Il s’est toujours abstenu d’analyser lui-même, son travail. Concernant son public, il dit. « Je n’ai jamais pensé qu’à faire appel au cœur des spectateurs. »

Toshio Saeki femme enfant encre


Technique artistique de Toshio Saeki


Dans un mélange farfelu de styles classiques japonais et de styles contemporains, Toshio Saeki défie à peu près tous les tabous auxquels vous pouvez penser, et quelques-uns que vous n’avez probablement jamais envisagés.
Sa ligne claire rappelle celle d’Hergé, et Joost Swarte une ligne pure sans ombre, riche en détail, sa virtuosité technique rappelle les gravures érotiques japonaises les plus célèbres, mais ses sujets sont uniques, contemporains réalisés dans un style moderne. Avec une ligne claire sans ombres, on trouve des sujets ressemblant aux tableaux surréalistes en Europe, de Magritte ou Dali.


Son style unique est étrange tant pour le spectateur japonais que pour un Occidental, chacun trouvant dans ce trait à la simplicité parfaite une forme d’exotisme inédit. Cette perception ne s’explique que par l’originalité absolue d’une œuvre extravagante, sortie tout droit de la plume d’un artiste qui a consacré sa vie à tracer au plus prêt ce qui se déroule dans sa tête lorsqu’il ferme les yeux.

 

Toshio Saeki deux illustrations couleurs

 


La pratique de Saeki est une opération collaborative, chaque dessin à l’encre est recouvert de feuilles de vélin, balisées de couleurs, avant d’être transmises à un maître imprimeur descendant du long héritage artisanal japonais. Pour un œil étranger, les éléments techniques de la pratique de Saeki et son esthétique, intérieur des maisons, détails, personnages, vêtements de cérémonies, et démons, sont synonymes du Japon.


Il associe dans son travail les techniques de la peinture traditionnelle (ligne, perspective, proportions) à des techniques d’illustration utilisées dans les communications visuelles (affiches publicitaires) pour produire un message, un contenu intellectuel, dans une forme moderne. On peut distinguer sa maîtrise du dessin, la pureté des lignes, sans oublier l’esthétique, les détails, les couleurs, avant de s’arrêter sur les autres piliers de son travail : le contenu ou le message, et l’aspect ludique de l’ensemble.


Il est sérieux dans son travail, pour produire un dessin beau, ayant un message ludique qui ne se prend pas au sérieux. À l’instar de la tradition des estampes érotiques japonaises : « pour le délassement et le plaisir des yeux. »

 

Toshio Saeki deux dessins encore

 


Il existe toujours une troisième personne pour rendre la scène plus dramatique, un spectateur qui jette un coup d’œil sur un acte secret pour donner plus de signification à la scène, ajoutant un élément psychosexuel, presque freudien et pour rendre l’image plus amusante.

Les gens apprécient et admirent l’érotisme et la violence, autant que l’humour de son travail et sa mystérieuse atmosphère japonaise, ses représentations claires et simples, aux expressions subtiles du plaisir, et du bonheur.

 

 

Sujets de Toshio Saeki : érotisme ludique

L’ero-guro remonte aux origines du dessin japonais classique qui a donné de nombreuses estampes à travers les siècles.
Saeki en déclinant les motifs traditionnels les a mêlés à des angoisses propres à sa génération, qui a connu les espoirs puis les désillusions du 20e siècle.

Dans le monde dérangé d’ero guro nansensu, illustrer ce qui est étrange de la façon la plus grossière est toujours prisé. Parmi les sujets communs du mouvement artistique et littéraire japonais né dans les années 1930, on peut citer l’asphyxie érotique, le samouraï coupant en tranches une jeune fille, le serpent à tête humaine, ou le contorsionniste suçant les yeux d’un jeune garçon. Ce ne sont que des exemples les plus doux des grotesques surréalistes et macabres sujets qui continuent d’influencer les artistes japonais contemporains, notamment Toshio Saeki, Takato Yamamoto et Suehiro Maruo.

 

Toshio Saeki fille  robe rouge

 


Saeki ne considère pas son travail comme faisant partie d’un canon ou d’un environnement strictement japonais. Il a grandi en écoutant le folklore japonais, mais ce qui l’inspire, ce sont les sentiments de peur, d’incertitude, d’anxiété ou de bonheur, au-delà de la sensibilité traditionnelle japonaise en essayant de révéler ce qui est dissimulé dans le désir, dans le sexe, dans l’attirance, et dans les fantasmes.


Les images extrêmes et controversées de Saeki se rapportent simultanément aux pratiques de l’art moderne et ancien. Les tendances provocatrices de l’esprit fou de l’artiste sont, par exemple, inspirées par des cauchemars d’enfance, des scènes de sa vie quotidienne gravées dans sa mémoire, les stars du cinéma « Ginei » et de la bande dessinée occidentale. Dans le même temps, Saeki aborde l’art japonais ancien, connu sous le nom de " ukiyo-e" avec sa méthode particulière d’impression.

 

Toshio Saeki deuil illustration

 


Ces œuvres sont parfois effrayantes, alors qu’à d’autres moments, elles sont pleines d’humour. Il raconte qu’il a grandi à Osaka, dans l’ouest de Tokyo, où les gens attachent de l’importance au sens de l’humour, où la conversation quotidienne est pleine de blagues. Mais l’humour dans son œuvre n’est pas intentionnel, bien que ce soit une des premières impressions ressenties par le spectateur devant son travail.

La perversion et le Mal sont les thèmes d’inspiration de Saeki, non pas un Mal à l’occidental, chargé de culpabilité, mais un Mal qui joue avec les tabous : inceste, pédophilie, cannibalisme, sadisme. Il nous fait voir des horreurs que nous n’aurions jamais imaginés, même dans nos rêves. Cet univers vient de l’après-guerre au Japon, un monde dont les valeurs ancestrales ont été renversées, un monde où les Japonais tentaient de survivre, dans les ruines, entre les morts et parmi les fantômes.

 

Toshio Saeki tete coupee

 

Le monde moderne, sa violence et ses tares s’immiscent dans des scènes intemporelles, produisant des monstres inédits et des fantasmes qu’on n’était pas encore parvenu à imaginer jusqu’à présent. Grâce à la censure qui sévit au Japon, il est prohibé de montrer les sexes,  Saeki fait de l’interdit une contrainte artistique et déporte vers l’absurde et l’onirisme, le plus vieux sujet du monde.
Au cours des dernières années, le travail de Toshio Saeki hors du Japon a suscité un regain d’intérêt sans précédent, alimentant de grandes expositions de Paris à San Francisco, de Toronto à Londres.

 

Toshio Saeki fille chemise rouge garcon

 


Ces scènes sont représentatives des mondes fantastiques bizarres et érotiques, où une femme peut être séduite par une bande de poupées bouddhistes Daruma grandeur nature, ou la tête désincarnée de l’homme effectuera obligatoirement des relations sexuelles orales sur une autre protagoniste.

 

 

Toshio Saeki : fidélité à la culture japonaise


Bien qu’il soit né en 1945, l’art de Toshio Saeki est fortement influencé par le style ero guro du Japon des années 1920-1930. L’art japonais ayant une longue tradition de shunga qui associe érotisme aux images violentes et grotesques, cette tradition est antérieure au style ero guro.

Saeki se voit avant tout comme un artiste. Observateur passionné des films sur les samouraïs jidaigeki et des films B de Yakuza (thrillers sur le crime organisé japonais) depuis son plus jeune âge, il a grandi en regardant des scènes de la violence et gore qui avaient pour but de faire rire le spectateur autant que de grimacer (ce qui est encore très banal dans le cinéma japonais de nos jours). Saeki manifeste une fascination pour ces films.
Fait remarquable, Saeki ne s’appuie ni sur les images sources ni sur les modèles. Au lieu de cela, son imagerie est principalement inspirée par des visions, des rêves et des souvenirs enfouis au plus profond de son esprit, ce qui a amené certains critiques à qualifier l’artiste de « prestidigitateur ». Cependant, certains éléments de la culture japonaise sont présents dans les œuvres, les intérieurs, motifs et textiles, les personnages folkloriques, d’esprit Shinto et de références à des histoires populaires. Son monde est un terrain hybride de vivant, de mort et de fiction.
« Les fantômes n’ont aucune signification en eux-mêmes, mais ils ne devraient jamais manquer d’être puissamment suggestifs », dit Saeki à propos des êtres  dans ses œuvres.

 

Toshio Saeki samourai sang fille

 

 

À ne pas confondre l’Ero-Guro avec la pornographie ou l’horreur, l’ero guro nansensu se distingue par le fait qu’il se concentre sur de sombres fantasmes érotiques associés à des choses étranges. Le nom est emprunté aux mots anglais « érotique grotesque absurdité ».


Dans les années 1930, ces images dessinées à la main répondaient aux pressions économiques et politiques qui commençaient à faire peur au japon. Alors que le pays devenait de plus en plus militant, l’histoire déjà longue du Japon et sa fascination pour l’érotisme devenaient une exploration intense des phénomènes hédonistes, sensationnels, anormaux et tabous, reflétant des désirs sensuels nouvellement exhumés, mais aussi une éruption de changements politiques extrêmes.

Le genre a continué d’évoluer au fil des ans, il s’est décomposé en dizaines de sous-genres, s’infiltrant dans les sphères littéraires, musicales et cinématographiques comme l’album 2014 de Flying Lotus, vous êtes mort en 2014 , les mangas et dessins hentai qui traitent les fantasmes sexuels pervers et présentent un ero guro sur des thèmes tabous comme viol, mutilation, ou nécrophilie. On trouve même des indices d’ero guro dans les romans et les films.

 

Toshio Saeki homme cheveux illustartion orange

 

L’image dessinée à la main ou peinte peut dire plus qu’un rendu technologique. Actuellement, deux des plus grands artistes japonais — Takashi Murakami et Yoshitomo Nara — sont connus pour leurs images peu réalistes. Les deux commentent la société japonaise de cette manière non réaliste.

 


Le style plat et irréaliste d’ero guro est un moyen pour les artistes contemporains de disséquer les tabous en choquant et en normalisant les perceptions des spectateurs. Toshio Saeki dévoile une culture fantastique dans ses gravures sur bois traditionnelles, avec des femmes en esclavage ayant la poitrine tranchée, tandis que les personnages à visage blanc de Takato Yamamoto sont entrelacés de symboles de la mort, du sexe et de l’excès. Personne ne semble vraiment souffrir extrêmement. Tout comme dans d’autres mouvements, comme le porno tentaculaire, les sujets de ces images éprouvent passivement ce qui est anormal, profitant de l’acte.

De cette façon, les artistes commentent la répression continue de l’humanité lorsqu’il s’agit de reconnaître de manière vraiment étrange.

 

Toshio Saeki fille endormie elephant

 


Le Japon célèbre les tabous dans ces genres, qui sont des espaces artistiques sûrs pour l’interprétation de ce que « brut » et « tabou ».
Saeki évoque clairement cette tradition dans de nombreuses de ses illustrations. Voici deux exemples.
Le rêve de la femme du pêcheur (vers 1814), appartient au célèbre artiste de la période Edo, Katsushika Hokusai et représente une légende célèbre impliquant la plongeuse Tamatori.

 

reve de la femme du pecheur Hokusai Toshio Saeki

 

Dans ce célèbre shunga d’Hokusai, une grande pieuvre effectue un cunnilingus sur une femme plongeuse et ses tentacules l’embrassent et lui caressent les seins.

Cette image a été initialement considérée par les collectionneurs et les spécialistes occidentaux comme représentant une scène de viol. Les études récentes confirment que le public d’Edo associait l’image à l’histoire de Tamatori. Dans la légende, la plongeuse sacrifie sa vie pour sauver l’empereur face au roi dragon et son armée de pieuvres. Les dialogues entre les deux créatures et le plongeur expriment une jouissance sexuelle mutuelle.

Le dessin de saeki fait clairement écho à la célèbre œuvre de Hokusai, alors même qu’il introduit un homme mystérieux et sans visage.


Dans le deuxième dessin, il garde de l’estampe le rêve de la femme du pêcheur le contenu érotique, la femme est plus jeune, elle n’est pas en extase comme la femme d’Hokusai, elle est à la recherche de sa jouissance, elle est active, elle participe avec la pieuvre pour tenter d’atteindre l’extase.

Cela peut encore prendre du temps avant que le travail de Saeki puisse être pleinement accepté par les canons de l’art contemporain. Beaucoup de ses images sont peut-être encore trop subversives pour certains publics d’art, et une grande partie de son travail ne peut être trouvée que dans des livres et des magazines, essentiellement cachés du public et d’Internet. Ce qui reste cependant clair, c’est que Saeki a bien fait de tester les limites de la liberté artistique et de représenter des expressions de l’âme humaine, tout en élevant l’érotisme à un degré que peu d’artistes ont été capables de réaliser


Toshio Saeki met en scène des hommes, des femmes, démons, animaux, cadavres, et d’autres créatures dans divers contextes érotiques ou violents. Son travail a quelquefois reçu des avertissements du gouvernement japonais, bien qu’il n’ait jamais été officiellement interdit.

Il garde une certaine distance avec sa production. Il a publié de nombreux livres et exposé dans les galeries du monde entier. Ses créations ont exercé une influence sur certains artistes contemporains japonais comme Makoto.

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Cyrano de Bergerac : français ou universel ?

 cyrano de bergerac roxane illustration jardin  fleuri couvent

Cyrano de Bergerac : français ou universel ?

 

Lorsque l'on interroge les Français sur leurs héros de fiction préférés, ils citent Cyrano, Jean Valjean ou d’Artagnan.
Cyrano est le héros populaire par ¬excellence. Depuis sa création et son invraisemblable triomphe le 28 décembre 1897, au Théâtre de la Porte Saint-Martin, le personnage est devenu une légende.


Certains pensent qu’aimer Cyrano est une nostalgie française des actions d'éclat ou le goût pour le panache. D’autres pensent que la pièce est un chef d’œuvre, apprécié par les français et les autres cultures pour ses propres qualités.
Les français ont largement apprécié et célébré ce texte, Cyrano est l'une des pièces les plus aimées et les plus mises en scène de l'histoire du théâtre en France.

 

cyrano de bergerac roxane  illustration

 

La pièce : une réussite justifiée


Cette pièce née en sous la plume d'Edmond Rostand en 1897, a rencontré son public dès les premières représentations. Cette réussite phénoménale et unique envoie Rostand à la postérité.
Période fin-de-siècle en France, désillusion face aux résultats désastreux de la guerre franco-prussienne, division politique et sociale causée par l’Affaire Dreyfus, inefficacité accompagnent l'instabilité de la troisième République. Cyrano de Bergerac de Rostand, cet idéaliste romantique allait donner aux spectateurs un nouvel élan d’optimisme et de motivation.


La pièce s'inspire vaguement de la vie d'un poète et soldat français (1619-1655), libre-penseur et auteur de quelques pièces. Dans la pièce de Rostand, Cyrano est un casse-cou au gros nez qui, se croyant trop laid pour séduire la belle Roxane, aide Christian à la séduire en lui écrivant ses lettres d'amour. Christian meurt dans une bataille.

Bien des années plus tard, Roxane, dans son couvent, découvre, alors que Cyrano se meurt, qu'il était l'auteur des lettres, que son esprit était celui qu'elle avait toujours aimé. Roxane soupire : "J'ai aimé une fois, j’ai perdu l’amour deux fois ».


A la première représentation, dès l’entrée de Cyrano sur scène, le ton est donné : le premier acte est interprété et enlevé avec brio, et obtient neuf rappels. Rostand se détend sans être rassuré. Le premier acte est un tableau de la France du début du XVIIe siècle ; Jeunes gents à l’esprit joyeux, femmes charmantes, soldats, commerçants qui s’amusent dans un mélange d'absurdité, de frivolité, d'arrogance, de romance, de courage et d'esprit. C’est la fameuse scène du nez, monologue d’une incroyable efficacité où l’amour des mots transporte de joie les spectateurs.


Le second acte rassure Rostand. Cet acte ajoute une note comique et présente les Gascons comme arrogants et menteurs, et révèle l'affection de Cyrano et son dévouement.
Après le troisième acte, c'est du délire. Rostand est obligé de venir saluer en scène comme si la pièce était finie. L'acte trois idéalise l'amour impossible du héros dans la fameuse scène du balcon, avec sa prose lyrique si joliment rythmée.


Après le quatrième acte, pendant que l'auteur surveille l’installation du décor, on vient le chercher pour le conduire à la loge officielle. M. Cochery, Ministre des Finances, dégrafe de son habit sa légion d'Honneur et, s'adressant à Rostand, lui dit : « Monsieur, au nom du Président de la République dont je suis ici le représentant, je vous fais Chevalier de la Légion d'Honneur ».


L'acte quatre se déroule dans le campement des gascons juste avant la bataille, ciselé d’une poésie qui dépeint la bravoure des estomacs vides, il surprend par l'apparition spectaculaire et éblouissante de Roxane.
L’acte cinq se passe dans la paix du jardin d’un couvent, et montre le courage tranquille du vieil homme à l'esprit vif, dévoué, indépendant et libre comme toujours, détestant les simagrées et sans peur même face à la mort.

 

cyrano de bergerac rostand citation panache

 


Le dernier acte est coupé par les acclamations. Les derniers mots lancés, la salle de la Porte Saint-Martin semble s'écrouler sous les ovations. Au bout de quarante rappels, on laisse le rideau levé. Longtemps après, personne n'a encore évacué la salle. Les inconnus s'embrassent en pleurant, l'événement déborde les portes du théâtre, se répand sur le boulevard où les passants entrent dans l'allégresse générale qui se propage dans Paris. Inaugurée à Paris le 28 décembre 1897, la pièce a duré 200 soirs et a été acclamée par le public et la critique. Au cours de l'année, il y a eu de nombreuses productions de Cyrano de Bergerac en Europe et aux Etats-Unis. La pièce a connu un grand succès partout.
Le tirage en librairie a dépassé le million d'exemplaires, en langue française. Coquelin en version muette, Claude Dauphin et José Ferrer incarnèrent Cyrano de Bergerac à l'écran, avant Gérard Depardieu.

 

Edmond de Rostand

Avant Cyrano de Bergerac, Rostand était pratiquement inconnu du public. Sa pièce, Les Romanesques, n'a été jouée qu'une cinquantaine de fois en dix ans.
En tant que dramaturge, Rostand avait une bonne connaissance du théâtre, il allait montrer une grande intelligence théâtrale, avec un sens scénique qui lui permettrait de résoudre les difficultés techniques de sa pièce d’une façon plaisante et efficace. On voit chez lui l’influence de Shakespeare, dans son esprit d’enchantement, Corneille et son esprit, de Racine, dans sa maitrise de la tragédie. Le découpage des scènes est influencé par Molière, sans oublier les jeux de vaudeville de Labiche.


L'épouse de Rostand, Rosemonde Gérard, elle-même poète, a inclus dans son livre une anecdote sur son mari qui explique comment l'idée lui est venue pour Cyrano de Bergerac. Alors qu'il passait un été à Luchon, il rencontra un jeune homme gravement déçu par l'amour, et noyé dans sa peine. Plus tard, Edmond a rencontré la jeune femme cause de la déception, qui a finalement découvert la vraie nature du jeune homme: "Tu sais, mon petit Amédée, que j'avais jugé si médiocre, est en fait merveilleux ; c'est un savant, un penseur, un poète."
Rostand se rendit compte que l'histoire d’Amédée était un début, le premier reflet de son Cyrano.

 

cyrano de bergerac dessin crayon couleur

 

Ces autres qui aiment Cyrano


En Italie, Franco Alfano le mit en musique et Cyrano di Bergerac fut créé à l'Opéra de Rome en 1935, avant sa version française par Henri Cain à l'Opéra-Comique en mai 1936. Dès 1899, Broadway s'emparait de Cyrano et en présentait une version musicale de Victor Herbert avec Francis Wilson. Il y a une trentaine d'années, Chritopher Plummer joua à travers les U.S.A. une nouvelle adaptation musicale avec grand succès.
Les théâtres du monde entier la présentent régulièrement sur leur scène, traduit dans toutes les langues.
Depuis le 28 décembre 1897, les versions anglaises de la pièce de Rostand prolifèrent. Il y a des reprises en anglais des opéras et des comédies musicales, et même récemment un ballet (merveilleux, de David Bentley). On donne Cyrano de Bergerac chaque année quelque part en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis.
Nous aimons penser que les autres et les anglo-saxons aiment Cyrano car il apparaît comme un représentant de l’esprit français, et qu’ils adorent son panache, son esprit, son courage, sa chevalerie, et son amour pur et profond pour Roxane. Est-ce le cas en Afrique ou au Japon ? Est-ce toujours une question d’esprit français ?
Enseigner Cyrano dans les manuels scolaire de nombreux pays, quand des élèves en Europe ou en Asie passent des heures à disserter sur des points de précis de cette pièce, ils s’intéressent à quoi ? Cyrano ami ou amoureux de Roxane ? Cyrano romantique ou timide ?

 

 

cyrano de bergerac roxane illustration citation baiser

 

Cyrano, les français adorent, les autres aussi ?


Cyrano de Bergerac, est une histoire d’amour tendre, loyal, riche d’abnégation et de dévouement. Ce genre d’amour qui marque toute une vie, qui rend l’existence douce et sereine. Rostand présente cette histoire d’amour dans une pièce merveilleuse, dans des vers scintillants qui, même traduits en langue étrangère gardent leur élan et leur verve.

 


abs11.5 rose- Optimisme, et confiance :
Dans son étude, Clarence D. Brenner souligne que la figure de Cyrano est l’héritière du Figaro dans le Mariage de Figaro de Beaumarchais et de Mozart, dans une merveilleuse confiance en soi, un esprit vif, ingéniosité qui lui permet de retrouver rapidement son calme face à l'adversité. On trouve également des similitudes entre la bravoure de Cyrano, et Don César de Ruy Blas de Victor Hugo, comme avec d'Artagnan. Cyrano ne déprime pas, ne se soucie pas de ses échecs car il prévoit les victoires qui vont venir.
« C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière »

 


abs11.5 rose- intello et cultivé
Rostand ne dissimule pas sa propre érudition. Dans le premier acte, Cyrano parle des Muses, de Cléopâtre, de César, Bérénice et Titus. L'intellect de Cyrano n'est qu'une partie de sa personnalité complexe et aux multiples facettes. Il est passionné, impertinent, défiant, se délectant des jeux d'épée et de mots élégants ou raffinés.
La bravoure et l'esprit de Cyrano cachent son manque de confiance en lui à cause de son grand nez, mais transforment son désespoir en carburant, se permettant d'être le premier à se moquer de sa grande trompe nasale afin d'empêcher les autres de le faire.

 


abs11.5 rose-Valeurs et vertu
Cyrano de Bergerac met l'accent sur les valeurs et les idéaux. Cyrano, défenseur éloquent et ardent de l'intégrité, de la bravoure, de la gloire, de l'amour et des femmes, de tout ce qu’on aime en France. L'incapacité de Cyrano à avouer à Roxane son amour pour respecter sa promesse de protéger Christian. Cyrano garde son secret presque jusqu'à sa mort ; sa mort elle-même, bien que tragique, est transcendante. La pièce nous suggère qu'en adhérant à ses valeurs au détriment de ses désirs personnels, Cyrano atteint une position morale sans tache.

 

abs11.5 rose- Beauté intérieure et extérieure
Cyrano de Bergerac est une allégorie de la beauté intérieure et extérieure. Cyrano, représentant la beauté intérieure, combat passivement Christian, qui représente la beauté extérieure, pour l'amour de Roxane. Roxane devient l'arbitre entre la beauté intérieure et la beauté extérieure. La pièce met l'accent sur la beauté intérieure, l'intégrité, la sincérité et l'intelligence.
Ce qui impressionne Roxane c'est sa capacité à écrire des mots avec habileté, à combattre un nombre incroyable d'hommes et à faire des gestes brillants : jeter un sac d'or au théâtre pour payer les recettes de la soirée et arrêter la pièce ; se refuser tout sauf le repas le plus rare par respect pour sa propre fierté ; et composer un poème pour accompagner son combat au sabre. Ces actions sont impressionnantes et tirent leur pouvoir de leur manifestation extérieure. Les beautés extérieures de Cyrano et de Christian diffèrent, bien sûr : Christian a la chance d'avoir une belle allure, tandis que Cyrano est le produit d'un esprit intelligent.

 


abs11.5 rose- Intégrité
Cyrano est un personnage sans tache sur le plan moral, qui ne s'écarte jamais de ses normes morales strictes. La pièce semble avoir un code moral plus strict que celui de Cyrano. Le seul défaut, sa volonté de tromper Roxane pour aider Christian, l'empêche de l'avoir. Cyrano trompe Roxane même après la mort de Christian, il ne peut pas déclarer son amour pour elle. Ce serait manquer de respect à la mémoire de Christian et se moquer de son deuil. Après la mort de Christian, la pièce examine les répercussions de la duplicité de Christian et de Cyrano en démontrant la dure existence que Cyrano doit vivre : côtoyer au plus près de son seul véritable amour, tout en restant à l'écart émotionnellement. Par leur tromperie, les deux hommes ont fait tomber Roxane amoureuse d'une personne idéale qui n'existe pas. En conséquence, elle n'aime vraiment ni Christian ni Cyrano, elle aime leur magnifique collaboration. Cyrano et Roxane ne parviennent jamais à consommer l'amour profond qu'ils partagent indéniablement l'un pour l'autre.

 


abs11.5 rose- l'homme libre
Cyrano se trouve laid, n'ose pas avouer son amour à sa cousine Roxane qui aime Christian. En quelque sorte, l'équation universelle de l'amour malheureux. Il va jusqu'à se sacrifier pour aider son rival. Cyrano devient le symbole du panache français et de l'homme libre.

 


abs11.5 rose- le panache
Dans son discours de réception à l’Académie française, en 1903, Rostand s’est expliqué sur le sens du mot “panache. À ses yeux, le panache ne se réduit pas à l’héroïsme ni à la grandeur. C’est une qualité qui s’ajoute à la grandeur, et qui, à l’instar du plumet auquel il doit son nom, suppose quelque chose de voltigeant et de léger. « Le panache, écrivait-il, c’est l’esprit de la bravoure. Oui, c’est le courage dominant à ce point la situation qu’il en trouve le mot. Plaisanter en face du danger, c’est la suprême politesse, un délicat refus de se prendre au tragique ; le panache est alors la pudeur de l’héroïsme, comme un sourire par lequel on s’excuse d’être sublime. Un peu frivole peut-être, un peu théâtral sans doute, il n’est qu’une grâce ; mais cette grâce est si difficile à conserver jusque devant la mort, cette grâce suppose tant de force que, tout de même, c’est une grâce… que je nous souhaite. »
Le goût du beau geste, inséparable du sel du mot d’esprit, voilà l’habit sous lequel se cache le panache.

 


Conclusion


Cyrano possède toutes les vertus appréciés en France : bon camarade, il est noble de cœur. Il est courageux, et vole au secours de ses amis, il est grand dans le combat, il aime manger et boire, il aime rire, il est insolent, il sait parler, il aime la littérature et l’art, il est romantique.
Comme dans de nombreuses œuvres littéraires, l’universel est l’accomplissement d’une forte identification.
Si les français aiment s’identifier à Cyrano c’est qu’ils apprécient ces vertus, les autres cultures aiment Cyrano car il offre ce que les français ont de mieux à offrir, un style de vie, une pensée flamboyante, et une authenticité. Que faut il de plus pour toucher l’universel ?


Chez les Anglo-Saxons, chez les japonais, comme dans tous les autres peuples, des âmes répondent avec joie à l’idéalisme de Rostand porté avec panache par Cyrano de Bergerac et applaudissent ce romantique au gros nez, sincère, optimiste et amoureux.

 

 

 

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8 Raisons pour lire ou relire Proust cet été

 

PROUST

 

8 Raisons pour lire ou relire Proust cet été

Si vous cherchez un grand livre à lire cet été, nous vous proposons de lire à la recherche de temps perdu de Proust, ce grand classique de la langue française, publié, réédité, analysé, et traduit, est devenu avec le temps un livre à la fois intimidant et jouissif.

 


Nous allons vous s’exposer nos raisons de ce choix. Commençons déjà par le célèbre passage de la madeleine :

 


« La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté... Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses..., l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir. »

 

 

Si vous aimez le modernisme

Proust raconte la société française en action, la fin de la classe aristocratique qui s’achève avec la première Guerre mondiale, la libération progressive des mœurs, les changements des relations au sein des couples, et au sein des groupes sociaux, les habitudes et les coutumes d’une époque qui n’existe plus. Il relate la fin du XIXe siècle, et le début de la modernité. Ce voyage à travers des personnages attachants offre au lecteur un panorama riche en couleurs.

 

 

citation proust 1

 

 

Si vous aimez la littérature sociale
Proust est le romancier social par excellence. Il dessine avec la minutie d’un peintre les portraits de classes sociales variées, en prenant le soin de décrire leur psychologie, pour arriver à un résultat rarement égalé en littérature. Proust décrit avec la même perfection, et avec le même intérêt la vie d’une duchesse, et la vie de sa femme de ménage Françoise, leurs défauts, leurs désirs, et leurs espoirs. Il ne s’agit pas d’un roman élitiste, ou une collection de souvenirs concernant l’aristocratie. La recherche du temps perdu est un roman qui traite tous les personnages, de toutes classes sociales avec la même attention, et avec le même amour.

Progressivement, vous allez connaître chaque personnage, comme s’il s’agit d’un cousin ou d’un voisin, sa famille, ses habitudes, ses opinions politiques, ses ambitions, ses tentatives d’ascension sociale, ou ses douleurs de solitude ou de maladie.

 

 


Si vous êtes amoureux
La recherche du temps perdu est un roman d’amour, un livre consacré au sentiment amoureux dans ses racines profondes. Proust se sert des mots pour décrire les différentes manières d’aimer, les motivations du sentiment amoureux, l’échec amoureux, et les menaces qui fragilisent ce lien sentimental. Le chagrin amoureux a une place importante dans la recherche du temps perdu. Proust explore la douleur et la tristesse spécifique à l’abandon, et à la perte de l’être aimé. Chaque étape sur le chemin du pèlerinage amoureux est analysée avec le même talent et le même intérêt par Proust, dans le contexte social et psychologique du personnel du personnage.

 

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Si vous aimez la romance et l’érotisme
si vous êtes un lecteur de romance, et si vous appréciez le parfum érotique dans la littérature, vous allez trouver dans l’histoire du narrateur avec Albertine une belle histoire d’amour, une romance qui commence par analyser la séduction, l’attirance, le passage émotionnel vers le charnel, les difficultés relationnelles de la cohabitation, puis la rupture et l’absence de l’être aimé. La relation du narrateur avec Albertine est complexe, jalonnée de doutes et de questions, de désir et d’érotisme. La sexualité chez Proust est multiple, hétérosexuelle et homosexuelle, les relations amoureuses évoluent, subissent les changements de leur environnement, et de la société.

 

 

 


Si vous aimez la psychologie
un grand écrivain peut nous aider à déchiffrer le monde, comme un traducteur qui nous ouvre les yeux sur une autre réalité. Nous trouvons chez les grands écrivains comme Dostoïevski, Shakespeare, ou Proust, cette capacité à analyser la psychologie, à inventer la psychologie positive avant les psychologues, à traiter l’anxiété avant la psychologie moderne.


En lisant Proust, vous allez voir des personnages anxieux, des personnages ambitieux, voire arrivistes, certains ont des troubles d’orientation sexuelle, d’autres ont des problèmes de racines culturelles. Le voyage de ses personnages à travers le roman permet au lecteur d’accéder à l’intelligence qui anime la grande littérature, de comprendre un point de vue différent, de suivre l’acheminement psychologique d’un personnage, et ces interactions avec les autres, et avec lui-même.

 

 

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Si vous voulez comprendre les familles
Si vous tentez l’aventure de comprendre vos parents et votre famille, une lecture de Proust peut être utile. Dès le début de ce roman, dès les premières lignes, le narrateur, le jeune Marcel, déplore la perspective d’une nuit sans le baiser de sa maman. Il va élaborer un plan astucieux pour obtenir ce baiser, il va réussir, mais aussi il va s’interroger sur le chagrin de l’enfant, sur la tendresse, sur la frustration, sur l’irritation, sur le manque de compréhension qui accompagne les relations parents- enfants. À travers d’autres personnages, Proust raconte les relations entre les couples, les dynamiques qui s’imposent au sein des familles, les rapports de force dans le couple, les trahisons, et la loyauté.

 

 


Si vous aimez la langue française,
La langue française est à son apogée chez Proust, à travers un style, un choix judicieux de mots, de métaphores et de descriptions. La richesse du vocabulaire donne aux descriptions une belle précision accompagnée de comparaisons et de métaphores parfois surprenantes. C’est une langue travaillée anoblie par une succession de correction et de mise en forme.

 

 

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Si vous aimez rire
Chez Proust, en dépit d’une croyance populaire, les textes sont simples, accessibles qui fonctionnent, et provoquent l’émotion, et entraînent parfois le sourire. Certains personnages sont ridicules, comme les personnages de Molière, certains dialogues sont comiques. Après quelques pages, on devient familier de la tribu de Proust, on sourit, car on devine la réplique de tels ou tels personnages, et ses réactions.

 

Par contre, si vous décidez de lire Proust, vous courez deux risques à la fois. Vous pouvez commencer par le premier tome de la recherche, pour finir accro, avec une étagère consacrée à Proust, des traductions, des biographies, des ouvrages analysant ce roman.

 

Le deuxième risque est de se demander à la fin de cette lecture : que lire après un tel roman ?

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Films comme documents sociologiques

 cinema sociologie

 

Films comme documents sociologiques

Les films sont une construction culturelle et ne reflètent pas la réalité, mais essaient de dessiner une réalité vraisemblable.
La sociologie et le cinéma entretiennent des liens ambigus : ils traitent souvent des mêmes objets, mais avec des points de vue, des méthodes et des objectifs différents. C'est également le cas de la littérature, un mélange subtil et complexe de sociologie et de psychologie dans un jeu de style. Dans ce sens, le cinéma est une voie d'accès à la connaissance du réel. Certains films marquent une époque, sont l'image d'un moment ou d'une tendance, deviennent un document comme une vieille photo de vacances. Il est difficile de nier le caractère sociologique de certains films comme Les Temps modernes de Chaplin.
Nous avons choisi certains films pour tracer l'évolution de notre société, des films qui ont eu le privilège d'avoir le succès populaire et la capacité de résumer un mouvement sociologique.

 

4 mariages et enterrement


1- Quatre Mariages et un enterrement

Avec Hugh Grant , Andie MacDowell , Kristin Scott Thomas, réalisé par Mike Newell en 1994.
Le passage où Hugh Grant abandonne la future mariée devant l'autel est devenu une scène d'anthologie. Grant est un homme qui refuse de se marier, acceptant le scandale, l'humiliation publique pour lui et pour la future mariée, il fait le choix de l'amour en sacrifiant les apparences sociales. À la sortie du film, cette scène est remarquée, inattendue, politiquement incorrecte. Un geste misogyne et irresponsable ?  Un geste d'amour et de romantisme qui distinguent l'homme moderne ?  


Ce film rappelle la fin de la masculinité traditionnelle héritée du 19e siècle, définissant l'homme par ses devoirs. L'homme devrait veiller au respect des conventions sociales pour être apprécié dans la société, devrait se comporter comme " un homme ", devrait négliger ses propres sentiments et ses propres intérêts pour le bien de sa famille et de la collectivité. Après deux guerres, où les hommes avaient payé le prix fort, les années 60 voient l'apparition d'un homme nouveau, qui sera capable dans les années 90 de rejeter les conventions sociales pour chercher son propre bonheur. Entre individualisme et hédonisme, le cinéma des années 2000 nous montre cet homme occidental moderne, qui refuse d'être sacrifié par la société pour le couple. Les femmes se trouvent en face d'un homme qui revendique ses droits au-delà du couple. Certaines femmes critiquent cet homme nouveau, irresponsable, sans virilité traditionnelle, immature, et irresponsable. D'autres voient une évolution inéluctable dans une société individualiste.  

 

you got a mail



2 - Vous avez un message

Un film de 1999, réalisé par Nora Ephron, avec Tom Hanks et Meg Ryan,
Dans un scénario de romance, un homme et une femme vont s'apprécier sur internet, dans une relation virtuelle et vont s'affronter dans le réel. L'intrusion des moyens modernes de communication allait métamorphoser les relations hommes-femmes et la naissance des couples. En dehors du couple, hommes et femmes s'affrontent également dans une compétition professionnelle. Le couple devient un défi.
Dans trois films, Meg Ryan va dessiner les contours de la rencontre et de la relation entre un homme et une femme dans la société occidentale. Dans Quand Harry rencontre Sally  (1989, film réalisé par Rob Reiner avec Billy Crystal), le spectateur réfléchit en souriant sur la fragilité du couple moderne, sur la difficulté de rester neutre en face de la séparation avec ses années de deuil et de frustration.
Dans le film suivant " Vous un avez un message ", l'amour triomphe, comme toujours dans les films de romance, mais dans une société différente, où les grands phagocytent les petits, où les commerces ferment sous la pression des grands magasins, laissant les quartiers et les centre-ville vides et sans activité. Le couple devient refuge, havre de paix dans une société anxiogène.
Dans le film " Nuits blanches à Seattle " 1993, réalisé par Nora Ephron
avec Meg Ryan et Tom Hanks, nous restons sur le même sujet.  Nora Ephron nous raconte la difficulté de rencontrer, de trouver la (le) partenaire, de construire un couple dans une société où il est plus probable d'être tuée dans un attentat que de trouver un homme.


 À travers ces trois romances, Meg Rayn désigne ce changement sociologique radical, le couple devient fragile, devient rare en raison de l'évolution de la société et des changements de rôle. Les femmes ne sont plus prêtes à tout sacrifier pour le couple, les hommes non plus. Pourtant, dans un monde de solitude et d'isolement, l'autre devient plus précieux, plus indispensable que jamais.

La vie est un long fleuve tranquille


3-   La vie est un long fleuve tranquille

Un film d'Étienne Chatiliez, réalisé en 1988, avec  Benoît Magimel, Valérie Lalande et Tara Römer.
Dans une petite ville vivent deux familles aussi différentes que possible, aussi caricaturales que possible. Le réalisateur réussit un film devenu culte, aux dialogues devenus proverbiaux (c'est lundi, c'est raviolis "), et chanson humoristique (Jésus revient), caricatures cruelles, et une sociologie fine.
Le film nous dévoile une société coupée en deux quartiers inconciliables, séparés par des policiers. La différence se manifeste par le comportement et le langage, par l'argent, et par la culture.
À chacun de choisir son quartier, ses traditions et sa tribu. Mais Momo devra manier deux identités presque antagonistes comme sa sœur. Voilà le problème.
 Dans d'autres films, Chatiliez, dessinera dans Tatie Danielle  (1990) une caricature sans nuances d'une nouvelle génération de personnes âgées en France, de retraités riches et en bonne santé, qui refusent d'être infantilisés ou marginalisés.
Dans son film Tanguy (2001), c'est le nouveau jeune qui sera caricaturé, le jeune qui ne veut plus quitter ses parents, les jeunes adultes immatures, qui veulent rester enfants, insupportables pour les parents. Ils refusent la responsabilité, incapables d'affronter le monde réel et la société anxiogène.  
Chatiliez est le réalisateur qui a réussi un pari difficile : décrire la société et son époque sans céder à la pensée dominante, en faisant rire et en invitant à la réflexion.

 

lost in translation


4- Lost in translation

De Sofia Coppola en 2003, avec Bill Murray, Scarlett Johansson, Giovanni Ribisi
Si vous passez quelques jours au Japon, vous allez comprendre combien Coppola a réussi à montrer l'étrangeté de Tokyo par le prisme d'un regard occidental, ville fascinante, dérangeante, anxiogène et déroutante. Il est difficile de comprendre le Japon en utilisant les repères occidentaux.


Lost in Translation est un film sur l'intimité sociale dans un environnement hostile. Le titre fait référence à la mauvaise compréhension de la communication interpersonnelle.
Charlotte (Scarlet Johansson) est incapable de communiquer émotionnellement avec son mari, préoccupé par sa carrière pour reconnaître les besoins sociaux de Charlotte et ses insécurités.
Marié, couronné de succès et approchant du crépuscule de sa carrière, Bob (Bill Murray) a perdu le sens de sa vie, guidée par des réalisateurs, par des hommes d'affaires et par sa famille. Il est désintéressé par le Japon, et par toute forme d'interaction sociale.
Bob et Charlotte se rencontrent. Leur solitude les relie et ils peuvent trouver un réconfort immédiat dans la compagnie l'un de l'autre. Ils sont capables de se comprendre. Bob danse et chante toute la nuit avec Charlotte. Bob aide Charlotte à faire face à ses insécurités en lui donnant l'interaction sociale dont elle a besoin et en lui faisant comprendre que même si la vie à son âge est remplie d'obstacles, elle " s'améliore ".
Charlotte pose doucement la tête sur l'épaule de Bob après une longue nuit d'activités festives, Bob ramène Charlotte endormie dans sa chambre. Ces scènes fournissent un sentiment de compréhension qu'aucun mot ne peut exprimer.
Lorsque Bob embrasse passionnément Charlotte à la fin du film, tout en chuchotant silencieusement à l'oreille alors qu'elle pleure son départ, nous sentons intimement leur affection et leur douleur.
Ce film nous rappelle un trait important de notre société. L'occident ne comprend pas toujours les autres, les occidentaux n'arrivent pas toujours à se comprendre, et vivent dans un isolement social douloureux. Nous ne validons pas les besoins des autres, nous recevons des autres la même invalidation accompagnée de leur indifférence.  

  amelie poulain

 

5-  Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain

De Jean-Pierre Jeunet, 2001 avec Audrey Tautou, Philippe Beautier, Régis Iacono
Il n'est pas étonnant de trouver dans les livres de psychologie positive des exemples de productions culturelles traduisant et renforçant cette notion de psychologie positive en vogue en occident depuis plusieurs années. Le film " le Fabuleux destin d'Amélie Poulain " y figure en bonne place.
Un des fondateurs de la psychologie positive Martin Seligman écrit : " Renforcer la force humaine : c'est une mission oubliée de la psychologie ".
Avant la Seconde Guerre mondiale, la psychologie avait trois missions : guérir la maladie mentale, rendre la vie personnelle plus épanouissante, et identifier et encourager les talents. Pendant des années, la psychologie se consacrait essentiellement au traitement des troubles mentaux négligeant les autres missions : améliorer la vie personnelle et nourrir les facultés positives de chacun.
Si vous devez raconter le comportement de personnes bloquées un vendredi soir dans un aéroport en raison de mauvais temps, vous avez le choix. Vous pouvez décrire des voyageurs irrités, râleurs, agressifs, et déprimés. Vous pouvez aussi décrire le positif, comme ce chanteur bloqué avec les voyageurs qui a pris sa guitare pour improviser un récital faisant chanter et applaudir les voyageurs, ou détailler l'histoire de l'hôtesse qui reste après la fin de sa longue journée de travail pour distraire les enfants et les calmer en regardant la neige. La réalité sincère serait de décrire les deux visages de cet événement et de montrer comment le positif peut nuancer le négatif. C'est le but de la psychologie positive, héritière à la fois de la psychologie et de la philosophie occidentale.
Le film Amélie poulain est une dose agréable de psychologie positive, et cultive certains talents humains utiles pour améliorer la qualité de vie et pour vivre heureux. Amélie est curieuse des autres, elle aime bien aider. Elle réussit à sortir son père de son isolement, à aider sa voisine à faire son deuil, à calmer l'épicier. Quand il s'agit de sa propre psychologie, elle est encouragée et aidée à dépasser sa timidité, pour accepter la joie de vivre, et initier une vie amoureuse.
La réussite du film dépend du son sujet, d'une association réussie de talents, et également de la bonne réception du public.
La réussite de ce film agréable et optimiste souligne l'accueil favorable du public face à ces tendances de la psychologie positive à éclairer le bon, le beau et le génial de nos vies.

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L’or de Rimbaud, l’inaccessible étoile

 

rimbaud roche

 

L’or de Rimbaud, l’inaccessible étoile

 

Le directeur du collège de Charleville, Jules Desdouet disait de son élève Arthur Rimbaud : « Rien d’ordinaire ne germe en cette tête, ce sera le génie du mal ou celui du bien. »(1)

Ce fut le génie. 

 

 

Rimbaud partageait plusieurs points communs avec Mozart, les deux détestaient leurs terres natales, les deux se révélèrent des prodiges et des génies sans effort, et les deux étaient de vrais sales gosses. Les deux ont quitté leurs villes pour vivre ailleurs.

Arthur Rimbaud est né à la fin du XIXe siècle. Un siècle de guerre, de capitalisme sans limites, de révolution, et de mutation.

 

À travers quelques textes poétiques, Rimbaud accède à l’immortalité en raison d’un talent et d’une lucidité peu commune. Dans son livre, une saison en enfer, il propose un parcours initiatique : refuser le réel, chercher un autre monde, chercher l’absolu et revenir pour formuler une conclusion. Mais pour quoi faire ?

 

 

 rimbaud citation

L’or de Rimbaud : L’absolu

Une légende veut qu’à son retour d’Abyssinie, Rimbaud ait enterré dans le jardin de la maison de famille à Roche, de l’or. Huit kilos d’or évoqués dans la correspondance du poète, les travaux n’ont pas découvert de l’or dans les environs de la maison familiale. Mais pour certains, ces terres renferment un trésor, l’or de Rimbaud qui reste à découvrir.

Le vrai « or » de Rimbaud est ailleurs. 

« Nous avons un instinct qui nous élève et que nous ne pouvons réprimer », affirme Blaise Pascal (1623-1662) dans ses Pensées.

 

 

Le mouvement poétique de Rimbaud dirige cet instinct, vers un ailleurs, vers cet « inconnu » à explorer. 

 

 

Dans son texte alchimie du verbe, il écrit :

« Pleurant, je voyais de l’or, et ne pus boire. »

Le poète regrettait de ne pouvoir accéder à cet or visible, à  la portée de main. L’or est le but de l’alchimiste, dans la tradition ancienne. La soif est impossibilité de boire, alors qu’il y a de l’eau partout, car le texte cite (fleuve, orage), Rimbaud nous raconte l’échec à saisir l’idéal, ou l’absolu qui s’offrait, cet échec si douloureux le fait pleurer.

Il termine son texte l’alchimie du verbe en écrivant :

« Cela s’est passé. Je sais aujourd’hui saluer la beauté. »

 

 

Après avoir tenté, Rimbaud découvre l’inaccessible, accepte, se contente de vivre parmi les humains.

La poésie de Rimbaud est une invitation à la recherche de l’absolu, sans nier le réel, pour répondre au besoin humain essentiel : la transcendance. En langage moderne, la psychologie positive préfère parler de l’auto réalisation comme un besoin humain légitime et incontournable.

 

 

 

Le déni du réel est de courte durée

Pour Rimbaud, désirant atteindre l’absolu, la réalité paraît discutable, relative, y compris la morale, l’éducation, la science, le travail. Tout semble contestable.

Cette négation de la réalité provoque le désir de fuir, de voyager. Rimbaud fait plusieurs voyages irréels ou imaginaires, avant de commencer son vrai voyage. Le thème du voyage est présent dans de nombreux textes.

Rimbaud refuse la réalité en recherchant l’inaccessible.

 

 

Il refuse la réalité et va chercher la vérité hors du monde. Il entreprend une évasion hors de la réalité et s’enfuit vers le monde irréel. Il rêve de la révolution des mœurs et de l’amour, en croyant détenir un pouvoir surnaturel. Il s’imagine avoir trouvé la vérité qu’il cherche, mais ce n’est qu’une vérité illusoire.

 

 

rimbaud citation amour

 

L’amour est la solution ?

Rimbaud ne trouve pas la solution dans l’amour, ne pense pas que l’amour est la solution, sauf à réinventer l’amour. À chacun son amour pour être heureux, satisfait, et pour réaliser ses rêves. 

 

 

 

rimbaud citation retour au reel

Vers une nouvelle modernité

Les humains n’échappent pas à la terre, à ses réalités, à ses lois et à sa morale. Les textes de Rimbaud sont un rappel à cette réalité, sans oublier de parler de modernité. À chacun de moderniser son monde.

 

 

La fameuse expression « être absolument moderne » définit la modernité par la coexistence de la modernité et de l’ancienneté, l’association de l’ancien avec le récent.

 

 

 

Le révolté : ni deuil ni résilience  

Rimbaud était révolté contre la société, ses inégalités, ses codes et ses lois. Il était un résistant. Il a toujours refusé la réconciliation et la résilience. Il se montrait un réaliste, incapable de changer le monde, sans l’accepter et sans chercher à s’adapter. Il a fait avec.

 

La prise de risque est indispensable selon lui pour accéder à l’auto réalisation, le risque de refuser l’amour pour le réinventer, le risque de refuser le réel pour le changer, le risque d’être inconsolable pour ne pas oublier ses objectifs, le risque de ne jamais faire le deuil de ses rêves.

 

A l’adolescence, la prise de risque est une façon d’échapper et d’explorer le monde adulte. Pour les adultes, la prise de risque devient un moyen pour vivre, découvrir le monde, et chercher l’absolu.

 

 

Bibliographie

1— Louis Pierquin, « Sur Arthur Rimbaud », Courrier des Ardennes, 24 décembre 1893, dans J.-J.

Lefrère, p. 54.

 

 

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Outlander, Tudors, Poldark, Versailles et histoire de la sexualité

 

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Outlander, Tudors, Poldark, Versailles et histoire de la sexualité  

 

De nombreuses séries télévisées actuelles, basées sur une œuvre littéraire ou sur un scénario, n’hésitent pas à sexualiser les personnages dans un contexte donné.

Nous devinons facilement que l’audience représente la motivation première dans cette sexualisation du contenu et de la réalisation. D’autres justifications peuvent surgir : le souci de s’approcher de l’intimité des personnages, de transmettre aux spectateurs un contexte historique dans sa globalité, où la vie personnelle et intime rejoint le collectif et l’environnement historique.

Observer l’histoire dans la chambre à coucher, comme une romance historique. Mettre en arrière-plan un contexte historique donné, implanter des personnages, décrire la vie de ces personnages. À partir de ce contexte historique, il s’agit de peindre le style de vie d’une époque, coutumes, façon d’exprimer des émotions, la vie intime, amoureuse, et accessoirement sexuelle.

 

 

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Outlander

La série Outlander, est une romance historique qui se déroule pendant la révolution jacobite en Écosse. L’héroïne traverse le temps pour vivre une grande histoire d’amour, avec un insurgé jacobite. Cette histoire d’amour passe de la séduction à la sexualité, du mariage à la grossesse. Les scènes sexuelles présentes dans le roman Outlander de Gabaldon, leur transcription à l’écran offre au spectateur un aperçu de la sexualité dans l’Écosse du 18ème s siècle et des relations entre les hommes et les femmes à cette époque. On voit des scènes sexualisées, des discussions sur les pratiques sexuelles, sur le désir, sur le corps et sur les émotions. La sexualité est montrée, décrite, commentée et détaillée, pour nous rappeler la difficulté de la condition féminine à cette époque. Violence et insécurité obligeant les femmes à accepter la protection des hommes. La relation entre les deux héros se transforme en relation amoureuse égalitaire. Les motivations sexuelles sont de nature émotionnelle et amoureuse.

 

 

versailles serie sexe

 

Versailles

La série télévisée Versailles suit une vieille tradition française d’exhiber la vie intime des monarques, leur sexualité, leurs partenaires, et leur préférence. La série expose les relations homosexuelles du dauphin, les relations entre Louis XIV et ses favorites. La série, généreusement parsemée de scènes explicites homosexuelles et hétérosexuelles, transmet quelques détails sur la sexualité de la classe dirigeante, sur le couple, la fidélité, sur les comportements de deux sexes, et sur les motivations sexuelles. La série Versailles dessine des relations sexuelles fondées sur le pouvoir, et parfois sur la survie. Il n’existe que peu d’amour à Versailles. L’argent, le désir, et l’ambition motivent l’acte charnel.

 

poldark

 

Poldark

La série Poldark reprend le roman de Winston Graham qui décrit l’Angleterre vers la fin du XVIIIe siècle. Une relation amoureuse entre Poldark et sa cousine Élisabeth dans un contexte de difficultés économiques, de pauvreté, de corruption politique. Cette série reflète le double standard de l’époque, les femmes devaient garder leur virginité, cultiver la vertu pour trouver le meilleur mari possible, condition indispensable pour exister, et pour survivre.

 

tudors serie sexe

 

Tudors

La série Tudors n’a pas besoin de contexte pour montrer des scènes sexualisées. L’histoire réelle d’Henri VIII demeure une succession de problèmes de chambre à coucher : infertilité de sa première femme, attirance vers la deuxième, trahison et infidélité pour les autres épouses. La cour royale de l’Angleterre du 16e siècle devient le théâtre d’intrigues amoureuses, de messages érotiques, de gestes de séduction, et de jeux d’attirance. La série décrit la sexualité de cette époque, une sexualité partagée entre les traditions religieuses, et entre les désirs individuels assouvis discrètement. La condition féminine laisse à désirer même au sein de la classe dirigeante. En dépit de ses nombreux mariages, le comportement sexuel d’Henri VIII se dirige essentiellement vers la reproduction, l’enfantement, et la recherche d’un héritier.

 

 

 

Histoire de la sexualité et séries télévisées

Depuis plusieurs années, nos petits écrans se dévergondent, nos soirées ne manquent pas d’images et de dialogue sexualisés. Cependant, devant ces feuilletons, le public observe avec amusement et intérêt la jupe relevée, ou les culottes déchirées.
En dépit d’images sexualisées nombreuses, beaucoup de gens se sentent inconfortables par rapport à la sexualité et aux discussions relatives au comportement sexuel. Nous regardons sans problème Louis XIV en train de flirter avec sa belle-sœur, nous évitons de parler de notre propre sexualité, de notre propre époque, de nos propres comportements.
De nombreuses personnes jugent qu’il est inapproprié de parler sexualité, commentant avec un petit sourire les études sur le comportement sexuel, ou sur l’histoire de la sexualité en général.

 


Si les livres traitant de la sexualité ou de l’histoire de la sexualité sont rarement consultés par le grand public, l’avalanche de scènes sexualisées dans les séries peut engendrer certains effets bénéfiques sur notre culture populaire : valider le désir sexuel masculin et féminin, déculpabiliser vis-à-vis de la sexualité, remettre la sexualité dans un contexte culturel et historique, et permettre à chacun de mesurer l’évolution de nos comportements individuels et collectifs.

 

 

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Le philosophe japonais Takeshi Umehara est mort

Takeshi Umehara

 

Le philosophe japonais Takeshi Umehara est mort

Le 12 janvier, ce philosophe japonais est décédé d'une pneumonie à son domicile à Kyoto. Il avait 93 ans.
Takeshi Umehara, a publié de nombreux ouvrages sur la philosophie, les religions et la littérature. Il était parmi les penseurs influents au Japon et en Asie, intervenant sur de nombreux sujets dans les médias japonais et asiatiques.
Né à Sendai, Umehara était professeur à l'Université de Ritsumeikan et président de l'Université des arts de la ville de Kyoto, la plus ancienne université des arts du Japon, après avoir obtenu son diplôme de philosophie en 1948.


Au début de sa carrière, il concentra son travail sur la philosophie occidentale, pour analyser  les liens entre la culture japonaise et la culture occidentale, entre le bouddhisme et la philosophie occidentale. Il a élargi ses activités de recherche pour publier des livres analysant la culture contemporaine et la société japonaise actuelle. Umehara a écrit à propos de " l'esprit " japonais dans ces œuvres telles que " Warai No Kozo " (Structure du rire). Après avoir publié " Jigoku no Shiso " (" Le concept de l'enfer ") en 1967, Umehara a écrit de nombreux livres sur le bouddhisme, et sur les fondateurs des écoles religieuses Honen et Shinran.


Il a contribué à la création du Centre international de recherche sur les études japonaises à Kyoto, dont il a été le premier président de 1987 à 1995.
Au cours des dernières années, il a étudié une " philosophie de l'humanité " et la coexistence de la civilisation et de la nature.


Il a composé des œuvres théâtrales sur Yamato Takeru et Gilgamesh.
Il était nommé en 1987 à la tête du centre international de recherches études japonaises (Nichibunken), établi par le premier ministre Yasuhiro Nakasone pour archiver et étudier la culture japonaise au Japon et à l'étranger. Ce centre de recherche était une idée controversée au Japon, les intellectuels de gauche y voyaient un centre de réflexion sur l'identité japonaise, et sur la culture japonaise sans l'ouverture nécessaire au monde.

 

Takeshi Umehara citation

 

Critique de la modernité


Umehara exprimait des points de vue personnels sur les sujets d'actualité. Il était critique à propos des greffes d'organes provenant de donneurs morts en demandant une réflexion éthique sévère pour réguler ces pratiques. En dépit de ces points de vue considérés comme conservateurs, Umehara s'est souvent exprimé contre la volonté des hommes politiques conservateurs du Japon de revoir la constitution. Avec les écrivains Kenzaburo Oe et Jakucho Setouchi, il a appelé à la création de " Kyujo no Kai ", un groupe défendant l'article 9 de la constitution japonaise prônant le renoncement à la guerre.
Il a rejoint un groupe gouvernemental en tant que conseiller spécial chargé de concevoir des programmes de reconstruction pour les zones dévastées par le séisme et le tsunami qui ont ravagé l'est du Japon en mars 2011.

Sur le plan politique, il exprimait un point de vue conservateur selon les normes européennes, une lecture de droite moderniste, essayant d'associer la modernité, à l'éthique, et à la conservation d'une identité culturelle.


Il a longuement analysé la société japonaise, en fondant des concepts comme le mutualisme, cette responsabilité réciproque, interpersonnelle spécifique à la culture japonaise où chacun est responsable à la fois de soi-même et d'autrui. Il démontrait comment cette notion inconnue de l'individualisme occidental moderne c'est par rayonnement les deux cultures. Ce concept de mutualisme ressemble à ce qu'on a nommé en Occident la société du " care ", ou la société de soins, où la société dans son ensemble devrait aider les citoyens à affronter les difficultés de leur existence. Il analysait l'origine de ce mutualisme japonais, cultivé dans les familles et à l'école où les enfants dès leur plus jeune âge, participent à l'entretien de leur classe, ont de nombreuses activités de clubs, de responsabilités partagées. Ce mutualisme japonais continue dans l'entreprise et dans le monde du travail.
En étudiant la ressemblance entre le bouddhisme, et la philosophie occidentale comme celle de Heidegger, il tisse les liens entre la culture japonaise et la culture occidentale. En analysant l'individualisme au sein de la société japonaise, il insiste sur une différence culturelle fondamentale entre les deux cultures.
Dans les années 90, il était considéré par la gauche européenne et américaine comme le penseur d'un nouveau nationalisme japonais, et au Japon comme un penseur de centre droit. Quelques années plus tard, il est considéré tout simplement comme un philosophe critique de notre modernité.

 

 

Un passage de Takeshi Umehara

Pour les amoureux de la philosophie, et comme à ce philosophe, voici un passage de l'introduction de son livre sur le bouddhisme et la philosophie de Heidegger, publié en 1970. La lecture de Takeshi Umehara permet au lecteur occidental d'avoir une critique raisonnée et sévère sur le modèle culturel en Occident depuis le XIXe siècle, et une critique sévère et sans nuance sur la société japonaise attachée à l'individualisme, la consommation.
Ses critiques de ce modèle culturel et économique ont influencé la société japonaise, continuent à être utiles et valables.

" Le monde moderne a entrepris une grave expérience, à savoir si un homme peut ou non vivre sans dieu ni religion.
"Dieu est mort", a déclaré Nietzsche. C'était le destin de la civilisation européenne moderne en raison de science et technologie. Après avoir douté de tout, Descartes atteint un "ego pensant", c'est-à-dire la raison ou l'intellect était le point de départ de sa philosophie.
Dostoïevski, un prophète du destin historique comme Nietzsche, parle par la bouche d'Ivan : "ni Dieu ni immortalité, l'homme est autorisé à faire tout. "
Il veut dire qu'il n'y a pas de morale sans Dieu. Karamazov a demandé à son fils Ivan : "Avons-nous été trompés par les prêtres depuis si longtemps ? Ni Dieu ni immortalité !
Ivan répondit : il n'y aurait pas notre civilisation s'il n'y avait ni Dieu ni l'immortalité. "

En tuant les dieux, le Japon a réussi sa modernisation. À la suite de cette modernisation, le Japon a atteint l'un des produits nationaux bruts les plus élevés du monde. Cependant, avec cette prospérité matérielle, une vanité monstrueuse commence à imprégner l'atmosphère notre société. Nous sommes devenus le peuple le plus impie au monde et nos motivations sont des pulsions pour le sexe et la consommation.
N'est-ce pas l'Européen qui a enseigné aux peuples non européens à tuer leurs dieux ? Sommes-nous les étudiants qui dépassent leurs Professeurs ?
La mort des dieux, l'effondrement des valeurs, la libération d'instincts et le désordre qui en découle forment maintenant une situation critique. "

 

Aujourd'hui, quand la critique du modèle occidental devient l'affaire des Occidentaux, les analyses d'Umehara peuvent avoir une certaine utilité.

 

 

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Downton Abbey ; une douleur nommée progrès

Downton Abbey serie

 

Cette délicieuse série met en scène la vie de la famille Crawley et de leurs domestiques entre le 15 avril 1912 (date du naufrage du Titanic) et le 31 décembre 1925 à Downton Abbey, une vaste demeure de l'aristocratie anglaise située dans le Yorkshire.
En France, cette série a été diffusée en partie sur TMC, partie sur TV Breizh ,  HD1 puis la dernière saison sur Arte. Depuis 2017, elle est diffusée sur Netflix.
La première saison commence alors que les héritiers de Downton Abbey ont péri lors du naufrage du Titanic. La famille Crawley se retrouve dans une situation délicate : le domaine doit intégralement passer à un héritier mâle, le titre de Comte de Grantham, le domaine et la fortune de la famille étant indissociables. Les trois jeunes filles de la famille ne peuvent prétendre ni au titre ni à l'héritage. Matthew Crawley, un cousin éloigné, devient le nouvel héritier. Il arrive à Downton Abbey où il découvre un style de vie nouveau pour lui, avec des règles très strictes qui régissent la vie entre aristocrates et serviteurs.
L'abbaye de Downton joue le divertissement, et non pas le documentaire. Julian Fellowes, le créateur du scénario a réussi la conception d'une série qui raconte le quotidien d'un pays - maison début du 20e siècle, où aristocratie et domestiques vivaient sur deux orbites séparées, mais  interconnectées. Il a réussi à créer une série prestigieuse et attachante.  

 

Downton Abbey mariage

 

Les changements au 20e siècle

La France parle discrètement de l'aristocratie. La Révolution française, puis les républiques ont fini par rendre l'aristocratie un sujet préférentiellement historique plutôt que social.
Dans son roman, le chef d'œuvre, la recherche du temps perdu, Proust décrit au début du 20e siècle la fragilisation progressive de l'aristocratie et l'installation au pouvoir économique et social de la classe moyenne, de la bourgeoisie.    
La situation semble différente dans un pays monarchique comme l'Angleterre.   
La demeure Downton est divisée entre maîtres et domestiques. Chacun son rôle, les relations entre major d'homme, valets, cuisinières, chauffeurs et les ladys, le duc et la duchesse sont courtoises et professionnelles. La demeure imposante vacille devant les changements du monde. La série adhère au calendrier avec intelligence. Les événements extérieurs vont façonner le quotidien de la maison. Après le Titanic, qui va mettre en doute l'idée de progrès infaillible, l'électricité arrive au château avec son éclairage éblouissant, Comment toucher l'interrupteur en évitant un choc électrique ? Faut-il parler des bougies avec nostalgie ? Il est facile de trouver la même idée dans des romans japonais où l'on critiquait le progrès qui a supprimé les ombres.
La critique du progrès dans Downton est moins violente que dans les romans japonais. Pourtant, lutter contre ce progrès permanent devient en soi une lutte pour transmettre, pour sauver sa qualité de vie.
Adapter le progrès à nos vies, à nos héritages, adapter nos vies au progrès, voilà l'enjeu de chaque jour.

La Première Guerre mondiale représente l'axe principal de toute la deuxième saison, avec son cortège de victimes et de souffrance. Le sacrifice des Anglais dans la Somme est célébré ; le progrès devient problématique dans cette première guerre d'acier, d'avions, et de Gaz toxique. Les hommes au front, les femmes agissent pour combler le vide et assurer le quotidien. Voilà le début d'une spectaculaire mutation de la condition féminine.  
La guerre allait tout changer en Europe, en Angleterre et à Downton.  La classe ouvrière réclame des changements de société. Les requêtes féminines revendiquent le droit de vote. L'apparition du socialisme en tant qu'idée nouvelle combattue comme idéologie violente et meurtrière après la révolution russe et l'assassinat du tsar et de sa famille.

 

Downton Abbey recital

 


La situation économique après la première guerre va bouleversée ces grands domaines obligés pour survivre de passer d'une économie de rente à une économie de production.  
Violette Crawley, la duchesse douairière répète : " Mais bon, nous n'avons pas toujours le sort que nous méritons ". Comment survivre dans ce monde si changeant ? Que faut-il accepter ? Que convient-il de refuser ? La cuisine s'enrichit d'un réfrigérateur, d'un batteur électrique, le téléphone est installé, le fer à friser modifie la coiffure des femmes, les voitures remplacent les calèches.
La série relate également la naissance de la république irlandaise, les classes sociales qui se heurtent quand lady Sybil se marie avec son chauffeur irlandais bravant ainsi les limites de sa classe sociale.   
Un réel romancé

Dans  Downton, le nombre de domestiques a été délibérément réduit pour simplifier le récit. Les domestiques sont des travailleurs, amis fidèles de la famille mais vivant en huit clos avec intrigues et complots. La dévotion paternelle du maître d'hôtel célibataire montre comment les enfants de son maître sont devenus aussi ses enfants. La dévotion va dans les deux sens  : le duc Grantham soutient son valet, un soldat blessé, contre vent et marée.

 

Downton Abbey duchesse

 

Fellowes capte brillamment la dépendance du duc Grantham à son valet et celle de Madame Grantham à l'égard de sa femme de chambre. Ces travailleurs, historiquement désignés sous le nom de " domestiques " ont aidé leurs employeurs à se baigner, à s'habiller, à se préparer au monde extérieur.
Le duc résume son rôle. " Nous sommes des passeurs, nous sommes là pour préserver le domaine et le transmettre. Sur le plan économique, nous devons être utiles et justes, créer des emplois et faire vivre le village. Sur le plan politique, soutenir la monarchie et défendre son pays. "   
Cette aristocratie se retrouve, comme les domestiques et les autres habitants face à cette douleur nommée progrès. Les radios arrivent, les médias se multiplient, la classe ouvrière réclame des droits, la condition féminine change, l'école modifie le destin de la jeune génération, les domestiques quittent le château pour devenir ouvriers, employés ou fonctionnaires. Les mariages au sein de cette famille sont le témoignage de l'affaiblissement de la classe aristocratique, et l'accès de la classe moyenne au pouvoir économique puis politique.  


Épisode après épisode, la série devient romanesque, prestigieuse, attachante, sans violence verbale ni physique, sans nudité ni action, une série à part, où de veilles femmes discutent comme dans les romans d'Agata Christie, où les amoureux badinent comme dans les romans d'Austen, où le temps passe et modifie les choses comme dans les grandes sagas.  

Downton Abbey noel

      

Le progrès : une difficulté indispensable

Dans une autre série, de bonne qualité, the Crown, les spectateurs assistent aux changements de la monarchie britannique imposés par le progrès dès la Première Guerre mondiale. En France, le progrès et les changements étaient identiques sur le plan social, économique et politique.
Le duc de Downton dit : j'ai l'impression d'être un animal dont son environnement naturel a disparu, situation à laquelle il devrait s'adapter.
Nous aussi, nous voyons les écrans envahir nos vies, la numérisation modifier nos milieux de travail, et bientôt l'intelligence artificielle ajoutera à ces changements une nouvelle vague de nouveauté, avec son cortège d'avantages et d'inconvénients.

On continuera à parler du progrès, à le subir, et  s'adapter.
Peut-on faire autrement ?       

 

 

 

 

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Heartland série canadienne d'une longévité exceptionnelle

Haertland livres

Heartland série canadienne

La 11ème saison de Heartland est annoncée en préparation, la sortie prévue sur les écrans à l'automne.   Combien de séries rêvent-elles d'avoir un tel succès, une telle longévité ?
Chez nous, la série a été diffusée dès 2008 sur Canal+  jusqu'à la saison 6. Les autres saisons sont disponibles chez d'autres diffuseurs.   


Cette série est tirée des romans  (40 livres publiés à partir de juin 2000) pour la jeunesse écrits par Lauren Brooke (née en 1969). Cet écrivain anglais a vécu dans un ranch et connait bien les chevaux. Mariée à un vétérinaire, elle a également écrit une autre série de romans sur le même thème Chestnut Hill.

Haertland amber marchal


Heartland raconte la vie d'un ranch au canada aux pieds des rocheuses dans l'Alberta, où sur un fond de nature sauvage, de chevaux mustang et de paysages superbes s'entremêlent les destins des membres d'une famille vivant sous le même toit.
Le grand-père Jack solide, juste et sévère est le centre de gravité de la famille. Ses deux petites-filles Amy (15 ans) et Lou (20 ans) vivent avec lui, Amy s'occupant et soignant par des méthodes douces des chevaux malades ou traumatisés, et sa sœur gérant  le coté financier de l'entreprise familiale.  
Cette saga nous parle du monde rural, de l'élevage des chevaux, du monde des éleveurs bovins et de toute l'économie qui en découle ; sport équestre, concours et saut d'obstacle, dressage, course hippique, rodéo, concours de lasso etc.

Haertland serie tv

Le monde rural à notre époque

Cette famille est confrontée au monde actuel, à la difficulté de la transmission des valeurs familiales du travail, de l'entraide indispensable, familiale ou des voisins, et des amis proches malgré l'individualisme de notre société. Les choix de chacun influence la vie des autres.
Le vétérinaire a laissé passé sa chance avec Lou et le regrette amèrement, le père des filles a laissé tombé son couple et a perdu son autorité familiale, Val a mis sa fille dehors et a perdu sa légitimité maternelle.  
Jack l'ainé est pris au piège ente la tradition et la modernité, il est plongé dans le passé (le souvenir de sa femme) et cherche à éviter le changement, mais il s'accroche au présent grâce à ses petits enfants qui le bousculent par leur appartenance au monde actuel ; Jack ne sait pas utiliser un ordinateur, ne veut pas changer sa voiture délabrée mais il s'adapte, et apporte à sa famille toute son attention, aide et encouragements. Il met aussi tout son poids pour aider les plus jeunes et notamment Ty le sans famille, à qui il offrira une seconde chance par le travail au ranch puis comme apprenti vétérinaire.   

Haertland mustang


Cette série raconte la transmission entre génération, la place de chacun, et l'évolution des rapports au sein de la famille avec le temps qui passe ; le grand-père est la personne détentrice de l'autorité, et d'une certaine sagesse, les jeunes font des erreurs comme toujours et sont amenés à les comprendre grâce aux ainés dans un esprit de bon sens et de valeurs expliquées et partagées.


Souffrance animale, nature et écologie

Les personnages de ce feuilleton nous font partager leur grande sensibilité à la condition animale et à l'écologie. La mort d'un cheval ou sa maladie est un moment émouvant, toute la famille est réunie auprès de l'animal pour l'accompagner dans ses derniers moments comme s'il était un membre de la famille.
Le sort des chevaux sauvages, le célèbre mustang, devient un souci surtout en hiver, certains éleveurs les chassent, d'autres les envoient à l'abattoir, et certains les aident à survivre à l'hiver canadien en leur apportant protection, soins et nourriture.
La prospection pétrolière du gaz de schiste au Canada est évoquée.  

Haertland Shaun Johnston

Au fil des épisodes, on apprend à aimer les chevaux, ces grands animaux fragiles, anxieux, si beaux et élégants devenus des animaux de compagnie, des amis pour les plus jeunes comme aussi des moyens de gagner de l'argent par l'élevage, les courses et les concours hippiques.


On s'amuse des déboires d'une soeur organisatrice-manager, des gaffes d'une petite voisine  mal aimée,  on suit les relations sentimentales adolescentes et mouvementées des plus jeunes dans ces paysages superbes, fragiles et subtilement  symboliques d'un monde en équilibre écologique fragile.

A la différence des livres, la série donne aux chevaux une dimension symbolique voire métaphorique (liberté, survie, résilience etc.)     


Tous les épisodes ne se valent pas, mais c'est une série où bon sens, joie de vivre et valeurs familiales positives sont mises à l'honneur. Les moments forts succèdent aux moments plus légers.  
Il est difficile de ne pas aimer cette partie du canada rarement mise à l'honneur.   

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Anne avec E, des pignons verts

anne with E

 

Anne avec E, des pignons verts

Une nouvelle fois, une agréable série à partir de la littérature canadienne anglophone. Anne avec E est disponible chez Netflix , en deux saisons, d'après le roman Anne ou la maison aux pignons verts de Lucy Maud Montgomery (1874-1942).

Cette auteur d'origine canadienne pour ses livres pour la jeunesse est mieux bien connue dans les pays anglo-saxons et aussi au Japon, où ses livres font partie des textes proposés dans l'enseignement en littérature étrangère. Le roman " Anne " est écrit en 1905 et finira par trouver son public à partir de 1908.

 


Lucy Maud Montgomery : Expérience humaine commune

Maud avait 21 mois quand sa mère, Clara Woolner Macneill, fut victime de la tuberculose. Son père quitte bientôt sa fille en bas âge laissée aux bons soins de ses grands-parents maternels, pour fonder une nouvelle famille à Saskatchewan.
La jeune Lucy passe son enfance sur l'ile st Jean (ou l'ile du prince Edouard) auprès de ses grands-parents. Délaissée par son père, elle trouve refuge dans le monde imaginaire de la littérature.
Comme son plus célèbre personnage de fiction, Anne, l'auteure a passé une grande partie de son enfance à jouer à l'extérieure de la maison, à explorer les forets et à regarder les saisons colorer les paysages de l'île.
Elle commence vers 1890 à écrire elle-même des poèmes qui seront publiés dans les journaux locaux. Elle suivra une formation pour devenir enseignante. Devenue épouse et mère, elle écrira de nombreux romans. La série Anne des pignons verts " Anne of Green Gables " fut vendue à plus de 50 millions d'exemplaires dans le monde, faisant partie d'un héritage culturel incontournable dans la littérature pour enfant. Elle est à l'origine d'une pièce de théâtre qui resta à l'affiche pendant de nombreuses années, et d'une adaptation, dans un film muet en 1919.
Montgomery réussit un roman d'enfance, destiné aux adultes et aux enfants, animé d'ambitions, de rêves, et d'imagination. Sur le plan du style, il s'agit d'un roman de forme classique, où le temps avance d'une façon linéaire.   

Lucy Maud Montgomery

 


Elle raconte l'histoire d'Anne, une petite orpheline de 12 ans qui se voit entrer dans une famille de fermier, par hasard. La fillette ne laissera pas passer sa chance d'avoir une " vraie " famille et charmera Mathieu et sa sœur par sa vivacité d'esprit, sa joie de vivre, et son prodigieux vocabulaire. Elle se révélera une enfant attachante et saura cultiver l'affection de sa nouvelle famille.
Pour le couple, des fermiers, à l'opposé de la fillette, réservé et distant, la jeune Anne deviendra le centre d'une vie plus animée que leur existence précédente, austère et isolée. Ce personnage plein de joie et d'émotions est un mélange de " fifi brin d'acier " et du bon du " petit diable " de la comtesse de Ségur.
Mark Twain dira de l'héroïne de ce roman : " C'est l'enfant la plus attachante, émouvante et délicieuse depuis l'immortelle Alice "  

mark twain Anne Montgomery


Bon sentiment, joie de vivre, amour de la nature, et esprit positif voila l'essentiel des  aventures de la petite Anne qui plairont aux jeunes comme aux plus âgés. L'imagination d'Anne est son alliée. Son imaginaire riche et coloré améliore sa réalité, la porte parfois un peu trop loin. Anne est une femme du 20e siècle, elle allait changer bien de choses.

Dans cette série de livres, Montgomery retrace également la relation entre Anne et Gilbert, amis d'enfance, leur éducation, leur relation. Conforme aux règles sociales du début du XXe siècle, Anne semble moderne, en particulier dans son indépendance et de ses ambitions. Son impulsivité la place dans des situations difficiles, elle trouve les solutions à travers son discours, et à l'aide de sa capacité à évaluer la personnalité des autres. Ces talents l'aident à se faire accepter de la communauté, gagner le respect des élèves, et  à atteindre d'autres objectifs .
La réception critique de Montgomery a été mitigée. Certains ont qualifié ses œuvres de non-littéraires, stigmatisant son utilisation excessive des sentiments, de la prose fleurie  et certaines incohérences.
Les intrigues et les personnages de Montgomery sont parfois incohérents. Cependant, la plupart des critiques, la félicitent comme un vrai conteur dont le charme et l'honnêteté transcendent les défauts.

 

anne green gables


"La jeunesse n'est pas une chose disparue", écrivait  Montgomery, "mais  quelque chose qui demeure pour toujours dans le cœur. " Elle retrace ainsi l'expérience  de l'enfance, de la jeunesse, comme  une expérience commune à tous les êtres humains.
D'autres écrivains ont écrit sur cette expérience commune de jeunesse, comme :  
- Little House on the Prairie (1935), roman de Laura Ingalls  Wilder, qui raconte la vie d'une famille dans l'Ouest des États-Unis à  la fin du XIXe siècle.
- To Kill a Mockingbird (1960), de Harper Lee, qui raconte son enfance au sein des tensions raciales dans l' Alabama quand elle avait 10 ans.
- Other Voices, Other Rooms (1948), roman de Truman Capote
- Claudine à l'école (1900). Ce roman de Colette comme ses autres romans Claudine dessinent une esquisse autobiographique d'une petite petite fille qui grandit en France au début du 20ème siècle.

 

anne pignons verts

 


Anne avec E

L'adaptation de Netflix est une réussite qui transmet au spectateur la joie de vivre d'Anne, son exubérance, ses excès d'imagination, et l'ambiance de ces régions canadiennes au début du siècle, navigant entre traditions et modernité, embrassant un siècle escorté de profondes mutations sociales et technologiques.      
Saluons la vivacité de la littérature canadienne anglophone, qui semble trouver dans les séries télévisées une nouvelle jeunesse et un moyen efficace de large diffusion comme Heartland (11e saison) à partir de livres de Lauren Brooke, ou le cœur a ses raisons " When calls the heart de  Janette Oke, en 4 saisons.


Bibliographie
Barry, Wendy E., Margaret Ann Doody, and Mary E. Doody Jones, eds. The Annotated "Anne of Green Gables," by L. M. Montgomery. New York : Oxford University Press, 1997
Bruce, Harry. Maud : The Life of L. M. Montgomery. New York : Bantam Books, 1994. A thorough look at Montgomery's life and career and the society and culture of her time.

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De Freud à Bizet : provocante Carmen

 

carmen

 

De Freud à Bizet : provocante Carmen

L'année 1886, année où Freud reçut son diplôme de la faculté à de médecine de l'Université de Vienne est l'année où le livre " Psychopathia Sexualis " du sexologue Krafft-Ebing fit son apparition. Freud dira qu'il avait acheté quatre exemplaires de ce livre, les remarques de Freud et les traits de ses crayons sont présents sur les plages du livre.
Quand Freud présente un article scientifique sur la genèse de la maladie hystérique à Vienne à la société de psychiatrie de neurologie en 1896, Krafft-Ebing, le grand sexologue de l'époque en Europe, était président de cette société. Ebing condamne vivement ce travail en le qualifiant de conte de fées scientifique. Freud répondit en privé : " Ils peuvent tous aller en enfer. "
Blessé par la moquerie de Krafft-Ebing, Freud continua ses recherches cliniques et sexologiques,
et finit par devenir l'un de grands penseurs en occident, le fondateur de la psychanalyse, et de la sexologie moderne.
Progressivement, Freud allait rendre la sexualité acceptable socialement, scientifiquement en normalisant le contenu des pensées sexuelles et des gestes érotiques. En étudiant les fantasmes sexuels, il explore leurs origines et leurs rôles sans formuler de jugement moral, alors que Krafft-Ebing avait tenté la même approche, mais jugeait une partie de la sexualité humaine comme anormale ou dégénéré.  



Le cas de Frau P J

En 1895, Freud décrit le cas d'une jeune chanteuse d'opéra Frau  P.J., jeune mariée
dont le mari travaillait comme vendeur itinérant. Il voyageait beaucoup et laissait sa jeune épouse seule.
La jeune chanteuse d'opéra est embauchée pour Carmen l'opéra de Georges Bizet écrit en 1875, devenu un grand succès populaire.   
Elle commence à travailler et étudier le fameux passage de la " Séguedille " de Carmen. À son grand étonnement, elle a soudainement, senti son corps s'agiter d'une sensation étrange. Pendant la répétition de cette mélodie, elle a eu la surprise d'avoir un orgasme. Cette surprise trouble fortement la jeune femme, et l'oblige à modifier ses répétitions pour éviter la gêne d'un éventuel orgasme en public ou pendant la répétition devant musiciens et ténors.  


Après avoir consulté les médecins de Vienne, en désespoir de cause, Frau P.J. prit consulte le jeune neurologue Freud. Le jeune médecin note combien la jeune femme est bouleversée par cette réaction inhabituelle et si difficile à justifier en société. Freud va mettre ses talents de détective en œuvre en commençant déjà par écouter la patiente, attentivement, avec respect et empathie sans jugement moral.
Comme les autres femmes de l'époque, Frau P.J s s'est mariée vierge, elle n'a ses premières relations sexuelles qu'avec son mari. Elle a alors entamé une vie sexuelle pleine et sans contrainte, mais l'absence régulière de son mari provoquait chez elle, un sentiment de privation et une grande frustration sexuelle.
Selon Freud, les fantasmes sexuels peuvent traduire le manque d'épanouissement sexuel. Le fantasme sexuel peut servir de moyen de satisfaire un souhait frustré.
Il découvre qu'il ne s'agit pas d'un orgasme inopportun provoqué par la vue d'un chanteur ou d'un musicien, ni par un contact ou échange avec un homme ou une femme, mais par les paroles mêmes de la chanson Carmen, et spécialement les paroles du passage de la Séguedille où Carmen souhaite rencontrer un amoureux capable de la satisfaire, de satisfaire son désir.


Carmen décrit sa rêverie ou son fantasme, chante les joies d'être réunie avec son amant. Carmen explique :
" j'irai danser la séguedille
et boire du Manzanilla,
j'irai chez mon ami Lillas Pastia.
Oui, mais toute seule on s'ennuie,
et les vrais plaisirs sont à deux;
donc pour me tenir compagnie,
j'emmènerai mon amoureux!
Mon amoureux ! Il est au diable !
Je l'ai mis à la porte hier !
Mon pauvre coeur, très consolable,
mon coeur est libre comme l'air!
J'ai des galants à la douzaine ;
mais ils ne sont pas à mon gré.
Voici la fin de la semaine:
Qui veut m'aimer? Je l'aimerai!
Qui veut mon âme? Elle est à prendre!
Vous arrivez au bon moment!
Je n'ai guère le temps d'attendre,
car avec mon nouvel amant
près des remparts de Séville,
chez mon ami Lillas Pastia,
j'irai danser la séguedille
et boire du Manzanilla,
dimanche, j'irai chez mon ami Pastia! "



Freud s'est rendu-compte que les paroles de l'opéra exprimant le désir et les fantasmes de Carmen et suscitaient dans l'esprit et dans le corps de Mme PJ le désir d'être en couple, d'être avec le mari absent. Ces paroles traduisent la douleur de la séparation et les fantasmes de s'unir à son amoureux.
Étrangement, la situation fictive de Carmen reflétait la situation réelle, et le vécu de la patiente viennoise nouvellement mariée, abandonnée par un mari voyageur, et désireuse d'être avec lui.
Selon Freud, le fantasme sexuel et l'orgasme pendant la répétition de la "Séguedille" de Carmen traduisent le désir sexuel de Mme PJ et une fonction de compensation où l'organisme se défend du manque par un orgasme involontaire et imprévu.


Nous ne savons pas ce que Freud proposa à la patiente au-delà de l'explication pour répondre à ses attentes, mais nous savons qu'il a forgé le terme fantasmes, qu'il a expliqué et détaillé les fantasmes et surtout qu'il a défendu l'idée qu'il s'agit d'une sexualité normale qui ne devait pas être culpabilisée ni stigmatisée.  


Est-ce que Bizet aurait imaginé cet effet en mettant en musique son chef d'œuvre Carmen ?  
De nombreuses cantatrices ont chanté Carmen, rien n'indique qu'elles ont bénéficié de cette même réaction. Oui, la musique de Bizet est entraînante, les paroles provocantes pouvant faire chavirer, mais l'orgasme de Mme PJ n'est pas un effet constant de cet opéra.

 

 

 

 

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De la romance aux films romantiques

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Films romantiques: bougies, Jazz et mer au loin

Les histoires d'amour nous sont familières, variées dans leur intensité, dans leur fin et selon les cultures, et selon les époques. Généralement, une histoire d'amour exige une dose de romance. L'attirance devrait être embellie de rêves, de rituels, de cadeaux, et de couleurs. Un homme aime une femme, il essaie de la séduire, dans un milieu plus ou moins hostile. Voilà comment se présente la formule de base de toute romance.

Dès ses débuts, le cinéma américain joua la carte de la romance comme genre populaire. Pendant la première moitié du 20ème siècle, les "bonnes" relations amoureuses se terminent en mariage. La nuit de noce après le fameux baiser était la fin heureuse d'une longue romance. Le cinéma rejoint la littérature pour produire des histoires sur les relations et les émotions.

 

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Amour romantique : thèmes imposés

Les films romantiques explorent certains thèmes : l'attirance, le coup de foudre, l'amour romantique, l'obsession amoureuse, l'amour platonique, amour sexuel et passionné, le couple, la rencontre et la séduction. Il n'existe pas de définition qui désigne un film de romance. C'est une histoire d'amour, avec quelques difficultés ou obstacle, qui déroule dans des lieux réputés romantiques par ex comme l'automne à New York sur un morceau de Jazz, à des moments particuliers comme la Saint valentin, ou au bord de la mer, dans les musées, ou à central Park. Chaque film a sa recette pour créer sa romance. Ces "histoires de relations" ont fini par influencer le discours de la société sur l'intimité, et sur les relations. Ces histoires écrites ou filmées sont à la base de la psychologie populaire. Ces films de romance ne détaillent plus comment un homme peut séduire une femme, mais comment évolue la relation, comment évolue le mariage, comment évoluent les relations extraconjugales.

Dans certains livres, comme dans certains films, il s'agit d'analyses plus ou moins simples sur l'intimité, sur les échanges dans le couple, sur les crises du mariage.
Récemment, on parle plus de la rencontre que du couple, Le discours dominant sur le couple et l'intimité n'est plus "Jusqu'à ce que la mort nous sépare ", mais plutôt un discours sur l'émotion, sur les relations, sur le rôle de l'autre dans notre vie. Si la littérature de romance a été considérée comme un genre littéraire secondaire aux États-Unis, le cinéma de romance a fait un progrès extraordinaire sur le plan technique, commercial, comme sur le plan de scénario. L'amour romantique moderne est l'enfant du cinéma hollywoodien, est le cousin de ces romans d'amour destiné aux femmes.

Dans ces films de romance, l'amour est roi, les hommes découvrent qu'ils ont besoin d'une relation et les femmes développent une meilleure estime du féminin dans le sillage de la deuxième vague du féminisme. Depuis les années 1970, le sexe est devenu une partie de la relation. Un film de romance doit avoir sa dose de sexe. C'est le cas des romans d'amour aussi. Le sexe marque le début de la relation, juste après l'attirance, et devient une question importante, quand le couple s'installe dans une relation sérieuse.

 

Amour romantique, consommation et capitalisme


De nombreux facteurs ont participé à la naissance de cette culture de l'amour romantique moderne : Au XXe siècle, la culture de la consommation encouragée par la recherche individualiste de l'amour, a institutionnalisé l'amour romantique et la culture de la romance. La consommation n'est pas seulement une culture matérialiste, mais une culture émotionnelle. Cette culture de la consommation a largement utilisé l'image du couple heureux et amoureux pour vendre des produits, et pour passer le message de la sécurité, et de l'autoréalisation dans une interaction romantique entre un homme et une femme. L'industrie des loisirs a utilisé l'image des couples pour vendre un film ou pour aller au restaurant. Le romantisme hollywoodien se définit par des repères visuels, par certaine atmosphère : Un dîner romantique se passe généralement dans un lieu isolé, élégant, à proximité de la mer par exemple, avec un rituel particulier comme les bougies, et la musique.

 

 

 


L'amour romantique moderne est une sorte d'utopie, un récit qui permet à l'être humain de dépasser sa condition ; l'utopie romantique décrit l'autoréalisation, l'authenticité, et le bonheur atteint dans une expérience amoureuse. Un des principaux facteurs est la distinction entre la sphère privée et la sphère publique.

 

L'amour devient le fondement de la sphère privée, et de plus en plus son unique fondement. L'amour romantique ne peut s'épanouir en dehors d'une culture individualiste.

 

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L'estampe japonaise : un art populaire

 

 

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Katsushika Hokusai [1760-1849]

 

L'estampe japonaise : un art populaire

L'estampe est un procédé de gravure en relief sur des planches de bois. La Xylographie est connue en chine depuis longtemps dès le VIIe, époque où l'on imprime des textes religieux, ce procédé se diffusa progressivement dans les pays voisins.


Au Japon, l'estampe connut un fort développement en raison d'un contexte socioculturel et économique particulier : la période Edo.


Cette technique requiert plusieurs corps de métiers (artiste et artisan)
- l'artiste créateur du dessin original
- le graveur qui grave les reliefs du dessin sur différentes planches en fonction du nombre de coloris
- l'imprimeur ou coloriste qui encre la feuille
Le tout sous la direction d'un éditeur qui dirige le projet.

Pendant cette période, le japon connait une grande prospérité, aux trois classes sociales respectées du Japon (les nobles-seigneurs, les samouraïs ou guerriers et les paysans) s'ajoute une nouvelle classe sociale : les marchands qui bien peu estimée, finissent par constituer la bourgeoisie. Le Japon, sous l'autorité de l'empereur, est administré par le shogun (terme synonyme de généralissime, qui désigne autorité militaire) à partir de cette période, les luttes territoriales et fratricides de la noblesse sont interdites, la noblesse est obligée de vivre une année sur deux à Edo (Tokyo), dilapidant fortune et biens dans une vie fastueuse. Le shogun isole le pays, les étrangers sont expulsés. Seuls quelques ports sont autorisés à commercer avec le monde extérieur.

 

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Edo est une des plus grandes villes du monde à l'époque. Cette population concentrée en milieu urbain souhaite se divertir (théâtre, lieux de plaisir), acheter (grands magasins, restaurant), se cultiver, obligeant les marchands à trouver de nouveaux moyens de communication et support publicitaire pour attirer la clientèle, à une époque où les journaux n'existent pas. Ainsi les estampes répondent à cette demande par une facilité d'impression en grande quantité.

 


L'estampe ukiyo-e

C'est au VIIe siècle que nait l'estampe ukiyo-e ou estampe du " monde flottant "
Ukiyo ou " monde flottant ", est un mouvement culturel dont le sens premier empreint de religiosité, c'est mettre l'accent sur l'aspect éphémère de la vie et de toutes choses.
Le terme ukiyo est utilisé aussi dans le sens de " la vie présente et telle quelle est " et, comme, le dit le célèbre poète Asai Ryoi vers 1665 :  


" vivre uniquement le moment présent,
se livrer tout entier à la contemplation
de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier
... ne pas se laisser abattre
par la pauvreté et ne pas la laisser transparaître
sur son visage, mais dériver comme une calebasse
sur la rivière, c'est ce qui s'appelle ukiyo. "

Et c'est bien sûr dans ce sens hédoniste que " rien ne soit définitif et donc il est indispensable de profiter de l'instant présent " que ce mouvement artistique sera apprécié par les populations urbaines assoiffées de loisirs, consommation et divertissement.

estampe japon homme femme

 

Les shunga

Les shunga (??) ou estampes érotiques ou " images du printemps, ou encore images d'oreiller " de grande diffusion entre 1600 et 1868. Elles seront interdites vers 1848, devenues ensuite clandestines et très prisées.
Les shunga constituent une catégorie majeure au sein de l'ukiyo-e, peut-être même la part essentielle au début.
Les plus grands artistes de l'ukiyo-e s'y sont adonnés comme Sugimura Jihei, Harunobu, Shunsho, Kiyonaga, Utamaro, Eishi, Hokusai, Hiroshige pour créer des images éducatives pour les jeunes couples ou des sujets humoristiques et satiriques parodiant des chefs-d'œuvre littéraires et culturels du temps passé.
Les dessins érotiques (les peintures érotiques initialement réservées à l'aristocratie) se trouvèrent largement diffusés et popularisés.
La société japonaise n'a pas de culpabilité vis-à-vis de la sexualité. Il s'agit de représentations rafraichissantes de couples en pleine action, avec bras et jambes, pardessus, tête comme le dit Edmond de Goncourt, collectionneur impressionné par la vivacité et le réalisme des personnages et sujets exposés.

Yanagisawa Kien, un peintre lettré de l'époque recommandait dans un essai de consulter des " images d'oreiller " pour se délasser du travail intellectuel et pour se revigorer.

 

Miroir du désir

De nombreuses estampes représentent le quartier de YOSHIWARA, à EDO (ancien nom de Tokyo). Ce quartier, véritable ville close, traversée par une allée centrale, entièrement consacrée à la prostitution abritait les " maisons vertes " où travaillent les prostituées, qui attendent les clients assis derrière des claies de bois. Il existait des guides de ces maisons, qui ont suscité l'écriture de beaucoup de romans, et, plus tard, de films.

Les scènes érotiques, malgré leur sujet, sont toujours traitées avec délicatesse, élégance et d'humour. Ces scènes suivaient les thèmes des saisons et des lieux comme " l'étreinte de printemps ", " dans la barque ", " dans la charrette ", " derrière la moustiquaire " ou " derrière les filets de pêche ". Des textes parfois crus accompagnent l'image.

 

estampe japon homme femme .Harunobu


Suzuki Harunobu (vers 1725-1770) " Deux amants épiés par une servante " Époque d'Edo, vers 1765 Impression polychrome, 20,8 x 28,7 cm, Paris,

 


Le shunga : art obscène ? Porno ?


Étrangement le Shunga est encore considéré comme obscène ou licencieux dans de nombreux milieux japonais. Bien que les premiers shunga (littéralement " les images de printemps " soient la forme d'art le plus associé à la période Edo, ces estampes cultivent l'image d'un monde hédoniste, de femmes dénudées, de Geisha, dans un contexte de désir sexuel.   

De grands artistes comme Kitagawa Utamaro et Katsushika Hokusai ont offert à cet art ses titres de noblesse en dépit de sujet trivial et commun. Ces maîtres ont fini par donner au shunga des caractères communs. Les organes sexuels sont montrés avec exagération en ce qui concerne la taille, ou les détails. Cette exagération s'associe avec des positions acrobatiques et des mouvements amusants pour exprimer le désir et la proximité physique.
Un autre élément du shunga : les deux partenaires sont presque toujours entièrement vêtus. Contrairement à l'Occident, où le corps nu était désiré, car la société n'autorisait pas la nudité, les hommes et les femmes japonais à l'époque Edo se voyaient nus régulièrement dans les bains mixtes ou ailleurs. La nudité n'était pas attirante. Les beaux vêtements et les accessoires vestimentaires étaient recherchés et reflétaient le gout, la classe sociale et le raffinement. Le dernier point commun est l humour.

 

estampe japon erotique

La de-shunganisation du Japon est arrivée à la période Meiji. Ouverture sur le monde occidental, après des siècles d'isolement, le gouvernement japonais a cherché à modifier la culture traditionnelle. Interdiction des shunga et des pratiques ludiques comme la nudité publique et les bains mixtes.
Ironie du sort, l'occident sera à l'origine d'un nouveau regard positif sur le shunga. Des grands artistes occidentaux du 20e siècle allaient louer le shunga et rendirent hommage à ces productions comme Picasso et Monet ;

 

le shunga un art à part entière avec des maîtres célèbres comme Katsushika Hokusai [1760-1849], admiré pour sa célèbre et immense tumultueuse vague sur le point d'avaler le mont Fuji.

 

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The virtuose : hommage à Benjamin Britten

 

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Virtuose et Britten ?


Si vous ne connaissez pas Britten, regardez le film « the virtuose » film du canadien F. Girard avec Dustin Hoffmam et Garrett Wareing, un orphelin à la voix magnifique deviendra un virtuose sous la direction du maître de chœur Hoffman qui le prendra sous son aile.
Ce film met en valeur le chant choral dans une institution renommée qui en profite pour faire des tournées mondiales avec les jeunes prodiges du chant qu’elle forme.

 

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Vous serez émerveillé d’entendre entre autres A Ceremony of Carols de Britten, un pur ravissement pour les oreilles.... Cette série de chant choral composé sur des poésies anglaises populaires du XVème et XVIème (The English Galaxy of Shorter Poems) autour du thème de Noël comprenant This little Babe, that yongë child, Balulalow etc.


Britten né en 1913 est grand mélodiste, créateur de la mélodie anglaise moderne et du renouveau de l’opéra anglais au XXème siècle. Célèbre dans le monde anglo-saxon, il reste peu connu en France.

 

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Car l’œuvre de ce compositeur est orientée principalement vers la musique vocale, compositeur moderne et aussi un digne héritier d’Henry Purcell (variation et fugue sur un thème de Purcell). Toute la vie de ce musicien contemporain sera tournée vers la musique.


L’été 1928 Britten écrit sa première œuvre absolument personnelle, les Quatre Chansons françaises (sur deux poèmes de Verlaine, deux de Victor Hugo). Britten met ici en musique une langue étrangère, qui impose une signature toute personnelle.
En 1937, Britten voit son premier succès international : Variations sur un thème de Frank Bridge données au festival de Salzbourg.


En 1939, la guerre approchant, Benjamin Britten s’exile aux États-Unis. Il y compose énormément, notamment Les Illuminations (sur la poésie d’Arthur Rimbaud), la Sinfonia da Requiem, et son Quatuor à cordes n° 1.
En 1942, Benjamin Britten âgé alors de 28 ans quitte l’Amérique et durant la traversée qui le ramène vers son pays, il compose A Ceremony of Carols opus 28 pour voix d’enfants et harpe sur des poésies anciennes anglaises.
Il achève ensuite la composition de son premier opéra, Peter Grimes, opéra le plus populaire de la première moitié du XXe siècle.
Il compose beaucoup et accorde beaucoup d’importance à ce que sa musique soit accessible et facilement jouable ; Albert Herring et The Turn of the Screw (Le Tour d'écrou) voient le jour.
Le folklore de son pays l’inspire aussi, comme avec folk songs

 

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Ce compositeur infatigable et prolifique meurt en 1976, anobli par la reine.
A voir et entendre ...

 

 

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« Outlander » : femmes fortes qui aiment les hommes

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« Outlander »: féminisme, amour, et romance

Produite par la société Starz, Outlander termine sa deuxième saison. Il s’agit d’un feuilleton divertissant, soigné, qui mérite d’être vu.
Tirée du roman de Diana Gabaldon, la série Outlander est un compromis entre le fantastique et la romance historique.
C’est une histoire de triangle amoureux, de sexe, de guerre. Le succès de Game of Thrones a attiré l’attention des producteurs sur un éventuel changement du goût des téléspectateurs en matière de sexe, de violence, de relations amoureuses, de nudité, et de paysages.

 

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Une dose de science fiction


Outlander est adapté du livre culte de l'écrivain américain Diana Gabaldon de 896 pages. Une recette intelligente et si efficace : une dose de science fiction pour voyager dans le temps d’une infirmière appelée Claire Randall (Caitriona Balfe) qui se rend en Ecosse en 1945 avec son mari Frank (Tobias Menzies), dans l'espoir de raviver leur relation. Claire est le témoin d’un rituel ancien se déroulant sur une colline entourée de pierres levées. Elle se retrouve alors, transportée dans le temps en Ecosse de 1743, une femme seule dans le feu croisé de la rébellion écossaise "jacobite" contre les Anglais.

 

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Décors, paysages, costumes et aventures


Un monde vert vallonné riche de rivières, de montagnes brumeuses, de forêts et de châteaux. Elle découvre que son mari (ou plutot son ancêtre) était présent au 18ème siècle, comme un anglais terriblement cruel qui pourchassait les Highlanders. Elle va tomber amoureuse d’un jeune, beau et héroïque écossais Jamie Fraser (Sam Heughan). Claire est déchirée entre son mari du 20ème siècle et son amoureux du 18ème siècle, entre la fidélité et le désir, entre deux hommes très différents dans deux vies irréconciliables.
Comme ils se déplacent avec leurs plans pour essayer de mettre fin à la rébellion jacobite, Claire et Jamie s'intégrent dans la société écossaise puis dans la société française.
Une partie de la deuxième saison se déroule en France. Versailles, spectacle, décors, costumes, jardins et raffinement.

Comme une romance historique, Outlander dessine le désir comme le plaisir d’être avec son amoureux  et la douleur quand l’autre est loin ou en danger.
Claire et Jamie flirtent tout le temps, leur passion est à la fois romantique et sexuelle.

 

Violence

Meurtres, guerres, maladies, canons, batailles, et agressions sexuelles. L’approche de la violence dans cette série est moins spectaculaire que dans Game of thrones sauf en ce qui concerne la relation entre les deux amoureux. Oulander reflète la violence d’un monde sans justice sociale, un monde cruel, ignorant, sauvage et sans sécurité.

Il existe certains écarts entre le livre et la série, comme donner à Jamie la voix off , alors que le livre lui, est raconté par Claire, ou comme la guérison de Jamie après son agression, mais la série reste fidèle globalement au livre.

 

Nudité

Peut-on parler de nudité de bon goût ? En tous cas, la nudité est présente sans agresser, sans choquer. La nudité masculine comme la nudité féminine. Curieusement, la nudité de Jamie est plus discutable, son corps est parfois traité comme un produit d’appel. Dans certains passages, la nudité masculine est totale (le pénis est montré.)

 

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Femmes fortes, féministes un peu

Les femmes sont fortes dans cette série. Elles ne subissent pas, elles agissent. Claire et les autres femmes font l’amour avec consentement, font des enfants, font la guerre avec courage et défendent leurs hommes et leurs villages sans hésiter.
On voit également certaines nouveautés. Claire est une femme sans culpabilité avec son désir, n’a jamais honte de son corps ou de sa sexualité. Elle aime le corps de son homme, et revendique son droit à ce plaisir. On parle de règles, du lait, d’allaitement... le féminin est normalisé ou presque.


Claire est un personnage positif, dans sa lutte pour la survie, et dans son intimité. Cette série est une épopée imaginaire, un brin féministe, une approche historique et réaliste de la période qui précéda la rébellion Jacobite en Écosse.

 

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La sexualité en feuilleton

Comme dans les autres séries populaires actuelles, Outlander n’oublie pas la sexe.
“Outlander” modifie quelques idées reçues sur le sexe à la télé. Les relations sexuelles entre Claire et Jamie sont romantiques, sans violence, recherchées et désirées. Rien de révolutionnaire dans la représentation de la nudité, de l'intimité, sauf l'intervention du point de vue féminin. Dans cette relation charnelle, il existe une nouvelle définition de la masculinité. Jamie peut être un guerrier, un homme sans merci avec ses ennemis, il est tendre, respectueux, amoureux dans le lit de sa femme. C'est un homme qui montre également sa fragilité et ses doutes sans être pour autant un antihéros, ou un homme anxieux.


Claire est une femme sexualisée, épanouie, sans chercher à se victimiser, ou à afficher sa fragilité.


Par exemple, dans l'épisode du mariage de Claire et Jamie, on voit une nouveauté. L'érotique est raconté du point de vue féminin. Claire n'acceptera pas une nuit de noces lapidaire ou violente. Le couple va parler, échanger. Chaque partenaire va apprivoiser les émotions et les sentiments de l'autre. Jamie, malgré sa masculinité, acceptera volontiers d'être initié par Claire. Finalement, ils ont des rapports sexuels pour la première fois.

La clé du succès de cet épisode est dans la danse de ce couple. Pas après pas, le couple va créer une sorte d'intimité. Cet épisode a été dirigé par une femme, Anna Foerster, et écrit par une autre femme, Anne Kenney. Il semble que ce fait a joué un grand rôle dans la réussite de l'épisode du mariage.
Vers la fin de leur première nuit ensemble, Claire a demandé Jamie de se déshabiller pour elle. Elle touche son corps, pour apprendre à le connaître, à l’apprécier.


Outlander est une série intéressante, avec des nouveautés, sans oublier l’essentiel : suspense et divertissement.

 

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4 raisons pour voir le film Boomrang

boomrang, le film

Hier, j'ai vu le film Boomrang de François Favart.

Je l'ai raté à sa sortie en septembre.

En revenant avec sa sœur Agathe sur l'île de Noirmoutier, berceau de leur enfance, Antoine ne soupçonnait que son passé va revenir comme un boomerang. Souvenirs incertains, les non-dits familiaux, les dissimulations. À sa disparition mystérieuse de sa mère, le père choisit la pire solution, le silence. La sœur Agathe préfère ne pas savoir, d'enterrer le passé avec le corps de sa mère. À la fin du film, on découvre qu'il s'agit bel et bien d'un secret, que la mort de la mère n'était pas une noyade mais un drame.

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Film culte : Un singe en hiver

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Singe en hiver, poésie et d'ivresse

Un film de 1962, d'Henri Verneuil avec Jean Gabin, Jean-Paul Belmondo, Suzanne Flon.
Ce film prouve que le cinéma peut être une réussite sans effets spéciaux et sans vulgarité. Excellente comédie, à partir du roman d'Antoine Blondin, Verneuil réalisateur, Michel Audiard dialoguiste, Michel Magne à la musique, et deux comédiens brillants Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo.
Un des meilleurs films du cinéma français, une belle histoire d'amitié entre deux hommes. On peut dire que c'est le meilleur rôle de Belmondo. Dans ce film, il est jeune, beau, lumineux. Il est à la fois léger et vulnérable, inconscient et grave.


Si vous pensez que c'est parmi les meilleurs rôles de Gabin et de Belmondo, je suis d'accord avec vous. Un feu d'artifice du 7ème art, comme le spectacle pyrotechnique qui termine ce chef d'œuvre.
Fin connaisseur de littérature, Audiard proposa d'adapter le roman éponyme d'Antoine Blondin, qui avait obtenu le prix Interallié en 1959 ; un chef-d'œuvre de littérature, d'une plume sensible et talentueuse.
A sa sortie, en mai 1962, l'histoire ne fait pas l'unanimité. Parmi les rares critiques positives, on cite Jean Rocheteau dans La Croix : "Je sais je ne devrais pas écrire cela. Ce n'est pas bien, certes, de soutenir une œuvre querellée par le ministère de la santé publique mais qu'y puis-je si Un Singe en Hiver m'a mis le printemps au coeur." La réussite populaire est au rendez vous.

 

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Histoire simple : vin, voyage, ivresse  

 
L'action se situe en 1944 à Tigreville sur la côte normande aux environs de Deauville. Albert Quentin (Jean Gabin) ancien fusilier-marin d'indochine tient avec sa femme Suzanne (Suzanne Flon) l'Hôtel Stella. Albert, accro à la bouteille, promet à Suzanne de ne plus toucher une goutte d'alcool si leur hôtel échappe aux bombardements. L'hôtel tient bon, promesse tenue !

 


15 ans plus tard débarque Gabriel Fouquet (Belmondo) qui, lui, boit pour oublier l'échec de sa vie sentimentale avec Claire, qui vit à Madrid alors que leur fille est pensionnaire à Tigreville.
Les deux hommes, qui n'ont pas "le vin ni la cuite mesquine", vont connaître deux jours euphoriques, heureux, poétiques mémorables pour eux, et pour les habitants grâce à l'ivresse. L'un va retrouver l'Espagne, l'autre...la Chine.
L'apothéose de cette soulographie s'achèvera par un feu d'artifice (dantesque) sur la plage... Puis...chacun retournera à sa vie d'avant.

 

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Les films cultes sont composés de scènes cultes


On trouve dans ce film des perles, un mélange délicieux de la plume de Blondin et d'Audiard comme cette tirade de Quentin :


" Les princes de la cuite, les seigneurs, ceux avec qui tu buvais le coup dans le temps, mais qui ont toujours fait verre à part. Dis-toi bien que tes clients et toi ils vous laissent à vos putasseries, les seigneurs ; ils sont à cent mille verres de vous. Eux, ils tutoient les anges. Vous avez le vin petit et la cuite mesquine ; dans le fond, vous ne méritez pas de boire. "


Ou encore ce dialogue mémorable de Quentin :  


- Je ne vous apprendrais rien en vous rappelant que Wang-Ho veut dire fleuve jaune et Yang-Tse-Kiang fleuve bleu. Je ne sais si vous vous rendez-compte de l'aspect grandiose du mélange : un fleuve vert, vert comme les forêts, comme l'espérance. Matelot Hénault, nous allons repeindre l'Asie, lui donner une couleur tendre. Nous allons installer le printemps dans ce pays de merde !


Le lundi 22 septembre 2014, cinquante-deux ans après le tournage du film, Jean-Paul Belmondo est revenu dans la commune de Villerville (tigreville) pour recevoir un hommage largement mérité pour son talent et sa carrière exceptionnelle. Le public n'a pas oublié le grand acteur Belmondo ni ce grand film qui est devenu un des trésors du cinéma français.
L'année dernière, hommage à Lyon à Belmondo. Quand on demande à l'acteur quel film projeter pour cette soirée d'hommage, il choisit bien sûr un singe en hiver.     

 

 

 

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Avant toi, film romance à partir d'un best seller anglais

avant toi film affiche

Avant toi, roman de Jojo Moyese qui devient film


"Vous allez vous sentir un peu mal à l'aise dans votre nouveau monde. Mais j'espère que vous vous sentez un peu émerveillé aussi. Vivez autant que vous pouvez, Ne vous contentez pas. C'est bien de vivre, il suffit de vivre. Avec mon amour, Will ".  


Voilà la lettre que Will laisse à Lou après son départ.  

Dans son best-seller publié en 2012, Jojo Moyes dessine le personnage de Louisa Clark, une fille ordinaire qui vit une vie ordinaire. Elle accepte d'accompagner un riche patient handicapé. Cette rencontre va transformer sa vie. Jojo Moyes nous décrit , dans son roman de 353 pages dans sa version d'origine,  deux familles, deux milieux, deux classes sociales.

 

avant toi film livre jojo moyes

 

Lou est une fille ordinaire qui mène une vie monotone dans un trou paumé de l'Angleterre dont elle n'est jamais sortie. Quand elle se retrouve au chômage, elle accepte un contrat de six mois pour tenir compagnie à un handicapé. Malgré l'accueil glacial qu'il lui réserve, Lou va découvrir en lui un jeune homme exceptionnel, brillant dans les affaires, accro aux sensations fortes et voyageur invétéré. Mais depuis l'accident qui l'a rendu tétraplégique, Will veut mettre fin à ses jours. Lou n'a que quelques mois pour le faire changer d'avis.

Lou Clark sait beaucoup de choses. Elle sait combien de pas il y a entre l'arrêt de bus et la maison. Elle sait qu'elle aime travailler dans le magasin de thé, elle sait qu'elle pourrait ne pas aimer son petit ami Patrick. Mais elle ne sait pas comment se protéger de l'amour qui va naître avec ce patient, ni comment rester à distance de la souffrance.  Le livre est un best seller en Angleterre, un roman d'amour qui fait pleurer, et qu'on n'abandonne pas avant de l'avoir fini.  

 

avant toi film Emilia Clarke Sam Claflin

 

Avant toi, film romance de Thea Sharrock.  

Le film est sorti en juin 2016 en Angleterre, il sera en France au mois de Décembre.   
"Avant toi", est une adaptation du roman de Jojo Moyes, réalisée  par Thea Sharrock.  On s'attache doucement à ce duo entre Will, tétraplégique et Louisa, sa demoiselle de compagnie.

 

avant toi Emilia Clarke Sam Claflin


Emilia Clarke fait bonne figure sans arriver à éviter de sur-jouer. Dans certains passages, son jeu est excessif, trop forcé surtout dans les passages comiques. Elle arrive à séduire aussi bien son patient puis le spectateur surtout dans la deuxième moitié du film.  Les deux personnages vont s'écouter, s'aimer.

 

avant toi film emilia clarke


C'est un film sincère et sans vulgarité, drôle parfois, émouvant. Le film est très fidèle au roman, ce qui rend le scénario brillant et solide.
Après une réussite planétaire de Games of Thrones, Emilia Clarke est pétillante, parfois trop même, charmante avec son sourire et sa joie de vivre.
La réalisation est soignée, un esthétisme séduisant dans la deuxième partie du film. Couleurs, lumières, dépaysement pour alléger le thème central du film

Le film manque par certains cotés et ne peut transmettre la profondeur de certains passages du livre. Les réflexions sur l'handicap, la vie, la qualité de vie, les arguments pour vivre ou pas, aimer ou pas, on ne les retrouve pas dans le film.


C'est un film romance, léger, bien fait, formaté pour plaire. La bande originale, est bien faite.
et permet de passer une bonne soirée.


Scénario : 3 etoiles
Réalisation :  3 etoiles
Impression générale : 3 etoiles
Inivitation d'aller voir le film  : 4 etoiles

 

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L'avenir : film très français, mais plaisant et intello

Isabelle Huppert Mia Hansen Love lavenir

 

L'avenir, un film qui peut plaire 

 

La réalisatrice française a reçu en février l'Ours d'argent, de la meilleure réalisatrice lors du festival du cinéma à Berlin, jury présidé par Meryl Streep, pour son dernier film " l'avenir ". Un prix qui vient couronner une carrière entamée en 2007. A 35 ans, cette cinéaste discrète a eu son premier rôle auprès d'Olivier Assayas (son mari) pour Fin août, début septembre. Elle réalise son premier film Tout est pardonné, sorti en 2007, puis Le Père de mes enfants (2009),  Un Amour de jeunesse (2010), et  Eden (2014).

 

Mia Hansen Love Ours argent lavenir

Mia Hansen-Love,  Ours d'argent, meilleure réalisatrice, festival du cinéma en Allemagne

 

C'est l'histoire d'un couple de professeurs qui se séparent. Dans cette " comédie de mœurs ", la vie de Nathalie (Isabelle Huppert) professeur agrégée de philo connait des changements : maladie de sa mère, séparation d'avec son mari, et les enfants qui partent.  Un film très français qui ressemble fidèlement aux films des années 70, de Claude Sautet ou d'Eric Römer. On peut facilement imaginer Romi Schneider dans le rôle d' Isabelle Huppert : une femme qui divorce, dans une société qui change. Ce genre de film cher à certains amateurs de films intello, si moqué par ceux qui y voient nombrilisme, prétention et clichés.  


Cette prof de philo dans la cinquantaine nous parle de l'amour, du couple, du vieillissement, de la mort, de la naissance, et de philosophie.  Film d'auteur parisien et bourgeois, avec pas mal de clichés. Pourtant, le film est plaisant, où un chat allège la lourdeur de la prétention philo, où la mère de la prof est largement plus joyeuse que la fille.

Le scénario est un simple dialogue, où il ne se passe pas grand-chose. Les événements existent mais leur retentissement sur les personnages est limité. La réalisatrice nous propose de la nostalgie, de mélancolie et de la sensation du temps qui passe. Les acteurs sont bien dirigés, l'interprétation est juste sans lourdeur ni excès.  La réalisation est remarquable.

 

Isabelle Huppert lavenir


Il existe des points forts, l'apprentissage de la vie en solo par ex, Nathalie qui affronte la vie qui change avec retenu, sans larmes, avec distance, acceptation, et une dose de stoïcisme. Elle n'a pas le choix, elle doit vivre. On devine la douleur de sa séparation, on ne la voit pas, on devine sa colère, elle ne la montre pas. A travers ce personnage, Nathalie (Isabelle Huppert), Mia Hansen-Løve aborde avec retenue et humour le sort cruel des femmes après quarante ans, qui ne seraient alors que " bonnes à jeter à la poubelle " selon l'héroïne. La philosophie et la parole nous sauvent-elles de la vie réelle ?
Difficile liberté d'un personnage qui sera enfin apaisé malgré la tourmente. Je n'ai plus de mari, plus de mère (elle est morte), les enfants sont partis ; je suis tout à fait libre. Liberté douloureuse.

 

Mia Hansen-Love signe son meilleur film grâce à une actrice en parfaite maîtrise, un film français sur la crise existentielle, un film à prétention intello où des discussions philosophiques sans lien avec l'évolution des personnages tentent d'ajouter un sens à travers des citations de Rousseau ou de Pascal.


Par contre, c'est un film parisien à clichés, comme professeur de philosophie parisien avec maison de campagne. De jeunes philosophes en herbe vivant dans une maison perdue du Vercors débattent du sens de la vie dans toutes les langues et font du fromage.  On est dans la mauvaise caricature ou pas loin, dans les clichés des années 70.


Isabelle Huppert, émouvante, et juste, et une réalisation inspirée ont sauvé un scénario sans événements.  Espérons que ce film trouve son public.   

 

Scénario: 1 etoile

Réalisation: 4 etoiles
Notre appréciation : 3 etoiles

Invitation à voir le film:  3 etoiles

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Atwood, la servante écarlate affronte Trump

servante ecarlate robe rouge

 

Atwood, la servante écarlate affronte Trump


Les servantes apparaissent partout, dans les manifestations féministes, sur les réseaux sociaux, et sur les sites internet comme symbole de résistance et de révolte à l'oppression. Le roman d'Atwood (la servante écarlate) est à nouveau dans les listes des best-sellers, depuis l'élection du président Trump . En mars, des femmes ont enfilé les robes rouges pour protester contre les projets de loi proposés aux États - Unis qui porteraient atteinte aux droits des femmes selon ses manifestantes.

The Handmaids tale serie film


Au fil des années, "The Handmaid's Tale" a pris plusieurs formes. Ce livre a été traduit en 40 langues. Il a été adapté en film en 1990. Il a été joué sous forme d'opéra, et également de ballet. Il est transformé en un roman graphique. Et en avril 2017, cela devient une série de télévision MGM / Hulu.

 

La servante écarlate :  un roman féministe anti-dictature  

Margaret Atwood, née au Canada à Ottawa en 1939, auteur d'une quarantaine de livres. Traduite dans cinquante langues, on trouve ses livres en français surtout chez Robert Laffont : C'est le cœur qui lâche en dernier (2017), MaddAddam (2014), Le Temps du déluge (2012), La Servante écarlate (2005), Le Dernier Homme (2005), Le Tueur aveugle (2002, Booker Prize) ou Captive (1998).

Dans le journal New York Times du 10 mars 2017, Atwood raconte : " Au printemps de 1984, j'ai commencé à écrire un roman qui n'était pas initialement appelé "The Handmaid's Tale". J'écrivais à la main, principalement sur des blocs-notes puis sur une machine à écrire manuelle à clavier allemand. A l'époque je vivais à Berlin, l'empire soviétique était encore en place. Chaque dimanche, l'armée de l'air de l'Allemagne de l'Est faisait des booms sonores pour nous rappeler à quel point ils étaient proches. Au cours de mes visites dans plusieurs pays derrière le rideau de fer - la Tchécoslovaquie, l'Allemagne de l'Est - j'ai connu la méfiance, le sentiment d'être espionnée, le silence.

 

Atwood

 

Dans son roman, Margaret Atwood  revient sur la fonction naturelle de la femme et pose la question du risque de réduire la femme à ce rôle. Atwood imagine une société américaine en crise économique, écologique, et démographique, gouvernée par un régime autoritaire. Le rôle de la femme dans cette société devient la procréation.


The Handmaid's Tale (la servante écarlate) décrit un avenir où la pollution atmosphérique et terrestre entraine une augmentation spectaculaire de la stérilité. Un mouvement radical et conservateur chrétien organise un coup d'état accusant les fanatiques islamiques. Cela justifie de déclarer l'état d'urgence, de suspendre la constitution et de censurer les journaux.


Dans ce régime totalitaire, les femmes n'ont plus droit de travailler, d'avoir un compte en banque ou même de lire. Dans un monde où la stérilité s'est abattue, celles qui sont encore fertiles deviennent des servantes pour l'élite, avec pour seule tâche la reproduction.

Une caste de femmes fertiles, les Servantes habillées en rouge écarlate, devraient se consacrer à cette tâche. Ces mère porteuses sont attribuées à des couples, et sont à la merci des épouses habillées toujours en bleu et les commandants. Ambiance des romans d'Huxley et d'Orwell : hiérarchie, surveillance constante (l'Oeil), société sous contrainte, tortures, exécution.

Atwood dénonce les régimes totalitaires, déportation, rationnement, propagande, arrestations, exécutions publiques, dans une idéologie totalitaire et puritaine.

Defred fait partie de ces servantes. C'est à travers elle que nous découvrirons ce monde froid, hostile, la peur comme communication, l'absence de sentiments et la négation de l'intimité de l'individu.

" Nous vivions, comme d'habitude, en ignorant. Ignorer n'est pas la même chose que l'ignorance, il faut se donner de la peine pour y arriver. "
Defred décrit sa vie présente et ses souvenirs passés : sa vie de couple avec Luke, leur petite fille, ses études avec sa copine Moira.

"Il nous est interdit de nous trouver en tête à tête avec les Commandants. Notre fonction est la reproduction. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n'est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets."


Elles avancent à pas contrôlés, deux par deux, visage dissimulé par un chapeau (cornette). Elles sont destinées à porter la descendance des élites infertiles. Elles vident dans un monde sans mots, un monde de délation, de menace et des cérémonies expiatoires, avertissement pour que personne ne peut prétendre résister à la torture.

 

La vie devient une attente perpétuelle, celle de la fécondation par le Commandant, celle des informations volées au risque de se perdre, celle du temps qui passe sans repères.

" Notre fonction est la reproduction : nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n'est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d'autre ; l'amour ne doit trouver aucune prise. Nous sommes des utérus sur pattes, un point c'est tout : vases sacrés, calices ambulants. " (p. 152)

" Mais tout autour des murs il y a des rayonnages. Ils sont bourrés de livres. Des livres et des livres et encore des livres, bien en vue, pas de serrures, pas de caisses. Rien d'étonnant que nous n'ayons pas le droit de venir ici. C'est une oasis de l'interdit. J'essaie de ne pas regarder avec trop d'insistance. "

 

Dans ce régime, la sexualité féminine est surveillée, contrôlée.  Chaque rapport sexuel a lieu en la présence de l'épouse du commandant, sans nudité, ni intimité. Une mise en scène des viols autorisés. La servante allongée le lit, son jupon rouge relevé, le visage entre les cuisses de la femme du Commander assise, le dos droit dans sa robe vert sapin, la tête Defred bouge doucement sous les va et vient. Elle attend que l'homme jouisse, tandis que sa femme lui tient fermement ses poignets.

 

servante ecarlate atwood citation

 

Echec du féminisme ?  Héritage abandonné ?

Il est impossible de dire que le féminisme a échoué, l'amélioration de la condition féminine est spectaculaire et sans précédent dans le monde et surtout dans les pays occidentaux.

La diffusion de la série " la servante écarlate " donna à la romancière une occasion de rencontrer un nouveau public. Beaucoup de femmes y compris en occident on trouvé une nouvelle pertinence à son roman en face des gouvernements peu féministes, contre l'IVG ou contre la contraception aux Usa et dans certains pays européens.


Yvonne Strahovski, l'une des actrices de la série, a confié au Huffpost : "Je commence à voir ces parallèles entre les actions et ce que Trump fait. C'est d'une manière étrange une inspiration mais aussi un parallèle horrible."

Aux Etats-Unis, "la Servante écarlate" est devenu un symbole de résistance. Lors de la Marche des femmes qui s'est déroulée en janvier dernier, on remarquait par exemple le panneau exigeant de "Laissons Margaret Atwood dans le monde de la  fiction".


Dans ce roman, Defred est indifférente au combat féministe de sa     mère : "Elle s'attendait à ce que je fasse l'apologie de sa vie et des choix qu'elle avait faits. Je ne voulais pas vivre ma vie selon ses exigences. " En face de la tyrannie, elle se voit dans l'obligation de résister comme sa mère.  Trop tard. "J'étais endormie [...] Maintenant, je suis éveillée", affirme Defred.

 

Trump hommes blancs colere


En 2013, Michael Kimmel publie un livre de sociologie, Angry White Men  " des hommes blancs en colère " pour analyser la colère qui animent un certain nombre d'hommes blancs de la classe moyenne, principalement de la classe moyenne inférieure.  
Hommes blancs de la classe moyenne sont en colère contre la société, le féminisme, le modèle économique, et la culture ambiante?


Michael Kimmel, par l'intermédiaire d'entrevues, et de rencontres étudie la colère de ses hommes, les motivations, les revendications et leurs points communs. Il formule une première conclusion : ces hommes sont en colère contre un modèle qui les marginalise dans le travail, dans le couple, dans la parentalité. Il dit dans son livre la masculinité américaine (et probablement occidentale) est en train de se transformer, de changer d'époque.

Ces hommes ne trouvent plus leur place dans la société actuelle, par manque de travail, par manque de perspectives, par les crises économiques successives, par délocalisation, et par déclassement social. Sur le plan sociétal, ces hommes ne trouvent plus leur place dans le couple, dans le rôle de parents. Ils ne sont plus chefs de famille, ils n'ont presque aucun droit dans le couple, et doivent s'adapter continuellement avec un mouvement féministe sans limite.


Quelques années plus tard, Trump est à la maison blanche et le livre de Kimmel est devenu best- seller.   
Ces hommes ne crient plus leur colère en critiquant le féminisme et le modèle social, ils sont dans l'étape de révolte. Ils s'expriment dans les urnes. Le cauchemar décrit par Atwood passera-il par la voie démocratique ?  
La servante écarlate est un roman qui date de plus 30 ans, un livre remarquable sur le plan littéraire par son style de narration et par la finesse de ses personnages.     


Si une jeune femme abandonne l'héritage féministe, elle dit que le combat est déjà gagné, et qu'il est temps de passer à autre chose ; Elle trouve aussi en face d'elle certains hommes de plus en plus hostiles au féminisme.  
Le féminisme n'est pas responsable des crises économiques, ni du chômage, ni de déclassement social. Par contre, Michael Kimmel souligne la colère profonde et déterminée d'hommes américains qui ont subi des réformes de la société favorables aux femmes sans se soucier des problèmes masculins dans le couple. Ces hommes déclassés perdent leur travail, leur rôle dans la famille, et même dans leurs couples. Ils ont du mal à voir leurs enfants une fois par semaine, gardés sous l'ordre des juges chez leurs ex-femmes, et sont toujours traités de dominateurs.


Dans son entrevue avec le journal anglais The Indépendant, le 18 juillet 2017, la romancière Margaret Atwood donne le début d'une réponse :  


"Quand on parle féminisme, on ne dit pas que les femmes sont meilleures que les hommes, ou qu'il faut pousser les hommes du haut d'une falaise... " .


La renaissance de ce grand roman pose une question :


Est-ce que la servante écarlate est la réponse efficace à la crise, aux hommes en colère et à leurs bulletins de vote à notre époque ?  


A chacun de formuler son propre avis ... 

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Stricke Back, série à succès d'après les livres de Chris Ryan

Strike back Stapleton Winchester Green

 

Stricke Back, des soldats un peu spéciaux 


Chris Ryan intègre le Special Air Service (SAS) en 1984. Au cours de ses dix années de service, il accomplit plusieurs missions qui l'emmènent aux quatre coins de la planète pour des entraînements ou des opérations spéciales. II assume, en outre, le commandement de l'équipe des snipers pour les missions de contre-terrorisme.
En janvier 1991, durant la 1ère Guerre du Golfe, un commando de huit hommes du SAS - nom de code " Bravo Two Zero " - est infiltré en profondeur derrière les lignes ennemies irakiennes.
La mission tourne à la tragédie. Un seul homme échappe à la mort ou à la capture, Chris Ryan. Il réalise alors la plus grande évasion jamais accomplie par un membre du SAS, ce qui lui vaut de recevoir la Médaille Militaire.
En 1994, Chris Ryan quitte le SAS pour se consacrer à l'écriture. Quinze ans plus tard, Chris Ryan est l'un des auteurs de thrillers les plus célèbres en Angleterre. Il a publié une dizaine d'ouvrages, qui ont tous dépassé plusieurs centaines de milliers d'exemplaires vendus. Il est à l'origine du phénomène " SAS thriller " en Angleterre.

 

Strike back Stapleton Winchester Mitra


La série Strike Back est une production américano-britannique basée sur les romans de Chris Ryan. La série prend notamment racine dans le roman homonyme (2007) de Ryan.
La cinquième et la dernière saison de cette série vient d'être diffusée dans certains pays européens. Ca sera le cas en France début décembre.     
C'est presque une tradition littéraire anglo-saxonne, raconter des exploits attribués aux soldats, et mettre en lumière la valeur de l'individu et son courage. C'est la tradition James Bond, des livres à succès à des films devenus mythiques.  
Cette série relate les aventures et péripéties d'une unité d'élites de l'armée britannique, dite " la section 20 " une unité secrète de renseignement militaire britannique, composée d'hommes et de femmes qui partent sur le terrain en mission spéciale, dangereuse voire en " mission impossible " pour lutter contre les terroristes.

 

Je me sens nu sans mon fusil

Organisation, compétence, efficacité, précision, force physique, sang-froid, logistique et ingéniosité sont requis par ses hommes face à des conditions extrêmes. Personne ne discute le bien fondé des ordres ; Scott et Stonebridge amis et complémentaires sur le terrain, le disent eux-mêmes nous sommes des soldats. Ces soldats sont commandés par un officier et le lieu de commandement s'appelle " la bergerie ", l'officier (homme ou femme) descend sur le terrain quand son équipe est dépassée par les événements.

 

Strike back Winchester

 

Cette série nous montre aussi les erreurs de ces officiers; hommes et femmes commettent des erreurs. La dure réalité de l'action n'épargne personne et la sanction ne tarde pas.  Cinq saisons de réussite, puis la saison 5 diffusée en 2016 met un terme à la série.  Ce n'est pas James Bond, ici, on meurt, on est blessé, on est capturé, on est humain. Courageux, dévoué, discipliné, professionnel mais humain.   
Vous aimez l'action, les kalachnikovs, les bagarres, et le sexe joyeux, vous serez servis.
Cette série est plaisante à voir, addictive, moments d'humour, solidarité dans l'action, quelques scènes de sexe et d'amitié tempèrent les moments de violence.  La série se passe dans diverses régions du monde où des conflits ont lieu, Afrique, Colombie, Thaïlande, Moyen orient, Corée, Ex-Yougoslavie, décors émouvants et beauté des paysages exotiques accompagnent les personnages à travers le monde.  Nous sommes loin aussi de l'ambiance de la série mission impossible.
C'est une série passe-temps, agréable à regarder sans autre prétention.

 

Strike back Stapleton Srbova

 

 

Nous sommes des soldats ou des putains de pions ?  

Nous sommes loin de James bond et ses exploits qui ont fait sourire nos parents.  La dernière saison se termine par la condamnation du pouvoir politique corrompu, cynique et incompétent, ces hommes politiques si loin du terrain et des risques de la vie réelle qui décident de supprimer la section devenue trop gênante. Des soldats qui croyaient servir leur patrie découvrent qu'ils sont des pions à sacrifier sur un échiquier politique ou diplomatique. Dans la dernière saison, la série a montré ces hommes soldats autrement, leurs fragilités, leurs questions et leurs problèmes personnels. Il ne s'agit pas de James bond, ni cowboys mais des hommes et des femmes soldats, des humains.

 

Strike back Srbova


Vous regardez plusieurs saisons de stricke back, vous pouvez dire que cette série rend insensible à la violence et à la mort, qu'il s'agit d'un spectacle.  La saison 4 puis la saison 5 entrainent les personnages vers l'émotion, vers l'introspection. La mort d'une camarade provoque chagrin, larmes et respect. On va un peu plus loin, ces soldats sont des maris, des pères, et des amis. Ils se permettent même de tomber amoureux et de pleurer.

 

Strike back Stapleton

 

Dans le monde occidental, après la guerre du golfe et la guerre d'Iraq, après les mensonges qui ont impliqué l'armée britannique en Iraq, les anglais, comme de nombreux occidentaux semblent ne plus croire dans le discours politique manipulateur, refusent même d'encourager tout engagement dans leur armée dans un conflit extérieur pour éviter que les soldats et les citoyens deviennent des pions dans un jeu cynique. La série sticke back va dans ce sens. Ils quittent l'armée et ses magouilles, ils gardent l'essentiel : le souvenir des disparus pendant les opérations et l'amitié avec les copains toujours en vie.   


C'est une fin intelligente, qui va dans la tendance générale des opinions publiques en occident qui désirent moins de guerre et plus d'intelligence dans la gestion des conflits .

 

 

 


 

 

 

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Poldark: série à succès, roman de Winston Graham

poldark Aidan turner Heida Reed

Poldark : série à succès en Angleterre

Tout le monde salue la nouvelle version de cette série anglaise historique, diffusée sur Netflix depuis juillet dernier.
C'est une fresque historico-romanesque dans l'Angleterre de la fin du VIIIe, adaptée du célèbre livre en 12 volumes de l'écrivain Winston Graham publiée dans les années 50. Déjà adaptée une première fois par la BBC, cette œuvre a connu un immense succès à la télé britannique dans les années 70.


Le point fort du roman réside dans sa richesse, c'est à la fois un un drame historique et une romance, une fiction historique avec des personnages " imparfaits " au caractère bien trempé, multidimensionnels et brillamment décrits.

Ross Poldark (Aidan Turner) le beau ténébreux, fils de bonne famille, noble de campagne (gentry), rentre chez lui en Cornouailles après deux ans passés dans l'armée à batailler dans les colonies en Amérique. Aidan Turner ajoute par son charisme et son énergie une belle dimension à ce personnage romantique, courageux et têtu. Comme dans le roman de Graham, la majeure partie de l'action se déroule après la perte de l'Amérique par les Britanniques.

poldark Aidan turner


A son retour, sa fiancée Elizabeth (Heida Reed) craignant qu'il ne soit tué, s'est fiancée à son cousin, Francis (Kyle Soller). Le père de Poldark est mort, son seul héritage est une maison mal entretenue et une mine d'étain négligée. Il n'a guère de quoi vivre, mais l'obstiné Poldark persévère à travers toutes sortes de défis.
Le jeune Poldark est obligé de discipliner ses deux vieux serviteurs,  de défendre son héritage de son oncle manipulateur (Warren Clarke) - qui ne voudrait rien de mieux que de voir son neveu quitter la région hors de la vue de sa belle fille Elizabeth, et aussi de creuser sa mine d'étain.

Ross fera tout ce qui est possible par changer les cartes que le destin lui a laissées : un maigre héritage, une mine abandonnée et une promise fiancée à un autre. Ross en surmontant ces épreuves, se montrera un vrai homme moderne et progressiste, un héros des temps modernes par son courage et par sa capacité d'adaptation.

poldark Demelza Eleanor tomlinsona

Le personnage important de la première partie est la jeune Demelza (Eleanor Tomlinsona), jeune-fille maltraitée d'un mineur pauvre.  Au contact de Ross, Demelza se transforme en jeune femme active, positive, intelligente, séduisante et même sociable. Sa grande proximité avec Ross, finira par les lier.
Les images du duo galopant à cheval à travers les paysages du bord de mer et des récifs sont d'une grande beauté.

Cette histoire romanesque nous montre la misère en Cornouailles dans cette période fin du 18ème siècle  où les habitants de ces régions attendaient le passage de bancs de poissons pour survivre l'hiver, la vie des mineurs (mines de cuivre ou d'étain), les maigres revenus des exploitations agricoles des propriétaires terriens en cette période de pré-révolution industrielle.
On observera dans cette série la peur des dirigeants anglais de la contagion de la révolution française, avec le durcissement des lois vis-à-vis de tous mouvements sociaux ou supposés l'être.


Ross a hérité d'une mine de cuivre à l'abandon dont il cherchera à relancer l'activité et pour se faire à besoin d'investisseur, car s'il possède la mine, il n'a pas d'argent pour la faire fonctionner. Ce feuilleton nous montre les débuts du capitalisme industriel, les actionnaires qui espèrent rentabiliser leurs investissements au risque de tout perdre, et l'apparition d'un système bancaire cherchant le profit ou la rentabilité à tout prix.
Amours impossibles, amis, ennemis, passion et sensualité, courage et rédemption : tous les ingrédients d'une grande fresque romanesque, avec des descriptions d'une époque : le rôle des femmes, le pouvoir, l'économie et la hiérarchie socio-économique.
Winston Graham a fait un merveilleux travail en décrivant la terre de Cornouailles et ses habitants, leurs vies, leurs traditions dans un pays au début de la révolution industrielle.  Il crée des personnages riches, il réussit des dialogues précis et brillants. Sa narration est enrichie de belles descriptions. Les méchants sont vraiment méchants, mais aux motivations compréhensibles, les bons personnages sympathiques sont réellement bons mais imparfaits.


L'un des plus beaux aspects de la série : nous voyons la progression d'un homme pauvre (Poldark) mais ambitieux, et d'une jeune femme avec peu d'éducation mais si riche en joie de vivre et en bon sens.

On voit la naissance d'un pays moderne, à travers les révoltes  de ses pauvres pour une meilleure justice sociale, la lutte des femmes et la naissance de nouvelles femmes comme Demelza ou Verity qui s' imposent par leur courage et leur bon sens, en dépassant le rôle passif des femmes dépendantes (Elisabeth) de leurs  maris à ce début du 19ème siècle. Nous ne sommes pas loin des personnages féminins positifs décrits à la même époque par Jane Austen.   

poldark Aidan turner Cornouailles


La réalisation de cette série est un hommage à un grand écrivain britannique sous-estimé.
Les images, les superbes paysages du bord de mer, réalisées par Cinders Forshaw sont un atout incontestable à cette bien belle série.
A voir. 

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Attraction ou the Human Contract : film mystérieux qui peut plaire

human contract attraction

 

Attraction ou the Human Contract: aimer pour oublier le passé

Voilà un film tourné en 2008, sorti en 2011 et qui vient d'être en DVD depuis Aout 2016. Je ne sais pas si ce film était dans les salles en France après sa sortie aux USA.  


Jada Pinkett Smith a réalisé un film sombre, un film sur les secrets et les blessures que nous cherchons à garder sous clé, et qui influencent nos vies et nos comportements. On suit l'histoire mais on reste en attente, les personnages n'avancent pas, n'évoluent pas.  Chacun est figé dans son passé.


On nous raconte l'histoire d'un homme (Julian) qui réussit socialement, et professionnellement, mais il est seul, il hésite à signer les papiers de son divorce.

 

human contract attraction Paz Vega


Essayons de simplifier l'histoire.
Au début du film, pendant une relation sexuelle, Julian est dans sa salle de bain et se regarde et frappe le miroir. Il refuse de donner le code de sa chambre de photos à petite amie. Il est en colère tout le temps car il y a un grand secret dans sa vie qui le tracasse.  
Julian Wright (Jason Clarke) est spécialiste compétent en marketing, mais est incapable de faire face à plusieurs événements de son passé. Il a perdu sa femme et envisage de signer les papiers du divorce. Avec sa vie amoureuse en lambeaux, il se concentre entièrement sur son travail avec une grande augmentation de salaire et un nouveau bureau à l'horizon. Il rencontre "Michael" (Paz Vega), une femme étrangère, avec une overdose de charme et de chaos


Cette femme séduisante, sexy, et libre, va compliquer sa vie. Le héros de ce film porte en lui un passé sombre, une mère alcoolique et abusive qui ne l'a jamais aimé. Il est violent dans ses réactions, et dans ses jugements.
Au contact d'une femme séduisante et légère, jouée Paz Vega, il découvre à nouveau ses propres souffrances et sa propre solitude. Elle le pousse à faire face à son passé. Il dérape, il refuse, il devient violent même avec elle.

 

human contract attraction Vega clarke


Vers la fin du film, on découvre que  sa mère avait tenté de se suicider et qu'il lui avait sauvé la vie. Au début du film, sa mère lui demande de repeindre sa chambre (où il a passé son enfance), mais il refuse. A la fin, il repeint la chambre et confronte sa mère sur le passé.  Pourquoi cela est-il arrivé ? Parce qu'il a eu une relation sexuelle avec sa mère quand il était enfant, et au début du film, le gémissement de la femme pendant l'acte sexuel lui rappelle cet acte sexuel avec sa mère.

La scène de fin est bien réalisée.  Il donne à la jeune femme la clé de la chambre où il range ses photos, des clichés sur la laideur du monde, puis peint sa chambre bleue en blanc, il dépasse enfin son passé douloureux avec sa mère, la page est blanche.

 

human contract attraction Paz Vega .jason clarke


Mention très bien pour l'actrice espagnole Paz Vega, elle joue avec réussite son rôle, de femme optimiste et enjouée, une infirmière pour adulte comme elle dit. Elle est belle, séduisante, humaine, avec justesse.  Les rares scènes de nudités sont tournées avec élégance.


Julian et Michael, une rencontre entre deux personnes à problèmes. Deux personnages négatifs qui peuvent séduire certains spectateurs.


C'est un film bien réalisé par l'actrice Jada Pinkett Smith. Sa première réalisation semble s'adresser à un public qui aime les scénarios sophistiqués. Chaque événement est à interpréter.  L'histoire est racontée d'une façon allusive, parfois difficile à suivre.    


Après ce film, la réalisatrice Jada Pinkett Smith a continué sa carrière d'actrice dans Menace II Society, Le Professeur Foldingue, Scream 2, Matrix sans oublier son rôle dans de Fish Mooney dans la série Gotham.

 

 

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Guest — Rami

Merci pour l'explication

Rien compris ce film, je l'ai trouvé indigeste. Avec cette explication de l'histoire, ça va mieux ... Lire la suite
mardi 4 octobre 2016 13:30
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Tallulah : beau film sur les visages de la maternité

Tallulah Ellen page

 

Tallulah : trois femmes et un bébé

C'est un film qui aborde plusieurs problèmes de la vie et qui les résument assez bien. C'est une histoire touchante qui ne laisse pas insensible. Le film gravite autour de trois femmes qui doivent, chacune à leur tour, mettre en œuvre leurs instincts maternels.
Les trois femmes dont le destin est lié, devront chacune faire appel à leur instinct maternel et surtout réussir chacune à son tour à se remettre en question.

La scénariste réalisatrice Sian Heder a présenté son film "Tallulah" pendant l'été 2016 au festival du film Sundance. Le film d'Heder est disponible depuis ce jour sur le site Netflix.

Le script d'Heder est ambitieux, il traite l'histoire d'un bébé " volé " et de trois femmes avec leurs histoires et leurs vécus.  Elles sont plutôt de mauvaises mères négligentes mais leur amour pour l'enfant est sincère.

Ellen Page joue Tallulah, une jeune marginale qui vit dans sa camionnette et passe ses journées avec son petit ami Nico (Evan Jonigkeit). Leur relation est marquée par un manque de responsabilité personnelle et leur isolement du monde extérieur.

Ellen Page, comme Tallulah elle-même, est la véritable vedette du film. Une décennie après son film Juno en 2007, Page retrouve un rôle complexe, où elle réussit à jouer une petite voleuse, légère, empathique.

 

Tallulah Ellen page film

Elle se retrouve obligée de faire un choix qui s'impose à elle sans qu'elle ne s'y attende. La jeune femme sans racines arrache un petit enfant à sa mère riche et négligente et fait passer le bébé pour le sien, par volonté et souci de le protéger. Cette décision connecte et transforme la vie de ces trois femmes très différentes.

Tallulah perdue après avoir rompu avec son petit ami, est recruté par une mère au foyer, Carolyn (Tammy Blanchard) pour faire la baby-sitter, le temps d'un rendez-vous qu'elle espère galant. Dans une scène d'introduction, Blanchard est l'exemple même de la mauvaise mère qui a perdu tout contact avec le réel, obsédée par son image et sa capacité à séduire, sans soucier de son bébé. A son retour, elle découvre tardivement que Tallulah a emporté le bébé avec elle. Tallulah emmène le bébé chez Margo (la mère de son ex-copain), en affirmant qu'il s'agit de son bébé avec Nico. Margo accueille à contrecœur Tallulah et sa "nouvelle" petite-fille.

 

Tallulah Ellen page bebe film

 

Tallulah n'avait comme objectif que de sauver ce bébé des griffes de sa mère négligente et indifférente. Elle s'attache à cet enfant et finit par se perdre dans son propre mensonge. La fausse vie de famille qu'elle mène avec la mère de son ex lui convient. Le déni s'installe.  Page réussit à être dans la retenue sans surjouer ce personnage excentrique, sans trop de notes dramatiques ou humoristiques que son personnage est sensé apporter.

Margo est isolée du monde, elle vit seule avec une tortue dans un appartement appartenant à son ex mari. Elle est séparée de son ex mais refuse le divorce.
Margo et Tallulah finissent par avoir un lien ; Margo devra prendre plus de risques pour protéger Tallulah et le bébé.
La performance de Allison Janney mérite mention. Est-ce son meilleur rôle au cinéma ? Elle réussit à nous séduire avec cette femme solitaire, vivant dans un épuisement émotionnel et personnel.

 

Tallulah Ellen page Allison janney

 

"Tallulah" est un début intéressant d'Heder, qui travaille comme scénariste dans d'autres projets de Netlfix.
Sian Heder n'en est qu'à ses débuts. Pour une première, Heder réussit son pari, avec un film riche en émotions, une réflexion sincère et profonde sur la maternité.

 

Tallulah, ce sont trois femmes maladroites avec la maternité. Sian Heder explore leurs défauts sans jugement simpliste, ni moraliste.

 

Scénario : 4 etoiles
Réalisation :  3 etoiles

Impression générale : 4 etoiles
Inivitation d'aller voir le film : 4 etoiles

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Westworld, divertissement pour réfléchir sur nous-même

wrestworld dolores teddy

 

Westworld, divertissement avec ou sans méditation

Westworld c'est la série de HBO qui cartonne sur les écrans de télé, cette série est diffusée en France sur canal et sur OCS.
A la fin de la première saison, on découvre une série haut de gamme, un casting magistral, un jeu d'acteur excellent pour interpréter un scénario complexe, attirant et chargé de détails et de signification.


Westworld raconte la vie d'un immense parc de loisir futuriste où des robots à forme humaine interprètent comme de vrais acteurs, des scénarios pré-établis. Les visiteurs paient le prix fort pour se lancer dans des aventures en plein far-west, en compagnie de ces robots réalistes, pour échapper à l'ennui de leur vie réelle,  pour satisfaire des besoins primitifs : divertissement, jeux, violence et sexe. Le visiteur peut tuer n'importe quel robot ou coucher avec, en le séduisant ou en le violant. Tout est permis.      

 

wrestworld affiche

 

Pourquoi pas, après tout, des gens ne paieraient-ils pas une fortune - un invité cite un tarif de 40 000 dollars par jour - pour se plonger dans un simulacre de l'anarchie du far - West ou de la guerre de secession ?
Westworld répond que nous (les humains) le ferions pour se livrer à des appétits autrement indicibles pour la violence insensée et le sexe transgressif, sans scrupule moral ou conséquence juridique. La série est remarquablement dure dans sa description de la cruauté sous-jacente de ces appétits. Un touriste ennuyé cloue une main d'un vieil " homme " à une table avec un couteau à steak, juste pour lui faire fermer " sa gueule ".  Un autre tire dans le dos d'un robot en criant "Maintenant, c'est mes putains de vacances !"
Un grand et prestigieux projet de la chaîne HBO. Une superproduction dont le chantier a duré plus de trois ans, produite par J.J. Abrams.

Une belle réussite

 

abs11.5 bleu2 Westword, un parc de divertissement

On commence par suivre les aventures de Dolores, robot à l'apparence d'une jolie jeune femme naïve et innocente qui rêve de changer de vie, de Maeve la tenancière d'un bordel, Bernard un chef programmeur qui veille sur le bon déroulement des scénarios et sur la sécurité des visiteurs. Il y a aussi un mystérieux Ed Harris vêtu de noir qui cherche le secret du labyrinthe : il ne sait pas exactement ce que c'est, mais pense que le parc de Westworld dissimule un secret et il est déterminé à le trouver, quitte à y passer 30 ans de sa vie.

D'autres personnages complètent l'histoire, des indiens, des fermiers, des voleurs, des nettoyeurs, des visiteurs et des employés chargés de la maintenance du parc et des robots.
Deux savants ont participé à la création de ce parc : Ford et Arnold .

 

wrestworld anthony hopkins


Il y a 40 ans Ford et Arnold créent les premiers androïdes dans le parc encore fermé au public. Arnold, suite à divers entretiens avec le robot femme Dolores, il pense que les robots ont une conscience et que le parc ne doit pas être ouvert au public. Ford n'étant pas d'accord, Arnold exporte les données de Wyatt, un personnage meurtrier, en Dolores pour la pousser à tuer tous les hôtes et à le tuer lui-même. Arnold pense ainsi faire fermer le parc, mais n'y parvient pas.
Ford réussit à ouvrir le parc. Il a besoin d'investisseurs. Parmi ceux-ci, William et Logan. William rencontre Dolores, tombe amoureux d'elle et sombre dans la violence. William est tombé amoureux du parc et fera tout pour devenir actionnaire majoritaire et relancer le budget.


A présent on voit la charmante Dolores et un homme en noir qui mène sa quête vers le labyrinthe, le sommet du jeu des scénarios proposés par le parc. Dolores, une fois de plus, fuit sa ferme natale et se dirige vers le village où elle a commis le massacre, pour découvrir le centre du labyrinthe. Maeve la tenancière d'un bordel prend conscience de ce qu'est vraiment le monde de Westworld et tente de quitter le parc. Ford a créé un androïde à l'effigie d'Arnold qu'il a nommé Bernard et qui est chef de la programmation du parc. Ford prépare un nouveau scénario, qui est en fait le début de la révolte des androïdes, qui prend forme lors d'une soirée avec de nombreux invités humains.

 

wrestworld dolores maeve

 

abs11.5 bleu2 Les robots ne peuvent pas faire de mal aux être vivants (humains ou visiteurs)

Cette règle est la base de la robotique. Un robot ne doit pas faire de mal aux vivants. Les visiteurs peuvent tuer les robots mais les armes des robots ne touchent pas les visiteurs. Ceci permet toute sorte de massacre, de violence, et de dérapage. Entre meurtre et sexe, le visiteur découvre subitement ses propres besoins, et ses propres démons.
Chaque matin, inlassablement les robots (remis en état et éternellement jeunes ou vieux) recommencent le jeu, Dolorès dans la rue, Maeve dans le bordel, les visiteurs arrivent, une immersion totale dans un monde du far West. Certains montent dans les chambres s'amuser avec les prostituées, d'autres tirent sur les robots et déclenchent des tueries, d'autres suivent des chemins plus complexes.    

 

wrestworld rachel evans


Les robots n'attaquent jamais les mouches qui leur tournent autour. Ce sont donc tous les êtres vivants qui sont censés être protégés des robots...mais à la fin de l'épisode, on voit Dolores frapper la mouche qui lui tourne autour. Une action violente qui devrait certainement laisser la place à d'autres. Dolorès échappe aux scénarios pré-établis. Ainsi on découvre que plusieurs androïdes sont capables de tuer des humains.


" These violent delights have violent ends "

" Ces passions violentes auront une fin violente " 

 

Cette citation de Shakespeare reprise plusieurs fois dans la série est en fait une forme de révélation sur ce qui va se dérouler à la fin de la saison 1. La violence des humains se retourne contre eux dans un bain de sang orchestré par Ford, amenant de grands changements : les robots vont être capables de se défendre et vont peut être aller plus loin dans la saison 2.


Les créateurs Jonathan Nolan et Lisa Joy ont scénarisé une série complexe.  En surface, c'est un western, qui réunit les ingrédients du genre : Dolores la belle en danger (jouée par Evan Rachel Wood), Teddy le valeureux cowboy (joué par James Marsden), Maeve la mère maquerelle (jouée par Thandie Newton), et tous les personnages attendus, dans des décors sauvages avec montagnes, plaines, et ville où des fusillades éclatent à chaque coin de rue. Sauf que tout cela est mis en scène par une équipe planquée dans le sous-sol du parc, composée de sa patronne Theresa (jouée par Sidse Babett Knudsen, de son programmateur en chef Bernard (joué par Jeffrey Wright), de son vieux concepteur Robert (interprété par Anthony Hopkins). La série profite de la beauté de ses décors et de la qualité de ses effets spéciaux pour multiplier les séquences fortes : chevauchées, voyages en train, débarquement d'une pelleteuse monstrueuse, etc.

Elle déborde aussi de bonnes idées, comme ce piano mécanique qui joue des tubes modernes (Black Hole Sun de Soundgarden, No Surprises de Radiohead...) en mode western. Le récit ne manque ni de souffle ni de poésie, et mêle action, romance, science-fiction et mystère, avec la tension nécessaire pour capter notre curiosité.
Pour faire tenir un tel édifice, il fallait une distribution hors normes. La liste est vertigineuse, réunit des vedettes venues du grand écran, Hopkins, Harris, Wright, Rachel Wood, Newton, et une pléiade d'excellents acteurs connus.
Westworld offre une mise en abyme passionnante, qui aborde les notions du libre arbitre, de la prédestination, de la liberté, de la conscience etc.

 

wrestworld wililam


abs11.5 bleu2 Un grand spectacle au souffle métaphysique.


Contaminés par un virus joliment appelé " les rêveries ", certains robots vont apercevoir des éclats de leur passé, et développer une mémoire et donc s'humaniser. Mais leur passé n'est que l'accumulation de vies brutalement interrompues, car le même humanoïde est reprogrammé plusieurs fois pour tenir différents rôles en fonction de l'inspiration du scénariste du parc. Quelle nature va ressurgir une fois la machine libérée ? Peut-elle se reprogrammer d'elle même ou se retourner contre son créateur ?

 

abs11.5 bleu2 L'homme en noir, William et les autres humains

Cela fait 35 ans que William explore le parc. Il a progressivement sombré dans la violence. Au début, il est tombé amoureux de la fragile Dolorès. Il ne trouve aucun sens au monde réel et s'épanouit dans Westworld, en massacrant les hôtes, à la recherche d'expériences toujours plus violentes et plus fortes. Il est également l'actionnaire majoritaire. Il cherche le centre du labyrinthe mais il n'a pas compris que le labyrinthe était métaphorique et uniquement destiné aux hôtes.
Les humains s'interrogent sur le sens de leur existence, à commencer par Bernard Lowe, ingénieur en chef au passé douloureux, qui trouve un réconfort dans sa relation avec les robots, Ford, vieux sage taillé sur mesure pour Hopkins,  porte une piste narrative complexe, entre émotion et mystère. L'enjeu central de la série est profond : que va-t-il se passer dans les limites de Westworld, qui va vivre, survivre, dérailler, chercher à fuir, à abattre ou à protéger les humanoïdes ?
Les humains dans Westworld sont mis à l'épreuve. Que faire en face de robots qui imitent à la perfection le comportement humain : tuer, massacrer, désirer, faire l'amour, violer, pendre, aimer, protéger ?   

 

abs11.5 bleu2 Une lecture de Westworld

Cette série nous propose certaines pistes de réflexion.  Il n'y a fondamentalement aucune différence entre le sens à l'intérieur du jeu et à l'extérieur.  Les humains sont toujours à la recherche de sens. Les gens de l'extérieur sont allés à l'intérieur pour le chercher, et les gens à l'intérieur veulent sortir pour le trouver. Sans réflexion sur les conséquences de nos actes,  il n'y a pas de sens à la vie. Les actions non analysées ne produisent aucun sens. Cela fait 35 ans que William tue et massacre des robots sans savoir ni comprendre pourquoi.    


Cette série rappelle un bon film sorti l'année dernière  Ex Machina réalisé par Alex Garland, qui traite le sujet des androïdes et leur éventuelle révolte contre les humains.


Westworld, c'est la vie et la mort. Tuer ou être tué. Sauvez la jolie et frêle demoiselle ou la violer, la séduire ou la frapper.  Héros ou méchant dans un monde simple et primitif, où le moi animal est révélé et se doit d'agir.
Westworld  est en grande partie un spectacle sur les gens à la recherche de réponses. Des touristes riches et curieux cherchent à découvrir ce que l'on ressent en commettant un meurtre gratuit ou en se livrant aux pulsions sexuelles les plus primitives. Comme le dit un programmeur à une de ses créations androïdes, "Vous et tout le monde que vous connaissez, vous êtes construits pour satisfaire les désirs des gens qui paient pour visiter votre monde "
Westworld suggère que la conscience se développe non seulement dans les êtres, mais  parmi eux. La prise de conscience de soi est fondée sur une prise de conscience des autres. Quand un des androïdes commence à agir étrangement, un ingénieur s'inquiète que le problème puisse se révéler "contagieux" - et il a raison de s'inquiéter.


Bertrand Russel, le philosophe anglais, a dit  : nous serons si malheureux le jour où nous n'avons plus de problèmes matériels, nos cerveaux vont lutter pour trouver la signification de notre existence.
Je n'aimerai pas pénétrer ce genre de parc, je ne sais pas comment je vais me comporter dans ce Westworld. Je n'ai pas envie de voir la partie de moi que j'essaie de contrôler et d'oublier.   

 

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3 films de Michelle Pfeiffer, à partir de trois romans

Michele Pfeiffer beaute coprs

 

Michelle Pfeiffer, trois films de trois romans

Pour certains, Michelle Pfeiffer restera à jamais la Catwoman de Batman, Pour d'autres, c'est l'actrice des rôles sérieux, complexes et des scénarios littéraires.

 

Biographie de Michelle Pfeiffer

 

Née le 29 Avril 1958 à Santa Ana, Californie, Michelle Marie Pfeiffer est la fille de Richard Pfeiffer, un créateur de jeu vidéo et Donna Pfeiffer, une femme au foyer. Sa famille originaire du Dakota du Nord a déménagé à Midway City où Michele allait passer ses premières années scolaires. Après des études d'art dramatique, en Californie, elle rejoint la ville du cinéma pour intégrer le casting d'une série télévisée, Delta House, en 1979.
Pfeiffer fait ses débuts à la télévision en 1978, quand elle décroche un petit rôle dans la série d'ABC, Fantasy. Elle continuera à jouer dans un certain nombre d'émissions mineures de télévision.
Premier rôle en 1982 est dans la comédie romantique musicale, Grease2 de  Stephanie Zinone  Grease 2. En dépit des critiques négatives pour ce film,  Pfeiffer va jouer dans le film Scarface, de Brian De Palma en 1983.

En 1988, elle joue le rôle de la vertueuse Madame de Tourvel dans Les Liaisons Dangereuses, sous la direction de Stephen Frears. Son interprétation est acclamée par la critique, et elle remporte le BAFTA Award de la meilleure actrice dans un second rôle et est nommée pour l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle.

 

Michele Pfeiffer filmographie romans

L'actrice est au sommet de sa gloire au début des années 90. Elle va avoir un rôle dans une production grand public en 1992, elle se glisse dans la tenue sexy de Selina Kyle, plus connue sous le nom de Catwoman. Son personnage d'héroïne féline dans le Batman, le défi de Tim Burton est son plus gros succès au box office.


Après cette superproduction, elle choisit encore pour la deuxième fois un scénario littéraire avec Le Temps de l'innocence (1993) de Martin Scorsese.
A partir de la fin des années 90, l'actrice se cantonne essentiellement dans le registre romantique  Personnel et confidentiel, Un beau jour, Une vie à deux.

Elle tourne un scénario littéraire, Chéri sous la direction de Stephen Frears en 2012.
Puis People Like Us (2012) et la comédie de crime Malvita en 2013, puis le Crime de l'Orient-Express qui sera tourné en 2017.
Parmi ces trois films, il est possible de trouver le meilleur rôle du cinéma de Michelle Pfeiffer. Elle a accepté ces scénarios tirés de trois chefs d'œuvre littéraire et le défi de jouer ces rôles complexes.

Michele Pfeiffer les liaisons dangereuses

Les liaisons dangereuses (1988)


Deux aristocrates brillants et spirituels, la marquise de Merteuil et le séduisant Vicomte de Valmont, signent un pacte d'"inviolable amitié" à la fin de leur liaison. C'est au nom de celui-ci que la marquise demande à Valmont de séduire la candide Cécile de Volanges qui doit prochainement épouser son ex-favori, M. de Bastide. Mais Valmont a entrepris de séduire la vertueuse Mme de Tourvel.
C'est la meilleure adaptation à l'écran du roman de Choderlos de Laclos. Œuvre littéraire majeure de la littérature française du XVIIIe siècle, ce récit épistolaire devient plus léger et plus rythmé, fruit de la collaboration du réalisateur Stephen Frears avec Christopher Hampton. Cette version est directement adaptée de la pièce que Christopher Hampton a montée à Broadway en 1987.
Ce film passe de la comédie noire au ton du polar. Stephen Frears reste fidèle à lui-même en portant un regard ironique et incisif envers les membres d'une classe sociale, les nobles de la période prérévolutionnaire. Les passages dramatiques du roman sont abordés avec un ton humoristique. Le film fut un succès planétaire et consolida la place de Frears dans l'industrie hollywoodienne, et ouvrit les portes du cinéma à Michele Pfeiffer.
Michelle Pfeiffer joue tout en retenue, sa beauté est magnifiée par la mise en scène, subtil mélange d'élégance et gravité. C'est un de ses plus grands rôles au cinéma.

 

Michele Pfeiffer le temps de linnocence


Le Temps de l'innocence  (1993)


Le Temps de l'innocence est une curiosité réussie dans la carrière de Scorsese, plus habitué aux films de gangsters et d'affranchis.
Le Temps de l'innocence, du roman de l'américaine Edith Wharton  prix Pulitzer 1921 est un mélodrame, histoire d'amour impossible au sein de l'aristocratie new-yorkaise des années 1870. Michelle Pfeiffer (Ellen) et Winona Ryder (May) partagent l'affiche avec Daniel Day-Lewis (Newland).
Newland Archer/Daniel Day Lewis est amoureux de la comtesse Olenska/Michelle Pfeiffer, victime d'un mariage malheureux. Newland, conformément à son rang et aux conventions familiales, doit épouser May/Wynona Ryder. Autour d'eux, gravitent beaucoup de personnages faisant plus ou moins partie de leurs cercles familiaux. On y retrouve ses thèmes favoris d'Edith Wharton : la solitude, l'amour frustré, la force des barrières sociales, l'atmosphère d'un New-York puritain, les bourgeois.
Il n'y a pas de héros ici, pas de morale, juste un roman lucide sur la condition humaine et sur la société d'une période puritaine qui étouffait ses jeunes et leurs émotions dans un univers de politesse, de bonnes manières et de ragots.
Le film bénéficie d'un cadre stylisé, robes de satin, demeures fastueuses, tableaux de grand maîtres, cérémonies, luxueux mets et superbes meubles.  Voilà le décor qui protège le poids des conventions, surtout quand il s'agit de mariage.
L'irruption de l'émotion dans ce monde va entraîner l'hostilité. Une femme en instance de divorce tombe amoureuse d'un homme marié. La société va protéger le mariage de cet homme, en faisant bloc contre cette liaison.
La lumière tout à fait prodigieuse illumine l'ensemble des scènes avec délicatesse. La photographie est superbe. Le réalisateur a une science du cadrage et à des mouvements de caméra virtuoses.
Un film réussi sans être le meilleur de Scorsese, ni de michelle Pfeiffer. Elle porte son rôle avec minutie, elle sait jouer comment montrer ses émotions, comment les dissimuler en société, comment se retenir, comment parfois s'abandonner.   

 

Michele Pfeiffer cheri film roman collete


Chéri (2009)


Dans Chéri de Stephen Frears, une courtisane vieillissante nommée Léa est allongée à côté de son amant.  Il lui murmure : Vous êtes si belle.  Fred, dont le surnom est Chéri, a 30 ans moins que sa maîtresse. Léa, jouée par Michelle Pfeiffer lui réponds : Un bon corps dure longtemps, Tout le monde le sait.
Le film, une adaptation d'un roman des années 20 de Colette, donne l'impression d'une liaison légère. Il est beau superficiel, elle est une "femme d'affaires" blasée. Le film nous mène tranquillement dans la légèreté puis la quasi-totalité de l'impact du film est livrée dans ses dernières minutes, fin d'une époque, la guerre, le réel qui intervient dans la chambre des amoureux.  
Lea est tragiquement consciente d'elle-même, de ses avantages et ses faiblesses. L'affaire est amusante au début, badinage et séduction puis attachement réel à un presque adolescent. Le roman de Colette comme le film revisite certains thèmes ; la rivalité féminine, la perte de la beauté, la sexualité.
Dans ce film, Michelle Pfeiffer a osé briser l'image de la femme belle et séduisante, elle joue avec justesse le rôle d'une courtisane vieillissante, qui joue ses dernières cartes, le corps séduit moins qu'avant, les amants plus jeunes rencontrent des femmes plus jeunes. Michelle Pfeiffer impressionne en femme à l'automne de son charme, dans une reconstitution du Paris des années 1910 qui ne laisse pas indifférent. Chéri offre un rôle écrit sur mesure pour Michelle Pfeiffer, brillante, complexe, d'une beauté finissante, témoignage de Stephen Frears à la littérature française.

 

On se trompe en réduisant le cinéma américain aux films grand public, et les acteurs américains à des produits du box office.
Dans ces trois films, Pfeiffer rend hommage à la grande littérature affirmant que l'association de ces arts peut faire de belles réalisations.

 

 

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Brooklyn

brooklyn movie

 

From ireland to brooklyn

J'ai bien aimé le film Brooklyn un film de 2015 de John Crowley et Paul Tsan avec Saoirse Ronan, Domhnall Gleeson à partir du roman de Colm Tóibín.

Une bien modeste jeune fille dans un village négligé mène une vie ordinaire entre sa mère et sa sœur, dans l'Irlande pauvre des années 50.

 

brooklyn ireland

 

Sa sœur la voyant sans avenir, aidée par le prêtre du village, la pousse à trouver du travail en Amérique, elle voyage par bateau avec d'autres migrants et est accueillie dans la communauté irlandaise de Brooklyn.
La- bas elle sera une vendeuse dans un grand magasin, malgré le mal du pays et de sa famille. Elle loge et vit dans une pension de famille. Jusqu'au jour où le prêtre de la communauté l'inscrit à des cours de comptabilité, lui permettant d'obtenir enfin un diplôme.

 

brooklyn film

 

A partir de ce moment, son destin change, la jeune fille voit s'ouvrir devant elle les portes jusqu'alors fermées. Elle rencontre un jeune italien qui veut l'épouser. Elle retourne en Irlande pour l'enterrement de sa soeur, et se voit proposer un emploi de comptable dans une entreprise. Un jeune homme irlandais de bonne famille lui fait la cour et veut la retenir auprès de lui. Sa mère désormais seule souhaite aussi sa présence.

Elle constate tous ces changements et dira " j'aurai bien aimé qu'on me propose tout cela avant "
Cette modeste jeune fille devenue une jolie jeune femme instruite, diplômée et capable, se voit solliciter à prendre son destin en main.

 

brooklyn film amour

 

La narration simple, efficace, rafraichissante sans le misérabilisme généralement associé aux migrants irlandais de cette époque, nous montre la lente transformation de la chrysalide en papillon aux couleurs éclatantes.

 

Elle choisira l'avenir à construire plutôt que le passé. Quand diplôme et éducation vous ouvrent les portes du destin....

 

 

 

 

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Série Girls : 4 filles désenchantées à New York

girls Dunham Williams Kirke Mamet

De gauche à droite : Zosia Mamet, Allison Williams, Lena Dunham et Jemima Kirke, les quatre interprètes principales de la série.  Girls, une série-ovni, personnelle et attachante

 

Série Girls : 4 filles désenchantées à New York  

"Je ne veux pas vous faire peur, mais je pense que je peux être la voix de ma génération, ou du moins, une voix dans cette génération. " déclare Hannah dans le premier épisode de Girls en 2012.


La série commence avec Hannah Dunham une fille de 24 ans qui aspire à devenir journaliste, elle vit à New York. Ses parents lui annoncent qu'il est temps de devenir adulte et autonome, et qu'ils vont arrêter de l'aider financièrement, qu'elle devrait trouver un emploi rémunéré plutôt des stages de l'année écoulée. Ses amies une bande de filles (Allison Williams, Jemima Kirke et Zosia Mamet ) ont toutes leurs propres problèmes,  des citadines post-universitaires, à la recherche d'un emploi, d'une carrière et d'une relation amoureuse.


Six ans plus tard, dans la rue de banlieue, une jeune adolescente parle avec Hannah en lui disant madame, pendant qu'Hannah cherche un moyen pour convaincre son nouveau-né d'accepter de téter son sein. Elle est devenue adulte, maman et responsable d'un enfant.   

 

girls serie tele tv show

 

Dès que la chaine HBO a diffusé le premier épisode de la série en 2012, Girls s'est démarquée des autres séries par ses personnages féminins, par son réalisme, du scénario et de la réalisation. Un parti pris et revendiqué par Lena Dunham (Hannah), réalisatrice, auteur et actrice principale, passée en quelques épisodes d'une inconnue à la porte-parole d'une génération de jeunes femmes urbaines, ironiques et désabusées.  
En 2017, Clap de fin. Six années de louanges, de critiques, de polémiques, et d'audiences fluctuantes, la fin de la sixième saison de la série américaine a eu lieu en février 2017. Les quatre copines perdues dans la Grosse Pomme tirent leurs révérences.

Amours compliquées, impasses financières, corps imparfaits, sexualités et genre, angoisses existentielles. Dunham parvient à nous dessiner les amitiés féminines actuelles, l'angoisse de l'âge adulte, les relations,  la sexualité, l'estime de soi,  l'image corporelle, et  l'intimité dans un monde de médias sociaux qui favorise la distance, la perte de sens et le narcissisme, où il faut survivre avec la précarité et le doute.
Lena Dunham s'est imposée comme un visage de l'intelligentsia culturel new-yorkais, récompensée par deux Golden Globes , comparée à Woody Allen dans sa façon de traiter les sujets graves avec ironie, dérision et recul.


Des jeunes femmes 15 ans après " sex and the city "

Pendant dix ans, la série sex and the city racontait le parcours de 4 femmes dans le monde de la consommation, des couples précaires, et la sexualité, Girls parle de la précarité des jeunes femmes, sur plan personnel et professionnel.  Girls s'est concentré sur des héroïnes jeunes dans une époque particulière, dans les années post-crise économique (subprimes). Sex and The City  présentait des femmes trentenaires bien intégrées, aisées et sophistiquées.


Quand Sex and The City était à son apogée au début des années 2000, on voyait des modèles féminins comme la sauvage Samantha, Charlotte la distinguée romantique aux yeux écarquillés, la cynique Miranda ou Carrie et ses chaussures. Dans Girls, il y a la sauvage Jessa,  Sosh la romantique, la belle angoissée Marnie et Hannah la sans-pudeur et sans limite.


Cette génération de femme post crise doits'adapter à un contexte économique compliqué. Cette génération vivra moins bien que ses parents.  La précarité économique s'accompagne d'une précarité émotionnelle et relationnelle. Leurs vies sexuelles sont insatisfaisantes, parfois même dégradantes. Cela n'existait pas dans Sex And The City.
Sur le plan relationnel, la fameuse entraide féminine si présente dans sex and the city disparait. Les personnages sont angoissés, terrorisées par l'avenir, et nombrilistes.  
Sur le plan physique, Girls montre des corps en insistant sur le gras, dans des positions peu flatteuses, on montre les fesses rebondies, les bourrelets, les seins de Hannah entre autres. Cette nouveauté fut bien reçue par les téléspectateurs. La créatrice de la série se met en scène dans une volonté claire de casser les codes de représentations.

 

girls amour sexe relations


Le sexe

Parmi les mythes du cinéma Hollywoodien, les femmes peuvent avoir des expériences sexuelles satisfaisantes sans jamais enlever leurs soutiens-gorges, et peuvent atteindre des orgasmes mémorables en quelques minutes. Les "Girls" cassent ces codes irréalistes usés et surannés. Dans cette série, le sexe est nu, cru, en sueur, étrange, surprenant par son réalisme et peu flatteur.
Ces jeunes femmes ont une sexualité récréative, désordonné, parfois utilisée pour apaiser une angoisse ou partager une émotion, dans des rencontres éphémères.


Girls  montre des scènes gênantes pour le spectateur, où les filles sont nues, vulnérables, déliassées.  Les filles ne refusent pas la sodomie mais négocient cette pratique avec ou sans préservatif, elles sont désabusées, n'osent pas dévoiler leur insatisfaction et n'ont pas beaucoup de choix.  


Girls peut être une série troublante en raison de son réalisme cru.  La sexualité de ces filles n'est pas plus satisfaisante que celle de leurs grands-mères.  Cette sexualité est montrée comme aléatoire et partagée avec des partenaires masculins parfois indifférents ou perdus dans leur propre précarité. Les hommes dans cette série sont troublés par leur orientation sexuelle, par leur égoïsme, et par leur situation économique. Le copain d'Hannah peut se masturber devant elle, peut la tromper. Son père devient homo après 25 ans de mariage, son colocataire est homo.      

 

Pas de romance, restons réels 

Alors que les livres de néo romance et les films sont à la mode, la série Girls échappe à cette tendance. En dépit de nombreuses rencontres et relations, les héroïnes terminent la série, seules, sans couples romantiques et sans fin " heureuse ".
Au fur et à mesure que le spectacle se déroule, Hannah, Marnie, Jessa et Shoshanna ne parviennent pas à sortir de leur stagnation. Les quatre femmes finiront par grandir et adopter une vie adulte responsable avec résignation, sans les feux d'artifices d'une romance à l'américaine.
Hannah a quitté la ville de NY et ses cycles d'appartenance et d'aliénation pour quelque chose de nouveau.
Le réalisme invite les scénaristes à refuser la romance, à exhiber une réalité que le cinéma n'aime pas montrer.   Elles cherchent un travail, un foyer, elles ne seront pas invitées dans des resto chics, ni dans des avions privés. Elles sont dans la vraie vie.    

 

girls Dunham


Reconstruire le corps d'une femme

Il est difficile de compter combien de fois Lena Dunham a enlevé son soutien-gorge ou à baissé sa culotte dans "Girls ". Dès le début, elle fait du corps un usage différent, le corps est réaliste, montré dans ses imperfections et ses détails.  Girls discutent les détails du corps, de ses réactions, de ses problèmes comme si la série cherchait à redéfinir la beauté féminine et le corps féminin.
Hannah est une femme, pas toutes les femmes. C'est son corps et et non le corps féminin.
En montrant une figure réaliste et imparfaite, Hannah oblige les femmes à se réconcilier avec leurs propres corps. Elle montre à plusieurs reprises qu'Hannah n'est pas maternelle, n'est pas douce, n'est pas émotive ou empathique vis-à-vis d'autres femmes. Lena Dunham veut être réaliste au risque d'être détestée.  Dans l'autre sens, le personnage de Marnie est provocateur, corps mince et léger, jolie visage de princesse de Disney. Elle adore planifier, organiser mais est en échec après un mariage désastreux et une carrière ratée de chanteuse de folk, Marnie trop désireuse d'être admirée, objet du regard masculin. Sa beauté ne changera rien à son parcours de vie.


Une conclusion : l'amour désenchanté ??


En terminant cette série, j'ai pensé à certains de nos sociologues et nos philosophes   français qui ont traité le sujet de l'amour désenchanté.     
Au début du XXe siècle, le sociologue Max Weber a décrit le désenchantement, par une modernité où le savoir et la science mettent fin à l'irrationnel. Un siècle plus tard, la psychologie, la psychanalyse, les neurosciences ont réduit l'amour à l'inconscient, à la pulsion sexuelle, ou à une chimie cérébrale.
E. Illouz écrit que " la conjonction du consumérisme, de la légitimation croissante de la sexualité par la psychologie et par le féminisme" a fini par désenchanter l'amour. Dans son ouvrage Les Sentiments du capitalisme, elle décrit comment la consommation, la marchandisation du sexe ont déréglé le marché de l'amour.
Elle souligne combien un certain féminisme a participé au désenchantement des relations amoureuses. La séduction devient politiquement incorrecte, le couple n'est plus amour mais liberté et égalité.
Et la solution ?  
Faudrait-il jeter aux orties la liberté de choix, l'individualisme et l'émancipation des femmes pour sauver l'amour ?  Non.
E. Iglou invite à trouver des alternatives pour ré-enchanter la modernité amoureuse. A chacun de trouver sa solution, car nous sommes dans une société individualiste.   Pour trouver la solution, chacun devrait être conscient de l'enjeu.
Les filles (de la série) à la recherche d'un nouveau modèle de relation ont échoué, et se retrouvent seules enfin de compte, mais elles recommencent à chercher.      
Encore essayer, Encore chercher, et inventer son modèle amoureux.
On peut se poser la question : comment éviter de précariser la jeune génération et hypothéquer ainsi l'avenir ?  


C'est une série qui mérite le détour, on rit, on sourit, on est troublé, parfois on s'ennuie mais on retrouve vite l'intérêt.

 

 

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Hollywood pré code : liberté, divertissement et désir

harlow jane red dust

Jane Harlow , film : red dust

 

Hollywood pré code :  le divertissement et le désir  

La crise financière de 29 va se prolonger par un désastre économique sans précédent, ce qui va modifier en profondeur les valeurs et les croyances des Américains dans leur système, dans leur pays, dans leur classe politique.
Le rêve américain ne séduit plus en 1929, l'exception américaine, l'universalisme, l'autonomie et surtout l'individualisme, voilà des valeurs qui ne séduisent plus personne, laissant la place à des valeurs plus urgentes comme la solidarité, le collectif, la communauté.
Les valeurs traditionnelles trouvent alors une popularité croissante.
Le terme Pré-Code évoque l'époque de l'industrie cinématographique américaine avant 1934, avant l'instauration de " Motion Picture Production Code ", une sorte de code de bonne conduite dans la production du cinéma et des images nommé le code " Hays ", adopté en 1930 et appliqué à partir de juillet 1934.
Les films avant ce code contenaient des scènes de nudité, des insinuations à caractère sexuel ou érotique, des scènes de consommation de drogue, prostitution, infidélité, avortement, violence, et homosexualité.

 

Les films pré-code

Entre l'avènement du parlant et la mise en place du code, c'est à dire entre 1930 et 1934, un vent de liberté et de légèreté souffle sur l'industrie du film américain, avec colts et dentelles, gangsters et prostituées.
La fascination pour ces films "pré-code" peut être expliquée par le contenu léger, comique et suggestif de ces films : hommes et femmes se désiraient, s'aimaient, couchaient sans culpabilité, période qui se prolongea 7 ans (entre 1927 et 1934) de sexe, drogue, et adultère. Les films avant code exhibaient les problèmes sociaux, ridiculisaient les hommes politiques en les montrant incompétents et menteurs. Le besoin de leaders forts pouvant prendre en charge et orienter l'Amérique vers la sortie de crise, était un thème fréquent.

 

Norma Shearer la divorcee

Norma Shearer dans la divorcee

 

Les films avant code n'avaient aucun problème avec les dictateurs, on trouve des films pour glorifier Mussolini ou Adolf Hitler.
La violence attirait les spectateurs, les films avant code traitaient la criminalité individuelle et en groupe, la violence était présente, Hollywood avaient ses gangsters "célèbres", le genre était populaire, les affiches et les photos publicitaires éclatantes, provocantes.

Le film le plus souvent cité comme le premier film pré-code est "la divorcée" de Norma Shearer. On trouve un look sophistiqué, des dialogues drôles, le double standard sexuel, un homme qui couche est un séducteur, une femme qui couche est une garce. Le film fut considéré comme immoral, mettant en valeur une femme indépendante moralement et sexuellement. Le film fut un grand succès, et Shearer a remporté l'Oscar de la meilleure actrice pour sa performance.

 

Del Ruth Blonde Crazy

Del Ruth dans le film Blonde Crazy

 

Rétrospectivement, ces 7 ans de pré-code furent une croisée des chemins : émergence des entreprises de studio de production et de leur professionnalisation. Transition maladroite et hésitante du cinéma muet vers le parlant, révolution technologique concernant les caméras, la réalisation, et l'installation de la radio comme moyen de communication incontournable, l'apparition du monde des stars de cinéma grâce aux médias et aux journalistes, et le début de nombreux genres qui vont marquer le cinéma comme les comédies musicales ou les films d'action.

Cette époque se distingue par une liberté de création, et un esprit pionnier, novateur de certains producteurs, de certains réalisateurs.
La chose la plus étrange à propos de ces films pré-code est leur longévité, et l'engouement du public pour ces films avec des femmes en sous-vêtements, aux coiffures sophistiquées, et aux robes drapées ou stylisées. L'humour du dialogue, la nostalgie, le talent des actrices et des acteurs peuvent expliquer la longévité de ces films.

 

Wellman Safe in Hell

Wellman dans le film Safe in Hell

 

Les films avant code montraient les relations avec des maîtresses, l'adultère. Jean Harlow a été décrite dans le Encyclopédie de Hollywood comme "le sex-symbol des années 1930, propulsé à la célébrité dans les films pré-code, comme Platinum Blonde, Red Dust et Red-Headed Woman."

 

jane harlow red headed

Jane Harlow dans le film red headed

 

Le film Red-Headed Woman est cité comme exemple de ces films pré code. Elle y joue le rôle d'une secrétaire qui cherche à séduire son patron et à briser son mariage.
Au cours de cette séduction, il tente de résister, il la gifle. Ils finissent par se marier. Jane Harlow séduit ensuite un riche industriel qui est en affaires avec son mari. Bien que ce plan réussisse, elle a une autre liaison, et tue son mari pour partir avec son amant. Le film a été décrit comme un "chef-d'oeuvre", et nommé aux Oscars. Cependant, le film Red-Headed Woman fut interdit dans de nombreux états américains.

En 1932, personne ne souffre du péché de chair, les personnages de Gable et Harlow savourent le désir, la sexualité sans culpabilité. Bien que la caméra s'éloigne pour ne pas trop insister, le désir est présent, franc, montrable, et non pas un jeu subtile ou ambigu.

Ces films représentent un virage vers un contenu pour adultes, une vision du monde du plaisir et de la légèreté.

La mobilisation de l'église catholique s'organisa à partir de 1933, par la formation de la légion catholique de la décence. Il s'agit d'un groupe affilié à l'église catholique, qui émet une classification sur les films, pour déconseiller ou pour encourager la famille à regarder le film.
Au début, ces classifications n'affectaient pas les revenus des films. Progressivement, l'organisation a grandi, a commencé à faire pression sur le gouvernement.


Les studios et les producteurs ont décidé de négocier avec le gouvernement fédéral un code de bonne conduite autorisant une autorité désignée à censurer les scénarios, et les films selon des critères précis.
Ce code demandait aux producteurs et aux réalisateurs de promouvoir les valeurs traditionnelles de l'Amérique. Par exemple, les relations sexuelles hors mariage ne devraient pas être présentées comme des relations attirantes ou joyeuses, mais comme des relations coupables et problématiques.
Tout acte criminel devrait être jugé et puni, jamais récompensé. La violence devrait être maîtrisée. Les autorités morales, judiciaires et politiques devraient être traitées avec respect. En cas de présentation de policiers, d'hommes politiques, ou de juges méchants ou corrompus, il est important de signifier aux spectateurs qu'il s'agissait d'une exception à la règle.
Le code Haye affirme que le rôle des films est de divertir, qu'un excès de réalisme conduit à des présentations sociales, juridiques ou raciales problématiques. Cette tendance va durablement marquer le cinéma américain. Le cinéma hollywoodien sera critiqué par la suite en raison de sa capacité à divertir, sans présenter la réalité économique ou sociale du pays.
Les discussions qui ont accompagné l'élaboration du code de bonne conduite indiquaient que les films ne peuvent changer la société, ne peuvent cultiver un esprit de révolte ou de désespoir, ne peuvent fragiliser le système économique ou le système politique en place.

En 1934, le Production Code, code de censure connu en France sous le nom de "Code Hays" est adopté et un bureau mis en place pour relire tous les scripts de film en production.

 

C'est le début d'une censure organisée et centralisée aux USA, entreprise à l'initiative des studios eux mêmes pour éviter de voir leurs films dépecés par les censures étatiques locales.
Le code de bonne conduite est appliqué à partir de 1934 dans le cinéma américain. Il restera en vigueur jusqu'en 1968.

 

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Erika Lust, le film porno féministe trouve son public

 

Erika lust pornopgraphie

Erika Lust, le film porno féministe trouve son public  

 

Erika Lust (née Erika Hallqvist en 1977 à Stockholm) est réalisatrice, scénariste, productrice pornographique et écrivaine suédoise. Elle vit et travaille à Barcelone.
Elle est sans doute parmi les plus importantes réalisatrices de films pour adulte en Europe.  
Une Suédoise diplômée de sciences politiques, que rien ne destinait au porno. Sur son site internet, elle explique : " la première fois que j'ai vu un film porno, j'ai eu la même réaction que beaucoup de femmes, interpellée par quelques images, que je trouvais inadéquates. Je ne m'identifiais pas du tout à ce que je voyais. Les femmes n'avaient pas l'air de s'amuser et les situations sexuelles étaient totalement ridicules ". À la fin des années 1990, elle étudie à l'université de Lund, elle tombe sur un livre qui la bouleverse, Hard Core : Power, Pleasure and the Frenzy of the Visible de Linda Williams. Ce livre qui analyse l'image de la femme dans la pornographie fut le déclic.


En 2000, elle s'installe à Barcelone. Elle commence à travailler avec de petites maisons de production jusqu'en 2004, quand on lui propose de tourner et réaliser son premier court-métrage érotique, The Good Girl. En quelques mois, le film est téléchargé plus de 2 millions de fois sur Internet. Récompensée lors du Festival international du film érotique de Barcelone en 2005, Erika Lust en profite pour se lancer en solo en créant sa propre société de production, Erika Lust Films.

 

Erika lust pornopgraphie feministe

 

Ce film possède de nombreuses particularités qui vont marquer plus ou moins le travail de Lust. L'actrice principale a 35 ou 40 ans, elle est peu maquillée, sans prothèses ni artifices, elle ressemble aux femmes qu'on voit dans la vie réelle. Elle joue le rôle d'une femme seule, qui commande une pizza dans l'espoir d'avoir en face d'elle un beau livreur.
A la différence des films porno féministes, les pratiques sexuelles sont celles présentes dans les autres productions sans restriction. La femme à égalité avec l'homme, elle valide son désir, et accepte le désir de son partenaire.  Le film est bien réalisé, largement plus sophistiqué que la majorité des productions pornographiques.  Son actrice est une femme active, le film transmet le point de vue d'une femme sur une rencontre sexuelle.   
Son secret ? "Un point de vue féminin", écrit-elle sur son site, "et les détails, les détails et encore les détails comme les yeux dans les yeux, la chair qu'on agrippe, les petits bruits".

 

Erika lust Five Hot Stories For Her

Five Hot Stories For Her


Ce court-métrage fera plus tard partie du film Five Hot Stories For Her, composé de cinq courts-métrages pornographiques, et récompensé  pour " meilleur scénario " au Festival international du film érotique en 2007 à Barcelone (FICEB Award), " meilleur film de l'année " par le Feminist Porn Awards de Toronto en 2008 et aux Venus-Eroticline-Award en 2007 à Berlin. Five Hot Stories For Her reçoit les honneurs au CineKink Festival de New York (2008).  Dans ce film à court métrages, on voit un couple dans un jeu de rôle sadomasochiste, une femme qui couche avec deux hommes pour venger la relation adultère de son mari, une femme séduite par une femme, etc.
Ce film montre en détail la sexualité des femmes libres qui aiment le sexe et qui cherchent le plaisir et le plaisir de leurs partenaires.
Erika décide de s'embarquer dans son plus gros projet : XConfessions. Un site internet. Renouant avec la tradition des confessions érotiques avec interactivité, Lust propose de petites histoires vécues que lui envoient les internautes et tournent de petits films à partir de ces confessions dans un mélange sexy, léger et sophistiqué.
Elle a déjà tourné plusieurs films confessions qui semblent rencontrer un certain succès même si aucun de ces films n'est pas à la hauteur de son premier film.  


Pornopgraphie feministe

 

Le porno féministe existe

La pornographie était l'une des questions les plus débattues en particulier dans les pays anglophones. Cette division profonde a été illustrée dans les guerres sexuelles féministes des années 1980,  opposant les adversaires féministes de la pornographie - comme Andrea Dworkin , Catharine MacKinnon, à des féministes plus libérales ou pro-sexe.
On peut diviser les positions féministes actuelles sur la pornographie en trois catégories : la catégorie la plus répandue dans les médias et les milieux universitaires prétend que la pornographie est une expression violente de la culture masculine, dans laquelle les femmes sont exploitées. La deuxième catégorie associe le respect de la liberté d'expression avec le droit de la femme à disposer de son corps. Dans cette catégorie, les féministes n'approuvent pas la pornographie, mais respectent la liberté d'expression, le droit de la femme actrice et ou consommatrice de la pornographie. Une troisième catégorie, minoritaire, défend la pornographie comme une expression libre de la sexualité, féminine et masculine.


On peut imaginer combien le dialogue entre ces trois courants féministes est difficile. Les féministes radicales anti-pornographie réclament des lois pour interdire la diffusion des images pornographiques dans la société, et traitent les femmes qui ne sont pas d'accord avec ce point de vue de traîtresses, de dupes du patriarcat.
De l'autre côté, on prétend que les femmes font leur propre choix à propos de la pornographie. Les féministes " pro sexe " pensent que la pornographie est un outil pour éroder progressivement la domination masculine, et favoriser l'épanouissement sexuel des femmes.   


Selon les Feminist Porn Awards, il n'existerait pas de modèle prédéfini de la pornographie féministe.
On peut citer de nombreuses réalisatrices de pornographie féministe, dont la majorité travaille comme actrice dans le porno, comme Maria Beatty, Nina Hartley, ou Ovidie en France.
Les films étiquetés féministes, avant Lust, reflétait un point de vue féminin, privilégiant le désir féminin. Certains de ces films ont souffert de cette autocensure mettant en scène les femmes, et les pratiques sexuelles supposées respecter la femme. Certains de ces films ont insisté sur le désir féminin s'éloignant ainsi du public masculin. D'autres films ont traité le désir des minorités sexuelles comme les lesbiennes ou les bisexuels.
Le travail de Lust est différent. Dans ces films, le plaisir sexuel est partagé, hommes et femmes valident la sexualité sans privilégier le partenaire féminin ou le partenaire masculin.
Dans " Marie Claire ", Lust définit le porno pour femmes comme un cinéma érotique qui prend en compte les désirs et les goûts féminins, la sexualité féminine, et dépeint la diversité dans la beauté, les valeurs et les opinions. Quand les gens pensent aux films érotiques que les femmes aiment, ils les associent au porno lesbien, ou à des ambiances romantiques du type draps blancs en soie et pétales de roses... mais ces stéréotypes sont trop éloignés de la réalité.


Le nouveau porno pour les femmes présente le sexe et les femmes tels qu'ils sont aujourd'hui. Les femmes ont désormais la liberté de demander ce qu'elles veulent et comment elles le veulent, le sexe est devenu agréable pour les deux sexes. Les femmes aiment le sexe d'autant de manières différentes que les hommes.
Le travail d'Erika Lust s'inscrit dans un courant du féminisme égalitaire qui semble gagner le monde de la télévision à travers les séries télévisées et le monde de l'édition à travers la " nouvelle romance " où les femmes sont libres de leur choix, de leur sexualité, et de leurs décisions.

 

 

 

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" Les heures sombres " : un grand film tout simplement

 

les heures sombres bande affiche

" Les heures sombres " :  un grand film tout simplement

 

Avec Gary Oldman, Kristin Scott Thomas, Ben Mendelsohn, Lily James, le réalisateur d'orgueil et préjugés en 2005 Joe Wright nous livre à nouveau un excellent film. La première partie du film, est rythmée et efficace, film sorti en France début 2018.


D'une main de maître, il dirige ses acteurs, mettant en scène les discours au parlement, le contraste entre le Churchill le lyrique devant les députés et le Churchill l'homme isolé qui doute.
Le récit politique se mue en une fable épique, glorifiant unité et l'unanimité des Britanniques sans se soucier de certains détails historiques. Le roi s'est rallié rapidement à Churchill, et la totalité du peuple britannique adhère à la lutte contre le nazisme, voilà les deux thèmes du récit national britannique pendant ces heures sombres.

 

les heures sombres Churchill roi


Une dose de patriotisme, d'émotion, et souvenir de ces soldats morts pour la liberté. La culture qui dessine l'âme d'un pays ; voilà comment Joe Wright signe un chef d'œuvre, subtile et original, et émouvant.

En mai 1940, les Allemands progressent en France et poussent les armées vers la Manche. Le premier ministre Chamberlain en minorité à la chambre, seul Churchill fut accepté pour endosser la défaite. L'armée française en difficulté, l'armée britannique piégée à Dunkerque. Des heures sombres pour l'Europe et pour la liberté.    
Le film de Wright traite de ces jours qui opposent Churchill à son ministre des affaires étrangères Edward Halifax.
Le scénario s'articule sur les trois discours que Winston Churchill a prononcés en mai et juin 1940 à la Chambre des Communes.

Dès le 9 mai, Halifax déplore l'état de guerre et suggère une négociation avec Hitler. Halifax prend la tête de la fronde. Churchill est obligé d'accepter que Halifax étudie les conditions de Mussolini le 25 mai par son ambassadeur à Londres, Giuseppe Bastianini. Le cabinet décide, le 28 mai, de rédiger une demande officielle de médiation au gouvernement italien pendant que Churchill lui-même se trouve dans un état de totale indécision.

 

les heures sombres Churchill


Dans ce film, Churchill prend le métro, pour la première fois. Reconnu et salué, il demande aux voyageurs " comment ils tiennent le coup ", leur détermination et leur confiance offrent au premier ministre le courage d'affronter les députés. Chamberlain lève son veto et son mouchoir, signe convenu pour déclencher les applaudissements des députés conservateurs. Halifax va conclure par la fameuse phrase que Churchill a mobilisé le pays mais aussi " mobilisé la langue anglaise ".

Gary Oldman est parfait en Winston Churchill. Il se glisse dans les habits de ce géant. L'acteur restitue la vivacité d'esprit, l'optimisme sans faille de cet homme politique quand son entourage tente de baisser les bras et de négocier avec Hitler. Nous retrouvons le grand homme avec son mauvais caractère, son égocentrisme, son mépris des bonnes manières et son attachement à l'efficacité. Churchill acculé, doit-il continuer le combat à Dunkerque et sacrifier d'innombrables vies au nom de la liberté, ou négocier avec Hitler ?
Oldman excelle par la voix et le geste, un Oscar a récompensé cette performance.


Joe Wright tente de montrer le conflit interne, les doutes, la solitude du chef du gouvernement. Le scénario invente une scène belle, émouvante, et naïve quand Churchill prend le métro, discute avec les citoyens pour découvrir qu'ils ne veulent pas de compromis avec les nazies, refusent de se soumettre à Hitler. Churchill prononce ensuite son fameux discours au début de la guerre. La beauté des images et des décors enchantent le film, les images claires obscures sont démonstratives, parfois trop.

 

les heures sombres winston Churchill

 


Les joutes verbales sublimées par la beauté de la langue anglaise enchantent la chambre et le spectateur.
À son crédit, les heures sombres reconnaît que Churchill, une fois confronté à Halifax, ministre des Affaires étrangères , a étudié un projet de négociation avec Hitler. Cette initiative a été pondérée par des événements intérieurs et surtout en France, permettant par la suite à Churchill de prétendre qu'il n'a jamais hésité.

Avec le " miracle " de Dunkerque, et le début de la riposte de l'armée, l'espoir peut naître. Halifax, maintenu au Foreign Office dans l'intérêt de l'unité de parti conservateur devient une figure isolée au sein du gouvernement.
Ce film a le mérite à nous rappeler, dans une époque de " Trumpisation " l'importance du verbe, comment les discours de ce grand homme ont entraîné son pays dans une résistance héroïque. Le film met l'accent sur l'indispensable enracinement des hommes politiques dans la culture et l'histoire de leur pays et comment la volonté et l'optimisme sont indispensables pour forger un grand dirigeant.


En glorifiant la politique et les dirigeants sincères et efficaces, le film rappelle leurs moments d'hésitation et de solitudes, mais aussi leur réelle force : la confiance et adhésion des citoyens dans leurs grands hommes d'état.

 

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Ladies' Paradise, Zola, Baudrillard, le féminisme du shopping

Paradise zola

 

Ladies' Paradise, Zola, Baudrillard, le féminisme du shopping

Denise, jeune femme fraîchement débarquée de sa province vient pour travailler avec son oncle. Les affaires vont mal depuis que le Paradis a ouvert ses portes, premier grand magasin à Paris, où les femmes trouvent leur bonheur.
Denise va faire connaissance avec Monsieur Moray, son nouvel employeur, plein d'entrain en ce qui concerne ses magasins, un personnage secret et taciturne depuis le décès de sa femme. Attiré par Denise, il refuse de remarier avec la riche Catherine.
The Paradise, est une série britannique en deux saisons , sur BBC One diffusée en 2012 - 2013, adaptation du célèbre roman d'Émile Zola, qui retrace la naissance des grands magasins, de la consommation, du marketing dans un décor pastel, où acheter devient synonyme d'émancipation féminine.


Au bonheur des dames

Émile Zola publia ce roman en 1883, en proposant une histoire romantique dans le monde des grands magasins, innovation du Second Empire. Ce roman fut traduit en anglais sous le titre Ladies' Paradise.
Denise se fait embaucher au Bonheur des Dames, grand magasin de prêt-à-porter féminin, découvre le monde cruel des petites vendeuses, la précarité de l'emploi et assiste au développement exponentiel de ce magasin et à la mort du petit commerce. Elle suscite l'intérêt du directeur du magasin, Octave, qui lui confie de plus en plus de responsabilités. Elle refuse de devenir sa maîtresse, mais finit par accepter sa demande en mariage.
Sous le Second Empire, on créa à Paris des grands boulevards, des places dégagées et des parcs et des grands magasins permettant de vendre une grande variété de produits. Zola décrit ses magasins qui cherchent à séduire les bourgeois, à l'aide de la publicité et de la guerre des prix poussant les femmes à toujours plus de consommation.
Zola cherchait à raconter l'histoire d'un grand magasin, qui grignote progressivement les commerces alentour, sa stratégie commerciale, les présentations des produits et les techniques de marketing. Zola décrit dans ce roman les rouages d'une société capitaliste où l'argent est le moteur principal des relations économiques et humaines.

 

zola citation bonheur des dames


Le rôle de l'argent devient déterminant dans cette société motivée par les primes et l'intéressement. Zola construit un roman d'analyse sans pessimisme, admettant que la machine capitaliste peut être utile pour augmenter la richesse, et améliorer les conditions des travailleurs. Zola fait de la jeune fille et de son patron amoureux le symbole du modernisme et des crises qu'il suscite. Personne ne pourra plus entrer dans un grand magasin sans ressentir ce que Zola raconte avec génie : les fourmillements de la vie.
Zola critique le mercantilisme, ces populations urbaines assoiffées de consommation, l'enrichissement de la bourgeoisie au détriment des travailleurs, la pulsion de consommation qui devient synonyme d'émancipation et de liberté. Dans cette société, la liberté devient synonyme de la capacité à exprimer ses désirs et à les satisfaire au risque de finir dans l'impasse, dans une inéluctable frustration.

 

Baudrillard, toujours d'actualité  

Des années après la mort de Jean Baudrillard, il est surprenant de voir ses idées et ses citations présentes sur les réseaux sociaux, quand il s'agit d'expliquer la transformation de notre réalité, notre rapport au texte, au sexe, à la politique, à l'amour, à la consommation, et aux mouvements qui traversent nos sociétés.
Il est également étonnant de voir combien les travaux de ce Rémois sont encore enseignés et analysés dans les universités et les médias, y compris à l'étranger.  
Baudrillard voyait le féminisme comme un mouvement de gauche, un mouvement de l'état providence.  Sans la gauche, le féminisme risque de finir par vendre des chaussures et des sacs à main, selon lui.  Il voyait dans ce féminisme le risque d'englober la femme un peu plus dans la société de consommation.    
Baudrillard souligne l'incapacité d'émancipation des vieux idéaux, dans une société de domination économique et culturelle, et dans une société d'individualité.

 

laidies Paradise

 

Le bonheur des dames au shopping !!


La société de consommation a rattrapé les femmes. Depuis quelques mois, on assiste à des discussions étonnantes. La société devient paternaliste avec les femmes pour les protéger après les avoir transformées en victimes. Une nouvelle domination qui permet la création de nouveaux marchés " spécial femme ". Une île exclusivement réservée aux femmes en Finlande (SuperShe Island), taxis pour femmes à Londres ou à Beyrouth, rames de métro séparées pour les femmes au Japon, au Mexique, au Brésil, Égypte et Iran.  

Nous sommes à nouveau dans les analyses de Zola et de Baudrillard, où la séduction occupe une place primordiale dans la vie des femmes, les obligeant à accorder une place toujours plus grande à la consommation, un monde où elles sont objets plus que sujets.

 

Le féminisme prisonnier dans Paradise ? Où se trouve le bonheur des dames ? Sans doute, dans une société différente, qui nécessite mobilisation et réflexion au-delà de slogans faciles.

 

 

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Mad men : le temps retrouvé

mad men femmes

 

Mad men : le temps retrouvé

En lisant les critiques, concernant cette série, vous pouvez être étonnés, certaines critiques sérieuses n'hésitent pas à qualifier " Mad men " de chef-d'œuvre, série télé la plus importante de ces dernières années. Pourtant, cette série ne bénéficie pas d'un soutien politique ou philosophique comme les séries qui traitent de sujet d'actualité ou de sujet sensible. C'est une série apolitique, sans action, ni violence ou drame. Pourtant, elle fait partie des séries les plus regardées sur les plateformes de visionnage avec Game of Thrones, The Handmaid' s Tale et The Americans.

 

mad men proust

 

Le temps retrouvé
Dans le temps retrouvé, Proust liait le temps à la mémoire, aux détails de nos souvenirs. Comme Freud, il voyait la vie comme un temps chargé de souvenirs, d'impressions, l'humain devient anatomie, action et mémoires.    
C'est une série sur l'univers de la publicité. Mad est l'abréviation de Madison Avenue, le centre des affaires de la publicité. C'est un spectacle sur les rôles, le temps, le genre, une visite chronologique de la société américaine de l'après-guerre, une histoire d'amour et de haine.

La série commence par une scène au restaurant, Don Draper entouré de ses collaborateurs, discutent de leur métier : la publicité. Lorsque vous essayez de vendre aux gens quelque chose, qu'est-ce que vous leur vendez vraiment ?? Les gens achètent le plaisir qu'ils espèrent trouver. Voilà le travail de ces mad men, vendre le plaisir éphémère d'une barre chocolatée, ou le goût d'un voyage en achetant une voiture. Vous n'achetez pas un projecteur de diapositives Kodak, vous achetez les souvenirs illustrés par les photos de votre dernier voyage ou de vos vacances. Retrouver le temps, retrouver le plaisir qui accompagne ce moment passé. Voilà la publicité.  

Mad Men c'est le temps retrouvé, les années 60, un monde sophistiqué, une époque où vous pouvez fumer dans les restaurants, où les médecins hésitent encore à prescrire la pilule, où les femmes restent à la maison, et où le couple marié représente la norme.


Cette série raconte l'histoire de Don Drapper un self-made-man, parti de rien, génial créatif au sein d'une agence de publicité. Le monde de l'entreprise des années 60, monde d'hommes à fort caractère, monde de confrontation, chacun doit démontrer sa valeur, sa capacité et son efficacité.
Les femmes dans l'entreprise sont secrétaires, standardistes ou maîtresses. Le début de l'immixtion, les femmes douées deviennent créatives comme Peggy, qui passe de secrétaire à chef du service.  
Nous assistons aux événements qui ont marqué les Etats Unis : campagne électorale Kennedy-Nixon, atterrissage sur la lune, assassinat de Kennedy. Nous vivons l'enfance de Don, sa jeunesse et la guerre de Corée. De même pour les autres personnages, nous suivons leur évolution, leurs couples, et leurs aventures extraconjugales.   

 

mad men equipe

 

En dépit d'un souci étonnant des détails de ces années, la série nous raconte le monde incertain de l'entreprise, la difficulté à s'adapter, les prises de risque.  
L'ascension professionnelle de Don est fulgurante, mais sa vie personnelle est loin d'être idéale. Marié à une jolie femme (ex-mannequin) dépressive qui s'ennuie entre la maison et leurs deux enfants, cette belle façade finira par se fissurer.
On admire le soin de la réalisation à retrouver les détails : les hommes des années 60 sont élégants en costume- cravates, les femmes en robes aux couleurs chatoyantes, dans des décors lumineux aux coloris complémentaires, harmonieuses, des bureaux minimalistes de style " scandinave ", décors et ameublements, vêtements nous charment par leur grande justesse et nous plongent dans la nostalgie de cette époque passée.

Mad men trace l'évolution de la condition féminine. Les épouses qui restent à la maison pour élever les enfants, qui se maquillent le soir avant le retour du mari, qui se mettent en nuisette avant de rejoindre le lit. Certaines s'ennuient et désirent travailler, d'autres travaillent et regrettent que le travail les empêche de rencontrer et de faire un couple. Mad men accompagnent plusieurs femmes : Peggy Olson (Elisabeth Moss), qui construit sa carrière à force de talent et de travail, Joan Holloway (Christina Hendricks) qui accepte tout pour arriver, l'épouse Betty Draper (Jones Janvier), modèle d'épouse frustrée par son manque de décision. Ces femmes vont progressivement entrer ce monde d'hommes, sortir de la maison, bénéficier de leur liberté, en acceptant le stress, l'épuisement, et même la solitude engendrée par le travail. La série excelle dans le suspense de la vie quotidienne en ajoutant au spectacle une vraisemblance étonnante. Cette obsession des détails devient le décor, puis un élément important du scénario devient une approche de l'histoire et des caractères.

Le progrès est là, chacun doit s'adapter, avec le bon et le moins bon. Quand le premier ordinateur arrive dans l'agence, les secrétaires redoutent la disparition de la machine à taper. Arrivée de la première photocopieuse, la place de la radio dans la vie quotidienne réduite par la survenue de la télévision qu'on traite de mode " éphémère ", les voitures de plus en plus grandes, de plus en plus confortables remplaçant les trains.
Nous assistons à l'apparition d'une contre-culture, le début de l'anti- consommation, anti-pub, les mouvements écologistes, et la lutte pour les droits civiques des noirs aux USA.

 

Mad Men est une construction entre deux personnages Don et Peggy, un homme et une femme, comme un reflet de miroir. À travers Peggy, Mad men nous raconte le féminisme de cette époque, l'apparition des femmes comme acteur social indépendant. Les femmes talentueuses prennent l'ascenseur social, d'autres préfèrent le modèle traditionnel de la femme au foyer, certaines femmes arrivent en acceptant de partager leur lit pour avoir quelques avantages.     
À partir de la la quatrième saison, Mad Men recueille le prix du scénario, et d'interprétation. L'audience est là, la série va encore nous surprendre.

 

mad men


La saison cinq et les saisons suivantes vont être plus expérimentales, plus jeunes et plus rythmées. Don se remarie avec sa secrétaire Megan, le cabinet fusionne avec d'autres entreprises. Ce changement reflète les mutations culturelles de ces années : liberté sexuelle, famille recomposée, etc. Les costumes des années 1966 sont vifs, moins classiques, et parfois extravagants. Megan la québécoise symbolise ces mutations, par son comportement, ses valeurs et ses attentes. Mad Men nous raconte ses années en quelques mots : séduction, pouvoir de la jeunesse, soif de changement.
L'ascension du pouvoir économique de la Californie souligne une importante évolution des USA.  Mad men suit la fin de la domination de la côte Est, et l'apparition d'une culture et d'un style de vie différents.

 

mad men megan

 

Loin d'être un exercice béat dans la nostalgie, Mad Men montre comment le temps peut modifier les règles non- dites d'une culture, modifier les relations, changer les personnes peu à peu. Le quotidien devient le reflet de la vie qui passe jour à jour. On assiste à une étude détaillée de la complexité de l'autonomie financière, personnelle, et émotionnelle. On pense être autonome, indépendant, on découvre les limites de ce jeu. Aucun personnage n'est positif ou négatif, les nuances de gris colorent la vie et le comportement.
Nous voyons un miroir de notre propre temps troublé dans ses personnages aliénés, à la dérive, dans une époque d'insécurité. Ils ont les mêmes problèmes que nous : perte ou changement de travail, problèmes d'identité, de couple, de sexualité, d'autoréalisation.  

Dans ce temps retrouvé, Mad Men nous rappelle que l'avenir est un voyage à travers l'inconnu. Votre profession peut être transformée par l'innovation technologique, votre pays peut se piéger dans une guerre étrangère ou dans une guerre civile absurde, votre mode de vie peut être attaquée par une idéologie, votre couple peut disparaître sans en comprendre la cause.

 

Voilà probablement le mot clé de la réussite de ce feuilleton : parler du passé pour analyser notre quotidien.
La survie devient notre obsession.
La survie, n'est-ce pas la condition de tout humain dès l'origine de l'humanité ?

 

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5 chefs d’œuvre de la peinture : Vénus

Les mythes sont des histoires que nous nous racontons. Ils sont les idées qui fleurissent dans nos vies. Les mythes sont des croyances religieuses simplistes et infantiles disent certains, mais dans notre civilisation fondée sur la raison, les mythes continuent à nous influencer pour expliquer ce que nous ne pouvons pas expliquer.

 

Aphrodite, vénus et  la peinture

L’archétype d’Aphrodite a capturé l’imagination humaine, en occident, au moyen orient, en méditerranée, comme symbole de désir et d’attirance sexuelle.

Aphrodite est la femme dans sa complexité, la mère dévouée, la séductrice, l’attirante, la séductrice, la jalouse, la fidèle et l’infidèle.

Séductrice ultime, elle prend plaisir à soumettre les autres par la force de sa beauté et de sa séduction, par ses attributs physiques qu’elle accorde comme un don à ses amants.

Elle met les hommes et les femmes ensemble, encourage l’amour et le couple, et rend les femmes désirables. Adorée par des artistes de sa naissance à nos jours, de Botticelli aux bandes dessinées les plus récentes, représentée nue ou drapée, habillée avec son sourire légendaire, moqueur, séduisant, et surtout belle.

 

venus titien

 

Titien et Vénus

Titien, 1538 (Tiziano Vecellio ou Titien (1488- 1576) à Florence.
En hommage à son maître, Titien s'inspira de la " Vénus endormie " de Giorgione, et réalisa un tableau similaire. Cette Vénus d'Urbino est située dans un cadre intérieur, parfaitement éveillée, avec un geste " pudique" de la main, exprime un certain coté lascif.
Titien nous fait définitivement sortir de l'antiquité pour nous inviter à une nouvelle forme d'expression contemporaine, celle de la Renaissance, car en dépit de sa nudité, son regard nous toise sans aucune inhibition pudique.
Pour la première fois, un peintre se permet de ne plus faire directement appel à un thème d'ordre mythologique ou biblique pour exposer un corps nu ; Titien propose une esthétique féminine dans sa forme la plus naturelle, belle, et épanouie.

Le coquillage traditionnel ayant disparu pour se métamorphoser en animal familier. Le chien symbole de fidélité, et aussi du désir charnel. Un superbe coucher de soleil se voit dans l'embrasure de la fenêtre.

 

venus Botticelli

 

La naissance de Vénus. Botticelli


XV siècle, Florence, Sandro Botticelli (1445- 1510).
C'est un tableau majeur de Botticelli, peint vers 1485, conservé aux Offices de Florence. Il a osé en dépit d'un christianisme hostile au corps n'acceptant que des femmes pécheresses punies et chassées du paradis.
L'action du tableau est simple. Venus sort de l'eau sur une coquille, conduite sur le rivage par le dieu du vent au milieu d'une pluie de roses. Lorsqu'elle va poser le pied sur la terre, une nymphe, l'une des Heures, l'accueille avec un vêtement pourpre.
Une pluie de rose accompagne la déesse de l'amour comme l'avait décrite le poète grec Anachréon (580 -495 av. J. C.). Les anémones à ses pieds et sa robe parsemée de bleuets annoncent le printemps, saison durant laquelle Vénus fait revenir la beauté et la vie après les rigueurs de l'hiver.
Le manteau pourpre présenté à la déesse sur le rivage n'a pas seulement une fonction esthétique, mais aussi une signification rituelle, il marque la frontière entre deux domaines : le nouveau né comme le mort était toujours enveloppé dans un linge rouge.

La Vénus de Botticelli est si belle que nous ne remarquons pas la longueur artificielle de son cou, la chute excessive de ses épaules et l'étrange façon dont son bras gauche est relié au corps.

 

venus bouguereau

 

Toilette de Venus, Bouguereau


1873, musée des beaux arts, Buenos Aires, William Bouguereau (1825 - 1905).
Fidèle à la peinture académique, Bouguereau dessine une Vénus seule, au bord de l'eau, pour nous offrir un nu académique qui porte la marque Bouguereau : réalisme presque photographique. Elle est prés d'une rivière, ou sur la rive de l'océan. Derrière elle, il y a des branches et le feuillage, puis des rochers pour la
protéger des regards. Elle regarde le spectateur, avec une expression sereine et amicale. Elle est à l'aise.

Son corps est d'une taille élancée à la peau lisse, seins fermes et juvéniles, taille fine, hanches étroites et les jambes bien en forme élégantes lisses. Elle est accroupie, pied gauche coincé sous elle, assise en équilibre avec élégance sur le terrain. Sur la gauche, ses bijoux sont placés dans une pile ordonnée sur le sol après avoir été retiré avant le bain.
C'est une belle femme comme on les aimait au 19ème siècle, bonne santé, peau blanche, quelques rondeurs. Sa nudité est plus réaliste qu'académique, montrée entièrement sauf le bas ventre dissimulé par la jambe droite.

 

venus cabanel

 

Naissance de Vénus, Alexandre Cabanel,


1863, musée d'Orsay, Alexandre Cabanel (1823-1889).
La Naissance de Vénus est l'un des plus grands succès de Cabanel, tableau acquis par l'empereur Napoléon III pour sa collection personnelle. Selon les principes de la peinture d'histoire, la déesse est peinte grandeur nature. Elle repose sur les vagues (Aphrodite anadyomène " celle qui sort de la mer ". De petits Amours forment une guirlande au-dessus d'elle).
Le corps de la déesse est idéalisé : les contours sont définis, les courbes sensuelles accentuées, toute pilosité a disparu. La position alanguie, les bras rejetés derrière la tête, le sourire et le regard coulés vers le spectateur ne sont pas dénués d'ambiguïté.

Émile Zola écrivit : " La déesse, noyée dans un fleuve de lait, a l'air d'une délicieuse lorette, non pas en chair et en os, cela semblerait indécent, mais en une sorte de pâte d'amande blanche et rose. Cet heureux artiste a résolu le difficile problème de rester sérieux et de plaire. "

 

venus Veronese

 

Vénus et Adonis dormant, Véronèse.


XVI siècle. Museo del Prado à Madrid.
Véronèse a réussit une toile magistrale qui mérite le détour, et une longue observation.
Torpeur du jeune homme et douceur champêtre de l'instant sont ainsi minées par l'annonce de la mort prochaine d'Adonis, déchiré par un sanglier au cours d'une chasse. Spectacle du bonheur et de la douceur de vivre, et aussi l'image du bonheur perdu.

Le sommeil d'Adonis préfigure sa mort. Les chiens et l'Amour, images de la modération et de la fougue des sentiments, suggèrent l'harmonie du couple. Selon un code suivi par Véronèse, l'amant mortel, vêtu de rouge, couleur de la passion, pose sa tête sur les genoux de la déesse, dont la semi-nudité parée de bijoux
exprime la volupté.


Cette toile témoigne de l'intérêt nouveau que Véronèse porte au paysage. Les personnages s'intègrent dans une nature qui semble refléter les sentiments ou la tension psychologique qui sous-tend le sujet. La lumière solaire dore le corps de Vénus et fait miroiter les feuillages protecteurs sur un ciel tendre et changeant. Mêlant mythologie, érotisme et observation psychologique, Véronèse donne à cette toile une densité lumineuse.

 

 

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Peintre impressionniste japonais : Kuroda Seiki

Seiki Kuroda Le lac

Le lac, Kuroda Seiki, musée national de Tokyo 1897

 

Les impressionnistes japonais existent  


Les années 20 furent l'apogée d'un renouveau artistique et culturel en occident et surtout en France, Expressionisme, Fauvisme et cubisme ouvraient des perspectives nouvelles dans la peinture. Certains peintres japonais partirent en France étudier la peinture. Le modèle artistique occidental et ses écoles sont à partir de cette époque de plus en plus présents au japon.

 

Seiki Kuroda


Kuroda Seiki, (1866 -1924) est un peintre japonais impressionniste. A 17 ans, il s'inscrit à des cours pré-universitaires en français ; il accompagne son beau-frère nommé en France et commence des études de droit en 1884. Il restera dix ans en France et abandonne le droit pour la peinture.

A Paris, il rencontre d'autres peintres japonais comme Hosui Yamamoto et Fuji Masazo. En mai 1886, Kuroda entre dans l'atelier de Louis-Joseph-Raphaël Collin, peintre d'art académique et suit ses cours jusqu'en 1891.
Après 10 ans, il rentre chez lui au Japon et habite Kyoto. Ses tableaux sont exposés dans le musée national de Tokyo.

En tant que l'un des rares artistes japonais ayant étudié à Paris, il enseignera le monde de l'art occidental.

 

Seiki Kuroda sentiment

Kuroda Seiki, Sentiment (de Sagesse, Impression, Sentiment), 1900, Kuroda Memorial Hall, Tokyo

 

Choc culturel

Comme les autres artistes influencés par l'art occidental, les tableaux de Kuroda ont choqué le public et les critiques, par leur radicalisme, par une utilisation fauviste des couleurs primaires, et par la réduction cubiste de la géométrie. Ces artistes occidentalisés n'ont pas eu beaucoup de succès auprès du gouvernement, n'ont pas réellement bénéficié de commandes d'État. La réponse de ces artistes était d'ignorer l'État, de créer des sociétés privées pour faire des expositions, et pour vendre leurs tableaux.

 

Seiki Kuroda Sous larbre

Sous l'arbre, Kuroda Seiki, 1898

Dans l'histoire de l'art occidental, il existe une étape critique, à la fin de XIXe siècle, montrant les limites de l'impressionnisme. Cette transition va être progressive vers d'autres écoles de peinture. Le travail de Cézanne a préparé le cubisme, le travail de Van Gogh s'approche de l'expressionnisme, les productions de Gauguin vont s'orienter vers le fauvisme et le primitivisme. On ne retrouve pas dans l'art japonais occidentalisé une vraie traduction de ces transitions.

L'art occidental était une entité, appréciée dans sa globalité, sans entrer dans les détails des écoles artistiques, ou dans ses messages culturels. Au japon, on discutait l'individualisme intransigeant de Van Gogh et de Gauguin, leur attachement aux idéaux personnels, se moquant des conventions artistiques et sociales. Van Gogh continu d'être admiré au Japon, au-delà de son talent, et de la qualité de ses œuvres, il est admiré pour sa capacité à dépasser sa propre société et pour sa modernité.

 

L'individualisme, la personne humaine au centre du tableau, la nudité académique, ces sujets étaient étrangers au public japonais, ils ont fasciné, choqué, suscité des discussions et des controverses.

 

 

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Larsson: peindre le bonheur familial

carl larsson1

 

Larsson  dessine son bonheur en famille 

Il est un des peintres suédois les plus connus ; Larsson est célèbre pour ses aquarelles réalisées pour la plupart dans sa maison à Sundborn, où il vivait avec sa femme artiste et ses enfants pendant les années 1880.
Son style de peinture est bien identifiable riche en couleurs. Ce style ne reflétait pas la personnalité du peintre éprouvé par des épisodes de dépression, de difficultés et de doute.

Carl Larsson est né en 1853 dans le vieux Stockholm. A l'époque, la suède connait de mauvaises récoltes et les épidémies de choléra sévissent. Dans ce contexte dramatique, de nombreux suédois émigrent outre atlantique.


Les parents de Larsson vivent dans un quartier misérable, le père manœuvre et la mère blanchisseuse.
C'est de son grand-père peintre- artisan que son goût de l'art lui vient. Son instituteur le remarque et l'inscrit à 13 ans à l'école préparatoire des beaux arts. Il suit le cursus et est aussi caricaturiste dans le journal satirique Kasper. Il a un talent pour les esquisses et dessins pris sur le vif, il entre comme dessinateur au Ny illustrerad Tidning où il reçoit un salaire ce qui lui permet d'aider ses parents. Il veut devenir peintre officiel.
Par la suite, avec un ami il part à Paris et vit à Barbizon dans la petite colonie de peintres suédois expatriés en France, il y découvre la technique de l'aquarelle. Dans le cadre campagnard de Greze en Loing (près de fontainebleau), il est influencé par l'impressionnisme et sa palette devient plus fluide, transparente. Il peint en plein air célébrant la beauté de la nature. Il rencontre le mécène Furstengerg qui l'encourage, et en 1879 Karin Bergöö qu'il épouse, artiste-peintre également, elle lui offre un cadre familial serein propice à son art et il illustre des livres (les contes d'Andersen). Sa notoriété s'envole le jour où des éditeurs publient ses peintures et aquarelles sous forme de livrets illustrés en couleurs notamment en Allemagne (la maison sous le soleil) où ces publications conquièrent un public enthousiaste.

 

carl larsson2

 

A partir des années 1890, comme ses contemporains, ses aquarelles subissent l'influence des estampes japonaises avec un style plein de concision et une absence de relief et d'ombre en soulignant de noir ces sujets.
Ces aquarelles intimistes reflètent au détail près, sa vie de famille, sa maison que ces illustrations vont faire connaître au grand public. L'intérieur joliment décoré par sa femme Karin avec meubles élégants, boiserie claire, tapis coloré, étagères sur mesure, agencement spacieux et lumineux de la maison familiale vont diffuser une atmosphère douillette, un style de vie et le design moderne gustavien.

 

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Ses aquarelles sont une ode à la joie de vivre à la campagne et à la famille.
Les enfants faisant des boules de neige, se baignant l'été à la rivière, jouant des pièces de théâtre, ou avec les animaux de la ferme, la famille déjeunant en plein air etc.

 

carl larsson4


Ces aquarelles ont des thèmes simples et amusants et relatent comme des bandes dessinées ou des mangas, le quotidien familial dans un cadre calme et apaisé.

 

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On peut penser que cet hymne à la famille et aux joies simples furent un baume au cœur de cet homme dont l'enfance fut si misérable avec un père qui le détestait et qui lui manifestait tant de colère.

 

Cet amour des siens, de cette vie de famille heureuse, le bonheur d'être ensemble transparait, nous interpelle et nous rappelle que les joies simples du bonheur familial restent une valeur recherchée voire inégalée.

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Klimt: le baiser en or, un art nouveau

klimt attente

" L'attente " Klimt 1905-1909

Quand l'art devient nouveau


Gustav Klimt est un artiste complexe, un cas particulier parmi les artistes du 20ème siècle. Son parcours, son œuvre, ses influences continuent à dérouter les historiens d'Art.
On trouve chez lui des décorations murales néoclassiques de style académique qui ont fait son succès avant de devenir l'un des fondateurs de la Sécession viennoise, puis le chantre de la modernité en Autriche. Sa notoriété était telle que les historiens d'art baptisent parfois le début du 20è siècle en Autriche " l'âge de Klimt ".

Klimt est né le 04 juillet 1862 dans la proche banlieue de Vienne, capitale de l'empire austro-hongrois, d'un père orfèvre -ciseleur. Dès 14 ans, il suit les cours de l'école des arts et métier et devient par la suite artiste-peintre, il peint la cour intérieure et l'escalier du Kunst muséum de Vienne, dans le style néo-classique, style en vogue à l'époque. Il peint des salles de théâtre.


Avec des amis, il crée en 1897 la sécession mouvement artistique qui veut sortir l'art, du néo-classique vers l'art nouveau, style qui se développe en France, en Belgique mais aussi en Allemagne avec le jugenstil.

L'Art nouveau est un terme générique, on dit modernisme en Catalogne, Jugendstil en Allemagne, style Sécession en Autriche, art nouveau en France.
C'est un art nouveau en Europe qui fait son apparition au début de 20ème siècle, en opposition à la laideur du monde industriel florissant de cette époque.  La société européenne a changé. La nouvelle bourgeoisie, industriels, commerçants, professions libérales, et financiers, désire un style nouveau qui n'imite pas l'art de la cour ou les peintures d'une noblesse vieillissante.

 

klimt accomplissement

" L'accomplissement " Klimt 1905-1909
L'art nouveau va influencer l'architecture, les objets, les décorations et la peinture.     
L'Art nouveau au début de 20ème siècle repose sur certains principes : le rejet de l'académisme (l'abandon des références à l'antiquité), l'inspiration de la nature (des formes sinueuses, des décors végétaux ou floraux, des influences japonisantes ou gothiques), la fusion entre arts majeurs et arts mineurs, c'est-à-dire art décoratif (exubérance du décor), art pour tout le monde (art des objets du quotidien).
Klimt peindra de nombreux portraits de grands bourgeois, industriels, décorera de mosaïques les murs d'hôtels particuliers.
Klimt entre dans une période très productive durant l'année 1897 : création de nombreux tableaux et d'environs 4000 dessins. Ses thèmes : l'érotisme, représentation de la fragilité du corps et de l'amour en autres.  

 

Le baiser doré et les yeux fermés

Dans la période dorée, Klimt peint des tableaux dorés à la feuille d'or et d'argent (Danaé, le baiser, le portrait d'Adèle Bauer)
L'artiste va créer un style personnel, l'ornement n'est plus seulement décoratif mais fait partie du sujet. Il va utiliser la feuille d'or dans des tableaux montrant un traitement figuratif du visage, des épaules et des mains. Cet ornement conjugue différents motifs empruntés aux arts byzantin, gothique, égyptien, japonais et celtique. Cette juxtaposition du sujet et du décor, est à la source de la fascination qu'exerce la peinture de Klimt durant la deuxième moitié du 20ème siècle.

 

klimt le baiser


Le baiser est un tableau peint en 1907-09. Il s'agit d'un couple tendrement enlacé qui vient de s'embrasser, la femme longiligne tombe à genou enserrant dans ses bras le cou du partenaire. Les yeux fermés témoignent de son abandon. L'homme la retient et enserre son visage et l'englobe dans son magnifique vêtement fait de carrés noirs, dorés et argentés, le vêtement de la femme est riche en cercles de couleur bleu -rouge-vert sur un fond doré.
Les deux amants portent des fleurs dans les cheveux et sont cernés d'un halo d'or tel une icône byzantine. Le sol à leurs pieds est fait d'un amoncellement exubérant de fleurs de toute couleur sur lequel ruisselle des lianes d'or.
Dans Le Baiser, (musée du Belvédère, Vienne),  l'étreinte charnelle revêt le caractère sacré d'une icône byzantine sur fond d'or. L'ornement abstrait confond les corps en les dématérialisant, tandis que le parterre floral stylisé rappelle la représentation du paradis dans l'imagerie gothique.

En arrière plan, la femme est bordée de cercles concentriques symbole rappelant les théories et découvertes récentes de Freud sur l'inconscient.
Ce tableau est le tableau culte de l'art nouveau à Vienne.


La devise du groupe la sécession est " chaque époque son art, à l'art sa liberté "

 

 

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5 chefs d'oeuvre sur Danaé, le nu féminin normalisé

Danae sexualuite nu art causam

 

5 chefs-d'oeuvre sur Danaé, le nu à travers des siècles de peinture 

L'art en Europe est une succession de mouvements, de voyages, d'influences et de retour.
Dans n'importe quel musée, on ne peut qu'admirer ces liens délicats entre un tableau et un autre, entre un maître et un autre, comme si chaque tableau faisait partie d'un ensemble cohérent et riche.

 

Le Mythe de Danaé ?

Danaé était une princesse légendaire d'Argos. Le roi fut prévenu par un oracle que Danaé, sa fille unique, mettrait au monde un fils qui, plus tard, le tuerait.
Le seul moyen d'échapper à ce sort était de tuer Danaé. Le roi refusa, et décida de garder sa fille enfermée dans une tour de bronze loin de toute compagnie masculine. Cette tour fut isolée du monde, seul le toit s'ouvrait sur le ciel afin que l'air et la lumière puissent y pénétrer.
Elle vécut en captive accompagnée d'une servante. Zeus tomba amoureux de Danaé, il s'est métamorphosé en une averse d'or et a traversé le toit.
Cette pluie d'or atterrit sur le bassin de la jeune fille avant de remplir la chambre. Elle tomba de cette manière, enceinte de Zeus.
Pendant quelque temps elle cacha la naissance de son enfant. Un jour, le petit garçon, Persée, fut aperçu par son grand-père. " Ton enfant, Qui est son père ? " Quand Danaé répondit fièrement : "Zeus", il ne voulut pas la croire. Il fit faire un grand coffre de bois et les y plaça la mère et l'enfant. Le coffre fut emmené au large, sur un bateau, et jeté à la mer. Danaé et Persée voguèrent à la dérive, furent découverts par un pêcheur.
Après de nombreuses d'aventures, Persée et sa mère revinrent. Peu après leur retour, Persée entendit parler d'un grand concours d'athlétisme. Il décida d'y participer. Quand vint son tour de lancer le disque, le projectile fit un écart et tomba parmi les spectateurs. Acrisios se trouvait dans la foule. Il mourut sur le champ. La prophétie de l'oracle fut réalisée.
 
Cette légende demeure fidèle aux principes de la mythologie grecque. L'amour est sans limite, la force du désir sexuel, le destin tragique de l'homme.


Titien : Danaé avec sa servante (1560) huile sur toile

Titien danae


La jeune Danaé est nue dans son château, la princesse est prisonnière. Elle est étendue lascivement sur un lit, accompagnée de son petit chien. Surprise par la pluie d'or, la domestique tente de rassembler cet or dans son tablier.
La blancheur du corps de Danaé contraste avec la noirceur de la peau de la domestique. Alors que Danaé est étendue sur le lit, le corps est riche de courbes.
La main de Danaé cache son sexe, dissimulé dans l'ombre, laisse deviner la signification érotique de ce geste.
L'aspect du corps est fidèle aux critères de beauté de l'époque. La peau est blanche, les cuisses sont pleines, le ventre est légèrement bourrelé. La femme est sans parure sauf les cheveux défaits laissant supposer le réveil mouvementé de la femme surprise par les pluies d'or.
Les seins sont montrés sans retenus, comme les jambes.
La mythologie comme prétexte d'un nu féminin ? La femme face à son désir, à cette pluie d'or !


Tintoret : Danaé

Tintoret danae


Musée des Beaux Arts, Lyon

Dans ce tableau, Tintoret reprend le sujet de son maître Titien. On peut observer la présence du chien, l'averse d'or sous forme de pièces, la présence d'une servante qui tente de collecter les pièces d'or dans son tablier.
Les couleurs sont vives, le corps nu est délimité par des lignes sinueuses, plus de bourrelets et plus de muscles que dans les tableaux de Titien. La nudité demeure offerte au regard mais sans cette chair épanouie qu'on voit dans les tableaux de Titien
On peut noter également la grande taille de la femme, ses muscles, et une adiposité marquée (tissu gras sous la peau)
Tintoret ajoute plus de décor, plus de couleurs, plus de plis.
Il y a quelque chose d'artificielle dans la pose de la femme, elle est plus allégorique que réelle.


Mabuse dessine Danaé

Mabuse danae

Après 1508- Mabuse Musée de Munich

Danaé est ce tableau témoin de l'influence de Rome sur le peintre. Dans ce tableau, Danaé ressemble à une jeune adolescente, recouverte d'un drap bleu, assise sur un coussin rouge. Elle dévoile son corps pour recevoir la pluie d'or qui inonde son bassin. Danaé de Mabuse est plus jeune que les Danaés de Titien et de Tintoret.
Cependant elle garde les signes essentiels du récit mythologique ; C'est une femme en attente qui accueille la pluie d'or favorablement. Les jambes sont légèrement écartées comme un signe d'un consentement.
La fille est assise au centre d'un décor fait de colonnes et piliers disposés en rotonde. Les détails sont soignés, on devine que la tour de Danaé est en marbre. L'œuvre est traitée avec beaucoup de sensualité. Le corps est gracieux. Les muscles tantôt éclairés tantôt à contre-jour donnent aux jambes de Danaé un beau réalisme.
Danaé est seule en face du torrent doré du désir et de fertilité. Loin de Titien et de Tintoret, le peintre n'a pas ajouté de servante ou de chien ou un dieu. Danaé est seule. Une allégorie de la femme seule face au désir, en face de l'événement majeur de la vie d'une femme ; la maternité ?


Alexandre Jacques Chantron : Danaé réaliste

Chantron danae


Le peintre propose un nu féminin qui reflète la culture et la peinture du 19ème siècle. Nous sommes en face d'un corps féminin réaliste dans ses proportions, dans ses détails anatomiques, sans excès ni idéalisation. Danaé est seule avec la pluie d'or. Le nu féminin n'a plus besoin d'une justification mythologique ou allégorique, la femme est partout dans cette fin de siècle.
La société se féminise, le corps féminin fait partie de la vie comme le corps masculin.
Bien que le peintre ait dessiné un corps beau, harmonieux, naturiste, nous sommes loin d'une recherche effrénée d'un érotisme excessif.
On normalise progressivement le corps féminin, et le nu féminin.
Le nu dans la peinture sera considéré de plus en plus en fonction des relations qu'il noue avec le thème du tableau.


Klimt, Danaé dorée

Klimt danae


À Vienne, Klimt influencé par les arts d'autres cultures et pa