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Simenon et Maigret

 

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Simenon et Maigret

 

L’écrivain belge qui fut l’un des romanciers les plus prolifiques de son temps, qui dit-on, a fait l’amour avec plus de 10 000 femmes et devenu multimillionnaire, est surtout connu comme le créateur du détective Jules Maigret. Un puissant détective de la police parisienne.

Les origines de Maigret sont humbles et ses plaisirs sont ceux d’un petit bourgeois. Pourtant, il s’habille un peu plus élégamment que ses « confrères » et sa photo est constamment dans la presse. Bien qu’il occupe un poste élevé de commissaire de police, on le trouve souvent en train d’enquêter sur des affaires par hasard, ou contre la volonté des personnes haut placées dans le système judiciaire.


Il est reconnaissable à sa corpulence physique (ironiquement, « Maigret » signifie « maigre ») à sa patience, à son penchant pour sa pipe et à son sens de l’humour et à la bière, son intérêt paternel et sa sympathie pour « ses » criminels.

 

Maigret, policier populaire, moral et humaniste


Simenon a écrit 75 romans enquêtes du policier Maigret, bien que, comme Conan Doyle, il a essayé de mettre son inspecteur en retraite anticipée, afin d’écrire des romans « sérieux ». La série Maigret tire son intérêt et sa popularité non pas tellement tant du processus de déduction logique ou des complexités de l’intrigue, que plutôt des portraits psychologiques des personnages « criminels » et de la description des paysages et des décors souvent aussi sombres que les crimes dont ils servent de toile de fond.

Simenon, comme son inspecteur, n’a pas fréquenté l’université, en raison de la situation financière de son père. Bien qu’il ait assisté à une série de conférences sur la médecine légale à l’Université de Liège tout en travaillant comme reporter, sa carrière de journaliste à plein temps, débuta à l’âge de seize ans fournissant la base des techniques d’écriture économique et efficace et s’est terminée peu de temps après lorsqu’il s’installe à Paris et commence à gagner sa vie en écrivant des articles.

Maigret lui est venu à l’esprit lors d’un long voyage en bateau avec sa femme Tigy.


« Avais-je bu un, deux ou même trois petits verres de schnaps et de bitters ? En tout cas, au bout d’une heure, alors que je me sentais plutôt endormi, j’ai commencé à voir émerger la silhouette puissante et imposante d’un monsieur imposant qui, me semblait-il, ferait un inspecteur de police acceptable.
Dans le courant de la journée, je donnai à ce personnage un certain nombre d’accessoires : une pipe, un chapeau melon, un lourd pardessus avec un col de velours. Et comme ma péniche abandonnée était froide et humide, j’ai fourni à son office, un vieux poêle en fonte. A midi, le jour suivant, le premier chapitre de Pierre-le-Letton avait été écrit ».
Patrick Marnham, The Man who wasn’t Maigret, A Portrait of Georges Simenon (London: Penguin, 1992), pp. 130–1.

 

 

Écrit en 1929 et publié en 1931, Pierre-le-Letton (L’étrange cas de Pierre le Letton) est considéré comme le premier roman complet de Maigret, dans lequel sont établis de nombreux éléments qui caractérisent la série. Le besoin de Maigret de chaleur et de « feu » l’emporte sur l’envie de boire, alors qu’il traque sans relâche un célèbre criminel international et venge la mort de son ami et collègue.

 


Maigret n’a rien d’un flamboyant

 

Miagret apprécie profondément sa femme, dont les ragoûts parfumés sont toujours bouillonnants, et dédaigne les méthodes « logiques », préférant utiliser son intuition et son instinct.
Il défend les opprimés, découvre l’hypocrisie et cherche avant tout à comprendre les motivations humaines.
Malgré toutes les valeurs bourgeoises avec lesquelles Maigret semble si à l’aise, il n’en reste pas moins, comme le souligne Francis Lacassin, un antihéros qui a quelque chose de l’artiste. Ses enquêtes sont des processus créatifs dans lesquels il s’éloigne des schémas traditionnels.

Francis Lacassin, Mythologie du Roman policier (Paris : Union General d’Editions, 1974), p. 173.

 

 

Simenon, comme Souvestre et Allain, Gaboriau et Leblanc, écrivait à grande vitesse, produisant des romans à un rythme étonnant et gagnant beaucoup d’argent. Son style, en revanche, est dépouillé et les détails scientifiques de l’enquête restent marginaux par rapport à l’intrigue. Ni poursuite ni fuite, Maigret se plante quelque part — généralement de manière visible — et attend que sa proie se décide à faire un geste.

 


Maigret n’est pas ambitieux (à part le fait qu’il ait un jour souhaité être médecin) et ne cherche pas à impressionner ou à étonner. Il a une conscience aiguë de la réalité sociale et refuse de vilipender ceux qui ont « fait du mal » à la société, qui ont « fait du tort » à la société. Pourtant, il utilise des techniques d’interrogatoire psychologiques sévères sur ses suspects afin d’obtenir des aveux, selon la procédure judiciaire française, où les criminels sont parfois maintenus et surveillés en détention.

 

Complicité criminel-détective


Bien que chez Maigret, la complicité criminel-détective atteint un sommet, la sympathie de Maigret ne menace jamais son intégrité. Il s’agit d’une sorte d’humanité, d’une civilité qui a fini par donner à Maigret, ce personnage particulier.
Simenon a continué à écrire la série Maigret tout au long de sa carrière littéraire. L’opiniâtre détective fumeur de pipe a attiré un lectorat aussi dévoué à ses enquêtes que lui-même et Maigret.

 

 

Popularité internationale de Maigret

 

La popularité internationale de Maigret a finalement donné au monde francophone, un détective (et non un criminel) dont la renommée est aussi durable et aussi étendue que celle de Sherlock Holmes.
Bien que ses méthodes soient délibérément non-scientifiques, sa relation au monde criminel est une fonction du contexte français dans lequel l’écriture criminelle a émergé et s’est développée.


Dans les romans policiers anglais du XIXe siècle, les criminels sont souvent étrangers. Dans les romans français, les criminels sont issus du peuple. Le hors de loi en France rappelle la révolution, incarne la lutte pour la liberté, héritage de la révolution.


Bien que les Anglais se soient méfiés des répercussions non seulement de l’esprit de la révolution, des systèmes de police français, et de la dangereuse lecture des « romans français », la popularité de ces séries de Simenon a démenti les préjugés au début du 20e siècle.

 

 

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