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L’amant, marguerite Duras : scandale, best-seller, chef-d'œuvre

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L’amant, marguerite Duras : scandale, best-seller, chef-d'œuvre

 

Beaucoup de choses fascinaient les gens dans la vie et le statut social et littéraire de Duras, par exemple une enfance passée en Indochine, le fait de parler couramment le vietnamien, son expérience dans la Résistance française aux côtés de François Mitterrand, son scénario pour le film d'Alain Resnais Hiroshima man amour (1959), sa présence sur les barricades à Paris pendant les événements de mai 1968, les ventes records de son roman l’amant, lauréat du prix Goncourt en 1984.

Marguerite Duras, née Marguerite, Germaine, Marie, Donnadieu, le 4 avril 1914 à Gia Dinh, près de Saigon en Indochine. Morte le 3 mars 1996 à Paris. Elle a grandi en Indochine, élevée par sa mère dans une concession de terre aride. Le spectacle quotidien de la misère, l'image de l'océan qui déferle sur la concession de mère, les paysages écrasés par la chaleur, le colonialisme, le comportement des colons entre eux et vis-à-vis des colonisés. Elle mettra ces images dans ses textes qui débutent dès son retour à paris où elle poursuit ses études. Journaliste. , dramaturge, scénariste, elle reçoit le grand prix du théâtre de l'Académie française en 1983 et le prix Goncourt en 1984 pour L'Amant, un roman- résumé de la thématique durassienne, un roman aux multiples lectures, qui rappelle que Duras aimait écrire le silence, la transgression, la folie, l'indifférenciation, et la passion.

 

 

Histoire de l’Amant

 

Une jeune française de 15 ans en Indochine française rencontre un Chinois sur un ferry pour traverser le Mékong. Elle quitte sa famille après les vacances et retourne dans son internat à Saigon. Le Chinois entame une conversation avec elle, lui propose de monter dans sa voiture pour éviter le bus bondé. Une fille française blanche, mais pauvre, un Chinois plus âgé, mais riche dans une société coloniale. La différence de race et d'âge les empêche d'être ensemble. Il est censé épouser une Chinoise. La société ne soutient pas à l'époque les relations entre Européens et Asiatiques. À la fin, il rompt après la pression de son père, mais il a toujours été sincère à propos de ses émotions. La jeune fille réalisera bien plus tard qu'elle l'aimait vraiment.
La famille de la fille est composée d’une mère dépressive, le fils aîné cruel et voleur intimide la mère qui le laisse faire. Le jeune frère est faible, doux.

Le roman s'ouvre avec la narratrice qui raconte comment elle était déjà âgée à 17 ou 18 ans, comment son visage était déjà vieux. Cette ouverture crée une image paradoxale et une attente pour savoir ce qu’il lui est arrivé pour vieillir prématurément. Duras passe le début du livre à décrire son apparence physique, aussi jeune que vieille.

Quand elle décrit l'homme chinois pour la première fois, il est élégant, riche, élégant, vêtu de vêtements européens modernes, le faisant apparaître comme le parfait prince charmant au volant d'une limousine noire. La race joue un rôle dans les descriptions, « il n'était pas blanc » et « la petite fille blanche », ce qui donne un sentiment d'amour interdit, encore plus que la différence d'âge.

 

 

L’amant, roman autobiographique ?


Selon Lejeune, ce qui distingue le genre autobiographique des autres genres est un e contrat de lecture. Le pacte autobiographique est une affirmation d’une identité, celle marquée sur la couverture du livre.

Lejeune Philippe, Le pacte autobiographique, Paris, Seuil, 1975, P : 357

Dans l’amant, Marguerite Duras maintient le personnage dans l'anonymat, l'appelant "l'enfant", "la petite" ou "elle". Elle pervertit le pacte et joue librement avec son lecteur laissé à mi-chemin entre l’anonymat et l’autobiographie.


L'ambiguïté du pacte autobiographique devient une des innovations de l'autobiographie moderne. Duras devient auteur-narrateur-personnage.
Le récit autobiographique est généralement rétrospectif. Dans L'Amant, le caractère rétrospectif de l'autobiographique est respecté, perceptible dès les premières pages lors de la présentation de la narratrice.
« "J'ai un visage lacéré de rides sèches et profondes, à la peau cassée», page 10


Puis, quelques lignes plus loin, le retour en arrière

"Que je vous dise encore, j'ai quinze ans et demi », page 10

L’aspect privé est le troisième élément d’une autobiographie. L’amant respecte cet élément lié au privé et à l’intime.
Si le contenu thématique de ce roman de Duras s'inscrit dans une démarche autobiographique classique, le pacte autobiographique reste ambigu, nié et suggéré, respecté et trahi page après page.


Le maintien d'une vacuité de la personne fait osciller le récit entre le romanesque et l'autobiographique. L'absence de nom propre du personnage principal, le maintien volontaire des personnages dans l'anonymat (seuls des liens sont désignés: la mère, le petit frère, l'amant, etc.) et le refus de donner des dates précises créent un climat d'incertitude au niveau de l'énonciation.

Dès les premières pages de L'Amant, l'auteure installe un climat d'intériorité, d'intimité en réunissant plusieurs composantes: écriture à la première personne, la thématique de l'aveu et le ton de la confidence.

« Je pense souvent à cette image que je suis seule à voir encore et dont je n'ai jamais parlé. Elle est toujours là dans le même silence, émerveillant. C'est entre toutes celle qui me plait de moi-même, celle où je me reconnais, où je m'enchante » page 9

Le roman comporte plusieurs éléments propres au romanesque introduisant l'incertitude dans le texte, et favorisent une lecture ambiguë, il s’agit d‘un texte hybride autobiographique et romanesque à la fois.

 

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L’amant : érotisme et scandale


Prix Goncourt, best-seller (deux millions d'exemplaires français vendus) scandaleux médiatique, L’amant explose dans le petit monde de cette rentrée littéraire 1984. Le livre éveille des passions et des haines, déchaîne autour de cette œuvre un parfum de scandale. Duras décrit les interdits, le racisme, le colonialisme, l’amour entre une blanche et un asiatique, le sexe d’une adolescente, amour de jeunesse, et sexualité féminine.
L'amour entre une Blanche française et un homme asiatique est un sujet peu traité dans la littérature.


À l’âge de 70 ans, Marguerite Duras raconte l’adolescence d’une jeune fille en Indochine : ses secrets intimes, sa première rencontre et son premier rapport sexuel à l’âge de 15 avec un riche chinois, relations ambigües et cruelles dans la famille de la fille.
L'Amant est une œuvre complexe au-delà d’une simple histoire d'une jeune fille qui séduit un riche amant chinois. C’est un roman d’initiation. La fille doit grandir, faire des choix, franchir des obstacles, affronter les interdits sexuels et moraux, s’opposer à sa famille, à la société coloniale.
Le personnage de la mère a deux faces: elle aime sa fille, comme une mère normale, mais son envie d'argent la pousse à prostituer sa fille. Elle lui achète une robe quasiment transparente, des chaussures dorées, un chapeau d'homme. La fille l'a compris, et elle a accepté pour gagner plus d'argent. Jamais ce sujet n'est abordé. La mère et la fille jouent un jeu basé sur des non-dits.

 


La relation entre la fille et son amant est ambiguë : il affirme l'aimer, mais ne peut en faire sa maîtresse et l'épouser (on n'épouse qu'une jeune fille vierge), il est d'ailleurs déjà promis à une femme riche et chinoise.


Le Chinois plaît à la jeune fille dès leur première rencontre sur le bateau. C'est ainsi, dans la garçonnière de Cholen, la jeune fille blanche, "une fois le fleuve traversé", se voit transférée symboliquement dans une autre étape, pour quitter l'adolescence et entrer dans le monde des femmes.


Duras scandalise certains lecteurs en décrivant cette relation adolescente - adulte en insistant sur le plaisir sexuel de la jeune fille, sur son envie de jouissance. Elle raconte les motivations réelles qui ont poussé cette jeune fille à avoir des relations sexuelles avec un homme largement plus âgé qu'elle : l'argent, la voiture.
Dans cette relation adolescent - adulte, c'est l'adolescent qui gagne tout ; argent, désir, confort matériel. L'adulte est un objet sexuel, un moyen pour que cette adolescente "traverse le fleuve ".


Marguerite Duras raconte une histoire sans début et sans fin, une histoire incomplète, un moment de vie. Le récit met en exergue le thème de l'opposition entre la famille, tout ce qu'elle représente, et le Chinois, objet - représentation de l'amour et du désir.

 

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Duras, l’Amant et les fantasmes d’une fille


La description d'Hélène Lagonelle, la seule autre personne blanche vivant au pensionnat où se trouve Duras elle-même, est intime et érotique.

" Le corps d'Hélène Lagonelle est lourd, encore innocent, la douceur de sa peau est telle, celle de certains fruits, elle est au bord de ne pas être perçue, illusoire un peu, c'est trop. Hélène Agnelle donne envie de la tuer, elle fait se lever le songe merveilleux de la mettre à mort de ses propres mains. Ces formes de fleur de farine, elle les porte sans savoir aucun, elle montre ces choses pour les mains les pétrir, pour la bouche les manger, sans les retenir, sans connaissance d’elles, sans connaissance non plus de leur fabuleux pouvoir. Je voudrais manger les seins d'Hélène Lagonelle comme lui mange les seins de moi dans la chambre de la ville chinoise où je vais chaque soir approfondir la connaissance de Dieu. Etre dévorée de ces seins de fleur de farine que sont les siens". page 91.

La fille décrit Hélène Lagonelle en utilisant des termes liés aux aliments, comparant son corps à des fruits et à de la farine, faisant de ces descriptions érotiques une nouveauté dans la littérature.

Pour l'adolescente-narratrice d'Amant, le moment suprême de jouissance serait d’offrir à son amant chinois le corps de sa copine d'école, Hélène Lagonelle :

« Je veux emmener Hélène Lagonelle avec moi dans ce lieu où, chaque soir, les yeux fermés, je me suis communiqué le plaisir qui te fait hurler. Je veux donner Hélène Lagonelle à cet homme qui me fait cela, pour qu'il le fasse à son tour avec elle. Je veux que cela se passe en ma présence, selon mes désirs. Je veux qu'elle se donne là où je me donne. C'est par son corps, à travers elle, que j'éprouverai alors de lui le plaisir ultime. Un plaisir jusqu'à la mort. » p. 92

Cette scène imaginaire, lieu de croisements sexuels et raciaux dans le roman, a été longuement analysée. Pour certains, elle montre comment le moi féminin peut gagner du pouvoir en s'imaginant une autre. Pour d'autres, elle représente la fusion, l’ouverture au tiers qui enrichit la jouissance.

Elle pense aux seins d’Hélène quand elle est dans les bras du chinois, car le corps du Chinois n'est que le "moteur" de la jouissance qui stimule son corps sans atteindre son imaginaire.

 

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Duras, l’Amant et le corps


Duras commence L’Amant avec une méditation sur la métamorphose du corps de la narratrice, le changement qui a frappé son corps quand elle avait que dix-huit ans la rendant vieille. Le corps devient identité et destin : le corps de l’enfant, le corps faible féminin, le corps torturé par la mère et le frère aîné, le corps abusé, le corps vendu, le corps prostitué, le corps aliéné par le sexe sans sentiments, le corps objet de désir, le corps qui ne peut être épousé, le corps racial , le corps à disposition de tous, le corps publique, le corps dans la garçonnière, le corps intime, le corps féminin jugé par la société, le corps déshonoré, le corps qui désire une autre femme, le corps homosexuel, le corps qui désire son frère cadet (le corps incestueux) et le corps féminin qui brise les normes (le corps rebelle).


La fille porte un chapeau d’homme, une ceinture appartenant à ses frères, un rouge à lèvre, des chaussures à talons hauts, une robe transparente très décolletée et un anneau de fiançailles. Elle mélange les genres et les identités. Ni enfant ni femme, elle n’est pas une fiancée et elle n’est pas un homme.
Elle est ces multiples identités à la fois. Elle n’a pas de nom dans le roman, elle est une femme.

Duras décrit sa provocation pour attirer le regard. Elle ne fuit pas le regard des hommes comme la société espère d’elle, préfère choisit et ne pas subir.

Quand le Chinois vient lui rendre visite à l’internat, elle avance vers la voiture et embrasse érotiquement la glace ; elle sait que l’homme à l’intérieur la regarde, mais au lieu d’être seulement regardée, elle ferme les yeux et embrasse les lèvres désirées et imaginées. Elle assure son prétendant qu’il s’agit de son propre choix, son propre désir.

« Il me dit : tu es venue parce que j’ai de l’argent. Je dis que je le désire ainsi avec son argent, que lorsque je l’ai vu il était déjà dans cette auto, dans cet argent, et que je ne peux donc pas savoir ce que j’aurais fait s’il en avait été autrement » (p. 20).

L’héroïne formule un discours révolutionnaire érotique. Quand elle est dans la chambre avec son amant, elle n’est pas écrasée par la pudeur, ni par l’ignorance de leur corps. C’est elle qui prend les devants en le déboutonnant et l’invitant à assouvir sa passion.

« Le corps est maigre, sans force, sans muscles, il est imberbe, sans virilité autre que celle du sexe il est très faible, il paraît être à la merci d’une insulte, souffrant. Elle ne le regarde pas au visage. Elle ne le regarde pas, elle le touche. Elle touche la douceur du sexe, de la peau, elle caresse la couleur dorée, l’inconnue nouveauté. Il gémit, il pleure. Il est dans un amour abominable. » p. 49

La virilité est anéantie en face d’une femme d’action, elle imite Madame Bovary avec ses amants.

« Dès le premier instant, elle sait quelque chose comme ça, à savoir qu’il est à sa merci » Page 46.

Elle ne le craint pas, le supplie de la traiter comme les autres prostituées. Elle se venge de ce corps faible et non viril, en lui faisant l’amour et en le tourmentant psychologiquement.

Elle sait que la vie sexuelle est rendue agréable non pas par l’aspect matériel, ni par les vêtements, ou l’argent, mais par l’essence, l’anatomie de son corps. Elle ridiculise ces femmes qui se maquillent et se réservent pour le futur en oubliant en réalité leur propre vie :

« Je sais que ce ne sont pas les vêtements qui font les femmes plus ou moins belles ni les soins de beauté, ni le prix des onguents, ni la rareté, le prix des atours. Je sais que le problème est ailleurs. » p 52

 

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Duras, l’Amant : Jouissance féminine


L'adolescente est consciente des regards masculins qui se posent sur elle et l'auteur ne s'en indigne pas. Avec confiance, la jeune fille se livre volontairement aux regards masculins parce que ceux-ci ne parviendront jamais à faire d'elle leur sujet, ni à se l'approprier.


Elle ne devient pas un objet ni une victime. Sa conscience et son désir constituent les éléments caractéristiques de son pouvoir sur l'homme.

Après qu'ils ont fait l'amour pour la première fois, sur sa propre initiative, elle reconnaît son désir pour lui :
" Il lui plaît, la chose ne dépendait que d'elle seule ". page 51
Sur le plan financier, elle lui est inférieure, elle prétend échapper à toute exploitation sexuelle, physique, et à toute étiquette de victime. La jeune fille s'oppose à la possession de son amant, peut jouir grâce à la reconnaissance plénière de son désir.

À l'intérieur du cadre de la relation entre la jeune fille de quinze ans et de son amant deux fois plus âgé, la révélation du désir, puis le désir devient amour. Le Chinois aime l'adolescente; mais avec le recul que confère la vieillesse, elle reconnaît l'importance de cette relation, et avoue d’avoir aimé cet homme.

Dans ses romans, l'amant puis l'amant de la chine du Nord, Duras a décrit une sexualité adolescente décomplexée, libre, condamnée par une société hypocrite, où l'argent de l'amant arrange tout, et fait taire sa famille.
Elle tire sa jouissance sans s'impliquer dans une histoire d'amour romantique.


« Dès les premiers jours, nous savons qu'un avenir commun n'est pas envisageable, alors nous ne parlerons jamais de l'avenir, nous tiendrons des propos comme journalistiques, et à contrario, et d'égale teneur ». P62

La sexualité de cette adolescente commence par sa conscience de ce désir qui la transforme, puis par le passage du désir vers l'acte sexuel. Duras dessine le scandale en jouant avec le terme adolescent, enfant.

" Il prend sa robe par le bas, lui enlève. Puis il fait glisser le slip d'enfant en coton blanc. Il enlève les mains de son corps, le regarde. Il caresse, mais, à peine, le corps maigre. Les seins d'enfant, le ventre ». Page 75.


Duras décrit la défloration de l'adolescente comme un rite de passage à la vie adulte, incontournable :
« Je ne savais pas que l'on saignait. Il me demande si j'ai eu mal, je dis non, il dit qu'il en est heureux. Il essuie le sang, il me lave. Je le regarde faire. Insensiblement il revient, il redevient désirable ». Page 50


Cette sexualité non-victimaire non coupable revendiquée peut aller plus loin. Duras continue à jouer entre l'adolescente et l'enfant, mais l'adolescente est de plus en plus sexuée :


« D'abord il y a la douleur. Et puis après cette douleur est prise à son tour, elle est changée, lentement arrachée, emportée vers la jouissance, embrassée à elle. La mer, sans forme, simplement incomparable.» page 50


Cette relation commet un défit de séduction et de désir, l'homme est un objet pour assurer à la fille sa révolte contre une société hypocrite, pour accéder à la jouissance du corps. Sur le bateau, après la séparation, elle pleure, elle découvre qu'elle l'aimait. Elle savait identifier le plaisir, la jouissance mais ignore tout de l’amour.

 

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Duras, l’Amant : Sexualité et argent, l’enfant prostituée


« Le lien avec la misère est là aussi dans le chapeau d'homme, car il faudra bien que l'argent arrive dans la maison, d'une façon ou d'une autre il le faudra. Autour d'elle c’est les déserts, les fils c'est les déserts, ils feront rien, les terres salées aussi, l'argent restera perdu, c'est bien fini. Reste cette petite-là qui grandit et qui, elle, saura peut-être un jour comment on fait venir l'argent dans cette maison. C'est pour cette raison, elle ne le sait pas, que la mère permet à son enfant de sortir dans cette tenue d'enfant prostituée. Et c'est pour cela aussi que l'enfant sait bien y faire déjà, pour détourner l'attention qu'on lui porte à elle vers celle qui porte à l’argent. Ça fait sourire la mère » . page 33


La mère encourage la fille à se vendre, l’enfant prostituée garde une marge de liberté en s'opposant à la possession de son amant, mais fait le nécessaire pour répondre aux besoins de sa mère.

 

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Duras, l’Amant : le racisme obligé des colonisateurs


Dans le roman, le racisme est mentionné dès le début. L’histoire se passe dans un pays colonisé où les colonisateurs sont complètement aliénés par eux-mêmes. La mère est devenue folle dans un pays colonisé. Elle y est allée pour devenir riche, mais finit par tout perdre.
Le frère aîné trouve des raisons d’humilier le Chinois et il est fier de l’utiliser pour son argent tout en imposant à sa sœur une attitude raciste ; ne pas le regarder, l’ignorer complètement puisqu’il est là, non pas pour être pas vu, mais pour être exploité :

« En présence de mon frère aîné il cesse d'être mon amant. Il ne cesse pas d'exister, mais il ne m'est plus rien. Il devient un endroit brûlé. Mon désir obéit à mon frère aîné, il rejette mon amant.
Chaque fois qu’ils sont ensemble vus par moi je crois ne plus jamais pouvoir en supporter la vue.
Mon amant est nié dans justement son corps faible, dans cette faiblesse qui me transporte de jouissance.
Il devient devant mon frère un scandale inavouable, une raison d'avoir honte qu’il faut cacher. Je ne peux pas lutter contre ces ordres muets de mon frère. Je le peux quand il s'agit de mon petit frère.
Quand il s’agit de mon amant, je ne peux rien contre moi-même. D'en parler maintenant me fait retrouver l'hypocrisie du visage, de l'air distrait de quelqu'un qui regarde ailleurs, qui a autre chose à penser, mais qui néanmoins, dans les mâchoires légèrement serrées on le voit, est exaspéré et souffre d'avoir à supporter ça, cette indignité , pour seule ment manger bien , dans un restaurant cher, ce qui devrait être bien naturel . Autour du souvenir la clarté livide de la nuit du chasseur. Ça fait un son strident d'alerte, de cri d'enfant » page 67

 

 

Duras, l’Amant : Style du roman


Stylistiquement, L'amant est un livre important. L'écriture est musicale, poétique, les phrases longues et courtes, et il y a des répétitions occasionnelles du même mot dans des phrase proches. Cette répétition si déconseillé dans le français scolaire, crée un sentiment d'inconfort ou d’émerveillement.
Duras change entre la première et la troisième personne. Raconter chaque détail, rend le roman éphémère, mais plus intense et plus intime.
Duras était fascinée par les images ; son style ressemble à une photographie. Sur les premières pages elle écrit même : «regarde-moi, seulement quinze ans et demi » comme si on observait une vieille photographie, pas un texte. Elle répète cette approche plusieurs fois comme si elle décrit ce qu’elle voyait dans une caméra.

L'utilisation du présent, l’échange entre l'interne et l'externe rendent le texte léger, et agréable. Le style qui ressemble aux discussions quotidiennes ne le rend pas vulgaire, mais intime.

Une autre chose intéressante est la façon dont elle garde la mort et le sexe, le plaisir et le grotesque si proches l'un de l'autre. Comme si les passions physiques étaient une sorte de mort.
Duras raconte une histoire intime dans un style déconstruit, dans un langage poétique riche en images qui existent, celles qui auraient pu exister.

L'amant est l'un des grands livres français du siècle dernier. Un roman court et profond, sombre et passionnant qui aborde les thèmes des relations interraciales, de la recherche d'une identité, de la sexualité, de la honte, et de la vie dans un pays étranger.

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