Richard Burton du kamasoutra à Mille et une nuits

Giovanni Giannini illustration mille et une nuit

 

 

Sir Richard Francis Burton (1821-1890) est un Anglais, décrit comme une légende. Aventurier, « célèbre explorateur, anthropologue et linguiste, agent secret, soldat, scientifique, traducteur, « gentleman féru d’exotisme et d’art érotique », diplomate, écrivain ou héros selon certains.
On ajoutera à la liste de ses prouesses la traduction des Mille et une nuits, la « découverte » et la traduction du Kamasoutra puis la traduction d’un ouvrage arabe d’érotologie, le jardin parfumé.

Dans sa préface, Wright (1906) explique que la femme de Burton, Isabel, a écrit en 1893 une biographie de son mari afin de faire taire les calomnies qui circulaient à son sujet.
Craignant pour sa réputation et celle de son mari, Isabel Burton brûla un certain nombre de manuscrits attribués à Richard Burton. La pratique de brûler les livres licencieux à la mort de leur propriétaire était répandue dans l’Angleterre au 19e siècle.

 

kamsutra image1

 

 Le Kamasoutra
 

Quand Richard Francis Burton, ancien capitaine de l’armée de la Compagnie des Indes orientales tombe sur un recueil compilé entre le IVe et le VIIe siècle par Vatsyayana Mallanaga, philosophe médiéval, et l’Anglais y découvre la sexualité humaine comme moyen d’atteindre l’élévation spirituelle.


Le plus ancien texte sur l’amour charnel dévoile ses recettes pour la bonne pratique des activités intimes, une réflexion sur les buts de l’existence, un recueil de conseils pour le choix d’une épouse, ses devoirs et ses privilèges et un guide pour une sexualité épanouie. L’ouvrage est illustré de miniatures riches et colorées représentant les postures évoquées.

En s’engageant dans la traduction et la publication, Richard Francis Burton se place sous le coup de la loi sur les publications obscènes. Peu importe le prix, Burton, qui vient d’être nommé consul à Trieste, a fondé une société d’édition fictive, la Kama Shastra Society, avec un faux lieu d’édition, et préfère pour plus de discrétion ne publier l’ouvrage que sur souscription.
A cette époque, seules les femmes immorales ressentent du désir sexuel et les hommes, esclaves de leurs appétits incontrôlables ne peuvent être blâmés.
Burton veut rompre cette conspiration qui pèse sur la vie sexuelle de ses contemporaines en prouvant que, sous d’autres latitudes, la femme assume librement sa sexualité.

 

Richrad Burton

 

Le Kamasoutra commence son histoire en Occident à la fin du 19e siècle, par Sir Richard Burton et la première traduction du Kamasoutra .


Il est vrai que personne d’autre n’avait écrit à propos du Kamasoutra avant Burton. Après avoir réuni quatre copies partielles du manuscrit du Kamasoutra (provenant des bibliothèques de Bombay, de Bénarès, de Calcutta et de Jeypoor) une version intégrale du texte est née. La première traduction de Burton reste aujourd’hui la plus fréquemment éditée, même si elle a été l’objet de nombreuses critiques. Par la suite, d’autres traducteurs reprendront cette version.
Il a confié la traduction du texte originel à deux érudits hindous, et c’est en
1876 qu’il arrive avec son épouse à Bombay, pour en découvrir la première version achevée. Burton reprend, corrige, annote les lignes, dans lesquelles le plaisir de la femme est validé, estimé, recherché même.

Ce célèbre texte peu lu un objet culturel. Il est abondamment cité en Occident. Livre d’origine hindoue, datant des premiers siècles de l’ère chrétienne, il connaîtra en Inde une grande renommée comme référence dans le genre littéraire érotique. En 1883, le Kamasoutra est publié sous la direction de Sir Burton pour un cercle de gentlemen amateurs d’écrits érotiques. Aussitôt, il a été censuré et interdit de publication dans les pays occidentaux, jusqu’à sa redécouverte dans les années 1960 .

 

kamsutra image2

 

On peut traduire «Kamasoutra» par « aphorismes sur le Désir », maxime ou pensée destinée à l’enseignement des jeunes – filles et garçons.
Le livre est écrit dans un style sérieux, austère, schématique, précis comme un code de loi. Parmi les techniques exposées, il y a celles pour bien vivre (dans le livre l), pour faire l’amour (livre 2), pour séduire un(e) partenaire (livre 3), pour bien se conduire lorsqu’on est une épouse (livre 4), pour séduire les femmes (livre 5), pour réussir dans la vie si l’on est une courtisane (livre 6) et enfin pour utiliser des pratiques occultes, telles que l’envoûtement de partenaires, l’utilisation d’objets sexuels ou les aphrodisiaques (livre 7).

L’auteur s’adresse aux hommes désireux de bien se comporter envers le sexe d’une femme, « fleur de lotus, soleil qui éclaire de ses rayons». Ils doivent adopter le comportement adéquat afin « qu’elle ne se referme pas et répande son parfum ». On y conseille d’attendre après le mariage au moins dix jours avant de consommer l’union charnelle, que la femme soit prête à recevoir l’époux. « La femme a envie de préliminaires qui soient tendres eux aussi, et quand elle n’acquiesce que du bout des lèvres, parfois ces préliminaires lui rendent haïssables la fusion amoureuse, et haïssables aussi, parfois, le sexe masculin »
L’auteur conseille à l’amant d’utiliser tous ses membres pour « doubler la volupté de la femme ainsi caressée et hâter son spasme de manière à le faire coïncider avec celui de l’homme ».
L’émergence du Kamasoutra dans l’Angleterre victorienne «scandalisa» la bonne société de l’époque.
Certains auteurs n’hésitent pas à proclamer la valeur universelle et éternelle du Kamasoutra. Pour certains, il symbolise l’érotisme oriental, alors que pour d’autres, représente un texte lubrique.
Les réinterprétations du Kamasoutra sont un sujet passionnant à notre époque de mondialisation, d‘influences culturelles mutuelles. D’autre part, le Kamasoutra pose des questions utiles sur la sexualité en anthropologie.

 

 

 Jardin parfumé
 

Lorsque l’explorateur Richard Burton meurt en 1890, sa femme Isabel brûla des dizaines de ses œuvres inédites. Dans une lettre au journal Morning Post, elle avoue avoir détruit sa nouvelle traduction d’un manuel sexuel arabe, le jardin parfumé. “Sur deux mille hommes, quatorze le liraient probablement dans l’esprit de science dans lequel il a été écrit”, écrit-elle, “les autres le liraient pour l’amour de la saleté, et le transmettraient à leurs amis, et le mal fait sera être incalculable.

Écrit en arabe du XVe siècle, le manuel sexuel tunisien « le jardin parfumé » peut sembler hors de propos aujourd’hui. Pourtant des générations de traducteurs se sont penchées sur ses conseils.
Contrairement au kamasutra, bien apprécié dans son pays d’origine, le jardin parfumé est un livre presque inconnu dans le monde arabe.

L’intérêt des Anglais du 19e siècle pour Le Jardin parfumé laisse perplexe. Ecrit entre 1410 et 1434 pour un ministre du sultan de Tunis, le traité est un guide sexuel pour les hommes mariés. Le contenu va des conseils sur les positions sexuelles, aux formes du pénis, aux remèdes contre l’impuissance.

Nafwazi fournit des dizaines de surnoms pour le pénis : les traductions approximatives incluent «pigeon», «pleureur », « long cou », « chèvre » et « Cyclope », « plongeur ».

Le traité s’appuie sur une longue histoire de la sexologie islamique présente dans des ouvrages plus sérieux. L’étude du sexe était l’une des sciences qui ont construit la civilisation islamique.
La première traduction de Burton avait corrompu la prose originale, fabriquant des détails exotiques sur le monde arabe dans un style fleuri et exagéré qui reflétait la vision colonialiste du 19e siècle en restant convaincu qu’il manquait à son manuscrit un « chapitre perdu » sur l’homosexualité.


Burton s’est rendu à Alger à la recherche du manuscrit original du livre, qui selon lui, ferait référence à l’activité gay. Burton consacra ses dernières années à une deuxième traduction qui a transformé le court traité d’al-Nafwazi en un livre de 1 282 pages, dont un essai de 200 pages sur la sodomie.
Ce livre si réputé en Angleterre a connu en France peu de renommée et demeure une lecture marginale. La relation des français avec la sexualité n’est pas la même que celle des anglais au 19e siècle.

 

Mile et une nuits

 

 Mille et une nuits (arabian Nights)
 

Les mille et une nuits est une collection d’histoires et de contes, un recueil de fables, de contes de fées, romances et d’anecdotes historiques provenant de diverses sources ethniques, notamment de traditions orales indiennes, persanes et arabes qui constituaient l’empire musulman de cette époque.
Dans ces histoires, les habitants d’un royaume magique et mystérieux, d’une richesse illimitée et d’une pureté absolue partagent leur empire avec des djinns, de diables, de lutins, des hommes volants, des chevaux volants, de la magie, des danses, des oiseaux surnaturels, des poissons parlants et des scènes exotiques et érotiques de harems, d’esclaves, de princes et de rois, et de gens ordinaires.
Tout le monde est amoureux des aventures d’Aladdin, d’Ali Baba et de Sinbad le marin, de Shahryar, le roi fou dominé par la femme la plus connue de la terre : Shéhérazade.

André Gide écrivait :
« Les trois mères des livres du monde ; La Bible (Ancien et Nouveau Testament), les poèmes d’Homère (Iliade et Odyssée) et Les Mille et une Nuits ».

Mille et une nuits est une aventure arabe et européenne. Sans certains Européens, ce livre aurait été laissé dans les tiroirs de l’oubli pour toujours.

 

 

 Milles et une nuit en France
 

Le début commença avec le diplomate français “Antoine Galland” (1646-1715), nommé à Constantinople, capitale de l’Empire ottoman, en tant que secrétaire de l’ambassadeur de France à la fin du 17e siècle.
Son travail réel se limita à rassembler les manuscrits accessibles en Orient et de les envoyer au trésor du roi. Galland obtint des manuscrits des ” Mille et une Nuits”, dont des parties sont encore conservées à la Bibliothèque nationale de Paris. Il revint avec les manuscrits, où il travailla à les traduire à sa manière.


Galland n’avait pas la rigueur d’un traducteur, mais le talent d’un écrivain. Il a effectué « de larges remaniements » du texte arabe : il raccourcissait ce qu’il considérait ennuyeux, détaillait certaines scènes sexuelles, ajoutait des descriptions, supprimait des poèmes, habillant le manuscrit d’une robe européenne.
La vision des Français, et après eux des Européens, de l’Orient et de ses habitants était imprécise. Les Français considéraient ce manuscrit comme un moyen simple de connaître les peuples de l’Orient et leur monde plein de magie sans la difficulté de s’y rendre.
Les « Mille et Une Nuits » sont arrivées dans une atmosphère complètement différente de son contenu, une époque désirant la romance, aspirant à l’évasion et à l’imagination, absentes dans la littérature européenne de l’époque.

« Soudain révélés à notre monde des trésors d’art narratif qui ne s’apparentent en rien à la mauvaise poésie de cour française ni aux contes magiques naïfs, et la foule s’est enthousiasmée de ces contes. «
— Stefan Zweig (1881-1942), écrivain autrichien

La traduction de Galland connut un succès rapide et se répandit dans toute la France et en Espagne. Il a été réimprimé des dizaines de fois au 18e siècle.
La traduction de Galland est éloignée du texte original, vers une version du livre adaptée aux coutumes françaises de son époque. Les personnages se saluent à la française, et s’exclament “Bon Dieu !”, mangent des “tartes à la crème”.
Au cours de l’année 1705, une traduction anglaise intitulée “The Arabian Nights ” obtint un succès retentissant. Les Britanniques trouvèrent dans les contes des Mille et Une Nuits un trésor qui enflamma leur imagination et leurs sentiments.

 

 

Mile et une nuits 2

 

 Milles et une nuit en Angleterre
 

Richard Burton publia en 1885 sa propre version de l’œuvre, intitulée The Book of the Thousand Nights and a Night, qui se caractérise par l’accent mis sur l’imagerie sexuelle et introduit des accents locaux dans le discours du livre.
La version de Burton est différente de la version de Galland et de la version originale. Burton utilise l’anglais du 14e siècle avec des archaïsmes et des néologismes. La version de Burton est plus érotique que la version de Galland, et agréable à lire.
Le livre raconte l’histoire de Shéhrazade et le roi Schahriyar, roi misogyne et omnipotent, épouse et tue une femme l’une après l’autre pour se venger parce que sa première épouse lui a été infidèle. Il épouse Shéhrazade et pendant leur première nuit, elle lui raconte une histoire qui, à l’aube, ne s’arrête pas. Le roi désireux de savoir comment elle se termine, permet à Shéhrazade de vivre un jour de plus et ainsi de suite.
Les histoires de Shéhrazade sont comme des mirages, un labyrinthe d’un monde séduisant et merveilleux.
Les Mille et Une Nuits ont influencé la littérature européenne et américaine, comme en témoignent des œuvres telles que les Lettres persanes de Montesquieu, Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas, Son, Zanoni de Bulwer Lytton et Histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe.

En 1885, le succès de sa traduction du Livre des Mille et Une Nuits couronnera sa carrière d’éditeur et d’écrivain orientaliste, riche d’une cinquantaine d’ouvrages. Cette popularité assurera celle de son Essai final dont la section dédiée à l’homosexualité est considérée comme la première étude de ce genre parue en Angleterre.

 

 

Mile et une nuits sherezade

 

 Les Mille et une Nuits : Critique

Dans ses travaux et ses éditions, Richard Burton était un orientaliste. Ses traductions comme celles de Galland ont contribué à éveiller la curiosité de l’Occident pour l’Orient en général, même si ces deux notions manquent de véritable signification. Les lecteurs occidentaux étaient fascinés par ce monde lointain.

Edward Said dans son livre Orientalisme, met en garde contre les préjugés qui construisent un concept de l’Orient dans les nations occidentales ; un tel concept est utilisé pour justifier les politiques coloniales et les politiques de domination.

On peut discuter la valeur académique de ces traductions ou de ces adaptations pour un public européen. Cependant, ces traductions ont permis de populariser ses livres et leurs cultures.

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Haruki Murakami si critiqué, si apprécié

Haruki Murakami

 

 

La popularité de l’auteur japonais Haruki Murakami grandit d’année en année. Le mystère et le surréalisme chez Murakami sont populaires au Japon et dans le monde.
Le romancier japonais, aujourd’hui âgé de 72 ans, a attiré un public culte au cours de sa carrière – les “Harukistes” – et a vendu plusieurs millions d’exemplaires dans plus de 50 langues à travers le monde.

Les écrivains engagent leurs lecteurs de diverses manières. Proust alterne les souvenirs et le réel pour créer un monde nouveau, Gabriel Garcia Marquez préfère le réalisme onirique, plongeant dans la famille, l’histoire et la culture, dans les relations interpersonnelles.


Haruki Murakami n’est pas préoccupé par la fin de ses romans, laissant un sentiment d’infini labyrinthe. Son écriture est simple, simpliste voire répétitive, influencée par ses deux écrivains préférés Anton Tchekhov et Scott Fitzgerald.


Le style de Murakami est réaliste ; il y a des descriptions détaillées d’objets et d’actions, mais on a souvent le sentiment que ces descriptions sont la “manifestation extérieure d’un concept, et non pas d’une substance réelle. L’intrigue, les événements du roman, résident entre le réel et l’imaginaire, entre un objet et un concept, comme chez Tchekhov. Dans certains romans, les ombres de Dostoïevski ne sont pas loin.


Le sexe est un motif récurrent dans la fiction de Murakami. Diverses versions de la sexualité sont mises en scène sans commentaire, son style de prose précis et factuel, son réalisme imprègne le sexe. La sexualité chez lui peut déranger certains lecteurs.

 

 Haruki Murakami, un pro-occidental au japon !!

Les critiques qui qualifient Murakami d’un écrivain pro-occidental citent que ses personnages ne portent jamais de yukata ou de kimono, mais des jeans Levis et des chaussures de tennis Nike. Ses protagonistes lisent des livres de Kafka, Léon Tolstoï, mais ne sont pas intéressés par le haïku.
Murakami a beaucoup insisté sur la liberté de l’individu, même au détriment du lien social ce qui est problématique pour l’esprit japonais. Certains critiques japonais considéraient le travail de Murakami comme un déni de la conscience nationale.
Il est cependant si célèbre plus à l’extérieur qu’à l’intérieur du japon. C’est un autre point de controverse.

 

 Haruki Murakami, l’américain au japon !!

Dans les années 80, des d’écrivains tels que Ryū Murakami, Nakagami et Haruki Murakami ont commencé ce que certains nomment l’américanisation de la littérature et de la culture japonaises.
Il existe au Japon un accord implicite sur le fait que la culture japonaise se compose pour l’essentiel de deux courants d’influence et de deux sources culturelles : européennes et asiatiques.


Dans son discours du prix Nobel de littérature en 1969, Yasunari Kawabata a insisté sur le fait qu’il est auteur de roman, un genre inventé par la culture européenne, qu’il est en même temps l’héritier de la culture asiatique du bouddhisme zen. Il a expliqué la philosophie et la beauté japonaises par leur contraste avec celles de l’Occident.
Des écrivains des années 80 à la suite de Kenzaburō Ōe n’ont pas respecté cette tendance culturelle. L’influence américaine dans leurs romans est manifeste, voire ostentatoire provoquant de vifs débats.


Kenzaburō Ōe est un bon exemple aussi, il a tendance à mettre en avant ses affinités avec la culture américaine, citant souvent les Aventures de Huckelberry Finn de l’américain Mark Twain.
Le personnage d’Ōe (surtout après son prix de Nobel) a souvent été interprété comme un intellectuel “européen” à l’image de Jean-Paul Sartre.


Ce qui distingue Haruki Murakami, c’est son acceptation sincère ou sérieuse de la littérature américaine contemporaine classique, comme Gatsby le magnifique ou tendre est la nuit de Fitzgerald, les romans de Salinger, et les œuvres d’écrivains plus tardifs comme Richard Brautigan, Kurt Vonnegut Jr, et Thomas Pynchon.


Son troisième roman, la Course au mouton sauvage, (A Wild Sheep Chase), ressemble à Vente à la criée du lot 49 (The Crying of Lot 49) de Pynchon dans sa recherche de la signification de l’histoire moderne du Japon.
Son quatrième roman, la Fin des temps (Hard-Boiled Wonderland and the End of the World), est basé dans sa forme sur Les Palmiers sauvages (The Wild Palms) de Faulkner dans l’alternance de deux fils narratifs, et dans ses thèmes, la technologie de l’information et la société de masse accompagnés d’autres sources d’influence comme le philosophe François Lyotard et ses analyses sur la post-modernité.


Les personnages de Murakami ressemblent à Holden Caulfield de L’attrape-cœurs de J. D. Salinger (1959). Comme Faulkner a dit de L’attrape-coeurs de Salinger qu’il n’y avait pas de race humaine dans laquelle Holden pouvait entrer, les personnages de Murakami n’ont pas pu trouver une famille ou une communauté à laquelle ils pouvaient appartenir. Les romans de Murakami partagent les caractéristiques et les limites des romans américains jusqu’aux années 1950 qui sont les dernières œuvres du réalisme et du roman familial, comme Goodbye Colombe de Philip Roth.


Après la fin des années 1980, lorsque Murakami a commencé à être lu par le grand public, c’est-à-dire en dehors des cercles littéraires et des universités, notamment avec l’énorme succès de Norwegian Wood, Fitzgerald était plus lu qu’Hemingway ou Faulkner. Être “populaire” pouvait signifier “inauthentique” jusqu’au moment où Murakami a rencontré un grand succès auprès du grand public. Après cela, être “populaire” pouvait simplement signifier être un bon auteur, occidentalisé ou pas.

Le Bois Norvégien l’a transformé de figure mineure avec un air attirant de méconnaissance qu’il était auparavant, en une véritable célébrité. Avec le succès de Murakami, ce que l’on appelle “littérature” au Japon est devenu un art, au même titre que la musique et l’art contemporain,

 

 Haruki Murakami, le sexe contre l’aliénation

Un autre point de converse est la tendance de l’écrivain à analyser froidement la sexualité de ses personnages. Les critiques disent qu’il n’existe pas un roman de Haruki Murakami sans une scène de sexe.
Son roman Le Meurtre du Commandeur (2017) s’ouvre une scène de sexe où le narrateur masculin décrit des relations sexuelles avec deux femmes avec lesquelles il a couché après s’être séparé de sa femme. La première femme éprouve une douleur terrible lorsqu’elle a des relations sexuelles.

 

                                   
  Nietzsche     ‘‘       
                               Maurakami  Bois norvegien

 

Cette nuit-là, j’ai couché avec Naoko. Je ne sais pas si c’était la bonne chose à faire. Même maintenant près de 20 ans plus tard, je ne le sais toujours pas. Peut-être que je ne le saurais pas éternellement. Mais alors, je ne pouvais rien faire d’autre que de le faire.

Elle était bouleversée, confuse et voulait que je la calme.
Par une nuit chaude et pluvieuse, nous n’avons pas eu froid même nus. Naoko et moi avons cherché le corps de l’autre en silence dans l’obscurité. J’embrassai et enveloppai doucement ses seins dans mes mains. Naoko a attrapé mon érection. Son sexe chaud et humide me convoquait.

Un peu confus. Je pensais que Kizuki et Naoko dormaient tout le temps.

J’ai mis mon pénis à fond et je suis resté immobile, la serrant longuement dans mes bras, j’ai éjaculé sur une longue période de temps.

À la fin, Naoko serra fort mon corps et cria. C’était la voix la plus triste que j’aie jamais entendue à propos d’un orgasme.
                          
          ’’   
                                     


La réaction du narrateur est observatrice, indifférente. Murakami écrit, avec une froideur scientifique. Ses narrateurs masculins vivent des expériences sexuelles inhabituelles et surréalistes. Les hommes sont des récepteurs passifs et observateurs. La description se concentre sur le corps féminin, l’érection masculine et l’orgasme masculin.
Les hommes reçoivent passivement des femmes, qui n’ont pas de relations sexuelles pour leur propre plaisir mais pour d’autres motifs.

 

                                   
  Nietzsche     ‘‘       
                               Maurakami  Bois norvegien

 

Dans le noir, j’ai vérifié chaque recul de son corps. Des épaules aux coudes, aux poignets, aux paumes et au bout de dix doigts.
J’ai posé mes lèvres comme un phoque. J’ai vérifié la forme de chacun des seins et du ventre, des flancs, du dos, des jambes, et je les ai scellés. Je devais faire ça. Je devais faire ça. J’ai doucement caressé ses doux poils pubiens avec ma paume et je l’ai embrassé là. Elle respirait tranquillement. Mais elle me cherchait aussi.
A nouveau serrée dans mes bras, elle a modifié légèrement sa posture Il y avait des mots indescriptibles flottants dans l’air. Je suis entré en elle. Mon pénis était très dur et chaud.
Finalement, Yumiyoshi m’a mordu le bras si fort que le sang coulait. Mais cela n’a pas d’importance. C’est la réalité. Douleur et sang. J’éjaculai lentement en serrant ses hanches.
 
                          
          ’’   
                                     


La sexualité est enracinée dans la promiscuité, et le vide spirituel et émotionnel. C’est le cœur de l’œuvre de Murakami, le thème de l’aliénation dans la société post-moderne.
Les scènes de sexe chez Murakami sont des demi-rêves qui évoquent des expériences hors du corps.

 

                                   
  Nietzsche                                            
‘‘       
                               Maurakami  Bois norvegien

 

Puis elle se glissa sur le canapé sans rien dire et chevaucha sur ses genoux décolorés. Puis passa ses bras autour de mon corps et l’embrassa.
J’ai sorti mon sexe durci et je l’ai tenu dans ma main pendant un moment. Puis je me suis penché et j’ai mis mon pénis dans sa bouche.
Je rampe lentement autour d’elle avec une longue langue, une langue lisse et chaude.
Elle se leva brusquement, se débarrassa des élégants escarpins noirs qu’elle portait, retira rapidement ses sous-vêtements. Elle se remet sur ses genoux et utilise une main pour guider son pénis en elle-même.

Il y avait de la chaleur et de la fraîcheur, de la fermeté et de la douceur, de l’acceptation et du rejet en même temps. Il y avait une sensation mystérieuse et contradictoire. Jje n’arrivais pas à comprendre ce que cela signifiait. Elle le chevauchait et montait et descendait violemment, comme si une personne sur un petit bateau emporté par une vague.
La voix haletante est devenue plus forte. Je n’étais pas sûr d’avoir verrouillé la porte du bureau. J’ai l’impression de l’avoir fait et j’ai l’impression de l’avoir oublié. Mais je ne peux pas aller vérifier la porte à partir de maintenant.  

“Dois-je utiliser une contraception ?”, a-t-il demandé. Elle était généralement anxieuse au sujet de la contraception. Il y a beaucoup de choses qu’un homme ne peut pas comprendre sur le corps d’une femme.

Ses mouvements sont devenus de plus en plus audacieux et dynamiques. Il ne pouvait rien faire d’autre que de ne pas interférer. Et puis la dernière étape est arrivée. Il avait une image si trouble d’être dévoré par un animal inconnu dans l’obscurité.
“Enfin, elle lèche doucement votre pénis gonflé, comme si elle le guérissait.
Vous venez à nouveau, dans sa bouche. Elle l’avale, comme si chaque goutte était précieuse.
                          
          ’’   
                                     

 

 

 Murakami : Femme un remède à la solitude ?
 

Les femmes de Murakami sont souvent définies par rapport aux personnages masculins et à leurs propres parcours de découverte de soi. Au lieu de personnages féminins, des femmes mystérieuses orbitent inexplicablement autour de personnages masculins solitaires et ont des relations sexuelles avec eux pour guérir leur solitude, apporter un soulagement émotionnel ou les aider à parvenir à une sorte de compréhension existentielle.
Au lieu de personnages dynamiques et autonomes, les femmes de Murakami servent à la fois les désirs masculins et de guérison.


En tant qu’écrivain postmoderne, Murakami aime jouer avec les conventions littéraires, faisant souvent référence à la façon dont vous lisez une histoire et à la façon dont les personnages sont des personnages d’histoire sans le savoir.
Dans Kafka sur le rivage, on suit un garçon de 15 ans en fuite et on explore sa psyché. L’histoire raconte Œdipe de manière postmoderne avec des séquences de rêves. Il plonge dans la psychologie des adolescents masculins. Kafka passe son temps à lire dans une bibliothèque, à se plonger dans les livres de Natsume Soseki et d’autres. Il tombe bientôt amoureux de la bibliothécaire Miss Saeki, qui devient la principale source des thèmes de l’histoire.


Murakami passe souvent en revue le corps des femmes avec des détails pornographiques :


 

             
  Nietzsche  
‘‘       
    Maurakami  Bois norvegien

 

La peau de Tamiki était douce et fine. Ses mamelons gonflés dans une belle forme ovale rappelant les olives. Ses cheveux étaient fins et clairsemés, comme un délicat saule. Celle d’Aomane était dure et hérissée. Elles ont ri de la différence. Ils ont essayé de se toucher à différents endroits et ont évoqué des zones les plus sensibles. Certaines zones étaient les mêmes, d’autres non. Chacun tendit un doigt et toucha le clitoris de l’autre. Les deux filles avaient expérimenté la masturbation – beaucoup. Mais maintenant elles voyaient à quel point c’était différent d’être touché par quelqu’un d’autre. La brise balayait les prairies de Bohême.    
        ’’   
             


Murakami dépeint souvent les femmes comme des vaisseaux de libération pour les personnages masculins. Le sexe avec elles valide l’existence masculine.
Les critiques de certains courants féministes n’épargnent pas l’écrivain.

 

 Conclusion :
 

Au Japon, il est traité par certains de pro-occidental, de commercial, ses romans ne s’enracinent pas dans la société japonaise, dit-on. A l’extérieur, il est un candidat constant dans les discussions sur le prix Nobel, loué et détesté. Ses livres se vendent par millions au Japon et dans le monde, ont été traduits dans une cinquantaine de langues. Il est mentionné comme l’un des auteurs les plus importants au monde, le sens profond de son écriture est discuté et analysé dans de nombreuses thèses universitaires. Tout le monde aime Murakami, tout le monde le déteste ou le critique.


Haruki Murakami a toujours été quelqu’un de libre. Il écrit ce qu’il veut. En lisant un de ses romans, on découvre sa capacité de comprendre et de stimuler les émotions humaines, et d’analyser la sexualité.

 

L’abondance des critiques témoignent de l’importance de son travail et de sa capacité à faire réfléchir.

 

Références

Murakami, H. (2015, June 25). The moment I became a novelist. Literary Hub. Retrieved from
https://lithub.com/haruki-murakami-the-moment-i-became-a-novelist/

Strecher M, Thomas L : Haruki Murakami : chalenging authors , sense publishers , Boston, 2016

 

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L’autobiographie : je deviens le sujet et l’histoire

autobiographie

 

 

 

L’autobiographie est la biographie, l’histoire de la vie de la personne qui écrit, parfois sous la forme d’un récit à la première personne, ordonné chronologiquement ou sur d’autres formes.

 

 Genre mal considéré
 

En France, ce genre littéraire était dévalorisé, bien plus que dans d’autres cultures. Certains critiques pensaient qu’il s’agissait d’une forme de nombrilisme sauf rares exceptions, comme les Confessions de Rousseau (1760) qui méritent un examen critique ou sérieux et une lecture attentionnée.

Faute de légitimité intellectuelle, l’autobiographie est restée en disgrâce auprès des écrivains et des critiques pendant une bonne partie du XXe siècle. Le surréalisme, par exemple, repose sur un ensemble de valeurs qui font appel au lyrisme et rejettent l’autobiographie populaire.

Après la Seconde Guerre mondiale, c’est avec l’avènement de l’existentialisme, qu’un groupe d’écrivains et d’intellectuels a fini par découvrir dans l’autobiographie, une forme compatible avec leurs préoccupations théoriques.

Dans les années 1950 et 1960, le structuralisme a pris le relais de l’existentialisme en tant que courant de nouvelles idées et méthodes dans les sciences humaines et sociales, l’autobiographie a été de nouveau écartée de l’agenda intellectuel.

Dans le dernier quart du vingtième siècle, la disparition du structuralisme a ouvert la voie au phénomène culturel connu sous le nom de « retour du sujet », l’autobiographie a finalement commencé à attirer l’attention des écrivains et des critiques contemporains.
Ni autodéterminé ni entièrement déterminé, le sujet ou le soi refiguré est continu et relationnel (par opposition à l’autonomie chez les structuralistes).

Dans ce nouveau contexte, l’autobiographie est étudiée à la fois comme un genre spécifique, synonyme de narrativité progressive, une écriture de la vie, un registre omniprésent, dispersé et diversement appelé « écriture de soi », « autographie » ou « autobiographique ».

 

 Le Retour du sujet
 

L’apparition de l’autobiographie comme genre littéraire fréquent et accepté reflète le tournant post-moderniste vers des formes hybrides, on retrouve de nombreuses formes d’autobiographie en tant que mode et discours sur l’identité et la vie, nourris d’un large éventail d’intérêts théoriques et méthodologiques, linguistiques, psychanalytiques, et ethnographiques.
Le « retour du sujet » dans la culture a entraîné une révision de l’histoire littéraire, et une réévaluation de tout ce qui est autobiographique.

 

 Définir l’autobiographie
 

L’autobiographie pouvait être considérée comme le récit d’un voyage interne pendant lequel le sujet s’interroge sur le sens de sa vie.

L’autobiographie apparaît comme un genre consacré à « l’écriture de soi-même ». Cette forme d’écriture dite « intime » a une histoire qui remonte au 18e siècle à la suite des œuvres biographiques du recueil de mémoires personnelles, le biographe a pris conscience de raconter sa propre personnalité de manière à écrire et décrire sa vie.

Ce nouveau point de vue fait naître le roman autobiographique à la première personne.
En France, les œuvres d’autobiographie religieuse comme les Confessions de Saint-Augustin sont admises comme des œuvres appartenant à la préhistoire du genre. Lejeune écrit :

« C’est à cette époque qu’on commence à prendre conscience de la valeur et de la singularité de l’expérience que chacun a de lui-même. On s’aperçoit aussi que l’individu a une histoire, qu’il n’est pas né adulte. »

Jean-Jacques Rousseau dans ses Confessions utilise les techniques romanesques lors de la structuration du récit rétrospectif, mais il ne
raconte pas son vécu, il attend de son écriture un renouvellement de la connaissance qu’il a de lui — même. Rousseau ne propose pas une théorie de l’autobiographie, mais il la pratique dans ses Confessions.

Philippe Lejeune définit l’autobiographie comme :

 
« Un récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu’elle met l’accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité.
L’autobiographie est avant tout un récit rétrospectif qui tend à la synthèse, alors que le journal intime est une écriture quasi contemporaine et morcelée qui n’a aucune forme fixe. »

Les trois genres qui se chevauchent ici, à savoir l’autobiographie, les mémoires et le journal intime nous poussent à réfléchir sur ce genre de littérature.

Il est utile de distinguer « qui parle ? » lors de la lecture du récit autobiographique, vu qu’il existe au moins trois « je » occupant trois positions : le protagoniste, le narrateur et l’auteur.

Les mémoires sont une représentation de la vie individuelle ainsi que de la vie l’époque où se passe l’histoire.

 

 

 

 

 Un regard nouveau : le sujet est accepté

Parmi les auteurs français de la première moitié du vingtième siècle dont l’œuvre a été revisitée André Gide, Colette.
Longtemps considéré comme une source documentaire pour ceux qui s’intéressent au parcours de l’auteur, le livre « Si le grain ne meurt » (1926) de Gide est aujourd’hui considéré comme une œuvre d’une ambiguïté et d’une complexité qu’elle exige d’être traitée sur un pied d’égalité avec sa production fictionnelle la plus admirée.

 

 André Gide : Si le grain ne meurt

 

Nietzsche ‘‘ 

 

Roger Martin du Gard, à qui je donne à lire ces Mémoires leur reproche de ne jamais dire assez et de laisser le lecteur sur sa soif. Mon intention pourtant a toujours été de tout dire. Mais il est un degré dans la confidence que l’on ne peut dépasser sans artifice, sans se forcer ; et je cherche surtout le naturel. Sans doute un besoin de mon esprit m’amène, pour tracer plus purement chaque trait, à simplifier tout à l’excès ; on ne dessine pas sans choisir ; mais le plus gênant c’est de devoir présenter comme successifs des états de simultanéité confuse. je suis un être de dialogue ; tout en moi combat et se contredit. Les Mémoires ne sont jamais qu’à demi sincères, si grand que soit le souci de vérité : tout est toujours plus compliqué qu’on ne le dit. Peut-être même approche-t-on de plus près la vérité dans le roman.  
’’ 

Les ambiguïtés découlent de la manière dont Gide négocie la question de sa nature homosexuelle, a conduit les spécialistes à souligner la valeur de cette autobiographie en tant qu’œuvre pionnière de littérature de confession qui suggèrent au départ un esprit sexuellement refoulé, passant par les diverses facettes de l’homosexualité de Gide, pour finir par une identité homosexuelle uniforme, facilement stéréotypée.

 

 Colette : La Naissance du jour

 

                                    
  Nietzsche   ‘‘      
                              

 

Monsieur,
Vous me demandez de venir passer une huitaine de jours chez vous, c’est-à-dire auprès de ma fille que j’adore. Vous qui vivez auprès d’elle, vous savez combien je la vois rarement, combien sa présence m’enchante, et je suis touchée que vous m’invitiez à venir la voir. Pourtant, je n’accepterai pas votre aimable invitation, du moins pas maintenant. Voici pourquoi : mon cactus rose va probablement fleurir. C’est une plante très rare, que l’on m’a donnée, et qui, m’a-t-on dit, ne fleurit que sous nos climats que tous les quatre ans. Or, je suis déjà une très vieille femme, et, si je m’absentais pendant que mon cactus rose va fleurir, je suis certaine de ne pas le voir refleurir une autre fois.

La Naissance du jour 
                          
        ’’   
             

Colette fait partie des femmes écrivaines dont l’œuvre n’a pas été prise au sérieux jusqu’à ce qu’elle soit revisitée par des critiques récentes et les critiques féministes. Des œuvres autobiographiques telles que La Naissance du jour (1928) et Sido (1929) de Colette ont bénéficié des études féministes contemporaines. Le féminisme des années 1970 et 1980 réagissait contre la négligence du structuralisme à l’égard du sujet sexué et incarné. Le féminisme a été l’un des principaux moteurs du retour du sujet dans la culture.

Appréciée pour la franchise avec laquelle elle décrit les déguisements et les identités fictives du désir bisexuel, l’écriture autobiographique de Colette a été lue, comme celle de Gide, comme une autre affirmation exemplaire d’une identité dispersée.

 

 

 Michel Leiris : L’Âge d’homme

                                    
  Nietzsche   ‘‘      
                              

 

Âgé de cinq ou six ans, je fus victime d’une agression. Je veux dire que je subis dans la gorge une opération qui consista à m’enlever des végétations ; l’intervention eu lieu d’une manière très brutale, sans que je fusse anesthésié. Mes parents avaient d’abord commis la faute de m’emmener chez le chirurgien sans me dire où ils me conduisaient. Si mes souvenirs sont justes, je m’imaginais que nous allions au cirque ; j’étais donc très loin de prévoir le tour sinistre que me réservaient le vieux médecin de la famille, qui assistait le chirurgien, et ce dernier lui-même. Cela se déroula, point par point, ainsi qu’un coup monté et j’eus le sentiment qu’on m’avait attiré dans un abominable guet-apens. Voici comment les choses se passèrent : laissant mes parents dans le salon d’attente, le vieux médecin m’amena jusqu’au chirurgien, qui se tenait dans une autre pièce en grande barbe noire et blouse blanche (telle est, du moins, l’image d’ogre que j’en ai gardée) ; j’aperçus des instruments tranchants et, sans doute, eus-je l’air effrayé car, me prenant sur ses genoux, le vieux médecin dit pour me rassurer : “Viens, mon petit coco ! On va jouer à faire la cuisine.” À partir de ce moment je ne me souviens de rien, sinon de l’attaque soudaine du chirurgien qui plongea un outil dans ma gorge, de la douleur que je ressentis et du cri de bête qu’on éventre que je poussai. Ma mère, qui m’entendit d’à côté, fut effarée.

Dans le fiacre qui nous ramena, je ne dis pas un mot ; le choc avait été si violent que pendant vingt-quatre heures il fut impossible de m’arracher une parole : ma mère, complètement désorientée, se demandait si je n’étais pas devenu muet. Tout ce que je me rappelle de la période qui suivit immédiatement l’opération, c’est le retour en fiacre, les vaines tentatives de mes parents pour me faire parler, puis, à la maison : ma mère me tenant dans ses bras devant la cheminée du salon, les sorbets qu’on me faisait avaler, le sang qu’à diverses reprises je dégurgitai et qui se confondait pour moi avec la couleur fraise des sorbets.

Ce souvenir est, je crois, le plus pénible de mes souvenirs d’enfance. Non seulement je ne comprenais pas que l’on m’eût fait si mal, mais j’avais la notion d’une duperie, d’un piège, d’une perfidie atroce de la part des adultes, qui ne m’avaient amadoué que pour se livrer sur ma personne à la plus sauvage agression.

Toute ma représentation de la vie en est restée marquée : le monde, plein de chausse-trappes, n’est qu’une vaste prison ou salle de chirurgie ; je ne suis sur terre que pour devenir chair à médecins, chair à canons, chair à cercueil ; comme la promesse fallacieuse de m’emmener au cirque ou de jouer à faire la cuisine, tout ce qui peut m’arriver d’agréable en attendant, n’est qu’un leurre, une façon de me dorer la pilule pour me conduire plus sûrement à l’abattoir où, tôt ou tard, je dois être mené. 
                          
        ’’   
                                  

 

L’Âge d’homme (1939) de Michel Leiris est décrit par l’auteur comme un « collage », un ensemble esthétique, tiré du surréalisme, de l’existentialisme, de l’ethnographie et de la psychanalyse.
Par le biais d’une confession essentiellement sexuelle, Leiris cherche à « liquider » son passé. L’Âge d’homme anticipe l’intérêt contemporain pour le genre de l’auto-ethnographie, et s’avère convaincant pour un public familier de la pensée déconstructionniste où il reconnaît l’espace ambigu entre l’écrivain et le lecteur, l’écriture de soi et la lecture de soi. 

Après L’Âge d’homme, Leiris a écrit, entre 1948 et 1976, les quatre volumes de La Règle du jeu, reconnus comme l’une des grandes œuvres autobiographiques du XXe siècle.

 

 André Breton : Nadja
 

                                   
  Nietzsche   ‘‘      
                              

 

Nous tournons par la rue de Seine, Nadja résistant à aller plus loin en ligne droite. Elle est à nouveau très distraite et me dit de suivre sur le ciel un éclair que trace lentement une main. ‘Toujours cette main.’ Elle me la montre réellement sur une affiche, un peu au-delà de la librairie Dorbon. Il y a bien là, très au-dessus de nous, une main rouge à l’index pointé, vantant je ne sais quoi. Il faut absolument qu’elle touche cette main, qu’elle cherche à atteindre en sautant et contre laquelle elle parvient à plaquer la sienne. ‘La main de feu, c’est à ton sujet, tu sais, c’est toi.’

Elle reste quelque temps silencieuse, je crois qu’elle a les larmes aux yeux. Puis, soudain, se plaçant devant moi, m’arrêtant presque, avec cette manière extraordinaire de m’appeler, comme on appelerait quelqu’un, de salle en salle, dans un château vide : ‘André ? André ? … Tu écriras un roman sur moi. Je t’assure. Ne dis pas non. Prends garde : tout s’affaiblit, tout disparaît. De nous, il faut que quelque chose reste… Mais cela ne fait rien : tu prendras un autre nom : quel nom veux-tu que je te dise, c’est très important. Il faut que ce soit un peu le nom du feu, puisque c’est toujours le feu qui revient quand il s’agit de toi.

La main aussi, mais c’est moins essentiel que le feu. Ce que je vois, c’est une flamme qui part du poignet, comme ceci (avec le geste de faire disparaître une carte) et qui fait qu’aussitôt la main brûle, et qu’elle disparaît en un clin d’œil. Tu trouveras un pseudonyme, latin ou arabe. Promets. Il le faut.’ Elle se sert d’une nouvelle image pour me faire comprendre comment elle vit : c’est comme le matin quand elle se baigne et que son corps s’éloigne tandis qu’elle fixe la surface de l’eau. ‘Je suis la pensée sur le bain dans la pièce sans glaces.

Nadja

                          
        ’’   
                                 

 

Le surréalisme, rarement considéré comme un mouvement défendant l’autobiographie, a participé à l’autobiographie. Partant de la question « Qui suis-je ? Nadja (1928) d’André Breton annonce l’intention de l’auteur : “Je suis un homme, je suis un homme” pour explorer certains des fonctionnements les plus irrationnels dont beaucoup sont incorporés dans le récit d’une histoire d’amour.

 

L’ambition de Breton d’écrire sur lui-même est complétée par des modèles hybrides entre roman et autobiographie : Les Vases communicants (1932), L’Amour fou (1937), et Arcane 17 (1944).

 

 Sartre : Les mots
 

                                   
  Nietzsche   ‘‘      
                              

 

Ma mère cachait mal son indignation : cette grande et belle femme s’arrangeait fort bien de ma courte taille, elle n’y voyait rien que de naturel : les Schweitzer sont grands et les Sartre petits, je tenais de mon père, voilà tout. Elle aimait que je fusse, à huit ans, resté portatif et d’un maniement aisé : mon format réduit passait à ses yeux pour un premier âge prolongé. Mais, voyant que nul ne m’invitait à jouer, elle poussait l’amour jusqu’à deviner que je risquais de me prendre pour un nain — ce que je ne suis pas tout à fait — et d’en souffrir. Pour me sauver du désespoir, elle feignait l’impatience : ‘Qu’est-ce que tu attends, gros benêt ? Demande-leur s’ils veulent jouer avec toi.’ Je secouais la tête : j’aurais accepté les besognes les plus basses” je mettais mon orgueil à ne pas les solliciter. Elle désignait des dames qui tricotaient sur des fauteuils de fer : “Veux-tu que je parle à leurs mamans ?” Je la suppliais de n’en rien faire ; elle prenait ma main, nous repartions, nous allions d’arbre en arbre et de groupe en groupe, toujours implorants, toujours exclus. Au crépuscule, je retrouvais mon perchoir, les hauts lieux où soufflait l’esprit, mes songes : je me vengeais de mes déconvenues par six mots d’enfant et le massacre de cent reîtres                           
        ’’   
                                 

 

Entre le milieu des années 1940 et le milieu des années 1960, des œuvres telles que le Journal du voleur de Jean Genet, Le Traître d’André Gorz (1958), les Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir (1958) et La Bâtarde (1964) de Violette Leduc ont démontré de multiples façons la nécessité d’une réévaluation de l’autobiographie en tant que telle.

Parmi ce groupe d’écrivains, le principal promoteur de l’autobiographie sur le plan théorique était Jean-Paul Sartre. Dans son essai influant, Questions de méthode (1957), Sartre remplace la notion traditionnelle de fil conducteur d’une vie par celle de projet, caractérisé comme l’orientation dynamique par laquelle une conscience cherche à affronter et à surmonter les contraintes de son environnement. Il a appliqué à lui-même sa propre théorie dans une œuvre qui s’est avérée être le point culminant de l’autobiographie existentialiste. Dans Les Mots (1964), Sartre se livre à une démystification impitoyable de l’enfance, de l’enfant qu’il a été, des membres de sa famille et de toute la société bourgeoise dont l’idéologie lui a été imposée par son grand-père.

 

Rarement l’enfance a été traitée dans le contexte de l’autobiographie avec une telle verve intellectuelle et un aussi brillant style, par un narrateur distant et « dissonant ». L’ironie de Sartre dans Les Mots va jusqu’à englober l’autobiographie elle-même.

 

 

 Marcel Pagnol : La Gloire de mon père
 

                                   
  Nietzsche   ‘‘      
                              

 

C’étaient des perdrix, mais leur poids me surprit : elles étaient aussi grandes que des coqs de basse-cour, et j’avais beau hausser les bras, leurs becs rouges touchaient encore le gravier.

Alors mon cœur sauta dans ma poitrine : des bartavelles ! Des perdrix royales ! Je les emportai vers le bord de la barre – c’était peut-être un doublé de l’oncle Jules ?

[…] Le vallon, assez large et peu boisé, n’était pas très profond. L’oncle Jules venait de la rive d’en face, et il criait, sur un ton de mauvaise humeur :

— Mais non, Joseph, mais non ! Il ne fallait pas tirer ! Elles venaient vers moi ! C’est vos coups de fusil pour rien qui les ont détournées !

J’entendis alors la voix de mon père, que je ne pouvais pas voir, car il devait être sous la barre :

— J’étais à bonne portée, et je crois bien que j’en ai touché une !

— Allons donc, répliqua l’oncle Jules avec mépris. Vous auriez pu peut-être en toucher une, si vous les aviez laissé passer ! Mais vous avez eu la prétention de faire le “coup du roi” et en doublé ! Vous en avez déjà manqué un ce matin, sur des perdrix qui voulaient se suicider, et vous l’essayez encore sur des bartavelles, et des bartavelles qui venaient vers moi !

— J’avoue que je me suis un peu pressé, dit mon père, d’une voix coupable… Mais pourtant…

— Pourtant, dit l’oncle d’un ton tranchant, vous avez bel et bien manqué des perdrix royales, aussi grandes que des cerfs-volants, avec un arrosoir qui couvrirait un drap de lit. Le plus triste, c’est que cette occasion unique, nous ne la retrouverons jamais ! Et si vous m’aviez laissé faire, elles seraient dans notre carnier !

— Je le reconnais, j’ai eu tort, dit mon père. Pourtant, j’ai vu voler des plumes…

— Moi aussi, ricana l’oncle Jules, j’ai vu voler de belles plumes, qui emportaient les bartavelles à soixante à l’heure, jusqu’en haut de la barre, où elles doivent se foutre de nous !

Je m’étais approché, et je voyais le pauvre Joseph. Sous sa casquette de travers, il mâchonnait nerveusement une tige de romarin, et hochait une triste figure. Alors, je bondis sur la pointe d’un cap de roches, qui s’avançait au-dessus du vallon et, le corps tendu comme un arc, je criai de toutes mes forces : “Il les a tuées ! Toutes les deux ! Il les a tuées !”

Et dans mes petits poings sanglants d’où pendaient quatre ailes dorées, je haussais vers le ciel la gloire de mon père en face du soleil couchant. »

La gloire de mon père
                          
        ’’   
                                                        

 

En 1957, Marcel Pagnol publie deux romans autobiographiques qui allaient devenir un succès populaire, où l’enfance témoigne du temps, des lieux, et des mouvements de la société. Le cycle « Souvenirs d’enfance » est composé de quatre romans : La Gloire de mon père (1957), Le Château de ma mère (1957), Le Temps des secrets (1960) et Le Temps des amours (1977, posthume).
Pagnol propose un roman familial, La Gloire de mon père, dès sa parution, en 1957, est salué comme marquant l’avènement d’un grand prosateur. Joseph, le père instituteur, Augustine la timide maman, l’oncle Jules, la tante Rose, le petit frère Paul, deviennent immédiatement aussi populaires que Marius, César ou Panisse. Et la scène de la chasse de la bartavelle se transforme immédiatement en dictée d’école primaire.


  

 

 Barthes : Roland Barthes par Roland Barthes
 

                                    
  Nietzsche   ‘‘      
                              

 

J’aime : la salade, la cannelle, le fromage, les piments, la pâte d’amandes, l’odeur du foin coupé (j’aimerais qu’un “nez” fabriquât un tel parfum), les roses, les pivoines, la lavande, le champagne, des positions légères en politique, Glenn Gould, la bière excessivement glacée, les oreillers plats, le pain grillé, les cigares de Havane, Haendel, les promenades mesurées, les poires, les pêches blanches ou de vigne, les cerises, les couleurs, les montres, les stylos, les plumes à écrire, les entremets, le sel cru, les romans réalistes, le piano, le café, Pollock, Twombly, toute la musique romantique, Sartre, Brecht, Verne, Fourier, Eisenstein, les trains, le médoc, le bouzy, avoir la monnaie, Bouvard et Pécuchet, marcher en sandales le soir sur les petites routes du Sud Ouest, le coude de l’Adour vu de la maison du docteur L., les Marx Brothers, le serrano à sept heures du matin en sortant de Salamanque, etc.

Je n’aime pas : les loulous blancs, les femmes en pantalon, les géraniums, les fraises, le clavecin, Miro, les tautologies, les dessins animés, Arthur Rubinstein, les villas, les après midi, Satie, Bartok, Vivaldi, téléphoner, les chœurs d’enfants, les concertos de Chopin, les bransles de Bourgogne, les danceries de la Renaissance, l’orgue, M. A. Charpentier, ses trompettes et ses timbales, le politico sexuel, les scènes, les initiatives, la fidé­lité, la spontanéité, les soirées avec des gens que je ne connais pas, etc.

J’aime, je n’aime pas : cela n’a aucune importance pour personne ; cela, apparemment, n’a pas de sens. Et pourtant tout cela veut dire : mon corps n’est pas le même que le vôtre. Ainsi, dans cette écume anar­chique des goûts et des dégoûts, sorte de hachurage distrait, se dessine peu à peu la figure d’une énigme corporelle, appelant complicité ou irrita­tion. Ici commence l’intimidation du corps, qui oblige l’autre à me supporter libéralement, à rester silencieux et courtois devant des jouissances ou des refus qu’il ne partage pas.

(Une mouche m’agace, je la tue : on tue ce qui vous agace. Si je n’avais pas tué la mouche, c’eût été par pur libéralisme : je suis libéral pour ne pas être un assassin.)
                          
        ’’   
                                 

 

Le structuralisme a constitué un paradigme intellectuel qui s’est avéré inhospitalier à l’autobiographie. Alors que le structuralisme commençait à s’effondrer au milieu des années 1970, le « retour » du sujet a été annoncé par un groupe d’intellectuels étroitement liés à la pensée structuraliste, comme Roland Barthes.

Dans son célèbre essai « La Mort de l’auteur » (1968), Barthes critique le principe de « sujet fondateur » imposé par le structuralisme. Quelques années plus tard, il surprend ses lecteurs avec un autoportrait, Roland Barthes par Roland Barthes (1975).
Composé de fragments, le texte prend la forme de ce que Barthes lui-même appelle un « patchwork ». Cet autoportrait s’écrit sur le fil du rasoir entre « retour » à l’autobiographie et critique de l’autobiographie.

 

 Patrick Modiano : Livret de famille
 

                                  
  Nietzsche   ‘‘       
                              

 

Je descendis les escaliers de l’hôpital en feuilletant un petit cahier à couverture de cuir rouge, le : ‘Livret de Famille’. Ce titre m’inspirait un intérêt respectueux comme celui que j’éprouve pour tous les papiers officiels, diplômes, actes notariés, arbres généalogiques, cadastres, parchemins, pedigrees… Sur les deux premiers feuillets figurait l’extrait de mon acte de mariage, avec mes nom et prénoms, et ceux de ma femme. On avait laissé en blanc les lignes correspondant à : ‘fils de’, pour ne pas entrer dans les méandres de mon état civil. J’ignore en effet où je suis né et quels noms au juste, portaient mes parents lors de ma naissance
                          
        ’’   
             

 

Année charnière, 1975 voit la publication de W ou le souvenir d’enfance de Georges Perec, une œuvre novatrice où l’autobiographie d’enfance alterne avec la reconstitution d’une fiction écrite pour la première fois par l’auteur à l’âge de treize ans.

Publié en 1975, Le Pacte autobiographique de Philippe Lejeune devient l’étude qui a presque à elle seule relancé l’intérêt critique pour le genre. Ce que Lejeune n’a sans doute pas su anticiper, c’est le virage vers des formes hybrides d’écriture autobiographique déjà signalé par les expériences révolutionnaires de Barthes.

Deux ans plus tard, la publication du Livret de famille de Patrick Modiano, à la fois une autobiographie, une série de croquis biographiques et un recueil de nouvelles, livre hétéroclite et agréable mélange de genres.

 

En France, la plupart des autobiographies produites à partir de la fin des années 1970 par les anciens nouveaux romanciers, notamment Enfance de Nathalie Sarraute (1983), L’Amant de Marguerite Duras (1984) et les trois volumes des Romanesques d’Alain Robbe-Grillet (1985-2001), peuvent être considérées comme des ‘autofictions’.

 

 

 Duras : l’amant

Nietzsche ‘‘ 

 

Il n’y avait pas un souffle de vent et la musique s’était répandue partout dans le paquebot noir, comme une injonction du ciel dont on ne savait pas à quoi elle avait trait, comme un ordre de Dieu dont on ignorait la teneur.

 

Et la jeune fille s’était dressée comme pour aller à son tour se tuer, se jeter dans la mer et après elle avait pleuré parce qu’elle avait pensé à cet homme et elle n’avait pas été sûre tout à coup de ne pas l’avoir aimé d’un amour qu’elle n’avait pas vu parce qu’il s’était perdu dans l’histoire comme l’eau dans le sable et qu’elle le retrouvait seulement maintenant à cet instant de la musique jetée à travers la mer…
[…] Des années après la guerre, après les mariages, les enfants, les divorces, les livres, il était venu à Paris avec sa femme. Il lui avait téléphoné…

 

Et puis il le lui avait dit. Il lui avait dit que c’était comme avant, qu’il l’aimait encore, qu’il ne pourrait jamais cesser de l’aimer, qu’il l’aimerait jusqu’à sa mort…

 
’’ 

 

Le terme ‘autofiction’ est une approche postmoderne de l’autobiographie, qui apparait à la fin du 20e siècle. Les modèles contemporains mettent l’accent sur les incertitudes du ‘moi’, sur l’identité, l’expérience et la mémoire ; on retrouve L’Ecriture ou la vie de Jorge Semprun (1994), et La Traversée des lignes (1997) de Béatrice de Jurquet. La fiction ne s’impose plus comme le contrepoids de l’autobiographie, mais plutôt comme la seule possibilité pour témoigner de notre propre vie et de celle des autres.

 

 

 

 Conclusion

Le succès populaire de certaines autobiographies comme celle de Marcel Pagnol, littéraire et commerciale comme celle de Duras ou critique de celle de Sartre ou Mondiano confirme que ce genre si décrié par le passé a trouvé ses lettres de noblesse et sa place dans la littérature.

Les distinctions académiques en dépit de leur importance sont dépassées, on retrouve actuellement des textes hybrides associant une structure d’autibiographie à l’autofiction, aux lettres ou aux blogs.

Ce résumé historique montre combien le roman en France a changé, sous l’influence de nombreux courants de critiques et d’analyse, des romanciers modernistes et surtout sous l’influence des lecteurs français qui recevaient mieux des romans qui parlent de la vie personnelle voire intime.

 

 Références

Philippe Lejeune, Le Pacte autobiographique, [1975], Paris, Éditions du Seuil, 1996, (Coll.Points Essais)

Philippe Lejeune, L’Autobiographie en France, [1971], Paris, Armand Colin, 2004, (Coll.Cursus)

Philippe Gasparini : Roman autobiographique et autofiction. Paris, Éditions du Seuil, 2004

 

 

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Pas d’amour sans passion

aphrodite eros

 

 

 

Ni amour ni désir sans la passion,

Selon la mythologie grecque, Eros dieu de l’amour alerta sa mère Aphrodite qu’il ne grandissait pas comme ses frères et ses sœurs mais restait un enfant petit, rose et grassouillet. Aphrodite consulta Thémis à ce sujet. Cette dernière lui répondit : l’amour ne peut se développer sans la passion.


Cette réponse laissa Aphrodite perplexe. Par la suite, elle donna naissance à Antéros, le dieu de la passion. Toujours selon la mythologie, dès qu’Antéros commença à jouer avec son frère, Éros se mit à grandir, et se développa et devint un beau jeune homme élégant et svelte. Mais dès qu’il était séparé de son frère, il retournait lamentablement à sa forme enfantine et à ses habitudes malveillantes.


Éros séparé d’Antéros, c’est le sexe séparé de l’amour, il redevient enfantin et malveillant.

Par la suite, Aphrodite chercha Éros pour le pousser à poursuivre sa tâche : répandre l’amour dans le monde. Mais elle le retrouva en train de jouer aux cartes et de tricher, ce qui illustre un aspect frappant : Éros avait perdu son intérêt pour le sexe par manque de passion.


A l’époque des site de rencontre, des messagerie pour le sexe et le blablabla, la mythologie grecque nous invite à une petite réflexion…..

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Toshio Saeki, virtuose des dessins et des estampes érotiques

Toshio Saeki fille en nins


 

 

Il est un des plus célèbres représentant du courant artistique l’Ero-Guro (terme japonais contractant les mots érotisme et grotesque), considéré par de nombreux auteurs comme un artiste japonais important dans le japon moderne. Il maîtrise pleinement les techniques artistiques, et associe dans son travail, la tradition japonaise des sujets mythologiques (Yokaiga) et de l’estampe érotique (shunga) à la culture post-moderne du pop art radical et invente une imagerie sexuelle et érotique inédite.

 

portrait Toshio Saeki

 

 Biographie de Toshio Saeki


Toshio Saeki est né à Miyazaki au Japon et a grandi à Osaka.
Les créations de Saeki ont commencé comme un divertissement pour ses camarades d’école, et ils divertissent toujours par leur charme inquiétant, une sorte de spectacle d’horreur érotique.


À 24 ans, il s’installe à Tokyo, à une époque où l’industrie du sexe était en pleine explosion. Créant des dessins pour des publications japonaises à cette époque, il se fait connaître en tant qu’illustrateur au plus fort de l’industrie éditoriale d’avant-garde au Japon. Après quelques mois, Saeki quitte son emploi dans l’agence de publicité où il travaille, pour un magazine japonais culte pour hommes « Heibon Punch », du principal éditeur Kodansha. Il crée ainsi de nombreuses couvertures de livres, ainsi que des caricatures pour Asahi Geinō (un magazine hebdomadaire radical, le sexe et le magazine yakuza) ; et il réalise des centaines de dessins érotiques en tant qu’artiste participant pour le magazine BDSM SM Select (publié en tant que monographie en cinq volumes de l’éditeur français Cornelius).

 

Son travail dans Heibon Punch étonna le public par ses sujets et par son exécution d’une étonnante maîtrise, durant les 1960 et 1970. Ses dessins ont suscité l’intérêt de la scène contemporaine : des expositions internationales ont suivi, son travail a été salué par la communauté internationale dépassant largement le public masculin ou l’art érotique, pour entrer dans un domaine plus vaste et plus prestigieux de l’Art.

 

Saeki s’est fait connaître à Tokyo dans les années 1970, pendant les beaux jours de la scène sexuelle de la ville. Il a publié une première collection de 50 dessins autopubliés, qui ont fait un succès critique. « Toshio Saeki évoque la mort avec un stylo », écrivait le poète et dramaturge japonais Shūji Terayama en 1969. Terayama fut le premier à acheter l’une des œuvres originales de Saeki.


Dans les années 1970, par des explorations débridées de la violence, de la mort et du sexe, Saeki a capturé l’esprit de rébellion culturelle de l’après-guerre. Il a été inspiré, dit-il, par un livre d’un illustrateur et écrivain français Tomi Ungerer (né le 28 novembre 1931 à Strasbourg et mort le 9 février 2019 à Cork en Irlande) qui est séjourna au Japon dans les années 1960.


A cette époque, à Tokyo, on pouvait voir Saeki en train de siroter du saké jusqu’aux premières heures de la nuit dans l’un des minuscules bars du district de Golden Gai à Shinjuku. En dépit de ce que l’on pourrait penser, Saeki n’était pas un visiteur des sex-clubs de Tokyo. Il écrivait : « Je ne pense pas que je pourrais dessiner ces scènes, si j’étais vraiment moi-même dedans. Je dois en être éloigné pour pouvoir les dessiner de cette façon. »
Sa première exposition internationale à Paris en 1970 a été un événement rare pour un artiste japonais de l’époque.
Saeki a révélé peu de choses sur son travail et sa vie personnelle. Saeki n’a quitté le Japon qu’une seule fois. Mais sa décision d’être discret a également été cruciale pour son art. Saeki estime que cela lui a permis d’être audacieux, et en définitive libre.
« Les visions que je montre aux gens sont la substance incompréhensible d’éros et de mystère », explique Saeki. « Si la réalité cachée dans mon âme est capable d’évoquer quelque chose chez le spectateur, alors mon intention est atteinte ».


Il s’est toujours abstenu d’analyser lui-même, son travail. Concernant son public, il dit. « Je n’ai jamais pensé qu’à faire appel au cœur des spectateurs. »

 

Toshio Saeki femme enfant encre

 Technique artistique de Toshio Saeki


Dans un mélange farfelu de styles classiques japonais et de styles contemporains, Toshio Saeki défie à peu près tous les tabous auxquels vous pouvez penser, et quelques-uns que vous n’avez probablement jamais envisagés.
Sa ligne claire rappelle celle d’Hergé, et Joost Swarte une ligne pure sans ombre, riche en détail, sa virtuosité technique rappelle les gravures érotiques japonaises les plus célèbres, mais ses sujets sont uniques, contemporains réalisés dans un style moderne. Avec une ligne claire sans ombres, on trouve des sujets ressemblant aux tableaux surréalistes en Europe, de Magritte ou Dali.


Son style unique est étrange tant pour le spectateur japonais que pour un Occidental, chacun trouvant dans ce trait à la simplicité parfaite une forme d’exotisme inédit. Cette perception ne s’explique que par l’originalité absolue d’une œuvre extravagante, sortie tout droit de la plume d’un artiste qui a consacré sa vie à tracer au plus prêt ce qui se déroule dans sa tête lorsqu’il ferme les yeux.

 

Toshio Saeki deux illustrations couleurs

 


La pratique de Saeki est une opération collaborative, chaque dessin à l’encre est recouvert de feuilles de vélin, balisées de couleurs, avant d’être transmises à un maître imprimeur descendant du long héritage artisanal japonais. Pour un œil étranger, les éléments techniques de la pratique de Saeki et son esthétique, intérieur des maisons, détails, personnages, vêtements de cérémonies, et démons, sont synonymes du Japon.


Il associe dans son travail les techniques de la peinture traditionnelle (ligne, perspective, proportions) à des techniques d’illustration utilisées dans les communications visuelles (affiches publicitaires) pour produire un message, un contenu intellectuel, dans une forme moderne. On peut distinguer sa maîtrise du dessin, la pureté des lignes, sans oublier l’esthétique, les détails, les couleurs, avant de s’arrêter sur les autres piliers de son travail : le contenu ou le message, et l’aspect ludique de l’ensemble.


Il est sérieux dans son travail, pour produire un dessin beau, ayant un message ludique qui ne se prend pas au sérieux. À l’instar de la tradition des estampes érotiques japonaises : « pour le délassement et le plaisir des yeux. »

 

Toshio Saeki deux dessins encore

 


Il existe toujours une troisième personne pour rendre la scène plus dramatique, un spectateur qui jette un coup d’œil sur un acte secret pour donner plus de signification à la scène, ajoutant un élément psychosexuel, presque freudien et pour rendre l’image plus amusante.

Les gens apprécient et admirent l’érotisme et la violence, autant que l’humour de son travail et sa mystérieuse atmosphère japonaise, ses représentations claires et simples, aux expressions subtiles du plaisir, et du bonheur.

 

 

 Sujets de Toshio Saeki : érotisme ludique
 

L’ero-guro remonte aux origines du dessin japonais classique qui a donné de nombreuses estampes à travers les siècles.
Saeki en déclinant les motifs traditionnels les a mêlés à des angoisses propres à sa génération, qui a connu les espoirs puis les désillusions du 20e siècle.

Dans le monde dérangé d’ero guro nansensu, illustrer ce qui est étrange de la façon la plus grossière est toujours prisé. Parmi les sujets communs du mouvement artistique et littéraire japonais né dans les années 1930, on peut citer l’asphyxie érotique, le samouraï coupant en tranches une jeune fille, le serpent à tête humaine, ou le contorsionniste suçant les yeux d’un jeune garçon. Ce ne sont que des exemples les plus doux des grotesques surréalistes et macabres sujets qui continuent d’influencer les artistes japonais contemporains, notamment Toshio Saeki, Takato Yamamoto et Suehiro Maruo.

 

Toshio Saeki fille  robe rouge

 


Saeki ne considère pas son travail comme faisant partie d’un canon ou d’un environnement strictement japonais. Il a grandi en écoutant le folklore japonais, mais ce qui l’inspire, ce sont les sentiments de peur, d’incertitude, d’anxiété ou de bonheur, au-delà de la sensibilité traditionnelle japonaise en essayant de révéler ce qui est dissimulé dans le désir, dans le sexe, dans l’attirance, et dans les fantasmes.


Les images extrêmes et controversées de Saeki se rapportent simultanément aux pratiques de l’art moderne et ancien. Les tendances provocatrices de l’esprit fou de l’artiste sont, par exemple, inspirées par des cauchemars d’enfance, des scènes de sa vie quotidienne gravées dans sa mémoire, les stars du cinéma « Ginei » et de la bande dessinée occidentale. Dans le même temps, Saeki aborde l’art japonais ancien, connu sous le nom de ” ukiyo-e” avec sa méthode particulière d’impression.

 

Toshio Saeki deuil illustration

 


Ces œuvres sont parfois effrayantes, alors qu’à d’autres moments, elles sont pleines d’humour. Il raconte qu’il a grandi à Osaka, dans l’ouest de Tokyo, où les gens attachent de l’importance au sens de l’humour, où la conversation quotidienne est pleine de blagues. Mais l’humour dans son œuvre n’est pas intentionnel, bien que ce soit une des premières impressions ressenties par le spectateur devant son travail.

La perversion et le Mal sont les thèmes d’inspiration de Saeki, non pas un Mal à l’occidental, chargé de culpabilité, mais un Mal qui joue avec les tabous : inceste, pédophilie, cannibalisme, sadisme. Il nous fait voir des horreurs que nous n’aurions jamais imaginés, même dans nos rêves. Cet univers vient de l’après-guerre au Japon, un monde dont les valeurs ancestrales ont été renversées, un monde où les Japonais tentaient de survivre, dans les ruines, entre les morts et parmi les fantômes.

 

Toshio Saeki tete coupee

 

Le monde moderne, sa violence et ses tares s’immiscent dans des scènes intemporelles, produisant des monstres inédits et des fantasmes qu’on n’était pas encore parvenu à imaginer jusqu’à présent. Grâce à la censure qui sévit au Japon, il est prohibé de montrer les sexes,  Saeki fait de l’interdit une contrainte artistique et déporte vers l’absurde et l’onirisme, le plus vieux sujet du monde.
Au cours des dernières années, le travail de Toshio Saeki hors du Japon a suscité un regain d’intérêt sans précédent, alimentant de grandes expositions de Paris à San Francisco, de Toronto à Londres.

 

Toshio Saeki fille chemise rouge garcon

 


Ces scènes sont représentatives des mondes fantastiques bizarres et érotiques, où une femme peut être séduite par une bande de poupées bouddhistes Daruma grandeur nature, ou la tête désincarnée de l’homme effectuera obligatoirement des relations sexuelles orales sur une autre protagoniste.

 

 Toshio Saeki : fidélité à la culture japonaise

Bien qu’il soit né en 1945, l’art de Toshio Saeki est fortement influencé par le style ero guro du Japon des années 1920-1930. L’art japonais ayant une longue tradition de shunga qui associe érotisme aux images violentes et grotesques, cette tradition est antérieure au style ero guro.

Saeki se voit avant tout comme un artiste. Observateur passionné des films sur les samouraïs jidaigeki et des films B de Yakuza (thrillers sur le crime organisé japonais) depuis son plus jeune âge, il a grandi en regardant des scènes de la violence et gore qui avaient pour but de faire rire le spectateur autant que de grimacer (ce qui est encore très banal dans le cinéma japonais de nos jours). Saeki manifeste une fascination pour ces films.
Fait remarquable, Saeki ne s’appuie ni sur les images sources ni sur les modèles. Au lieu de cela, son imagerie est principalement inspirée par des visions, des rêves et des souvenirs enfouis au plus profond de son esprit, ce qui a amené certains critiques à qualifier l’artiste de « prestidigitateur ». Cependant, certains éléments de la culture japonaise sont présents dans les œuvres, les intérieurs, motifs et textiles, les personnages folkloriques, d’esprit Shinto et de références à des histoires populaires. Son monde est un terrain hybride de vivant, de mort et de fiction.
« Les fantômes n’ont aucune signification en eux-mêmes, mais ils ne devraient jamais manquer d’être puissamment suggestifs », dit Saeki à propos des êtres  dans ses œuvres.

 

Toshio Saeki samourai sang fille

 

 

À ne pas confondre l’Ero-Guro avec la pornographie ou l’horreur, l’ero guro nansensu se distingue par le fait qu’il se concentre sur de sombres fantasmes érotiques associés à des choses étranges. Le nom est emprunté aux mots anglais « érotique grotesque absurdité ».


Dans les années 1930, ces images dessinées à la main répondaient aux pressions économiques et politiques qui commençaient à faire peur au japon. Alors que le pays devenait de plus en plus militant, l’histoire déjà longue du Japon et sa fascination pour l’érotisme devenaient une exploration intense des phénomènes hédonistes, sensationnels, anormaux et tabous, reflétant des désirs sensuels nouvellement exhumés, mais aussi une éruption de changements politiques extrêmes.

Le genre a continué d’évoluer au fil des ans, il s’est décomposé en dizaines de sous-genres, s’infiltrant dans les sphères littéraires, musicales et cinématographiques comme l’album 2014 de Flying Lotus, vous êtes mort en 2014 , les mangas et dessins hentai qui traitent les fantasmes sexuels pervers et présentent un ero guro sur des thèmes tabous comme viol, mutilation, ou nécrophilie. On trouve même des indices d’ero guro dans les romans et les films.

 

Toshio Saeki homme cheveux illustartion orange

 

L’image dessinée à la main ou peinte peut dire plus qu’un rendu technologique. Actuellement, deux des plus grands artistes japonais — Takashi Murakami et Yoshitomo Nara — sont connus pour leurs images peu réalistes. Les deux commentent la société japonaise de cette manière non réaliste.

 


Le style plat et irréaliste d’ero guro est un moyen pour les artistes contemporains de disséquer les tabous en choquant et en normalisant les perceptions des spectateurs. Toshio Saeki dévoile une culture fantastique dans ses gravures sur bois traditionnelles, avec des femmes en esclavage ayant la poitrine tranchée, tandis que les personnages à visage blanc de Takato Yamamoto sont entrelacés de symboles de la mort, du sexe et de l’excès. Personne ne semble vraiment souffrir extrêmement. Tout comme dans d’autres mouvements, comme le porno tentaculaire, les sujets de ces images éprouvent passivement ce qui est anormal, profitant de l’acte.

De cette façon, les artistes commentent la répression continue de l’humanité lorsqu’il s’agit de reconnaître de manière vraiment étrange.

 

Toshio Saeki fille endormie elephant

 


Le Japon célèbre les tabous dans ces genres, qui sont des espaces artistiques sûrs pour l’interprétation de ce que « brut » et « tabou ».
Saeki évoque clairement cette tradition dans de nombreuses de ses illustrations. Voici deux exemples.
Le rêve de la femme du pêcheur (vers 1814), appartient au célèbre artiste de la période Edo, Katsushika Hokusai et représente une légende célèbre impliquant la plongeuse Tamatori.

 

reve de la femme du pecheur Hokusai Toshio Saeki

 

Dans ce célèbre shunga d’Hokusai, une grande pieuvre effectue un cunnilingus sur une femme plongeuse et ses tentacules l’embrassent et lui caressent les seins.

Cette image a été initialement considérée par les collectionneurs et les spécialistes occidentaux comme représentant une scène de viol. Les études récentes confirment que le public d’Edo associait l’image à l’histoire de Tamatori. Dans la légende, la plongeuse sacrifie sa vie pour sauver l’empereur face au roi dragon et son armée de pieuvres. Les dialogues entre les deux créatures et le plongeur expriment une jouissance sexuelle mutuelle.

Le dessin de saeki fait clairement écho à la célèbre œuvre de Hokusai, alors même qu’il introduit un homme mystérieux et sans visage.


Dans le deuxième dessin, il garde de l’estampe le rêve de la femme du pêcheur le contenu érotique, la femme est plus jeune, elle n’est pas en extase comme la femme d’Hokusai, elle est à la recherche de sa jouissance, elle est active, elle participe avec la pieuvre pour tenter d’atteindre l’extase.

 

Cela peut encore prendre du temps avant que le travail de Saeki puisse être pleinement accepté par les canons de l’art contemporain. Beaucoup de ses images sont peut-être encore trop subversives pour certains publics d’art, et une grande partie de son travail ne peut être trouvée que dans des livres et des magazines, essentiellement cachés du public et d’Internet. Ce qui reste cependant clair, c’est que Saeki a bien fait de tester les limites de la liberté artistique et de représenter des expressions de l’âme humaine, tout en élevant l’érotisme à un degré que peu d’artistes ont été capables de réaliser


Toshio Saeki met en scène des hommes, des femmes, démons, animaux, cadavres, et d’autres créatures dans divers contextes érotiques ou violents. Son travail a quelquefois reçu des avertissements du gouvernement japonais, bien qu’il n’ait jamais été officiellement interdit.

Il garde une certaine distance avec sa production. Il a publié de nombreux livres et exposé dans les galeries du monde entier. Ses créations ont exercé une influence sur certains artistes contemporains japonais comme Makoto.

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Cyrano de Bergerac : français ou universel ?

 cyrano de bergerac roxane illustration jardin  fleuri couvent

 

 

 

Lorsque l’on interroge les Français sur leurs héros de fiction préférés, ils citent Cyrano, Jean Valjean ou d’Artagnan.
Cyrano est le héros populaire par ¬excellence. Depuis sa création et son invraisemblable triomphe le 28 décembre 1897, au Théâtre de la Porte Saint-Martin, le personnage est devenu une légende.

 
Certains pensent qu’aimer Cyrano est une nostalgie française des actions d’éclat ou le goût pour le panache. D’autres pensent que la pièce est un chef d’œuvre, apprécié par les français et les autres cultures pour ses propres qualités.
Les français ont largement apprécié et célébré ce texte, Cyrano est l’une des pièces les plus aimées et les plus mises en scène de l’histoire du théâtre en France.

 

 La pièce : une réussite justifiée


Cette pièce née en sous la plume d’Edmond Rostand en 1897, a rencontré son public dès les premières représentations. Cette réussite phénoménale et unique envoie Rostand à la postérité.
Période fin-de-siècle en France, désillusion face aux résultats désastreux de la guerre franco-prussienne, division politique et sociale causée par l’Affaire Dreyfus, inefficacité accompagnent l’instabilité de la troisième République. Cyrano de Bergerac de Rostand, cet idéaliste romantique allait donner aux spectateurs un nouvel élan d’optimisme et de motivation.


La pièce s’inspire vaguement de la vie d’un poète et soldat français (1619-1655), libre-penseur et auteur de quelques pièces. Dans la pièce de Rostand, Cyrano est un casse-cou au gros nez qui, se croyant trop laid pour séduire la belle Roxane, aide Christian à la séduire en lui écrivant ses lettres d’amour. Christian meurt dans une bataille.

Bien des années plus tard, Roxane, dans son couvent, découvre, alors que Cyrano se meurt, qu’il était l’auteur des lettres, que son esprit était celui qu’elle avait toujours aimé. Roxane soupire : “J’ai aimé une fois, j’ai perdu l’amour deux fois ».


A la première représentation, dès l’entrée de Cyrano sur scène, le ton est donné : le premier acte est interprété et enlevé avec brio, et obtient neuf rappels. Rostand se détend sans être rassuré. Le premier acte est un tableau de la France du début du XVIIe siècle ; Jeunes gents à l’esprit joyeux, femmes charmantes, soldats, commerçants qui s’amusent dans un mélange d’absurdité, de frivolité, d’arrogance, de romance, de courage et d’esprit. C’est la fameuse scène du nez, monologue d’une incroyable efficacité où l’amour des mots transporte de joie les spectateurs.


Le second acte rassure Rostand. Cet acte ajoute une note comique et présente les Gascons comme arrogants et menteurs, et révèle l’affection de Cyrano et son dévouement.
Après le troisième acte, c’est du délire. Rostand est obligé de venir saluer en scène comme si la pièce était finie. L’acte trois idéalise l’amour impossible du héros dans la fameuse scène du balcon, avec sa prose lyrique si joliment rythmée.


Après le quatrième acte, pendant que l’auteur surveille l’installation du décor, on vient le chercher pour le conduire à la loge officielle. M. Cochery, Ministre des Finances, dégrafe de son habit sa légion d’Honneur et, s’adressant à Rostand, lui dit : « Monsieur, au nom du Président de la République dont je suis ici le représentant, je vous fais Chevalier de la Légion d’Honneur ».


L’acte quatre se déroule dans le campement des gascons juste avant la bataille, ciselé d’une poésie qui dépeint la bravoure des estomacs vides, il surprend par l’apparition spectaculaire et éblouissante de Roxane.
L’acte cinq se passe dans la paix du jardin d’un couvent, et montre le courage tranquille du vieil homme à l’esprit vif, dévoué, indépendant et libre comme toujours, détestant les simagrées et sans peur même face à la mort.

 

 


Le dernier acte est coupé par les acclamations. Les derniers mots lancés, la salle de la Porte Saint-Martin semble s’écrouler sous les ovations. Au bout de quarante rappels, on laisse le rideau levé. Longtemps après, personne n’a encore évacué la salle. Les inconnus s’embrassent en pleurant, l’événement déborde les portes du théâtre, se répand sur le boulevard où les passants entrent dans l’allégresse générale qui se propage dans Paris. Inaugurée à Paris le 28 décembre 1897, la pièce a duré 200 soirs et a été acclamée par le public et la critique. Au cours de l’année, il y a eu de nombreuses productions de Cyrano de Bergerac en Europe et aux Etats-Unis. La pièce a connu un grand succès partout.
Le tirage en librairie a dépassé le million d’exemplaires, en langue française. Coquelin en version muette, Claude Dauphin et José Ferrer incarnèrent Cyrano de Bergerac à l’écran, avant Gérard Depardieu.

 

Edmond de Rostand 

Avant Cyrano de Bergerac, Rostand était pratiquement inconnu du public. Sa pièce, Les Romanesques, n’a été jouée qu’une cinquantaine de fois en dix ans.
En tant que dramaturge, Rostand avait une bonne connaissance du théâtre, il allait montrer une grande intelligence théâtrale, avec un sens scénique qui lui permettrait de résoudre les difficultés techniques de sa pièce d’une façon plaisante et efficace. On voit chez lui l’influence de Shakespeare, dans son esprit d’enchantement, Corneille et son esprit, de Racine, dans sa maitrise de la tragédie. Le découpage des scènes est influencé par Molière, sans oublier les jeux de vaudeville de Labiche.


L’épouse de Rostand, Rosemonde Gérard, elle-même poète, a inclus dans son livre une anecdote sur son mari qui explique comment l’idée lui est venue pour Cyrano de Bergerac. Alors qu’il passait un été à Luchon, il rencontra un jeune homme gravement déçu par l’amour, et noyé dans sa peine. Plus tard, Edmond a rencontré la jeune femme cause de la déception, qui a finalement découvert la vraie nature du jeune homme: “Tu sais, mon petit Amédée, que j’avais jugé si médiocre, est en fait merveilleux ; c’est un savant, un penseur, un poète.”
Rostand se rendit compte que l’histoire d’Amédée était un début, le premier reflet de son Cyrano.

 

cyrano de bergerac dessin crayon couleur

 

 Ces autres qui aiment Cyrano


En Italie, Franco Alfano le mit en musique et Cyrano di Bergerac fut créé à l’Opéra de Rome en 1935, avant sa version française par Henri Cain à l’Opéra-Comique en mai 1936. Dès 1899, Broadway s’emparait de Cyrano et en présentait une version musicale de Victor Herbert avec Francis Wilson. Il y a une trentaine d’années, Chritopher Plummer joua à travers les U.S.A. une nouvelle adaptation musicale avec grand succès.
Les théâtres du monde entier la présentent régulièrement sur leur scène, traduit dans toutes les langues.
Depuis le 28 décembre 1897, les versions anglaises de la pièce de Rostand prolifèrent. Il y a des reprises en anglais des opéras et des comédies musicales, et même récemment un ballet (merveilleux, de David Bentley). On donne Cyrano de Bergerac chaque année quelque part en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis.
Nous aimons penser que les autres et les anglo-saxons aiment Cyrano car il apparaît comme un représentant de l’esprit français, et qu’ils adorent son panache, son esprit, son courage, sa chevalerie, et son amour pur et profond pour Roxane. Est-ce le cas en Afrique ou au Japon ? Est-ce toujours une question d’esprit français ?
Enseigner Cyrano dans les manuels scolaire de nombreux pays, quand des élèves en Europe ou en Asie passent des heures à disserter sur des points de précis de cette pièce, ils s’intéressent à quoi ? Cyrano ami ou amoureux de Roxane ? Cyrano romantique ou timide ?

 

 

 

 Cyrano, les français adorent, les autres aussi ?


Cyrano de Bergerac, est une histoire d’amour tendre, loyal, riche d’abnégation et de dévouement. Ce genre d’amour qui marque toute une vie, qui rend l’existence douce et sereine. Rostand présente cette histoire d’amour dans une pièce merveilleuse, dans des vers scintillants qui, même traduits en langue étrangère gardent leur élan et leur verve.

 

 abs11.5 rose– Optimisme, et confiance :


Dans son étude, Clarence D. Brenner souligne que la figure de Cyrano est l’héritière du Figaro dans le Mariage de Figaro de Beaumarchais et de Mozart, dans une merveilleuse confiance en soi, un esprit vif, ingéniosité qui lui permet de retrouver rapidement son calme face à l’adversité. On trouve également des similitudes entre la bravoure de Cyrano, et Don César de Ruy Blas de Victor Hugo, comme avec d’Artagnan. Cyrano ne déprime pas, ne se soucie pas de ses échecs car il prévoit les victoires qui vont venir.
« C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière »

 

 abs11.5 rose– intello et cultivé


Rostand ne dissimule pas sa propre érudition. Dans le premier acte, Cyrano parle des Muses, de Cléopâtre, de César, Bérénice et Titus. L’intellect de Cyrano n’est qu’une partie de sa personnalité complexe et aux multiples facettes. Il est passionné, impertinent, défiant, se délectant des jeux d’épée et de mots élégants ou raffinés.
La bravoure et l’esprit de Cyrano cachent son manque de confiance en lui à cause de son grand nez, mais transforment son désespoir en carburant, se permettant d’être le premier à se moquer de sa grande trompe nasale afin d’empêcher les autres de le faire.

 

 abs11.5 rose-Valeurs et vertu


Cyrano de Bergerac met l’accent sur les valeurs et les idéaux. Cyrano, défenseur éloquent et ardent de l’intégrité, de la bravoure, de la gloire, de l’amour et des femmes, de tout ce qu’on aime en France. L’incapacité de Cyrano à avouer à Roxane son amour pour respecter sa promesse de protéger Christian. Cyrano garde son secret presque jusqu’à sa mort ; sa mort elle-même, bien que tragique, est transcendante. La pièce nous suggère qu’en adhérant à ses valeurs au détriment de ses désirs personnels, Cyrano atteint une position morale sans tache.

 

 

 

 abs11.5 rose– Beauté intérieure et extérieure


Cyrano de Bergerac est une allégorie de la beauté intérieure et extérieure. Cyrano, représentant la beauté intérieure, combat passivement Christian, qui représente la beauté extérieure, pour l’amour de Roxane. Roxane devient l’arbitre entre la beauté intérieure et la beauté extérieure. La pièce met l’accent sur la beauté intérieure, l’intégrité, la sincérité et l’intelligence.
Ce qui impressionne Roxane c’est sa capacité à écrire des mots avec habileté, à combattre un nombre incroyable d’hommes et à faire des gestes brillants : jeter un sac d’or au théâtre pour payer les recettes de la soirée et arrêter la pièce ; se refuser tout sauf le repas le plus rare par respect pour sa propre fierté ; et composer un poème pour accompagner son combat au sabre. Ces actions sont impressionnantes et tirent leur pouvoir de leur manifestation extérieure. Les beautés extérieures de Cyrano et de Christian diffèrent, bien sûr : Christian a la chance d’avoir une belle allure, tandis que Cyrano est le produit d’un esprit intelligent.

 

 abs11.5 rose– Intégrité


Cyrano est un personnage sans tache sur le plan moral, qui ne s’écarte jamais de ses normes morales strictes. La pièce semble avoir un code moral plus strict que celui de Cyrano. Le seul défaut, sa volonté de tromper Roxane pour aider Christian, l’empêche de l’avoir. Cyrano trompe Roxane même après la mort de Christian, il ne peut pas déclarer son amour pour elle. Ce serait manquer de respect à la mémoire de Christian et se moquer de son deuil. Après la mort de Christian, la pièce examine les répercussions de la duplicité de Christian et de Cyrano en démontrant la dure existence que Cyrano doit vivre : côtoyer au plus près de son seul véritable amour, tout en restant à l’écart émotionnellement. Par leur tromperie, les deux hommes ont fait tomber Roxane amoureuse d’une personne idéale qui n’existe pas. En conséquence, elle n’aime vraiment ni Christian ni Cyrano, elle aime leur magnifique collaboration. Cyrano et Roxane ne parviennent jamais à consommer l’amour profond qu’ils partagent indéniablement l’un pour l’autre.

 

 abs11.5 rose– l’homme libre


Cyrano se trouve laid, n’ose pas avouer son amour à sa cousine Roxane qui aime Christian. En quelque sorte, l’équation universelle de l’amour malheureux. Il va jusqu’à se sacrifier pour aider son rival. Cyrano devient le symbole du panache français et de l’homme libre.

 

 abs11.5 rose– le panache


Dans son discours de réception à l’Académie française, en 1903, Rostand s’est expliqué sur le sens du mot “panache. À ses yeux, le panache ne se réduit pas à l’héroïsme ni à la grandeur. C’est une qualité qui s’ajoute à la grandeur, et qui, à l’instar du plumet auquel il doit son nom, suppose quelque chose de voltigeant et de léger. « Le panache, écrivait-il, c’est l’esprit de la bravoure. Oui, c’est le courage dominant à ce point la situation qu’il en trouve le mot. Plaisanter en face du danger, c’est la suprême politesse, un délicat refus de se prendre au tragique ; le panache est alors la pudeur de l’héroïsme, comme un sourire par lequel on s’excuse d’être sublime. Un peu frivole peut-être, un peu théâtral sans doute, il n’est qu’une grâce ; mais cette grâce est si difficile à conserver jusque devant la mort, cette grâce suppose tant de force que, tout de même, c’est une grâce… que je nous souhaite. »
Le goût du beau geste, inséparable du sel du mot d’esprit, voilà l’habit sous lequel se cache le panache.

 

 Conclusion


Cyrano possède toutes les vertus appréciés en France : bon camarade, il est noble de cœur. Il est courageux, et vole au secours de ses amis, il est grand dans le combat, il aime manger et boire, il aime rire, il est insolent, il sait parler, il aime la littérature et l’art, il est romantique.
Comme dans de nombreuses œuvres littéraires, l’universel est l’accomplissement d’une forte identification.
Si les français aiment s’identifier à Cyrano c’est qu’ils apprécient ces vertus, les autres cultures aiment Cyrano car il offre ce que les français ont de mieux à offrir, un style de vie, une pensée flamboyante, et une authenticité. Que faut il de plus pour toucher l’universel ?


Chez les Anglo-Saxons, chez les japonais, comme dans tous les autres peuples, des âmes répondent avec joie à l’idéalisme de Rostand porté avec panache par Cyrano de Bergerac et applaudissent ce romantique au gros nez, sincère, optimiste et amoureux.

 

 

 

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La peinture n’est pas morte : de Balthus à Fischl

Fischl tragic

 Eric Fischl: tragic 

 

 

 

 

La peinture nous accompagne depuis l’apparition des hommes.
Le visiteur d’un musée peut avoir l’impression que la peinture occidentale a déjà atteint ses sommets et ne peut que reculer, ou mourir en devenant une peinture pour les musées sans lien avec la vraie vie. Pourtant, la peinture en occident a toujours vécu à travers le quotidien et aussi l’intérêt des gens pour cet art.

Le progrès et les développements à partir de la fin du XIXe siècle avec les impressionnistes jusqu’aux minimalistes semblent épuiser la peinture. Dans les années 1960, le spectateur regardait des toiles n’offrant aucun élément reconnaissable, uniquement de la couleur, sans symbole ni contenu expressif.

Les impressionnistes ont créé des objets nouveaux dans leur peinture, des couleurs et des formes. Van Gogh est allé plus loin, en utilisant la magie de ses coups de pinceau pour ajouter un contenu nouveau à ses toiles. Les mouvements artistiques suivants ont poussé le processus plus loin jusqu’à que la peinture soit réduite à une surface plane : la toile, représentant des formes plates avec rien d’autre que de la couleur.

 

Au début des années 60, de nombreux artistes ont commencé à discuter la fin de la peinture, la mort de la peinture dans la culture occidentale, face aux mouvements et productions artistiques les plus récentes.

 

 

 

 Balthus et la peinture vivante

Non , la peinture occidentale n’est pas morte. Elle évolue. 

Dans les années 60, avec le renfort de la publicité, et de certaines critiques complaisantes, certains artistes ont cherché une peinture facile ou simplement conceptuelle, les écoles d’art enseignaient aussi ce genre de peinture sans contenu ni forme, peinture qui n’a jamais réussi à attirer le public.

On lisait par ci et par là que la peinture était morte. D’autres artistes pensaient que la peinture n’était pas morte, elle attendait simplement de renaître entre les mains d’artistes associant le contenu et la forme, artistes capables d’appliquer le pigment sur la toile d’une manière habile et intelligente. La peinture figurative retrouva ses lettres de noblesse. De plus il y a toujours eu une peinture réaliste, l’avant-garde en ignore la présence.

 

Balthus, thérèse rêvant


Balthus travaille loin des vagues avant-gardistes.
Dans ses premiers travaux, il dessine des jeunes filles en compagnie de chat, dans des poses provocantes, ou extravagantes. Son tableau Thérèse rêvant est un bon exemple de la vague figurative qui allait sortir la peinture de son coma. Pendant que les surréalistes façonnent des montres déformées et des figures sinistres en utilisant un haut niveau de compétence technique dans leur travail consacré à un monde imaginaire comme Dali, Balthus lui utilise la même compétence dans un cadre réaliste. Là où le surréaliste faisait fondre des objets sur des formes géométriques, la robe de Thérèse coule de façon réaliste sur le bord d’une chaise banale dans un environnement tout à fait crédible.

 

 

Balthus : la rue 


Plus tard, la provocation érotique de Balthus est devenue plus symbolique. Dans son tableau la rue, l’érotisme n’est qu’un élément secondaire d’un tableau d’un contenu onirique, dans un style classique.

Dans un article du New York Times : il déclare : « J’ai l’habitude de vouloir provoquer, mais maintenant, ça m’ennuie. »

 

 

 

 Eric Fischl, encore une peinture vivante

Eric Fischl, est né à New York en 1948 et a grandi en Arizona. Dans des conférences, à partir des années 1980, Fischl analyse la mort de la peinture.
Fischl est un artiste réaliste figuratif, qui insiste sur le fait que la peinture moderne ne possède pas toujours la capacité de communiquer avec le public et ne reflète aucune idée ni aucune réalité.
Depuis toujours Fischl défend l’art figuratif en restant critique vis-à-vis des tendances postmodernes qui prétendent qu’il n’est pas nécessaire de savoir dessiner ou peindre pour être un artiste. Selon lui, la peinture est morte. Il critique en premier la façon d’enseigner l’art, d’insister sur les techniques et sur le modernisme.

 

Depuis le début des années 1980, Fischl tente de trouver un moyen de réengager le public avec ses œuvres figuratives, ajoutant la sculpture réaliste à son répertoire. Il a rencontré un succès non négligeable, mais c’est une bataille difficile. Il a rencontré une controverse majeure avec sa sculpture, Tumbling Woman (femme tombante) (2002) qui a été retirée du Rockefeller Center parce que les gens la trouvaient offensante.

 

Fischl  : femme tombante Tumbling Woman 2002

Conçue comme une commémoration affectueuse à tous ceux qui ont perdu la vie lors des attentats terroristes du 11 septembre, la statue montre simplement une femme plongeant dans l’espace. Les épaules de la statue reposent sur le sol et supportent le poids de la silhouette massive. L’impact émotionnel de voir une femme en chute libre, s’ecrasant sur le sol, se tordre et connaître un destin tragique, était trop important. Si Tumbling Woman avait été une œuvre abstraite, la réaction aurait été bien différente ; ce qui est vraiment le point de l’argument de longue date de Fischl selon lequel les œuvres d’art non figuratives ne peuvent pas fournir le même impact émotionnel puissant que les œuvres figuratives.

 


Dans une interview accordée en 2002 au New York Times, Fischl a déclaré : « Le monde de l’art a formé de jeunes artistes de plus en plus jeunes, il y a eu un manque de formation en histoire et en techniques que l’on pourrait appliquer pour rendre la forme humaine, par exemple. Beaucoup de jeunes enfants sont capables de dessiner des figures pour dessins animés. Mais un dessin animé peut exprimer le vécu de l’année dernière par exemple. Quand quelque chose de terrible, de puissant ou de significatif se produit, vous voulez un art qui parle de cela, qui nous ferait avancer, qui nous rassemble. Je pense que le 11 septembre nous a montré qu’en tant que monde de l’art, nous n’étions pas qualifiés pour faire face ni assez formés.

 

Bad Boy », 1981
 

 

Dans ses conférences, Fischl fait l’éloge de vieux maîtres comme Caravage et de modernistes comme Vincent Van Gogh et Edvard Munch, et s’interroge sur les post modernistes. Fischl est conscient des difficultés inhérentes à la revitalisation de la peinture figurative dans le monde de l’art d’aujourd’hui. Pour certains, il déteste les vaches sacrées postmodernistes, d’une pratique artistique dépourvue de conscience politique. Pour d’autres, Fischl a raison, car retirer le corps ou la forme de l’expérience supprime l’émotion et l’empathie.



 
Nourrir la tortue (2016) Eric Fischl, de
https://www.artsy.net/article/artsy-editorial-eric-fischls-paintings-trumps-america-daddys-trouble.

 

 

 

Fischl, Papa est parti, fille (2016),  de
https://www.artsy.net/article/artsy-editorial-eric-fischls-paintings-trumps-america-daddys-trouble
 

 

Il est impossible de dire que la peinture occidentale est morte. Les styles et les mouvements vont et viennent par cycles, par modes et par vagues.

 

Le style de Fischl, est un mélange savant d’un style presque néo expressionniste figuratif associant avec talent avec la forme, la maitrise et le contenu.
Nous constatons un intérêt croissant du public pour la peinture figurative comme si les spectateurs cherchent la maitrise, l’émotion, et le contenu. Ce n’est pas la peinture figurative figée qui ressemble à la photographie, mais une peinture qui reflète notre époque, nos questions et nos chagrins, à titre d’exemple.

 

 


La lettre de jack Vetrriano 2019 (https://www.amazon.fr/Jack-Vettriano-Impression-artistique-lettre/dp/B003JS2L9S)

 

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8 Raisons pour lire ou relire Proust cet été

 

PROUST


 

 

Si vous cherchez un grand livre à lire cet été, nous vous proposons de lire à la recherche de temps perdu de Proust, ce grand classique de la langue française, publié, réédité, analysé, et traduit, est devenu avec le temps un livre à la fois intimidant et jouissif.

 


Nous allons vous s’exposer nos raisons de ce choix. Commençons déjà par le célèbre passage de la madeleine :

 


« La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté… Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses…, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir. »

 

 

 

 Si vous aimez le modernisme

Proust raconte la société française en action, la fin de la classe aristocratique qui s’achève avec la première Guerre mondiale, la libération progressive des mœurs, les changements des relations au sein des couples, et au sein des groupes sociaux, les habitudes et les coutumes d’une époque qui n’existe plus. Il relate la fin du XIXe siècle, et le début de la modernité. Ce voyage à travers des personnages attachants offre au lecteur un panorama riche en couleurs.

 

 

 

 

 Si vous aimez la littérature sociale

 
Proust est le romancier social par excellence. Il dessine avec la minutie d’un peintre les portraits de classes sociales variées, en prenant le soin de décrire leur psychologie, pour arriver à un résultat rarement égalé en littérature. Proust décrit avec la même perfection, et avec le même intérêt la vie d’une duchesse, et la vie de sa femme de ménage Françoise, leurs défauts, leurs désirs, et leurs espoirs. Il ne s’agit pas d’un roman élitiste, ou une collection de souvenirs concernant l’aristocratie. La recherche du temps perdu est un roman qui traite tous les personnages, de toutes classes sociales avec la même attention, et avec le même amour.

Progressivement, vous allez connaître chaque personnage, comme s’il s’agit d’un cousin ou d’un voisin, sa famille, ses habitudes, ses opinions politiques, ses ambitions, ses tentatives d’ascension sociale, ou ses douleurs de solitude ou de maladie.

 

 

 

 Si vous êtes amoureux


La recherche du temps perdu est un roman d’amour, un livre consacré au sentiment amoureux dans ses racines profondes. Proust se sert des mots pour décrire les différentes manières d’aimer, les motivations du sentiment amoureux, l’échec amoureux, et les menaces qui fragilisent ce lien sentimental. Le chagrin amoureux a une place importante dans la recherche du temps perdu. Proust explore la douleur et la tristesse spécifique à l’abandon, et à la perte de l’être aimé. Chaque étape sur le chemin du pèlerinage amoureux est analysée avec le même talent et le même intérêt par Proust, dans le contexte social et psychologique du personnel du personnage.

 

 

 

 Si vous aimez la romance et l’érotisme


si vous êtes un lecteur de romance, et si vous appréciez le parfum érotique dans la littérature, vous allez trouver dans l’histoire du narrateur avec Albertine une belle histoire d’amour, une romance qui commence par analyser la séduction, l’attirance, le passage émotionnel vers le charnel, les difficultés relationnelles de la cohabitation, puis la rupture et l’absence de l’être aimé. La relation du narrateur avec Albertine est complexe, jalonnée de doutes et de questions, de désir et d’érotisme. La sexualité chez Proust est multiple, hétérosexuelle et homosexuelle, les relations amoureuses évoluent, subissent les changements de leur environnement, et de la société.

 

 

 

 Si vous aimez la psychologie


un grand écrivain peut nous aider à déchiffrer le monde, comme un traducteur qui nous ouvre les yeux sur une autre réalité. Nous trouvons chez les grands écrivains comme Dostoïevski, Shakespeare, ou Proust, cette capacité à analyser la psychologie, à inventer la psychologie positive avant les psychologues, à traiter l’anxiété avant la psychologie moderne.


En lisant Proust, vous allez voir des personnages anxieux, des personnages ambitieux, voire arrivistes, certains ont des troubles d’orientation sexuelle, d’autres ont des problèmes de racines culturelles. Le voyage de ses personnages à travers le roman permet au lecteur d’accéder à l’intelligence qui anime la grande littérature, de comprendre un point de vue différent, de suivre l’acheminement psychologique d’un personnage, et ces interactions avec les autres, et avec lui-même.

 

 

 

 Si vous voulez comprendre les familles


Si vous tentez l’aventure de comprendre vos parents et votre famille, une lecture de Proust peut être utile. Dès le début de ce roman, dès les premières lignes, le narrateur, le jeune Marcel, déplore la perspective d’une nuit sans le baiser de sa maman. Il va élaborer un plan astucieux pour obtenir ce baiser, il va réussir, mais aussi il va s’interroger sur le chagrin de l’enfant, sur la tendresse, sur la frustration, sur l’irritation, sur le manque de compréhension qui accompagne les relations parents- enfants. À travers d’autres personnages, Proust raconte les relations entre les couples, les dynamiques qui s’imposent au sein des familles, les rapports de force dans le couple, les trahisons, et la loyauté.

 

 

 Si vous aimez la langue française

 
La langue française est à son apogée chez Proust, à travers un style, un choix judicieux de mots, de métaphores et de descriptions. La richesse du vocabulaire donne aux descriptions une belle précision accompagnée de comparaisons et de métaphores parfois surprenantes. C’est une langue travaillée anoblie par une succession de correction et de mise en forme.

 

 

 

 Si vous aimez rire


Chez Proust, en dépit d’une croyance populaire, les textes sont simples, accessibles qui fonctionnent, et provoquent l’émotion, et entraînent parfois le sourire. Certains personnages sont ridicules, comme les personnages de Molière, certains dialogues sont comiques. Après quelques pages, on devient familier de la tribu de Proust, on sourit, car on devine la réplique de tels ou tels personnages, et ses réactions.

 

Par contre, si vous décidez de lire Proust, vous courez deux risques à la fois. Vous pouvez commencer par le premier tome de la recherche, pour finir accro, avec une étagère consacrée à Proust, des traductions, des biographies, des ouvrages analysant ce roman.

 

Le deuxième risque est de se demander à la fin de cette lecture : que lire après un tel roman ?

 

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Outlander, Tudors, Poldark, Versailles et histoire de la sexualité

 

outlander noce

 

 

 

De nombreuses séries télévisées actuelles, basées sur une œuvre littéraire ou sur un scénario, n’hésitent pas à sexualiser les personnages dans un contexte donné.

Nous devinons facilement que l’audience représente la motivation première dans cette sexualisation du contenu et de la réalisation. D’autres justifications peuvent surgir : le souci de s’approcher de l’intimité des personnages, de transmettre aux spectateurs un contexte historique dans sa globalité, où la vie personnelle et intime rejoint le collectif et l’environnement historique.

Observer l’histoire dans la chambre à coucher, comme une romance historique. Mettre en arrière-plan un contexte historique donné, implanter des personnages, décrire la vie de ces personnages. À partir de ce contexte historique, il s’agit de peindre le style de vie d’une époque, coutumes, façon d’exprimer des émotions, la vie intime, amoureuse, et accessoirement sexuelle.

 

 

 

 

 Outlander

La série Outlander, est une romance historique qui se déroule pendant la révolution jacobite en Écosse. L’héroïne traverse le temps pour vivre une grande histoire d’amour, avec un insurgé jacobite. Cette histoire d’amour passe de la séduction à la sexualité, du mariage à la grossesse. Les scènes sexuelles présentes dans le roman Outlander de Gabaldon, leur transcription à l’écran offre au spectateur un aperçu de la sexualité dans l’Écosse du 18ème s siècle et des relations entre les hommes et les femmes à cette époque. On voit des scènes sexualisées, des discussions sur les pratiques sexuelles, sur le désir, sur le corps et sur les émotions. La sexualité est montrée, décrite, commentée et détaillée, pour nous rappeler la difficulté de la condition féminine à cette époque. Violence et insécurité obligeant les femmes à accepter la protection des hommes. La relation entre les deux héros se transforme en relation amoureuse égalitaire. Les motivations sexuelles sont de nature émotionnelle et amoureuse.

 

 

 

 Versailles

La série télévisée Versailles suit une vieille tradition française d’exhiber la vie intime des monarques, leur sexualité, leurs partenaires, et leur préférence. La série expose les relations homosexuelles du dauphin, les relations entre Louis XIV et ses favorites. La série, généreusement parsemée de scènes explicites homosexuelles et hétérosexuelles, transmet quelques détails sur la sexualité de la classe dirigeante, sur le couple, la fidélité, sur les comportements de deux sexes, et sur les motivations sexuelles. La série Versailles dessine des relations sexuelles fondées sur le pouvoir, et parfois sur la survie. Il n’existe que peu d’amour à Versailles. L’argent, le désir, et l’ambition motivent l’acte charnel.

 

 

 Poldark



La série Poldark reprend le roman de Winston Graham qui décrit l’Angleterre vers la fin du XVIIIe siècle. Une relation amoureuse entre Poldark et sa cousine Élisabeth dans un contexte de difficultés économiques, de pauvreté, de corruption politique. Cette série reflète le double standard de l’époque, les femmes devaient garder leur virginité, cultiver la vertu pour trouver le meilleur mari possible, condition indispensable pour exister, et pour survivre.

 

 

 

 Tudors

 

La série Tudors n’a pas besoin de contexte pour montrer des scènes sexualisées. L’histoire réelle d’Henri VIII demeure une succession de problèmes de chambre à coucher : infertilité de sa première femme, attirance vers la deuxième, trahison et infidélité pour les autres épouses. La cour royale de l’Angleterre du 16e siècle devient le théâtre d’intrigues amoureuses, de messages érotiques, de gestes de séduction, et de jeux d’attirance. La série décrit la sexualité de cette époque, une sexualité partagée entre les traditions religieuses, et entre les désirs individuels assouvis discrètement. La condition féminine laisse à désirer même au sein de la classe dirigeante. En dépit de ses nombreux mariages, le comportement sexuel d’Henri VIII se dirige essentiellement vers la reproduction, l’enfantement, et la recherche d’un héritier.

 

 

 

 Histoire de la sexualité et séries télévisées

 

Depuis plusieurs années, nos petits écrans se dévergondent, nos soirées ne manquent pas d’images et de dialogue sexualisés. Cependant, devant ces feuilletons, le public observe avec amusement et intérêt la jupe relevée, ou les culottes déchirées.
En dépit d’images sexualisées nombreuses, beaucoup de gens se sentent inconfortables par rapport à la sexualité et aux discussions relatives au comportement sexuel. Nous regardons sans problème Louis XIV en train de flirter avec sa belle-sœur, nous évitons de parler de notre propre sexualité, de notre propre époque, de nos propres comportements.
De nombreuses personnes jugent qu’il est inapproprié de parler sexualité, commentant avec un petit sourire les études sur le comportement sexuel, ou sur l’histoire de la sexualité en général.

 


Si les livres traitant de la sexualité ou de l’histoire de la sexualité sont rarement consultés par le grand public, l’avalanche de scènes sexualisées dans les séries peut engendrer certains effets bénéfiques sur notre culture populaire : valider le désir sexuel masculin et féminin, déculpabiliser vis-à-vis de la sexualité, remettre la sexualité dans un contexte culturel et historique, et permettre à chacun de mesurer l’évolution de nos comportements individuels et collectifs.

 

 

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L’or de Rimbaud, l’inaccessible étoile

 

rimbaud roche

 

 

 

Le directeur du collège de Charleville, Jules Desdouet disait de son élève Arthur Rimbaud : « Rien d’ordinaire ne germe en cette tête, ce sera le génie du mal ou celui du bien. »(1)

Ce fut le génie. 

 

 

Rimbaud partageait plusieurs points communs avec Mozart, les deux détestaient leurs terres natales, les deux se révélèrent des prodiges et des génies sans effort, et les deux étaient de vrais sales gosses. Les deux ont quitté leurs villes pour vivre ailleurs.

Arthur Rimbaud est né à la fin du XIXe siècle. Un siècle de guerre, de capitalisme sans limites, de révolution, et de mutation.

 

À travers quelques textes poétiques, Rimbaud accède à l’immortalité en raison d’un talent et d’une lucidité peu commune. Dans son livre, une saison en enfer, il propose un parcours initiatique : refuser le réel, chercher un autre monde, chercher l’absolu et revenir pour formuler une conclusion. Mais pour quoi faire ?

 

 

 

 L’or de Rimbaud : L’absolu

Une légende veut qu’à son retour d’Abyssinie, Rimbaud ait enterré dans le jardin de la maison de famille à Roche, de l’or. Huit kilos d’or évoqués dans la correspondance du poète, les travaux n’ont pas découvert de l’or dans les environs de la maison familiale. Mais pour certains, ces terres renferment un trésor, l’or de Rimbaud qui reste à découvrir.

Le vrai « or » de Rimbaud est ailleurs. 

« Nous avons un instinct qui nous élève et que nous ne pouvons réprimer », affirme Blaise Pascal (1623-1662) dans ses Pensées.

 

 

Le mouvement poétique de Rimbaud dirige cet instinct, vers un ailleurs, vers cet « inconnu » à explorer. 

 

 

Dans son texte alchimie du verbe, il écrit :

« Pleurant, je voyais de l’or, et ne pus boire. »

Le poète regrettait de ne pouvoir accéder à cet or visible, à  la portée de main. L’or est le but de l’alchimiste, dans la tradition ancienne. La soif est impossibilité de boire, alors qu’il y a de l’eau partout, car le texte cite (fleuve, orage), Rimbaud nous raconte l’échec à saisir l’idéal, ou l’absolu qui s’offrait, cet échec si douloureux le fait pleurer.

Il termine son texte l’alchimie du verbe en écrivant :

« Cela s’est passé. Je sais aujourd’hui saluer la beauté. »

 

 

Après avoir tenté, Rimbaud découvre l’inaccessible, accepte, se contente de vivre parmi les humains.

La poésie de Rimbaud est une invitation à la recherche de l’absolu, sans nier le réel, pour répondre au besoin humain essentiel : la transcendance. En langage moderne, la psychologie positive préfère parler de l’auto réalisation comme un besoin humain légitime et incontournable.

 

 

 

Le déni du réel est de courte durée

Pour Rimbaud, désirant atteindre l’absolu, la réalité paraît discutable, relative, y compris la morale, l’éducation, la science, le travail. Tout semble contestable.

Cette négation de la réalité provoque le désir de fuir, de voyager. Rimbaud fait plusieurs voyages irréels ou imaginaires, avant de commencer son vrai voyage. Le thème du voyage est présent dans de nombreux textes.

Rimbaud refuse la réalité en recherchant l’inaccessible.

 

 

Il refuse la réalité et va chercher la vérité hors du monde. Il entreprend une évasion hors de la réalité et s’enfuit vers le monde irréel. Il rêve de la révolution des mœurs et de l’amour, en croyant détenir un pouvoir surnaturel. Il s’imagine avoir trouvé la vérité qu’il cherche, mais ce n’est qu’une vérité illusoire.

 

 

 

 L’amour est la solution ?

Rimbaud ne trouve pas la solution dans l’amour, ne pense pas que l’amour est la solution, sauf à réinventer l’amour. À chacun son amour pour être heureux, satisfait, et pour réaliser ses rêves. 

 

 

 

 Vers une nouvelle modernité

Les humains n’échappent pas à la terre, à ses réalités, à ses lois et à sa morale. Les textes de Rimbaud sont un rappel à cette réalité, sans oublier de parler de modernité. À chacun de moderniser son monde.

 

 

La fameuse expression « être absolument moderne » définit la modernité par la coexistence de la modernité et de l’ancienneté, l’association de l’ancien avec le récent.

 

 

 

 Le révolté : ni deuil ni résilience  

Rimbaud était révolté contre la société, ses inégalités, ses codes et ses lois. Il était un résistant. Il a toujours refusé la réconciliation et la résilience. Il se montrait un réaliste, incapable de changer le monde, sans l’accepter et sans chercher à s’adapter. Il a fait avec.

 

La prise de risque est indispensable selon lui pour accéder à l’auto réalisation, le risque de refuser l’amour pour le réinventer, le risque de refuser le réel pour le changer, le risque d’être inconsolable pour ne pas oublier ses objectifs, le risque de ne jamais faire le deuil de ses rêves.

 

A l’adolescence, la prise de risque est une façon d’échapper et d’explorer le monde adulte. Pour les adultes, la prise de risque devient un moyen pour vivre, découvrir le monde, et chercher l’absolu.

 

 

Bibliographie

1— Louis Pierquin, « Sur Arthur Rimbaud », Courrier des Ardennes, 24 décembre 1893, dans J.-J. Lefrère, p. 54.

 

 

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Le philosophe japonais Takeshi Umehara est mort

Takeshi Umehara

 

Le philosophe japonais Takeshi Umehara est mort

Le 12 janvier, ce philosophe japonais est décédé d’une pneumonie à son domicile à Kyoto. Il avait 93 ans.
Takeshi Umehara, a publié de nombreux ouvrages sur la philosophie, les religions et la littérature. Il était parmi les penseurs influents au Japon et en Asie, intervenant sur de nombreux sujets dans les médias japonais et asiatiques.
Né à Sendai, Umehara était professeur à l’Université de Ritsumeikan et président de l’Université des arts de la ville de Kyoto, la plus ancienne université des arts du Japon, après avoir obtenu son diplôme de philosophie en 1948.

 
Au début de sa carrière, il concentra son travail sur la philosophie occidentale, pour analyser  les liens entre la culture japonaise et la culture occidentale, entre le bouddhisme et la philosophie occidentale. Il a élargi ses activités de recherche pour publier des livres analysant la culture contemporaine et la société japonaise actuelle. Umehara a écrit à propos de ” l’esprit ” japonais dans ces œuvres telles que ” Warai No Kozo ” (Structure du rire). Après avoir publié ” Jigoku no Shiso ” (” Le concept de l’enfer “) en 1967, Umehara a écrit de nombreux livres sur le bouddhisme, et sur les fondateurs des écoles religieuses Honen et Shinran.

 
Il a contribué à la création du Centre international de recherche sur les études japonaises à Kyoto, dont il a été le premier président de 1987 à 1995.
Au cours des dernières années, il a étudié une ” philosophie de l’humanité ” et la coexistence de la civilisation et de la nature.


Il a composé des œuvres théâtrales sur Yamato Takeru et Gilgamesh.
Il était nommé en 1987 à la tête du centre international de recherches études japonaises (Nichibunken), établi par le premier ministre Yasuhiro Nakasone pour archiver et étudier la culture japonaise au Japon et à l’étranger. Ce centre de recherche était une idée controversée au Japon, les intellectuels de gauche y voyaient un centre de réflexion sur l’identité japonaise, et sur la culture japonaise sans l’ouverture nécessaire au monde.

 

 

Critique de la modernité

 
Umehara exprimait des points de vue personnels sur les sujets d’actualité. Il était critique à propos des greffes d’organes provenant de donneurs morts en demandant une réflexion éthique sévère pour réguler ces pratiques. En dépit de ces points de vue considérés comme conservateurs, Umehara s’est souvent exprimé contre la volonté des hommes politiques conservateurs du Japon de revoir la constitution. Avec les écrivains Kenzaburo Oe et Jakucho Setouchi, il a appelé à la création de ” Kyujo no Kai “, un groupe défendant l’article 9 de la constitution japonaise prônant le renoncement à la guerre.
Il a rejoint un groupe gouvernemental en tant que conseiller spécial chargé de concevoir des programmes de reconstruction pour les zones dévastées par le séisme et le tsunami qui ont ravagé l’est du Japon en mars 2011.
 
Sur le plan politique, il exprimait un point de vue conservateur selon les normes européennes, une lecture de droite moderniste, essayant d’associer la modernité, à l’éthique, et à la conservation d’une identité culturelle.

 
Il a longuement analysé la société japonaise, en fondant des concepts comme le mutualisme, cette responsabilité réciproque, interpersonnelle spécifique à la culture japonaise où chacun est responsable à la fois de soi-même et d’autrui. Il démontrait comment cette notion inconnue de l’individualisme occidental moderne c’est par rayonnement les deux cultures. Ce concept de mutualisme ressemble à ce qu’on a nommé en Occident la société du ” care “, ou la société de soins, où la société dans son ensemble devrait aider les citoyens à affronter les difficultés de leur existence. Il analysait l’origine de ce mutualisme japonais, cultivé dans les familles et à l’école où les enfants dès leur plus jeune âge, participent à l’entretien de leur classe, ont de nombreuses activités de clubs, de responsabilités partagées. Ce mutualisme japonais continue dans l’entreprise et dans le monde du travail.
En étudiant la ressemblance entre le bouddhisme, et la philosophie occidentale comme celle de Heidegger, il tisse les liens entre la culture japonaise et la culture occidentale. En analysant l’individualisme au sein de la société japonaise, il insiste sur une différence culturelle fondamentale entre les deux cultures.
Dans les années 90, il était considéré par la gauche européenne et américaine comme le penseur d’un nouveau nationalisme japonais, et au Japon comme un penseur de centre droit. Quelques années plus tard, il est considéré tout simplement comme un philosophe critique de notre modernité.

 

 

Un passage de Takeshi Umehara

Pour les amoureux de la philosophie, et comme à ce philosophe, voici un passage de l’introduction de son livre sur le bouddhisme et la philosophie de Heidegger, publié en 1970. La lecture de Takeshi Umehara permet au lecteur occidental d’avoir une critique raisonnée et sévère sur le modèle culturel en Occident depuis le XIXe siècle, et une critique sévère et sans nuance sur la société japonaise attachée à l’individualisme, la consommation.
Ses critiques de ce modèle culturel et économique ont influencé la société japonaise, continuent à être utiles et valables.

 

” Le monde moderne a entrepris une grave expérience, à savoir si un homme peut ou non vivre sans dieu ni religion.
“Dieu est mort”, a déclaré Nietzsche. C’était le destin de la civilisation européenne moderne en raison de science et technologie. Après avoir douté de tout, Descartes atteint un “ego pensant”, c’est-à-dire la raison ou l’intellect était le point de départ de sa philosophie.
Dostoïevski, un prophète du destin historique comme Nietzsche, parle par la bouche d’Ivan : “ni Dieu ni immortalité, l’homme est autorisé à faire tout. ”
Il veut dire qu’il n’y a pas de morale sans Dieu. Karamazov a demandé à son fils Ivan : “Avons-nous été trompés par les prêtres depuis si longtemps ? Ni Dieu ni immortalité !
Ivan répondit : il n’y aurait pas notre civilisation s’il n’y avait ni Dieu ni l’immortalité. “

En tuant les dieux, le Japon a réussi sa modernisation. À la suite de cette modernisation, le Japon a atteint l’un des produits nationaux bruts les plus élevés du monde. Cependant, avec cette prospérité matérielle, une vanité monstrueuse commence à imprégner l’atmosphère notre société. Nous sommes devenus le peuple le plus impie au monde et nos motivations sont des pulsions pour le sexe et la consommation.
N’est-ce pas l’Européen qui a enseigné aux peuples non européens à tuer leurs dieux ? Sommes-nous les étudiants qui dépassent leurs Professeurs ?
La mort des dieux, l’effondrement des valeurs, la libération d’instincts et le désordre qui en découle forment maintenant une situation critique. “

 

Aujourd’hui, quand la critique du modèle occidental devient l’affaire des Occidentaux, les analyses d’Umehara peuvent avoir une certaine utilité.

 

 

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Films comme documents sociologiques

 cinema sociologie


 

Les films sont une construction culturelle et ne reflètent pas la réalité, mais essaient de dessiner une réalité vraisemblable.
La sociologie et le cinéma entretiennent des liens ambigus : ils traitent souvent des mêmes objets, mais avec des points de vue, des méthodes et des objectifs différents. C’est également le cas de la littérature, un mélange subtil et complexe de sociologie et de psychologie dans un jeu de style. Dans ce sens, le cinéma est une voie d’accès à la connaissance du réel. Certains films marquent une époque, sont l’image d’un moment ou d’une tendance, deviennent un document comme une vieille photo de vacances. Il est difficile de nier le caractère sociologique de certains films comme Les Temps modernes de Chaplin.
Nous avons choisi certains films pour tracer l’évolution de notre société, des films qui ont eu le privilège d’avoir le succès populaire et la capacité de résumer un mouvement sociologique.

 

4 mariages et enterrement


1- Quatre Mariages et un enterrement

Avec Hugh Grant , Andie MacDowell , Kristin Scott Thomas, réalisé par Mike Newell en 1994.
Le passage où Hugh Grant abandonne la future mariée devant l’autel est devenu une scène d’anthologie. Grant est un homme qui refuse de se marier, acceptant le scandale, l’humiliation publique pour lui et pour la future mariée, il fait le choix de l’amour en sacrifiant les apparences sociales. À la sortie du film, cette scène est remarquée, inattendue, politiquement incorrecte. Un geste misogyne et irresponsable ?  Un geste d’amour et de romantisme qui distinguent l’homme moderne ?  


Ce film rappelle la fin de la masculinité traditionnelle héritée du 19e siècle, définissant l’homme par ses devoirs. L’homme devrait veiller au respect des conventions sociales pour être apprécié dans la société, devrait se comporter comme ” un homme “, devrait négliger ses propres sentiments et ses propres intérêts pour le bien de sa famille et de la collectivité. Après deux guerres, où les hommes avaient payé le prix fort, les années 60 voient l’apparition d’un homme nouveau, qui sera capable dans les années 90 de rejeter les conventions sociales pour chercher son propre bonheur. Entre individualisme et hédonisme, le cinéma des années 2000 nous montre cet homme occidental moderne, qui refuse d’être sacrifié par la société pour le couple. Les femmes se trouvent en face d’un homme qui revendique ses droits au-delà du couple. Certaines femmes critiquent cet homme nouveau, irresponsable, sans virilité traditionnelle, immature, et irresponsable. D’autres voient une évolution inéluctable dans une société individualiste.  

 

you got a mail



2 – Vous avez un message
 

Un film de 1999, réalisé par Nora Ephron, avec Tom Hanks et Meg Ryan,
Dans un scénario de romance, un homme et une femme vont s’apprécier sur internet, dans une relation virtuelle et vont s’affronter dans le réel. L’intrusion des moyens modernes de communication allait métamorphoser les relations hommes-femmes et la naissance des couples. En dehors du couple, hommes et femmes s’affrontent également dans une compétition professionnelle. Le couple devient un défi.
Dans trois films, Meg Ryan va dessiner les contours de la rencontre et de la relation entre un homme et une femme dans la société occidentale. Dans Quand Harry rencontre Sally  (1989, film réalisé par Rob Reiner avec Billy Crystal), le spectateur réfléchit en souriant sur la fragilité du couple moderne, sur la difficulté de rester neutre en face de la séparation avec ses années de deuil et de frustration.
Dans le film suivant ” Vous un avez un message “, l’amour triomphe, comme toujours dans les films de romance, mais dans une société différente, où les grands phagocytent les petits, où les commerces ferment sous la pression des grands magasins, laissant les quartiers et les centre-ville vides et sans activité. Le couple devient refuge, havre de paix dans une société anxiogène.
Dans le film ” Nuits blanches à Seattle ” 1993, réalisé par Nora Ephron
avec Meg Ryan et Tom Hanks, nous restons sur le même sujet.  Nora Ephron nous raconte la difficulté de rencontrer, de trouver la (le) partenaire, de construire un couple dans une société où il est plus probable d’être tuée dans un attentat que de trouver un homme.


 À travers ces trois romances, Meg Rayn désigne ce changement sociologique radical, le couple devient fragile, devient rare en raison de l’évolution de la société et des changements de rôle. Les femmes ne sont plus prêtes à tout sacrifier pour le couple, les hommes non plus. Pourtant, dans un monde de solitude et d’isolement, l’autre devient plus précieux, plus indispensable que jamais.

La vie est un long fleuve tranquille


3-   La vie est un long fleuve tranquille

Un film d’Étienne Chatiliez, réalisé en 1988, avec  Benoît Magimel, Valérie Lalande et Tara Römer.
Dans une petite ville vivent deux familles aussi différentes que possible, aussi caricaturales que possible. Le réalisateur réussit un film devenu culte, aux dialogues devenus proverbiaux (c’est lundi, c’est raviolis “), et chanson humoristique (Jésus revient), caricatures cruelles, et une sociologie fine.
Le film nous dévoile une société coupée en deux quartiers inconciliables, séparés par des policiers. La différence se manifeste par le comportement et le langage, par l’argent, et par la culture.
À chacun de choisir son quartier, ses traditions et sa tribu. Mais Momo devra manier deux identités presque antagonistes comme sa sœur. Voilà le problème.
 Dans d’autres films, Chatiliez, dessinera dans Tatie Danielle  (1990) une caricature sans nuances d’une nouvelle génération de personnes âgées en France, de retraités riches et en bonne santé, qui refusent d’être infantilisés ou marginalisés.
Dans son film Tanguy (2001), c’est le nouveau jeune qui sera caricaturé, le jeune qui ne veut plus quitter ses parents, les jeunes adultes immatures, qui veulent rester enfants, insupportables pour les parents. Ils refusent la responsabilité, incapables d’affronter le monde réel et la société anxiogène.  
Chatiliez est le réalisateur qui a réussi un pari difficile : décrire la société et son époque sans céder à la pensée dominante, en faisant rire et en invitant à la réflexion.

 

lost in translation


4- Lost in translation

De Sofia Coppola en 2003, avec Bill Murray, Scarlett Johansson, Giovanni Ribisi
Si vous passez quelques jours au Japon, vous allez comprendre combien Coppola a réussi à montrer l’étrangeté de Tokyo par le prisme d’un regard occidental, ville fascinante, dérangeante, anxiogène et déroutante. Il est difficile de comprendre le Japon en utilisant les repères occidentaux.


Lost in Translation est un film sur l’intimité sociale dans un environnement hostile. Le titre fait référence à la mauvaise compréhension de la communication interpersonnelle.
Charlotte (Scarlet Johansson) est incapable de communiquer émotionnellement avec son mari, préoccupé par sa carrière pour reconnaître les besoins sociaux de Charlotte et ses insécurités.
Marié, couronné de succès et approchant du crépuscule de sa carrière, Bob (Bill Murray) a perdu le sens de sa vie, guidée par des réalisateurs, par des hommes d’affaires et par sa famille. Il est désintéressé par le Japon, et par toute forme d’interaction sociale.
Bob et Charlotte se rencontrent. Leur solitude les relie et ils peuvent trouver un réconfort immédiat dans la compagnie l’un de l’autre. Ils sont capables de se comprendre. Bob danse et chante toute la nuit avec Charlotte. Bob aide Charlotte à faire face à ses insécurités en lui donnant l’interaction sociale dont elle a besoin et en lui faisant comprendre que même si la vie à son âge est remplie d’obstacles, elle ” s’améliore “.
Charlotte pose doucement la tête sur l’épaule de Bob après une longue nuit d’activités festives, Bob ramène Charlotte endormie dans sa chambre. Ces scènes fournissent un sentiment de compréhension qu’aucun mot ne peut exprimer.
Lorsque Bob embrasse passionnément Charlotte à la fin du film, tout en chuchotant silencieusement à l’oreille alors qu’elle pleure son départ, nous sentons intimement leur affection et leur douleur.
Ce film nous rappelle un trait important de notre société. L’occident ne comprend pas toujours les autres, les occidentaux n’arrivent pas toujours à se comprendre, et vivent dans un isolement social douloureux. Nous ne validons pas les besoins des autres, nous recevons des autres la même invalidation accompagnée de leur indifférence.  

  amelie poulain

 

5-  Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain

De Jean-Pierre Jeunet, 2001 avec Audrey Tautou, Philippe Beautier, Régis Iacono
Il n’est pas étonnant de trouver dans les livres de psychologie positive des exemples de productions culturelles traduisant et renforçant cette notion de psychologie positive en vogue en occident depuis plusieurs années. Le film ” le Fabuleux destin d’Amélie Poulain ” y figure en bonne place.
Un des fondateurs de la psychologie positive Martin Seligman écrit : ” Renforcer la force humaine : c’est une mission oubliée de la psychologie “.
Avant la Seconde Guerre mondiale, la psychologie avait trois missions : guérir la maladie mentale, rendre la vie personnelle plus épanouissante, et identifier et encourager les talents. Pendant des années, la psychologie se consacrait essentiellement au traitement des troubles mentaux négligeant les autres missions : améliorer la vie personnelle et nourrir les facultés positives de chacun.
Si vous devez raconter le comportement de personnes bloquées un vendredi soir dans un aéroport en raison de mauvais temps, vous avez le choix. Vous pouvez décrire des voyageurs irrités, râleurs, agressifs, et déprimés. Vous pouvez aussi décrire le positif, comme ce chanteur bloqué avec les voyageurs qui a pris sa guitare pour improviser un récital faisant chanter et applaudir les voyageurs, ou détailler l’histoire de l’hôtesse qui reste après la fin de sa longue journée de travail pour distraire les enfants et les calmer en regardant la neige. La réalité sincère serait de décrire les deux visages de cet événement et de montrer comment le positif peut nuancer le négatif. C’est le but de la psychologie positive, héritière à la fois de la psychologie et de la philosophie occidentale.
Le film Amélie poulain est une dose agréable de psychologie positive, et cultive certains talents humains utiles pour améliorer la qualité de vie et pour vivre heureux. Amélie est curieuse des autres, elle aime bien aider. Elle réussit à sortir son père de son isolement, à aider sa voisine à faire son deuil, à calmer l’épicier. Quand il s’agit de sa propre psychologie, elle est encouragée et aidée à dépasser sa timidité, pour accepter la joie de vivre, et initier une vie amoureuse.
La réussite du film dépend du son sujet, d’une association réussie de talents, et également de la bonne réception du public.
La réussite de ce film agréable et optimiste souligne l’accueil favorable du public face à ces tendances de la psychologie positive à éclairer le bon, le beau et le génial de nos vies.

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Anne avec E, des pignons verts

anne with E


 

Une nouvelle fois, une agréable série à partir de la littérature canadienne anglophone. Anne avec E est disponible chez Netflix , en deux saisons, d’après le roman Anne ou la maison aux pignons verts de Lucy Maud Montgomery (1874-1942).

Cette auteur d’origine canadienne pour ses livres pour la jeunesse est mieux bien connue dans les pays anglo-saxons et aussi au Japon, où ses livres font partie des textes proposés dans l’enseignement en littérature étrangère. Le roman ” Anne ” est écrit en 1905 et finira par trouver son public à partir de 1908.

 


Lucy Maud Montgomery : Expérience humaine commune

Maud avait 21 mois quand sa mère, Clara Woolner Macneill, fut victime de la tuberculose. Son père quitte bientôt sa fille en bas âge laissée aux bons soins de ses grands-parents maternels, pour fonder une nouvelle famille à Saskatchewan.
La jeune Lucy passe son enfance sur l’ile st Jean (ou l’ile du prince Edouard) auprès de ses grands-parents. Délaissée par son père, elle trouve refuge dans le monde imaginaire de la littérature.
Comme son plus célèbre personnage de fiction, Anne, l’auteure a passé une grande partie de son enfance à jouer à l’extérieure de la maison, à explorer les forets et à regarder les saisons colorer les paysages de l’île.
Elle commence vers 1890 à écrire elle-même des poèmes qui seront publiés dans les journaux locaux. Elle suivra une formation pour devenir enseignante. Devenue épouse et mère, elle écrira de nombreux romans. La série Anne des pignons verts ” Anne of Green Gables ” fut vendue à plus de 50 millions d’exemplaires dans le monde, faisant partie d’un héritage culturel incontournable dans la littérature pour enfant. Elle est à l’origine d’une pièce de théâtre qui resta à l’affiche pendant de nombreuses années, et d’une adaptation, dans un film muet en 1919.
Montgomery réussit un roman d’enfance, destiné aux adultes et aux enfants, animé d’ambitions, de rêves, et d’imagination. Sur le plan du style, il s’agit d’un roman de forme classique, où le temps avance d’une façon linéaire.   

Lucy Maud Montgomery

 


Elle raconte l’histoire d’Anne, une petite orpheline de 12 ans qui se voit entrer dans une famille de fermier, par hasard. La fillette ne laissera pas passer sa chance d’avoir une ” vraie ” famille et charmera Mathieu et sa sœur par sa vivacité d’esprit, sa joie de vivre, et son prodigieux vocabulaire. Elle se révélera une enfant attachante et saura cultiver l’affection de sa nouvelle famille.
Pour le couple, des fermiers, à l’opposé de la fillette, réservé et distant, la jeune Anne deviendra le centre d’une vie plus animée que leur existence précédente, austère et isolée. Ce personnage plein de joie et d’émotions est un mélange de ” fifi brin d’acier ” et du bon du ” petit diable ” de la comtesse de Ségur.
Mark Twain dira de l’héroïne de ce roman : ” C’est l’enfant la plus attachante, émouvante et délicieuse depuis l’immortelle Alice ”  

mark twain Anne Montgomery


Bon sentiment, joie de vivre, amour de la nature, et esprit positif voila l’essentiel des  aventures de la petite Anne qui plairont aux jeunes comme aux plus âgés. L’imagination d’Anne est son alliée. Son imaginaire riche et coloré améliore sa réalité, la porte parfois un peu trop loin. Anne est une femme du 20e siècle, elle allait changer bien de choses.

Dans cette série de livres, Montgomery retrace également la relation entre Anne et Gilbert, amis d’enfance, leur éducation, leur relation. Conforme aux règles sociales du début du XXe siècle, Anne semble moderne, en particulier dans son indépendance et de ses ambitions. Son impulsivité la place dans des situations difficiles, elle trouve les solutions à travers son discours, et à l’aide de sa capacité à évaluer la personnalité des autres. Ces talents l’aident à se faire accepter de la communauté, gagner le respect des élèves, et  à atteindre d’autres objectifs .
La réception critique de Montgomery a été mitigée. Certains ont qualifié ses œuvres de non-littéraires, stigmatisant son utilisation excessive des sentiments, de la prose fleurie  et certaines incohérences.
Les intrigues et les personnages de Montgomery sont parfois incohérents. Cependant, la plupart des critiques, la félicitent comme un vrai conteur dont le charme et l’honnêteté transcendent les défauts.

 

anne green gables


“La jeunesse n’est pas une chose disparue”, écrivait  Montgomery, “mais  quelque chose qui demeure pour toujours dans le cœur. ” Elle retrace ainsi l’expérience  de l’enfance, de la jeunesse, comme  une expérience commune à tous les êtres humains.
D’autres écrivains ont écrit sur cette expérience commune de jeunesse, comme :  
– Little House on the Prairie (1935), roman de Laura Ingalls  Wilder, qui raconte la vie d’une famille dans l’Ouest des États-Unis à  la fin du XIXe siècle.
– To Kill a Mockingbird (1960), de Harper Lee, qui raconte son enfance au sein des tensions raciales dans l’ Alabama quand elle avait 10 ans.
– Other Voices, Other Rooms (1948), roman de Truman Capote
– Claudine à l’école (1900). Ce roman de Colette comme ses autres romans Claudine dessinent une esquisse autobiographique d’une petite petite fille qui grandit en France au début du 20ème siècle.

 

anne pignons verts

 


Anne avec E
 

L’adaptation de Netflix est une réussite qui transmet au spectateur la joie de vivre d’Anne, son exubérance, ses excès d’imagination, et l’ambiance de ces régions canadiennes au début du siècle, navigant entre traditions et modernité, embrassant un siècle escorté de profondes mutations sociales et technologiques.      
Saluons la vivacité de la littérature canadienne anglophone, qui semble trouver dans les séries télévisées une nouvelle jeunesse et un moyen efficace de large diffusion comme Heartland (11e saison) à partir de livres de Lauren Brooke, ou le cœur a ses raisons ” When calls the heart de  Janette Oke, en 4 saisons.
 
 
Bibliographie
Barry, Wendy E., Margaret Ann Doody, and Mary E. Doody Jones, eds. The Annotated “Anne of Green Gables,” by L. M. Montgomery. New York : Oxford University Press, 1997
Bruce, Harry. Maud : The Life of L. M. Montgomery. New York : Bantam Books, 1994. A thorough look at Montgomery’s life and career and the society and culture of her time.

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De Freud à Bizet : provocante Carmen

 

carmen


 

 

L’année 1886, année où Freud reçut son diplôme de la faculté à de médecine de l’Université de Vienne est l’année où le livre ” Psychopathia Sexualis ” du sexologue Krafft-Ebing fit son apparition. Freud dira qu’il avait acheté quatre exemplaires de ce livre, les remarques de Freud et les traits de ses crayons sont présents sur les plages du livre.
Quand Freud présente un article scientifique sur la genèse de la maladie hystérique à Vienne à la société de psychiatrie de neurologie en 1896, Krafft-Ebing, le grand sexologue de l’époque en Europe, était président de cette société. Ebing condamne vivement ce travail en le qualifiant de conte de fées scientifique. Freud répondit en privé : ” Ils peuvent tous aller en enfer. “
Blessé par la moquerie de Krafft-Ebing, Freud continua ses recherches cliniques et sexologiques,
et finit par devenir l’un de grands penseurs en occident, le fondateur de la psychanalyse, et de la sexologie moderne.
Progressivement, Freud allait rendre la sexualité acceptable socialement, scientifiquement en normalisant le contenu des pensées sexuelles et des gestes érotiques. En étudiant les fantasmes sexuels, il explore leurs origines et leurs rôles sans formuler de jugement moral, alors que Krafft-Ebing avait tenté la même approche, mais jugeait une partie de la sexualité humaine comme anormale ou dégénéré.  



Le cas de Frau P J

En 1895, Freud décrit le cas d’une jeune chanteuse d’opéra Frau  P.J., jeune mariée
dont le mari travaillait comme vendeur itinérant. Il voyageait beaucoup et laissait sa jeune épouse seule.
La jeune chanteuse d’opéra est embauchée pour Carmen l’opéra de Georges Bizet écrit en 1875, devenu un grand succès populaire.   
Elle commence à travailler et étudier le fameux passage de la ” Séguedille ” de Carmen. À son grand étonnement, elle a soudainement, senti son corps s’agiter d’une sensation étrange. Pendant la répétition de cette mélodie, elle a eu la surprise d’avoir un orgasme. Cette surprise trouble fortement la jeune femme, et l’oblige à modifier ses répétitions pour éviter la gêne d’un éventuel orgasme en public ou pendant la répétition devant musiciens et ténors.  


Après avoir consulté les médecins de Vienne, en désespoir de cause, Frau P.J. prit consulte le jeune neurologue Freud. Le jeune médecin note combien la jeune femme est bouleversée par cette réaction inhabituelle et si difficile à justifier en société. Freud va mettre ses talents de détective en œuvre en commençant déjà par écouter la patiente, attentivement, avec respect et empathie sans jugement moral.
Comme les autres femmes de l’époque, Frau P.J s s’est mariée vierge, elle n’a ses premières relations sexuelles qu’avec son mari. Elle a alors entamé une vie sexuelle pleine et sans contrainte, mais l’absence régulière de son mari provoquait chez elle, un sentiment de privation et une grande frustration sexuelle.
Selon Freud, les fantasmes sexuels peuvent traduire le manque d’épanouissement sexuel. Le fantasme sexuel peut servir de moyen de satisfaire un souhait frustré.
Il découvre qu’il ne s’agit pas d’un orgasme inopportun provoqué par la vue d’un chanteur ou d’un musicien, ni par un contact ou échange avec un homme ou une femme, mais par les paroles mêmes de la chanson Carmen, et spécialement les paroles du passage de la Séguedille où Carmen souhaite rencontrer un amoureux capable de la satisfaire, de satisfaire son désir.


Carmen décrit sa rêverie ou son fantasme, chante les joies d’être réunie avec son amant. Carmen explique :
” j’irai danser la séguedille
et boire du Manzanilla,
j’irai chez mon ami Lillas Pastia.
Oui, mais toute seule on s’ennuie,
et les vrais plaisirs sont à deux;
donc pour me tenir compagnie,
j’emmènerai mon amoureux!
Mon amoureux ! Il est au diable !
Je l’ai mis à la porte hier !
Mon pauvre coeur, très consolable,
mon coeur est libre comme l’air!
J’ai des galants à la douzaine ;
mais ils ne sont pas à mon gré.
Voici la fin de la semaine:
Qui veut m’aimer? Je l’aimerai!
Qui veut mon âme? Elle est à prendre!
Vous arrivez au bon moment!
Je n’ai guère le temps d’attendre,
car avec mon nouvel amant
près des remparts de Séville,
chez mon ami Lillas Pastia,
j’irai danser la séguedille
et boire du Manzanilla,
dimanche, j’irai chez mon ami Pastia! “



Freud s’est rendu-compte que les paroles de l’opéra exprimant le désir et les fantasmes de Carmen et suscitaient dans l’esprit et dans le corps de Mme PJ le désir d’être en couple, d’être avec le mari absent. Ces paroles traduisent la douleur de la séparation et les fantasmes de s’unir à son amoureux.
Étrangement, la situation fictive de Carmen reflétait la situation réelle, et le vécu de la patiente viennoise nouvellement mariée, abandonnée par un mari voyageur, et désireuse d’être avec lui.
Selon Freud, le fantasme sexuel et l’orgasme pendant la répétition de la “Séguedille” de Carmen traduisent le désir sexuel de Mme PJ et une fonction de compensation où l’organisme se défend du manque par un orgasme involontaire et imprévu.


Nous ne savons pas ce que Freud proposa à la patiente au-delà de l’explication pour répondre à ses attentes, mais nous savons qu’il a forgé le terme fantasmes, qu’il a expliqué et détaillé les fantasmes et surtout qu’il a défendu l’idée qu’il s’agit d’une sexualité normale qui ne devait pas être culpabilisée ni stigmatisée.  


Est-ce que Bizet aurait imaginé cet effet en mettant en musique son chef d’œuvre Carmen ?  
De nombreuses cantatrices ont chanté Carmen, rien n’indique qu’elles ont bénéficié de cette même réaction. Oui, la musique de Bizet est entraînante, les paroles provocantes pouvant faire chavirer, mais l’orgasme de Mme PJ n’est pas un effet constant de cet opéra.

 

 

 

 

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L’estampe japonaise : un art populaire

 

 

estampe japon hokusai

Katsushika Hokusai [1760-1849]

 

 

 

 

 

L’estampe est un procédé de gravure en relief sur des planches de bois. La Xylographie est connue en chine depuis longtemps dès le VIIe, époque où l’on imprime des textes religieux, ce procédé se diffusa progressivement dans les pays voisins.


Au Japon, l’estampe connut un fort développement en raison d’un contexte socioculturel et économique particulier : la période Edo.


Cette technique requiert plusieurs corps de métiers (artiste et artisan)
– l’artiste créateur du dessin original
– le graveur qui grave les reliefs du dessin sur différentes planches en fonction du nombre de coloris
– l’imprimeur ou coloriste qui encre la feuille
Le tout sous la direction d’un éditeur qui dirige le projet.

Pendant cette période, le japon connait une grande prospérité, aux trois classes sociales respectées du Japon (les nobles-seigneurs, les samouraïs ou guerriers et les paysans) s’ajoute une nouvelle classe sociale : les marchands qui bien peu estimée, finissent par constituer la bourgeoisie. Le Japon, sous l’autorité de l’empereur, est administré par le shogun (terme synonyme de généralissime, qui désigne autorité militaire) à partir de cette période, les luttes territoriales et fratricides de la noblesse sont interdites, la noblesse est obligée de vivre une année sur deux à Edo (Tokyo), dilapidant fortune et biens dans une vie fastueuse. Le shogun isole le pays, les étrangers sont expulsés. Seuls quelques ports sont autorisés à commercer avec le monde extérieur.

 

estampe japon rue


Edo est une des plus grandes villes du monde à l’époque. Cette population concentrée en milieu urbain souhaite se divertir (théâtre, lieux de plaisir), acheter (grands magasins, restaurant), se cultiver, obligeant les marchands à trouver de nouveaux moyens de communication et support publicitaire pour attirer la clientèle, à une époque où les journaux n’existent pas. Ainsi les estampes répondent à cette demande par une facilité d’impression en grande quantité.

 L’estampe ukiyo-e

C’est au VIIe siècle que nait l’estampe ukiyo-e ou estampe du ” monde flottant ”
Ukiyo ou ” monde flottant “, est un mouvement culturel dont le sens premier empreint de religiosité, c’est mettre l’accent sur l’aspect éphémère de la vie et de toutes choses.
Le terme ukiyo est utilisé aussi dans le sens de ” la vie présente et telle quelle est ” et, comme, le dit le célèbre poète Asai Ryoi vers 1665 :  


” vivre uniquement le moment présent,
se livrer tout entier à la contemplation
de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier
… ne pas se laisser abattre
par la pauvreté et ne pas la laisser transparaître
sur son visage, mais dériver comme une calebasse
sur la rivière, c’est ce qui s’appelle ukiyo. “
 

Et c’est bien sûr dans ce sens hédoniste que ” rien ne soit définitif et donc il est indispensable de profiter de l’instant présent ” que ce mouvement artistique sera apprécié par les populations urbaines assoiffées de loisirs, consommation et divertissement.

 

estampe japon homme femme

 

 Les shunga

Les shunga (??) ou estampes érotiques ou ” images du printemps, ou encore images d’oreiller ” de grande diffusion entre 1600 et 1868. Elles seront interdites vers 1848, devenues ensuite clandestines et très prisées.
Les shunga constituent une catégorie majeure au sein de l’ukiyo-e, peut-être même la part essentielle au début.
Les plus grands artistes de l’ukiyo-e s’y sont adonnés comme Sugimura Jihei, Harunobu, Shunsho, Kiyonaga, Utamaro, Eishi, Hokusai, Hiroshige pour créer des images éducatives pour les jeunes couples ou des sujets humoristiques et satiriques parodiant des chefs-d’œuvre littéraires et culturels du temps passé.
Les dessins érotiques (les peintures érotiques initialement réservées à l’aristocratie) se trouvèrent largement diffusés et popularisés.
La société japonaise n’a pas de culpabilité vis-à-vis de la sexualité. Il s’agit de représentations rafraichissantes de couples en pleine action, avec bras et jambes, pardessus, tête comme le dit Edmond de Goncourt, collectionneur impressionné par la vivacité et le réalisme des personnages et sujets exposés.

Yanagisawa Kien, un peintre lettré de l’époque recommandait dans un essai de consulter des ” images d’oreiller ” pour se délasser du travail intellectuel et pour se revigorer.

 Miroir du désir
 

De nombreuses estampes représentent le quartier de YOSHIWARA, à EDO (ancien nom de Tokyo). Ce quartier, véritable ville close, traversée par une allée centrale, entièrement consacrée à la prostitution abritait les ” maisons vertes ” où travaillent les prostituées, qui attendent les clients assis derrière des claies de bois. Il existait des guides de ces maisons, qui ont suscité l’écriture de beaucoup de romans, et, plus tard, de films.

Les scènes érotiques, malgré leur sujet, sont toujours traitées avec délicatesse, élégance et d’humour. Ces scènes suivaient les thèmes des saisons et des lieux comme ” l’étreinte de printemps “, ” dans la barque “, ” dans la charrette “, ” derrière la moustiquaire ” ou ” derrière les filets de pêche “. Des textes parfois crus accompagnent l’image.

 

estampe japon homme femme .Harunobu


Suzuki Harunobu (vers 1725-1770) ” Deux amants épiés par une servante ” Époque d’Edo, vers 1765 Impression polychrome, 20,8 x 28,7 cm, Paris,

 

 Le shunga : art obscène ? Porno ?


Étrangement le Shunga est encore considéré comme obscène ou licencieux dans de nombreux milieux japonais. Bien que les premiers shunga (littéralement ” les images de printemps ” soient la forme d’art le plus associé à la période Edo, ces estampes cultivent l’image d’un monde hédoniste, de femmes dénudées, de Geisha, dans un contexte de désir sexuel.   

De grands artistes comme Kitagawa Utamaro et Katsushika Hokusai ont offert à cet art ses titres de noblesse en dépit de sujet trivial et commun. Ces maîtres ont fini par donner au shunga des caractères communs. Les organes sexuels sont montrés avec exagération en ce qui concerne la taille, ou les détails. Cette exagération s’associe avec des positions acrobatiques et des mouvements amusants pour exprimer le désir et la proximité physique.
Un autre élément du shunga : les deux partenaires sont presque toujours entièrement vêtus. Contrairement à l’Occident, où le corps nu était désiré, car la société n’autorisait pas la nudité, les hommes et les femmes japonais à l’époque Edo se voyaient nus régulièrement dans les bains mixtes ou ailleurs. La nudité n’était pas attirante. Les beaux vêtements et les accessoires vestimentaires étaient recherchés et reflétaient le gout, la classe sociale et le raffinement. Le dernier point commun est l humour.

 

estampe japon erotique

La de-shunganisation du Japon est arrivée à la période Meiji. Ouverture sur le monde occidental, après des siècles d’isolement, le gouvernement japonais a cherché à modifier la culture traditionnelle. Interdiction des shunga et des pratiques ludiques comme la nudité publique et les bains mixtes.
Ironie du sort, l’occident sera à l’origine d’un nouveau regard positif sur le shunga. Des grands artistes occidentaux du 20e siècle allaient louer le shunga et rendirent hommage à ces productions comme Picasso et Monet ;

 

le shunga un art à part entière avec des maîtres célèbres comme Katsushika Hokusai [1760-1849], admiré pour sa célèbre et immense tumultueuse vague sur le point d’avaler le mont Fuji.

 

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Mad men : le temps retrouvé

mad men femmes

 

 

En lisant les critiques, concernant cette série, vous pouvez être étonnés, certaines critiques sérieuses n’hésitent pas à qualifier ” Mad men ” de chef-d’œuvre, série télé la plus importante de ces dernières années. Pourtant, cette série ne bénéficie pas d’un soutien politique ou philosophique comme les séries qui traitent de sujet d’actualité ou de sujet sensible. C’est une série apolitique, sans action, ni violence ou drame. Pourtant, elle fait partie des séries les plus regardées sur les plateformes de visionnage avec Game of Thrones, The Handmaid’ s Tale et The Americans.

 

mad men proust

 

Le temps retrouvé

 
Dans le temps retrouvé, Proust liait le temps à la mémoire, aux détails de nos souvenirs. Comme Freud, il voyait la vie comme un temps chargé de souvenirs, d’impressions, l’humain devient anatomie, action et mémoires.    
C’est une série sur l’univers de la publicité. Mad est l’abréviation de Madison Avenue, le centre des affaires de la publicité. C’est un spectacle sur les rôles, le temps, le genre, une visite chronologique de la société américaine de l’après-guerre, une histoire d’amour et de haine.

La série commence par une scène au restaurant, Don Draper entouré de ses collaborateurs, discutent de leur métier : la publicité. Lorsque vous essayez de vendre aux gens quelque chose, qu’est-ce que vous leur vendez vraiment ?? Les gens achètent le plaisir qu’ils espèrent trouver. Voilà le travail de ces mad men, vendre le plaisir éphémère d’une barre chocolatée, ou le goût d’un voyage en achetant une voiture. Vous n’achetez pas un projecteur de diapositives Kodak, vous achetez les souvenirs illustrés par les photos de votre dernier voyage ou de vos vacances. Retrouver le temps, retrouver le plaisir qui accompagne ce moment passé. Voilà la publicité.  

Mad Men c’est le temps retrouvé, les années 60, un monde sophistiqué, une époque où vous pouvez fumer dans les restaurants, où les médecins hésitent encore à prescrire la pilule, où les femmes restent à la maison, et où le couple marié représente la norme.


Cette série raconte l’histoire de Don Drapper un self-made-man, parti de rien, génial créatif au sein d’une agence de publicité. Le monde de l’entreprise des années 60, monde d’hommes à fort caractère, monde de confrontation, chacun doit démontrer sa valeur, sa capacité et son efficacité.
Les femmes dans l’entreprise sont secrétaires, standardistes ou maîtresses. Le début de l’immixtion, les femmes douées deviennent créatives comme Peggy, qui passe de secrétaire à chef du service.  
Nous assistons aux événements qui ont marqué les Etats Unis : campagne électorale Kennedy-Nixon, atterrissage sur la lune, assassinat de Kennedy. Nous vivons l’enfance de Don, sa jeunesse et la guerre de Corée. De même pour les autres personnages, nous suivons leur évolution, leurs couples, et leurs aventures extraconjugales.   

 

mad men equipe

 

En dépit d’un souci étonnant des détails de ces années, la série nous raconte le monde incertain de l’entreprise, la difficulté à s’adapter, les prises de risque.  
L’ascension professionnelle de Don est fulgurante, mais sa vie personnelle est loin d’être idéale. Marié à une jolie femme (ex-mannequin) dépressive qui s’ennuie entre la maison et leurs deux enfants, cette belle façade finira par se fissurer.
On admire le soin de la réalisation à retrouver les détails : les hommes des années 60 sont élégants en costume- cravates, les femmes en robes aux couleurs chatoyantes, dans des décors lumineux aux coloris complémentaires, harmonieuses, des bureaux minimalistes de style ” scandinave “, décors et ameublements, vêtements nous charment par leur grande justesse et nous plongent dans la nostalgie de cette époque passée.

Mad men trace l’évolution de la condition féminine. Les épouses qui restent à la maison pour élever les enfants, qui se maquillent le soir avant le retour du mari, qui se mettent en nuisette avant de rejoindre le lit. Certaines s’ennuient et désirent travailler, d’autres travaillent et regrettent que le travail les empêche de rencontrer et de faire un couple. Mad men accompagnent plusieurs femmes : Peggy Olson (Elisabeth Moss), qui construit sa carrière à force de talent et de travail, Joan Holloway (Christina Hendricks) qui accepte tout pour arriver, l’épouse Betty Draper (Jones Janvier), modèle d’épouse frustrée par son manque de décision. Ces femmes vont progressivement entrer ce monde d’hommes, sortir de la maison, bénéficier de leur liberté, en acceptant le stress, l’épuisement, et même la solitude engendrée par le travail. La série excelle dans le suspense de la vie quotidienne en ajoutant au spectacle une vraisemblance étonnante. Cette obsession des détails devient le décor, puis un élément important du scénario devient une approche de l’histoire et des caractères.

Le progrès est là, chacun doit s’adapter, avec le bon et le moins bon. Quand le premier ordinateur arrive dans l’agence, les secrétaires redoutent la disparition de la machine à taper. Arrivée de la première photocopieuse, la place de la radio dans la vie quotidienne réduite par la survenue de la télévision qu’on traite de mode ” éphémère “, les voitures de plus en plus grandes, de plus en plus confortables remplaçant les trains.
Nous assistons à l’apparition d’une contre-culture, le début de l’anti- consommation, anti-pub, les mouvements écologistes, et la lutte pour les droits civiques des noirs aux USA.
 

 

Mad Men est une construction entre deux personnages Don et Peggy, un homme et une femme, comme un reflet de miroir. À travers Peggy, Mad men nous raconte le féminisme de cette époque, l’apparition des femmes comme acteur social indépendant. Les femmes talentueuses prennent l’ascenseur social, d’autres préfèrent le modèle traditionnel de la femme au foyer, certaines femmes arrivent en acceptant de partager leur lit pour avoir quelques avantages.     
À partir de la la quatrième saison, Mad Men recueille le prix du scénario, et d’interprétation. L’audience est là, la série va encore nous surprendre.

 

mad men


La saison cinq et les saisons suivantes vont être plus expérimentales, plus jeunes et plus rythmées. Don se remarie avec sa secrétaire Megan, le cabinet fusionne avec d’autres entreprises. Ce changement reflète les mutations culturelles de ces années : liberté sexuelle, famille recomposée, etc. Les costumes des années 1966 sont vifs, moins classiques, et parfois extravagants. Megan la québécoise symbolise ces mutations, par son comportement, ses valeurs et ses attentes. Mad Men nous raconte ses années en quelques mots : séduction, pouvoir de la jeunesse, soif de changement.
L’ascension du pouvoir économique de la Californie souligne une importante évolution des USA.  Mad men suit la fin de la domination de la côte Est, et l’apparition d’une culture et d’un style de vie différents.

 

mad men megan

 

Loin d’être un exercice béat dans la nostalgie, Mad Men montre comment le temps peut modifier les règles non- dites d’une culture, modifier les relations, changer les personnes peu à peu. Le quotidien devient le reflet de la vie qui passe jour à jour. On assiste à une étude détaillée de la complexité de l’autonomie financière, personnelle, et émotionnelle. On pense être autonome, indépendant, on découvre les limites de ce jeu. Aucun personnage n’est positif ou négatif, les nuances de gris colorent la vie et le comportement.
Nous voyons un miroir de notre propre temps troublé dans ses personnages aliénés, à la dérive, dans une époque d’insécurité. Ils ont les mêmes problèmes que nous : perte ou changement de travail, problèmes d’identité, de couple, de sexualité, d’autoréalisation.  

Dans ce temps retrouvé, Mad Men nous rappelle que l’avenir est un voyage à travers l’inconnu. Votre profession peut être transformée par l’innovation technologique, votre pays peut se piéger dans une guerre étrangère ou dans une guerre civile absurde, votre mode de vie peut être attaquée par une idéologie, votre couple peut disparaître sans en comprendre la cause.

 

Voilà probablement le mot clé de la réussite de ce feuilleton : parler du passé pour analyser notre quotidien.
La survie devient notre obsession.
La survie, n’est-ce pas la condition de tout humain dès l’origine de l’humanité ?

 

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Freud le philosophe

freud philosophe

 

Freud était un psychologue, psychiatre, médecin neurologue spécialiste de neurosciences, inventeur d’une nouvelle discipline ” la psychanalyse ” et également philosophe.
Dans son livre, Clark Glymour, philosophe de science, écrit en 1991 : ” Les écrits de Freud comportent une philosophie qui aborde de multiples questions au sujet du mental “.


Il est difficile de comprendre la pensée freudienne sans se familiariser avec sa philosophie. Ironie ! Freud était parmi les penseurs qui étrillaient la philosophie occidentale de son époque.
Freud ne rédigeait pas de textes philosophiques, il cherchait à élaborer des concepts, à forger une définition, et à formuler des conclusions. Concernant la métaphysique, il la qualifie comme ” une nuisance, un abus de la pensée “, préférant réfléchir sur le comportement  et sur les motivations.

 

freud citation force

 

Pour les médecins neurologues, le grand défi est de déterminer comment fonctionne le cerveau. Cette question, toujours d’actualité, était alourdie par d’autres défis philosophiques. Au début du XXe siècle, la neurologie s’orientait vers l’étude des lésions médicales neurologiques comme les maladies dégénératives ou les atteintes cérébrales vasculaires, la psychiatrie se spécialisait dans les troubles mentaux sans lésions organiques. La psychologie apparaissait comme une nouvelle discipline scientifique se consacrant à la compréhension du comportement humain, de ses difficultés et de ses motivations.
Les psychologues devaient affronter un problème philosophique majeur : est-il possible d’étudier scientifiquement l’esprit humain ? La science de l’esprit était le scientifique ? Peut-on comprendre l’esprit par la science ?
Ces questions purement philosophiques ont agité la philosophie occidentale pendant des siècles et ont compliqué la vie des premiers psychologues. À cette époque, les philosophes analysaient les émotions, la colère, la tristesse, et les autres sentiments, et rédigeant des textes philosophiques pour conseiller le lecteur et pour l’accompagner vers une vie raisonnée.  


Contrairement aux scientifiques d’aujourd’hui, les neuroscientifiques et les psychologues de cette époque ont compris que la science est forcément influencée par les hypothèses philosophiques. Depuis le XVIIe siècle, des philosophes, comme Descartes, proclamaient la tradition intellectuelle cartésienne séparant définitivement le corps de l’esprit. D’autres philosophes favorisaient une approche différente.
Les neuroscientifiques du 19e siècle ont soutenu que l’esprit et le corps sont radicalement différents. Le corps est une entité matérielle au contraire de l’immatérialité de l’esprit. Le philosophe britannique Gilbert Ryle ironisait sur cette approche en la qualifiant de la théorie du fantôme dans la machine.

 

freud citation emotion

 


De leur part, les psychologues du XIXe siècle croyaient que l’esprit est conscient, chaque personne est responsable de son esprit, capable d’accéder à ses propres états mentaux. Par conséquent, la recherche psychologique était une introspection.
Les médecins pratiquaient l’hypnose cherchant à interroger l’esprit. Les expériences ont démontré qu’une personne sous l’hypnose peut être influencée.
Un ordre donné à une personne sous hypnose peut être exécuté par cette personne après son réveil, le patient ne pouvait en aucun cas expliquer son geste.
Les scientifiques de l’esprit ne savaient pas comment expliquer ce phénomène. Des chercheurs ont commencé à parler d’un geste involontaire. D’autres médecins refusaient l’idée dominante, et suggéraient pour la première fois, la présence des états mentaux inconscients. Dans certains troubles mentaux comme l’hystérie, la patiente est victime de forces étrangères à elle-même, inconsciente de ses propres réactions.
Le jeune neurologue Freud commença sa pratique médicale en acceptant les hypothèses philosophiques de son époque en affirmant que l’esprit est une entité différente du cerveau, et que nous sommes conscients dans tous nos états mentaux. Cependant, il n’arrivait pas à classer les symptômes de ses patients selon cette approche. Il commença à se méfier de ces théories.


Il commence par critiquer les idées qui circulaient pour expliquer les gestes involontaires des patients : la conscience divisée, la présence de plusieurs consciences, etc., il concluait que ces idées sont incohérentes. Dans son livre, l’inconscience publiée en 1915, il écrit : ” notre expérience personnelle nous familiarise avec nos propres idées. Nous ne savons pas d’où viennent ces idées ni quelles seront nos conclusions.”
En critiquant les théories de son époque, il forge le concept de l’inconscient. L’esprit selon lui est divisé en deux parties : la partie consciente, et la partie inconsciente. Il s’agit d’une pure spéculation philosophique bénéfique à la pratique clinique avec les patients.
De nombreuses considérations ont conduit Freud vers cette nouvelle vision de l’esprit humain, réalisant ainsi ce que la philosophie occidentale cherchait à faire.

 

freud citation idee

 


À partir de 1895, Freud se met à critiquer et à rejeter le dualisme corps – esprit, une idée sacrée dans la philosophie occidentale. En dépit des critiques et des moqueries, il écrivit que les processus mentaux sont des fonctions cérébrales. Il a rejeté l’idée que nous pouvons comprendre nos esprits par l’introspection, comme conseillaient les philosophes en parlant de méditation et de sagesse, car selon lui, la conscience ne pourra pas accéder à la totalité de nos fonctionnements mentaux. Selon lui, la partie du cerveau responsable de nos pensées n’est pas la même partie responsable de notre conscience.
Il continua à approfondir cette théorie psychanalytique, en ajoutant le complexe d’Oedipe, le refoulement, le mécanisme de défense psychique, puis la théorie des rêves.
D’autre part, il va se lancer dans la sexologie, en forgeant des concepts comme la libido, l’orgasme, ou le fantasme.
La science moderne a invalidé de nombreux points de la théorie freudienne, d’autres concepts continuent d’enrichir la psychologie, ou même notre culture populaire.
Son approche était théorique et philosophique. En respectant la rigueur de sa formation scientifique, il réfléchissait d’une façon structurée à expliquer ce que la science n’arrivait pas à détailler.

 

Dans la pensée de Freud, il y a une dimension profondément philosophique, qui offre une belle récompense intellectuelle à celui qui prend le soin de réfléchir d’une façon structurée et rigoureuse.

 

 

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La philo est morte ? Inventons une nouvelle philosophie

Raphael ecole grecque

 

 

 

Stephen Hawking vient de nous quitter. Ce brillant physicien théorique a écrit dans un de ses livres en 2010 :

 

 

                                                Nietzsche       La philosophie est morte, faute d’avoir su suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique. Ce sont les scientifiques qui ont repris le flambeau dans notre quête du savoir. Il semble donc que nous ne soyons que des machines biologiques et que notre libre arbitre ne soit qu’une illusion “.                                                   

 


 

 La ” vieille ” philosophie est morte

La philosophie est née il y a 2500 ans en Inde, en Chine et pour nous occidentaux, en Grèce.
C’est une manière de réfléchir et de comprendre, de décrire le monde, de forger des catégories et des concepts et des principes génériques.
Les philosophes grecs observaient l’univers, la nature, l’homme et la société. La philosophie moderne en occident s’est intéressée à la métaphysique (Kant, Descartes, Spinoza, Locke), à l’esprit, à l’histoire, à la conscience (Hegel, Kierkegaard, Nietzsche) entre autres. Les sciences ont quitté la philosophie, l’expérience humaine est traitée par les psychologues, la morale devient personnelle.
Par le passé, de grandes avancées scientifiques, découvertes et révolutions ont été mises au point par les philosophes or par des personnes cultivées philosophiquement comme Newton, Darwin et Einstein, Pasteur. La philosophie a aidé Freud à créer ses premiers concepts en psychologie et en sexologie.
L’affirmation selon laquelle la philosophie est morte n’est pas de conception récente. Ludwig Wittgenstein (1889-1951), un philosophe si influent au XXe siècle, a déclaré : ” maintenant tout ce qui reste à faire pour le philosophe est d’analyser la signification du langage. “


En lisant n’importe quelle référence en Philo, nous découvrons combien d’erreurs scientifiques abondent dans les pages. Comment croire Descartes ou Platon en comparant leurs conclusions aux découvertes de la science ? Comment admettre le pessimisme et le cynisme exacerbés de Voltaire dans une époque où l’optimisme et la pensée positive sont indispensables pour réussir sa vie professionnelle et personnelle ?  
Martin Heidegger (1889-1976) a souligné cette vérité, en écrivant que la philosophie s’est terminée par sa dissolution dans des disciplines différentes et autres domaines d’étude.
À part les recherches académiques, qu’est ce que la philosophie peut nous apporter ? Qui a besoin de dissertation sur la morale dans une société individualiste où chacun cherche son éthique à sa guise et son développement personnel dans les livres de psychologie ?
Qui a envie de lire la philosophie analytique ou la métaphysique quand la science nous explique que l’amour est déclenché aussi bien par la sécrétion de l’ocytocine que par les émotions, que la dépression est liée au taux de la sérotonine ?
Les questions intellectuelles ne sont plus l’affaire des intellectuels autoproclamés, mais de chacun, y compris les individus, les médias, les réseaux sociaux, etc.

 

 Vers une nouvelle philosophie

Durant le 20e siècle, la philosophie occidentale est divisée en deux camps opposés, les philosophes ” analytiques ” anglo-saxons, et les Européens ” continentaux “. Et les figures importantes des deux camps admettent que la philosophie est morte.


Les analystes ont suggéré que l’analyse du langage pourrait produire la connaissance comme Oliver Wendell Holmes ou Ludwig Wittgenstein. En Europe, Martin Heidegger était persuadé que la philosophie est morte avec les critiques de Nietzsche, rejoint par Marx, et Freud.
Nous n’avons plus de grands philosophes en occident, car la philosophie est phagocytée par la science. Le public ne croit plus à la sagesse du philosophe. La morale devient une question personnelle. Les grandes questions de société échappent à la compétence du discours philosophique traditionnel.     
Nous admettons tous que la philosophie ne peut aborder tous les aspects de la vie moderne et que les philosophes ne peuvent fournir des réponses justes à des questions scientifiques, sociologiques ou économiques.

pasteur philo


Si la philosophie est un discours organisé ou un raisonnement rationnel, nous découvrons l’importance de ce genre de discours dans notre société à condition de traiter de sujets modernes. Nous avons besoin d’un discours structuré sur les émotions, la liberté, les droits, la justice, l’individu, le corps, l’inégalité, l’identité, le couple, la sexualité, les médias sociaux, l’intelligence artificielle.  
La philosophie universitaire et scolaire est en crise. Les lectures et le grand public se désintéressent des livres de philo.


Nous avons besoin d’une philosophie moderne, pour nous aider à cultiver notre ” esprit critique ” vis-à-vis des normes sociales, de nos modes de vie et de nos choix. Cette philosophie moderne devrait se fonder sur des vérités scientifiques et ne pas se contenter d’un discours sans lien avec le réel.
Il est vraisemblable que les philosophes de demain soient des scientifiques ou des spécialistes philosophiquement instruits, ou des philosophes scientifiquement instruits. Un économiste est bien placé pour formuler un discours capable de nous aider à comprendre et à critiquer les orientations économiques, un expert en intelligence artificielle peut nous expliquer comment raisonner face à cette technologie spectaculaire.

Prenons l’exemple de Newton et Einstein quand la physique et la philosophie s’associaient dans un projet commun. De même Pasteur dans sa lutte contre la rage où le concept accompagne la découverte.
 
Pourquoi ne pas imaginer une philosophie nouvelle qui retrouve sa place dans le monde occidental à condition de renouveler les sujets, de ne pas négliger les vérités scientifiques, et les besoins du public. Dans ce cas, nous trouverons une philosophie qui nous aide à vivre une vie raisonnée et digne, et à créer le commun dans une société individualiste.

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L’humilité peut sauver ce monde, l’idiot de Dostoïevski

Dostoevski idiot citation

 

Table de matière

  1. Deux aphorismes
  2. Conclusion :

 

Ce roman édité en 1869 est parmi les grands textes de Fedor Dostoïevski, le livre qu’il a eu le plus de mal à finir, et qui reflète la plupart des idées qui ont animé son œuvre.
Dans les années 1867 à 1871, Dostoïevski réside à Dresde pour échapper à ses créanciers russes. Cette fiction a été écrite pendant ce séjour en Allemagne.

L’Idiot est un long récit sur la Russie du XIXe, avec un nombre important de personnages, à partir de familles de la classe moyenne, en dehors de l’aristocratie, comme chez Tolstoï. Les identités sont complexes, les rôles changent selon les motivations : argent, mariage, élévation sociale.

Le prince Mushkin, idiot de naissance parce qu’incapable d’agir, est infiniment bon.
Le roman s’ouvre avec l’enfant idiot, le prince de retour à St Pétersbourg par le train après un séjour dans un sanatorium suisse.

Le corps du roman prend racine à St Pétersbourg et sans proche banlieue. L’homme bon promène son regard illuminé de générosité, sur le monde cupide, arriviste et passionnel, qui l’entoure. L’apparition dans cette société d’un homme radicalement différent, mû par son seul désir d’être agréable aux autres, conciliant et bienveillant, sera perçue, au mieux comme de la naïveté, le plus souvent comme de la bêtise et même de la maladie. Le bon devient un idiot.

Dostoevski idiot citation beaute

 


Le prince est atteint d’épilepsie qui a nécessité plusieurs années de traitement dans un établissement spécialisé. Il est malade et impuissant sexuellement.

L’idiot navigue entre réalisme et allégorie, raison et irrationnel, vertu et vice, comédie et tragédie.

L’idiot, est un chef d’œuvre riche en psychologie, en discussions sur la morale et sur les vraies valeurs.

Le prince dit ce qu’il pense, sans enrober ses phrases derrière le langage civilisé. C’est un être d’une grande sensibilité. Tel un enfant, il parle sans les filtres qu’imposent l’éducation, la bienséance, et la vie en société.

Les autres personnages du roman changent à son contact ; une femme, belle Anastasia accède au bonheur, Gania Yvolguine retrouve le sens de l’honneur, et le sanglant Rogojine goûte, un instant, la fraternité.

Cette œuvre a été et restera un livre phare, car son héros est un homme tendu vers le bien, mais harcelé par le mal.

 


 

 Deux aphorismes

Après la lecture du livre, il reste en mémoire deux aphorismes présents et répétés dans le roman : ” L’humilité est une terrible force “, et : ” la beauté sauvera le monde “.

Au début, l’idiot est bien accueilli partout, son comportement est jugé comique et innocent. Il ne peut pas comprendre les motivations et les pensées de ses interlocuteurs, il affiche sa bonté et son humilité héritée de son éducation chrétienne. ” L’humilité est une force terrible “, dit l’un des personnages du roman.
    
Dostoïevski voulait représenter l’homme comme positivement bon face à une société égoïste, matérialiste et hypocrite.
En étudiant les cahiers de travail de Dostoïevski, on remarque que l’écrivain cherchait à créer un personnage convaincant, ignorant de ses propres valeurs, détaché comme Don Quichotte ou comme M. Pickwick.

Les positions de l’idiot, sa bonté sans limites, sa bonhomie sont mises sur le compte d’un déficit intellectuel. Son humilité naturelle le place systématiquement en position d’infériorité vis-à-vis de ses interlocuteurs.
Page après page, Dostoïevski démontre comment ses interlocuteurs se retrouvent surpris par le caractère sincère, et par la subtilité du prince. Son comportement piège les autres, en éclairant leur cupidité et leur bassesse.

Dostoïevski réussit la création d’un personnage étonnant, presque unique dans la littérature. Mushkin, pensif et passif, humble et profond, affiche les propres idées de Dostoïevski et ses croyances.

Concernant la beauté, selon Dostoïevski, elle est avant tout morale. La beauté du prince se fonde sur son humilité.

Le prince va semer le trouble dans le cœur des dames et des hommes qui vont changer à son contact.
Dostoïevski présume que l’humilité et la bonté sont contagieuses, peuvent nous sauver de la laideur de notre monde.  

 

Dostoevski idiot citation humilite

 

 Conclusion :


Dostoïevski était passionné par les journaux, comme nous sommes passionnés par les réseaux sociaux, il les lisait attentivement et citait dans ses romans, les crises et les faits divers.  Dostoïevski introduisait dans ses romans des personnages démagogues et nihilistes qui encourageaient le pessimisme et les pulsions de vengeance et de destruction.
Dostoïevski parle des problèmes de l’homme moderne. Dans son roman, ” le joueur ” Dostoïevski explore l’intrusion problématique des sciences économiques et de la psychologie dans nos vies. Dans ” les frères Karamazov, ” il décrit l’homme contemporain ” esclave des nécessités qu’il a produites lui-même “. Dans son roman, notes de souterrain il insiste sur un fait étrange de la condition humaine : nous voulons le bonheur, mais nous avons un talent spécial pour nous rendre malheureux ” l’homme est extraordinairement, amoureux de sa souffrance : c’est un fait. “

Dans son roman, l’idiot, il explique que nous devons apprendre à être heureux, en cultivant les bonheurs simples. Nous sommes entourés par de choses qui pourraient nous enchanter, à condition de les voir et de savoir les apprécier.

 

  Nietzsche ne disait-il pas que Dostoïevski était le seul auteur qui lui ait appris quelque chose sur la psychologie des humains  



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Ladies’ Paradise, Zola, Baudrillard, le féminisme du shopping

Paradise zola

 

 

Denise, jeune femme fraîchement débarquée de sa province vient pour travailler avec son oncle. Les affaires vont mal depuis que le Paradis a ouvert ses portes, premier grand magasin à Paris, où les femmes trouvent leur bonheur.
Denise va faire connaissance avec Monsieur Moray, son nouvel employeur, plein d’entrain en ce qui concerne ses magasins, un personnage secret et taciturne depuis le décès de sa femme. Attiré par Denise, il refuse de remarier avec la riche Catherine.
The Paradise, est une série britannique en deux saisons , sur BBC One diffusée en 2012 – 2013, adaptation du célèbre roman d’Émile Zola, qui retrace la naissance des grands magasins, de la consommation, du marketing dans un décor pastel, où acheter devient synonyme d’émancipation féminine.

 
Au bonheur des dames
 

Émile Zola publia ce roman en 1883, en proposant une histoire romantique dans le monde des grands magasins, innovation du Second Empire. Ce roman fut traduit en anglais sous le titre Ladies’ Paradise.
Denise se fait embaucher au Bonheur des Dames, grand magasin de prêt-à-porter féminin, découvre le monde cruel des petites vendeuses, la précarité de l’emploi et assiste au développement exponentiel de ce magasin et à la mort du petit commerce. Elle suscite l’intérêt du directeur du magasin, Octave, qui lui confie de plus en plus de responsabilités. Elle refuse de devenir sa maîtresse, mais finit par accepter sa demande en mariage.
Sous le Second Empire, on créa à Paris des grands boulevards, des places dégagées et des parcs et des grands magasins permettant de vendre une grande variété de produits. Zola décrit ses magasins qui cherchent à séduire les bourgeois, à l’aide de la publicité et de la guerre des prix poussant les femmes à toujours plus de consommation.
Zola cherchait à raconter l’histoire d’un grand magasin, qui grignote progressivement les commerces alentour, sa stratégie commerciale, les présentations des produits et les techniques de marketing. Zola décrit dans ce roman les rouages d’une société capitaliste où l’argent est le moteur principal des relations économiques et humaines.

 

zola citation bonheur des dames


Le rôle de l’argent devient déterminant dans cette société motivée par les primes et l’intéressement. Zola construit un roman d’analyse sans pessimisme, admettant que la machine capitaliste peut être utile pour augmenter la richesse, et améliorer les conditions des travailleurs. Zola fait de la jeune fille et de son patron amoureux le symbole du modernisme et des crises qu’il suscite. Personne ne pourra plus entrer dans un grand magasin sans ressentir ce que Zola raconte avec génie : les fourmillements de la vie.
Zola critique le mercantilisme, ces populations urbaines assoiffées de consommation, l’enrichissement de la bourgeoisie au détriment des travailleurs, la pulsion de consommation qui devient synonyme d’émancipation et de liberté. Dans cette société, la liberté devient synonyme de la capacité à exprimer ses désirs et à les satisfaire au risque de finir dans l’impasse, dans une inéluctable frustration.

 

Baudrillard, toujours d’actualité  

Des années après la mort de Jean Baudrillard, il est surprenant de voir ses idées et ses citations présentes sur les réseaux sociaux, quand il s’agit d’expliquer la transformation de notre réalité, notre rapport au texte, au sexe, à la politique, à l’amour, à la consommation, et aux mouvements qui traversent nos sociétés.
Il est également étonnant de voir combien les travaux de ce Rémois sont encore enseignés et analysés dans les universités et les médias, y compris à l’étranger.  
Baudrillard voyait le féminisme comme un mouvement de gauche, un mouvement de l’état providence.  Sans la gauche, le féminisme risque de finir par vendre des chaussures et des sacs à main, selon lui.  Il voyait dans ce féminisme le risque d’englober la femme un peu plus dans la société de consommation.    
Baudrillard souligne l’incapacité d’émancipation des vieux idéaux, dans une société de domination économique et culturelle, et dans une société d’individualité.

 

laidies Paradise

 

Le bonheur des dames au shopping !!


La société de consommation a rattrapé les femmes. Depuis quelques mois, on assiste à des discussions étonnantes. La société devient paternaliste avec les femmes pour les protéger après les avoir transformées en victimes. Une nouvelle domination qui permet la création de nouveaux marchés ” spécial femme “. Une île exclusivement réservée aux femmes en Finlande (SuperShe Island), taxis pour femmes à Londres ou à Beyrouth, rames de métro séparées pour les femmes au Japon, au Mexique, au Brésil, Égypte et Iran.  

Nous sommes à nouveau dans les analyses de Zola et de Baudrillard, où la séduction occupe une place primordiale dans la vie des femmes, les obligeant à accorder une place toujours plus grande à la consommation, un monde où elles sont objets plus que sujets.

 Le féminisme prisonnier dans Paradise ? Où se trouve le bonheur des dames ? Sans doute, dans une société différente, qui nécessite mobilisation et réflexion au-delà de slogans faciles.

 

 

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” Les heures sombres ” : un grand film tout simplement

 

les heures sombres bande affiche

 

 

Avec Gary Oldman, Kristin Scott Thomas, Ben Mendelsohn, Lily James, le réalisateur d’orgueil et préjugés en 2005 Joe Wright nous livre à nouveau un excellent film. La première partie du film, est rythmée et efficace, film sorti en France début 2018.


D’une main de maître, il dirige ses acteurs, mettant en scène les discours au parlement, le contraste entre le Churchill le lyrique devant les députés et le Churchill l’homme isolé qui doute.
Le récit politique se mue en une fable épique, glorifiant unité et l’unanimité des Britanniques sans se soucier de certains détails historiques. Le roi s’est rallié rapidement à Churchill, et la totalité du peuple britannique adhère à la lutte contre le nazisme, voilà les deux thèmes du récit national britannique pendant ces heures sombres.

 

les heures sombres Churchill roi


Une dose de patriotisme, d’émotion, et souvenir de ces soldats morts pour la liberté. La culture qui dessine l’âme d’un pays ; voilà comment Joe Wright signe un chef d’œuvre, subtile et original, et émouvant.

En mai 1940, les Allemands progressent en France et poussent les armées vers la Manche. Le premier ministre Chamberlain en minorité à la chambre, seul Churchill fut accepté pour endosser la défaite. L’armée française en difficulté, l’armée britannique piégée à Dunkerque. Des heures sombres pour l’Europe et pour la liberté.    
Le film de Wright traite de ces jours qui opposent Churchill à son ministre des affaires étrangères Edward Halifax.
Le scénario s’articule sur les trois discours que Winston Churchill a prononcés en mai et juin 1940 à la Chambre des Communes.

Dès le 9 mai, Halifax déplore l’état de guerre et suggère une négociation avec Hitler. Halifax prend la tête de la fronde. Churchill est obligé d’accepter que Halifax étudie les conditions de Mussolini le 25 mai par son ambassadeur à Londres, Giuseppe Bastianini. Le cabinet décide, le 28 mai, de rédiger une demande officielle de médiation au gouvernement italien pendant que Churchill lui-même se trouve dans un état de totale indécision.

 

les heures sombres Churchill


Dans ce film, Churchill prend le métro, pour la première fois. Reconnu et salué, il demande aux voyageurs ” comment ils tiennent le coup “, leur détermination et leur confiance offrent au premier ministre le courage d’affronter les députés. Chamberlain lève son veto et son mouchoir, signe convenu pour déclencher les applaudissements des députés conservateurs. Halifax va conclure par la fameuse phrase que Churchill a mobilisé le pays mais aussi ” mobilisé la langue anglaise “.

Gary Oldman est parfait en Winston Churchill. Il se glisse dans les habits de ce géant. L’acteur restitue la vivacité d’esprit, l’optimisme sans faille de cet homme politique quand son entourage tente de baisser les bras et de négocier avec Hitler. Nous retrouvons le grand homme avec son mauvais caractère, son égocentrisme, son mépris des bonnes manières et son attachement à l’efficacité. Churchill acculé, doit-il continuer le combat à Dunkerque et sacrifier d’innombrables vies au nom de la liberté, ou négocier avec Hitler ?
Oldman excelle par la voix et le geste, un Oscar a récompensé cette performance.


Joe Wright tente de montrer le conflit interne, les doutes, la solitude du chef du gouvernement. Le scénario invente une scène belle, émouvante, et naïve quand Churchill prend le métro, discute avec les citoyens pour découvrir qu’ils ne veulent pas de compromis avec les nazies, refusent de se soumettre à Hitler. Churchill prononce ensuite son fameux discours au début de la guerre. La beauté des images et des décors enchantent le film, les images claires obscures sont démonstratives, parfois trop.

 

les heures sombres winston Churchill

 


Les joutes verbales sublimées par la beauté de la langue anglaise enchantent la chambre et le spectateur.
À son crédit, les heures sombres reconnaît que Churchill, une fois confronté à Halifax, ministre des Affaires étrangères , a étudié un projet de négociation avec Hitler. Cette initiative a été pondérée par des événements intérieurs et surtout en France, permettant par la suite à Churchill de prétendre qu’il n’a jamais hésité.

Avec le ” miracle ” de Dunkerque, et le début de la riposte de l’armée, l’espoir peut naître. Halifax, maintenu au Foreign Office dans l’intérêt de l’unité de parti conservateur devient une figure isolée au sein du gouvernement.
Ce film a le mérite à nous rappeler, dans une époque de ” Trumpisation ” l’importance du verbe, comment les discours de ce grand homme ont entraîné son pays dans une résistance héroïque. Le film met l’accent sur l’indispensable enracinement des hommes politiques dans la culture et l’histoire de leur pays et comment la volonté et l’optimisme sont indispensables pour forger un grand dirigeant.


En glorifiant la politique et les dirigeants sincères et efficaces, le film rappelle leurs moments d’hésitation et de solitudes, mais aussi leur réelle force : la confiance et adhésion des citoyens dans leurs grands hommes d’état.

 

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Kawaii, beau, et mignon, made in japon

kawaii poupee

 

 

 


L’esthétisme japonais classique demeure un art raffiné développé à travers des siècles de réflexion et de sophistication. Dès l’arrivée au Japon, un Occidental risque de poser la question sur ces adolescentes vêtues comme des poupées, ces créatures adorables de la publicité, ces robots colorés qui animent les vitrines des grands magasins ou les bars des grands hôtels.    
Bienvenu dans la culture populaire japonaise : divertissement, communication, habillement, jouets.

 

 

 

 Kawaii

Kawaii, ce mot si répandu désigne ” mignon ” ou ” adorable “. Cet adjectif est prononcé de la manière : Ka-wa-iiiiiiiii (accentuation traînante et extatique sur le i).
 À l’origine, ” kawaii ” un synonyme de ” visage radieux “, ou ” rougeur d’une personne embarrassée. ” Kawaii se mue en ” mignon”,  la façon dont il est écrit dans l’alphabet japonais signifie littéralement ” aimable “, ou ” capable d’être aimé “.
Dans les années 1970, une nouvelle calligraphie ” mignonne ” pratiquée par les adolescentes devient populaire. Ces jeunes filles utilisaient des crayons mécaniques pour produire des lignes plus fines que l’écriture traditionnelle japonaise. Un nouveau style émerge, où les filles traçent de grands caractères ronds accompagnés de petites images. Il s’agit bien sur d’une écriture inutile, illisible, découpée de dessin, interdite dans les écoles. Le public apprécie, les médias aussi.

 

kawaii robot

 

Le ” mignon ” va gagner car il faut être aimable pour être aimé. Les poupées mignonnes séduisent les adolescentes japonaises, se propagent dans les entreprises, et dans les familles. Des variétés de personnages, toujours plus mignons, souriants, agréables, colorés et gentils font leur apparition.

 


Dans la culture japonaise actuelle, le Kawaii s’exprime partout. Les chanteurs et les acteurs ont des cheveux longs. Les femmes japonaises se disent séduites par le ” look mignon ” d’un ” visage rond enfantin ” avec de grands yeux qui signifient l’innocence. Des femmes tentent de changer la taille de leurs yeux en portant de grandes lentilles de contact, de grands cils, un maquillage poussé des yeux ou en modifiant chirurgicalement leurs paupières.
La culture populaire comporte de nombreuses idoles kawaii, tandis que la ” mode Lolita ” devient une tendance populaire. C’est un mélange étonnant des modes du 19e siècle, du rococo, d’éléments gothiques, de mangas pour produire une poupée ou un robot qui exprime la gentillesse, et l’innocence.

 

 

Le kawaii se répand partout au Japon, du petit commerce de rue aux grandes compagnies, des taxies et aux avions, les mascottes kawaii sont partout.  Pikachu, un personnage des Pokémon orne les flancs des avions de All Nippon Airways ;
Kawaii  est aussi dans la mode, s’habiller avec des vêtements trop courts pour accentuer le côté enfantin, de couleur pastel, accompagnés de sacs ou de petits accessoires avec des personnages de dessins animés.
La cuisine kawaii est caractérisée par la présentation de plats de façon ” mignonne “, et très colorée.

 


L’esprit kawaii a envahi les panneaux publicitaires nippons, des enseignes de grands magasins aux restaurants, des journaux aux emballages, jusqu’aux institutions, les affiches promotionnelles de l’armée japonaise sont illustrées de personnages mignons.
On prétend que cette beauté innocente et non agressive allège la tension, favorise la relaxation et rehausse la productivité des entreprises.
Kawaii a été accepté aussi en dehors du Japon à partir de 2006, la culture japonaise populaire contemporaine commence à influencer le monde entier.

 

kawaii hello kitty

 

 

 

 Hello Kitty

Comment oublier le personnage de Hello Kitty, à l’origine du concept du kawaii.
Kawaii implique une relation sociale entre une personne et un objet. Cette relation apparaît bénéfique. Cet objet évoque un sentiment agréable, une satisfaction et une détente. Si la culture Kawaii était à l’origine une culture pour les enfants, elle devient la culture de toute personne qui cherche les sensations agréables de l’enfance. Au Japon, l’enfance rappelle le temps de la liberté et de l’innocence. Les expressions de la nostalgie de l’enfance sont fréquentes dans le cinéma japonais, la télévision, la musique.

 

 

 

 Une rapide analyse

Les Japonais décrivent leur culture comme émotionnelle et orientée vers le groupe, contrairement à la culture occidentale décrite comme froide et individualiste.
 En réaction au stress de la vie contemporaine, ces produits ont connu un essor considérable.
Le syndrome de Kawaii révèle une caractéristique culturelle japonaise qui met l’accent sur le fait d’appartenir au groupe, à l’opposé de notre société occidentale fondée sur l’individu.

 

kawaii girl

 

Les chercheurs japonais analysent le kawaii comme une esthétique, comme le beau, l’innocent, l’enfantin, ou le pur, mais aussi quelqu’un qui a besoin de la protection d’un adulte.
Selon Yomota, ” Celui qui personnifie Kawaii n’est pas une personne mature, c’est une belle personne, féminine, puérile, soumise et pure “.   

En 2012, lors de son exposition, le musée Yayoi a publié un livre de Keiko Nakamura. L’auteur a montré que ” Hello Kitty”, personnage culturel kawaii contemporain, est devenu largement diffusé à travers le monde, à travers les biens de consommation et à travers les magazines féminins.

Selon kamurato, kawaii est un produit influencé par le goût occidental. Nakamura partage l’avis de Koga sur le fait que la culture kawaii est une culture populaire japonaise qui mélange une esthétique japonaise, à la culture occidentale, ou une comme culture japonaise occidentalisée.

 

kawaii girls

 

Sharon Kinsella a identifié dans son article ” Cuties in Japan “1 plusieurs aspects de la culture kawaii. Elle déclare que ” le style kawaii a dominé la culture populaire japonaise dans les années 1980. Kawaii ou “Mignon” signifie essentiellement enfantin et célèbre un comportement social doux, vulnérable, et innocent. Elle explique :
“Le désir irrésistible des jeunes japonais, enveloppé dans la culture Kawaii était d’échapper aux restrictions régissant leurs vies telles que l’autodiscipline, la responsabilité, le devoir, le travail, et les obligations.”
 
Kinsella a noté que la culture kawaii suggérait l’immaturité pour échapper aux restrictions qui régissent la vie sociale.


L’immaturité de Kawaii fonctionne comme un cocon, un refuge de la maturité provoquée par occidentalisation rapide et modernisation ” selon Miyadai qui résume le rôle de cette culture dans le monde entier : échapper et rêver.

Le Kawaii devient élément important de soft power, de l’image d’un Japon moderne, coloré et ” cool “. kawaii est le mot japonais le plus répandu dans le monde au 21e siècle, le mot synonyme joie de vivre et de l’anti-déprime .


Références
Kyoko Koma: Kawaii as Represented in Scientific Research: The Possibilities of Kawaii Cultural Studies, HEMISPHERES No. 28°, 2013

Sharon Kinsella, “Cuties in Japan”, in Women Media and Consumption in Japa nBrian Moeran (eds.), Honolulu: University of Hawaii Press, 1996,

Charlène Veillon, L’art contemporain japonais: une quête d’identité. De 1990 à nos jours,
Paris

Bruno Olivier, “Les identites collectives: comment comprendre une question politique brulante?”, Les Identites collectives, Paris: CNRS Editions, 2009

 

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Bonjour Tristesse, Françoise Sagan, analyse

 

sagan  francoise bonjour tristesse

 

 

Françoise Sagan (1935-2004) née Quoirez, commence sa carrière d’auteure après la Seconde Guerre mondiale, pendant les années 50 d’où émerge l’émancipation des femmes comme une question sérieuse dans la société occidentale.

 

Selon Ann Jefferson :
« Ce n’est qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que l’adolescente fait son entrée dans la littérature française, désinvolte, provocatrice, sexuée. »

Ann Jefferson, « À l’heure des jeunes filles en fleurs, » Le Magazine littéraire N° 547 (septembre 2014), 74.

 

La jeune Sagan invente des figures de jeunes filles s’émancipant des stéréotypes sociaux.
L’un des principaux thèmes des romans est l’amour. Dans l’univers fictif de Sagan, l’amour représente la tristesse, la douleur et la déception. Le deuxième thème est le bonheur.
La quête de celui-ci devient le but premier des héroïnes. C’est ce qu’elles s’efforcent de trouver, et la principale raison de leur existence.

 

 

Bonjour Tristesse

Bonjour tristesse est un roman court de Françoise Sagan écrit en 1954, sans prétention littéraire. Un roman qui a eu son moment de gloire. Auteure à dix-neuf, le succès la rend riche et célèbre. Le roman bénéficie du contexte de l’émancipation féminine qui régnait alors en France. Ce premier roman fait scandale. Ce phénomène est raconté par le fils de l’auteur, Denis Westhoff, dans son livre de mémoire, Sagan et fils :


« Avec le succès, vint le scandale, je devrais dire le double scandale, celui qui était lié au livre et à l’époque, et celui qui la confondit avec Cécile, sa jeune héroïne, assimilant son propre mode de vie à celui, dissolu, fitzgéraldien, de ses personnages. Le roman provoqua un tel tumulte que certains libraires refusèrent de le mettre dans leur vitrine ; d’autres dissuadaient les jeunes filles de l’acheter. Bonjour Tristesse était un livre brûlant, un livre défendu. »
Denis Westhoff, Sagan et fils (Paris : Stock, 2012), 32

 

 

Le roman est écrit à la première personne du singulier par une jeune fille pressée de devenir une femme adulte. Le ton est désabusé, direct quand il s’agit du désir sexuel, reflétant la tendance de la société française quelques années avant 1968.


Cette histoire s’ouvre alors que l’héroïne examine un sentiment nouveau qui l’envahit.
Dans un premier paragraphe dont le lyrisme est presque poétique, Françoise Sagan donne le ton de son récit. Elle décrit les sentiments de crainte et de peur d’une jeune fille qui éprouve, pour la première fois, une sensation si personnelle, résultat de ses propres actions et impossible à communiquer. Ces sentiments forment une barrière entre elle et les autres, ce qui l’effraie et la fascine à la fois.

« Sur ce sentiment inconnu, dont l’ennui, la douceur m’obsèdent. J’hésite à apposer le nom… nom
grave de tristesse. C’est un sentiment si complet, si égoïste que j’en ai presque honte alors que la tristesse m’a toujours paru honorable. Je ne la connaissais pas, elle, mais 1’ennui, le regret, plus rarement le remords. Aujourd’hui, quelque chose se replie sur moi comme une soie, énervante et douce, et me sépare des autres. » (page -13)

 

 

Cécile, la narratrice, raconte son passé récent, son dernier été. Dès le début de l’action, le lecteur est transporté à l’été précédent, lorsque l’héroïne avait 17 ans et était heureuse, avant l’intervention de cette étrange « tristesse ».

Cécile, tout juste sortie de l’école, est partie vivre avec son père Raymond, un beau veuf de 40 ans, et sa maîtresse, Elsa, une belle rousse charmante qui manque cruellement d’intelligence.

 

Elle n’avait connu jusque-là que la liberté, le plaisir et l’insouciance, quand survient Anne Larsen, jeune femme mûre et grave, dont Raymond, son père, s’éprend aussitôt. La jeune fille se sent menacée. Mue par une jalousie féroce ainsi par la crainte de perdre sa liberté, elle fait tout pour séparer Anne de son père et compromettre leur mariage.

 

Cécile est choquée d’apprendre que son père change de maîtresse tous les six mois ! Elle l’accepte bientôt, en raison du charme et de l’affection sincère de son père pour elle, mais aussi en raison de son manque d’initiative et de son désir d’une vie facile, et d’éviter les problèmes.
Peu après avoir pris conscience de la situation, elle dit :
« mais bientôt sa séduction, cette vie nouvelle et facile, mes dispositions m’y amenèrent. » (page 14}

 

Raymond a loué une villa au bord de la Méditerranée et propose qu’ils y passent l’été tous les trois, sous réserve que Cécile accepte la présence d’Elsa, ce qu’elle fait volontiers. La villa, blanche et belle, donne sur la mer où ils passent tous les jours. Cécile se trouve presque droguée par la combinaison de l’eau, du soleil brûlant et de la chaleur intense, une combinaison qui tend à émousser ses sens et à l’entraîner dans une oisiveté indifférente dont elle aura de plus en plus de mal à sortir.
Regarder le sable s’écouler lentement entre ses doigts, elle dit :

« Je me disais qu’il s’enfuyait comme le temps ; que c’était une idée facile et qu’il était agréable d’avoir des idées faciles. C’était l’été. » (pages 15 — 16)

 

C’est à ce moment-là que Cécile rencontre Cyril, un jeune étudiant.
Elle est immédiatement attirée par lui, non seulement par ses attributs physiques, mais aussi par quelque chose de très responsable et protecteur qu’elle voit sur son visage, une force de caractère dont elle est totalement dépourvue. La perspective de naviguer avec lui et de passer de longues heures en la compagnie amusante de son père et d’Elsa lui fait plaisir. Contente, et absorbée par son propre bonheur, Cécile est surprise par l’annonce soudaine de son père de l’arrivée d’un visiteur. Son inquiétude, cependant, se transforme en stupéfaction lorsqu’elle apprend que le visiteur est Anne Larsen, une belle divorcée de 42 ans, intelligente, distante et indifférente. Elle était une amie de la mère de Cécile.

Anne est l’antithèse des vacances, elle stimule les autres à la réflexion et à l’action, elle donne un sens aux choses ; sa seule présence est une force perturbatrice qui exclut l’ennui et la paresse.
Pour Cécile, qui avait souhaité que l’été se passe dans une explosion de soleil, d’eau salée et de nuits fraîches, l’arrivée d’Anne ne peut que signifier la fin de ses plaisirs oisifs.
Elle parle des jours qui restent avant l’arrivée d’Anne comme étant les derniers vrais jours de vacances.
Cécile n’hésite pas à faire remarquer à son père la situation embarrassante qui résultera probablement d’une rencontre entre Anne et Elsa.
Mais, comme c’est inévitable, ils finissent par rire des démêlés amoureux de Raymond.

Le jour de l’arrivée d’Anne, Cécile refuse d’accompagner son père et Elsa à la gare pour l’accueillir ; elle préfère rester seule sur la plage. Elle est bientôt rejointe par Cyril qui, bien que choqué par sa famille à trois, s’est pris d’affection pour Cécile. Là, au soleil, ils échangent leurs premiers baisers doux et passionnés. Ils sont soudain interrompus par un coup de klaxon : c’est Anne.


Sans s’en rendre compte et sans en avoir l’intention, Anne assume un rôle qui lui sera imposé tout au long de l’histoire : celui de l’intruse.
Elle n’est plus seulement une invitée dérangeante, elle est une envahisseuse de la vie privée, une intruse qui oblige les gens à s’approcher d’elle, qui les invite à l’introspection et au sentiment de culpabilité à l’égard de leurs habitudes de vie.
Ses premières paroles, qui ont dû provoquer une vague d’inquiétude chez Cécile, montrent sa perception immédiate de leur vie oisive en vacances et semblent indiquer qu’elle trouvera sûrement un remède, un moyen de revigorer ces gens endormis :
« C’est la maison de la Belle-au-Bois — dormant » page 26

Sagan laisse tomber le fil de son histoire, pour un moment, pour se livrer à l’évocation d’expériences passées et souligner l’importance de la mer et de son rythme dans son présent. L’importance de la mer et de son rythme dans sa vie actuelle. Elle admet son grand amour du plaisir, seul élément cohérent de sa personnalité, attitude généralement cynique à l’égard de l’amour, un cynisme inspiré par la franchise totale de son père à propos de l’amour, de ses aventures amoureuses et de leur brève durée.
En conséquence, son idéal est plutôt déformé :
« Je me répétais volontiers des formules lapidaires, celle d’Oscar Wilde, entre autres : “Le péché est la seule note de couleur vive qui subsiste dans le monde moderne. Je croyais que ma vie pourrait se calquer sur cette phrase, s’en inspirer. Idéalement, j’envisageais une vie de bassesses et de turpitudes.” (page, 34)

 

Un jour, Anne surprend Cécile et son amoureux dans les bois, en train de s’embrasser.
Elle ordonne à Cyril de s’éloigner, interdit à Cécile de le revoir, et impose un plan d’étude pour les jours de vacances restants, afin que Cécile puisse réussir ses examens.
Sûre que son père va la défendra contre une telle routine, Cécile se précipite chez elle, pour s’apercevoir que son père est déjà tombé sous la domination d’Anne.
Elle subit et continue de se languir de Cyril.

 

 

Oui, c’est bien ce que je reprochais à Anne ; elle m’empêchait de m’aimer moi-même. Moi, si naturellement
faite pour le bonheur, l’amabilité, l’insouciance, j’entrais par elle dans un monde de reproches, de mauvaise conscience, d’introspection. Je me perdais : moi — même. J’allai être influencée, remaniée, orientée par Anne.
Je n’en souffrirais même pas : elle agirait par l’intelligence, 1’ironie, la douceur, je n’étais pas capable de lui résister ; dans six mois, je n’en aurais même plus envie. Il fallait absolument se secouer, retrouver mon père et notre vie d’antan. La liberté, je ne peux dire être moi même puis que je n’étais rien qu’une pâte modulable, mais celle de refuser les moules.” (pages 77 -78)

« — À quoi attachez-vous de l’importance ? À votre tranquillité, à votre indépendance ?
— À rien, dis-je. Je ne pense guère, vous savez. » (page -1 58)

Pensant comme une adolescente, elle décide qu’Anne doit être éliminée. Elle imagine un complot dans lequel Cyril et Elsa prétendent être amants pour faire croire à son père, par jalousie, qu’ils ont une liaison. Le complot est couronné de succès, mais alors qu’Anne tente de quitter Cécile et son père par dégoût, elle est tuée dans un accident de voiture : un suicide apparent.

Le livre se termine par la mort d’Anne, suicide ou accident.
Cécile et son père retournent à leur vie de jouissance, libérés de l’influence d’Anne, mais désemparés.

 

Seuls à Paris après l’enterrement d’Anne, Raymond et Cécile parviennent enfin à parler d’Anne de façon normale, et puis, lentement, leur vie reprend son cours, reprenant les fils qu’ils n’avaient pas encore rompus, les mêmes schémas, les mêmes intérêts.

« Seulement quand je suis dans mon lit, a l’aube, avec le seul bruit des voitures dans Paris, ma mémoire parfois me trahit : l’été revient et tous ses souvenirs. Anne, Anne ! Je répète ce nom très bas et très longtemps dans le noir. Quelque chose monte alors en moi que j’accueille par son nom, les yeux fermés : Bonjour Tristesse. “
(page 188)

 

 

 

La technique de Sagan

Son récit est clairement subjectif, intimiste mêlant les descriptions et ses propres ressentis et réflexions. Lassitude, désenchantement, tristesse, voilà le ton du roman. Les personnages portent le poids de la responsabilité née de leurs actes libres. Chaque acte, posé librement, a des conséquences avec lesquelles il faut vivre. Ce thème est central chez Jean-Paul Sartre détaillé dans L’Être et le Néant, publié en 1943.

Cécile découvre la tristesse, un sentiment fait de regret et de remords et de saveur du néant et de la désillusion qui envahit cette jeune fille prématurément cynique et lucide.

Bonjour Tristesse décrit une certaine jeunesse française occupée par les loisirs sans rien construire, une mentalité présente parmi la jeunesse aisée de ces années-là, après la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte de prospérité économique.

Françoise Sagan touche un thème récurrent lié à la jeunesse : la difficulté à trouver une place utile, une orientation pour sa vie dans un monde plein de futilité, et surtout sans guide. Le père Raymond laisse Cécile complètement libre. Cette liberté devient menaçante, déroutante.

Je me débattais des heures entières dans ma chambre pour savoir si la crainte, l’hostilité que m’inspirait Anne à présent se justifiaient, ou si je n’étais qu’une petite fille égoïste et gâtée en veine de fausse indépendance.”

Le roman décrit les tumultes de l’adolescence, du passage à l’âge adulte à travers une meilleure connaissance de soi.

Ce premier roman, écrit à dix-huit ans, allait apporter à Françoise Sagan (née en 1936) un immense succès. Suivront, parmi les titres les plus connus. Un certain sourire (1956), dans un mois, dans un an (1957), aimez-vous Brahms(1959) et la Femme fardée (1981).

 

Son style désabusé et désinvolte, rappelle celui de certains “Hussards” (mouvement littéraire français des années 1950 et 1960, s’oppose à l’existentialisme sartrien par l’amour du style et l’impertinence représentée par Nimier, Blondin et Déon.

Sagan décrit ou évoque une société brillante et oisive, minée par le sentiment de sa propre décadence. Le mal du siècle est celui d’une génération aux sentiments minée par l’argent et l’alcool, sans authenticité, et sans projet.

L’évocation d’un univers mélancolique, ce “blues” tranquille, peut rappeler Scott Fitzgerald.

L’une des caractéristiques du style de Sagan est la façon dont elle dépeint les sentiments amoureux confus de Cécile, adolescente. Elle rencontre Cyril sur la plage, et il devient plus tard son premier amant.

 

 

 

 

Sagan dans la littérature française

Elle est décrite par les critiques comme « un puissant témoin de son temps », devient l’objet des commentaires parfois élogieux signés par de grands critiques : « dons exceptionnels », « dons remarquables », « dons d’écrivain évidents », « beaucoup de talent, et une personnalité certaine », « surprenante dextérité. »
Michel Guggenheim, François Sagan devant la Critique, Revue française (octobre 1958), p.3

 

Plus tard, elle témoigne d’une lucidité et d’une humilité remarquables quand elle disait qu’elle allait laisser une trace dans la librairie à défaut d’en laisser une dans la littérature.

Bonjour tristesse a remporté le Prix des Critiques. Le roman s’est vendu à un million d’exemplaires en France dès la première année. À partir des années 60, il avait été traduit en 23 langues, et les ventes ont atteint quatre millions d’exemplaires. Il a également été cité comme étant l’un des trois romans les plus vendus en 1955 (Prescott New York Times Book Review 5 juin 1955).

À l’exception de Rimbaud, on ne peut pas trouver beaucoup de jeunes écrivains, en particulier de jeunes femmes écrivains en France. Ceci est particulièrement vrai avant la Seconde Guerre mondiale. Sagan suit les traces de Raymond Radiguet, qui a publié le diable au corps en 1923, à l’âge de 20 ans.
L’héroïne de Sagan, Cécile, comme le note Pierre de Boisdeffre, « est la sœur cadette du héros de Radiguet »

Pierre de Boisdeffre : Histoire de la littérature de langue française 202

Sagan figure parmi les femmes écrivaines les plus importantes. Depuis 1954, elle a publié 14 romans, sept pièces de théâtre, deux recueils de nouvelles, quatre ouvrages autobiographiques et une biographie. En outre, elle a réalisé des critiques de films, des textes courts et divers articles sur des sujets allant de la mode aux voyages. Aucune de ces œuvres n’a atteint l’immense popularité ni gagné pour elle la célébrité qu’elle a atteinte avec Bonjour tristesse.
En 1985, Sagan a reçu le Grand Prix littéraire de Monaco pour l’ensemble de son œuvre.
Outre Bonjour tristesse, nombre de ses autres romans ont également été des best-sellers.

L’un des problèmes que pose la classification des romans de Sagan est qu’elle n’appartient à aucune école ou mouvement contemporain. Elle semble être une écrivaine indépendante. Elle n’est ni une réformiste ni féministe. Alfred Cismaru estime que « l’œuvre de Sagan ne révèle pas de grandes lignes esthétiques, philosophiques ou même psychologiques »
Alfred Cismaru : Françoise Sagan’s Theory of Complicity” Dalhousie Review 468-69).

 
Il situe ses romans quelque part entre la littérature et le mythe, et croit que son intention est de décrire uniquement ce qu’elle voit dans le monde.

La période d’après-guerre, de 1945 à 1955, a été dominée sur le plan littéraire par l’existentialisme sous l’influence de Jean-Paul Sartre et d’Albert Camus. Après la guerre, un sentiment d’incertitude et l’idée d’absurdité ont commencé à prendre la place des valeurs traditionnelles. Le succès de l’existentialisme de Sartre semble exprimer l’angoisse des temps modernes.


La génération de cette période a commencé à mettre l’accent sur l’homme au lieu de croire en l’existence de Dieu.
Miller souligne que les romans de Sagan étaient considérés, comme beaucoup d’autres à cette époque, comme le développement logique de l’existentialisme. Ils semblaient exprimer le vide de la vie pour toute une génération.
Miller, Judith Graves. Françoise Sagan. Twayne World Author Series 797 Boston : Hall, 1988.

 

Bien que de nombreux critiques considèrent que certains éléments de sa fiction sont existentialistes, comme le vide de la vie et l’absence de Dieu, l’accent de ses romans est davantage mis sur l’amour et le bonheur. Si elle est une grande admiratrice de Sartre, elle est également une grande adepte de Proust, dans le traitement des thèmes amoureux.

 

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Françoise Sagan : Aimez-vous Brahms, analyses

 

 

 

 

Paule a 39 ans. Décoratrice et divorcée, la quarantaine « un peu usée ». Age critique pour une femme.


L’incipit du roman est une réussite : « Paule contemplait son visage dans la glace et en détaillait les défaites accumulées en trente-neuf ans, une par une, non point avec l’affolement, l’acrimonie coutumiers en ce cas, mais avec une tranquillité à peine attentive. Comme si la peau tiède, que ses deux doigts tendaient parfois pour souligner une ride, pour faire ressortir une ombre, eût été à quelqu’un d’autre, à une autre Paule passionnément préoccupée de sa beauté et passant difficilement du rang de jeune femme au rang de femme jeune : une femme qu’elle reconnaissait à peine. »

Elle vit une relation avec Roger, un homme de son âge qui lui rend de distraites visites qu’elle attend, fidèle et dolente. Il « ne pouvait même pas admettre l’idée qu’elle pût être seule et malheureuse par lui », et a des aventures sur lesquelles elle ferme les yeux. La fougue s’est éteinte pour se transformer en simple affection. Dès le début de l’histoire, la nature de cette relation est loin d’être idéale, du point de vue de Paule. Roger se donne la liberté d’avoir des relations avec d’autres jeunes femmes. Sans surprise, cela laisse Paule se sentir plutôt seule et négligée.

 

« Dans la boîte de nuit, ils s’assirent à une petite table loin de la piste et regardèrent défiler les visages sans un mot. Elle avait sa main sur la sienne, elle se sentait parfaitement en sécurité, parfaitement habituée à lui. Jamais elle ne pourrait faire l’effort de connaître quelqu’un d’autre et elle puisait en cette certitude un bonheur triste.
Plus tard, ils revinrent en voiture, il descendit et la prit dans ses bras devant le porche.
“Je te laisse dormir. À demain, mon chéri.

Il l’embrassa légèrement et partit. Elle agita la main. Il la laissait dormir de plus en plus souvent. Elle était seule, cette nuit encore, et sa vie à venir lui apparut comme une longue suite de nuits solitaires. Dans son lit, elle étendit le bras instinctivement comme s’il y avait un flanc tiède à toucher, elle respirait doucement comme pour protéger le sommeil de quelqu’un. Un homme ou un enfant. N’importe qui, qui ait besoin d’elle, de sa chaleur pour dormir et s’éveiller. Mais personne n’avait vraiment besoin d’elle. »
Page 15


Survient alors Simon, un beau jeune homme d’à peine 25 ans. Fils d’une riche cliente, Simon Van den Besh, quinze ans son cadet. Il est d’une grande beauté.

« Encore qu’il ne tirait de son physique aucune assurance, seulement un soulagement : “Je n’aurais jamais eu la force d’être laid.” »

« Il ne semblait absolument pas conscient de son physique : c’était inespéré. »
Il est nonchalant et enfantin, s’éprend d’elle, la courtise. Elle résiste par fidélité à Roger, et en raison de la différence d’âge.

 

Au début, Paule hésite à s’impliquer avec Simon même si elle éprouve une étincelle palpable d’attraction. Simon, quant à lui, est déterminé à gagner le cœur de Paule, la poursuivant avec une vigueur et une persévérance considérables pendant les jours qui suivent leur rencontre initiale. Naturellement, il ne faut pas longtemps avant que Paule succombe aux charmes de Simon — après tout, il est très vif et attentif, même s’il est un peu immature.

 

« Il descendit la dernière marche et avança vers elle. “Il va se précipiter sur moi”, pensa Paule avec ennui. Il passa un bras du côté gauche de sa tête, ralluma, puis mit son bras droit de l’autre côté. Elle ne pouvait plus bouger.
“Laissez-moi passer”, dit-elle très calme.
Il ne répondit pas, mais se courba et mit sa tête sur son épaule, avec précaution. Elle entendit son cœur battre à grands coups et soudain se sentit troublée.
“Laissez-moi, Simon… Vous m’ennuyez.”
Mais il ne bougeait pas. Simplement, il murmura son nom deux fois à voix basse. “Paule, Paule”, et derrière sa nuque, elle voyait la cage d’escalier si triste, si lourde de morgue et de silence.
“Mon petit Simon, dit-elle aussi à voix basse, laissez-moi passer.”
Il s’écarta et elle lui sourit un instant avant de s’en aller.”
Page 57
 

 

Simon tente de la convaincre d’accepter son amour. Mais il y a toujours l’autre, Roger. Paule réfléchit au passage du temps et à sa quête du bonheur, elle est confrontée à un choix. Doit-elle rester avec Roger et l’existence familière et insatisfaisante, ou tenter sa chance avec Simon et la fraîcheur de la jeunesse qu’il offre ?


Je l’aime”, dit-elle, et elle se sentit rougir. Elle avait l’impression d’avoir eu une voix de théâtre.
“Et lui ?
– Lui aussi.
– Bien entendu. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.
– Ne jouez pas les sceptiques, dit-elle doucement. Ce n’est pas de votre âge. Vous devriez être au moment de la crédulité, vous…”
[…..]
“Vous aimez Roger, mais vous êtes seule, dit Simon. Vous êtes seule, le dimanche ; vous dînez seule et probablement vous… vous dormez seule souvent. Moi je dormirais contre vous, je vous tiendrais dans mes bras toute la nuit, et je vous embrasserais pendant votre sommeil. Moi, je peux encore aimer. Lui, plus. Vous le savez.”
Page 68

 


Elle insiste, mais il ne reste pas. Roger doit passer dix jours aux États-Unis pour affaires, ne peut répondre aux demandes de Paule de rester avec elle ou d’accepter de l’accompagner. Il part. Elle s’approche de Simon pendant l’absence de Roger :

“Pour la première fois, il lui apparut semblable à elle, à eux (Roger et elle), non point vulnérable […] libéré, dépouillé de tout ce que sa jeunesse, sa beauté, son inexpérience lui prêtaient d’insupportable à ses yeux. Il laissait sa main immobile dans la sienne, elle sentait le pouls contre ses doigts et, soudainement, les larmes aux yeux, ne sachant pas si elle les versait sur ce jeune homme trop tendre ou sur sa propre vie un peu triste, elle attira cette main vers ses lèvres et l’embrassa.”
Page 91


Elle tombe amoureuse de Simon, présent pour rompre sa solitude, pour l’accompagner. Elle oublie Roger, ou fait semblant de l’oublier. Simon compte le plus :

“Simon couvrait son visage de baisers ; elle respirait, étourdie, cette odeur de jeune homme, son essoufflement et la fraîcheur nocturne.
Il était tout près d’elle, beaucoup trop près, pensa-t-elle. Il était trop tard pour parler, et il n’avait pas à la suivre. Roger aurait pu le voir, tout cela était fou… Elle embrassa Simon.
Le vent d’hiver se levait dans les rues, il passa sur la voiture ouverte, rejeta leurs cheveux entre eux, Simon couvrait son visage de baisers ; elle respirait, étourdie, cette odeur de jeune homme, son essoufflement, et la fraîcheur nocturne. Elle le quitta sans un mot.
À l’aube, elle se réveilla à demi et comme en un rêve, elle revit la masse noire des cheveux de Simon, mêlés aux siens par le vent violent de la nuit, toujours entre leurs visages comme une barrière soyeuse et elle crut sentir encore la bouche si chaude qui la traversait. Elle se rendormit en souriant.”

Page 105


“Deux jours plus tard, ils dînèrent ensemble. Paule n’eut besoin que de quelques phrases pour que Simon comprît ce qu’avaient été pour elle ces dix jours : l’indifférence de Roger, ses sarcasmes sur Simon, la solitude. […] Roger, je suis malheureuse par ta faute ; Roger, ça doit changer.”
Page 114

 


“Je ne suis pas inconséquent, tu sais. J’ai vingt-cinq ans, je n’avais jamais vécu avant toi et sûrement je ne vivrai plus après. Tu es la femme et surtout l’être humain qu’il me faut. Je le sais. Si tu le voulais, je t’épouserais demain.
– J’ai trente-neuf ans, dit-elle.
– La vie n’est pas un journal féminin, ni une suite de vieilles expériences. Tu as quatorze ans de plus que moi et je t’aime et je t’aimerai très longtemps. C’est tout. Aussi, je ne supporte pas que tu t’abaisses au niveau de ces vieilles taupes, par exemple, ni de l’opinion publique. Le problème, pour toi, pour nous, c’est Roger. Il n’y en a pas d’autres.
Il se glissa près d’elle, l’embrassa et la prit. Elle ne protesta pas de sa fatigue et il lui arracha un plaisir violent qu’il ne lui avait jusque-là pas fait connaître. Il caressa ensuite son front mouillé de sueur, l’installa au creux de son épaule, à l’opposé de son habitude, rabattit les couvertures sur elle, soigneusement.
‘Dors, dit-il, je m’occupe de tout.”
Page 154

Roger trompe sa solitude avec d’autres femmes, des conquêtes faciles, et des relations sans lendemain. Sagan montre l’ambivalence masculine :


Elle était sotte, bavarde et comédienne. À force de ridiculiser l’amour, elle le rendait curieusement cru ; et sa façon de réduire à néant chez lui, toute envie de tendresse, de camaraderie ou de vague intérêt, la rendait plus excitante.
Page 120


Roger se rend compte de ce qu’il a perdu en Paule et décide de la reconquérir, tandis qu’elle, poussée par la peur que son âge lui inflige, se demande qui de Simon ou de Roger lui procurera le bien-être dont elle a besoin, un bien-être situé entre le confort moral et l’amour. Elle revoit Roger. Elle l’aime toujours. Il promet de changer, de faire attention à ses besoins, de ne plus la laisser seule.

 

j’étais si malheureux, dit-il.
– Moi aussi’, s’entendit-elle répondre et, s’appuyant un peu contre lui, elle se mit enfin à pleurer, suppliant en elle-même Simon de lui pardonner ces deux derniers mots.
Il avait posé la tête sur ses cheveux, il disait : ‘Là, ne pleure pas’, d’une voix bête.
‘J’ai essayé… dit-elle enfin d’un ton d’excuse, j’ai essayé… vraiment…’
[..]
‘Dis quelque chose, murmura-t-elle.
– J’étais si seul, dit-il, j’ai réfléchi. Assieds-toi là, prends mon mouchoir. Je vais t’expliquer.
Page 173

 

 

 

À présent, Paule doit rompre avec Simon.

Elle ne pouvait s’empêcher de l’envier pour ce chagrin si violent, un beau chagrin, une belle douleur comme elle n’en aurait jamais plus. Il se dégagea brusquement et sortit, en abandonnant ses bagages. Elle le suivit, se pencha sur la rampe, cria son nom :
‘Simon, Simon, et elle ajouta sans savoir pourquoi : Simon, maintenant je suis vieille, vieille…’
Mais il ne l’entendait pas. Il courait dans l’escalier, les yeux pleins de larmes ; il courait comme un bienheureux, il avait vingt-cinq ans. Elle referma la porte doucement, s’y adossa.

Page 174


Après la rupture avec Simon, et le retour de Roger dans sa vie, elle est heureuse. Elle attend le retour de Roger quand le téléphone sonne :

À huit heures, le téléphone sonna. Avant même de décrocher, elle savait ce qu’elle allait entendre :
Je m’excuse, disait Roger, j’ai un dîner d’affaires, je viendrai plus tard, est-ce que…
Page 175

 

 

 

Aimez-vous Brahms : analyse rapide

 

  Le titre du roman vient d’une note que Simon laisse à Paule l’invitant à un concert de musique classique. La ligne ‘Aimez-vous Brahms ?’ incite Paule à remettre en question ses préférences dans la vie, ses valeurs et sa propre estime de soi. Et si quelque chose la rendrait heureuse et est-ce vraiment à portée de main ?

On peut lire ce livre comme une affligeante banalité, l’histoire d’une femme de 40 ans entre deux hommes, des personnages narcissiques, nantis qui trompent la vacuité de leur existence dans le scotch, le champagne et le sexe. Cette analyse va dans le sens des critiques adressées aux romans de Sagan en général : parisianisme, problèmes de gens aisés, absence de social, absence d’évolution des personnages, et traitement psychologique superficiel.


Il existe d’autres niveaux de lecture, quand on constate que Sagan continue à traiter ses thèmes préférés : la fuite de la jeunesse, et le choc des générations, la solitude dans sa fatalité, paradoxes de l’amour, difficulté d’aimer, l’amour contre la solitude, la fragilité du couple, l’inconstance et la cruauté amoureuses.


Sagan continue à porter le flambeau de la jeune génération dans ces années 50-60. Roman après roman, elle parle des jeunes et des vieux, de l’âge, et son retentissement sur la société. Il suffit de lire Bonjour tristesse ou ce roman pour comprendre qu’il y avait beaucoup de jeunes dans la France à l’époque.

Françoise Sagan montre le vide de ces vies centrées sur elles-mêmes, et livre une vue acerbe sur le milieu mondain parisien, ses futilités et ses excès.

 

Elle traite un sujet important : la liberté et l’autonomie féminine. Comment trouver l’équilibre entre la liberté et le couple ? Faut-il sacrifier son autonomie pour ne pas vivre seule ? Une femme est-elle condamnée à la solitude si elle refuse de tout sacrifier pour son homme ?

 


Paule est indépendante et malheureuse, autonome, mais seule, n’a pas besoin de la protection d’un homme, mais de l’amour d’un homme.

En 1960, il fut porté à l’écran par Anatole Litvak, avec Ingrid Bergman, Yves Montand, Anthony Perkins. À ce jour, c’est, parmi toutes les adaptations cinématographiques de ses romans, le plus gros succès.

 

 

Le film avait choisi la célèbre 3ème symphonie de Brahms et son mélancolique troisième mouvement, pour la soirée concert de Paule et Simon.

 

 

 

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Kazuo Ishiguro : prix Nobel de littérature et de nombreux films

kazuo Ishiguro

 

 

Le prix Nobel de littérature 2017 honore un écrivain européen, connu à travers des dizaines de romans, et quatre films, et des scénarios pour la télé britannique. Les deux films qui ont rencontré un succès populaire étaient : ” les vestiges du jour ” film de James Ivory 1993, et ” après moi ” à partir de son roman Never Let Me Go 2010.

Ce romancier britannique et japonais est connu pour ses histoires lyriques nuancées de nostalgie et accompagnées d’un optimisme subtil. Kazuo Ishiguro est né au Japon. Il suit son père en Angleterre et y réside à partir de 1960. Ses parents, pensant y rester temporairement, préparent l’enfant à poursuivre sa vie au Japon.
Il a fréquenté les universités de Kent en 1978 puis East Anglia en 1980. Après l’obtention de son diplôme, il a travaillé dans un organisme à but non lucratif et a commencé à écrire. Il a eu de bonnes critiques dès la publication de son anthologie : Histoires des nouveaux écrivains en 1981.
Le premier roman d’Ishiguro, A Pale View of Hills (1982) (Lumière pâle sur les collines, 1984) détaille les souvenirs de l’après-guerre d’une femme japonaise essayant de faire face au suicide de sa fille Keiko.
Un artiste du monde flottant (1986) est situé dans un Japon de plus en plus occidentalisé après la Seconde Guerre mondiale, un artiste relate sa vie et passe en revue sa carrière passée en tant qu’artiste politique au service de la propagande impérialiste.


En 1989, il publie son roman le plus connu, les vestiges du jour (The Remains of the Day) devenu film en 1993 sous la direction de James Ivory. C’est un récit à la première personne, les réminiscences de Stevens, majordome anglais dont le formalisme et le sérieux l’ont empêché de toute compréhension de l’intimité avec les autres.
 Avec la publication de The Remains of the Day, Ishiguro est devenu l’un des romanciers européens les plus connus, il a 35 ans.
Dans son roman suivant, The Unconsoled (1995) (L’Inconsolé ) on observe  un changement stylistique radical ;  il se concentre sur  le manque de communication et l’absence d’émotion chez un artiste pianiste arrivant dans une ville européenne.

Quand nous étions des orphelins (2000), un roman du genre polar ou fiction criminelle dans le contexte de la guerre sino-japonaise des années 30, détaille la recherche par un britannique, de ses parents disparus pendant son jeune âge.
En 2005, Ishiguro publie Never Let Me Go  – traduit sous le titre : Auprès de moi toujours  devenu film en 2010 sous la direction de Mark Romanek. C’est un roman d’anticipation sur le destin de trois clones humains, et alerte sur les problèmes éthiques soulevés par le génie génétique.
 Ishiguro a écrit des scénarios pour la télévision britannique ainsi que pour les longs métrages The Saddest Music in the World (2003) et The White Countess (2005).


Il est nommé officier de l’Ordre de l’Empire britannique en 1995, pour services rendus à la littérature.
En 1998, la France le fait chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres.

Il vit à Londres avec son épouse et leur fille.

Il reçoit en 1989 pour Les Vestiges du jour le Booker Prize, une récompense britannique prestigieuse.
En 2017, il obtient le prix Nobel de littérature.

 

Analyse rapide de l’écriture d’Ishiguro

 Les romans d’Ishiguro sont centrés sur le traitement des souvenirs, digression et déformation, oubli et  omission, et comment les souvenirs peuvent hanter l’existence.
Les protagonistes de sa fiction cherchent à surmonter une perte : personnelle, un membre de la famille, un amant, ou perte résultant de la guerre, et ceci en analysant le passé par des actes de mémoire.
Ses deux premiers romans, A Pale View of Hills (Lumière pâle sur les collines) (1982) et Un artiste du monde flottant (1986) sont fidèles à cette approche. Chaque roman emmène le lecteur dans un voyage à travers l’esprit et la mémoire des personnages japonais, Etsuko et Ono. Les souvenirs privés de personnages qui partagent des relations complexes avec des événements historiques plus larges qui secouent le monde. Une lumière pâle sur les collines et un artiste du monde flottant sont établis à la suite des bombardements de Nagasaki et d’Hiroshima respectivement. Ces événements structurent et cicatrisent les deux récits, habilement composés autour des silences et des suppressions stratégiques.
Ce qui est intriguant, c’est la manière de raconter. Les récits ne sont pas des enquêtes sur les conditions historiques de Nagasaki et Hiroshima, ils sont des portraits psychologiques de la façon dont les personnages font face à ces événements traumatisants. Nous allons retrouver la même technique dans ses livres plus récents comme Les vestiges du jour (1989) et Quand nous étions orphelins (2000).

 

vestige du jour
 

Les vestiges de jour (The Remains of the Day) : roman, et chef d’oeuvre

 
Un livre très anglais dans le style et les personnages, avec un peu de culture japonaise quand il s ‘agit d’esthétisme et de descriptions ; mots subtils, style raffiné, sentiments nobles, retenue, dignité, et absence totale de vulgarité.
Le plus grand succès des romans d’Ishiguro à ce jour nous offre le récit de Stevens, un majordome. Le monde privilégié et isolé de Darlington Hall révèle une société apparemment détachée des affaires nationales et internationales. Pourtant, il devient progressivement clair que Lord Darlington est lui-même un sympathisant nazi pendant la guerre, fait contre lequel que Stevens lutte pendant tout le récit pour se concilier avec le point de vue que son employeur est malgré tout un grand homme. En 1956, Darlington Hall a un nouveau maître, un homme d’affaires américain, qui encourage Stevens à prendre un peu de temps libre. Comme il voyage pour rendre visite à l’ancienne gouvernante du domaine, Mlle Kenton, les souvenirs de Stevens reviennent et se déroulent sous la forme d’un journal de voyage. Les flashbacks de Stevens nous aident à donner un sens à son passé et à exposer simultanément ce passé comme provisoire, partiel et peu fiable. Stevens est un personnage illusoire, et en tant que tel les lecteurs sympathisent, mais ne peuvent pas tout à fait placer leur foi en lui.

 


Majordome méticuleux, Mr Stevens parcourt la campagne anglaise en nous livrant ses souvenirs et ses réflexions sur la dignité de sa fonction, sur sa façon d’être digne, distant, et formel. Pour Mr Stevens, être majordome est plus qu’une simple profession. C’est une vocation, c’est le sens de sa vie, c’est ce qui gouverne ses actes, ses pensées.
Son père étant mourant, il continue à servir, à faire son métier :
” Miss Kenton, je vous en prie, ne me croyez pas grossier de ne pas monter voir mon père dans son “état de décès” à ce moment précis. Vous comprenez, je sais que mon père aurait souhaité que je continue mon travail maintenant. “

  
Il a servi un Lord anglais pendant plus de 35 ans et aujourd’hui, la propriété a été rachetée par un américain.
Dans une écriture subtile, Ishiguro dresse le portait d’une classe sociale en déclin, le bilan d’une vie ratée par manque de communication et par peur de l’intimité. Voilà un homme qui refuse de reconnaître et d’accepter l’amour de Miss Kenton, la gouvernante à qui il va rendre visite dans un ultime espoir inavoué. Malgré sa résistance aux changements, les choses changent. Darlington Hall, le château où il a servi, appartient maintenant à un millionnaire américain. Les positions de Lord Darlington durant l’entre-deux-guerres sont critiquées et critiquables.


Les vestiges du jour est une histoire d’amour entre deux êtres faits l’un pour l’autre, proches et complices qui n’arrivent pas à communiquer et qui perdent des occasions de trouver le bonheur.
Ishiguro ne tire pas de conclusion catégorique et laisse, un espoir de bonheur à son personnage, enfin capable de pleurer et d’apprécier la lumière d’une journée déclinante.
” – Je ne veux pas me montrer grossier, Miss Kenton, mais vraiment, je dois remonter sans attendre. C’est que les événements d’une importance mondiale ont lieu dans cette maison en ce moment même.
– Comme d’habitude, n’est-ce pas, Mr. Stevens ? Très bien ; si vous devez partir en courant, je vous dirai simplement que j’ai accepté l’offre de ma connaissance.
– Je vous demande pardon, Miss Kenton ?
– Sa demande en mariage.
– Ah oui, Miss Kenton ? Dans ce cas, permettez-moi de vous présenter mes félicitations.

– Mr. Stevens.
Je me retournais à nouveau. Elle n’avait pas bougé…
… Ce fut donc quelques minutes à peine après ma brève rencontre avec Miss Kenton que je me retrouvai de nouveau dans le couloir… En arrivant près de la porte de Miss Kenton, je vis à la lumière qui filtrait tout autour qu’elle était toujours là. Et c’est ce moment-là, j’en suis maintenant sûr, qui est resté gravé de façon si durable dans ma mémoire, ce moment où je me suis arrêté dans la pénombre du couloir, le plateau dans les mains, une conviction de plus en plus forte se faisant jour en moi : à quelques mètres de là, de l’autre côté de la porte, Miss Kenton pleurait.”

 

never let me go
 

Never Let Me Go (Auprès de moi toujours)
 

Never Let Me Go (2005) tire son nom d’une chanson pop qui faisait danser le personnage Kathy H. pendant des jours dans le mystérieux pensionnat de Hailsham. La jeune et innocente Kathy imagine les paroles comme une mère qui appelle à son enfant, et elle se trouve souvent se balançant vers les mots tout en embrassant un oreiller. Ce qui détache les mots et les actions du cliché, c’est la femme qui regarde Kathy, la mystérieuse figure de Madame. Beaucoup plus tard dans le roman, nous découvrons qu’il s’agit d’une école expérimentale pour les clones élevés pour fournir des organes pour la transplantation humaine.

 
Kath, Ruth, Tommy et d’autres ont grandi à Hailsham, une école dans la campagne anglaise et isolée du monde extérieur.
Ils ont été élevés avec la certitude d’être des gens à part, de servir la société dans laquelle ils entreraient un jour prochain, certaines choses n’étaient que partiellement divulguées ou demeuraient mystérieuses.
Des années plus tard, Kath cède à l’appel du souvenir, réassemblant les pièces manquantes du puzzle de leur vie…

 

Il ne se passe pas grand-chose. C’est un roman sans action, Ishiguro crée à travers ses dialogues et sa narration un suspense qui captive le le lecteur avec force incroyable.
On pénètre dans une histoire grave et mélancolique, peu d’espoir serait accordé à ces “clônes” créés pour être sacrifié, ils doivent mourir en donnant leurs organes. Le roman est grave, captivant et chargé de tristesse.   

Dans la lignée du Meilleur des mondes d’Huxley, ce récit s’interroge sur le conditionnement humain dans les sociétés modernes. La narratrice Kathy H, fait partie de ces enfants élevés presque normalement, qui ignoraient leur destin. Depuis onze ans, c’est une accompagnante. Kathy poursuit sa tâche et accepte son sort. Cette douce résignation diffuse dans le roman une ambiance angoissante

“Je m’appelle Kathy H. J’ai trente et un ans, et je suis accompagnante depuis maintenant plus de onze ans. Je sais que cela paraît assez long, pourtant ils me demandent de continuer huit mois encore, jusqu’à la fin de l’année. Cela fera. Cela fera alors presque douze ans.  Je sais de source sûre qu’ils ont été satisfaits de mon travail, et dans l’ensemble, je le suis aussi.”


” Je pense toujours à cette rivière quelque part, avec cette eau qui coule vraiment vite. Et tous ces gens dans l’eau, qui essaient de se raccrocher les uns aux autres, qui s’accrochent aussi fort qu’ils peuvent, mais à la fin c’est trop difficile. Le courant est trop puissant. Ils doivent lâcher prise, se laisser emporter chacun de son côté. Je pense que c’est ce qui nous arrive à nous. C’est dommage, parce que nous nous sommes aimés toute notre vie. Mais, à la fin, nous ne pouvons pas rester ensemble pour toujours. “

 
Ce roman a été traduit dans plus d’une douzaine de langues et a été adapté en un film primé mettant en vedette Keira Knightley en 2010.

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Poète syrien entre Sartre et voltaire raconte la Guerre

mustapha khedr poesie

 

 

En lisant des pages sur Facebook, un lien en français attire mon attention vers la page d’un poète syrien, qui commente à sa façon, la guerre qui secoue son pays depuis 2011. Il s’appelle Mustapha Khedr, un poète libre, peu connu en occident, philosophe, porteur d’un discours moderne et démocratique qui offre sur Facebook, certains de ses textes.


Nous avons en Europe une idée figée de cette révolution transformée en guerre civile, entre un régime entêté et aidé par l’extérieur, et une opposition pacifique au début, phagocytée par la radicalité religieuse, puis par les extrémistes aidés à leurs tours par l’extérieur.   

 
Si nos médias n’arrivent pas à résumer cette guerre dans sa complexité, nous pouvons lire à travers cette poésie la souffrance et les questions des personnes pris dans le piège de la guerre, perdues entre un régime imparfait et une opposition imparfaite. Peut-on parler d’une voix de la majorité silencieuse ?   

Un jour, Sartre a dit : Ne pas choisir, c’est encore choisir.
Chez Khder, le choix est fait, c’est un choix sartrien de ne pas choisir. Par contre, il s’éloigne de Sartre quand il s’agit de l’autre.  L’autre dans sa poésie est une obsession, une nécessité. Vivre avec l’autre est la vraie vie. A l’opposé de Sartre, l’autre est indispensable.  
Selon lui la vie est noble, devrait être protégée, rien ne justifie la folie meurtrière des guerres. Dans ce texte, ce poète syrien de l’intérieur résume sa position et la position d’une majorité des syriens : le silence, le non choix. Ne pas s’ingérer dans la folie.    


” Le poète s’est assis dans le silence depuis longtemps
 contemplant la sagesse des textes anciens et modernes.
Est-ce que la langue s’est brisée pour produire un message aussi faux !
La guerre est déclarée entre soi et l’autre, Le mort devient le vivant.
Dans chaque discours, désordre et désordre.
Des chaines par satellite projettent des images mortes.
On nait et on est enterré dans un monde virtuel, Réseaux et identités …
les enfants sont le nerf de la guerre
les ouvriers sont creux comme leurs cages
Agriculteurs sont de paille.
La terre verte, une fosse commune
Des fortunes s’accumulent entre les ruines et les décorations
Combien le silence devient précieux !  
Les gens le voient comme une alternative “
25 septembre 2017

 

mustapha khedr citation

 

Dans cette position, il n’exalte pas la guerre, il recule, il ne choisit pas. Avec cette lucidité qui rappelle celle de nombreux écrivains japonais pendant la guerre, il sait pertinemment que personne ne peut gagner une guerre civile.  Il condamne tout le monde, il voit les protagonistes comme forces de passé, lui qui a toujours discuté dans ses textes la modernité, il écrit :    

 

“Tout est condamné
Horizon de sang et de fumée
Horizon où l’endroit est déplacé
Les paries des gens sectaires
La rotation des forces usées
Tout est condamné
L’Autorité et son représentant …
La Révolution et ses financiers …
Comment choisir entre la liberté et la sécurité…”
20 septembre 2017

 

A la façon d’un observateur attentif, presque désabusé, il sait identifier les perdants, et sait tracer la fin de l’histoire, mais il se pose encore la question : modernité ou saut en arrière ?   

 

“Les rêveurs peuvent savoir
qu’ils sont des perdants !
Les dirigeants doivent être conscients
qu’ils sont des partants
un Horizon après cette défaite ou un monde en train de s’écrouler ?
La modernité a-t-elle formé cet horizon ?
Est-ce un monde où l’authentique est renouvelé ?”

 

En 2011, les gens criaient dans les rues pour changer le régime politique, rêvant d’un printemps qui les enverrait dans une ère de modernité mais Khedr corrige le tir, car la révolution est un jeu exigeant et plus sophistiqué qu’une simple manifestation. 

 

“Héritiers du bien et du mal
voyageurs de la zone de confusion
le régime ne peut tomber
Parce qu’il n’avait jamais existé

La révolution ne se termine pas
Parce qu’elle n’est pas encore née

Tout ce que nous faisons, c’est de la parole”

 

mustapha khedr nostalgie de soi

 

Les textes de Khedr sont un voyage philosophique dans la même lignée que la poésie moderne en occident, poésie sans trop lyrisme, avec peu d’images, et beaucoup d’idée. On est étonné par l’apparition de l’autre dans ces textes. L’autre devient indispensable, l’identité ne peut être contre l’autre. Il utilise un terme plus vaste que l’identité : la nostalgie de soi pour y inclure l’identité, l’héritage, la culture, et le destin commun. Cette nostalgie de soi devient un ensemble d’identités.      


“C’est le rêve du sang
Quel passé a fondé ce présent ?
Comment la nostalgie de soi peut devenir un acte contre l’autre ?”


Selon sa biographie, il est né en 1944, diplômé en philosophie, il a été professeur de philo et de pédagogie dans l’école normale supérieure.
Selon ces textes, on découvre un immense poète, libre penseur, démocrate, amoureux de la liberté et de l’autre qui mérité d’être lu.


Dans ce texte, il se qualifie de vieil homme qui médite :  


“Le vieil homme marginalisé n’est pas nostalgique
Il marche lentement vers la mort, agréé et satisfait
Comme tous les habitants de cette Syrie …
Dieu était content, tout allait bien, il avait tout vu
Il le pensait
il devient fou en voyant les méfaits de ses fidèles
La guerre n’est pas sa guerre
Le peuple n’est pas son peuple
Le parti n’est pas son parti …
Le vieil homme marginalisé gémit
de ce qu’ils ont fait et de ce qu’il a fait. “


En lisant ce poète, ses textes et son positionnement nous rappellent une belle citation de Voltaire, dans ses pensées philosophiques, il dit avec lucidité :


La guerre, au bout de quelques années, rend le vainqueur presque aussi malheureux que le vaincu.

Lien vers sa page facebook (pourquoi ne pas tester les traducteurs automatique de Facebook?)

 

 

 

 

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Atwood, la servante écarlate affronte Trump

servante ecarlate robe rouge

 

 


Les servantes apparaissent partout, dans les manifestations féministes, sur les réseaux sociaux, et sur les sites internet comme symbole de résistance et de révolte à l’oppression. Le roman d’Atwood (la servante écarlate) est à nouveau dans les listes des best-sellers, depuis l’élection du président Trump . En mars, des femmes ont enfilé les robes rouges pour protester contre les projets de loi proposés aux États – Unis qui porteraient atteinte aux droits des femmes selon ses manifestantes.

 

The Handmaids tale serie film


Au fil des années, “The Handmaid’s Tale” a pris plusieurs formes. Ce livre a été traduit en 40 langues. Il a été adapté en film en 1990. Il a été joué sous forme d’opéra, et également de ballet. Il est transformé en un roman graphique. Et en avril 2017, cela devient une série de télévision MGM / Hulu.

 

La servante écarlate :  un roman féministe anti-dictature  

Margaret Atwood, née au Canada à Ottawa en 1939, auteur d’une quarantaine de livres. Traduite dans cinquante langues, on trouve ses livres en français surtout chez Robert Laffont : C’est le cœur qui lâche en dernier (2017), MaddAddam (2014), Le Temps du déluge (2012), La Servante écarlate (2005), Le Dernier Homme (2005), Le Tueur aveugle (2002, Booker Prize) ou Captive (1998).

Dans le journal New York Times du 10 mars 2017, Atwood raconte : ” Au printemps de 1984, j’ai commencé à écrire un roman qui n’était pas initialement appelé “The Handmaid’s Tale”. J’écrivais à la main, principalement sur des blocs-notes puis sur une machine à écrire manuelle à clavier allemand. A l’époque je vivais à Berlin, l’empire soviétique était encore en place. Chaque dimanche, l’armée de l’air de l’Allemagne de l’Est faisait des booms sonores pour nous rappeler à quel point ils étaient proches. Au cours de mes visites dans plusieurs pays derrière le rideau de fer – la Tchécoslovaquie, l’Allemagne de l’Est – j’ai connu la méfiance, le sentiment d’être espionnée, le silence.

 

Atwood

 

Dans son roman, Margaret Atwood  revient sur la fonction naturelle de la femme et pose la question du risque de réduire la femme à ce rôle. Atwood imagine une société américaine en crise économique, écologique, et démographique, gouvernée par un régime autoritaire. Le rôle de la femme dans cette société devient la procréation.


The Handmaid’s Tale (la servante écarlate) décrit un avenir où la pollution atmosphérique et terrestre entraine une augmentation spectaculaire de la stérilité. Un mouvement radical et conservateur chrétien organise un coup d’état accusant les fanatiques islamiques. Cela justifie de déclarer l’état d’urgence, de suspendre la constitution et de censurer les journaux.


Dans ce régime totalitaire, les femmes n’ont plus droit de travailler, d’avoir un compte en banque ou même de lire. Dans un monde où la stérilité s’est abattue, celles qui sont encore fertiles deviennent des servantes pour l’élite, avec pour seule tâche la reproduction.
 

Une caste de femmes fertiles, les Servantes habillées en rouge écarlate, devraient se consacrer à cette tâche. Ces mère porteuses sont attribuées à des couples, et sont à la merci des épouses habillées toujours en bleu et les commandants. Ambiance des romans d’Huxley et d’Orwell : hiérarchie, surveillance constante (l’Oeil), société sous contrainte, tortures, exécution.
 

Atwood dénonce les régimes totalitaires, déportation, rationnement, propagande, arrestations, exécutions publiques, dans une idéologie totalitaire et puritaine.
 

Defred fait partie de ces servantes. C’est à travers elle que nous découvrirons ce monde froid, hostile, la peur comme communication, l’absence de sentiments et la négation de l’intimité de l’individu.
 

” Nous vivions, comme d’habitude, en ignorant. Ignorer n’est pas la même chose que l’ignorance, il faut se donner de la peine pour y arriver. “
Defred décrit sa vie présente et ses souvenirs passés : sa vie de couple avec Luke, leur petite fille, ses études avec sa copine Moira.
 

“Il nous est interdit de nous trouver en tête à tête avec les Commandants. Notre fonction est la reproduction. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n’est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets.”


Elles avancent à pas contrôlés, deux par deux, visage dissimulé par un chapeau (cornette). Elles sont destinées à porter la descendance des élites infertiles. Elles vident dans un monde sans mots, un monde de délation, de menace et des cérémonies expiatoires, avertissement pour que personne ne peut prétendre résister à la torture.

 

La vie devient une attente perpétuelle, celle de la fécondation par le Commandant, celle des informations volées au risque de se perdre, celle du temps qui passe sans repères.
 

” Notre fonction est la reproduction : nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n’est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d’autre ; l’amour ne doit trouver aucune prise. Nous sommes des utérus sur pattes, un point c’est tout : vases sacrés, calices ambulants. ” (p. 152)
 

” Mais tout autour des murs il y a des rayonnages. Ils sont bourrés de livres. Des livres et des livres et encore des livres, bien en vue, pas de serrures, pas de caisses. Rien d’étonnant que nous n’ayons pas le droit de venir ici. C’est une oasis de l’interdit. J’essaie de ne pas regarder avec trop d’insistance. “

 

Dans ce régime, la sexualité féminine est surveillée, contrôlée.  Chaque rapport sexuel a lieu en la présence de l’épouse du commandant, sans nudité, ni intimité. Une mise en scène des viols autorisés. La servante allongée le lit, son jupon rouge relevé, le visage entre les cuisses de la femme du Commander assise, le dos droit dans sa robe vert sapin, la tête Defred bouge doucement sous les va et vient. Elle attend que l’homme jouisse, tandis que sa femme lui tient fermement ses poignets.

 

servante ecarlate atwood citation

 

Echec du féminisme ?  Héritage abandonné ?

Il est impossible de dire que le féminisme a échoué, l’amélioration de la condition féminine est spectaculaire et sans précédent dans le monde et surtout dans les pays occidentaux.

La diffusion de la série ” la servante écarlate ” donna à la romancière une occasion de rencontrer un nouveau public. Beaucoup de femmes y compris en occident on trouvé une nouvelle pertinence à son roman en face des gouvernements peu féministes, contre l’IVG ou contre la contraception aux Usa et dans certains pays européens.


Yvonne Strahovski, l’une des actrices de la série, a confié au Huffpost : “Je commence à voir ces parallèles entre les actions et ce que Trump fait. C’est d’une manière étrange une inspiration mais aussi un parallèle horrible.”

Aux Etats-Unis, “la Servante écarlate” est devenu un symbole de résistance. Lors de la Marche des femmes qui s’est déroulée en janvier dernier, on remarquait par exemple le panneau exigeant de “Laissons Margaret Atwood dans le monde de la  fiction”.


Dans ce roman, Defred est indifférente au combat féministe de sa     mère : “Elle s’attendait à ce que je fasse l’apologie de sa vie et des choix qu’elle avait faits. Je ne voulais pas vivre ma vie selon ses exigences. ” En face de la tyrannie, elle se voit dans l’obligation de résister comme sa mère.  Trop tard. “J’étais endormie […] Maintenant, je suis éveillée”, affirme Defred.

 

Trump hommes blancs colere


En 2013, Michael Kimmel publie un livre de sociologie, Angry White Men  ” des hommes blancs en colère ” pour analyser la colère qui animent un certain nombre d’hommes blancs de la classe moyenne, principalement de la classe moyenne inférieure.  
Hommes blancs de la classe moyenne sont en colère contre la société, le féminisme, le modèle économique, et la culture ambiante?


Michael Kimmel, par l’intermédiaire d’entrevues, et de rencontres étudie la colère de ses hommes, les motivations, les revendications et leurs points communs. Il formule une première conclusion : ces hommes sont en colère contre un modèle qui les marginalise dans le travail, dans le couple, dans la parentalité. Il dit dans son livre la masculinité américaine (et probablement occidentale) est en train de se transformer, de changer d’époque.

Ces hommes ne trouvent plus leur place dans la société actuelle, par manque de travail, par manque de perspectives, par les crises économiques successives, par délocalisation, et par déclassement social. Sur le plan sociétal, ces hommes ne trouvent plus leur place dans le couple, dans le rôle de parents. Ils ne sont plus chefs de famille, ils n’ont presque aucun droit dans le couple, et doivent s’adapter continuellement avec un mouvement féministe sans limite.


Quelques années plus tard, Trump est à la maison blanche et le livre de Kimmel est devenu best- seller.   
Ces hommes ne crient plus leur colère en critiquant le féminisme et le modèle social, ils sont dans l’étape de révolte. Ils s’expriment dans les urnes. Le cauchemar décrit par Atwood passera-il par la voie démocratique ?  
La servante écarlate est un roman qui date de plus 30 ans, un livre remarquable sur le plan littéraire par son style de narration et par la finesse de ses personnages.     


Si une jeune femme abandonne l’héritage féministe, elle dit que le combat est déjà gagné, et qu’il est temps de passer à autre chose ; Elle trouve aussi en face d’elle certains hommes de plus en plus hostiles au féminisme.  
Le féminisme n’est pas responsable des crises économiques, ni du chômage, ni de déclassement social. Par contre, Michael Kimmel souligne la colère profonde et déterminée d’hommes américains qui ont subi des réformes de la société favorables aux femmes sans se soucier des problèmes masculins dans le couple. Ces hommes déclassés perdent leur travail, leur rôle dans la famille, et même dans leurs couples. Ils ont du mal à voir leurs enfants une fois par semaine, gardés sous l’ordre des juges chez leurs ex-femmes, et sont toujours traités de dominateurs.


Dans son entrevue avec le journal anglais The Indépendant, le 18 juillet 2017, la romancière Margaret Atwood donne le début d’une réponse :  


“Quand on parle féminisme, on ne dit pas que les femmes sont meilleures que les hommes, ou qu’il faut pousser les hommes du haut d’une falaise… ” .

 
 

La renaissance de ce grand roman pose une question :

 
Est-ce que la servante écarlate est la réponse efficace à la crise, aux hommes en colère et à leurs bulletins de vote à notre époque ?  


A chacun de formuler son propre avis … 

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Le Postféminisme dans la culture populaire

Post feministe

 

 

Dans les années 90, on pouvait lire dans les médias des critiques souvent véhémentes des livres, des films et des séries télévisées jugées antiféministes ou peu féministes. Certaines de ces productions étaient écrites ou réalisées par des femmes.   


Les féministes radicales s’insurgeaient contre cette ” nouvelle image ” de la femme qui ne milite pas, qui cherche à s’auto-réaliser dans une société individualiste, en cherchant l’amour et la réussite personnelle.  Ces productions culturelles ne décrivaient plus des femmes victimes de l’injustice et de discriminations, mais des femmes accomplies et heureuses dans cette société, qui passaient leur temps à aimer, à consommer et désirer. Progressivement le nom de post féminisme fait son apparition dans la culture populaire.
 

Depuis les années 2000, le postféminisme est devenu un sujet important pour le grand public et pour les chercheurs. Les romans, les films et les séries télévisées glissent progressivement vers le post-féminisme.
 

Le post féminisme n’est pas contre le féminisme. ” Il s’agit du féminisme aujourd’hui” selon le terme de Brooks en 1997. On peut définir le postféminisme selon The Wiley Blackwell Encyclopedia of Gender and Sexuality Studies d’avril 2016 comme l’étape après le féminisme, considérant le féminisme come un héritage compliqué, encombrant et utile à la fois. Le post féminisme désavoue le féminisme en ce qui concerne la sexualité, l’individualisme et l’identité. Le post féminisme pense que les femmes ont eu leurs droits dans les années 80 et qu’il est temps de penser à leur qualité de vie personnelle.  
 

Les discours des médias jouent un rôle crucial dans la représentation, l’évolution et le développement de ce nouveau féminisme, de Sex and the City à Bridget Jones, Outlander, ou à Grils. Le postféminisme est encouragé par la tendance individualiste de la société occidentale qui refuse les contraintes de la collectivité, préférant le libre choix et l’autodiscipline à l’idéologie et aux pressions.
 

 

Post féminisme : critique et dégagisme du féminisme ” à l’ancienne ”

Le postféminisme critique les féministes anciennes, radicales, ou ” le féminisme à guillotine”. Les post féministes se posaient la question : après l’égalité et la parité avec les hommes, que reste t il à gagner encore ?

Quand les féministes radicales parlaient de la nécessité de lutter pour les autres femmes. Le post féminisme s’interroge sur l’action universelle. Faut-il manifester en France et attaquer les hommes pour les femmes africaines ? Faut-il continuer à militer contre les hommes pour la cause des femmes dans les pays musulmans ?

Est-ce que ces femmes veulent vraiment adopter le style de vie occidental ?
La réponse est non. Le postféminisme admet que chaque femme doit reconnaître son propre mélange d’identités, et refuse l’hypothèse d’une identité universelle. Les femmes ne sont pas une catégorie homogène, et n’ont pas les mêmes cultures ni les mêmes identités.
 

Le féminisme radical avait formulé une vision pessimiste et triste de la sexualité en mettant l’accent sur la domination masculine dans le domaine de la sexualité et et sur les inconvénients des relations. Dans les années 80, de nombreux livres célébraient le vibromasseur pour remplacer les hommes er louaient l’orgasme solitaire. Ces féministes pensaient que la pornographie augmente le nombre des viols, et altère l’image de la femme.
 

La société individualiste en mettant l’accent sur le choix personnel encourage le post féminisme à rejeter la culture de la solitude, et du vibromasseur, à célébrer la sexualité et à consommer la pornographie si on veut. Le post féminisme accepte le modèle de cette société où le sexe et la sexualité dans toutes ses formes sont largement présents dans les médias, où l’érotisation touche à la fois l’image masculine et l’image féminine.
 

La pensée centrale du féminisme radical est que la féminité et le féminisme sont opposés : refus de se raser les jambes, et les aisselles, rejetant les cosmétiques, considérant les vêtements aguichants comme une création du patriarcat. Le post-féminisme conseille les femmes d’êtres féminines, séduisantes et belles. Le rouge à lèvres n’est plus en conflit avec le pouvoir féminin. La possession d’un “corps sexy” devient un atout supplémentaire.
 

Le discours post-féministe peut être considéré comme une forme de résistance ou d’adaptation à la société actuelle. La consommation devient un choix, un outil du plaisir, ou une voie pour encourager l’estime de soi.
 

Pour certains, le post féminisme est une trahison du féminisme du passé, pour d’autres c’est le seul féminisme acceptable dans une société libérale et individualiste où les hommes commencent à s’organiser pour lutter contre le féminisme radical en caricaturant ses excès.  A la différence du féminisme radical ou des autres vagues de féminisme, le post féminisme n’a pas ses philosophes, ni ses références, c’est un mouvement de la culture populaire, une critique du féminisme ancien avec ses excès sur l’universalisme, sur la sexualité, pour un modèle possible plaidant pour la responsabilité et le libre choix.

 

Post féminisme, un courant culturel
 

Cette féminité nouvellement définie est reprise dans la culture populaire et peut (à nouveau) être illustrée par les séries télévisées “Sex and the City”, “Ally McBeal” et “Desperate Housewives”, Bridget Jones, Outlander et d’autres.
Dans son livre ” Single Women in Popular Culture ” publié en 2012, Anthea Taylor souligne que la figure de la femme seule a profondément marqué la culture occidentale ; cette femme cherchait sa liberté dans le siècle dernier, elle cherche l’amour et de la qualité de vie à notre époque.    
 

 

Sex and the city post feminisme

 

Après le succès du livre, sex and the city apparait à l’écran en 1998 pour un succès durant 6 saisons. Les critiques contre ce féminisme de consommation et de sexe furent nombreuses, sans diminuer la réussite populaire de cette série. Ces quatres femmes présentaient un modèle différent de la femme occidentale, cette femme post féministe  

 

bridget jons post feminisme

 

 En 2001 le livre Le Journal de Bridget Jones devient un film après un succès littéraire indéniable. C’est une femme qui se dit féministe, qui passe la moitié de son temps à critiquer les hommes, et l’autre moitié à faire l’amour avec eux, et à chercher le partenaire idéal.    

Bridget Jones est une femme célibataire, attachée à sa liberté et à son indépendance. Elle n’est pas une femme de consommation, elle n’est pas riche, elle n’est pas une reine de beauté. C’est la femme des années 2000, une post féministe, qui tente de survivre dans une société individualiste.

 

Outlander Post feminisme


En 2014, le roman Outlander de Gabaldon devient série télévisée. Le succès est au rendez vous, la troisième saison est diffusée actuellement. A travers une comparaison entre le 18ème siècle, et notre époque, cette romance enseigne à la femme, le rôle et les valeurs traditionnelles de la masculinité, et explique à l’homme les capacités et les besoins des femmes. Elle dirige, elle décide, elle aime son mari, elle défend son pays, mais elle veut bien être désirée et aimée comme une femme. Ni consommation, ni égalité revendiquée, mais deux rôles différents, et indispensables pour la survie. L’égalité va de soi.   

 

Girls post feminism


La série Girls a commencé le 15 avril 2012. Après 6 saisons, la série termine son succès en 2017.
Nous sommes après la crise économique de 2008.  La série montre un tableau cru et sans retouche des filles de 20 ans à New york.  Ni consommation, ni féminité triomphante, ni domination, mais précarité économique, médiocrité des relations, sexualité sans projet et rupture, solitude.

 


Dans un article de 1982, Susan Bolotin,  utilise le terme “post-féminisme” dans le NY times  pour  expliquer comment la plupart des jeunes femmes  se déclaraient  non féministes,  en jugeant le féminisme comme un mouvement “trop radical” qui les laisserait “solitaires et amères”.  

 


Dans la série Girls, les femmes post-féministes veulent pouvoir choisir entre une vie professionnelle ou rester à la maison pour soigner les enfants, fuient la solitude, insistent sur la liberté de choix ; aucune option ne devrait être stigmatisée ou dévalorisée. Le corps féminin est libre, les femmes sont représentées comme des individus sexuels.


Certains critiques classent la série Grey’s Anatomy comme une série post féministe aussi.
Post féminisme en littérature et dans le cinéma


Après le succès planétaire de 50 nuances de grès ou Fifty Shades of Grey (E.L. James, publié en France par Lattès),  Beau salaud  (Christina Lauren, publié par Hugo Roman) vendus à  plus de deux millions d’exemplaires aux USA, racontant une relation patron-assistante, à deux voix à la façon des Liaisons Dangereuses,   suivie d’ un autre best seller 80 notes de bleu (vina Jakson) dans l’univers de BDSM  et Calander girl dans l’univers des escortes.  


Dans ces romans, écrits par des femmes, la femme est montrée forte, libre, libérée de toute domination, post féministe, attachée au plaisir sexuel et à sa qualité de vie.


Etant post féministes, ces femmes refusent le choix proposé par certains courants du féminisme radical entre liberté et solitude. Elles veulent partager cette liberté à égalité avec des hommes virils, séduisants et aimants. Ces femmes post féministes revendiquent leur droit à avoir une sexualité épanouie, y compris les jeux érotiques de soumissions.


Il est difficile de compter les livres de nouvelle romance vendus dans le monde. Les féministes radicales stigmatisent ce genre en répétant qu’il s’agit d’une pornographie écrite par des femmes, d’une littérature de boudoir. Cela ne change rien au succès de ce genre littéraire ni aux films réalisés à partir de cette nouvelle romance comme Twilight (2008).
 
Réf
Michele Schreiber American Postfeminist Cinema: Women, Romance and Contemporary Culture (Traditions in American Cinema EUP) Reprint Edition , 2015

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Edward Hopper : le monde à travers les émotions

Hopper ete

Hopper, été , 1943

 

 

 


Se promener dans une exposition de Hopper est à la fois excitant et énigmatique en observant des personnages solitaires, insatisfaits, pathétiques ou marginaux.
Ses tableaux peuvent déclencher chez les spectateurs une interrogation, un sentiment d’inconfort face à des individus isolés dans des espaces impersonnels, ou qui regardent par des fenêtres le monde extérieur. Quel que soit le nombre de personnages représentés sur la toile, chacun d’entre eux est un être seul, comme s’il vivait prisonnier dans un grand aquarium ne laissant pénétrer ni amour, ni contact charnel. À l’intérieur de ces personnages, on déchiffre parfois des êtres paralysés, égarés ou figés, indifférents au monde qui les entoure.
Hopper a peint des sentiments communs aux humains, la solitude parmi les autres, parmi la foule, la solitude de soi. En dépit de la présence de Jung, Freud et de la psychanalyse au 20ème siècle, Hopper n’analyse pas, ne corrige rien, il montre sa propre vision du monde.
Aujourd’hui, il est un peintre important, un génie singulier. Son travail fut ignoré pendant de nombreuses années.


Malgré tout, Hopper (1882-1967) est un peintre américain bien apprécié en Europe. Ses tableaux nous sont familiers.
Pour de nombreux européens, la peinture d’Edward Hopper confirme les images et les préjugés de la culture Européenne sur l’Amérique et le style de vie aux USA.  Depuis 1970, les expositions des tableaux de ce peintre rencontrent un réel succès. Les visiteurs apprécient dans ces tableaux la façon dont Hopper voyait son Amérique et non pas seulement le style ou la technique.

La sophistication intellectuelle de Hopper a éloigné le public américain de ses œuvres dans un premier temps. Jeune, Hopper lisait la bibliothèque de son père : “les classiques anglais et beaucoup de français et russe en traduction “. Plus tard, il a continué de s’immerger dans la poésie, la fiction, la philosophie ; La littérature anglaise, ainsi que les écrivains français et allemands. Au cours de sa vie, il a indiqué son goût pour certains écrivains comme Molière, Hugo, Verlaine, Rimbaud, Proust, Goethe, Emerson, Thomas Mann, Renan, Hemingway,  Dos Passos, et Henrik Ibsen. Il avait également étudié l’art des anciens maîtres de la peinture européenne pendant ses années d’études et ses voyages à l’étranger.
Tout au long de son sa vie Hopper a maintenu un intérêt à la fois pour la culture européenne et pour la culture américaine. Il pensait qu’un artiste répondait naturellement à son propre héritage.

 

Hopper bureau a New York

 Hopper à travers un tableau  

Hopper aime New york. ” Ce que je tire de New York a-t-il dit, c’est new york. ” Il regardait, se promenait laissant son talent de se nourrir des sens et des formes, et des couleurs, à la façon d’un peintre et d’un photographe. Nourri de Vermeer et Degas, il cherche un angle, un point de vue, un coin.
Le thème du coin de rue apparaît trop tôt dans son oeuvre, dès 1913 dans son tableau impressionniste la Parisienne. Il tente de représenter un morceau de la ville, ce qui va devenir un thème important dans sa peinture. Chez lui, on retrouve comme chez Vermeer dans de nombreux tableaux, la diagonale qui donne aux figures une composition, une mise en scène. Le public se pose à l’angle de la toile.
À cela s’ajoute l’art et le thème de transparence, en insistant sur les fenêtres, sur les vitres et sur les baies. Dans un angle, à travers les fenêtres, ne voyant pas seulement une rue, mais des parties de l’immeuble en face, ou des boutiques, où les fenêtres et les ouvertures, il  associe le privé au public, à l’intime à l’impersonnel. Parfois, nous avons l’impression d’être dans un aquarium, montrant dedans et dehors, publiques et privées, liberté et rêve, réelle et irréelle.


Les personnes travaillent à l’intérieur de leur boutique ou dans leurs bureaux, observent, et sont observées, comme si les vitres séparaient avec une certaine étanchéité le monde intérieur du monde extérieur.

Dans son tableau bureau à New York par 1962, derrière un comptoir une banque ou d’une boutique, un téléphone noir est posé sur un tapis rouge, une femme blonde épaule et bras nus tient un papier rectangulaire, une enveloppe fermée, une lettre. Elle regarde comme si elle vérifiait l’adresse dans une attente avant de décacheter et de lire ou avant de la classer ou de l’envoyer au destinataire. On se demande si la lettre est personnelle, s’il s’agit de bonnes ou de mauvaises nouvelles. Au plafond, trois globes éclairent la pièce. Le mur du fond est sombre, obscure. La lumière qui éclaire la jeune blonde vient d’une grande baie bleue donnant sur la rue.
À gauche, la rue est déserte, il y a les autres façades d’immeubles, sombres avec de nombreuses fenêtres à moitié ouvertes. Tout semble orienter le regard du spectateur vers la lettre située au centre du tableau. Cette histoire de lettres nous rappelle Vermeer.
Cette femme est exposée dans une vitrine comme une marchandise, comme un mannequin de boutiques, offerte au regard des passants comme un objet publicitaire. Cette femme exhibe derrière cette vitrine une lettre qui porte le signe de l’intimité, du secret. On dirait que pendant son travail, elle a un autre rôle, animer la vitrine et séduire les clients.


Les critiques ont discuté le voyeurisme chez Hopper. Ce voyeurisme n’avait rien de sexuel, il démontre l’effacement des limites entre le privé et le public, la confusion imposée par notre style de vie entre l’intime et l’impersonnel. Dans ce voyeurisme, Hopper et dessine des êtres humains aliénés dans une société industrielle, dans une société de marchandise, dans une société de consommation, dans une société du spectacle.
On est parfois étonné par la présence des fenêtres et des vitres dans les tableaux de Hopper. Le verre devient silence, distance, obstacle, et en même temps, transparent, froid, indiscret et non intime.

 

 Hopper influence les autres


Au cœur de la vision urbaine de Hopper figurent les paradoxes du mythe démocratique. Nous sommes égaux, et pourtant ce qui nous rend égal est notre unicité et notre inviolable individualisme. Toute atteinte à notre intimité et notre individualisme est une atteinte à la démocratie. Malgré la mélancolie qui hante les peintures de Hopper, sa popularité et son influence persistent. On trouve dans le polar américain puis dans le cinéma ces réflexions sur les effets négatifs de l’urbanisation, sur les disparités économiques et la solitude.
Dans la culture populaire, il a influencé une variété d’artistes, dont Alfred Hitchcock, qui s’est inspiré du tableau maison au bord de la voie ferrée (peint en 1925) dans son film Psychose réalisé en 1960 ou la vue sur les fenêtres des appartements en vis-à-vis (chambre sur cour).
Le pouvoir de l’art de Hopper réside dans un réalisme particulier, clairsemé, qui omet plutôt que ce qu’il représente. Il a transformé des espaces américains emblématiques (comptoirs, pharmacies, bars, chambres d’hôtel, stations-service) en espaces reflétant la vie intérieure, en espace intimes.
Derrière la simplicité apparente des peintures se trouve une grande complexité. Le manque de détails invite le spectateur à compléter l’image en spéculant sur les événements passés et imminents, sur les relations entre les personnages et sur les désirs et les angoisses provoqués par notre propre besoin d’examiner la vie de ces personnages.

 Hopper : une vie entre plusieurs cultures

En 1906, à l’âge de 24 ans, Hopper arrive à Paris pour résider dans la rue de Lille un logement loué par ses parents. Gertrude Stein, Picasso, Renoir, Cézanne étaient à cette époque à Paris, le jeune homme ne rencontra aucun d’entre eux. Il est fasciné par les impressionnistes et leurs couleurs aux tons pastels.
Il a séjourné à Paris deux fois, en 1909 et en 1910. Dans sa biographie de Hopper, Gail Levin note : “la solitude des intérieurs récurrents, le sous-entendu sexuel et la perspective du voyeur, son intérêt pour la complexité de la lumière “.
De retour aux États-Unis, il doit gagner sa vie et se tourne vers la publicité (dessinateur d’affiches). En 1912, il a présenté des tableaux pour une exposition au MacDowell Club. Et à 30 ans, il n’a encore vendu encore aucun tableau.
Il commence à faire des illustrations pour des magazines.
Dans les expositions, ses tableaux d’influence française ne plaisent pas. Le public et le monde de l’art étaient dans une ambiance nationaliste vis à vis de l’art américain.
Cette idée de ce qui était “américain” allait accompagner son art. La Nouvelle-Angleterre a toujours eu une grande importance dans la conscience nationale américaine avec ses valeurs puritaines, et où les écrits d’Emerson étaient revendiqués comme l’essence même du caractère américain.

 

Hopper hotel lobby hotel room


Fin 1924, Hopper change essayant de placer ses aquarelles avec les Galeries d’art Kraushaar et est refusé. Plus loin dans la rue, la nouvelle Galerie Rehn ouvre. Avant que Frank Rehn n’ait eu l’occasion de regarder le travail de Hopper, un client saisit un tableau et l’acheta. Pour la première fois. Rehn commença à vendre ses tableaux. Les critiques le louèrent, il fut invité alors de grandes expositions et dans les musées.
En 1924, Hopper épouse Jo Nivison. Ils se connaissaient depuis l’école primaire. Quand ils se sont mariés, les deux avaient 41 ans.
Le couple resta marié 43 ans, traversant des moments de tendresse et de rivalité, mais aussi les passions mutuelles pour l’art et le théâtre. Jo posa dans presque tous ses tableaux.
Pendant la majeure partie du 20ème siècle, Hopper est considéré comme un peintre ” réaliste ” à un moment où le réalisme était dénigré par les critiques.
Dans les années 1930, pendant une période de conscience sociale et de nationalisme, le travail de Hopper commence à susciter une attention particulière.  Puis dans les années 1940, il est reconnu comme un grand artiste américain. Dans les années 1950, lorsque l’expressionnisme abstrait est en vogue et le réalisme à la défensive, la réputation professionnelle de Hopper a continué de croître et de se renforcer. Le magazine Time l’a mis à la une en couverture en 1956.
Hopper meurt dans son atelier en mai 1967.

 Hopper, des thèmes colorés en tableaux   

La secrétaire qui travaille tard le soir au bureau avec son patron dans l’immeuble d’en face, ou la femme qui lit dans le train. La jeune fille en robe légère sous le soleil d’été qui attend sur le perron, la femme seule assise au café
Hopper observe les changements de la  société, les débuts de l’individualisme, l’avènement de la société de consommation, l’individualisme qui apparait aux USA et comme en Europe et qui transforme la société.
Hopper nous montre l’individu, seul maitre de son destin, l’individu face à la nature, face aux changements du  monde moderne.
Chaque tableau est un décor à la fois familier et énigmatique qui inquiète ou interroge le spectateur.  Sommes-nous ces personnages ?   Est-ce nous ?
Ses débuts sont marqués par la tradition européenne, par l’impressionnisme, il fait plusieurs voyages  à Paris. En 1910, il s’inspire de Manet, il est le peintre des paysages et des villes.

Ses  toiles montrent un dynamisme et une expressivité qui marquent l’affrontement entre la nature et la civilisation.

Hopper la ville


La ville 1927

Le monde moderne se caractérise dans ses toiles par le mouvement (voiture, chemin de fer, route, poteau téléphonique), il peint le nouveau monde avec exactitude, les symboles de l’Amérique, enseignes lumineuses aux couleurs criardes, panneaux publicitaires, immeubles aux  façades  barrant l’horizon.
Hopper dépeint l’homme, son aliénation dans la ville et dans le monde moderne.  

Hopper automate

L’automate 1927


Tranquillité du personnage dans un lieu géométrique et vide (reflets des miroirs, des vitres, monde extérieur sombre) nature représentée par la coupe de fruits,
 Femme dans une cage vide fixité du personnage repliée sur elle-même, le vide l’entourant

Hopper s’attache par la suite à montrer les symboles de la civilisation que sont les maisons, l’architecture et leur insertion dans la nature environnante.
Ainsi les peintures de Hopper apparemment réalistes et riches détails exacts ne sont pas de simples représentations du réel mais des constructions complexes dépassant le réel, et sont à décrypter par le spectateur.

 Hopper Chambre au bord de la mer
Chambre au bord de la mer 1951


Dans ces dernières œuvres, il se rapproche du travail de Magritte en dépassant le réel.
C’est le jeu du tableau dans le tableau (Ses toiles sont comparables à un miroir dans lequel des choses dispersées se répondent les unes aux autres).

Hopper explique sa démarche en citant Edgar Degas ” Mettre sur la toile ce que l’on voit, c’est bien, peindre ce que l’on a gardé en mémoire c’est mieux “.  Cette métamorphose a la puissance de l’imagination. Ces peintures en rendent compte, elles racontent les ruptures de la société.
Il se réclame aussi d’Emerson : 

 

” Le début et la fin de toute activité artistique est la reproduction du monde autour de moi au moyen du monde en moi… “

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Erika Lust, le film porno féministe trouve son public

 

Erika lust pornopgraphie

 

 

 

 

Erika Lust (née Erika Hallqvist en 1977 à Stockholm) est réalisatrice, scénariste, productrice pornographique et écrivaine suédoise. Elle vit et travaille à Barcelone.
Elle est sans doute parmi les plus importantes réalisatrices de films pour adulte en Europe.  
Une Suédoise diplômée de sciences politiques, que rien ne destinait au porno. Sur son site internet, elle explique : ” la première fois que j’ai vu un film porno, j’ai eu la même réaction que beaucoup de femmes, interpellée par quelques images, que je trouvais inadéquates. Je ne m’identifiais pas du tout à ce que je voyais. Les femmes n’avaient pas l’air de s’amuser et les situations sexuelles étaient totalement ridicules “. À la fin des années 1990, elle étudie à l’université de Lund, elle tombe sur un livre qui la bouleverse, Hard Core : Power, Pleasure and the Frenzy of the Visible de Linda Williams. Ce livre qui analyse l’image de la femme dans la pornographie fut le déclic.


En 2000, elle s’installe à Barcelone. Elle commence à travailler avec de petites maisons de production jusqu’en 2004, quand on lui propose de tourner et réaliser son premier court-métrage érotique, The Good Girl. En quelques mois, le film est téléchargé plus de 2 millions de fois sur Internet. Récompensée lors du Festival international du film érotique de Barcelone en 2005, Erika Lust en profite pour se lancer en solo en créant sa propre société de production, Erika Lust Films.

 

Erika lust pornopgraphie feministe

 

Ce film possède de nombreuses particularités qui vont marquer plus ou moins le travail de Lust. L’actrice principale a 35 ou 40 ans, elle est peu maquillée, sans prothèses ni artifices, elle ressemble aux femmes qu’on voit dans la vie réelle. Elle joue le rôle d’une femme seule, qui commande une pizza dans l’espoir d’avoir en face d’elle un beau livreur.
A la différence des films porno féministes, les pratiques sexuelles sont celles présentes dans les autres productions sans restriction. La femme à égalité avec l’homme, elle valide son désir, et accepte le désir de son partenaire.  Le film est bien réalisé, largement plus sophistiqué que la majorité des productions pornographiques.  Son actrice est une femme active, le film transmet le point de vue d’une femme sur une rencontre sexuelle.   
Son secret ? “Un point de vue féminin”, écrit-elle sur son site, “et les détails, les détails et encore les détails comme les yeux dans les yeux, la chair qu’on agrippe, les petits bruits”.

 

Erika lust Five Hot Stories For Her

Five Hot Stories For Her


Ce court-métrage fera plus tard partie du film Five Hot Stories For Her, composé de cinq courts-métrages pornographiques, et récompensé  pour ” meilleur scénario ” au Festival international du film érotique en 2007 à Barcelone (FICEB Award), ” meilleur film de l’année ” par le Feminist Porn Awards de Toronto en 2008 et aux Venus-Eroticline-Award en 2007 à Berlin. Five Hot Stories For Her reçoit les honneurs au CineKink Festival de New York (2008).  Dans ce film à court métrages, on voit un couple dans un jeu de rôle sadomasochiste, une femme qui couche avec deux hommes pour venger la relation adultère de son mari, une femme séduite par une femme, etc.
Ce film montre en détail la sexualité des femmes libres qui aiment le sexe et qui cherchent le plaisir et le plaisir de leurs partenaires.
Erika décide de s’embarquer dans son plus gros projet : XConfessions. Un site internet. Renouant avec la tradition des confessions érotiques avec interactivité, Lust propose de petites histoires vécues que lui envoient les internautes et tournent de petits films à partir de ces confessions dans un mélange sexy, léger et sophistiqué.
Elle a déjà tourné plusieurs films confessions qui semblent rencontrer un certain succès même si aucun de ces films n’est pas à la hauteur de son premier film.  


 

Pornopgraphie feministe
 

 

Le porno féministe existe

La pornographie était l’une des questions les plus débattues en particulier dans les pays anglophones. Cette division profonde a été illustrée dans les guerres sexuelles féministes des années 1980,  opposant les adversaires féministes de la pornographie – comme Andrea Dworkin , Catharine MacKinnon, à des féministes plus libérales ou pro-sexe.
On peut diviser les positions féministes actuelles sur la pornographie en trois catégories : la catégorie la plus répandue dans les médias et les milieux universitaires prétend que la pornographie est une expression violente de la culture masculine, dans laquelle les femmes sont exploitées. La deuxième catégorie associe le respect de la liberté d’expression avec le droit de la femme à disposer de son corps. Dans cette catégorie, les féministes n’approuvent pas la pornographie, mais respectent la liberté d’expression, le droit de la femme actrice et ou consommatrice de la pornographie. Une troisième catégorie, minoritaire, défend la pornographie comme une expression libre de la sexualité, féminine et masculine.


On peut imaginer combien le dialogue entre ces trois courants féministes est difficile. Les féministes radicales anti-pornographie réclament des lois pour interdire la diffusion des images pornographiques dans la société, et traitent les femmes qui ne sont pas d’accord avec ce point de vue de traîtresses, de dupes du patriarcat.
De l’autre côté, on prétend que les femmes font leur propre choix à propos de la pornographie. Les féministes ” pro sexe ” pensent que la pornographie est un outil pour éroder progressivement la domination masculine, et favoriser l’épanouissement sexuel des femmes.   


Selon les Feminist Porn Awards, il n’existerait pas de modèle prédéfini de la pornographie féministe.
On peut citer de nombreuses réalisatrices de pornographie féministe, dont la majorité travaille comme actrice dans le porno, comme Maria Beatty, Nina Hartley, ou Ovidie en France.
Les films étiquetés féministes, avant Lust, reflétait un point de vue féminin, privilégiant le désir féminin. Certains de ces films ont souffert de cette autocensure mettant en scène les femmes, et les pratiques sexuelles supposées respecter la femme. Certains de ces films ont insisté sur le désir féminin s’éloignant ainsi du public masculin. D’autres films ont traité le désir des minorités sexuelles comme les lesbiennes ou les bisexuels.
Le travail de Lust est différent. Dans ces films, le plaisir sexuel est partagé, hommes et femmes valident la sexualité sans privilégier le partenaire féminin ou le partenaire masculin.
Dans ” Marie Claire “, Lust définit le porno pour femmes comme un cinéma érotique qui prend en compte les désirs et les goûts féminins, la sexualité féminine, et dépeint la diversité dans la beauté, les valeurs et les opinions. Quand les gens pensent aux films érotiques que les femmes aiment, ils les associent au porno lesbien, ou à des ambiances romantiques du type draps blancs en soie et pétales de roses… mais ces stéréotypes sont trop éloignés de la réalité.


Le nouveau porno pour les femmes présente le sexe et les femmes tels qu’ils sont aujourd’hui. Les femmes ont désormais la liberté de demander ce qu’elles veulent et comment elles le veulent, le sexe est devenu agréable pour les deux sexes. Les femmes aiment le sexe d’autant de manières différentes que les hommes.
Le travail d’Erika Lust s’inscrit dans un courant du féminisme égalitaire qui semble gagner le monde de la télévision à travers les séries télévisées et le monde de l’édition à travers la ” nouvelle romance ” où les femmes sont libres de leur choix, de leur sexualité, et de leurs décisions.

 

 

 

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