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Arthur Miller : all my sons, Ils étaient tous mes fils

All my sons

 

 

 

Le dramaturge Arthur Miller est né en 1915 et mort en 2005. Ses pièces célèbres : Ils étaient tous mes fils (All My Sons), Mort d’un commis voyageur (Death of a Salesman), Les Sorcières de Salem (The Crucible) sont devenues des textes classiques

Grand nom du théâtre et du cinéma américain, auteur de pièces toujours jouées dans le monde entier, Arthur Miller décrit une Amérique déchirée entre l’exigence d’efficacité et de rentabilité, le matérialisme effréné, l’espérance de liberté, le conflit entre homme et femme, la famille, la loyauté, le mal : tels sont, parmi tant d’autres, les thèmes de son œuvre, ancrée dans la modernité.
Arthur Miller est un dramaturge américain majeur, qui a remporté de nombreux prix comme le prix Pulitzer.

 

 

 

Résume de la pièce « ils étaient tous mes fils » (all my sons)


Joe et Kate Keller ont eu deux fils, Chris et Larry. M. Keller possède une usine de fabrication métallurgique avec Steve Deever, et leurs familles sont proches. La fille de Steve, Ann était la petite amie de Larry. Quand la guerre est arrivée, les garçons Keller et George frère d’Ann ont été enrôlés.
Pendant la guerre, l’usine de Keller et Deever obtient un contrat très rentable avec l’armée américaine, fournissant des pièces d’avion. Un matin, des pièces défectueuses sont produites et prêtes à être livrées. Sous la pression de l’armée à maintenir la production, Steve Deever appelle Keller chez lui ce matin-là, pour lui demander ce qu’il devait faire. Keller lui recommande de souder les fissures des pièces et de les expédier. Keller a déclaré plus tard qu’il avait la grippe et qu’il ne pouvait pas travailler ce jour-là. Steve a expédié lui-même les pièces défectueuses et réparées sommairement.
Plus tard, on découvre que les pièces défectueuses avaient causé le crash de vingt et un avions et la mort de leurs pilotes. Steve et Keller ont été arrêtés et condamnés, Keller a réussi à gagner en appel et à faire annuler sa condamnation. Il a affirmé que Steve ne l’avait pas prévenu ni appelé et qu’il n’était absolument pas au courant de l’envoi. Keller rentre chez lui libre, tandis que Steve est resté en prison, méprisé par sa famille.
Pendant ce temps, Larry a été informé de la première condamnation. Rongé par la honte et le chagrin, il écrit une lettre à Ann lui disant qu’elle ne devait pas l’attendre. Larry est ensuite parti en une mission, au cours de laquelle il a écrasé son avion. Et Larry est porté disparu.
Trois ans plus tard, l’action de la pièce commence. Chris a invité Ann à la maison Keller. Ils sont restés en contact au cours des dernières années quand Ann vivait à New York. Ils doivent faire attention, car la Mère de Chris insiste sur le fait que Larry est toujours en vie. Sa conviction est renforcée par le fait que l’arbre commémoratif de Larry a explosé dans une tempête ce matin-là, ce qu’elle considère comme un signe positif. Sa superstition l’a également amenée à demander au voisin de faire l’horoscope de Larry afin de déterminer si le jour de sa disparition était un jour astrologiquement favorable. Tout le monde a accepté que la disparition de Larry, sauf elle. La Mère exige de son mari qu’il croie que Larry soit encore vivant.


Le frère d’Ann, George, arrive pour arrêter le mariage entre Ann et Chris. Il était allé rendre visite à son père Steve en prison pour lui dire que sa fille allait se marier, puis il est parti convaincu que son père était innocent. Il accuse Keller. George écoute Keller encore une fois et se rappelle l’amitié de leurs deux familles. Mais Mme Keller dit accidentellement que son mari n’a pas jamais été une seule fois malade depuis quinze ans. Keller essaie de couvrir ce lapsus en ajoutant « à l’exception de sa grippe pendant la guerre », mais il est trop tard. George est certain de la culpabilité de Keller.


La confiance de Chris dans l’innocence de son père est ébranlée. Lors d’une confrontation avec ses parents, la mère lui dit qu’il doit continuer à croire que Larry est vivant. Si Larry est mort, affirme la Mère, cela signifie que Keller l’a tué en expédiant ces pièces défectueuses. Chris crie sa colère à son père, l’accusant d’être inhumain et meurtrier.
Chris dévasté s’enfuit pour éviter une deuxième confrontation avec son père. La mère dit à son mari qu’il devrait avouer, se porter volontaire pour aller en prison, si Chris le décide. Elle parle à Ann, lui dit qu’elle devrait attendre Larry et ne pas se marier. Ann est forcée de montrer la lettre que Larry lui a écrite avant sa mort, où il annonce son intention de se suicider. La lettre confirme la conviction de la Mère que si Larry est mort, alors son mari est responsable, non pas parce que l’avion de Larry avait des pièces défectueuses, mais parce que Larry s’est suicidé en réponse à la responsabilité familiale et à la honte due aux pièces défectueuses.


La mère supplie Ann de ne pas montrer la lettre ni à son mari ni à son fils, mais Ann n’obéit pas. Chris revient et dit qu’il n’enverra pas son père en prison, parce que cela n’apporterait rien. Il dit qu’il va partir sans Ann, car il craint qu’elle ne lui demande un jour de dénoncer son propre père aux autorités.
Keller entre pendant que la mère tente d’empêcher Chris de lire la lettre de Larry à haute voix. Keller comprend enfin qu’aux yeux de Larry, tous les pilotes morts étaient ses fils. Keller dit qu’il va chercher sa veste, pour se rendre et aller en prison. Un instant plus tard, un coup de feu se fait entendre. Keller s’est suicidé.

 

 

 

Ils étaient tous mes fils : analyses rapides


All My Sons est une pièce qui affronte l’histoire américaine de la réussite, du rêve américain à n’importe quel prix et la dévastation du succès qui détruit tout y compris les humains et les relations. Cette pièce traite du pouvoir, de la famille, du rêve américain, de l’argent, et des limites de l’individualisme. Ils étaient tous mes fils (All My Sons) est une pièce de théâtre écrite par Arthur Miller en 1947.
Avec cette pièce, Miller s’est imposé comme un dramaturge américain majeur du 20e siècle, comme une voix critique de la conscience.
La pièce est une étude sur l’échec de la famille, sur la responsabilité sociale, sur la responsabilité morale.
C’est une pièce importante, remarquable par la rigueur de sa structure et par l’honnêteté avec laquelle elle aborde le problème de l’action de l’homme dans le monde moderne.
Dans certaines études, on la décrit comme une pièce ibsénienne. La méthode d’Ibsen consiste à montrer d’abord une scène domestique ordinaire, dans laquelle, par infiltration progressive, le crime et la culpabilité pénètrent et s’accumulent jusqu’à l’éruption critique.
Ce processus de cette infiltration destructrice est soigneusement élaboré par Miller pour mettre en lumière les conséquences et la culpabilité.

Le drame réaliste de Miller, All My Sons, implique son concept fondamental de responsabilité morale au sein de la famille, en le reliant à la lutte intérieure.
La famille, pendant la guerre.
À travers le cas d’un dirigeant qui a permis que des pièces d’avion défectueuses soient envoyées à l’armée plutôt que de ruiner son entreprise et de perdre un contrat, le dramaturge a cherché à montrer les conséquences d’un acte justifié par l’amour de son entreprise, et du bien-être matériel de sa famille.

Miller est connu pour la qualité de ses dialogues. Il n’y a pas beaucoup de poésie dans la langue, mais un ton naturel de gens ordinaires.

Joe Keller était un profiteur de guerre, avec son associé Steve Deever, il a créé sa propre entreprise pour expédier des cylindres pour les avions de chasse. Steve Deever, père d’Ann Deever (fiancée à Chris, le fils de Joe) est en prison, après avoir été reconnu coupable d’avoir expédié des pièces défectueuses pour des avions de chasse, ce qui a entraîné la mort de 21 pilotes. Les pièces ont été expédiées en l’absence de Joe Keller, qui était malade et en congé ce jour-là. Son associé Steve affirma qu’il avait expédié les cylindres sur les ordres de Joe lors d’un appel téléphonique.

Lorsque George (le fils de Steve) va à sa rencontre pour lui parler du mariage d’Ann et de Chris, Steve Deever affirme encore une fois à son fils qu’il est innocent. Cela suscite des sentiments de malaise et de suspicion dans l’esprit de George, devenu avocat.
Ann montre à Kate la dernière lettre de Larry. Chris condamne le comportement de son père. Chris lit à haute voix la lettre de Larry et Joe apprend que son acte a poussé Larry à se suicider. Acceptant enfin le fardeau de sa culpabilité, Joe se tue.

Chris s’impatiente avec son père : « Tu n’as pas de pays ? Tu ne vis pas dans le monde ? Qu’est-ce que tu es ? Tu n’es même pas un animal, aucun animal ne tue le sien, qu’est-ce que tu es ? »

 

Arthur Miller a délibérément essayé de destiner cette pièce à un large public.
Il était préoccupé par la relation entre l’individu et les grandes forces de la politique et de l’industrie.
L’écriture d’Arthur Miller dans All My Sons témoigne d’un respect pour les grandes tragédies grecques. Dans ces pièces, le héros commet une faute, souvent à son insu, faute qui revient le hanter, parfois de nombreuses années plus tard. Le protagoniste se rend compte de sa faute et en souffre, voire en meurt.

L’action d’All My Sons se déroule en vingt-quatre heures. Ann Deever, la fille du condamné Steve Deever, peut être comparée à un messager, car la lettre qu’elle apporte est une preuve de la mort de Larry.
Kate, la femme de Joe, mi-émue, mi-terrifiée, annonce : « Tout ce qui s’est passé semble revenir ».
Chez Miller comme chez Ibsen, le présent interroge le passé et le passé infiltrant le présent progressivement.

 

 

 

Une pièce de gens ordinaires


Contrairement aux tragédies grecques et shakespeariennes, il ne s’agit pas de question de loyauté ou de pouvoir. Arthur Miller qualifie la pièce de « tragédie de l’homme ordinaire », de la même manière que les fantômes d’Ibsen (Miller était un grand fan d’Ibsen). Les deux auteurs utilisent la famille nucléaire pour explorer des problèmes sociaux beaucoup plus importants. Dans All My Sons, Miller enquête sur la myopie de la classe moyenne à travers l’histoire de Joe Keller.

Joe semble avoir réalisé le rêve américain. Selon lui, ses seules réalisations sont ses fils et son entreprise. Il a lutté et a nourri l’entreprise pendant la Grande Dépression, puis l’a bâtie pendant la guerre. Mais le seul but de son travail a été de bien faire vivre sa famille et de faire un cadeau à ses fils. Joe a déjà perdu un de ses garçons pendant la guerre et donc, pour Joe Keller, tout dépend de Chris.

On peut voir Joe Keller comme diabolique, même si le public doit ressentir une certaine sympathie pour lui. Il a fait ce qu’il fallait pour protéger sa famille et les années investies dans l’entreprise. À la fin de la pièce, Joe Keller se révèle un homme cynique qui ment, triche, échappe à ses responsabilités, joue la victime et détruit la vie des autres, afin de se protéger et protéger l’argent qu’il transmettra à ses fils.

Miller laisse ouverte la question de savoir pourquoi Keller se tue.
Il aurait pu se suicider à cause de son angoisse d’être la cause de la mort de son fils Larry. Il aurait pu se suicider parce que ses deux fils ont rejeté sa vision de la vie. Joe aurait pu se suicider parce qu’il ne pouvait pas souffrir de la honte et de la perte de son statut. Il aurait pu se suicider parce qu’il a réalisé l’énormité de son crime. Ou cela aurait pu être une combinaison de tous ces facteurs empilés les uns sur les autres.

L’insistance de la mère sur le fait que Larry est vivant reflète sa conviction que Larry ne peut pas être mort, car si Larry est mort à la guerre, il y a un lien entre le crime de Joe et la mort de Larry. Elle a ressenti cela avant de connaître le suicide de Larry. D’une manière intuitive, la mère comprend que si la guerre peut toucher sa famille et emporter son fils, les gens ont la responsabilité, envers la société au sens large, d’agir de manière éthique afin que cela arrive le moins possible. Et en acceptant le crime de Joe, elle abandonne son fils.

La meilleure façon de comprendre le personnage de la mère est d’analyser ses conflits psychologiques. Elle est liée à son mari par amour, et complice de son crime. À plusieurs moments de la pièce, elle aide son mari. En même temps, Kate déteste Joe pour son crime et elle se déteste pour sa complicité en l’aidant à s’en sortir. Elle sait que Larry est mort, une partie d’elle se déteste, et méprise son mari et l’autre a besoin de pleurer son fils mort. Elle peut pleurer pour son fils et mettre sa mémoire au repos.

Arthur Miller a qualifié la mère d’une force sinistre et puissante dans la pièce, une femme utilisant la vérité comme une arme contre un homme qui a fait du mal à leur fils. La mère est un personnage tragique, qui à la fin de la pièce, est obligé de reconnaître la mort de Larry.

Comme suggérée précédemment, la mère joue le rôle du chœur dans cette tragédie. Regardez l’Acte III, page 150, « . . . Asseyez-vous, arrêtez d’être fou. Tu veux vivre ? Tu ferais mieux de comprendre ta vie. C’est une autre double affirmation, car elle montre qu’elle se soucie de l’homme dont la relation avec son fils, relation la plus importante de sa vie, vient d’être détruire. Cela préfigure également ce qui arrivera à Joe.

Le fils chéri Chris Keller est plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. Il a trente-deux ans, solidement bâti, un homme capable d’une immense affection et loyauté. Chris est un homme bien et un bon fils. Il pense toujours au meilleur des gens. Quand la pièce commence, Joe est le héros de Chris. Après avoir appris la culpabilité de son père, Chris dit à Joe : “Je sais que tu n’es pas pire que la plupart des hommes, mais je pensais que tu étais meilleur. Je ne t’ai jamais vu comme un homme. Je t’ai vu comme mon père”. (Acte III)

Chris a toujours soupçonné que son père était coupable, mais l’a ignoré. Son amour pour son père l’empêche de décider. La rage de Chris contre son père est en partie dirigée contre lui-même pour avoir trahi la mémoire des hommes morts à la guerre.

Certains critiques considèrent Chris Keller comme le héros tragique de la pièce. Son défaut serait son incapacité à reconnaître la vérité quand il la voit. Il devient un hypocrite et perd son père. Dans cette pièce, Chris a perdu son innocence et a appris à connaître son père comme un homme imparfait.

Ann représente ce qui est gracieux dans la vie. Elle est la beauté dans la vie que les enfants Keller, Larry et Chris, recherchent. Ann représente la “nouvelle femme”. Elle est indépendante, volontaire et brillante.

La présentation des femmes par Miller dans “All My Sons” est montrée à travers la relation entre Kate et Ann. Kate, contrôle, exerce son pouvoir sur Ann, et la manipule. Elle veut s’accrocher au passé, car elle a peur d’oublier son fils Larry. Ann la jeune génération est l’avenir.

Le passé et le futur divisent Kate et Ann. Dans le passé, Larry est mort, mais Kate croit qu’il est toujours vivant. Quant au futur, Ann doit aller de l’avant et épouser Chris. Kate et Ann sont les victimes de la famille Keller. Ces deux femmes cherchent à survivre dans un monde de conflits entre hommes à la réalisation de la réussite et du rêve américain.

Ann, comme Kate, est présentée comme une personne sans méchanceté et sans sentiment de fragilité. La relation entre Kate et Ann commence à devenir tendue, car leurs personnalités et leurs émotions s’opposent, alors que la vérité sur Joe commence à surgir. Miller est intelligent, il présente des individus forts et à l’esprit opposé, à une époque où les femmes subissent les conséquences de la guerre.

 

 

 

 

Références


Raymond Williams, Drama From Ibsen to Bretch (London: Chatta and Windows,
1968) 268.
C.W.E. Christopher Bigsby ed., Arthur Miller’s All My Sons : A Drama in three Acts
(NY : Penguin Classics 1971) 9.
Robert A. Martin, ed., “Introduction” Arthur Miller : New Perspectives. (Prentice Hall
Inc., 1982) 34.
Samuel York’s. Modern Critical Interpretations. : Arthur Miller’s All My Sons ed.,
Harold Bloom. (New York : Chelsea House Publishers, 1988)
Harold Clurman, “Thesis and Drama” Modern Critical Interpretations. : Arthur Miller’s
All My Sons ed., Harold Bloom. (New York : Chelsea House Publishers, 1988)

 

 

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dimanche 24 octobre 2021
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